SUJET PLACE APRES LE VERBE
Là , rougit la cerise; ici, noircit la mure.
(Delille.) Dût le PEUPLE en fureur pour ses maîtres nouveaux, De mon sang odieux arroser leurs tombeaux.
(Corneille.) Me préserve le ciel de soupçonner jamais Que d'un prix si cruel vous payiez mes bienfaits !
(Racine.) Voilà ce Capitole, et ce beau Panthéon, Où semble encore errer I'ombre d'un peuple libre.
(Bertin.) O terre de Saturne I ô doux pays ! beau ciel I Lieux où cAanfa Virgile, où peignit Rapdael.
(Saint-Victor.) Où souriait I'enfance , est assis le trépas.
(Soumet.)
Le I hien aboie.
La brebis bêle.
L'abeille bourdonne.
ly€ cheval hennit.
PLURIEL
Rome,c'est toi surtout (\\i.' appellent nos tr ans ports.
(Saint-Victoi;.) Mais duisenf-iLS encore, en reprenant les eaux, Demander votre fils avec mille vaisseaux.
(Racine.) Me préservent les cieux d'une nouvelle guerre!
(VOLTAiai.)
Par ces portes sortaient les Gères LâcioNS.
(Saiht-Victor.)
Dans leurs yeux entr'ouverts brillent d'humides (Saint-Lambert.) [flammes.
Eh! qui n'a parcouru, d'un pas mélancolique, Le dôme abandonné, la vieille basilique Où devant YÈterad s'inclinaient ses aïeux?
(SOUMBT.)
EXERCICE PHRASÈOLOGIQVE.
Les chiens aboieut.
Les brebis béleni.
Les .ibeilles bourdonnent.
Les chevaux hennissent.
J.À , âearit Ik ro.'^e. Ici , jaunissent les gatous.
L« printemps tju'annonce l'hiron- Dussent-ils périr!
deile.
lia, s'agitait ce peuple ambitieux. Me préservent les dieux !
^^"^ K CCCCLXXXL o^^^
NOMBRE DU VKRDE AVEC PLUSIEURS SUBSTANTIFS LIÉS PAR et.
VF.nBE AU PLURIEL.
Parmi les lataniers qu'agite le zéphyre , La PERRUCHE bruyante et le lori vermeil , Sautent sous la feuillée , à l'abri du soleil.
(Castel.)
Dans la saison d'amour,
Et l'ÉPOusE et l'Épocx ont le même séjour.
(Delille.) Patience cl longueur de temps Font plus que force ni que rage.
(La Fontaine.) Nous attendons chaque hiver que I'uirondelle et le rossignol nous annoncent le retour des beaux jours. (Bkun. de Saint-Pierre.)
La COLÈRE et la précipitation sotit deux choses fort opposées à la prudence. (Fknelon.)*
Le SAULE, ami de l'onde, et la ronce épineuse. Croissent au bord du fleuve, en longs groupes ran (Delille.) [gés.
Quand Lucullus vainqueur triomphait de l'Asie, L'AIRAIN, le MARBRE ct l'oR frappaient Rome
{Id.) [éblouie.
Plus loin, le TAMBOURIN, le FIFRE cl la TROMPETTE,
Font entendre des airs que le vallon répète.
(Saint-Lambbrt.) .Te soutiens qu'il n'y a qu'un géomètre et un 80T qui puissent parler sans ligures.
La violence et la vertu ne peuvent rien l'une sur l'autre. (Pascal.)
Oui , «i la VIE et la mort de Socrate sont d'un sage, la vie et la moht de Jésus sont d'un Dieu.
(J.-J. RODSSEAC.)
La VERTU et T ambition sont incompatibies.
^Bern. de Sainx-Pierbe.)
La MUSE et la bergère ont le môme langage. (Saint-Lambert.)
Le tonnerre et les vents déchirent les nuages.
[Id.)
L'or et I'argent s'épuisent; mais la vertu, la CONSTANCE ct la PAUVRETÉ ne s'épnisent jamais.
(Montesquieu.) Seigneur, quand par le fer les choses sont viddes, La JUSTICE et le droit sont de vaines idées.
Corneille.) La rapine et I'orgueil sont les dieux de la terre.
(Voltaire.) L'ambition et I'avarice des hommes sont les seules sources de leurs malheurs. (Fénelon.)
