INDICATIF OU CONDITIONNEL
Ordonné qu'il sera fait rapport à la cour Du foin que peut manger une poule en un jour.
(Racine.) II ORDONNA que les vétérans recevraient leurs récompenses en argent, et non en terres.
tMo>TESQUIEC.)
Pittacus ORDONNA qu'un liomme qui commettrait quelque faute étant ivre, serait puni doublement.
(FÉNELON
Dioclétien ordonna que les chefs des Manichéens seraient brûlés avec leurs écrits.
^Condillac.)
On EXIGEA d'eux qu'ils reme«ratent aux Roiuainî la place et le port de Lilybée, dans la Sicile.
(Verxot.)
Un oracJe fatal ordonne qu'elle expire!
Un oracle dit-il tout ce qu'il semble dire?
(Uacine.1 Nous l'avons vu ordonner qu'on flrcMt les genoux devant la majesté présente. (Fléchier.)
Publius Valérius ordonna qu'on séparât les haches des faisceaux que les licteurs portaient devant les consuls. (Vertot.)
Il faut bien que je pleure
Mon insensible amant ordonne que je meure.
Ilest injuste d'exiger des hommes qu'ils fassent, par déférence pour nos conseils, ce qu'ils ne veulent pas faire pour eux-mêmes.
(Vadvenargues.)
Lavcaux et la plupart des grammairiens disent qu'après les verbes ordonner, résoudre, arrêter, exiger, décider, commander, on met toujours au subjonctif le verbe de la phrase subordonnée.
Cette règle est fausse, car nos citations prouvent qu'on peut employer l'indicatif ou le subjonctif : l'indicatif, quand l'exécution de l'ordre est tellement sûre, que l'action ordonnée, résolue, exigée, etc., peut être regardée comme un fait qui aura nécessairement lieu. Tels sont les ordres des souverains et ceux des cours de justice, qui, agissant au nom du souverain, en imitent le langage. Ordonné qu'il sera fait rapport, est plutôt une déclaration d'un fait qu'un ordre; il est déclaré qu'il sera fait, etc. (1).
On se sert, au contraire, du subjonctif lorsque les vevhes ordonner, décider, exiger, etc. , sont pris dans l'acception qui leur est propre, c'est-à-dire qu'ils marquent celte volonté soudaine, seule, unique, indépendante et absolue, et qu'ils sont l'expression de la volonté d'une seule personne.
(1) Bernardin de Saint-Pierre n'a pourtant pas observé cette distinction dans l'exemple suivant :
Un homme criminel était condamné à mourir de faim en prison; sa fille vint l'y trouver et l'y nourrit de son lait. Le SÉNAT, instruit de cet acte de l'amour filial, ordonna que le père fût rendu à la fille, et qu'à la place de la prison on élevât un temple à la piété.
Voici néanmoins un fait historique qui nous paraît consacrer d'une manière irrévocable ce double emploi du verbe ordonner.
M. le président B'" de l'E*'* eut le malheur de déplaire à Louis XV; Sa Majesté, pour le punir du peu de respect ou de déférence qu'il avait montré envers la dignité royale, lit ordonner, par la cour môme dont il était le président, son interdiction pour deux mois. En conséquence, le procureur du roi. en présence de toute la cour, et après les considérants d'usage, fut cliargé de prononcer la sentence suivante :
La cour ordonne que le S. B'" de l'E'" sera interdit de ses fonctions de président, près de ladite cour, pendant deux mois.
M. B*** de l'E'** ne put dévorer cet aiïront, et, quittant son fauteuil, il s'écria :
Et moi, messieurs, qui suis plus puissant que la cour, j'ordonne qu'il soit interdit pour toujours.
Il y a donc une {jrande diffcrencc entre il ordonna qu'on leur fit grâce, et il ordonna qu'on leur FERAIT grâce — Il ordonna qu'on leur fît grâce peut se traduire par il vou- Idit, il désirait qu'un leur fît grâce, et il l'ordonna; — il ordonna qu'on leur feilait "jrâce, a le sens de il déclara qu'on leur ferait grâce.
EXERCICE rURASÈOLOGJQVE.
Il ordonna (juM Uil décapité.
J'exige que vous le fassiez.
I^a cuur ordonne qu^on informera sur let /}«ux.
Le sénat exigea d'eux qu'ils rindemaiseraient.
subjonctif ou indicatif après les verbes attendre, entendre, prétendre^ se plaindre, supposer, douter.
INDICATIF
C'est là que nous attendons que notre espérance ne sera pas ddçuc. (Pascal.)
J'atti:>i)S du moins, j'attends de votre complai-
[sanea Que ddsormais partout vous fuirez sa présence.
(Racine.) ... Tu prétendais qu'en un lùche silence Phèdre ensevelirait ta brutale insolence, (/d.)
On prétend que Thésée a paru dans l'Épire.
[Id:] Quand je vous ai dit cela, j'ai entendu que vous n'iriez pas le répéter à tout le monde.
(Plancue.) Je suppose qu'un moine est charitable.
Nous nous sommes plaints que la mort, ennemie des fruits que nous promettait la princesse, les a ravagés dans la (leur. (Bossuet.)
Les tribuns disaient dans toutes les assemblées qu'îls s'étaient toujours bien doutés que les présents du sénat cachaient un poison secret.
(Vertot.)
On voit qu'à la suite des verbes attendre, entendre, prétendre, supposer, se plaindrai douter, on emploie l'un ou l'autre mode, selon l'idée qu'on a dans l'esprit. Nous renvoyons aux dictionnaires pour la diiïérenco d'acception dans laquelle ces verbes peuvent être pris.
EXERCICE PnRÀSÉOLOGIQVE.
SUBJONCTIF
N'attendez pas que je vous ri/ponde là-dessus.
(Pascal.) Le blé, pour se donner, sans peine ouvrant la terre, N'attendait pas qu'un bœuf, pressé par l'aiguillon, Traçât à pas tardifs un pénible sillon.
(BOILEAU
Toute domination tend vers la tyrannie, car il est naturel à l'homme de prétendre que sa volonté fasse\o\. (Marmontel.)
De lui seul je prétends qu'on reçoive la loi.
(Boileau.)
Non, s'il vous plaît, je n'entends pas que vous fassiez de dépense, et que vous envoyiez rien acheter i)Our moi. (Molière.) Supposons toutefois qu'encor fidèle et pure. Sa vertu de ce choc revienne sans blessure,
Il n'a pas le droit de se plaindre que le roi ne vienne pas à son secours. (Cité par Appert.)
Je doute que le ris excessif convienne aux îiommes qui sont mortels. (La Bruïëre.)
J'allemls »]ue vous me tenicj parole, fl (jrilena que lout vienne et dépende Je lui. ,V>iDlen(ls que vous m'obéi.ssiez.
Supposons qu'il revienne.
Je m'attends qu'il me m.inqucra de parole i; prélend que lout vient et depen<l de lui. On rotcnd par U qu'il le ferait s'il le voulait. Nous sujiposoris qu'iï reviendra.
-^^^-^m> W DLXXII. cB^s^ooe^
verbes suivis du subjonctif ou de l'indicatif.
subjonctif.
