AVEC S
Puisqu'on lui disait : vas-y, pourquoi n'aurait-il pas dit irai-je-t-y ? Remarquez de plus avec quelle adresse il évitait l'hiatus de irai-je y, ou y irai-jet
(.l.-J. ROUSSHAC.)
Respecte ces tendres penchants, mon aimable ami; tu leur dois trop pour les haïr, mais souffre-s-en le cher et doux partage. (/d.)
Cousine, songes-y bien : voilà quel est le mari dont tu médites sans cesse de troubler indiscrètement le repos. {Id.)
Pense-s-y bien, jeune homme; que ."^ont dix, vingt, trente ans pour un cire immortel? i/d.) Aime Cinna, ma fille, en cet illustre rang; Prefircs-vn la pompe à celle de mon sang.
(Corneille.)
Pense-s-y mieux, mon aimable amie; toi dont la morale est aussi facile et douce qu'elle est honnête et pure. (J.-J. Rousse ai.)
Fais un grand feu bien ardent, jette-sy tout ce fatras. {Id.)
Toute seconde personne singulière de l'impératif qui, par la conjugaison, n'est pas terminée par un s, prend celte lettre pour cause d'euphonie, lorsqu'elle est suivie du pronom en (m du pronom y: Penses-y, vas-y, rapportkz-en des fruits, MANGEZEN dans la route, MÈNES-Y des ouvriers, etc.
Mais, dans \c cas où les pronoms en et y sont compléments du verbe qui suit l'impératif, il peut y avoir une pause entre cet impératif et ces pronoms; dés lors on ne doit pas faire usafjc de la lettre euphonique : Va y mettre ordre, saciik en trouver, DAiGNii v me^ ner ton père, elc.
EXERCICE PURÀSÉOLOGIQVE.
Pprtse a ton affaire.
SonsP h l'avenir.
Ne donne de conseils a personne
Va y mettre ordre.
Penses-y bien SonRPS-y sans cesse.
Uonnes-en ii tes aiiiit Vas-y tout seul.
SUBJONCTIF
Verbes toujours suivis du subjonctif.
VERBES EXPRIMANT UNE IDÉE DE prière, DE dcsir, DE commandement, ElC
Obéis, si tu veux qu'on Vobdissc un jour.
(Voltaire.)
J'alme MiTtot qu'Acanie soj7 nicchant que si je l'étais. (Fknelon.)
Pierre le Grand ordonna qu'on n'entrerait dans les cloîtres qu'à cinquante ans, et il déficndit qu'on y reçût, à quelque âge que ce lut, un homme revêtu d'un emploi public. (Voltaire.)
. . . Vous BRULEZ que je ne sois partie. (Id.)
Je CONSENS que mes yeux soient toujours abusés.
Souffrez que Bajazet vote enfin ia lumière. [Id.)
Je ne m'étonne plus qu'il craitjne de me voir.
(Corneille.) Les devoirs de la société kxic.ent que l'on ail (juclquc ménagement pour l'amour-propre des hom-
hieS. (ACADÉ.MIE.)
Faut-il que les mortels ne soient heureux qu'en
(Voltaire ) [songe.
Il 50DUAITE en son cœur que ce Dieu i\g soit pas.
(BOILEAU
Prends garde que jamais l'a.stre qui nous éclaire Ne te voie en ces lieux mettre un pied téméraire.
(Racine.) . . . Qui rit d'autrui Doit CRAINDRE qu'eu revanche on rie aussi de lui.
(Molière.) Combattant à vos yeux, permettez que je meure.
(Racine.) Puisque vous le voulez, j'accoude qu'il le fusse.
(Corneille.) Amilcar méritait qu'on lui confiât le commandement de l'armée qui devait agir eu Espagne.
(Rollih.) Empêchez qu'un rival vouspre'utenne et vous brave.
(Corneille.) Nous ne vous de.mandons jtas qu'il devienne le vainqueur de l'Iîurope; nous vous demandons qu'il soit le père de son peuple. (Massillon.)
Gardez que ce départ ne leur soit révélé.
(Racine.) Je désire que vous soyez plus heureux.
