AVEC QUELQUES OBSERVATIONS PHILOSOPHIQUES ET LITTÉRAIRES
SUR LE GÉNIE , LES PROGRÈS ET LES VICLSSITUDES DE LA LANGUE FRANÇAlSEj
Qui se fye en sa grainmairtf S'al>ii$p iiiaiiifeslemtnt :
Comliiiii que «rianiniairo frofire El i|iic IfoliP soit la grun.l'inèie Dfs sCRiiocs et riuiili'ini'ii; i clc, ttc
Ainsi parle, en son cliapitre de la grammaire, l'anteurdu Regnars traversant les voyes périneuses du monrfr, livre imprimé le 2b janvier ibZO , par Philippe l.enoir , Vun des deux relieurs jurés de Vl'niversilé de Paris. On voit qu'il y a trois cents ans la grammaire n'inspirait pas conllance entière. C'est encore l'avi* f!e MM. Rescherclle , qui viennent de publier le Répertoire le plus complet de nos règles grammaticales. Après avoir lu et examiné leur court Résumé de toutes les Grammaires, vastetrésor de toutes les acceptions, concordances, idiotismes , gallicismes, employés par nos écrivains de tous les siècles, on est plus que jamais ten'.é de répéter : Qui se fye en sa grammaire s'abuse , etc., etc.
Si la grammaire s'est trouvée eu butte à plus d'une défiance et d'un quolibet , elle l'a bien mérité. Il faut avouer que les grammairiens ont eu d'élranges imaginations. Depuis l'imprimeur GeofTroy Tliory, qui pui)linit au commencement du seizième siècle sf'U Champ-Flcury , dont les fleurs sont fleurs de syntaxe et les plates- Ijandes semées de gérondifs , jus(|u'à M. Lemare qui damne bardiment tous ses prédécesseurs , les ciiltivafcur.5 delà syntaxe ont souvent prêté à la plaisanterie. On ferait une longue liste de leurs folies et de leurs absurdités.
Vaugelas pose en principe (devinez son motif, je l'ignore ) , que l'on ne peut et ne doit pas dire les père et mère. Cela n'empêche pas , depuis trois cents ans , les fils de parler de leurs père et mère , malgré Vaugelas.
Les rudiments aflTirment unanimement qu'après un comparatif , le subjonctif estindispensablement nécessaire. Cependant Pascal écrit cette excellente phrase : Il faut donner aux hnmyies le plus de liberté que l'on peut. Tout le monde avoue la légitimité de cette manière d'employer l'indicatif. Que l'on puisse serait une faute grossière.
L'auteur du Dictionnaire des Dictionnaires cherche l'étymologie de l'interjection 6a/t .' et il l'explique aia'i, fort gravement :
lÎAii! interjection , qui équivaut à mon étonnement est bas! c'cst-à-dirc j'y mets peu d'importance.
Voil;\ une bien jolie étymologie î
Du temps de La Bruyère, les grammairiens et les gens du monde formèrent une ligue contre le mot car ; le mot car survécut aux grammairiens et aux marquis. Souvent les écrivains jaloux ont fait cause commur-e avec les pédants, pour jouer pièce aux hommes de génie. Montesquieu avait dit : Le peuple jouit des refus i!u ])rincc, et le courtisan de ses yrâces. Cette sentence si lucide , si concise , si Ix^lle , Marmontt I la condamne p.'-i nom de la grammaire : il prétend que l'ellipse est trop forte. La clarté de la phrase prouve le ridicule de 1 1 critique. Mais n'était-il pas naturel et nécessaire que l'auteur des Incas se montrât injuste envers l'auteur d;! l'Esprit des Lois?
II esl arrivé à Voltaire même, dans son Commentaire sur Corneille , de se livrer à de mauvaises chicane.^ grammaticales qu'il soutient par de bons mots. 11 prétend que ces vers
Trois sceptres à son trône, arracliés par nr.on bras, P;irieionl au lieu d'elle U ne se tairont pas !
rivalisent en niaiserie avec les vers de M. de la Palisse : Hélas! s'il n'était pns mort, il serait encore m vie. Voltaire est de très mauvaise foi ; il sait que le langage prêté par le poète aux sceptres qu'il anime , acquiert •Jans le second hémistiche une éloquence foudroyante , une voix éternelle qui ne se taira plus! C'c?l une beauté, non une faute. La taquinerie grammaticale rabaisse au niveau des esprits médiocres les esprits supérieurs, les génies les plus brillants.
Les seules fautes de français véritables , ce sont les locuUons qui rendent le langage obscur , pénible, équl-
(I) Ces ohservaiions lilttVaires et philosophiques y.ir l'histoire de notre langue, sont exlrailes des trois beaux articles que le Journal des Débals a bien voulu consacrer à notre ouTrage. Nous avons pen.<e -^ue nos lecteurs ne les liraient p.is san* intérêt.
voqnc, dl.'ililissont conrusion , embarrassent le sens , on dclrnisent ces teintes et ces acccfilions délicates qui con.-^tiûuMil le gniie de noire iani^ue, cl la principale source de ses richesses. L'ouvrage de MM. Desciierelle est neuf, en ce qu'il n'éiabht pas de llicories ; il inonlrc le génie do la langue se développant sous la main de nos grand-; lionunes. Les llossuct et les Pascal, iii>llUilcurs que ces messieurs appellent à leur aide, valent Lieu les licanzée et 1rs Court de Géhclin. Les ensei^icnicnls de ces écrivains supérieurs démontrent le ridicule et l'arliitraire de mille préUnduc? régies qu'il faut savoir violer pour savoir l)icn écrire. Ou voit que ton; Jes chefsâ'œuvreontélé créés non d'après ces règles, mais souvent malgré elles cl en dehors du cercle mi'>gique trace, parla craminaire sacro-sainte. Les faits sont là qui parlent plus haut que les règles. Les auteurs nouveaux, parcourant loute étendue de la syniaxe française , et s'appuyant sur cent mille exemples puisés aux meilleures sources, indiquent avec une rare ju-tessc, avec une sagacité analytique digne de beaucoup d'éloges, la valeur, l'usage , 1.1 place , les variations de chaque mot ; les bornes de ti'llc acception ; les Hmites de telle concordance; la nécessité de franchir telle règle accréditée; la légitimité de telle licence qui établit une nouvelle règle dans Ja règle. C'est une collection unique el fort précieuse : là se trouve éparse toute l'histoire de notre idiome, de ses variations, de ses origines el de ses singularités. Sous la fuiine d'une compilation et sans afiîchcr de hautes prétentions philosophitiues , c'est l'œuvre la plus philosophique el la plus rationnelle dont la langue fran(;aise ail été depuis longtemps l'objet.
Non que toutes les données des auteurs nous semblent justes et que leur livre soit , selon nous , exempt de lacunes et d'imperfections. Si le plan est excellent et l'exécution en général très distinguée , s'ils ont eu raison de ridiculiser les folles délicatesses de quelques puristes et d'en prouver le peu de fondement; si leur analyse est souvent heureuse el lucide , ils nous semblent avoir poussé bien loin en plusieurs circonstances la tolérance gnunmaticale , et justifié des fautes réelles par des analyses trop subtiles.
Voici une phrase qu'ils donnent pour correcte : les animaux ont en soi ; n'est-elle pas d'une incorrection frappante ? On dit : chacun pense à soi ; on ne dira pas : les hommes attachent à soi les animaux. Je sais que l'analogie latine du mot semeiipsum peut justifier jusqu'à un certain point les grammairiens ; mais l'usage est roi; ses sentences veulent être écoutées et respectées. Aujourd'hui que l'on parle en France une quarantaine de langues différentes ; qui , le gaulois de Yillehardouin ; qui, le français de Marot ; qui , un aiUre français à la Shakespeare , à la Schiller , à l'arlequin ; qui , un idiome de taverne , de rue , de café , de coulisse ; aujourd'hui que tous ces styles s'impriment; aujourd'hui que chacun s'évertue à créer, comme sous Louis Xlll , un "petit barbarisme nouveau ( s'il est possible , car on a use le barbarisme ) , le grammairien doit-il ouvrir la porte toute grande, el , jetant les deux battants à droite et à gauche , proclamer que tout est permis? Ce qui a fait la glohe de Mallierbe , génie peu poétique, c'est que , dans un temps littéraire assez semblable au nôtre , il s'est armé de sévérité. Nous accusera-t-on , à ce propos, de pédanlismc ou de contradiction? Kous avons loué le principe : nous en blâmons l'abus.
En fait de style et de lang;ige, comme en politique et en philosophie, la lutte est entre la liberté d'une part, etd'une autre la puissance d'ordre et d'organisation; deux excellents principes qui ne doivent pas s'annuler, mais se soutenir; ils s'accordent malgré leurcombat. Tout écrivain supérieur est à la fois néologue cl puriste. Veut-on àjamais fixer la langue? On arrête le progrès, on est pédant. Donne-l-on une liberté effrénée auxmots, â leur vagabondage, à leur mixtion, à leurs alliances, à leur fusion, à leurs caprices ? On expose un idiome au plus grand malheur qui puisse lui arriver, à la perte de son caractère propre , à la ruine de son génie. La langue grecque va mourir, lorsque l'empereur Julien se sert d'un grec asiatique; elle n'existe plus, lorsque la princesse Anne Comnène introduit dans la langue de Platon toutes les circonlocutions orientales. Saint Augustin et Terlullien sont des hommes de génie el d'esprit ; mais leur langage romano-africain annonce la chute de l'empire ; voilà bien les inflexions cl les désinences latines ; cela ressemble un peu à l'idiome de Cicéron ; hélasl similitude éloignée et trompeuse; le latin ne renaîtra plus, c'est une remarque fort curieuse que les langues se forment , croissent , se renouvellent , mûrissent , et atteignent leur perfection au moyen des idiomes étrangers qu'elles s'assimilent; que celte assimilation seule les soutient, et qu'à la fin de leur carrière cet élément de leur vie , devenant l'élément de leur mort , les corrompt , les étouffe , les écrase et les tue.
