CARTE
tendre v. a. ou tr. (tan-dre — lat. tendere, déployer, tirer, allonger, et aussi se diriger vers. Le latin tendere se rapporte à la racine sanscrite lan, allonger, tendre, d'où tantu, chaîne de tissu en fil, corde, tanli, tisserand, tantra, métier à tisser, lânlava, tissu, santunikâ, toile d'araignée, tanâ, tanû, peau, tantra, vêtement, tonus, effilé. A lu même famille appartiennent le persan tanidan, tendre, puis tisser et filer, tanak, tanid, tissu, étoffe, tânah, chaîne de tissu, tanidah, métier à tisser, tantah, toile d'araignée ; l'ossète tuna, étoffe, drap ; le grec taà, teinô, tanuô, tendre, tenon, tendon, corde, nerf, tanaos, allongé, effilé, en latin tenuis ; l'anglo-saxon thenian, Scandinave thenia, gothique thuaian, thaiijan, ancien haut allemand dunni, ancien allemand danjan , allemand moderne dehuen, tendre; le lithuanien lesiu, timpja, russe tianu, même sens, ancien slave têlioa, corde «'arc, russe teliva, même sens, polonais ciéciwa, lithuanien temptyioa, mêma sens, et l'irlandais tonnaim, riler, tresser, tordre, toinneadh, toinneamh, filage, toinnte , fil, lannaidh, trame, tona, tonuch, vêtement, tun, chemise, tonn, peau ; kymi ique ton, peau, écorce. Comparez le latin tunica, tunique). Tirer et tenir dans un état d'allongement plus ou moins violent : Tbndre un câ\ \s-, une chaîne, la corde d'un arc. Il Bander, tenir plié avec plus ou moins d'elfort : Tendre un arc, un ressort. Tendre le jarret.
— Disposer pour prendre une proie ; Tendre un piège, un filet. Tendre des rets. Tendre une souricière. Tendre des gluaux. Il Préparer pour tromper ou surprendre quelqu'un, lui foire commettre une faute : Tendre un piège à son adversaire. Tendre des embûches à l'ennemi. La plus subtile de toutes les finesses est de savoir bien feindre de tomber dans les pièges qu'on nous tend. (La Rochef.) Qu'il est difficile qu'une àme sans expérience échappe à tant de pièges que lui tend le monde t (Kléchier.) Après les passions, le talent est dans l'homme ce qui tend le plus de pièges au bon sens. (Rivarol.)
Jeunes beautés en vain tendent filets, D'être indolent. chacun se félicite.
Mme DeshouljbrEs.
— Mettre dans un état violent : Cette déclaration ne pouvait que tendre les rapports entre les deux gouvernements.
— Avancer, porter en avant : Tendre le dos, te ventre, il Présenter en portant en avant : Tendre le brus. Tendre son assiette. Tendre la main d quelqu'un pour l'empêcher de tomber. Si un htmme me donnait un soufflette ne tendrais pas l'autre joue. (Cliateauu.) Le diable n'aurait guère de prise sur nous s'ii nous présentait les amorces qu'il nous tend sous leur véritable nom, (A. Karr.) Qui laisse imprudemment frapper au cœur ta liberté de ta presse tend aveuglément la lêle au bourreau. (E. de Gir.)
Le bceuf sort de l'étable et vient tendre la tête Au joug accoutumé que le bouvier apprête.
— Appliquer avec effort : Il avait trop d'esprit pour avoir besoin de le tendrb. (Lamart.)
— Elever, dresser, en parlant de certains abris en étoffe : Tendre un pavillon, une tente.
— Tapisser, garnir de tentures : Tendre un logement. Tendre une chambre de papier bleu. Tendre de noir le portait d'une église.
— Absol. Mettre des tentures aux façades des maisons : La coutume est, ce jour-tà, de tendre partout. (Acad.)