Penses-tu qu'en effet Zaïre me trahisse ?
(Voltaire.)
indicatif.
Pensez- vous qu'il s'agit d'un forfait exécrable? Un vain bruit, un soupçon vousle rend vraisemblable.
(CnÉNIER.)
Et CBOis-TD qu'aisément elle puisse quiltcr Le savoureux plaisir de t'y persécuter?
(IlOILEAU.)
On PENSAIT, à Vitré, que ce fussent des Bohèmes.
(M""^ DE SÉVIGNÉ
Elle semblait oublier sou rang, et on ne s'apercevait PAS qu'on parlât a une personne si élevée.
(BOSSUET
Il ne faut pas juger qu'une chose soit naturelle parce qu'une religion fausse l'a consacrée.
(Montesquieu.') Crois-tu donc que je sois insensible à l'outrage?
iCoilNElLLE.)
Le CRoiRAi-jE, seigneur, qu'un reste de tendresse Vous fasse ici chercher une triste princesse?
(Racine.) Croyez-voub que cela soit d'une nécessité absolue? Bossuet.) Cboit-on que dans ses flancs en monstre m'ait porté ?
(Racine.)
Je relisais sans cesse celte lettre, et ne pouvais me PEiisuADEK qu'elle /■(!( de Philoclés. (Fénelon.)
Je savais bien que Phénice était hors de Madrid depuis plus de deux ans; mais j'ignorais qu'elle fût comédienne. (Le Sage.)
11 ne f;iut pas que vous pensiez, mon cher père, que je me sois donné si parfaitement à la musique, que j'aie négligé toute autre espèce de travail.
... Se peut-il que d'un cours si rapide La victoire vous ait ramené dans l'Àulide?
(Racine.)
On ne peut pas dire que Carthage eût entièrement renoncé à la gloire de l'étude et du savoir.
(ROLLIN
On ne saurait nier qu'un homme n'apprenne bien des choses quand il voyage, et qu'il étudie sérieusement les mœurs de tant de peuples.
(Fénelon.)
Crois-tc que, toujours ferme au bord du précipice. Elle pourra marcher sans que le pied lui glisse?
BuILKAB )
Je PENSAIS que c'était un petit chien
(M""' DE SÉVIGNÉ
Je NE m'aperçus pas que je parlais à lui. (J.-B. Rousseau.)
Et sur quoi jugez-vous que j'en perds la mémoire?
(Racine.)
Croirai-je qu'un mortel, avant sa dernière heure. Peut pénétrer des morts la profonde demeure ?(/d.) Croirai-je qu'une nuit a pu vous ébranler?
Croyez-vous qu'ilors il acceptera vos hommages ? (Massillon.) . . . Crois-tu, si je l'épouse, Qu'Andromaque en son cœur n'en sera pas jalouse?
Il ne pouvait se persuader qu'il leur e'fajt importun. (La Bruyère.) 11 ne pouvait ignorer qu'il était le fils de David.
ild.)
C'est abréger et s'épargner mille discussions, que de PENSER de certaines gens qu'ils sont incapables de parler juste. [id.)
Haïssez vos ennemis avec modération ; car il se PEUT FAIRE qu'ils Seront vos amis dans la suite.
(Fénelon.) Vous NE DEVEZ PAS DIRE que je vous ai battu, mais qu'il vous semble que je vous ai battu.
(Molièhe.) Je ne vous nierai point, seigneur, que ses soupirs M'ont daigné quelquefois expliquer ses désirs.
vRacine.)
Comme on le voil par ces nombreuses citations, à la suite du même verbe, tantôt on emploie l'indicatif, tantôt le subjonctif; l'indicatif, s-i la personne qui énonce ce verbe exprime une chose sur laquelle elle n'a point de doute, une chose certaine, positive, du moins dans son esprit; on met le subjonctif dans le cas contraire. Chénier a dit avec l'indicatif: Pensezvous qu'il s'agit d'un forfait exécrable, parce qu'il est certain qu'il s'agit réellement de cela. C'est comme s'il eût dit : Il s'agit d'un forfait exécrable, je le sais, j'en suis convaincu; mais vous, le pensez-vous? V^oltaire, au contraire, fait dire à Orosmane avec le subjonctif.- Penses-tu qu'en effet Zaïre me trahisse? parce qu'il est dans le doute à cet égard, et qu'il désire que cela ne soit pas. Ce vers est elliptique : Penses-tu qu'en effet (la fatalité VEUT que) Zaïre me trauisse?
D'après cela, il est évident, comme le dit très-bien Boniface, qu'il ne faut s'arrêter ni au matériel des mots, i)i à la forme de la j)roposition primordiale, pour faire usage da l'indicatif ou du subjonctif; le sens qu'on veut exprimer doit seul déterminer l'emploi de l'un ou de l'autre mode.
Interrogez- vous vous-même ; commencez par sentir, et votre expression sera presque toujours l'image fidèle de votre pensée :
Ce que l'on conçoit bien s'exprime clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément.
Voilà la n'-gle sûre, la seule qui soit fondée sur la nature, et qui ait dirigé nos bons écrivains dans leurs inunorlels chefs-d'œuvre, que la plupart des grammairiens n'ont pas assez profondément étudiés pour établir les lois du langage.
Nous ferons observer, avec Lcmare, que, dans la seconde colonne, on n'interroge que pour le seul effet oratoire, que pour communiquer aux autres le sentiment, l'opinion à laquelle on est déjà arrêté. L'interrogation n'exprime point le doute, ne soumet point l'action qui suit à une volonté quelconque, libre ou nécessaire. C'est une simple formule, c'est l'interrogation des rhéteurs : elle est extrêmement fréquente.
Les grammairiens attribuent à la négation la même vertu qu'à l'interrogation ; mais les faits sont également contraires à cette nouvelle règle.
Il Y a même beaucoup de phrases tout ensemble interrogatives et négatives, comme: A^e trouves-tic pas que j'ai raison ? où le verbe qui suit est à l'indicatif.
EXERCICE PHRASÉOLOGIQUE
Le peuple, moins superslilicux, ne rroil plus «luil y ait des
naiits.
Montriz-moi une faille que j'aie faile.
Vous vous n^urei que ce soil un jiu
Vous ne croyei pas que je puisse résister h celle iloulcur Pense&vous que voire protection
ve- Qu'il est insensé ! il ne croit pas qu i] y a un Dieu.
! soil nécessaire dan» ce pays ?
Montrez-moi la faute que j'ai faite
ri);urci-vous que c'est un jiu.
^'ous ns croye'i pas que je pourrai résister a celte douleur.
Pensci-Tous que votre protection lu'tst nécessaire dans ce pay>?
>>^^m N" DLXXIII. o^^
H suffit que, suivi ud subjonctif ou de l'indicatif.
SUBJONCTIF
Ehl NE SUFFIT-IL PAS, scigncur, à vos souhaits Que le bonheur public soit un de vos bienfaits?
(Racine.)
... Il SUFFIT QUE vous pous commandiez.
Vous nous verrez combattre et mourir à vos pieds.
(Racine.)
Je ne te dirai point où est ton père, il suffit que tu SOIS libre de le chercher. (Fénelon.)