Notre langue a de vieux principes , assez mal expliqués jusqu'ici par les scolastiques , mais fondés en raison el que les nouveaux grammairiens ont tort de détruire. Pour le prouver, il faudra Lien entrer dans quelques discussions dont le pédantisme et la sécheresse m'effraient d'avance. M.M. Bescherelle déclarent qiie la langue française n'a pas de genre neutre. Nous le retrouvons , effacé , il est vrai, et peu rcconnaissable, mais doué de sa signification et de sa valeur propres , dans les verbes il pleut , il tonne, il importe; dans les locutions ily a, il fait beau , il faut; dans les mots eu et y , sur lesquels nous ne partageons pas l'avis de la grammahe nouvelle; dans je le veux, je le dois, je l'emporte; où le mot le joue le rôle du pronom neutre des Latins, illud. Pour expliquer ces diverses locutions, MM. Beschcrclle ont recours à des procédés analytiques fort savants, trop savants, selon nous. Une phrase excellente de La Bruyère, qu'ils condanment à tort connne anli-grammacale , prouve que l'acception du mot le est bien celle dUllud . du pronom neutre latin : « Les fourbes croyeni aisément q\te les autres Icsont...» Qui peut rien reprendre à celle phrase, d'une clarté parfiiite , et où le pronom ^(! est évidemment pour i7/tu/, celap
L'analogie des langues étrangères modernes suffit pour décider la question. Les Allemands et les Anglais ont ia neutre distinct qu'ils emploient à tout moment , es et il. Pour traduire dans ces deux langues les phrases que MM. Bcscherelle se donnent tant de peine à expliquer, au moyen de longues et savantes analyses, on n'a qu'à employer le neutre allemand ou anglais. Il pleut, o esreignet, it rains ; » il faut , « es muss , it nmst; » Il est vrai , « es ist treue , it is true. » Les grammairiens nouveaux commentent subtilement l'expression vous l'emportez, qu'ils regardent comme un gallicisme embarrassant. Ce qui les embarrasse, c'est le système qu'ils défendent el la persuasion où ils sont que le n'est pas un pronom neutre, et que nous n'avons pas de neutre. Mais l'emporter n'est pas un gallicisme; c'est la contraction de la locution latine : Palmam tulil , ewponer la p(dme. Les Allemands et les Anglais possèdent aussi cet idiotisme, et ils rendent précisément ce le par leut pronom neutre es cl it. — « Eh bien 1 ( demande Hamlct dans le drame de Shakespeare.) sont-cc les enfants qui
Vemporlcnt ? — Do llie boys carry il cnvay ? » La IraJuctiun c?t littérale f l'emporter , — carry it axvay ' . et ie neutre s'y trouve. J'ai peine à croire que la véritable explication di; û pleut , soit le ciel pleut. L'analo;;ie la plus étroite lie celte locution aux locutions du nicnie genre : // foui , il vaut mieux, il doit être beau dt, etc., que les Anglais traduisent par : itmust, it is beiter , etc. Jesîiis que le roman de la Rose a dit
Li air pli'ul lI loiine ;
mais alors même que .Toiian Je Meuu:; aurait employé activement le mot pleuvoir (comme cela est arrivé nue seule fois à lîossuct) , l'analogie des locutions que nous venons de citer, et le fait de leur existence et de leur groupe ne seraient pas détruits. Quitton.-; la théorie ; remontons jusqu'à l'oriyine de ces tournures : il faul , ii pleut, il y absout évitlennnenl l'expression d'une sensation suliite et positive, qui règle les choses : Pluie, i\Vcessilé^ Présence d'un objet. Un sauvage dirait : Pluie , nccissilé , voici.' De ces mots, on a fait des verbes. Dans l'origine ces verbes n'étaient précédés d'aucun pronom; le style maroliquc a conservé celle priuiilivo et rude forme : Faut être sage, disent encore les paysannes.
Alûïs loiiiiail, plein iiiail à mervclllos,
dit le Verger d'honneur. Mais comme tous les verbes français se trouvaient précédés d'un pronom ou d'un nom, et que le verbe neutre impersonnel élait seul de sa classe , on voulut le régulariser , le fuire marcher de front avec le reste de la syntaxe, et on lui donna pour aflixe , vers le commencemcnL du quinzième siècle, cet il filludj qui correspond exactement au it des Anglais.
Well; it miist be soi filludj « Bien, il doit en être ainsi! » Décidément, MM. Lcsclierelle rendront le neutre à notre grammaire , qui est déjà bien assez irréguliùrc comme cela.
J'ai un second procès pédantesque à intenter à ces messieurs : il s'agit de deux petits mots très durs à l'oreille, très nécessaires, d'un ditricOe emploi, ni;ds de grande ressource, comparses utiles et déplaisants, les mots en et»/, r vient du mol latin iltic , illùc , là, « en cet endroit. » En vient du mot latin iudè ou de illo , a de là et de cela. » Les auteurs de la t'nammaire )iatioiialc veulent que ces deux mots ne soient pas des neutres, en dépit dç leur origine et de leur usage ; les arguments qu'ils emploient ne nous persuadent pas. Dire : J'aime cet homme et je m'y attache , au lieu de je vCatiache à lui , c'est commettre une des fautes les plus gi'aves possibles : faute contre l'étymulogie , faute contre le génie de la langue française , dont la délicatesse ne confond jamais des nuances distinctes. Je traînai ma barqne jusqu'au rivage et je l'y fixai, est une bonne phrase qui ne frappe l'oreille et l'esprit d'aucun sens désagréable. — Cest ma place et j'y tiens, ' — Cest mon ami : je tiens à lui. La distinction est claire. — Cest un homme honnête ; fiez-vous-y , me déplaît beaucoup , qu(.ique cette phrase ait été signée, paraphée et sanctionnée par l'Académie française.
J'en demande humblement pardon à l'Académie française.
Que l'on place à côté l'une de l'autre cette phrase :
Vous avez sa parole ^ fiez-vous-y.
Et cette autre phrase .
— ]'ous «l'c; vu M. tel.'' vous vous y fiez?
L'oreille, un instinct secret , d'accord avec le sens véritable des mots et le génie du langage , vous avertiront que la première des deux est excellente; mais qu'il y a dissonance , faute, incorrection dans la seconde. Peur peu qu'on ait de goût, on changera presque involontairement cette dernière, et l'on dira : Vous avez vu M. tel? vous fiez-vous a lui? 11 y a donc une nuance; c'est cette nuance, empruntée à l'élyniologie latine, qui fait du mot 2/ un pronom neutre cl rapp!i([ue aux choses inanimées. Qui oserait dire : S-i fille l'avait quittée, je l'y ai rendue.'' On dirait : Je la lui ai rendue. Quand M'^eJe Sévigné écrit à sa OUe : Voire petit chien est charmant, je m'y attache. On n'est pas blesse de cela; tout charmant qu'il soil , ce n'est qu'un chien. Ce y est neutre ; les Anglais diraient de même en parlant d'un animal favori : / am fond of it y emiiloyant le neutre pour les animaux , the brute création ; et nous résenant à nous , bi]icdes , qui ne le méritons guère , l'honneur du pronom des d^ux genres.
Même remarque sur le mot en. Je' m'en doute, signifie je me doute de cela (de Iiocj. En parlant d'une femme, il faut dire : Je doute d'elle, ci non pas J'en doute. MM. Descherelle nous semblent avoir ouvert une carrière très large aux fautes grammaticales (si fréquentes de notre temps), quand ils ont essayé de détruire le sens neutre des mois dont nous parlons. l'ersunne n'oserait s'exprimer de la manière suivante : Mun père m'ajrpcla ^ je m'en approchai. On dira : Je m'approchai de lui. Donc le mot et ne reiiiplace pas de lui, mais (Je cela. On dira très bien : Je vis un chêne à peu de distance, et je m'en ajijnxcliai (du chcne, de cela). Voilà une nuance bien marquée, une nuance nécessaire; il faut la conserver dès qu'elle existe. Notre "iangue ne vit que de nuances. Dans ces deux vers d'Andrieux :
Quelle amiu Oj>erail ra'ouvrif une relraile, Je n'c/i ai pas besoin !
tout le monde voit que ce n'est pas de Vamie, mais de la retraite qu'il est question, cl que là en est bien neutre. Ne vous en déplaise ! il faut s'en vioquer ! prouvent le sens neutre du même mot. Les poètes , je le sais, l'ont employé souvent au lieu de lui, ou d'elle, mais par hcence, par extension, et toujours dans un sens méprisant et odieux.
Un vieillard amoureux (dit Corneille) mérite qu'on en rie. Pour punir un mécliaul, (dil Voltaire) pour en tirer justice.
C^es, deux personnages si maltraités sont assimilés à des choses, et non pas à des hommics. Quand Marivaux dit : Elle fait la passion des yens, et son mari en est jaloux, la phrase signifie : Son mari est jaloux de cehi, et non pas : est jaloux d'elle.
Djns les écrits du dix-neuvième siècle, on a souvent confondu les acceptions de ces mots : c:i et y avec celles
de lui c[ d'elle ; cela c«l très vrui ; rnni? il v o corruption (inns cot oniploi. Non prirrc qiio M. (!• Vîrv.'nins on M. I)iiiii;u?ai? le vculont, leur .-iiilorilé ne in'e?t de rifii; mu\> il faul (■(insrrvnr avi'c soin lo ?i2ne ili>liiictif qdi i?ole (le la cliosp mati'rii'ilo, de l'otic brui, tio l'aliptrartiim, l'iioninip vivant, ndlrc frjiililaMo. <ri'=l une riche^sidii langage. Soyez indiMcrenl quanl au sort des règles qui ne nous donnent pas une beauté; fouettez celles qui nous appauvrissent; baltez-les en brèelie et en ridieule; mais gardez et proti'gez celles qui étendent le cerc!>; lo no? ressources, (pii odrent de plus nombreux matériaux à la pensée et au style !
