‹ Grammaire nationaleChapitre 263 sur 643 · BOUFFLERS · texte numérisé non relu

BOUFFLERS

Moi , je tiens que toujours un peu de défiance , En ces occasions, n'a rien qui nous olTense, Et qu'il est dangereux qu'un cœur qu'on a charmé Soit trop persuadé , madame , d'être aimé.

(Molière.)

Depuis que l'univers est sorti du chaos , Âi-je donc trouvé , mot , quelque jour de repos ?

(Regnard.)

Tôt , tu vivras vil et malheureux . et je mourrai trop vengée. (i--i- Rousseau.)

Jl croyait , lut , qu'il devait faire parler tout l'uni-

yerS, (MO.NTESQUIEU.)

Quoi ! de contes d'enfants son peuple s'embarrasse

Et du péril qui le menace .

Lui seul entre les Grecs , il néglige l'effet !

(La Fontaine.)

Nous autres juges , nous ne nous enflons pas d'une vaine science. (Montesquieu,)

Souvenez-fOMs bien , uotis , de venir comme je vous ai dit , là , avec cet air qu'on nomme le bel air, peignant votre perruque , cl grondimt une petite chanson entre vos dents. (^Molière.)

Et vous, madame , ot v >us, l'objet de ma faiblesse , Voilà donc de quel prix vous payiez ma tendresse !

(Regsard.)

rous, vous représentez une de ces femmes qui , pourvu qu'elles ne lassent point l'amour, croient que tout le reste leur est permis.

(Molière.)

Pour moi, dit Bernardin de Saint-Pierre, je préviens mes lecteurs que j'emploierai tous les termes qui me conviendront pour rendre mes idées. Or, qu'y a-l-ii d'étonnant qu en vertu du privilège accordé au génie , de choisir non-seulement les expressions , mais aussi les tournures qui lui paraissent le plus propres à peindre ses pensées , le gracieux auteur de Paul et Virginie ait dit, avec la construction pleine : Pour moi , ] avoue que je ne pouvais pas imaginer qu'il fût possible de faire bouillir de l'eau dans des marmites de bois , ou , avec la consiruciion elliptique : Je dois , moi qui ne suis rien et ne peux rien, tendre au moins de tous mes vœux vers la félicité du peuple. El Rousseau n avaitil pas également le droit de dire : Moi, je combattrais, ou pour moi, je combattrais? Regnard : Moi, j'irais, ou pour moi. j'irais? Boufilcrs : Uoi , je reçus, ou quant a

MOI, JE reçus? Et, enfin, Molière : Pour vous, vous êtes ta soubrette de la précieuse, et vous, vous représentez une de ces femmes, qui...? e\.c., etc.

En prétendant depuis des siècles que, dans ces sortes de phrases, les noms personnels moi, toi, luiy elle , nous , vous , etc., sont des pléonasmes, des doubles sujets, des PÉRissoLOGiES, des.... quesnis-je? les grammairiens font donc preuve de la plus complète ignorance à cet égard , et le savant M. Lemare lui-même ne nous semble pas trop savoir ce qu'il veut dire, en avançant que, dans ces vers de Racine:

Et MOI, qui ramenai triomphante, adorée, JE n«'en retournerais seule et dcsespcrëe.

11 serait impossible de construire qui sans moi, qui le précède , et que ce moi est uu pléonasme, puisque je, qui est aussi nécessaire, remplit déjà les fonctions de sujet ou de nom primordial.

Non, moi, ainsi employé, n'est point un pléonasme. C'est un mot aussi nécessaire pour l'idée que pour la construction. Le regarder comme surabondant , c'est lui ôter toute sa force, toute son énergie; c'est le dépouiller de sa valeur, c'est méconnaître sa véritable fonction, en un mot, c'est ignorer le but de sa présence dans le discours. Écoutons ce que pense à ce sujet un célèbre grammairien :

« Les pronoms personnels moi, toi, nous, vous, etc. sont quelquefois, dit Beauzée , » le complément d'une préposition sous-entendue : Exemple : Vous prétendez quête

» soleil tourne , et moi, je soutiens que c'est la terre. ( Voltaire). Analyse : et, pab

» DES RAISONS CONNUES DE MOI, JE souticns quc c'est la terre. »

« Mais, peut-on dire, pourquoi s'écarter de la méthode des grammairiens , dont » aucun n'a vu l'ellipse dans cet exemple ? et pourquoi ne pas dire avec tous , que » quand on dit, par exemple, etTAOi , je soutiens, ce moi est un mot redondant? » C'est qu'une redondance de celle espèce me paraît une pure périssologie, si elle ne » fait rien au sens; si elle y fait, ce n*est plus une redondance, le moi est néces- » saire , et s'il est nécessaire , il est soumis aux règles de la syntaxe. Or, on ne peut » pas dire que moi, dans la phrase en question, soil nécessaire à l'intégrité générale » de la proposition ;e soutiens que c'est la terre; yai donc le droit d'en conclure que » c'est une partie intégrante d'une autre proposition ou d'un complément logique » de celle dont il s'agit, que par conséquent il faut suppléer. Dans ce dernier cas, » n'est-il pas plus raisonnable de tourner le supplément de manière que moi y soit *> employé selon sa destination ordinaire et primitive , que de l'esquiver par le prétexte » d'une redondance?»

N'est-ce pas là le langage de la raison? et ces paroles remarquables n'auraienl-elles pas depuis long-temps dessillé les yeux de tous nos grammairiens , si la vérité 71 était le plus souvent pour eux un flambeau qui luit dans te brouillard, sans le dissiper?

