‹ Grammaire nationaleChapitre 15 sur 643 · DU JUGEMENT ET DE LA PROPOSITION · texte numérisé non relu

DU JUGEMENT ET DE LA PROPOSITION

La neîge est blanche. j Les fruits du bananier sont aromatiques.

(Pascal.) (Bernardin dk St-Pierre.'

Le lait est doux. j La graine du café est coriace et acerbe.

(Laromigdièrk.) j ^fii.)

On appelle sens, la faculté de l'homme et des animaux par laquelle ils reçoivent l'i m pression des objets extérieurs et corporels.

Nous avons cinq sens : La vue, rouie, l'odorat, le toucher et le goût.

L'impression que l'âme reçoit des objets par les sens se nomme sensation.

Delà sensation et de certaines facultés intellectuelles naît/'zrfée, qui, à son tour, fait éclore la pensée.

On appelle /)e?isée l'opération de l'intelligence par laquelle l'esprit examine, considère, en lui-même ou dans ses rapports avec un autre, l'objet dont la sensation lui a donné l'idée.

Si notre esprit considère l'objet dans ses rapports avec un autre, il trouve qu'il y a ou qu'il n'y a pas convenance entre les deux objets. Cet acte de l'entendement se nomme jugement.

Lejugement est tout intérieur, mais on peut l'exprimer par la paroleou par l'écriture. Tout jugement qu'on exprime est une proposition.

Laproposition est donc uneréunionde mots que l'on emploie pour énoncer un;M<;enî«»î.

Prenons un exemple et appliquons les raisonnements qui précèdent. Le Français est courageux.

Parla vue ou par l'ouïe, c'est-à-dire par ce que j'ai vu moi-rnêm.e ou par ce que j'ai entendu dire, par ce que j'ai appris, mon esprit a reçu l'impression de l'existence d'un être qu'on appelle Français, et il a été frappé aussi d'une vertu qu'on appelle courage: voilà la sensation.

Ensuite, il m'est venu une notion, une connaissance distincte de ces deux choses : c'esi l'idée.

Pai examiné, considéré ces deux choses en elles-mêmes, puis dans les rapports qu'elles peuvent avoir entre elles : c'est la pensée.

Enfin, j'ai saisi, j'ai fixé ce rapport : c'est \e jugement.

J'énonce mon jugement par une proposition. \

Jl yadanstoute proposition trois parties essentielles.

La première exprime l'objet sur lequel on porte le jugement , c'est ie 5»/^/

La seconde exprime la chose comparée avec le sujet, c'est V attribut.

La troisième établit le rapport de l'attribut au sujet, c'est le verbe.

Il y 0 plusieurs csp6:o5 uo propositions. Conlenions-nous de distinguer la proposition principale el \a proposition incidente.

La proposition principale est celle de laquelle dépendent les autres. C'est par elle que commence uiic phrase construite sans inversion; et elle commence elle-mômu ordinairement par un substantif ou par un pronom personnel.

La proposition incidente, surbordonnéeà la proposition principale, est liée à celle-ci par un mot qui est toujours un pronom relatif ou une conjonction.

On donne aussi îi la proposition principale le nom de primordiale , et à la proposition incidente celui de subordonnée ou de complétive.

On appelle /?/tmse une ou plusieurs propositions qui présentent un sens achevé.

Mais quoiqu'une phrase puisse n'être formée qued'une seule proposition, il nes'enstiit pas qu'une phrase soit la même chose qu'une proposition : il y a entre ces deux mois une différence essentielle que nous allons facilement saisir.

Dès que vous changez l'arrangement des mots, vous faites une autre phrase; la proposilicn V'dsinvh la même, quoique l'arrangement soit changé, tant que l'on ne changera rien au sens, à la signification, entin tant que le jugement énoncé restera le même,

DU DISCOUftS ET UE SES ÉLÉMENTS.

La fleur est la iille da malin , le charme du printemps , la source des parfums , la grâce des vierges , l'arnourder- poètes. Elle passe vite comme l'homme, mais elle rend doucement ses feuilles à la terre. On conscrvs l'essence de ses odeurs : ce sont ses pensées qui lui survivent. Chez les anciens, elle couronnait la coupe du banquet et les cheveux blancs du sage ; l'ij pre-ïiiiers chrétiens en couvraient les martyrs et l'sutel des caîaconabes. Aujourd'hui, et en mémoire

de ces antiques jours , nous la mettons dans nos temples. Dans le monde , nous attribuons nos affections à ses couleurs ; l'espérance à sa verdure ; l'innocence à sa blancheur ; la pudeur à ses teintes de rose. Il y a des nations entières où elle est l'interprète des sentiments, livre charmant qui ne cause ni troubles ni guerres , et qui ne garde que l'histoire fugitive des révolutions du cœur. (GnATEAUBSiAND,)

Cette belle description, émaillée comme un véritable parterre, offre dans son ensemble ce qu'on appelle un discours (d).

Un discours est donc, comme on le voit, une série de pensées qui roulent sur le même sujet.

La série des pensées qui composent le discours que nous avons cité, se divise en plusieurs membres présentant, chacun, un sens complet.

PEE>ÏÏER MEÎ.fitltS.

La fleur est la fille du matin, le chcrme du nWnte.iips, la source des parfums, la grâce des vierges, r:iiiiour des poètes.

DEUXIÈME MEMltRE.

Elle passe vite comme l'homme, mais elle rend doucement ses feuilles à la terre.

Page 1