Que d'inutiles et pointilleux détail-, va-t-on dire ? C'est de cette menue et faillie monnaie qnc se compose le .1 ''sor grammatical. Après avoir adre-sé à MM. nescliercllc les seules critiques auxquelles donne prise leur exccl- ■cnt travail, je clierclierai dans ce répertoire connnode, vaste et bien divisé, quebines-uiis des résultats élevés et Ws considérations générales qui doiinnent tonte l'histoire ma! connue de la langue française.
<>iiel obstacle opposerez-vous aux révolutions des langages, vous qni ne pouvez endouer pour un seul moment ii's révolutions des modes ou des mceurs ? les idiomes ne sont que l'organe, le verbe de la civilisation humaine ; >!Ost une voix qui mue ; c'est nn accent qui se modifie avec les pliases vitales de la société. Tantôt notre orgueil nous fait croire que notre époque e^l la seule où le langage soit parvenu à maturil('' complète; tantôt dégoûtés et rassasies dcr.ous-mémcs, nous nous rejetons en arrière, pleurant la décatlence de notre idiome national. iNous ne voyons pas que le cours des idées et les évolutions matérielles de la vie sociale entraînent le langage avec eux et lui font snliir d'inévitables altérations. Quand Froissart écrivait, les paroles lui manquaient-elles? Montaigne, dans la solitiidi' de sa biblie.thèqne féodale , se plaignait-il de l'indigence du langage? N'y avait-il pas assez de nuances pour l.a Hruyère? et dan? l'étal de mœurs le moins favorable au dé\eloppement de l'imagination pittoresque, Diderot ne trouvait-il pas toutes les couleurs cliaudes que réclamait son pinceau ? Ces couleurs ne sonl-ell(>spai« avivées et enflammées encore sur la palette de Chtâleaubriand, au di-c-neuvième siècle, quand l'esprit analytique régnait en despote sur les écoles françaises? Les langues font des acquisitions et des pertes, comme l"s peuples; elles achètent les unes au prix :les autres, comme les peuples.
De grands génies paraissent , et l'on dit que l'idiome dont ils se sont senis est immuable. Ils meurent, une nouvelle moisson de paroles inconnues et de tournures inusitées fleurit et verdoie sur leur tombe. Si l'on procédait par exclusion , s'il fallait condamner les révolutions du langage enchaînées aux révolutions des mœurs, si l'on ne voulait accepter qu'une seule époque littéraire dans toute la vie d'une nation , Lucrèce d'une part, et de l'autre Tari'.e seraient des écrivains barbares; il ne faudrait hre ni Sliakespeare et lîacon, riches de toute l'éloquence du seizième siècle, ni Mackintosh, Erskinc ou Byron, néologiies du dix-neuvième siècle. En France, on répudierait la langue admirable et pittoresque de Montaigne, et l'idiome bizarre, ardent, emporté de Diderot, de .Mirabeau, de Napoléon. Il est vrai que tout s'épuise, la sève des sociétés et celle des idiomes. Dans les sociétés on décadence, les la'iguos s'éteignent, la parole perd sa force et sa beauté, les nuances s'effacent, la phraséologie devient folle ou radoteuse; c'est le râle des littératures; ce sont les derniers accents, les gémissements brisés de l'aL'onie. L'en'oit de tous les rhéteurs, le cri de détresse de tous les grammairiens ne sauveront pas un idiome qui périt avec un peuple. Anne Comnène se sert d'un style prétentieux et loiiril, enveloppe de draperies superflues, vide et pompeux comme la cour byzantine. Sans doute cela doit cire. Si vou~ \eL'.lez ressusciter le lexique et Ja grammaire, si vous piétendcz que ce mourant retrouve la voix , jetez un noove;!!i sang dans ces veines qui se dessèchen!, ressuscitez le cadavre, il parlera.
Quelques langues, écliappanl au mouvement vital qui soutient et renouvelle tout dans le monde, sont restées stationn:i;re3 ; ce sont celles qni ont le moins produit. L'idiome provençal , père d'une littérature passagère, dont la lueur a servi de signal .'i la poésie moderne, a brille un instant et n'a pas laissé de grandes frnvres. S'il faut en croire les savants d'Allemagne qui se sont occupés des idiomes de la Litliuanie, de l'Illyric et de la plupart des régions qnc les races slavonnes liahitent, ces races ont conservé leurs langues pures d'altération , et n'ont guère créé que des chants clégiaques et pastoraux. La h'condité semble attachée au mouvement; la stérilité à l'inaction. II en est des langues comme de tout ce qui a vie : ruine et renaissance, mort et réparations constantes jusqu'A la mort , qui est le silence et le repos total.
Les vrais grammairiens, les seuls grammairiens, ce ne sont ni Tîeauzée , ni Dumarsais, ni le vieil imprimeur Geoffroy 'l'hory ; ni les honorables membres de Port-Royal ; ni Yaugelas, à qui une filusse concordance donnait b fièvre ; ni Urbain Domcrgue , connu par son inurbanité envers les solécismes qui éveillaient sa colère ; ni M. LemarOjle Donapartc du rudiment et le Luther de la syntaxe. Les vrais grammairiens, ce sont les hommes de génie ; ils refont les ÎMigues , ils les échauffent à leur foyer et les forgent sur leur enclume. On les vo t sans cesse occupés à réparer les brèches du temps. Tous, ils inventent des expressions, hasardent des fautes qui se trouvent être des beautés; frappent d? leur sceau royal un mot nouveau qui a bientôt cours, exhument des locutions perdues, qu'ils polissent et remettent en circulation. Tous, né-ologucs etarchaïstes, plus, h.-irdis dans les époques primitives, plus soigneux et plus attentifs dans les époques de décadence, mais ne se faisant jamais faute d'une témérité habile, d'une vigoureuse alliance de mots, d'une conquête sur les langues étrangères. Les écrivains qui parmi nous se sont le plus servis des archaïsmes, ceux qui ont renoncé le plus ditricilement ù l'ironie bonhomière di's tournures gauloises, à leur vieille et bourgeoise naïveté , ce sont Lafontaine, M'"<- de Sévigné, Molière, La lîruyère, au dix-septième siècle; Jean-Jacques Rousseau au dix-huitième, iViul-Louis Courier de notre temps, liossuct a osé (lui seul pouvait oser ainsi) faire pénétrer dans une langue analytique et toute de détail, les tournures hétiraïques ; c'est un prodige; rien n'est plus hostile à l'idiome gau- V.:s que la concentration et la synthèse elliptique de l'hébreu. La phraséolo;.'ie grecque se trouve chez Ani'yot, l'cnelon et Racine. ^Montaigne et Isabelais ont jeté dans leur style une infusion italienne très marquée. Tous" les uiteurs qui ont vécu sous Richelieu, parlaient un français espagnol. Les interminables périodes de M ""-.de :.!(.4tevi!le sont cabinées stir celles de Rallhazar Gracian ; lUdzac, ^cnnuveux et crave prosateur, impose h ses pnrases toute l'étiquette castillane; mais c'est Pierre Corneille, le grandi homnie, qui nous a forcés d'adopter qne.ques traits puissants du génie espagnol. Rousseau ne s'est pas contenté de renouveler et de dérouiller les fortes expressions do Montaigne et de Calvin; il a fait des emprunts semi-lentoniqnes à sa petite patrie, è r.eiicvc, dont les idiotjsmes spéciaux ont été consacres et immortalisés pin- lui. Ainsi, de faute en faute, d'au-
en )
(lace en audncp, toujoiir; tôincrnires, toiijonr; réprouves par le pô']anli.=me, ils fournissaient des aliments nouveaux h Icnr vii^iilc mère, à cette langue française qu'ils cmpécliaient de mourir.
Ce sont lù des vérités histori(ines que je ne conseille à personne de redire si l'on postule un des fauteuils de l'Académie. Mais si j'aime l'Académie, j'aime encore mieux la vérité, toute rude et périlleuse qu'elle soit dans tous les temps, comme je le sais fort Men. Ouvrir la porte au néologisme, dont la plupart de nos écrivains aliu- ^nt misératilcmcnt; excuser ou encourager les fredaines de style qui font tant de bruit autour de uous;au2mentPr tetle rage de vieilles expressions, de phrases mal faites, d'emprunts maladroits à Ronsard et à Jodel'e ^ce n'e-t pas mon iiUention. A côté du talent qui invente, près de l'haliile artiste qui rajeunit les débris do lansa"e se trouvent toujours les manonvricrs dont la gaucherie et l'exagération sont fertiles en essais ridicules. Vouîez-vous condamner le néologisme? Faites la liste des néologues absurdes. 11 est facile do livrer les arcliaïsles au mc^ris en citant les ravaudeurs ignorants du vieux langage. Pendant que le puissant Corneille doue, pour ainsi ol>e dans la langue française, les hardiesses les plus incisives et les plus ardentes de la langue espagnole, un poète alors à la mode, Saint-Amand, fait la même tentative, et lance
Dans les cti.imps d.' l'.-iziir, siirlo parvis des nues, Son esprit à fliev;il sur des coquesigrues !