Le langage, comme le dit très-bien Dumarsais, n'est que l'expression de la pensée. Il y a essentiellement dans le discours, de quelque assemblage de sons dont il puisse être composé, un certain ordre qui a été dans l'esprit de celui qui a parlé, et auquel son discours peut toujours être réduit. Le besoin ou la commodité d'abréger, et plus encore Pempressement de l'imagination à rendre ses pensées, ont fait dire en un mot ce qui se disait ou pouvait se dire en plusieurs. Moi, je pense, c'est la même chose que POUR MOI ou quant a moi, je pense. Moi, toi, etc., dans les exemples delà

seconde colonne , sont donc le complément de la préposition pwir, ou bien de l'expression quant à, sous-cntendue ; et celte ellipse ne saurait être mise un seul instant en doute, puisque, dans la première colonne, ces mômes prépositions sont toujours exprnnées. D'ailleurs, que ceux qui ne seraient pas encore entièrement convaincus de cette vérité, veuillent bien lire l'Impromptu de Versailles. Ils verront (scène r«.) que Molière fait tour à tour usage de la construction pleine et de la consiruciion elliptique.

EXERCICE PnRASÉOLOGIQVE.

SANS ELLIPSE

Pour moi. je croit.

Quajit H toi. lu [e tiis.

Peur lui, il tiendra.

Quaod t elle, elle dit.

ELLIPTIQUEMENT.

Moi. je croi».

Toi, lu le a'i.

Lui, il Tiendra.

Bile, elle dit.

SANS ELLIPSE. ELLIPTIQ7EMEKT.

Pour noua, nou» loinmes rictes. Nou», nous •ommei rûhes.

Quant i tous, »ou« »ou« trouipei. Vous , louj tous trompée.

Quanta eiii, ils ont tort. Eux, ils ont tort.

Quant à elles, elles mentent. Elles mentent ellei.

-^^:.^^^ ]V^ CCLXXVI- «3^

Je, tu, ETC., SOUS-ENTENDUS APRÈS «lOl, toij ETC.

SANS ELLIPSE

Moi, je pourrait trahir le Dieu que j'aime!

(Racisb.)

Moi, je pourrais encore te voir, te rt^îonnaitre!...

(Andhieu.i.)

AVEC ELLIPSE

Moi, régner ! moi, ranger un état sous ma loi, Quand ma faible raison ne règne plus sur mo' !

(ftACIRK.;>

Moi, vous abandonner !

Pouvez-vous un instant, ô ciel! le soupçonner*.

(Andbieux.)

Ces citations nous font voir que quelquefois les noms personnels je, tu, etc., et le verbe dont ils sont le sujet peuvent être sous-entendus. Celte ellipse ne détruit pas ce que nous avons dit dans le numéro précédent, relativement au mot moi Dans l'un comme dans l'autre cas, il est toujours le fragment d'une expression elliptique qu'il faut nécessairement rétablir pour l'intégrité de la pensée. L'analyse des exemples de la seconde colonne , qui nous est suggérée en partie par Racine lui-même et par Andrieux , est donc celle-ci : ( Quant a ) moi , (je pourrais) régner! etc. (Quant a) MOI, (je pourrais) ranger un état sous ma loi! etc. (Pour) moi, ou (quant a) moi, (je pourrais) vous abandonner ! Où donc est-il ce prétendu pléonasme dont nous parlent chaque jour les grammairiens, et principalement MM. Noël et Chapsal ? Comme Dumarsais, nous dirons que si, dans les analyses qui précèdent, les mots que nous restituons , nous les ajoutions de notre propre génie, pour faire une langue seion nos idées, nous ne mériterions aucune attention ; mais nous ne suppléons ces mots dans les phrases de la seconde colonne que parce qu'ils sont exprimés dans celles de la première , qui offrent absolument le môme sens : nous expliquons donc la langue française par la langue française même , et par conséquent d'après ses véritables principes. Mais, il faut l'avouer, ce n'est pas ainsi que les grammairiens ont coutume de procéder. Dès qu'ils rencontrent quelque difficulté, ils crient à l'arbitraire, au pléonasme, et ne se donnent pas la peine de réfléchir. C'est à cette insouciance que nous sommes redevables de la plupart des erreurs qui encombrent encore aujourd'hui le domaine de la science grammaticale.

EXERCICE PURÂSÉOLOGIQVE-

CONSIBDCTION PLEINE. CONSTRUCTION ELLIPTIQDE

liai Se Dôurraii trahir le meilleur de lueiamiii Moi , trahir le meilleur de mei tmil I Kui, teluerl

i* pourrait Taire une Urbeté, moi Toi, lu toudraiime calomoierl Tu pourrais me calomnier, toi I Lui, il voudrait roui akandoiiner I Il roudrailtous abandonner, lui I Noai, noua pourrions la déshonore! i Nous pourrions la déshonorer, nouti Vous, TOUS sériel capable de le renier I Vous leriei capable de le renier, Toul I Eui, ils pourraient être eselafea I lit pourraiaot (tre ciclaf ei, eui I

Faire une lâcheté, moi I Toi, me calomnier I Me calomnier, toi 1 Lui, TOUS abandonner!

Vous abandonner, lui 1 Nous, la déshonorer I La déshonorer, Douil Vous, le renier J Le renier, TOUil Fui I esclaTat I EsclaTCi, cuil

Se tuer, cuil

Klles, l'aimer I

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