Madame, qui vous presse? Il suffit que sa vue
Désormais à vos ycus ne soit plus défendue.
(Racine.)
Heureux ou malheureux, il suffit qu'on me craifl ne
indicatif.
Qu'il te suffise donc, pour me justifier, Que je fis, que yaimai la reine le premier.
(Racine.)
Et d'où a-t-il pris cela? — H n'importe d'où il l'ail pris. iLSUFFrrguE les sentiments de ces grands hommes-là sont toujours probables d'eux-mêmes.
(Pascal.) Ne vous suffit-il pas que je l'ai condamné? Ne vous suffit-il pas que ma gloire offensée Demande une victime à moi seule adressée? Que je le hais enfin; seigneur, que je l'aimai?
(Racine.) Il suffit que l'on est contente du détour.
(MoLitnE.)
Suffit que vous devez devons ôtre content.
(Regn.mid.;
Il suffit, disent les grammairiens, est toujours suivi du subjonctif. Cependant, sans égard à celte rè.p,le et à deux autres, d'après lesquelles le subjonctif est aussi de rigueur, savoir lorsque le membre de phrase qui précède est interrogatif ou négatif. Racine a dit :
Ne vous SUFFIT-IL pas que je l'a» condamné? Que je le hais?
C'est-à-dire, ne vous suffit-il pas de savoir que je J-ai condamné... que je le hais? Il ne s'agit là que de faits positifs, que de simples énonciations, et Racine aurait péché contre l'idéologie et fait plusieurs contre-sens, s'il n'avait à la fois violé les trois règles des grammairiens.
Pascal n'en a violé qu'une en disant : H suffit que les sentiments des grands hommes sont probables d'eux-mêmes; c'est-à-dire, il vous suffit de savoir que de tels sentiments sont probables.
Ainsi, quand on veut affirmer une chose positive, on emploie l'indicatif : Je l'ai condamné, cela suffit On se sert, au contraire, du subjonctif, quand le verbe qui suit il suffit que est sous la dépendance d'une volonté quelconque : Nous voulons que vous nous commandiez, il le faut, et cela seul suffit.
M. Planche, dans son Dictionnaire de la langue oratoire, prétend que l'ellipse qu'entraîne l'indicatif qu'il te suffise que je vis, pour qu'il te suffise de savoir que je vis, est une ellipse que le style poétique seul peut souffrir. Les exemples de Pascal et de Molière, et d'autres que nous pourrions citer, prouvent assez qu'elle est également permise en prose.
EXERCICE PURÀSÉOLOGIQUE.
y suffit quM le dise.
li suffit qu'il Tait touche.
Il suflit que cela soit permis.
Il sulhi qu'on ni.« cr.iTgn*.
Il suffît qu*on Ta grondé.
11 suflit qu'on Ta averti.
Il suffit qu'on l'a prévenu.
Il suflit qu'on Ta condamna
K DLXXIV. »^^
Est-il possible? suivi du subjonctif ou de l'indicatif
SDBJOWCTIP.
Est-il possible que vous vouliez être malade, en dépit des gens et de la nature? (Moliëre.)
INDICATIF
Est-il possible que vous serez toujours embéguiné de vos apothicaires et de vos médecins ?
(Molière.)
Ce n'est donc pas la phrase ou le verbe qui précède qui cause le subjonctif, car voilà les deux modes à la suite de est-il possible? Si Molière avait suivi la règle absolue que donnent les grammairiens, il aurait dit: Est-il possible que vous soyez toujours embéguiné, etc. ? Mais il n'eût point exprimé sa pensée
EXERCICE PURASÈOLOGIQVE.
Esl-il possible qu'il veuille se tuer?
Lsl-ii posàiblc que vous serez loujourï mauvais sujet*
>o^^^o ]\" DLXXV. »^^**^
Il semble que, suivi du subjonctif ou de l'indicatif.
SUBJONCTIF
Il semble que les climats extrêmement chauds ioient contraires aux chevaux. (Buffon.)
Il semble que la nature ait employé la règle et le compas pour peindre la robe du zèbre. (^Buffon.)
Il semble que l'esprit de mensonge que Dieu menaçait de répandre sur sespropliètes5oi( répandu sur tous les hommes. (Massillon.)
Il semble Qu'on soU convenu que la bonne foi ne lerait plus une vertu. (Massillon.)
INDICATIF
Il semble que la rusticité n'est autre chose qu'une ignorance grossière des bienséances.
(La Bkuyèri.)
Il semble que l'abondance a épuisé une de ses cornes dans nos jardins et dans nos campagnes.
(UEUN. de SAIM-PlEnilE. I
Il semble Qu'il est moins rare de passer de l'an tipathie à l'amour qu'à l'amitié. i^La Bruyère.)
Il semble Qu'une passion vive et tendre esr morne et silencieuse. (La Bruyère.)
Il SEMBf.E QUE lie tout temps la vérité ait eu peur (le se montrer aux hommes, et que les hommes aient eu peur de la vérité. (La Harpe.)
Par la science l'homme ose franchir les bornes étroites (Ia;is lesquelles il semble oii: la nature lai7 renfermé. (Le Batteux.)
Il semblait oc'un sujet ainsi traité ne diU fournir qu'un acte ; mais c'est le caractère du génie de répandre sa fécondité sur un sujet stérile, et de varier ce qui semble uniforme. ^Voltaiue.) Il semble oi!E CE SOIT son plaisir favori De laisser entrevoir que je suis son mari.
(Destouches.)
Toutes les fenêtres brillèrent peadant toute la nuit d'un nombre infini de flambeaux et de bougies : IL SEMBLAIT QUE tOUtC la VlIlC fùt CO fcU.
(Vertot.)
Avec l'indicatif, il semble équivaut à il est certain, c'est une espèce d'euphémisme que l'on emploie pour ne pas avoir l'air tranchant; le mode du verbe suivant révèle assez la pensée de l'auteur : c'est l'expression de son jugement.
Avec le subjonctif, il semble exprime une supposition, ou met en question la proposition subordonnée; alors il semble a sa signification naturelle, il équivaut à il peut être vrai. Il semble, même dans ce cas, est très-souvent suivi de l'indicatif; c'est quand on a de fortes raisons pour croire que ce que l'on va dire est positif.
Il me semble t il te semble que.
Il semble que nous augmentons notre être lorsque nous pouvons le porter dans la nu'moirc des autres : c'est une nouvelle vie que nous iiC(|uérons. (MuNTEsyriEU.;
Il SEMBLE QL'E la préscucc d'un élran^er relient leseniiinenl et comprimedesamesquis'enlendraieut si bien sans lui. (Saintine.)
Il semblerait du moins Qu'un homrne qui se hasarde à faire parler le législateur de notre poésie, devrait avoir lu l'Art poétique. (Voltaire.)
Il semble que la nature s'est fait un plaisir de multiplier dans le même endroit les grands hommes, les grands artistes et la matière la plus propre à conserver le souvenir des uns et des autres.
(Barthélémy.)
Il semble que le meilleur moyen était d'équiper des vaisseaux. (Raïnal.)
sobjonctie.