Ou\Tcz les versificateurs du temps de Louis XIII, dont quelques rares amateurs possèdent la collection si ntile pour l'histoire de notre langue, vous reconnaîtrez qu'alors on était aussi fou de'néologismes qu'aujourd'hui
Les héroïnes de VAsirc'c baragouinent beaucoup de phrases aussi espagnoles que celles de Corneille. Comparez au néologisme de Jean-Jacques Rousseau celui de Sébastien Mercier; aux expressions antiques renouveb-es par Paul-Louis Courier ou conservées par Lafontaine, opposez le mauvais patois gaulois imité parle comte de Tressau, vous verrez qu'il y a fagots et fagots, que tout dépend de l'iiabilelé de l'artiste, et qu'il ne faut frapp.-^r d'un anatbcme exclusif que la sottise et la maladresse. Certains esprits distingués, mais non supérieurs fins gracieux, délicats, mais peu oseurs, dont la pensée prudente reste toujours dans les régions moyennes, n'nvant besoin ni d'émouvoir, ni de convaincre, ne voulant frapper leurs lecteurs d'aucim ébraiilement profond' se contentent d'employer avec talent les ressources de la langue existante. Pourquoi les mépriser? Ils expriment ce que leur intelligence a conçu. Les richesses acquises leur suffisent; ils se tiennent h leur place ; ils échappent au ridicule d'une tentative dont le succès leur échapperait. Tels sont Lamottc et Fontenelie sous la réi-rnccl'abbé Desporles et quelques versificateurs sous Henri IV; d'Alembert, Suard, La Harpe et le pesant Marmontei îiu dix-huitième siècle. S'ils n'enrichissent pas leur idiome, du moins ils ne le flétrissent et ne le corrompent pas; ce mérite (c'en est un bien réel) appartient à la plupart des écrivains célèlires de l'Empire, contre leseuels on s'est armé récemment d'une colère égale à l'admiration qui les avait entourés.
Mais quel parti prendre entre le néologisme et le puritanisme du langage? Quelle ligne sépare les libertés permises des licences que vous condamnez ?
Il n'y a qu'une règle en cette matière; un homme d'esprit, un homme du monde, d'un tact infiniment délicat d'une rare netteté d'intelligence, l'a posée depuis long-temps ; c'est Horace. 11 veut que l'on sache d'abord ce que l'on veut dire, que l'on n'afi'ecte ni la rouille de l'antiquité, ni la prétention des nouveautés; en d'autres termes, il exige que la pensée commande à l'expression, qu'elle la fasse jaillir, soit du fond même du langage ordinaire, ou d'une création inattendue , ou du sein de la vénéralde antiquité; il veut surtout que l'on connaisse ses forces,
Qiticl valeant hinneri , quid ferre récusent ,
et que l'on ne s'impose pas de tâche supi'rieurc à son pouvoir.
Après tout, il n'y a dans les préceptes du poète aucun système arrêté, point de dogme, point de symbole de foi; Horace ne défend absolument ni les innovations ni les renouvellements. C'était une intelligence élevée qui ne donnait que des aperçus vastes et lumineux, souples et ondoyants comme les variations des choses humaines, semlilable à cet égard à Jiichel Jîontaigne, .à Shaftsbury, aux plus sagaces observateurs, qui n'ont pas dicté de lois ?.u monde : ils ont laissé cet honneur à MM. de Vaugelas et Restant. P^n France cela réussit peu : nous avons besoin de dogmes. Tous les esprits impératifs et dogmatiques nous ont imposé : ils ont exercé une facile influence sur la nation la plus spirituelle de la terre. Si l'on ne nous commande, nous croyons qu'on est faible. Il nous faut des axiomes, comme aux enfants des lisières, ou aux vieillards des béquilles. Qu'un bon guide se contente de nous indiquer les obstacles ou les abîmes, à droite ou à gaucho, nous tombercns efiravés. Dogmatisez, commandez-nous, décidez-vous, soyez absolu, prenez parti; ainsi ont fait tous les écrivains orgueilleux qui préfèrent le succès actuel à la vérité, et le plaisir de l'empire à celui de l'élude. Ronsard a dogmatisé; puis Vaugelas, puis l'abbé d'Aubignac, puis Lamothe-IIoudart. Ce pauvre Pierre Corneille a essaye de bâtir aussi des systèmes, et Dieu sait avec quelle maladresse! Ensuite est venu le tour du dix-huitième siècle ; tout le monde a fait son ceuvre. Le baron d'Holbach frappait bien plus foriement les esprits que Vauvcnaréues. Vauvenargues était profond et modeste, d'Holbach creux et insolent. Mais l'un, observateur sans faste, exposait avec simplicité des résultats, quelquefois des doutes. L'autre, hardi comme Dieu, arrêtait des principes et bâtissait un monde. Nous aimons cet air d'assurance qui nous rassure contre nous-mêmes : c'est ce qu'une école de gens d'esprit et de novateurs modernes appelle se poser, mot heureux, théâtral et bien drapé, qui convient mer\eilleusenient à la chose exprimée. On se jwse Dieu, on se pose roi, on se //'.••e victime. Napoléon Ron;;paitc avait senti cette faiblesse invétérée des organisations françaises dont la légèreté réclame un appui. Il a aussi dogmatisé, souvent très follement, et de la façon la plus contradictoire. Qu'importe? pourvu que l'axiome eût l'air bien géométrique et bien impérieux, cela suflisait. Fùt-il parvenu à se créer parmi nous v.im existence souveraine, libre, riante, puissante comme celle de Jules-Césarà Rome, dépouilli-e de charlatanisme et de men- *onge, de paroles de théâtre et de sentences foudroyantes? Jamais. Il remarque hii-méme (pielque part « que o nous demandons à être malc's (c'est son terme}, — et qu'en France un libre cl confiant laisser-aller engendre « une f;;miIiarilo dani^enuse. »
Nos grammairiens ont usé largement de ce droil de po(!:in(ipnic que le génie de la nation leur donnait. Ils onl^tranché dans le vif et fabriqué des codes sévères , ils ont environné de palissades et d'; bastions les pàrticip(>s et les conditionnels. Travaux perdus, fatigues sans ré.-ullal ! Leurs principes lonibidcnt anssilôl qu'éta Llis. L'ouvra;;e de M.M. iJesciierelle olfre la liste' interminable des échecs de la grammaire; lo budgeJ de toutes les fois inutiles qu'elle semble n'avoir formulées que pour les laisser violer; le coiiiple de toutes les atteintes portées tour à tour par Corneille, Dosfuet, Pascal, Fénelon, Voltaire, àVaugclas, lieauzée, Duniarsais et l'abbé d'Oiivet. Plus les règles étaient absolues, plus elles élmenl fragiles. C'est que la vérité ne se trouve jamais dans l'absolu; elle n'est pas mémo au milieu des questions : elle est au-dessus. Pendant que les esprits communs la clicrchent dans les axiomes tranchés, soutenus avec aigreur parles partis en lutte, elle iilaue sur les deux camps. « L'inversion est-elle permise à la langue française? Kst-il licite d'iimover dans le langage? « Doit-on employer les mots anciens dans un idiome plus moderne? » Aucune de ces questions ne peut se résoudre par ou/ ou par Nou/mots précieux et sacramentels qu'il faut déclamer très haut pour se faire suivre de la masse. Voulez-vous avoir une école ? n'y manquez pas. Mais ctcs-vous plus philosophe que vaniteux, plus sincère qu'homme de parti? vous ne vous prononcerez pas si vile. L'amateur de la vérité, de l'art , de la science, creuse plus avant, pénètre dans les entrailles mêmes des idées et des faits historiques. 11 y décou\ re, non sans travail , les principes fondamentaux qui réconcilient des contradictions apparentes; il s'explique pourquoi l'inversion, excellente dans telle circonstance donnée, est impossible dans telle autre; il voit quelles lois supérieures aux règles en permellent ou en ordonnent le déplacement ; il n'arrive pas à l'indiflercnee el au vague sur toutes les questions , m;Us à un système lumineux el haut, bien plus vaste , bien plus arrêté, bien plus net, et dont l'élévation seule le soustrait aux regards de la foule.
Ainsi, la règle souveraine, la loi suprême des idiomes, c'est le génie propre de chacun d'eux. Tout ce qui lui répugne est inadmissible, tout ce qu'il permet on doit l'oser. Kn vain les grammairiens nmltiplieront les fantcdsies, les injonctions, les délinitions, les sévérités, les folles délicatesses; fidèle par instinct au génie de sa langue et de sa nation , l'écrivain supérieur découvrira toujours en dehors du cercle grammatical et du code convenu quelque beauté légitime et nouvelle conforme à la règle suprême. Mais quel est le génie propre do la langue française? De quels éléments matériels et métaphysiques s'est-clle formée? Quelles phases historiques ont déterminé et soutenu sa formation? Quels caractères spéciaux doit-elle aux révolutions qu'elle a traversées? Quelles sont les bases sur lesquelles elle repose et les vrais principes de sa force? Belles et graves questions, qui s'étendent très lom et ne peuvent se résoudre qu'au moyen de l'histoire, d'une étude attentive des mots et de leurs destinées el d'une sagacité rarement unie à l'érudition. L'histoire des variations de la langue française n'est pas faite et probablement ne se fera pas. Les encouragements nécessaires pour ces grands travaux ne peuvent venir que d'un pubhc autrement disposé que le nôtre, moins absorbé dans ses affaires personnelles, dans ses intérêts individuels, dans les débats d'une société en péril, et dans ses propres jouissances. C'est doramase. Un homme assez puissant pour cette œuvre élèverait un monument précieux, non seulement à la philologre, mais utile à l'histoire des mœurs et à celle des faits ; ce travail est le travail htléruire du siècle. Ou s'en passera bien, comme de tant d'autres choses.
Latine d'origine, notre langue s'est formée par contraction; un peuple sauvage et plus septentrional qne celui dont il empruntait l'idiome , mutilait et contractait la plupart des mots qui lui étiiient transmis : il faisait de Qaare ou Quamobrem — ^le mot Car; De Jndè — En; De Hlic,iliuc—Y,- De LViHS — Vu; De Uomines—On, etc., etc.