(Académie.)
L'emploi du subjonctif est une des plus grandes difficultés de la lanfjue française. Tous les cas oii l'on doit faire usage de ce mode ne sont pas spécifiés dans la plupart des grammaires; on se tromperait même singulièrement si l'on regardait comme infaillibles les règles qu'elles établissent sur cette importante question. Nous allons remplir une partie de ci s lacunes.
Dans la théorie, nous ferons voir^ au moyen de nombreuses analyses, que le véritable génie du subjonctif est d'indiquer une action ou une chose comme terme d'une volonté annoncée dans une proposition antécédente, proposition qui peut être exprimée ou sousentendue.
Ainsi, pour reconnaître dans quel cas on doit faire usage du subjonctif, il faut considérer la nature du mot antécédent dont ce mode dépend, et examiner l'esprit ou l'intention dans laquelle aura été conçue la phrase entière. C'est donc par suite du prin-
( 639 ) cipe que nous venons d'établir que, dans les exemples cités plus haut, les verbes qui suivent la conjonction que sont tous au subjonctif. En effet, on ne peut prier, désirer, ordonner, souhaiter, etc., sans vouloir que ce qui est l'objet de ces mouvements tic l'àmc soit effectué. On voit par là que, quelle que soit la forme par la juelle la volonté est exprimée, soit de prière, de désir , de commandement , etc., notre principe n'en est pas moins vrai.
EXERCICE PHRÂSÉOLOGIQUE.
Je reuT qae* . .
Je désire que.» .
Je ftouliaile que.
J'exige que. . .
Il prétend qtie. . .
Il aime mieux que.
II consent que. . .
Il craint que. . .
Nous permettons que.
ï4ou5 souhaitons que.
îtous voulons que. ..
Nous denaandoiu que.
Vous empêcliez que*..
Gardez que. . .
Il faut que. . .
Vie vous étonnei |;hft que*
»*»^^ N° DLXI. o^^^<
SUBJONCTIF APRÈS être SUIVI D UN NOM OU D'UN ADJECTIF
Il est juste, grand roi, qu'un meurtrier périsse.
^COHNKILLK.)
Il ^'EST PAS possible qu'un esprit toujours rabaissé vers de petits objets produise quelque diose qui soit digne d'admiration et fait pour la postérité.
(Lesage.;
Il est difficile, quand on aime la vérité, qu'on n'ait aussi du zèle pour la justice. [Id.)
Monsieur, il est impossible que vous voyiez à présent ma maîtresse; elle est dans l'affliction la plus cruelle. (Voltaire.)
Sans prendre avis, il est rare qu'.on plaise. (Id.)
Ces vérités sublimes, qu'il importe tant à rhomnie de lonnuitre, il était essentiel que Dieu daignât les lui communiquer. (De la Luzerne.)
Il serait bon qu'on obéit aux lois. (Pascal.)
Il était convenable que la nouvelle lumière se répandit par tout l'univers. (Bossuet.)
Il était nécessaire à la ^loire de la religion que toute la raison humaine fût épuisée, pour rendre les hommes vei tueux. ^.Massillon. >
Il est triste pour la France, si féconde en écrivains excellents, qu'elle snit le seul pnys qui produise de pareils recueils do; dures, ^ Voltaire.;
Il EST TEMPS qu'il paraisse et qu'on tremble à sa vue
^Voltaire.) Est-il naturel QU'Alaric voulût passer les AlpeseirApeunin, lorsqucConstantin, plus tremblant, s'offrait a sa couquêlc? (Voltaire.)