Que disent la plupart des grammairiens au sujet de ces sortes de phrases? Que a toutes les fois qu'un verbe a deux nominatifs sm^w/ters, on met ce verbe au -pluriel, farce que deux nominatifs valent un pluriel, y)
Nous ne nous arrêterons pas à faire sentir tout le ridicule de cette règle; d'autres l'ont fait avant nous; nous nous bornerons aux observations suivantes :
Dans cette phrase : L'hirondelle et le rossignol nous annoncent h retour des beaux Jouis, il est évident que le verbe annoncent ne se rapporte ni à hirondelle, qui est du singulier, ni à rossignol, qui est du même nombre. Or, si annoncent ne convient ni à l'un ni à l'autre de ces deux mots, comment pourrait-il, nous le demandons, se rapporter à tous les deux? Le moindre défaut de la règle des grammairiens est donc, comme on le voit, de pécher contre la logique.
Dans la phrase que nous examinons : L'hirondelle et le rossignol annoncent le retour des beaux jours, le verbe annoncent est au pluriel, non pas précisément à cause des deux mots hirondelle et rossignol, mais parce que ces deux mots singuliers font naître nécessairement l'idée d'un troisième, avec lequel le verbe annoncent s'accorde ; et ce mot est celui d'oiseaux, d'aniinaux, ou tout autre semblable, mot toujours sous-entendu, et destiné à indiquer que les individus ou les choses représentés par les deux noms qui précèdent ce verbe concourent ensemble à faire l'action exprimée par ce même verbe.
C'est comme s'il y avait : l'hirondelle (annonce le retour des beaux jours) et le rossignol (annonce aussi le retour des beaux jours; donc ces deux oiseaux) annoncent le retour des beaux jours, y o'ûk la seule raison, l'unique raison de l'accord pluriel du verbe, précédé de plusieurs substantifs liés par et.
A la triste et pitoyable règle des grammairiens, nous substituerons donc celle-ci : lorsque Z'idée exprimée par le verbe est affirmée de plusieurs substantifs singuliers liés par et, ce verbe se met au pluriel , que ces substantifs le précèdent, ainsi que dans les exemples que nous avons cités, ou qu'ils le suivent, comme dans ceux-ci :
Ils meurent : de ces lieux s'exilent pour toujours La douce rêverie et les discrets amours.
(Dklille.) . . . Cette illusion et ce charme magique. Qu'ont reçus I'épopée cl la muse tragique.
La foudre éclate , tombe; et des monts foudroyés Descendent à grand bruit les graviers et les ondes,
(Saint-Lambert.) Et partout où coula le nectar cnchanlé , Coururent le plaisir , I'audace ct la gaItk.
(Delillb-)
Le BIEN ct le mal est en ses mains.
(La Bruyère.) La POLITESSE ct I'affabilité est la seule distinction qu'ils alTectenl. (Massillon.)
L'ambition et I'amour de la fortune, dans les autres honinics , partugo l'amour du plaisir.
La gloire et la prospérité des méchants esi courte. iFÉSKLON.)
Le SAVoin-vAiRB ct I'habileté ne mène pas jusqu'aux énormes richesses. (La Bruyère. )
Avouons que la force ct le courage a été comme le manteau royal qui l'a parée.
(MASCABOn.)
Souvent la vÉuftHUNCii et la instc sévérité de son discours protégera la vertu oriprimée, et fera trembler le vice triomphant. (D'Aguesseau.)
Le TUMULTE seul et I'agitation qui environne le trône, en bannit les réflexions, et ne /atsse jamais un instant le souverain avec lui-niôine.
(IMassillon.)
Je sais que chaque science et chaque aux a ses termes propres inconnus au commun des hommes.
(Fleury.)
L'ahueuii de leurs disputes insensées et leur rb< LiGioN arbitraire est devenue la plus dangereuse de leurs maladies. ^Bossuet.)
La GKANDECR et la taille des cerfs, en général, dépend absolument de la quantité et de la qualité de la nourriture. (Massillon.)
Il s'agit do choicir un état de vie : choisissez-le comme devant un jour mourir; et vous verrez si la TENTATION et le DÉsiu dc vous élever vous y fera prendre un vol trop haut. (Pascal.)
Sans se donner la peine do descendre dans la pensée de l'écrivain, de sonder les vues de son esprit et les mouvements do son anie, sans tenir compte de ces deux lois puissantes , TuARMONiE et l'oREiLLE, qul président si souvent aux concordances, la plus grande partie des grammairiens prononcent l'anathème contre les phrases que nous venons de citer et celles qui leur ressemblent. Ce fameux principe : un et un font deux, renferme à leurs yeux tous les agréments, toutes les grâces, toutes les gentillesses de la Grammaire. Ils ne souffrent pas qu'on s'en écarte, et en font un véritable lit de Procuste, où phrases et locutions sont tenues de s'étendre bon gré mal gré.
