‹ Grammaire raisonnée de la langue françaiseChapitre 72 sur 139 · A. DE MUSSET · texte numérisé non relu

A. DE MUSSET

Cet archaïsme est surtout littéraire au singulier. Il est populaire au pluriel, parce que le peuple employait surtout le mot au pluriel ; encore ne s'esl-il conservé ainsi que dans des locutions consacrées : ses folles amours, ses premières amours. Les savants ont pu facilement changer le genre du singulier, qui était moins employé, et le nouveau genre s'est ensuite propagé au pTuriel. Aujourd'hui on peut toujours employer amour au masculin quel que soit le nombre. Les

rôles sont intervertis: c'est l'ancien genre populaire qui nous fait l'effet d'être le plus distingué, en tant que plus rare (Cf. § 244). C'est ainsi que le mot heur. que l'on condamnait au XVIP siècle comme trop bas, est pour nous un terme relevé. La distinction des mots est toute relative.

220. Le mot orgiie est aussi devenu complètement masculin, et un facteur d'orgues n'hésitera pas à dire :

« Cetwc que je vous recommande sont les meilleurs parmi tous les orgues que j'ai ici. i»

Ce mot n'a conservé son genre ancien que dans l'expression populaire « les grandes orgues » d'une église, où il a la valeur d'un singulier. Encore pourrait-on dire aujourd'hui, sans choquer personne ; « le grand orgue. i>

221 . Délices est un mot féminin, qui ne s'emploie couramment qu'au pluriel. Les savants ont créé un singulier masculin délice sur le modèle du neutre latin « delicium ».

Noms qui changent de sens en changeant de genre.

222. Pour des raisons que nous n'avons pas à étudier ici, un certain nombre de mots ont hésité entre les deux genres ou en ont changé totalement ou partiellement. Plusieurs se sont conservés sous l'une et l'autre forme avec des sens très différents : la mémoire et un mémoire. Pour d'autres, on maintient aussi les deux genres, mais l'emploi au masculin n'est séparé de l'emploi au féminin que par des nuances de sens. Il en résulte une complication que l'on peut regretter, mais qui est trop entrée dans l'usage pour qu'on puisse y porter remède : on essaierait vainement de faire prévaloir une foudre de guerre sur un foudre de guerre^

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