-It ME SEMBLE QUE mon cœur veuille se fendre par la moitié. (M"^'^ de Sévigné.)
Vous SEMBLE-T-iL QUE Ic mohatra soit une chose si vénérable, que ce soit un blasphème de n'en pas parler avec respect? (Pascal.)
Eh quoi '. le semble-t-il que la triste Ériphile Doive être de leur joie un témoin si tranquille?
(Racine.)
0 toi qui me connais, te semblait-il croyable Qu'un cœur toujours nourri d amertume et de pleurs Dût connaître l'amour? (Raciine.)
Il me semble que ce soit une crise que la nature ait souhaitée. (M'"« de Sévigné.)
INDICATIF
Il me semblait Qu'une flamme si belle M'élevait au-dessus du sort d'une mortelle.
(Racine.)
Il me semble que je vois l'accomplissement de celte parole d'un prophète : le roi pleurera, et les mains tomberont au peuple de douleur et d'élonnement. (Bossuet.)
Il me semble Qu'un fils devrait, avec raison, Ignorer ou cacher la faiblesse d'un père.
(La Chaussée.)
Il me semble que qui sollicite pour les autres a la contiance d'un homme qui demande justice. (La Bruvère.)
A mesure que j'entrais dans le pays de ces profanes, IL ME semblait QUE je devenais profane moi-même. (Montesquieu.)
L'Académie, Féraud et quelques autres grammairiens, veulent qu'après il me semble on mette le subjonctif.
Le père Bufhor, Ménage, Thomas Corneille et Wailly, pensent qu'on peut employer indifléremment le subjonctif ou l'indicatif.
Ni l'une ni l'autre de ces règles ne sont exactes, et nos citations en font assez foi.
C'est à celui qui parle do savoir ce qu'il veut dire, s'il veut représenter une action dépendante d'une volonté quelconque, libre ou nécessaire, et partant comme plus ou moins hypothétique, ou comme un fait plus ou moins positif. Dans le premier cas, il se servira du Bubjpnclif, et de l'indicatif dans le second.
Quand M"»* de Sévigné dit: Il me semble que mon cœur veiii.le se fendre, elle n'est point du tout convaincue de ce qu'elle avance; c'est comme si elle disait : Je suis tentée de croire que mon cœur veuille se fendre.
Il n'en est pas de même lorsque Voltaire dit : // me semble que Corneille a donné des modèles de tous les genres. Voltaire avance ici un fait positif, dont ii ne doute nullement; il en est convaincu ; il a examine et ju{jé.
D'après ces observations, et plus encore d'après nos citations, nous pensons, contre les grammairiens, qu'on doit faire usage : 1° de l'indicatif toutes les fois qu'on avance un fait positif, un fait dont on est entièrement convaincu ; 2" du subjonctif dans le cas contraire, c'est-à-dire quand l'esprit est ^ans le doute, dans l'incertitude.
EXERCICE PHRÂSEOLOGIQUE.
il me semble qu'il fait Jour
II me semblait que ce dut être ainsi.
N° DLXX'VI. <5.^^o.^
On dirait que, suivi bu subjonctif ou de l'indicatif
SUBJONCTIF
On dirait que le livre des destins ait été ouvert à ce prophète. (Bossuet.)
On DinAiT QUE l'ancienne Egypte ait craint que la postérité ignorât un jour ce que c'était que la mort, et qu'elle ait voulu, à travers les temps, lui faire parvenir des échantillons de cadavres.
(CnATEACBRIAND.)
Le nouvelliste connaît la marche de ces armées. Il sait ce qu'elles feront et ce qu'elles ne feront pas ; TOUS DIRIEZ qu'il ait l'oreille du prince ou le secret du ministre. (La Bruvère.)
On dirait que pour plaire, instruit par la nature, Homère ait à Vénus dérobé sa ceinture.
On dirait qce le ciel, ((ui se fond tout en eau. Veuille inonder ces lieux d'un déluge nouveau.
(BoiLEAU.)
On dirait, à vous voir assemblés en tumulte, l^ue Rome des Gaulois craigne encore une insulte.
(Crëbillon.)
INDICATII'.
On DIRAIT QVE Ronsard sur ses pipeaux rustiquei Vient encor fredonner ses idylles gothiques.
(BOILEAD.^
On DIRAIT Qu'ils ont seuls l'oreille d'Apollon, Qu'ils disposent de tout dans le sacré vallon.
(BOILEAU
Enseigne-moi, Molière, où tu trouves la rime.. On DIRAIT, quand tu veux, qu'elle le vient chercher^
(BoiLEAU.)
Cependant, à le voir, avec tant d'arrogance,
Vanter le faux éclat de sa haute naissance.
On DiiiAiT que le ciel est soumis à sa loi.
Et que Dieu Va pétri d'autre limon que moi. [Id.)
On dirait Qu'ils travaillent pour des années éternelles. (Massillon.)
Lorsqu'on a de fortes raisons pour croire une chose, on emploie l'indicatif après on dirait que. S'il n'y a que de légères apparences, on met le subjonctif.
Avec l'indicatif, on a ellipse d'une phrase principale : 51 l'on croyait ces gens, ox dirait qu'ils ONT... A en juger parla facilité, ON dirait que la rime te vient
CUEIICIIER. -
Avec le subjonctif, on dirait équivaut à il semble dans sa primitive signification. On dirait que le livre des destins ait été ouvert à ce prophète : on ne croit nullement que co livre lui ait réellement été ouvert; mais on peut le supposer, surtout imaginairement.
L'emploi du mode est si peu arbitraire api es on dirait, que souvent l'on ne peut remplacer l'indicatif par le subjonctif, comme dans les exemples cités.
EXERCICE PHRASEOLOGIQUE
On «tirait quM le craigne.
On liirail que vous ayez été malaje.
On dirait quMI 1p craint.
Oo dirait que voui svo? été malade
S'il est vrai que, suivi ï>u subjonctif ou de l'indicatif.
S'il est vrai que j'ai chassé les ennemis de TOlre territoire; que je leur ai tué beaucoup de monde diins deux coiiilials; que j'ai forcé les débris de leurs armées de s'enfermer dans leurs places... qu9 vos tribuns se lèvent. (Vkkxot.)
SOBJONCTir. INDICATIF.
S'il est vrai oc'Homère ait fait Virgile, c'est son plus bel ouvrage. (Voltaire.)
Mon bonheur ne finira pas môme avec cette vie mortelle; et, s'il est vrai qu'il y ait différents lieux pour les âmes après la mort, je n'ai rien a craindre de ces endroits obscurs et ténébreux où sont relégués les méchants. (Vertot.)
Quand il s'agit d'une action certaine, positive, de quelque chose sur quoi il n'y a aucun doute à former, on emploie l'indicatif; quand il y a incertitude, on se sert du subjonctif.
EXERCICE PHRASÉOLOGIQUE
S'il est vrai qu'il y ait un Dieu.
S'il est vrai <[u'il j a un Dieu.
^ K DLXXVIlï. ^^—-
Ce n'est pas que, suivi du subjonctif ou de l'indicatif.
sdbjonctip.