Après ces locutions : Il est juste , il est bon , il est nécessaire , il est essentiel , il est important, il est possible, il est convenable, il est rare, il est temps, il est difficile, il est indispensable, il est facile, il est impossible, il est urgent, et autres semblables, qui marquent une nécessité, on se sert toujours du subjonctif; 1 analyse va nous faire voir la raison de cet usage. Il est juste qu'un meurtrier périsse, est un abrégé de : Il est juste (le pouvoir Qii vkut) qu'un meurtrier périsse. — Il était nécessaire que toute la raison humaine se fût épuisée, est pour il était nécessaire (l'acte qui voulait) que toute la raison humaine se fût épuisée, etc., etc. Ces analyses sont rigoureuses et ne ressemblent en rien à celles de Lemare, qui, selon sa coutume, substitue à il est juste, la justice veut ; à il est nécessaire, la nécessité veut. Lemare doit savoir aussi bien que nous que substituer une phrase à une autre phrase, ce n'est pas l'analyser , c'est doubler la dilHculté, car au lieu d'une phrase à examiner on en a deux.
Je pris congé de ces deux époux en leur protestant que j'étais ravi que 1 hymen eût succédé à leurs longues amours. (Lesage.)
Hippolyte est heiiieux qu'aux dépens de nos jours Vous-même, en expirant, appuyiez ses discours.
Ne soyons pas surpris non plus que Lycurgue ait regardé l'éducation comme 1 affaire la plus itnportanie du législateur. (Baktuéle.'Mv.)
Je ne suis point étonîsé que votre projet soit encourage par i>l. de Sartiues. (Voltaire.;
Toutes les fois que le verbe être a pour attribut un adjectif marquant quelque émotion
C40 ) ou opération de ^âm^, telle que celle produite par la joie, la tristesse, la satif faction , le mécontentement ou la surprise, le verbe qui suit doit être au subjonctif.
EXERCICE PHRASÉOLOGIQUE
n est jiislf lu». . . Il est facile que. . . S'il élalt possible que. . . Il est lionteux que. .
Il est lion que. . . Il serait diflioilc que. . . Il sera i-t convenable que. . . Il est bicnsr.Tnt que .
11 était tlmps que... Il est rare que. . . 11 est liien qoe . . . Il est ur;.;.nt que. . .
Userait possible que... 11 ejl heur.^» ^ue . . Il est niallicuretix que. . . 11 est neciss.iirc que. ..
Jo suis ravi que.. . Je suis eniliunlé que. . . Je suis désole que. . . Je suis surpris que. . .
—^30*^0 ]\" DLXII. c^^«*^^^—
SUBJONCTIF APRÈS LES VERBES DITS impersonnels.
II. FALLUT qu'au travail son corps rendu docile, Forçât la lerre avare à devenir fertile. (Boileau.
Ir. m; me plaît pas que vous alliez là.
(Académie.)
Dans le vulgaire obscur si le ciel l'a placé, Qu'importe qu'au hasard un sang vil soit versé?
Il arrive bien difGcilement qu'on soit maliieu* reux pour ne pas savoir ce qui se ()assc dans le cœur des autres. (Marc-AurIîle.)
Lorsqu'un verbe est précédé de l'un des impersonnels il faut, il importe, il convient ^ ilvaiit mieux, Use peut, il plaît à, ilpeiit se faire, etc., il se met toujours au subjonctif, piirce que ces impersonnels font naître l'idée d'une volonté, d'une nécessité. Aussi est-ce parce que les verbes impersonnels suivants , il résulte, il s'ensuit, il paraît, et autres semblables , n'expriment aucune idée de volonté , de nécessité , que le verbe qui vient après eux se met à l'indicatif et non au subjonctif.
EXERCICE PHRASÉOLOGIQUE
Il faudrait que. . Comment se peut-il que ? Ne vaut-il pas mieux qne.«<
Il importe que. . . Il conviendrait que. . . II ne convient pas que. . .
Il fe peut que. . . 11 vaut mieux que. . . Il me plait que. . .
Expressions après lesquelles on emploie toujours le subjonctif.
-«^^<^^^=ïCo ]^° DLXllI. ^^^^^"^
Quelque, quel que, quoi que, etc.
QenLouE effort que fassent les hommes, leur néant parait partout. (Bossuet.)
Qui que ce soit, parlez, et ne le craignez pas.
(Racine.) Mais dans quelque haut rang que vous soyez placé, Souvent le plus heureux s'y trouve renversé.
(Tu. Corneille.) Si mince qu'il jyuisse être, un cheveu fait de l'ombre.
(Villefré.)