Cependant, lorsque des écrivains tels que Voltaire, Bossuel, Racine, Fénelon, Pascal, Rousseau, Massillon, La Bruyère et d'Aguesseau, jettent de côté, dans certaines circonstances, les règles des grammairiens, i) faut croire qu'ils ont eu leurs motifs pour agir ainsi.
Or, comme, à notre sens, ce n'est ni par hasard ni par caprice que ces écrivains, modèles de goût et do pureté de style, ont préféré, dans les phrases citées, mettre le verbe au singulier, nous allons chercher quelle peut être la cause d'une telle préféreoce
Quand Voltaire a écrit :
L'homme et la femme est cbose bien fragile, il a considéré \homme et \sl femme comme un tout équivalant àrAm?ioni7^. Non seulement la locution est correcte, mais l'auteur no pouvait s'exprimer autrement, puisque, dans le chant qui commence par ce vers, il n'est question que de la fragilité d'une femme. C'est uniquement par délicatesse envers le beau sexe que le poète a dit : Vhomme et la femme, car il n'avait en vue qu'un seul être (1).
Dans cette phrase de J.-J. Rousseau :
Chaque état et chaque âge a ses devoirs, il y a ellipse : Chaque état a ses devoirs, chaque âge a ses devoirs. Le sens étant distributif, le singulier était nécessaire.
(1) « Pourquoi ne pas convenir, dit un grammairien , que Voltaire a mis le singulier pour faire son vers? Qu'on nous cite des prosateurs qui aient méconnu ce principe élémentaire, que deux singuliers valent un pluriel. » Les exemples que nous avons donnés plus haut, et ceux que nous allons donner encore, tout tirés des écrivains en prose , réfutent cette objection :
La SAGESSE et la PIÉTÉ du souverain peut faire loulo «cule le bonheur du sujet. (Massillon.)
Mais à celle dernière fois, la TALEUa et le grand nom de Cyru8/îf que les Perses ses sujets eurent h gloire de celle conquête. (liossuET.)
La DOUCEUH et la uOLtESSE de la langue italienne s'est insinuée d.ius le ge'nie des auteurs italiens. (VoLTAIfiE.)
Sa PIÉTÉ et «a DROITURE lui attire ce respect.
(BoSSUET.)
Le FASTE et le mépris qu'on fait paraître pour les autres a'fl jamais rien produit de hou. (FÉSELON.)
Du retle, leur dIfaite et leur lanoKINlE Xear fit plaisir.
(ROLLIM.) Bien régner, c'est rendre k Dieu le 8KRT1CE et I'bommaoe qui lui est le plus agréable. CIJÔ
Places que TaRT et la NATURE a forlifices.
(Fléchier.)
Le BONHEUR et le malheur des hommes ne dépend pas moins de leur humeur que de la fortune.
(La ]<ochefoucatild.)
L'ignorance et I'ateuolement t'était prodigieuiemenl accru depuis le temps d'Abraham. (BossUET.)
L'univers, me dis-je, est un tout immense, dont toutes les parties se correspondent. La GRANDEUR et la SIMPLCCITE de cette idée éleva mon ame. (Thomas.)
L'intempérance et riNCOBÉRENCE des imagination* orientales est un faux guûl; mais c'est plutôt un manque d'esprit qu'un abus d'esprit. (Voltaire.)
Sou ahiiication de la dictature fit voir que I'ahdITIOH et rKNViK de régner n'avait pas été sa passion dominante.
(Ve«TOT.)
( 563 ) Daus cette phrase de Massillon : >
La politesse et l'affubilité est la seule dlstinclion qu'ils adfectent, il y a synonymie, et les deux sujets n'offrent, en quelque sorte, qu'une seule idée.
La Bruyère a dit :
Un peu d'esprit et beaucoup de temps à perdre, lui suffît pour conserver son empire sur une femmu.
Ici l'auteur a voulu dire que l'une des choses ne suffit pas, mais que leur réunion suifit. Remarquez que dans la locution il n'y a qu'un sujet. Si La Bruyère eût mis suffisent, il aurait reconnu deux sujets distincts, auxquels le verbe aurait également convenu, (/n peii d'esprit suffit, et beaucoup de temps à perdre suffit, ce qui eût été évidemment contre sa pensée, et aurait formé un contre-sens. Les deux idées ne pouvant se séparer pour former chacune le sujet du verbe, le singulier était indispensable.