La nation gallo-romaini a-t-clle opéré elle-même ces contractions du latin, ou les doit-elle (comme le pense M. Uaynouard) à l'imitation du provençal, fds aîné de la langue romaine? Je ne sais; mais il est certain que la plupart des expressions empruntées au Dictionnaire de Rome, se trouvent al)régées dans le français, et réduites à leur racine primitive. Pin raccourcissant les mots, on allongeait les phrases : les articles ou aflîxes naissaient pour remplacer les désinences et les inflexions. D'un idiome synlhétiiiue, les Gaulois hiisaient une langue ana- Ivtique, chargée de petits mots et de pronoms qui devaient remplir l'ofiice des lornnnaisons variables du latin. On peuple sans littérature et qui n'écrit pas ses pensées, a toujours recours aux pronoms et aux articles. La. civilisation intellectuelle ne donnant pas de produits, les langues, réduites à l'usage populaire, perdent le caractère de la synthèse, répudient l'inversion, se chargent d'aflixes, et ;uloptent le mode direct et analytique. Avant Homère, la langue grecque n'a pas d'articles; elle les adopte entre Homère et Hésiode. La langue allemande des plus anciens monuments tcutoniqiies procède syntliétiquement ; ne se trouvant alors fixée par aucune littiirature, elle dégénère, pendie vers la forme analytique , el adopte les atlixes pendant l'espace de temps qui s'écoule jusqu'à Luther. Toutefois une ligne de démarcation profonde restera tracée entre les idiomes du nord, issus de la souche leutoniqne, el les langues nées de l'imilalion romaine. Les premiers, malgré rem[i!oi des articles, conservent leur génie de synthèse : c'est leur puissance. Les seconds, à la naissance desquels le génio de l'ana'lyse a présidé, s'en tiemient au mode direct, cl n'adoptent que par licence, à de rai-es moments, cl avec beaucoup de réserve, l'inversion lilire et forte des langues ;\ inflexions et à désinences.
Le mode analytique une fois adopté, les articles une fois admis comme modérateurs et guides du discours, le développement de l'esprit IVançais s'opère nalurellcmejil : les penchants nationaux cl la disposition même des organes influent sur notre langue. Délicatesse, nuances, clarté, facilité, ironie, délicatesse surtout, voilà les premiers caractères qne l'on di.-lingue dans sa formation matérielle. Ce (jui lui appartient en pro[ire, quant à sa partit musicale, se com[)Ose de nuances si déliées qu'elles ne s nt pas pcreejjtililes pour les étrangers. L'e muel, qui se retrouve dans toutes nos plirases cl que les autres nations ne coimai^sent pas, n'est qu'une < cmi-vayellc; ou plutôt c'est la vibration d'une consonne qui (init el se prolonge. Le son nasal, proauit par la fusion de la lettre n, avec d'aulres sons, n'est qu'une demt-diphlonfjuc, une diphtongue élouH'ée, privée de sa sonorité.
espèce de terme mitoyen et de fompromis entre les consonnes et les voyelles. Ne faisons pas coiripllment de cette invention à nos respectables aicux; nos syllaLies on, en, in. un, dés-agréables, dures, sont la tache originelle du vocabulaire français : elles jettent dans notre clavier beaucoup de notes fausses et sourdes qui désespèrent les musiciens et les orateurs.
Le mcme caractère mitoyen, le même génie de nuances et de délicatesse, qui a fait entier dans la partie vocale de la langue des dcmi-voyclies , des demi-consonnes, des demi-diphtongues, influe encore sur la syntaxe française, sur la formation des phrases, sur l'arrangement des mots, sur leur synonymie. 11 multiplie les finesses, les ellipses , les sous-entendus , et favorise ainsi notre goût national pour l'ironie qui vit de sous-entendus , de réticences et de demi-mots. Voilà les éléments métapliysiques et matériels de la langue. Aucune de ces nombreuses nuances n'aurait été sentie, si l'idiome, déjà fort simple, grâce à sa marche analytique, n'avait adopté pour premier principe une clarté extrême, une lucidité parfaite ; c'est là, depuis son origine, le fonds de son génie, l'axiome fondamental de sa grammaire ; il a iiorreur de l'obscurité. Toute locution obscure ne sera pas française. On supprimera donc tout ce qui embarrasse les périodes, enchevêtre les phrases, obscurcit les acceptions des mots, faitnaitrc des équivoques pénibles à l'esprit ; on étîdilira des concordances très exactes et très minutieuses; on s'opposera fortement à ce que -le conditionnel ou le possMe se confonde avec le présent ou le re's.'; on bannira les nombreux adjectifs juxta-posés des Espagnols et des Italiens , les enlacements synthétiques de la phrase allemande, les énergiques syllepses de la phrase anglaise ; on déblaiera le terrain , de manière à ce que l'esprit français puisse saisir toutes les finesses, s'emparer de toutes les nuances, jouir de toutes les délicatesses de la pensée et du discours. Il en résultera une langue très pure, très chaste, très limpide , admirable par les détails, facile et souple instruinent de conversation quotidienne, mais privée d'une grande partie des ressources énergiques, des tournures véhémentes, des mversions foudi-oyantes, des ellipses passionnées et des couleurs fortes que d'autres nations possèdent. Gueuse-fière , comme disait Voltaire , elle trouve heureusement des écrivains hardis qui la forceront à recevoir l'aumône ; elle ne cessera jamais de se tenir sur la rcseive, de crier à la violence et de vivre de ces aumônes.
L'ouvrage de MM. Bescherelle n'est que l'histoire lort curieuse de ces utiles aumônes, dont nous comptons bientôt examiner avec plus de détail, la nature, l'origine, la nécessité et les résultats.
Nous avons cinq ou six langues françaises tout-à-fait distinctes ; et il ne faut pas remonter bien haut pour trouver dans nos écrivains les traces de ces idiomes diflërents , dont les couches superposées ont fini par produire l'idiome dont nous nous sentons. Corneille est suranné ; Molière l'est aussi. Mais la langue écrite a bien moins varié que le langage de la conversation ; les traces ( peu nombreuses d'ailleurs ) que l'idiome parlé a lais^ sées après lui , prouvent que sous Louis XIV même il s'éloigmdt infiniment de notre idiome actuel.
Voici par exemple une phrase du XVII' siècle , composée de mots dont on se sert encore aujourd'hui, ce n'est plus une phrase française; mais une phrase barbare, a Elle a ( dit Tallemant des Réaux), un frère qui a l'honneur d'être un peu fou par la tète. » Cet homme qui e^i fou par la tête et qui a l'honneur d'être fou nous semble passablement bizarre. La mode espagnole qui s'était emparée de la France mettait l'honneur à toute sauce. Ne retr .uvez-vous pas ici les grandes révérences et les manteaux castillans de cette époque, dont l'admirable Callot a éternisé les types cavaliers et grotesques? On disait du temps de Tallemant : petit: jeunesse , ])oar première jeunesse. Les genres de beaucoup de substantifs n'étaient pas fixés : Hiu^ grande amour se disait très bien au heu cr un grand amour ; on retrouvecela chez Corneille.» Uappeur fgastronomej, veau (imbécile), expressions familières, manquaient de bon goût et non d'énergie. Le notaire n'était pas encore né . non plus que îe pharmacien. Il n'y avait que dos garde-sacs et des apothicaires qui se coudoyaient fraternellement. Garde-sacs ! quelle injure ! apothicaire > quel blasphème ! Nous avons perdu ces deux races. Quant à l'orthographe, elle avait ses incertitudes. La consonne s, cette vieille consonne parasite et gauloise qui a servi long-temps à remplacer l'accent grave de la voyelle précédente ( dans les noms propres Basle pour Bâle, Chastenay pour Châtcnay) , maintenait obstinément son empire. On écrivait indifleremment finies on fîtes. Perrot d'Ablancourt , qui venait d'avoir sur cette grave question une querelle animée avec Conrart, « l'homme 0 au silence prudent », lui porta un de ses manuscrits : « Tenez, dit d'Ablancourt, mettez les fisstcs et les B fusstes comme vous voudrez. » II avait doublé Vs pour qu'on n'en manquât pas.
Tandis que Perrot d'Ablancourt et Conrart examinaient , la loupe en main , tous les détails du langage, les hommes de génie achevaient de le pétrir et de le mouler. M'»<= de Sévigné consacrait, dans ses lettres, toutes les finesses de la conversation , toutes ces délicatesses familières si chères aux esprits d'élite , quand elles sont d'accord avec le bon goût. Elle écrivait à sa fille : je suis toute à vous et à ses connaissances : je suis tout à vous. Patru et Vaugelas ne lui avaient pas enseigné cette nuance si délice. La Fontaine introduisait, dans ses vers naïfs, ce qu'il pouvait dérober de meilleur à la plus ancienne langue française : suppression des art clés, emploi de l'infinitif comme substantif, renouvellement des expressions gauloises , il se permit tout en fait d'archaïsmes, et se fit tout pardonner : ce bonhomme, qui semble laisser échapper ses vers négligemment, est notre plus laborieux ouvrier d'antiquités rajeunies. Racine, élevé à l'école des Grecs, met un art infini dans ses hardiesse?et dans ses emprunts. A l'exemple de ses maîtres , il ose tout , sans paraître rien oser; les eUipses les plus extraordinaires que l'on ait forcé notre langue d'accepter , viennent de lui et de Dossuet : Je l'aimais inconstant; qu'»ur,-.is-je fait /îc/t/c? C'est la suppression d'une phrase entière , et d'une phrase sans accord avec la phrase énoncée , couvernce par un autre sujet, inattendue, imprévue, dont rien ne donne l'idée et ne fait deviner la construction. Dossuet, nourri des lixTCs saints , formé par l'étude du plus concis et du plus énergiiiuc des dialectes orientaux , entraine la langue française vers d'incroyables audaces.
Personne n'ignorait que le mot pleurs était féminin et pluriel, qu'il n'avait pas de singulier ; que Je plour était interdit et n'existait pas. Mais voici Bossuet , l'orateur hébreu, qui monte en chaire , et dans une de ses oraisons funèbres, s'écrie: « L; comminrcra ce fli^ur ('Icincl; là ce i;riuccnient de dents qn n'aura jamais de fin. » On tremble et l'on se tait ; l'enfer s'ouvre à cette terrible expression hébraïque ; la dureté , la terreur de la vieille Bible ressuscitent à la fois dans un seul mot. Le pleur, ce n'est pas une larme. Vous entendez le long sanglot qui ne finit pas , le gémissement qui cchapi e d'une àme brisée q'ie rien ne console ; c'est une des
nhn rcdon'u'il^lc? crcntinns de In langue ; un mot inouï pour une iloulcur inouïe. La Grammaire, celle grcflière pitirnlc , qni fait semblant do rci,'nor ?nr les mots qu'elle enregistre, aura beau se récrier contre IJossuct : Bo??«et parlera plus haut qu'elle.