Ce n'est pas Qu'aisément comme un autre à ton char Je nepusse attacher Alexandre et César. (Boileau.) Ce n'est pas qve ma plume injuste et téméraire Veuille blâmer en eux le dessein de te plaire.
(Boileau.) Il est vrai que les Césars et les puissants du siècle ne crurent pas d'abord en Jésus-Christ, mais ce n'est pas que sa doctrine réprouvât leur étut; elle ne réprouvait que leurs vices. (Massillon.)
INDICATIF
Cb n'est pas Qu'il faut pardonner quelquefois à celui qui, avec un grand cortège, s'en croit plus de naissance et plus d'esprit. (La Bruyère.)
Ce n'est pas que, depuis quelques années, les acteurs ont enfin hasardé d'être ce qu'ils doivent être, des peintures vivantes : auparavant ils déclamaient.
(Voltaire.)
On peut donc dire avec le subjonctif: Les enfants demandent à être menés sévèrement. Ce n'est pas qu il ne faille leur pardonner quelques petites fautes; ou bien avec l'indicatif: Les enfants demandent à être menés sévèrement... Ce n'est pas qu'iL faut leur pardonner quelques petites fautes.
L'analyse de la première phrase est celle-ci : Ce n'est pas à dire pour cela que je pousse la sévérité jusqu'à prétendre qu' IL ne faille pas leur pardonner quelques petites fautes.
La seconde phrase peut s'expliquer ainsi : Ce n'est pas que je ne convienne qu'iL faut leur pardonner quelques petites fautes. On dit positivement qu'il faut pardonner.
Ce n'est pas que je ne pusse est un abrégé de : Ce n'est ,pas à dire pour cela que, «t je le voulais bien, je ne pusse...
EXERCICE PHRASÉOLOGIQUE
Ce nVst pas qu^îl faille.
C« aVit pas qu*il soit.
i'.e n'est pas quSI faut.
Ce D^est pas qu^il est.
~*"^*^<^^^® N° DLXXIX. o^i***o3.^
Le seul, V unique, suivis du subjonctif ou de l'indicatif
SUBJONCTIF
On peut dire que le chien est le seul animal dont la fidélité soit à l'épreuve. (Boffon.)
Le présont est l'unique bien Dont 1 homme soit vraiment le maître.
(J.-B. Rousseau.)
La religion est le seul mors que les rois puissent encore blanchir. (Marmontel.)
L'homme est le seul des animaux qui soit obligé de se vôtir. (Bern. de Saint-Pierre.)
L'homme est Le seul être qui at7 honte de paraître nu. (Id.)
Dieu tout-puissant, rends-nous l'ignorance, l'innocence et la pauvreté, les seuls biens qui puissent faire noire bonheur et qui soient précieux devant loi. (J.-J. Rousseau.)
Rome était une ville sans commerce et presque sans ans, le pilliige élait le seul moyen que les particuliers eussent pour s'enrichir. (Montesquieu.)
Virgile est le seul poêle latin qui ait excellé dans la pastorale.^ (Helvétius.)
La mâchoire infrrieure est la seule qui ait du mouvement dans l'homme et dans les animaux.
(BUFFON
L'homme est le seul animal qui sache qu'il doit mourir : triste connaissance, mais nécessaire, puis qu'il y a des idées. (Bern. de Saint-Pjerre.)
Je suis le seul qui vous connaisse. (Fénelon.)
La passion du devoir est la seule qui ait fait de grandes choses, des choses qui durent.
(Dk Bonald.)
Dans presque toutes les grammaires, où il s'en faut bien que
Le sens et la raison y règlent toute chose,
on donne comme une règle constante, qu'après le seul, l'unique, etc., on doit toujours employer le subjonctif; de sorte que ceux qui les ont lues n'osent jamais se servir de l'indicatif en pareil cas, excepté quand ils se trompent ou qu'ils y sont entraînés par la force mèiite des choses. En vérité, il faut que les granmiairiens n'aient jamais lu les auteurs classiques avec soin ; car, autrement, ils auraient trouvé des exemples sans nombre où l'indicatif est employé.
Nos citations nous permettent donc de substituer à la règle entièrement fausse des grammairiens, le principe suivant :
« Après ces mots le seul, Vunique, on met le verbe au subjonctif, quand l'idée n'est pas positive, quand elle tient du doute; mais on le met à l'indicatif, lorsque l'idée est affirmative, qu'elle ne tient pas du doute. »
indicatif.
L'amour-propre est la seule chose Dont on ne vient jamais à bout. (Nivebhai».) L'expérience tient une école où les leçons coûtent cher; mais c'est la seule où les insensés peuvent s'instruire. (Franklin.)
Le Camoens fit naufrage sur les côtes de la Chine, et se sauva, dit-on, en nageant d'une main, et tenant de l'autre son poème, le seul bien qui lui restait. (Voltaire.)
La tendre jeunesse est le seul âge où l'homme peut encore tout sur lui-même pour se corriger.
(Fénelon.)
Le génie poétique de Torquato, la seule richesse qu'il avait reçue de son père, se manifesta dès l'enfance. (Voltaire.)
Anéantir et créer sont les attributs de la toutepuissance; altérer, changer, détruire, développer, renouveler, produire, sont les seuls droits que Dieu a voulu céder. (Buffon.)
La seule chose que nous ne savons point, c'est d'ignorer ce que nous ne pouvons savoir.
(J.-J. Rousseau.)
Nous sommes si imprudents que nous errons dans les temps qui ne sont pas à nous, et ne pensons point AU SEUL qui nous appartient. (Pascal.) Un lieu que vous seul connaissez. (Racine.) Souviens-toi que je suis le seul qui t'a déplu.
(Fénelon.)
EXERCICE PHRASÊOLOGIQUE.
l\ est le seul qui soil.
Elle est la seule qui ait.
L'unique objet qui m'appartienne.
Il est le seul qui est.
£llc est la st'iile qui a.
L'unique objet qui m'apparticat.
{ cm ) -— e^-^^o N" DLXXX. o^-«^
Le premier, le dernier, suivis du subjonctif ou dr l'indicatif.
SUBJONCTIF
Néron est lb premier empereur qui ait persdcu/t' l'Église. (BossuKT.)
Les Egyptiens sont les premiers qui aient bien connu les régies du gouvernement. (Uollin.)
Vous serez lk premier philosophe qui ait jamais excité un peuple libre, une petite ville et un état pauvre, à se charger d'un spectacle public.
(J.-J. ROCSSEAC.)
Lucullus apporta du royaume de l'Ont les premiers cerisiers qu'on ait vtrs en Europe.
(Cité par IJoniface.)
Racine est lk premier qui ait su rassembler avec art les ressorts d'une intrigue tragique.
(Tuomas.) . C'est une des dernières épîlres que saint Paul ait écrites. (Trévoux.)
Ma destinée a voulu que je fusse le premier qui ait expliqué à mes concitoyens les découvertes du grand Newton. (Voltaire.)
S'il vous souvient pourtant que je suis la première Qui vous ait appelé de ce doux nom do père.
(Racine.) ;-Les intérêts de leur vanité sont les derniers qu'on dotDc ménager. (Geoffroy.)
