‹ Grammaire nationaleChapitre 335 sur 643 · SUIVI DE · texte numérisé non relu

SUIVI DE

En un mot, qui voudrait épuiser ces malières, Peignant de tant d'esprits les diverses manières. Il compterait plutôt combien, dans un printemps, (îuénaud et l'antinioine ont fait mourir de geixs.

(Bon EAil.)

Un bienfait perd sa grùce à le trop publier; Cwi veut qu'on s'en souvienne t7 le doit oublier

(Corneille.)

llelativoment aux exemples de la première colonne, consignons ici ce que nous lis(;:;8 dans la Graiiunairc des Grammaires

« Qui y employé absolument, c'est-à-dire sans anlécédent énonc' , est le sujet tlu verbe suivant; et le second verbe n'a ni ne saurait avoir de sujet exprimé : l'antécédent sous-entendu du pronom qui en est le sujet, et cet antécédent est celui. »

D'où Girault-Duvivier infère naturellement que les exemples de la seconde colonne ne «ont pas à imiter, en ce qu'ils renferment un il de trop.

A notre tour, voyons ce qu'il y a do juste dans ces observations :

D'abord, pour ce qui est des premières citations, il n'est p&s exact d'avancer que dans les phrases oîi ^m'est employé d'une manière absolue, le second verbe no saurait avoir de sujet exprimé ; ce qui le prouve, ce sont les phrases suivantes :

Qui ne mourrait pour conserver son honneur, celui-là serait iaîhme. (Pascal.)

Qui persévérera jusqu'à la lin, celui-là sera, sinvé.

(Fléchier.)

Nous le demandons, quel est le grammairien qui voudrait condamner ces phrases? Qui ne sent, comme nous, qu'elles sont très-françaises, et qu'elles perdraient toute leur force, toute leur énergie, si le suj3t du verbe do la seconde proposition, celui-là, n'était pas énoncé, ou bien encore s'il se trouvait immédiatement transposé devant qui relatif? Et dans ce dernier cas, la construction, d'inverse qu'elle est, devenant naturelle, directe, combien ne perdrait-elle pas aussi de son élégance 1

II faut donc le reconnaître, l'auteur de la Grammaire des Grammaires a dit à tort qu'après le qui absolu, le verbe du second membre de la phrase ne pouvait avoir de sujet exprimé; nous venons do démontrer matériellement le contraire.

Passons maintenant aux exemples où qui est suivi de il. Nous ne chercherons pas à les justifier : car il paraît presque évident que cet il n'y est incorporé que parce qu'il est nécessaire à la mesure du vers; mais si la clarté du discours ou l'énergie de la pensée en réclamait l'eiriploi, nous croyons qu'alors il ne serait pas condamnable. L'analyse serait, dans ce cas, la même que celle do ces deux exemples qui nous parussent corrects :

...Qui se fait brebis, toujours le loup le mange. (Fabre d'Eglantine.)

Qui peut faire un complot, lui-même en est co upable.

(Gresskt.)

Analyse : (celui-là) qui se fait brebis (Je dis que^ le loup le mange.

Analyse : (celui-là) qui peut faire un complot, (je dis que) lui-même en est coupable.

EXERCICE PHRÀSÉOLOGIQUE.

Qui nSme blou ebâtie bien.

Qui sert l)ion «on pnys peut te rendre immortel.

Qui tratûrait son psjs. cclut-là serait infâme. Qui endurerait un alTront , relui-là pourrait autrei.

supporter niillo

-^>^^:^ N° CCCLXXIX. o^^—

EMPLOI DK qui OU DK quel, r>E qui des deux on de lequel des deux.

Qui ou quel pour LK9 PBRSOTcnk?.

Or qui est le salariant on quels sont les salariants? (Ddpont de Nemol'us.)

MaLs, madame, un mornent, songez ce que je puis, Qui vous êtes, quel est Sapor, et qui je suis.

(Regnaiu).)

Qui sont ce» gens en robe? Êtes- vous avocats?

Çà, parlez. /îxAcink.)

Quel seulement po'jr les choses.

Rîais il est nécessaire de savoir vos desseins.

Quels sont-ils donc?

(Molière.)

Vous avez plusieurs raisons à alléguer contre ce que je dis; quelles sont-elles?

(Girault-Duvivieu.)

Quelle est donc cette faculté, appelée raison, que j'emploie à observer la nature?

(liERiv. T)R Saint-Pierre.)

Çmi estle sot qui l'a dit? (Racine.)

Il y a de bons remèdes ; il ne nitinque que de Iwn*

médecins. Volontiers, mais qui seronl-t7s ces bons

tiiédecins? (Piro?(.)

V^ous mwjuez-vous? dit l'autre : Ah! vous ne savez

Quelle je mis. [guère

(La FONTAIJiE.)

Quel es-tu? — Je suis roi du peuple soulcrrain.

(TUOMAS.)

Quel est donc votre malT (MoLifcnK.)

IMusieurs d'entre eux ne vou, aient que faire un livre, n'importait quel, pourvu (ju'il fût accueilli. J,-i. Rousseau.) Eh bien! de vos soupçons, quel est ['objet?

(Voltaire.)

Quel est le projet où vous vous nrrôtei ?

De l'examen de ces exemples nous sommes fondés à conclure qu'on emploie qui ou quel pour les personnes, et quel seulement pour les choses. Ainsi on peut dire : qui est le salariant ou QDEL est le salariant? QDi est Sapor ou quel est Sapor? qui sont ces gens ou QUELS sont ces gens? qui est le sot qui l'a dit ou quel est le sot qui l'a dit ? etc., parce que, dans tous ces cas, il s'agit de personnes ; mais on dira : quels sont vos desseins ? quelles sont vos raisons? quel est votre mal? etc., parce qu'il n'est ici question que de choses. C'est là un principe général que Girault-Duvivier n'a fiait qu'effleurer, et que du reste on ne trouve établi dans aucune grammaire.

Toutefois, dans l'emploi de qui ou quel pour les personnes il existe une nuance trèsdélicate qu'il est peut-être assez difficile de saisir. Nous aiderons sans doute à la faire bien sentir, en disant que qui exprime une idée de détermination, et quel, une idée de qualification. Si donc quelqu'un frappe à la porte, je demande qui est-ce? C'est un homme. Pour savoir son nom, je dis qui est-il? Pour savoir son état, son rang, je demande qu est-il? Pour connaître son mérite, ses qualités, je dis quel est-il? Malgré cette distinction, on dit souvent qui est-il pour quel est-il?

Généralement on se sert de qui, lorsque ce mot est en alliance avec un pronom personnel : je sais qui je suis, qui tu es, qui il est, qui nous sommes, qui vous êtes, qui ils sont. Si dans les deux derniers exemples de la première colonne nous voyons quelle je suis, quel es-tu? pour qui je suis, qui es- tu? c'est que dans le premier cas La Fontaine avait besoin d'une syllabe de plus, et que dans l'autre il fallait éviter un hiatus.

Qui des deux ou lequel des deux,

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