ESMÉNARD
2' SERIE. — NOMS FEMININS.
La terre a. nos besoins prodigue ses largesses.
(Lemierre.)
La lune reçoit du soleil toute la lumière qu'elle em'oie vers nous. (Berquin.)
La flamme en jets brillants s'élance dans les airs.
(Dklillk.)
La glace ose saisir le vin du sacrifice. [Id.) La colline a repris sa robe de verdure. [Id.) La mort produit la mort , ledcull sème le deuil.
{Id.) La chaleur quelquefois existe sans lumière. (Id.)
La gloire ne voit point d'obstacle insurmontable.
[Id.)
La neige et la rose'e engraissent les campagnes.
(Rosset.)
La culture aux humains montra l'astronomie.
[Id.)
La paix , l'heureuse paix s'enfuit au bruit do^ armes. (M.)
La danse fait voler la gaîté sur ses traces. (Id.) La rose de la Chine étonne nos jardins. (Id.) La cerise à regret se marie au laurier. {Id.) La pêche est un poison mortel dans la Perse.
ild.) La violette se cache timidement au miUeu de? filles de l'ombre. (Delhuzk.)
La farine du millet est excellente, cuite avec du la'L (Bkrqui.v.)
La jeunesse légère est faite pour les Jeux.
(Lemierre.) La porcelaine est la propreté du luxe.
(Esmknard.) La Meuse eut ses Ruyters, la Seine eut ses Tour
ild.)
villes.
Les objets inanimés n'ont aucun sexe, cl consoqiicnuncnt les substantifs qui les représentent ne devraient être ni masculins, m féminins. Cependant l'usage leur a assigné, dans notre langue, l'un ou l'autre de ces deux genres. On dit : le soleil cl la lune, la table et le tableau, la chaise et le fauteuil; les mots tableau ai fauteuil sont du genre masculin table et chaise sont du genre féminin. Dans ce cas, le genre esi fictif ou de convention (1).
La religion, les mœurs et le génie des différents peuples fondateurs des langues, peuvent leur avoir fait apercevoir dans ces objets des relations réelles ou feintes, prochaines ou éloignées, à l'un ou à l'autre des sexes; ei cela aura suffi pour en rapporter les noms à l'un des deux genres.
Il est digne de remarque, dit Bernardin de Saint-Pierre, que la plupart des noms des objets de la nature, de la morale et de la métaphysique sont féminins, surtout uans la langue française. 11 serait assez curieux de rechercher si les noms masculins ont été donnés par les femmes, et les noms féminins par les hommes , aux choses qui servent plus particulièrement aux usages de chaque sexe, et si les premiers ont été faits du genre masculin parce qu'ils présentaient des caractères de force et de puissance, et les seconds du genre féminin parce qu'ils offraient des caractères de grâces et d'agréments. Je crois que les hommes, ayant nommé en général les objets de la nature, leur ont prodigué les noms féminins, par ce penchant secret qui les attire vers le sexe : c'est ce qu'on peut remarquer aux noms que portent les constellations célestes, les quatre parties du monde, la plupart des fleuves, des royaumes, des fruits, des arbres, des vertus, etc.
Le Naichez, comme le Huron et l'Algonquin, dit aussi M. de Chateaubriand, ne connaissent que deux genres, le masculin et le féminin; ils rejettent le neutre. Cela est nature! chez des peuples qui prêtent des sens à tout, qui entendent des voix dans tous les murmures, qui donnent des haines et des amours aux plantes, des désirs à l'onde, des esprits immortels aux animaux, des âmes aux rochers.
Les grammairiens ont généralement senti qu'en français il doit exister une relation inmiédiate entre le genre d'un nom, sa signification et sa forme; mais avaient-ils jamais soupçonné qu'il pouvait exister le moindre rapport entre le genre d'un nom et la pensée qui domine dans la phrase où il se trouve? Et cependant, dit un écrivain, c'est dans ce rapport si méconnu qu'est tout le secret du genre des noms français. Sans entrer dans des détails qui ne peuvent trouver place ici, nous offrirons au lecteur deux exemples qui lui feront entrevoir toute la fécondité de ce rapport nouveau, qui a fait d'une prétendiuî erreur une des plus belles harmonies du langage humain. L'homme, comme on le sait, s'assimile dans la nature tout ce qui est fort; il se l'approprie, i! en fait son domaine.
