LES TEMPS DU FUTUR
Futur dans le passé.
Il savait que je devais arriver ou
Je devais arriver,^ que f (arriverais.
Tu devais arriver. que tu arriverais.
Il devait arriver. quHl arriverait.
Nous devions arriver. que nous arriverioi^.
Vow dévies arriver. . que vous arriveriez.
Ils devaient arriver. quHïs arriveraient.
325. Le conditionnel dit passé a aussi conservé par^ tiellement son ancienne valeur de temps de l'indicatif ; il peut marquer le futur antérieur relativement à un moment passé exprimé par le verbe principal :
Futttr antérieur dans le passé.
Il savait que je devais être arrivé ou
Je devais être arrivé. que je serais arrivé avant ce soir.
Tu devais être arrivé. que tu serais arrivé, »
Il devait être arrivé. qu'il serait arrivé, »
Nous devions être arrivés. que nous serions arrivéSy »
Vous deviez être arrivés. que vota seriez arrivés, »
Ils devaient être arrivés. qvCHs seraient arrivés, >
326. Ce n'est pas une complication que d'introduire dans l'étude de nos verbes deux nouveaux temps, puisque ces temps existent réellement dans notre conjugaison. Il est mauvais de confondre dans une même appellation deux valeurs aussi différentes que celles du présent-futur du conditionnel (il viendrait maintenant
— ou ce soir — à la maison si ) et du futur dans le
passé de l'indicatif (je savais qu'il viendrait ici).
Cette distinction donne l'explication du fait qui a si longtemps embarrassé les grammairiens : l'emploi du
1. Je devais arriver peut signifier aussi « J'avais le devoir d'arriver » mais alors ce n'est plus un temps du verbe arriver, et devoir n'est plus auxiliaire ; au lieu d'une simple locution verbale, on a deux verbes, conséculifs.
i70 GRAMMAIRE RAISONNÉE
conditionnel (du pseudo-conditionnel) sans qu'il y ait ni condition ni doute dans Tesprit. a Ce fut en vue du Messie et de son règne étemel que Dieu psmit à David que son trône ^u&^ê^teratr éternellement, » Bossuet.
DISTINCTION DES AUXILIAIRES AVOIR Et ÊTBiK
327. Les auxiliaires avoir et être expriment l'un et l'autre un état; avoir n'est pas une action. Avoir mangé, être venu, c'est proprement être dans l'état qui succède à l'action de manger, à l'action de venir.
328. Théoriquement, l'auxiliaire avoir suppose un complément direct, car ce verbe ne peut s'employer sans régime (au moins sous-entendu). C'est au complément de l'auxiliaire avoir que se rapporte le participe passif du verbe qu'il sert à conjuguer; fai mangé une pomme s'analyse à Torigine : j'ai une pomme mangée. Donc, en principe, avoir ne devrait être l'auxiliaire que d'un verbe ayant un participe passif, c'est-à-dire d'un verbe transitif, et l'auxiliaire être devrait être réservé aux verbes intransitifs. Une douzaine d'entre eux continuent à se conjuguer avec être mais avoir tend à devenir l'auxiliaire unique.
Les verbes qui expriment un état sont en général intransitifs. C'est comme intransitifs qu'ils s'accommodent particulièrement bien de l'auxiliaire êtrey et non parce que l'auxiliaire avoir impliquerait l'idée d'action. Quand on dit a il est parti hier », ce n'est pas un état qu'on exprime.
329. Quelques verbes intransitirs sont dans la période d'hésitation entre l'auxiliaire être et l'auxiliaire avoir ^ et la langue en profite pour rendre des nuances de signification par la préférence donnée à l'un sur l'autre. Ainsi demeurer au sens de a habiter » prend
l'auxiliaire avoir : j'ai demeuré dans ce quartier. Le même verbe, au sens de « continuer à être » se conjugue avec ét7*e : « il est demeuré trois ans mon ami. »
330. C'est sur la fausse conception des auxiliaires considérés comme représentant Tun l'état, l'autre l'action, que repose la distinction subtile de Ménage, encore admise par l'Académie : « On doit dire Monsieur a $07*ti ce matin et non est sorti, pour faire entendre qu'il est sorti et revenu. » En réalité, on ne dit pas « Monsieur a sorti » ; si on veut faire comprendre qu'il est rentré, on dit qu'il est rentré.
Verbes en er.
331. Notre conjugaison en er se rattache à la conjugaison latine en are^ avec divers emprunts aux autres. Les différences entre cette conjugaison et les autres s'expliquent le plus souvent par des différences entre les conjugaisons latines. Il y a cependant quelques réserves à faire pour l'indicatif présent, le prétérit et l'impératif.
A l'indicatif présent, l'a muet des terminaisons es, e correspond à l'a des terminaisons latines as, at, de même que Ve muet des adjectifs féminins vient de l'a de bona. Le t caractéristique de la troisième personne est tombé après Ye muet dès la fin du xi® siècle (*), tandis qu'il est resté dans les verbes des autres conjugaisons, où il n'était pas précédé d'un e muet.