Qui ne «ait aussi que pleuvoir est un verbe neutre ; que l'employer comme un verbe actif est la faute la plus grossière , la plus impardonnable , la plu? impossible? Dans ses Klévations sur les mystères , le même lîossucl voulant faire romjiri'ndre l'immense bonté du Très-Haut , s'exprime ainsi : « Dieu fait luire son soleil sur les « bons et sur les mauvais, et jileiit sur le v-liamp du juste comme ?ur celui du péclicur. » La pluie qui tombe , le soleil qui brille, le monde qui se renouvelle , le mécliant cl le bon qui subsistent :\ la fuis , l'univers , la vie , la mort, tout, c'est la volonté de Dieu , c'est Dieu. Ainsi les langues , tout entières, sans réserve, appartiennent au génie , qui les brise et qui les moule , qui les fracasse cl les reconstruit comme il lui plait.
l'ius tard l'abbé de Saint-Pierre donnera à la langue des mots qui., traités d'abord de barbarismes, deviendront nécessaires : 6(c»i/"rtisonrc , humanitc. Housseau emploiera avec succès les plus belles expressions de Montaigne , et Bcaumarcliais imitera les augmentatifs cl les diminutifs si énergiques et si gracieux des peuples méridionaux. Il faudrait noter toutes ces variations et ces conquêtes , si l'on faisait l'iiistoire de notre langue, histoire dont quelques matériaux précieux se trouvent dans la grammaire de MM. Beschcrellc. 11 faudrait indiquer aussi toules les nuances que le mode analytique et direct a fait naître , toules les richesses inconnues aux anciens , dont la langue française s'est armée et que les bons auteurs ont fait valoir.
Les langues analytiques dont on blâme l'indigence, la faiblesse , la marcht froide et géométrique, ont trouvé des ressources dans cette indigence même. Au lieu du gérondif des Romains : scribendum ^ unuwdum, bibendum , les peuples modernes, prives de cette forme si brève et si éloquente, emploient trois ou quatre mois maladroitemont enchaînes : Jl faut écrire , ive rtni^t xcrilc ; — on doit aimer , one inust love ; — on doit boire . ivc must drink. Les Latins ne pouvaient exprimer par la terminaison andum, endiim qu'un besoin futur ou possilde ; les Français , les Anglais, les Allemands, privés de gérondifs, possèdent une couleur spéciale pour toutes les nuances de la possibilité. Parmi les idiomes modernes, c'oslla langue anglaise, la plus pau^Te et la plus nue à son origine , qui a pousse le plus loin cette conquête des détails. Le seul mot latin scribenditm peut se traduire de douze manières. Iloutjht to be written ■ ive ouijhl to write il ; ('/ must bitcritten : il could be written; it may be written; it can be written; it might be written; we inny write; we must urite ; thcy must write ; we should wrilc ; we could wriie. Aucune de ces locutions n'a le même sens ; chacune d'elle est une nouvelle modification de la nécessité d'écrire. — « Je pensai avoir découvert (dit un « auteur de romans célèbre de l'autre côté du détroit) le sujet d'un livre sublime, la source de la gloire et de « la fortune. Je posai mes lunettes sur la table et je m'écriai : Ou pourrait écrire cela fit rovld be written^. « Ma vieille sœur prit sa tabatière, et s'écria: Ma foi, oui, il f au irait Vccrire (it ought to be written J. « Encouragé par cette voix approbative , je dis h mon tour : Il faut que cela soit écrit fit must be writtenj.n Les anciens , avec leurs variétés d'inflexions, leurs désinences flexibles , leurs modes savamment balancés et disposes avec un si grand artifice, avec leur synthèse puissante, qui favorisait les plus mâles audaces de l'éloquence et de la poésie , ne seraient point parvenus à rendre les nuances , le? finesses , les gradations presque imperceptibles que les idiomes modernes ont créées.
De Louis Xll à Henri IV, l'Italie est notre nourrice; elle nous fournit de nouvelles locutions, de nouvelles tournures, des mots nouveaux. Henri Estienne se plaint hautement de cette invasion de focat'fes ausoniens, dans son éloquente diatribe sur le lanyuage français italianisé \'ers 1550. La troupe commandée par Pionsard parvient mais difficilement , h grelî'er sur la tige française , quelques locutions grecques. Ensuite s'annonce le règne de l'Espagne sur notre style, règne qui commence avec Louis Xl!î et s'arrête à Louis XIV. Confondues et modiliécssous l'empire des Pascal et des Piacine , toutes ces influences disparaissent : l'œuvre est terminée. Depuis cette époque, nous acceptons quelques mots étrangers, quelques formes exotiques , sans nous astreindre à aucune imitation spéciale; c'est nous qui faisons la loi à l'Europe. Quant à la place des mots, à leurs concordances, à leurs acceptions , elles ont beaucoup varié, quelquefois par caprice , mais plus souvent entraînées par le cours des mœurs. Molière disait très bien : un chacun , comme les Anglais disent cvery one ; c'était une expression énergique et populaire qui spécialisait l'individualité dans la masse. Un chacun était déjà suranné sons le régent. Duil'on , à la fin du dix-tiuitième siècle écrivait : Les Chinois sont des peuples mois, ce pluriel serait inadmissible aujourd'hui. Pourquoi ? Nid ne peut le dire. On rend aisément compte de plusieurs autres variations du langage. Une coquette, du temps de Louis IX, c'était une femme perdue ; la sévérité des habitudes n'établissait aucune différence entre la coquetterie et le libertinage, le désir de plaire et la débauche.
CoqneUi" immonde el ma! Tamèe Et de loul 1)011 poiiict dégarnie, Délaie, sus !..
dit une vieille moralité. A mesure que les mœurs se sont adoucies , la coquette s'est réhabililéc. La prude, au contraire , a perdu de sa valeur. Les contemporains de Marot estimaient fort la prude femme et le prude homme ou prud'homme ; synonyme d'honnête femme et d'honnclc homme. Aujourd'hui la prude est une lartulTe de chasteté. La même civilisation , dont le progrès tournait eu ridicule rhonnctelé devenue pruderie, excusait la galanterie qu'elle parait d'un litre élégant, et qui n'était plus qu'une coquetterie pardonnable.
Au moment où s'opèrent ces al(('rations dans le sens des mots, personne ne s'en aperçoit. La nation q.ui enrichit ou appauvrit son Dictiimnaîrc, ne change de mots que parce qu'elle change de qualités et de vices,révolution qui s'accomplit à l'insu de tous ceux qui y contribuent. Dans les premiers temps delà monarchie féodale , la condescendance pour le faillie , l'aU'abilité envers ses égaux , le bon accueil réservé aux étrangers : rhospilalitédonnéc avec grâce , étaient des qualités d'autant plus estimées que la force brutale régnait sur l'Europe , et qu'avec un bon cheval , une armmo de fer , un poignet vigoureux , trois cents vassaux armés , cl une citadelle sur un rocher, on bravait le monde et la loi. Celait faire le plus grand éloge possible d'un genUlhomme nu d'un souverain que de dire qu'ils étaient accorts ; mot charmant , qui n'exprimait pas seulement l'amcnile extérieure , mais le bon-vouloir et la générosité de l'ùme. l.'accorlise, i'amaliilité née d'an senlitncnl
réel, «e chargea cii courtoisie; ce fui une ?ceoiide nuance plus faible, une c\i-.ro==lon polissante de la même qualité , un mérite réservé à 1 lioinrne rompu aux élf i;;iiii('« iiiueurs des cours. Mais dés li- siècle de Louis XIV , le mot courtois parait de viciiic dalc : on le rejeiic , '.n dit d'un Iioiuiiie «iu'il est de bon lieu et qu'il a bon air.
Ce n'est déjà plus une qualité vraie que l'i.n rc. ..rwiait on lui, c'est une forme e\t.-i;cine, un air; il sufiil de louer sa naissance, ses manières et son droit A VersaiiK ■;. Bientôt après , il faut l;iM!\('r encore une nouvelle modification pl"s énervée, pour satisfaire des mœurs nouvelles. Accort, courtois, de bon air, de bon lieu, tonl cela meurt et disparait. Voici le règne des mots poli et /<oh'/c.«e. La ;;o!?7e5se, expression froide qui trahit la recherche, le ralTinemcnt, et qui suppose non la sincérité, mais l'élude délicate des convenances sociales, domine
coup de vénération pour un homme d'une politesse aclœvce : ce serait en 1835 un ridicule compliment. Nous avons perdu accoriise, courtoisie, politesse, }e ne sais trop ce qui nous reste.
Voici un mot que nous avons Lien injustement flétri. Après avoir permis aux femmes d'être coque«es, leur avoir défendu d'être prudes, et détruit peu à peu toutes les nuances de la courtoisie, la langue française a décidé qu'un bon homme serait un sot.
J'en suis fàclié pour elle ; mais cela ne lui fait point honneur. Nous sommes le seul peuple qui ayons découvert un terme palliatif pour la méclianceté f?naitcej, quatorze variétés d'expression pour la satire, ses alliés et sa famille (satire, ironie , raillerie , causticité', sarcasme, rire sardonique, épigramme , moquerie, persifflage, quolibet, lardon, brocard , mystification, parodie, sans compter malveillance, malignité , en mauvaise part; espièglerie, plaisanterie, en bonne part) ; et qui ayons tourné en dérision la reine des vertus, la vertu sans elTort, ]a bonté.