On met toujours le subjonctif après les expressions quelque que, quel que, qm
que, quoi que, si que, à quoi que, de quoique
EXERCICE PHRASÉOLOGIQUE
(>tirlniH's rii liesses (]UL' vous a\vt. Quoi qu'il puisse arriver.
Qucllis que soient vos ricnessi's. • Onelque grand que soit son mcrite,
yui ijue ce puisse être. ^i liclie qu'il soit.
Du maître, quel qu'il soi7, peu, beaucoup, ou zéro. Le valet fut toujours et le singe et l'écho.
(PiROîJ.)
Quoi QUE vous écriviez, évitez la bassesse.
(Boileau.)
Quoi Qu'on dise, un ânon ne deviendra qu'un àne (Grozelier.)
(641 ) Afin que, à moxns que, avant que, en cas que, etc., etc.
L'on est mort avant Qu'on ait aperçu qu'on poutait mourir, (Fléchier.)
UiEN QL'à ses déplaisirs mon âme compatisse.
(COHNEILLE.)
Combien de fois a-t-on vu des hommes publics faire échouer des entreprises glorieuses à l'état, de l'KLR QUE la gloire n'en rejaillît sur leurs rivaux.
(Massillox.) Quoique le ciel soit juste, il permet bien souvent Que l'iniquité règne et marche en triomphant.
Dieu vous place au-dessus des autres, afin que vous soyez les pères des peuples. (Massillon.j Au CAS QUE ce qu'on en dit soit véritable.
(Pascal.) Les hommes ont la volonté de rendre service iusqu'a ce Qu'ils en aient le pouvoir.
(Vauve^jargues.) Pour Qu'on vous obéisse, obéissez aux lois.
(Voltaire.)
Les puissances établies par le commerce s'élèvent peu à peu et sans que personne s'en aperçoive.
(Montesquieu.)
Il fait bon craindre, encor que l'on sot* saint. (La Fontaine.)
Pourvu qu'on sache la passion dominante de quelqu'un, on est assuré de lui plaire.
(Pascal.)
Soit que Julie eût étudié sa langue, et qu'elle la parlât p.ir principe», soit que l'usage supplée à la connaissance des règles, elle me semblait s'exprimer correctement. (J.-J. Rousseau.)
L'amour-propre vit et règne absolument en nous, A moins que Dieu n'ait détruit son empire en versant un autre amour dans notre cœur. (Nicole.)
Loin que les peuples soient faits pour eux, ils ne sont eux-mêmes tout ce qu'ils sont que pour les peuples. (Massillon.)
On emploie toujours le subjonctif après les expressions suivantes:
Afin que. A moins que.
Avant que.
Au cas que.
Bien que.
De peur que.
De crainte que.
En cas que.
Encore que.
Si tant est qne.
Loin que.
Non que.
Non pas que.
Nonobstant que.
Où que.
Pour que.
Pourvu que.
Quoique.
Sans que.
Soit que.
EXERCICE PHRASÉOLOGIQUE
Afin qiio vous 50Tez content.
A moins qtic je ne sorte.
Avant que son |)cre revienne
Ouoiqne je le lui .nie iléfendu.
Pour que tu luiisses réussir.
Pourvu qu'elfe me plaise.
SDBJONCTiF APRÈS que EMPLOYK, DIT-ON, POUR afin que, avant que, soit que, pour qw^ sans que, à moins que, jusqu'à ce que, et pour si
Si les hommes étaient sages et Qu'ils suivissent les lumières de la raison, ils s'épargneraient bien des chagrins. iCité par Wailly.)
En vendange autrefois dans les lieux où nous sommes.
Peu de jours se passaient qu'il n'arrivât mort
(Regnard.) [d'hommes.
... Je ne vous quitte point, Seigneur que mon amour n'ait obtenu ce point.
(Corneille.)
Que l'on approuve ou non ma fermeté sévère, Qu'à l'univers surpris cette grande action Soit un objet d'horreur ou d'admiration. Mon esprit, peu jaloux de vivre en la mémoire. Ne considère point le reproche ou la gloire.