M. Genoude est lk premier qui ait fait passer dans la langue française la sublime poésie des Hébreux. (Lamartine.)
indicatif.
Malpighi est le premier qui a /"aff cette découverte et qui a donné à ces plantes le nom qu'elles portent. (Bern. uk Saint-Pierre.)
Les Céciniens furent les premières qui firent éclater leur ressentiment. Ils entrèrent en armes sur le territoire des Romains. (Vertot.)
La première chose que doit faire après l'élablissement dos lois l'instituteur d'une république, c'est de trouver un fonds sullisanl pour l'entretien des magistrats et autres ofliciers.
Le premier de tous les peuples où l'on voit des bibliothèques est celui d'Egypte. (Rollik.)
LesTyricns furent les premiers qui domptèrent les Ilots. (Fénelon.)
Voyez le livre du père Annat; c'est le dernier qu'il a fait, contre M. Arnaud. (Pascal.)
Voilà LE puEHisn livre (le firmament) que Dieu a montré aux hommes. (Massillon.)
Les Egyptiens prétendent être les premiers qui ont établi des fêtes et des processions pour honorer les dieux. (Rollin.)
J'ai fait voir que la grammaire grecque, qui est LA PREMifeiJE que nous connaissons, a été faite aussi par les Grecs. (Fleury.)
Presque tous les grammairiens vous diront qu'après Je frcmier, h dernier, on doit toujours faire usage du subjonctif; d'autres vous assureront aussi que quand h •premier est immédiatement suivi du relatif qui, il est constamment accompagné du subjonctif; mais que s'il est suivi du relatif çuc, le subjonctif n'est guère usité. Lisez les écrivains, et vous n'y verrez rien d(\tout cela. En effet, nos citations prouvent qu'on peut employer l'indicatif ou le subjonctif après le premier, le dernier, suivis de qui ou de que. Cet emploi ne saurait rtrc assujetti à quelques règles mécaniques ; il dépend entièrement des vues de l'esprit. Bernardin de Saint-Pierre, en disant : Malpighi est le premier qui a FAIT cette découverte, affirme positivement, et ne pense pas que le fait qu'il avance soit susceptible d'être contesté; il en parle comme d'une chose positive, et dont il est entièrement sûr; voilà pourquoi il s'est servi du mode indicatif. Bossuet, en disant : Néron est le premier qui ait j^crsécuté l'Etjlisc, fait entendre qu'il le croit seulement; il y a ilonte dans sou esprit, c'est ce qui l'a porté à mettre le subjonctif
EXERCICE PHRASÊOLOGIQUE.
C'est le premier thème qu'il ait fait C'eit la première laute qu'elle ait commi
C'est le premier tliciite qu'il a fait.
CVst la première faute «ju'eUe a commis*-
-•-^*^^ K DLXX.X1. ^^
Le plus, la plus, le moindre, le meilleur, etc., suivis du subjonctif ou de
l'iindicatif.
SUBJONCTIF
La plus noble conquête que l'homme ait jamais faite, est celle de ce fier et fougueux animal.
(BUFFON.1
L'Évangile est lb plus beau présent que Pieu ait pu faii e aux hommes. (Montesquieu.)
L'argent qu'il m'a coûté m'a acquis le plus cher et LE PLUS précieux ami que j'aie sur la terre.
(FÉNELON
Racine, lu par les connaisseurs, sera regardé comme le poète le plus parfait qui ait écrit.
(La Harpe.) En effet, si la voix delà nature est le meilleur conseil que doive écouter un bon père pour bien remplir ses devoirs, elle n'est pour le magistrat qu'un faux guide qui travaille sans cesse à l'écarter des siens. (J.-J. Rousseau.)
Le meilleur usage qu'on puisse faire de son esprit est de s'en délier. (Fénelon.)
La meilleure satire qu'on puisse faire des mauvais poètes, c'est de donner d'excellents ouvrages.
(Voltaire.) Depuis plus de trois ans vous n'avez pas donné LA MOINDRE marque que vous me connaissiez seulement. (Racine.)
C'était LA PLUS belle décoration qu'on puisse imaginer. Lebrun avait fait le dessin.
(J.-.T. Rousseau.) Le coup LE PLUS cruel, le plus irréparable, Que puisse nous porter le destin ennemi, C'est de nous enlever un véritable ami.
(Chateaubrun.) ... La clémence est la plus belle marque Qui fasse à l'univers connaître un vrai monarque. (P. Corneille.)
Les mouvements des planètes sont les plus réguliers que nous connaissions. (Boffon.)
C'était LA PLUS intrépide menteuse que j'ai connue. (SIarivaux.)
J'ai fait de mon héros le portrait le plus brillant et LE plus majestueux que j'ai pu.
1, Voltaire.) C'est LA PLUS belle occasion que j'aurai jamais de vous peindre tant d'illustres originaux, et la seule peut-être que vous aurez de les connaître. (J.-J. Rousseau.)
Je suis le fils du grand Ulysse, le plus sage des rois de la Grèce qui ont renversé la superbe ville de Troie. (Fénelon.)
Ces désirs qui nous semblaient innocents ont remué peu à peu les passions les plus violentes qui nous ont mis dans les fers que nous avons tant de peine à rompre. (Mad. de La Vallière.)
Le moins de servitude qu'on peut est le meilleur. (Pascal.) Je fais la meilleure contenance que je puis. (Mad. DE Sévigné.)
La moindre louange qu'on peut lui donner, c'est
d'être sorti de l'ancienne et illustre maison de La
Tour d'Auvergne. (Flécuier.)
C'est le moindre secret qu'il pouvait nous ap-
(Racine.) [prendre.
Le plus grand mal que fait un ministre sans probité, c'est le mauvais exemple qu'il donne.
(Montesquieu.)
Nous vivons dans la plus grande amitié qu'il
est possible
(Voiture.)
Madame Clôt, bonne femme au demeurant, était bien la vieille la plus grognon que je connus de ma vie. (J.-J. Rousseau.)
Autre règle des grammairiens : Après le superlatif , il faut toujours employer h subjonctif.
S'il en était ainsi, que deviendraient nos classiques ?.. de vastes recueils de fautes ; cai ils sont pleins d'exemples où l'on trouve l'indicatif.
Le moins de servitude que Von peut est le meilleur, exprime un principe, un fait Le moins de servitude qu'on puisse, etc., exprime plutôt un effort, un souhait.
Le plus grand mal que fasse un ministre, et le plus grand mal que fait un ministre^ ce n'est pas non plus la même chose.
moicATir.
Nourri dans la plus absolue liberté, lb plus GRAND des maux qu'il conçoit est la servitude.
(J.-J. ROUSSKAC.)
La monarchie de France, la plcs ancienne et la plus noble de toutes celles qui sont au n^onde, commença sous lui. (Bossukt,)
INDICATIF
C'est la MOINDRE des choses que je lui dois.
(Boileao.)
Ce genre d'hommes, qui ne souffrent pas la moindre des injures qu'ils peuvent repousser, font semblant de souffrir très-patiemment celles dont ils ne peuvent se défendre. (Pascal.)