— Tendre l'oreille, Faire un effort pour entendre, écouter attentivement : Je tendais l'orrillk au moindre bruit.
— Tendre la main ou les mains, le bras ou
TEND
les bras, Présenter la main, ouvrir les bras, en signe d'amitié : En prononçant ces mots, je lui tendis les bras et nous nous embrassâmes pendant un quart d'heure. (Le Sage.) J'arrive, je l'appelle, et, me tendant la main. Il ouvre un œil mourant qu'il referme soudain.
Racine.
Il Offrir, donner son aide, son assistance, son amitié : Tendre la main à un ennemi malheureux. Le genre humain forme une grande famille, dans laquelle les aines tendent la main aux plus jeunes pour les élever à eux. (Lame un.) Jetons-nous dans les bras qu'on nous tend avec joie.
La charité doit seule au pauvre, au misérable, En quelque rang qu'il soit, tendre un bras secou-
[fable.
L'abbé de Vili.iers.
[rabies, Quand le juste aux méchants tend ses mains secou- 11s se servent de lui pour perdre ses semblables.
Db Bellot.
U Porter ses supplications; demander aide, protection ; tourner sa pensée, son âme : Je tends mes bras vers vous, ne me repoussez pas. J-e tends les bras à mon libérateur. (Pasc.) Rome tend les bras à César. (Boss.) Argos nous tend les bras et Sparte nous appelle.
Racine.
— Tendre la main, Demander l'aumône :
Quand on peut travailler, il est honteux d'aller tendre la main.
Plusieurs ont raconté, dans nos forêts lointaines. Qu'ici le riche aidait le pauvre dans ses peines; Eh bien, moi je suis pauvre, et je vous tends la
[main A, Guikaud.
Le plus beau des discours ne vaut pas une aumône, Et quand un malheureux vient vous tendre la main, Laissez-la vos écrits et donnez-lui du pain.
Etienne.
— Prov. Il vaut mieux tendre la main que le cou, Il vaut mieux mendier que de risquer de se faire pendre en volant.
— Manège. Tendre le nez, Le porter au vent : Cette jument tend trop le nez.
— v. n. ou intr. Se diriger, se porter, aller : Cette chaumière où tendaient nos pas s'apercevait au loin, à travers le feuillage, éclairée par la lune. (J.-J. Rouss.)
— Etre prédisposé, se porter par son action propre, travailler, contribuer : Toutes choses, en divers genres, ne tendent à la perfection qu'autant qu'elles ont de la justesse. (Vauven.) Toute domination tend veis la tyrannie, car il est naturel à l'homme de prétendre que sa volonté fasse loi. (Marmontel.) Tout tend au mensonge dans le monde et tout dans la nature ramène d la vérité. (La Rochef.- Doud.) Les hommes ressemblent à un pendule qui tend sans cesse au repos par te mouvement. (Mme Necker.) L'ivrognerie tend d démoraliser et à détériorer l'espèce, (L. Cruveilhier.) Le salaire tend à hausser. (F. Bastiat.) Le catholicisme languit et tend à s'éteindre en Europe. (Lainenn.) Dès que home eut conquis le monde, elle tendit à déchoir. (Proudh.) Tout ce qui tend à nous disjoindre tend aussi à nous diminuer en rappelant parmi nous la barbarie. (C. Dollfus.) L'habitude de coudre à la mécanique tend à se généraliser. (J. Simon.)
— Etre porté par son instinct, aspirer, s'efforcer d'atteindre : /( faut tendre à la perfection sans jamais y prétendre. (Malebr.) Tous les hommes tendent à la paresse. (BuiF.) Les gouvernements tendent tous à deux fins opposées, la liberté et le despotisme. (Grimin.) La femme tend, de toutes les puissances de son être, à un but unique, qui est de vaquer aux œuvres de l'amour. (Ptoudh.)
• — Tendre à sa fin, Marcher vers le but pour lequel on est fait : Tout être tend à sa