Buono, en italien, a presque la noLlc signification du to kalon des Grecs; il exprime l'excellence, la beauté, la perfection; la buon piltore vaut cent fois plus que notre bon peintre. Le good felloiv des, Anglais, et le gfut mensch des Allemands, seraient des compliments très agréables que le génie et la puissance ne refuseraient pas. Si nous voulions traduire dans ces deux langues, la méprisante expression contenue dans la phrase : pauvre bonhomme ,ï\ se trouverait que le poor good mon, réunissant l'idée du mallieur et celle de l'excellence (deux choses sacrées et vénérables ), exciterait la pitié et l'estime, et point du tout l'ironie. La 6on/(ornie prise en mauvaise part, la bonté du caractère assimilée à la niaiserie, le dévoùmcnt ou la bonne foi flétris, la profanation de la plus précieuse qualité du cœur humain, ne datent que de cette époque malheureuse où l'hypocrisie de 11""^ de Maintenon et la décadence de Louis XIV dépravaient notre caractère national. Bussy-Rabutin, ce lâche fat, ce calomniateur des femmes qui résistaient à ses avances, a le premier confondu Yhomme bon avec l'homme bêle.' C'était bien digne de lui.
Quant à sa cousine. M"" de Sé\igné, dont il a fait un portrait odieux, faux et ridicule, après avoir essayé vainement de la séduire, elle ne manque jamais d'appeler le grand Arnaud le bonhomme, parce qu'elle l'aime et qu'il est bon. Les lettres de Malherbe cl de Peiresc, de Guy-Patin et de Lhospital , donnent le même sens au mot bonhomme. On conçoit que sous le cardinal Dubois, sous le financier Law, sous le chancelier Maupeou, sous les règnes de >I"'e de Pompadour et de M'-e Dubarry, dans la longue orgie de la monarchie mourante, lorsque les Liaisons dangereuses et Figaro représentaient la .société , le litre d'homme bon ou de bon homme soit tombé dans le dernier mépris.
Cette teinte d'ironie, ce sarcasme cruel , cette contre-vérité mordante, se retrouvent dans le fond même et dans les origines de la langue française. C'est chose curieuse de voir l'cpigramme au berceau de la syntaxe. Quelques gallicismes singuliers ne peuvent s'expliquer que de celte manière-
— f^ous nous la donnez belle! dans le sens de : Tous vous moquez!
— Vous êtes bon! exclamation populaire, qui signifie : Je me moque de ce que vous dites!
— Vous aurez beau faire! pour : Vous vous fatiguerez en efforts inutiles ! sont autant d'exemples des mots bon et beau, détournés tout exprès de leur signification propre et aiguises par l'ironie. Il fera beau voir, signifie : Ce sera un spectacle ridicule de voir! Les granmiairicns ont tort de chercher l'exacte analyse de la locution Li/.arrc : Vous avez beau faire; là beau est pour ridicule; tous les cfTorls perdus sont ridicules, ce sont de beaux ellorts! Nul idiome moderne ne présente ces phénomènes; les expressions négatives abondent dans notre langue ; c'est un instrument monté pour la raillerie, accordé par elle, possédant les nuances les plus déliées de la satire. Aussi voyez quei usage eu font Voltairo cl I.esage, Molière cl Pascal, et essayez de les traduire, en quelque langue que ce soit.
Ainsi la loi supérieure, la véritable règle souveraine d'un idiome, c'est son génie propre. Quel est ce génie? Le grand écrivain, l'homme de talent, s'y associe par instinct et par révélation. 11 est fidèle à cette loi, sans la connaître; les fantaisies, les sévérités, les soties délicalosscs des grammairiens auront beau condamner ce que ie génie d'une langue permet, il se trouvera uni' plume audacieuse qui leur prouvera leur folie.
PHlLAUf:TE CIIASLES.
PETIT -^OCAB JLAIRE GJ^AMMATICAL (1).
ABBOLt'MENT. Prendre, employer un mot ahunhimcnt. Employer sans complément un mot Fusccptible J'en avoir un. Espérer, c'est joriir. Vivre dans V abondance. — Employer elliptiquement une expression en supprimant le mot ou les mots qui la régissent ordinairement, comuic dans cette phrase de conimandement, Pied à terre, où le mot mettez est sous-entendu.
ACCEPTION. Signification, sens dans lequel un mot se prend. Acception propre, naturelle, étendue, rigoureuse, détournée, figurée.
ACCOUD. Rapport des mots entre eux, exprimé par le genre et le nombre. Accord de Vadjectif avec le substantif, du verbe avec son sujet.
ACTivEiiENT. Se (lit d'un verbe neutre. Parler, s'emploie activement dans cette phrase : Cet homme parle bien sa langue.
ADJECTIVEMENT. En manière d'adjectif. Ce mot s'emploie adjectivement.
ADVEftBiALiTÉ. Qualité d'un mot considéré comme adverbe. Peu usité.
ADVERBIAL. Se dit dc dcux ou de plusieurs mots qui, joints ensemble, ont force et signlflcatlon d'adverbe. Ces mots se nomment façons de parler, phrases, ou locutions adverbiales.
ADVERBIALEMENT. D'uuc manière adverbiale. Dans cette phrase: Chanter juste, Vadjectif imtc est pi is adverbialement.
ADVERSATiF. S'cmploic daus cette locution : Conjoncïton, par<îcuZe atfversafiï-ej Conjonction, particule qui marque opposition, différence entre ce qui la précède et ce qui la suit.
ANALOGIE. Rapport qu'ont entre elles les consonnes qui se prononcent avec la même partie de l'organe vocal, comme le B et le P, consonnes labiales, le D et le T, consonnes dentales, etc. — Rapport que divers mots ont ou doivent avoir ensemble pour leur formation, comme passionné, formé de passion, etc.
ANTÉCÉDENT. Sc (lit dcs noms et pronoms, quand ils précèdent et régissent le relatif qui. Dieu qui peut tout.
APnÉRÈSE. Figure par laquelle on retranche une syllabe ou une lettre au commencement d'un mot. On l'emploie souvent dans les étymologics. C'est ainsi que de gibbosus on a fait bossu, etc.
APOCOPE. Figure par laquelle on retranche une lettre ou une syllabe à la fin d'un mot. Grand'mère, pour Grande mère, etc. En poésie : Jevoi, encor, pour Je vois, encore, etc.
APPOSITION. Figure par laquelle on joint un substantif à un autre, sans particule conjonctive, et par une sorte d'ellipse, pour exprimer quelque attribut particulier de la chose dont on parle. Cicéron, l'orateur rO" main, etc.
APPUI. L'appui de la voix sur une syllabe. L'élévation plus ou moins sensible de la voix, indiquée par l'accent tonique.
ASPIRATION. La manière dc prononcer en aspirant. Dans plusieurs mois, l'H se prononce avec aspiration.
ASPIRER. Prononcer plus ou moins fortement de la gorge. Dans les inols hauteur, honte, etc., il faut aspirer la voyelle qui suit V\\, il faut aspirer /'H. Une H aspirée.
COMPARAISON. Se dit des degrés de signification dans les adjectifs : le positif, le comparatif, et le eiiperlatif. Comparaison de supériorité, d'égalité, d'infériorité. — Des adverbes qui indiquent ces (lilïércnts rapports : plus, moins, autant, etc.
COMPLÉTIF. Se dit des mots qui servent de complément.
CONJONCTIF. Se dit de certaines particules qui servent à lier un mot, un sens à un autre, comme et, ni, et quelquefois que. — Locution conjonctive.
CONSTRUCTION. L'arrangement des mots suivant les règles et l'usage de la langue. Construction grammaticale, régulière, vicieuse, louche, elliptique.
CONSTRUIRE. Arranger les mots suivant les règles. Construire une phrase.
DÉRIVER. Neutre. Se dit des mots qui tirent leur origine d'un autre. Ce mot dérive de l'arabe. — Actlv. Ce mot est dérivé du grec. — Dérivé, substantiv. Le verbe courir et ses dérivés.
DÉSINENCE. Se dit de la terminaison dos mots.
DÉTERMiNATiF. QvÀ détermine la signification d'un mot. Adjectif, complément déterminatif.
DÉTERMINER. Se dit de ce qui précise ou restreint le sens d'un mot. Dans la phrase Le livre dc Pierre, les mots de Pierre déterminent le mot livre.
DIRECT. Construction directe. (Construction qui p^acc les dirfi'rents mots de la phrase dans l'ordre de la relation grauunaticale.
DISJONCTIF. Se dit des (Conjonctions qui, on unissant les membres do la phrase, séparent les choses dont on parle, comme ou, soit, ni. — Subs. fém. La disjonctive ou.
DISSYLLABE. Qui cst de deux syllabes. — Snhs. inasc. în dissi/llabe.
DOUTEU.v. Se dit des wims que les uns mettent an masculin, et d'antres au fi'minin.
ÉLiDEU. Hoirancher une voyelle finale, la supprimer dans l'ctnitme ou dans la prononciation. La lettre élidée est ronipbuée, dans l'écriture, par une apostrophe. — S'élidor se dit de la lettre qui souffre élision, Dana la prononciation, on supprime \'e viuet final devant ime voyelle ou une h muette : Un' heure, quatr'ans f mais l'élision ne se marque pas dans l'ccriliue.
(i) On n'a pas mis ici les termes de grammaire expliqués dans le cours de l'ouvrage.
ËLLirSK. Rctrancliement d'un ou de plusieurs mots qui soraiont nécessaires pour la régularité de la construclion, mais que l'usage permet do supprimer: La Saint-Jean, au lieu de La fête rie saint Jean. — Elle est fréquemment usitée dans les réponses qui suivent immédiatement les interrogations : Quand viendra-t-il? 'Domain; on sous-cntcnd, Il viendra.
ELi.ii>TiQUE. Qui renferme une ellipse. Façon de parler , tour , langue elliptique. ELLIPTIQUEMENT. Par cllipsc. Du tout, pour Pas du tout ou point du tout.