Dans cette phrase :
Pour avoir voulu exiger de ses sujets au-delà de ce qu'ils lui devaient, Salomon perdit leur amour et leur fidélité qui lui était due,
le dernier substantif fidélité ayant attiré à lui seul la modification, par une figure qu'on peut nommer attraction, Massillon a dû mettre le verbe était au singulier. Enfin, dans cette dernière phrase de Massillon :
« L'agrément et l'avantage que nous trouvons dans un pareil commerce doit nous porter à resserrer les liens... »
il y a idée de récapitulation; c'est comme s'il y avait : l'agrément et l'avantage, etc., CELA doit nous porter, etc.
Nous ne pousserons pas plus loin cet examen. Il doit suffire pour faire comprendre que l'emploi du pluriel ou du singulier, dans les verbes, dépend entièrement des vues de l'esprit , et que vouloir contraindre les écrivains à n'employer jamais que le premier, c'est mettre des entraves au génie, c'est priver la langue de ses ressources, de son infinie variété ; en un mot, c'est vouloir que les pensées se jettent dans le môme moule. Comme le dit avec beaucoup de sens un écrivain, il y a deux classes d'hommes, ceux qui ont du génie et ceux qui en sont privés. Laissons à ces derniers la stricte observation des règles, et permettons aux premiers de s'élever au-dessus et de s'en écarter. Nous ajouterons qu'il est des cas où, avec la meilleure volonté du monde, on ne pourrait appliquer la règle des grammairiens ; c'est lorsque plusieurs sujets se fondent dans un même individu, comme dans ces deux passages de Massillon :
C'est un IMPOSTEUR et un traître, qui annonce les malheurs et la ruine entière de Jérusalem.
C'est un MINISTRE et un envoyé de son père, qui rend témoignage par son sang à la vérité de sa mission et de son ministère.
Le pluriel, dans cette circonstance, serait une véritable monstruosité.
Nous terminerons en établissant ce grand principe auquel la Société grammaticale a eu la sagesse de donner sa sanction : Lorsque l'on considère séparément chaque partie d'un sujet multiple, on met le verbe au singulier; mais si les parties du sujet multiple sont considérées simultanément, le verbe doit prendre le pluriel.
Ce principe, fondé sur la raison et sur les faits, s'applique môme lorsque les sujets sont exprimés après le verbe, et que celui qui le suit immédiatement est au singulier, comme dans ces phrases (1) :
A Paris règne la liberté et I'égalité... la jalousie des rangs y est méconnue.
^Mo«xKsguiEU.)
Mais pourquoi, dira-t-on , cet exemple odieux ? Que peut servir ici I'Égvpte et ses laux piklx?
(BUILEAU.)
(i) Beseher croit, à tort, que, dans ccue position , le verbe doit toujours se mettre au singulier. Les exemples cités plus haut prouvent qu'il peut aussi s'employer au plurieL
Ce n'est pas à leur nation seule que se borne l'ijirnEssioN et I'effet de leurs exemples.
(MASS\tU)y.) Le MARCHAND, l'oCVRIER . le PRÊTRE , le SOLDAT,
Sont tous également des membres de l'élat.
(Voltaire.)
. . . Quel nouveau trouble excite en mes esprits Le SANG du père , 6 ciel , et les larmes du fils ?
(Racine.) La PEi'n, I'airain sonnant, dans les temples sacré» Font entrer à grands Dots les peuples égarés.
(Saint-Lambert.)
EXERCICE PHRÀSÉOLOGIQVE.
Le hanneton et la mouche bnnrdonnent.
La rnlooilic cl le ramier roucoulent.
L'énrrvier. le lapin et le renard glapissent.
Le loriot , le merle , le seqient et les oies sifflent.
Le perroquet et In pie sont bavards.
Le renard et le singe sont rnscs.
Le lis et la rose sont odorants.
L'hermine el la zibeline «e nourrissent de rats.
Le bonheur et la témérité ont pu faire des héros.
L'ordre et l'utilité publique ne peuvent être 1rs fruits du crime.
A votre perte el à votre s^ilut sont attai liés la perte et le salut à»
tous ceux qui vous environnent.
C'est de lui que dépend le bonheur et le salut des nations. C'est dans les chaumières qu'habitent la paix et le bonheur. Ton état et le mien ne permet plus la plainte.
N° CCCCLXXXII.
NOMBRE DU VERBE APRÈS PLUSIEURS SUBSTANTIFS NON LIÉS PAR et.
!• — Avec le singulier.