(1) Plusieurs langues admellcnt une troisième terminaison pour les noms d'objets qui n'ont pas de sexe, et l'appellent genre netfire (ni l'un ni l'autre). Mais cette distribution n'est point constante; l'usage y a mis une grande confusion, en appliquant à des choses qui n'ont pas de sexe le genre masculin ou féminin, au lieu du genre neutre. La langue anglaise, et aussi, dit-on^ la chinoise, sont peiit-ctre les seules préservées, ou à peu prèSj de cette irrégularité. M. Landais, dans une savante disquisition sur le genre, disquisition si savante qu'elle, nous semble déplacée dans un cours spécial de langue française, car on y trouve de l'anglais, du latin, du grec, et nous croyons même de l'hébreu, ce qui est sans doute fort instructif pour ceux des lecteurs qui n'entendent que le français; M.I>andais, disons-nous, voulant se donner des airs de réformateur, s'écrie : « 11 nous appartiendrait, à nous, l-'rancais, de poser en règle générale que tout nom qui ne désigne pas un être animé et qui n'a par conséquent point de sexe, est du genre neutre. » Mais une chose à laquelle M. IkIHdais n'a pas songé (et qui peut songer à tout! ), c'est que cette division des noms en deux genres que nous avons adoptée, quoique en apparence arbitraire, contribue puissamment à la clarté de notre langue , en nous évitant beaucoup d'équivoques et de longueurs, en facilitant et en simplifiant l'application des règles de concordance, qui établissent une afRnité nécessaire entre les voix principales et accessoires qui concourent à \i manifestation des mêmes idées. C'est donc pour satisfaire au besoin de la clarté , conformément au génie ûe notre langue, qu'on a établi tes deux divisions génériques,
Mais ce n'est point assez pour le Français de s'emparer de la force parioui où elle se
décèle; par un travail bizarre, mais réel, de son imagination, il veut que tout être fort
lui ressemble et soit ma&cnim comme lui. En voici un exemple tout-à-fait remarquable.
Dans la Henriade, Voltaire fait dire à son héros, à la vue de l'Angleterr-e, où régnait la
célèbre Elisabeth :
Sur ce sanglant théâtre où cent héros périrent , Sur ce trône glissant d'où cent rois dosccnilircnt , Une femme à ses pieds , enchaînant les destins , De l'c'clat de son règne étonnait les humains , ("était lîllisabctn.
Rien n'est féminin dans le tableau de cette femme-roi : î/?t'd/re, héroSy trône, rois, pieds,
destins, éclat, règne, Immainsl Le masculin domine partout. Mais Henri IV n'a pas encore
tout dit; dans les mœurs françaises, Elisabeth est trop grande pour être femme, le héros
dit à celle reine :
Dans ce sexe , après tout , vous n'êtes point comprise ,
L'auguste ÉlisaLcUi n'en a que les appas ;
Le ciel qui vous forma pour régir les états ,
Vous fidt senir d'exemple à tous tant que nous sommes.
Jusqu'ici, le masculin domine encore. Enfin, le héros n'ajoute plus qu'un trait à ce mâle tableau; ce dernier trait exprime toute sa pensée :
Et l'Europe vous compte au rang des plus grands hommes.
Ce dernier vers nous peint mieux que tout raisonnement, que la masculinité accom- [lagne le penchant de l'homme à s'approprier tout ce qui annonce de la grandeur, de la force, de la supériorité.
L'exemple suivant nous prouvera que la féminité exprime à son tour cette douceur, cette grâce, cette bonté, cette touchante faiblesse, qui rendent la femme si intéressante. Chateaubriand, dans le Génie du Christianisme, a dit :
a // n'appartient qu'à la religion chrétienne d'avoir fait deux sœurs de l'innocence et du € repentir. »
Ce bel exemple, qui n'a jamais été cité, met dans tout son jour la vérité que nous essayons d'exposer. Elle brille ici du plus grand éclat! Le repentir, sœur de Vinnocencel Vérité touchante! beauté admirable, mais qui eût pourtant écrasé nos grammairiens matérialistes, s'ils eussent osé l'attaquer! Ce n'est ni dans une froide analyse, ni dans un raisonnement glacé que l'on trouve la solution de semblables difficultés! Le cœur de l'homme en est l'unique source! — C'est à cette harmonie qu'il faut rapporter ce double genre des noms aigle, amour, automne, couple, orgue, etc.
Maintenant que nous avons épuisé toutes les observations auxquelles le //cnre donnait lieu, nous pouvons définir ce mot.
he genre est la propriété qu'a le substantif de désigner le sexe réel ou fictif des êtres ou des objets qu'il représente. Ainsi le substaniif homme, signe d'un être mâle, est masculin; el'e substantif/emmc, signe d'im être femelle, q&i féminin (1).
EXERCICE ANALYTIQUE
NOMS MASCUM.\S.
*'">•>]*• Allais Aise Amadou. Ambre. Anachronisme.
Ai'abit. Affront Albâtre Amalgame Amiante. Anchois.
Acrojt^che. Age. Ahéole. Ambe. Amidon. Angle.
(1) Un grand nombre de grammairiens ont suggéré, comme moyen de reconnaître les genres, l'apphcatioD des mots le ou la au nom dont il est question; mais ils n'ont pas pris garde qu'il fallait déjà connaitre le genre de ce nom pour y appliquer avec justesse le ou la.
inni»et«aire
Arrosoir.
Alltel.
Dccomlrca.
EniplJtre.
Episodo.
Antiilolp.
Astérisque
Centime.
Echange
En. pois.
Epilbibina
Antipode.
Argent.
CbanTre.
Eclair.
Enir'acle.
Anlre.
Auspices.
Ci pare.
Eliiir.
Entre uùte.
ipolopue.
Aslhme.
Cloporte.
Ellébore.
Entresol.
Appendice.
Aiiloinate
Concombre.
Eloge.
Fpidc»me,
Armistice.
Augure
Crabe.
Einétique.