ÉPiTiiÈTE. Adjectif, mot qui sert à qualifier un nom substantif, pour en préciser ou modifier le sens. Épithète expressive^ oiseuse.
EXTENSION. L'action d'étendre la signification d'un mot. Le sens par extension tient le milieu entre le sens propre et le sens figuré. L'éclat (au propre) de la lumière. L'éclat (au figuré) de la vertu. L'éclat ( pai extension ) du son.
FIGCRÉMENT. Daus UH sens figuré. Emploxjer un mot fi (jurement.
FiGTîRÉ. Le sens figuré d'un mot , d'une phrase. L'emploi d'un mot, d'une phrase dans une signification détournée par rapport au sens propre. Expression, phrase figurée. Qui renferme une figure. Discours, style figuré , Dans lequel il y a beaucoup de figures. — Sulistantiv. Le propre et le figuré.
FINAL. Se dit des dernières lettres ou des dernières syllabes d'un mot. — Subst. fém. La dernière svllabe d'un mot. Finale longue, brève.
FINI. Sens fini , se dit par opposition à sens incomplet ou suspendu. Mode fini, se dit des modes du verbe indiquant personne, nombre , et temps.
FORMATION. La manière dont un mot se forme d'un autre mot, ou dont un mot passe par ses diverses formes. La formation d'un adjectif verbal ^ du jiluriel ,d'un temps , d'un mode.
FOAME. Se dit d'un mot considéré par rapport à sa composition, à ses modifications. Ce mot a une forme greccpte. La forme du singulier, du pluriel. L.cs formes actives , passives d'un vebe.
HOMONYME. Sc dit dos choscs qui ont un même nom , quoiqu'elles soient de nature différente, cl plus ordinairement des mots pareils qui expriment des choses différentes. Les dijférentes choses expriii:ées par le mot homonymes. Mule , animal, et Mule, chaussure ; Chaîne cl Chêne, etc., sont des mots homortymes. — Subst. masc. Le« homonymes.
HOMONYMIE. Qualité de ce qui est homonyme. L'homonymie des termes.
IDIOTISME. Construction , locution contraire aux règles générales , mais propre et particulière à une langue. Chaque langue a ses idiotismes.
IMPERSONNEL. Se dit dcs modes du verbe qui ne reçoivent pas d'inflexions indiquant les personnes, tels que l'infinitif et le participe. Mode impnsonnel. Forme impersonnelle.
IMPERSONNELLEMENT. Se dit des vcrbcs qui deviennent accidentellement impersonnels. £e re»'6e arriver est cmjdoyé imperwnncllement dans cette phrase : 11 arrive souvent que...
INDÉFINI. Se dit de ce qui exprime une idée vague ou générale qu'on n'applique point à un objet déterminé. Sens indéfini. Mot, pronom indéfini : On, quiconque, un, etc. Un homme sage doit toujours , etc. INDÉFINIMENT. Se dit dcs mots pris dans un sens indéfini.
INFLEXION. Se dit de la manière de conjuguer un verbe , des différentes formes que prend ce verbe quand on le conjugue.
INTERROGANT. Se dit du point dont on se sert dans l'écriture pour marquer l'interrogation C.^J. On dit plus oixlinairement : Point d'interrogation.
INTERROGATIF. Se dit dc co qui sert à interroger , qui marque interrogation. Particule, phrase interrogalive. Termes inlerrogatifs.
INTERROGATION. Se dit d'une phrase ou d'une expression par laquelle on interroge. Point d'interrogation. Point que l'on met pour marquer l'interrogation (?). INVARIABLE. Sc dit dcs mots dont la terminaison ne change jamais, tels que les adverbes, etc. INVERSION. Transposition, changement dc l'ordre dans lequel les mots sont ordinairement rangés dans le discours. Inversion éléijarde, poétique, forcée.
LIAISON. Se dit de ce qui he ensemble les parties du discours : Liaison des idées. Liaison dans les phrases,de certains mots qui servent à lier les périodes, et qu'on nomme autrement Co)ijomtions.
NASALEMENT. Se dit dc CG qui SC pronoucc avec un son nasal. Celte syllabe se prononce nasalement. NASALITÉ. Se dit de la qualité d'une lettre nasale. N. à la fin d'une syllabe, est ordinairement le signe de la nasalilé.
NÉGATIF, IVE. Se dit de ce qui exprime une négation. Terme négatif Proposition, particule négalice. —Substantif au féminin. Mot qui sert cà nier. Les négatives Non, ni, ne. On dit plus ordinairement Négation. NÉGATION. (Voir ci-dessus, Négntivo, subst.)
NEUTRALE-ïiENT. Se dit dos vcrbcs nclifs employés d'une manière neutre.
ONOMATOPÉE. P^ormation de mots dont le son imite la chose qu'ils Pignifient,tels que : Coucou, glouglou, trictrac, etc. — Se dit des mots imilatifs eux-mêmes. Dictinnaire des onomatopées.
PARONYME. Se dit d'un mot qui a du rapport avec un autre, par son ctymologie, ou seulement par sa forme, comme abstraire et distraire, amande et amende.
PASSIVEMENT. Se dit dcs verbes cmplovés dans le sens passif.
PHONIQUE. Se dit des signes destinés d représenter les sons de la voix. Signe, accent, phonique. POLYSYLLARE. Sc dit des mots composés de plusieurs syllabes.— Subst. masc. Un polysyllahe. POSSESSIF. Se dit des pronoms et des adjectifs qui servent à marquer la possession, tels que Mon, ton, son, etc.
PRÉPOSITIF, IVE. Se dit de ce qui a rapport à la préposition. Particule, locution prépositive.
PRIMITIF. Se dit du mot radical dont sc forment les mots qu'on appelle dérivés ou composés- .}Jot primitif. — Subst. I^s primitifs.
PRIVATIF, ivt.So dit (le ce qui marque privation. Pnrliculc privative. — Subst, I. es privatifs. piu)i\OMi.\ALEME.\'r. Se dit d'un verbe cinployc accidentellement comme vérité pronominal. PROPOSITION. Se (lit d'un discours qui aflirme ou qui nie quelque cliose. J'aime Dieu est une proposition. Toute proposition se compose de trois termes: ic sujet, le verbe cl Vattribut. Dans la plupart des phrases il y a une proposition principale à laquelle se rattachent diverses propositions accessoires, subordonnées, incidentes.. Proposition simple, composée, complexe, incomplexe.
PROSODIE. Se dit de la prononciation régulière des mots conformément à l'accent et à la quantité. Traité, règles de prosodie.
PROSODIQUE. Se dit de ce qui a rapport à la prosodie. Signe, accent, langue prosodique.
RACINE. Se dit des mots primitifs d'où les autres sont dérivés, ou dont ils sont composés.
RAPPORT. Se dit de larelation que les mots ont les uns avec les autres. Le rapport de Vadjectif au substantif du participe passe' au substantif qui le précède.
RÉDi'Pi.iCATiF. Se dit des mots qui expriment la réitération des actions. Sens réduplicalif. Particule rédaplivative, Hc.
RÉntPMCATloN. Uépétition d'une syllabe ou d'une lettre.
RÉFLÉCHIR (Se). Se dit IJHurément de l'action du verbe qui se reporte sur le sujet, exemple : Je me repens, Il se /latte.
UKciR. Se dit des verbes et des prépositions, et signifie, Avoir, exiger pour régime ou complément. La préposition sert ordinairement à exprimer le rapport du mot quelle régit avic ce qui la précède.
RK(;i,E. Se dit des préceptes qui, dans les sciences et les arts, servent à les enseigner, des principes qui en rendent la connaissi^ice plus facile et la pratique plus sûre. Règles générales, particulières.
SENS. Se dit de la signification d'un mot, d'une phrase, d'un discours. Sons propre , figuré, détourné , faux, forcé, naturel, métaphorique, allégorique, littéral, mystique, moral.
sors-ENTENDRE. Se dit de certains mots qu'on n'exxjrime pas, et qui peuvent aisément être suppléés. Dans une bouteille de vin, le mot pleine est sous-entendu.
SUPPLÉMENT. Se dit des iiKts que, pour compléter le sens, on doit ajouter ;\ ceux qui composent la phrase usuelle et elliptique. Dans cette phrase, A la Saint-Martin, les mots fête de so)d le supplément.
SVLLEPSE. l'igure par laquelle le discours répond plutôt à notre pensée (ju'au^ règles grammaticales: La plupart des hommes sont bien fous j on par laquelle un mot est employé ;\ la fois au propre et au ligure : Galatée est pour Corgdon plus douce que le miel du mont Ilyula.
SY.N'ALÈPUE. Réunion, jonction de deux mots en un seul. Quelqu'un pour quelque un.
SYiXCiiiSE. Confusion, transposition des mots qui trouble l'ordre et rurrangemenl d'une phrase, d'une période.
SYNCOPE. Figure qui consiste dans le retranchement d'une lettre ou d'une syllabe au milieu d'un mot. Gaïle, pour Gaieté, etc.
SYNCOPÉ. Se dit d'un mot du milieu duquel on a retranche une lettre ou une syllabe.
SYNONYME. Se dit d'un mot qui a la même signification qii un autre mot , ou une signification presque semblable, comme Aimer et Chérir. — Subst. masc. Peur est le synonyme de Crainte. — Au plur. 'l'itre de certains ouvrages en forme de dictionnaire, dans lesquels la différence des mots synonymes ost expliquée. Les Synonymes fran^-ais.
SYNONYMIE. Qualité des mots synonymes. La synonymie des mots Courroux et Colère.
SYNTAXE. Arrangement, construction des mots et des phrases selon les règles de la grammmre : Observer la syntaxe ; les règles mêmes de la construction des mots et des phrases : Apprendre la syntaxe; par extension Le livre qui contient ces règles: J ai perdu ma syntaxe.
TEKMINAISON. Se dit de la désinence d'un mot. Terminaison masculine, féniinine. Terminaison en or. en ir, en ur, en et, en ir, en oir, en re, etc.