("Voltaire.)
On voit que toutes les fois que la conjonction que semble employée pour afin que. avant que, soit que, sans que, pour que, à moins que, etc., le verbe qui suit cette conjonction se met toujours au subjonctif. Pour l'analyse de ce que, nous renvoyons le lecteur au chapitre des Conjonctions
( 642 ) EXERCICE PHRÂSÉOLOGIQVE.
Si »ou» rcvcnoi ici, et que je n y sou pas. . . Appliqucu-voiis, (|iip vos parrnls soient contents. Ne roinminici pas que je vous avertisse. Attende! que votre père revienne.
Que je Use ou que j'ccrire, on T trouve tonjoiira à Mdire.
Je no puis rien dire que tu ne le saches.
J.nniais on ne le punit qu'il ne l'ail mérite.
l'.'ètail une satisraction pour moi que roos vlnssiei me voir.
-^ K DLXYI.
SUBJONCTIF APRÈS que DIT IMPÉRATIF.
Qu'aux accents de ma voix la terre se réveille.
(J.-B. ROUSSEAD.)
QvT. celui d'entre vous qui est sans péché lui jef^e la première pierre! (Le Maisxre de Sacv.)
Qu'il périsse l aussi bien il ne vit plu.^ pour noua.
(Racine.) Lorsque vous ferez l'aumône, que votre main ga» che ne sache point ce que fait votre main droite. (Le Maistre de Sact.)
C'est-à-dire : je veux, je commande que la terre se réveille aux accents de ma voixy etc. Ce qui nous fait voir que dans ces sortes de phrases, le subjonctif est sous la dépendance du verbe vouloir sous-entendu.
EXERCICE PHRASÈOLOGIQUE.
Qu'il parte.
Qu'il soit jugé
Que votre père ne le sache pas Qu'il soit pendu.
^^^^m^ j^" DLXTII. ^^^^^^
subjonctif employé avec ellipse du que.
Plût aux dieux qu'on réglât ainsi tous les procès ; Que des Turcs en cela l'on suivit la méthode!
(La FoNTAI^E.) Périsse le Troyen auteur de nos alarmes !
(Racine.) Dût ma muse par là choquer tout l'univers, Riche, gueux, triste ou gai, je veux faire des vers.
(Boileau.)
Ecrive qui voudra ; chacun à ce métier
Peut perdre impunément de l'encre et du papier.
(Boileau.) Tombe sur moi le ciel, pourvu que je me venge !
(Corneille.) Majestueuses forêts, paisibles solitudes, qui plus d'une fois avez calmé mes passions, puissent les cris de la guerre ne troubler jamais vos résonnantes clairières! (Bern. DE Saint-Pierre.)
C'est-à-dire je voudrais qv'U plût aux dieux; quand bien même le sort voudrait QUE ma muse dût choquer tout l'univers, etc.
On voit par là pourquoi, dans ces phrases où l'on manifeste particulièrement un vœu, un désir, on met le subjonctif.
EXERCICE PHRASÈOLOGIQUE.
Vivent le» gens d'esprit !
Meurent le* Grecs !
Périssent les mécliants Dût-i] en mourir.
K DLXVIII. o^
Je ne sache point, que je sache.
Je ne sache pas d'avoir vu, dans ma vie, un pays plus antipathique à mon goût que celui-ci.
(J.-J. ROUSSEAO.)
Je ne sache pas qu'il y ait eu d'hommes blaucs devenus noirs. (Bdffon.)
Je ne sache pas qu'on ait jamais vu d'enfant en liberté se tuer. J.-J. Rousseau.)
Je ne sache que trois peuples qui aient autrefois pratiqué l'éducation publique. (/d.)
Nous en dirons bientôt la raison, dont je ne sache pasque SCS coininentaleurs se soient jamais occupés, quoiqu'ils l'aient ressassé de toutes les manières. (Bern. de Saim-Pierre.)
Mais la cause la plus générale du strabisme, el dont personne, que je sache, n'a fait mention, c'est l'inégalité de force dans les yeux. (Blffon.) . . . Je ne sache point d'honneur si bien placé Dont on ne vienne à bout, dès qu'on a lînancé.