1. Il est tombé aussi dans tous les verbes, pour la même raison, après Ve muet du subjonctif.
172 GRAMMAIRE RÂISONMÉE
D'après l'origine latine, la première personne de l'indicatif présent dans toutes les conjugaisons (sauf dans la conjugaison inchoative), devrait n'avoir et n'avait anciennement aucune flexion ; on disait je dot et je chant. Toutefois un certain nombre de verbes se terminaient par un 6 ou une s, pour des raisons phonétiques : « j'entre, je sen^. » La conjugaison en er a été assimilée à la première catégorie de ces verbes, et les autres à la seconde (Voy. § 360, n. 1).
332. Au prétérit, les verbes latins n'avaient pas d*s à la première personne, et ils avaient un / à la troisième. Les verbes de la conjugaison en er ont conservé cette particularité de la première personne, que les autres ont perdue par assimilation avec la seconde personne; en revanche ils ont laissé tomber le t de la troisième, que les autres ont conservé ou repris.
333. La seconde personne de l'impératif se terminait par a dans les verbes latins en are : de là notre terminaison e de chante. Dans les verbes des autres conjugaisons, cette personne devrait n'avoir aucune flexion ; mais on Ta assimilée aux secondes personnes en s des autres temps, sauf cependant va, qui doit probablement sa préservation à ce qu'on le rattache à un verbe en er ; aller.
Sur Taccent circonflexe à la troisième personne de l'imparfait du subjonctif et aux deux premières personnes du pluriel du prétérit, voy. §§ 153 et 154.
334. Envoyer fait au futur enverrai au lieu de « envolerai ». Il faut remarquer que, pour la plupart de ses formes, ce verbe ressemble à un composé de voir (ils ent;oien^, envoyais, envoyant, ect). Il est possible qu'au futur il ait subi l'influence de verrai,
Voy. § 33 pour le futur des verbes en er dont le radi-
cal se termine par une voyelle. Je pliraij je salurai seraient aussi logiques que poliment (= poliement) et résolument (= résoluement).
335. Sur les verbes en quer, gv^* et geVy voy. §§ 111, 118 et 123.
Quand le radical d'un verbe se termine par un t semivoyelle, un y ou une mouillure, \% Vy ou la mouillure se confondent avec Yi des terminaisons ions, iez. Voy. §§93,144, 148 et 373.
Sur les verbes dont Yé fermé du radical de Tinfinitif peut devenir ouvert dans d'autres formes, voy. §§ 157 et 158.
Sur les verbes en eler et en eter, voy. § 67. Il vaudrait mieux ne redoubler jamais la consonne dans la conjugaison de ces verbes, et écme fappèle, malgré les deux l d'appellare, comme déjà appeler et il pèle (fait sur pdlem).
336. Il y avait trois verbes en latin pour rendre l'idée d'aller. Nous n'avons gai'dé que l'impératif singulier et le singulier et la troisième personne du pluriel de rindicatif présent de l'un (vadere)^ le futur et le conditionnel d'un second (ire) . Les autres temps et formes se rattachent à l'infinitif aller. Il faut remarquer que le subjonctif régulier formé sur aller devrait être « que j'alle », comme le subjonctif d'm^/a/ier est « que j'installe. » La forme a que j'aille » a subi l'analogie de « que je vaille». Pour l'indicatif présent, voy. §370, 1®.
Les temps du passé du verbe être s'emploient souvent avec le sens d*aller. On comprend qu'on ait pu passer d'une signification à l'autre : pour avoir été (au sens de s'être trouvé) dans un pays, il faut y être allé.
DEUXIÈME COiNJUGAISON
Verbes inchoatifs en ir.
337. Les terminaisons dites inchoatives des verbes en ir se rattachent aux flexions inchoatives du latin isco, isciSy etc.
A rinûnitif, au participe passé, au prétérit de Findicatif et à Timparfait du subjonctif, on a les flexions des verbes en ir non inchoatifs tels que senrtr (Voyez plus loin). Le prétérit de l'indicatif, en français comme en latin, n'ayant pas la flexion inchoative, l'imparfait du subjonctif ne pouvait Tavoir non plus, puisque ce second temps est formé sur le premier.
Sur Faccent circonflexe, dans certaines formes du prétérit et de Timparfait du subjonctif, voyez §§ 1S3 et 134.
338. Le verbe ha'ir a conservé ses formes non inchoatives au singulier de l'indicatif présent et de l'impératif. Ailleurs, il suit aujourd'hui la conjugaison inchoative.
339. Le verbe fleurir est formé sur fleur, qui vient, régulièrement, par dérivation populaire, du latin florem. Mais les savants ont refait le participe florissant sur florescentem, en lui donnant le sens de prospère. Et cet adjectif verbal a engendré l'imparfait florissais, que Ton emploie, comme /Zom^an^, au figuré.
340. Les verbes hénir et maudire, qui se rattachent au verbe dire, se sont modelés sur la conjugaison