‹ Grammaire pratique de la langue françaiseChapitre 13 sur 33 · OBSERVATIONS GÉNÉRAI^ES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS GÉNÉRAI^ES

I. Quand la proposition subordonnée commençant par que précède la proposition principale, le verbe de la proposition subordonnée

se met toujours au subjonctif. Ex. : '*Que vous ayez tort ou raison, je resterai votre ami. — Que je sois condamné ou non, l'opinion publique sera contre moi. — Qyi'iX fasse beau demain ou Q^'\\ pleuve, j'irai à la chasse," etc.

2. Le subjonctif s'emploie rarement dans la proposition principale ; on le trouve dans les expressions^V ne sache pa^ et que je sache} Ex. : '^Je ne sache pas qu'il danse mieux que moi. — Personne n'est arrivé, que je sache, — Je ne sache rien de plus beau. — Il ne viendra pas, que je sache,'' etc.

On le trouve également dans le cri des sentinelles : qui vive ? *

3. On emploie souvent le subjonctif dans les phrases elliptiques, avec la proposition principale sous-entendue, pour marquer un souhait.

Ex. : '* Que je sois foudroyé, si je mens ! = je souhaite que ... — Qu'il vienne, qu'il nous suive -=^1^ souhaite qu'il vienne, qu'il nous suive." etc.

^ Il n*y a dans toute la langue française que le verbe savoir qui se mette ainsi au subjonctif, avec une négation, sans qu'aucun autre mot le précède. Cette forme s'emploie surtout pour adoucir l'assertion. Ce qu'il y a de particulier, c'est que cette manière de parler n'a lieu qu' à la prem.ère personne, car on ne dit pas tu ne saches rien, il ne sache rien,

La forme que je sache ne s'emploie que sous forme de parenthèse ; elle est empruntée au latin : quod sciam,

* Cette expression n'est probablement pas un vrai subjonctif, mais simplement une locution empruntée à l'italien " chi wtr." Qui vive s'emploie aussi substantivement : Etre sur le qui-vive — être attentif à tout ce qui se passe.

Quelquefois on sous-entend non seulement les verbes vouloir, souhaiter, ordonner, etc., mais même le que, Ex. : ^^ Périsse celui qui parle ainsi ! — Plaise à Dieu que je réussisse ! — Puissê-je de mes yeux y voir tomber la foudre!

— Me préservent les cieux d*une nouvelle guerre ! — I^a paix soit avec vous ! — Vive le roi I — Meure le traître ! — Vous le voulez, soit !

— Ainsi soit-i\ ! Ecrive qui voudra.* " etc.

Remarque. — On emploie ainsi, dans ce cas, l'imparfait du subjonctif (les verbes désirer, souhaiter, etc., au conditionnel, étant sous-entendus). Ex.: ^^ Plut à Dieu que le sacrifice de ma vie pût sauver la sienne! = je voudrais qu'il plût à Dieu, etc. — Dût le ciel égaler le supplice à Tofîense ! — Plût aux Dieux qu'elle fût innocente 1 " etc.

CORRESPONDANCE DES TEMPS DU SUBJONCTIF AVEC CEUX DE I^' INDICATIF ET DU CONDI-

TIONNEI».

I. Quand le verbe d*une proposition principale, régissant le subjonctif, ^s\.QM présent, au futur OM à \ impératif , on met ordinairement le verbe de la proposition subordonnée au présent du subjonctif, pour exprimer une action présente ou future, et au passé, pour exprimer une action passée. Ex. :

Présent fje souhaite qu'il vienne.

ou X Nous souhaiterons que vous veniez.

Futur. ( Souhaite qu'ils viennent.

1 Cette double ellipse du verbe et de la conjonction que est assez rare : dans ce cas, on place presque toujours le sujet après le verbe.

g 2 DE L'EMPLOI DES TEMPS.

( Je souhaite qu'il soit venu.

Passé. < Je souhaiterai que vous soyez venu.

(Souhaite qu'ils soient venus.