(IlAurKuocnE.)
D'habiles anatomistes ont analysé les organes de la vue etdel'ouie, et aucun, que je sache, n'a développé le mécanisme de l'odorat.
(Bern. de Saint-Pierre.)
On dit je ne sache pas, nous ne sachions pas, pour je ne connais pas, nous ne connaissons pas. Ces locutions no sont d'usage qu'avec la négative , et appartiennent au style de la conversation; de même que lès expressions que je sache, que nous sachions, qui s'emploient le plus souvent à la fin d'une phrase : il n'y a personne que je sache. Ce qu'il y a de particulier, c'est que cette manière de parler, qui est un véritable gallicisme, n'a lieu qu'à la première personne du singulier ou du pluriel, car on ne dit pas tune saches pas, il ne sache rien.
Selon Lemare, cette phrase unique est presque inexplicable.
Un autre {jrammairicn pense que cette expression est elliptique, et qu'elle est pour je suis arrivé à ce point de connaissance que je ne sache pas. Ce grammairien n'entend rien à l'analyse; car, malgré son explication, le subjonctif reste encore à expliquer.
Pourquoi le subjonctif? dit M. Marrast. Pourquoi cet usage est-il propre au xerha savoir et à la première personne ?
Il est toujours difficile d'expliquer des usages que des imitations , des circonstances particulières, l'influence du génie, quelquefois même que la mode a introduits. Dans les langues anciennes, on trouve quelques exemples semblables. Les Latins ne disaient pas volo, ih disaient velim. Quand on prononce la phrase en question, on suppose sans doute qu'on n'a pas présents à l'esprit tous les objets de comparaison qui pourraient s'offrir. On évite alors de donner à l'expression une valeur trop affirmative , et l'on emploie le mode dubitatif, je ne sache rien... C'est une manière délicate, un tour de convenance , et l'on voit facilement que l'on ne peut l'employer dans ce sens que quand l'on parle de soi.
Voilà pourquoi aussi cette locution ne s'emploie jamais qu'avec la négation. — On ne dit pas je sache, et quand cette phrase se trouve à la fin d'une autre proposition, c'est que celle-ci est déjà négative. Il n'est venu personne que je sache. A-t-il été à la campagne? Non pas, que je sache.
Ces exemples suffiront pour faire sentir que cette manière de s'exprimer indique toujours une sorte d'hésitation dans la pensée; on ne saurait la rendre que par le mode du verbe le plus propre à peindre cette nuance délicate entre l'affirmation et le doute.
Suivant Boniface, c'est à Veuphémisme qu'il faut rapporter cet emploi du subjonctif, et c'est aussi notre avis. En effet , je ne sache pas est une expression dubitative, et en quelque sorte palliative, qui affaiblit beaucoup l'opinion qu'on émet, et lui ôte ce qu'elle pourrait avoir de trop décisif ou d'absolu.
On peut s'en convaincre par l'analyse. Cette phrase de BufTon : Je ne sache pas qu'il y ait eu d'hommes blancs devenus noirs, n'cst-elle pas pour : Il est possible qu'il y ait en des hommes blancs devenus noirs, mais le hasard veut que je ne le sache pas? C'e^l une des nombreuses délicatesses de notre langue.
Que je sache est un abrégé de l'expression suivante : (Je ne pense pa.s) que je [l\] sache.
C'est donc à tort que Laveaux et presque tous les grammairiens ont avancé que le subjonctif, dans ces locutions, n'exige pas une proposition antécédente, car l'analyse que
nous en avons donnée nous prouve lo contraire. Seulement l'usage veut que cette proposition soit toujours ellipséo.
EXERCICE PHRâSÉOLOGIQUE.
Je ne sacne rirn âe pïns pririciix que la vertu. Il n'a p'*iiil Ptt* à la (.-aiiipagne, que je sache. IHcus ne saitiions pis.
Je ne snclie rien de si beau.
11 n'y ■ personne, que je sache.
£st-il Ttnn «juelqu'un ? Koii pas, qae je sache.