Pourquoi n'emploie-t-on pas ici le subjonctif? Parce que dans ces phrases et autres semblables le verbe n'est point le complément du superlatif, mais du génitif pluriel. La plus noble de toutes celles qui sont au monde, la moindre des injures qu' ils peuvent recevoir, le plus grand des maux qu'il conçoit, etc. Supprimez ces génitifs, et le subjonctif se produira naturellement. La France est la plus ancienne monarchie qui soit au monde, la moindre injure qu'il puisse recevoir, le plus grand mal qu'il conçoive, etc
EXERCICE PHRASÉOLOGIQUE
l,c plus p'and que j^aie.
Les meilleurs que nous ayon^
Le plus grand que j'ai
Les meilleurs que nous avons
^^^^^ ]\« DLXXXII. o^
Un y a que, il n'est que, etc., suivis du subjonctif ou de l'indicatif.
SUBJONCTIF
J'ai remarqué qu'iL n'y a que l'Europe seule où l'on ueret/e l'hospitalité. (J.-J. Rousseau.)
Il n't a jamais que la guerre et les combats effectifs qui fassent les hommes guerriers.
(ROLLIN
Il n'y a point de montagne dans les îles de l'Archipel qui n'ait son église, ni de coteau à la Chine qui n'ait sa pagode.
(Bern. de Saint-Pierre.)
Il n'y a point de gens dont la conversation soit si mauvaise, qu'on n'en puisse tirer quelque chose de bon. (Fénelon.)
indicatif.
La plupart des naturalistes ont cru qu'iL n't avait Qu'une espèce d animal qui fournît le parfum qu'on appelle civctle. (Buffon.) II. n'est que trop d'esprils lâches et corrompus Qui font plier la loi sous le joug de l'usage. Il n'v A jamais eu que madcraoisclle de Langeron à qui madame la princesse a parlé.
(Fénelon.)
On ne voit que des gens qui font aisément des choses médiocres; mais des gens qui en fassent, même difficilement, de fort bonnes, on en trouve très-peu. (Boileau.)
Après il n'y a que, il n'est que, il n'y a point, on ne voit que, les auteurs ont fait usage du subjonctif et de l'indicatif, selon l'idée qu'ils voulaient exprimer. Néanmoins, le subjonctif est le plus fréquemment employé.
Le subjonctif est également nécessaire lorsque il n'y a, il y a, il n'est, il est, sont suivis des mots personne, peu, guère, rien, aucun, nul, etc. Exemples:
Il n'y a personne qui, en pareil cas, ne négligeât un intérêt si important. (Voltaire.)
Il Y A peu de rois qui sachent chercher la véritable gloire. (Fénelon.)
. . . lï. ît'est point de peste Çwt iottplus dangereuse et qui soit plus funeste, Que l'appât décevant, le poison séducteur Que réoand chaaue jour la bouche d un flatteur.
(Boursault.^
Il n'y a rien qui rafraîchisse le sang comme une bonne action. (La Bruyère.)
Il n'y a aucun de ses sujets qui ne hasardât sa propre vie pour conserver celle d'un si bon roi.
(Féwelon.)
Il n'est passion qui nuise plus au raisonnement que la colère. (Montaigne.)
Ainsi lous ceux qui cherchent Dieu sans Jc'sns- Christ ne trouveni aucune lumière oui les su(isfuise. (Pascal)
. . . îi. n'i'St ouf. les sols Qui pittèscnt rcf^ielter la vie. (Jauffret.) LoschaiitreiuPiits d'éUil que f;iit l'ordre céleste Ne coulent point de sang, n'«>t kiea qui soit (P. CoiiNEiLLE.) [funeste.
II. n'y a guère de mots qui, étant heureusemcni placés, ne puissent contrihuer au sublime.
(Voltaire.)
Ti. Y A PF.u de conjonctures oii il ne faille tout dire ou tout cacher. (La Bhuyèue.)
L'insatiable rapacité a cherché des dépouilleg môme où il n'y avait guèive de richesses qui fussent à son usage. (La Harpe.)
EXERCICE PHRASEOLOGIQUE.
Il n'y a que lui à qui je puisse.
11 n'est personne qui ne le sache.
Il n'est point d'homme qui n'ait Il n'j a rien qui ne soit.
Qui, que, dont, où, suivis du subjonctif ou de l'indicatif.
SUBJONCTIF
Pompée aspirait à des honneurs qui le distinguassent de lous les capitaines de son tcmpu.
1 Vertot.)
On ne trouvera pas aux connaissances humaines une origine qui réponde à l'idée qu on aime ;i s'en former. (J.-J. Roisseaui
Elle ne prendra jamais pour époux (ju'un homme Qii crni(/ne les dieux et gui rciit])lisse toutes les bienséances. ( Kkm;i.()>'. )
Mentor voul.iit une grande quantité de jeux et de àj)ectac!cs oi ' animassent le ju'Ujile, mais surtout qui cxcrçassenl les corps pour les rendre plus adroits, plus souples et plus vi^inureux. (Fénei.on.)
Ne croyez-vous pas voir ce |)rince se mêler dans la foujetlcs courtisans et d.iiis li's .issemldées irèine de la ville, avec la bonté et la f.imili.iriié d'un liummc QUI n'eût pas été distingué par tant d endroits.
(Flécuieu.)
Caïus proposa de faire construire des greniers publics oi'i l'on put conserver une asspz griuide qufinlité de grains puur prévenir la disette des années de stérilité. (Veiitot.)
Si l'on prétend que j'ai commis quelque crime QVimérildl un tel traitement, je suis picl à m'en vurger. (Voltaire.)
Il n'y a point de pièce de théâtre qui ait excité en moi tant de sensibilité. (,/(/.)
indicatif.
Croit-on que le dauphin regardât les honneurs, le sang ou la naissance, connue un droit qui dispense d'être vertueux'? (Tud.viAS.) De jaloux mouvements doivent être odieux, S'ils [)arlent d'un amour qui deplait .1 nos yeux.
(Moi.ièue.)
Il n'est pas juste qu'on soit exposé aj>rès sa mort à des insultes ql'ou aurait repoussees pendant sa ^'*' (Uarthéle.uy.)
Solon \ou!ut que l'on donnât [)ar choix les magistratures civiles Qi I cxigcaicnl une grande dépense, et que les autres fussent données par le sort.
(A'OTKSQriEU.)
Nous voudri(ins que les places et les dignités fussent disjiosées à notre gré; que ims conseils ré-Massenl la foi tune publique; <iije les faveurs ne 'îo'mbas.sent que sur ceux a qui notre siiiïrage \ei avait ilestiui'es; que les é\éneineiits publics ne fussent conduits que par les mesures qok nous avions nousmêmes choisies. iMassilloiN.)
C'est l'usage constant de la Chine, le pays du monde où les impôts sont les plus forts et le mieux payés. (J.-J. KotssEAU.)
Mon frère croit qu'on ne doime le gouvernement de Salées qu'a une persoiuie qui se chargera de la récompense de cet enfant. iFé.nei.on.
Nous ne pouvons mallieureuscmenl jouer que des pièces où il y a peu d'acteurs. (Voltaire.)
