‹ Grammaire raisonnée de la langue française. Avec préf. de Gaston ParisChapitre 33 sur 141 · CONSONNES MUETTES NON FINALES · texte numérisé non relu

CONSONNES MUETTES NON FINALES

de puteum légitimait le t de puits, il faudrait écrire prits (latin pretium), palaits (\dX\Q. palatium).

59. Le cas en s du mot fils a été de bonne heure p.s, et l'autre cas fil par / mouillée. C'est le cas en iqui s'est maintenu comme forme unique du mot, mais on y a introduit 1'/, qui avait disparu depuis longtemps de la prononciation. En voulant éviter une homonymie peu inquiétante, celle de tu fis (comparez un lis, du latin lilium, et lu lis), on est tombé dans une autre, qui otire de véritables inconvénients, celle du pluriel de fil : « ce mercier a de bons iils. » L'I n'est pas plus justifiée dans le pluriel peu employé du mot ail : des aulx. On a voulu évidemment marquer une différence avec l'article aux, comme si ces deux mots pouvaient se confondre ! L'I de pouls éloigne ce mot du verbe pousser (latin jw/ia/'e) auquel il se rattache.

60. Les graphies automne, damner, avec m muette, sont en contradiction avec colonne (latin columna) et âme (latin anima), qu'on n'écrit pas colomnc, aiime.

61. Les consonnes finales aujourd'hui muettes tombaient dans l'ancienne langue (sauf r) devant 1'^^ de flexion ; on prononçait et on écrivait enfant, enfans. La Revue des Deux-Mondes a repris graphiquement cet ancien usage, mais seulement pour les mots en ant et ent. Le maintien de l'orthographe entière du singulier, devant 1'^ du pluriel, est une règle commode('), quil n'y aurait lieu d'abandonner que si on généralisait la réforme en supprimant toujours les consonnes muettes devant Ys. Nous écririons alors, comme La Fontaine, « de Ions jours » et

a Dont les regars de Flore ont embelli ses hors. »

1. Sauf cependant quand il y a une différence de prononciation entre le singulier et le pluriel : ui» ieuf, dus œus.

On trouve dans M'"^ de Sévigno : des hasars, des portrais, des tors, des fons, des enfans blons, etc.

62. La consonne finale du radical des verbes tombait aussi devant l's des doux premières personnes du singulier : on l'a rétablie à tort dans un certain nombre de verbes pour obtenir une régularité fictive de conjugaison. 11 est aussi naturel d'écrire tu pivns que tu sens et ta peins {'). Cf. §§ 360-364.

63. Les consonnes muettes ont été supprimées dans les mots composés vaurien (vaut-rien), héjaune (bec \di\ir\G) , j)lafond (plat fond), néanmoins (néant moins), toujours (tous jours). 11 serait logique de les supprimer aussi dans sangsue, longtemps et autres mots semblables.

Sur n muelle dans les terminaisons verbales ent, voyez § 29.

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