Remarque A. — Après le présent et le futur de Pindicatif, on emploie Ximparfait du subjonctif au Heu du présent, Qt\Q plus-que-par/aii au lieu du passé, quand la phrase subordonnée a, dans sa dépendance, quelque expression conditionnelle. Dans ce cas l'imparfait du subjonctif équivaut au conditionnel prisent^ et le plus-que-parfait au conditionnel passé, Ex.:

Présent i Je ne croîs pas que vous fissiez votre devoir

ou \ maintenant, si l'on ne vous y obligeait. futur. ( Je ne croirai pas que vous fissiez. . . .

( Je ne crois pas que vous eussiez/ait votre devoir Passé, -j hier, si Ton ne vous y eût obligé.

( Je ne croirai pas que vous eussiez/ait. . ,

Dans ces exemples, que vous fissiez signifie : que vous feriez ; que vous eussiez fait signifie que vous auriez fait.

Remarque B. — On emploie encore l'imparfait ou le plus<|ue-parfait du subjonctif après un verbe au présent ou au futur, quand la proposition où se trouve le subjonctif peut être remplacée par une interrogation faite au moyen d'un passé ou d'un plus-que-parfait. Ex.: ** Scarron était plaisant, mais j'ai peine à croire qu'il fût gai" (= était-il gai ?) — Croyez-vous que la lettre eut été ouverte et lue avant d'avoir été remise ? (= Avait-elle été ouverte et lue?)

Remarque C. — Au futur antérieur de l'indicatif correspond le passé du subjonctif. Ex.: *' Si vous attendez (\u'\\ ait appris sa leçon vous ne pourrez plus partir aujourd'hui." ( = Quand il aura appris sa leçon vous ne pourrez plus partir.)

2°. Quand le verbe de la proposition principale est k Vun des passés ou au conditionnel^ on doit mettre le verbe de la proposition subordonnée à V imparfait du subjonctifs pour

DE l'emploi des TEMPS.

qu'il vînt aujourd'hui, demain, etc.

exprimer une action présente ou future, et au plus-que-parfait pour exprimer une action passée. Ex. :

Je voulais ^

Je voulus Présent J'ai voulu

ou -^ J'avais voulu Futur J'eus voulu

Je voudrais

^J'aurais voulu ^

'Je voulais Je voulus J'ai voulu Passé \ J'avais voulu \ qu'il/^/ venu hier.

J'eus voulu Je voudrais J'aurais voulu ^

Remarque A. — Après un passé indéfini, on emploie le présent du subjonctif, au lieu de Vimparfait^ dans la phrase subordonnée pour exprimer une action qui a lieu dans tous les temps. Ex.: *' La raison a été donnée à Thomme, pour qu'il /«wj^ discerner le bien d'avec le mal. — Je n'ai employé aucune fiction qui ne soit une image sensible de la vérité," etc. L'imparfait du subjonctif signifierait le contraire de ce que l'on veut dire; que l'homme a pu discerner le bien d'avec le mal, et qu'il ne peut plus, etc. . .

Remarque B. — Après le passé indéfini, on emploie beaucoup plus souvent le passé du subjonctif que le plusque-parfait. £x.: *' Il a fallu qu'il se soit donné bien des peines. — Je n*ai jamais trouvé personne qui vcCait assez aimé pour vouloir me déplaire en me disant la vérité," etc.

La deuxième règle que nous venons d'indiquer ci-dessus n'est rien moins qu'observée ; on emploie le moins souvent possible l'imparfait

94 i>e: l'emploi des temps.

et le plus-que-parfait du subjonctif, dont les terminaisons en asse^ assiez^ isse, issiez, etc., choquent si désagréablement Toreille. Dans le style écrit, on emploie d'autres tours de langage, généralement T infinitif ; il arrive même, dans la conversation usuelle, que, le souci de l'euphonie l'emportant sur la grammaire, on remplace presque toujours l'imparfait du subjonctif par le présent.* On n'oserait jamais dire, sans se couvrir de ridicule : * ' Je voudrais bien que vous passassiez chez mon tailleur, que vous lui demandassiez ma note et que vous l^payassiezP '

Page 1