On dit avec l'indicatif: J'habiterai un pays qui me pl.vît, oîi je serai tranquille; que je pourrai parcourir sans crainte, et dont la température est douce. Et avec le subjonctif: J'habiterai unpaxjs qui me plaise, oit je sois tranquille, que je puisse parcourir sans crainte, et dont la température soix douce.
Dans le premier exemple, on met à l'indicatif les verbes des propositions complétives, parce qu'on veut exprimer une idée positive, certaine; il n'y a pour celui qui parle aucun doute sur le plaisir que lui procurera ce pays , sur la tranquillité dont il y jouira, etc
Dans le dernier exemple, les mêmes verbes sont au subjonctif, parce qu'on veut exprimer quelque chose d'incertain, de douteux, sur quoi porte le désir, la volonté.
Dans lo premier cas, le pays est connu do la personne qui parle; elle sait qu'elle s'y plaira, qu'elle y sera tranquille, etc.
Dans le second, il s'agit d'un pays qu'on no connaît point encore, qu'on cherche, désirayit s'y plaire, y cire tranquille, etc.
D'aprôà les exemples cités, qu'il nous eût été facile de multiplier et d'appuyer do faits incontestables, il est évident qu'il ne faut ni s'arrêter au matériel des mots, ni à la forme de la proposition primordiale, pour faire usage de l'affirmatif ou du subjonctif: lo sens qu'on veut exprimer doit seul déterminer l'emploi de l'un ou de l'autre mode.
EXERCICE PHRÂSÈOLOGIQVE.
JVpouserai une femme qui me plaise J'irni dans une retrailc ou je sois tranquille.
JVpouserai une femme qui me plaira.
J'irai dans une relr&ite ou je serai tranquille
Tout... que, suivi du subjonctif ou de l'indicatif.
SUBJONCTIF
Les évéques, todt successeurs des aj)(^tres Qu'ils toient, semblent moins l'être que les missionnaires.
(AnXAULT.)
Tout auteur que je sois, je ne suis pas jaloux Que mon travail lui soit utile. (Regnard.)
Nous autres dieux, nous ne saurions mal faire. Tout dieux que vous soyez, je soutiens le contraire.
{Id.)
ToBTE ddgradc'e que nous paraisse sa nature (de l'Esquimaux), on reconnaît, soit en lui, soit dans les art-; qu'il praliijue, quelque chose qui décèle encore la dignité de l'homme. (Chateaubriand.)
Tout méfiants que soient les Arabes dans leurs relations domestiques, ils ont entre eux pour le commerce une confiance absolue.
(HlBLlOTUfcQUE DES VOVAGES.)
Tout intéressante que soit cette question, elle demeure piesquo insoluble d'après les données communes. (Cuateauhriaind,)
INDICATIF
Quelquefois un bruit sourd annonce un grand orage; Tout aveugle Qv'il est, le peuple le présage.
(Voltaire.)
Le Télémaque, tout admirable Qu'il est, n'a pas pu obtenir parmi nous le titre de poème.
(De la Luzerne.) Tout inconstant Qu'il est, chevalier, entre nous, Je l'avouerai, j'aime encor mon époux.
(Imbert.) Tout cassé que je swts, je cours toute la ville.
(Corneille.) Tout mort Qu'il est, Thésée est présent à vos yeux.
(Racine.) Tout terrible Qu'il est, j'ai l'art de l'affaiblir.
(Voltaire.) Tout infailliiiles Qu'ils sont, les géomètres euxmêmes se trompent souvent. (I'ascal.)
Les hommes, tout ingrats Qo'ils sont, s'intéressent toujours à une femme tendre, abandonnée par un ingrat. (Voltaire.)
Tout décrépit que vous êtes , on ne dira pas que vous êtes vieux comm.e un chemin. (Id.)
L'emploi du subj'onctif a pris un grand développement. Depuis quinze à vingt ans, on en fait usage après le mot tout, de mémo qu'après quelque. C'est une de ces nuances délicates qui s'effacent peu à peu de notre langue. Doit-on la regretter? Il n'y a point de grammaires éternelles; il faut changer avec le temps et se soumettre à l'usage. Qu'y peut-on faire? On dit aujourd'hui : tout habile qu'il est et toitt habile qu'il soiT. Tel est l'état actuel de la langue. On |)eut eiyq)loyer l'un ou l'autre mode, et même, dans le style oratoire, le subjonctif s'offre le [)lus souvent.
Celui qui dit : Tout habile que vous iViES, x3st convaincu que vous êtes habile, et il exprime son jugement par le mode consacré à l'affirmation, c'est-à-dire par l'indicatif; mais celui qui dit : Tout habile que vous Soyez, ne présente pas votre habileté comme ane chose positive, une chose qu'il reconnaisse comme évidente, et il exprime son juge-
ment par le mode consacré au cloute , le subjonctif. CoLlc expression osi un abrégé de celle-ci : (Bien) que vous soyez habile (de) tout (point) (1). L'emploi du mode après tout n'est donc pas une chose indifférente.
EXERCICE PURÀSÉOLOGIQUE.
Tout savant qu'il est.
Toute s(iiruuelle qu'elle est.
Tout iQCOostants qu'ils soot
Tout savant qu'il soit.
Toute S|.iiituelle qu'elle Boît.
Tout incoostaDt* qu'ils soient.
— ^ K DLXXXV. «^
Jusqu'à ce que, suivi du subjonctif ou de l'indicatif.
SUBJONCTIF
Le sceptre ne sortira point de Juda , jusqu'à
ce que vienne celui qui doit être envoyé.
(POSSL'ET.)
Des fosses profondes où l'on précipite chaque jour les femmes , les enfants, les vieillards, jusqu'à ce qu'elles soient remplies.
(Behn. de Saint-Pierre.)
INDICATIF
Lucain fut d'abord ami de Néron, jusqu'à ce gu'iQ eut la noble imprudence de disputer contre lui le prii de poésie. (Voltaire.)
Ces trois j,'rands hommes commencèrent à demeurer dans la terre de Chanaan ; mais comme des étrangers, jusqu'à ce que là faim attira Jacob en Egypte. (Bossl'kt.)
Existe-t-il une dépendance entre le verbe qui suit jusqu'à ce que? L'action exprimée par le second verbe est-elle le but auquel tend volontairemont ou nécessairement le sujet? employez le subjonctif. Cette action est-elle fortuite, inijircvue, indépendante du premief verbe? employez l'indicatif. Voici d'autres exemples avec ce dernier mode :
On ne voit plus que carnage; le sang enivre le soldat, jusqu'à ce que ce grand prince calma les courages émus, (Bossubt.;
Les Juifs osèrent s'y défendre contre l'armée de Titus, jusqu'à ce qu'unsoldat romain ayant jeté une solive enflammée, tout prit feu à linstaut.
(Voltaire.)
Binet a dit, avec le présent •
On voit qu'il venait joindre ce guerrier et qu'il l'accompagne jcsqd'a ce qu'il périt en combattant.
EXERCICE PURASEOLOGIQUE.
Accompagaez-le jusija'à ce ^n'il soit hors de la ville.
Je fus son ami jusqu'à ce que je m'aperçbs qu'il disait da mal de moi.