‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 1044 sur 1059 · DE LA TERRE LE FOSSÉ · texte numérisé non relu

DE LA TERRE LE FOSSÉ

— Remuer de la terre , Faire des travaux de terrassement ou de déblai : Il a fallu remuer de la terre , pour aplanir tout ce terrain.

— Mettre les genoux , mettre un genou en terre, S'agenouiller.

— Mettre, porter quelqu'un en terre, L'ensevelir; aller l'entarrer : On dirait qu'ils prennent plaisir à mourir, pour discréditer notre médecine ; j'en ai rencontré aujourd'hui deux qu'on portait en terre. (Le Sage.)

Paul, ce grand médecin, l'effroi de son quartier, Qui causa plus de maux que la peste et la guerre, Est curé maintenant, et met les gens eu terre; Il n'a pas changé de métier.

— Sentir la terre, Etre près de mourir.

— Quitter la terre pour le cens, Abandonner le principal pour l'accessoire.

— Tant que la terre nous pourra porter, Aussi loin qu'il nous sera possible d'aller : Nous marcherons tant que la terre nous pourra porter.

— lia toujours peur que la terre ne lui manque, It a, sur ses moyens d'existence, des craintes ridicules.

— Il vaut mieux en terre qu'en pré, Sa mort a été un bienfait.

— Que la terre te soit légère, Formule que les Grecs et les Romains inscrivaient sur les tombeaux, et dont on se sert encore quelquefois.

TERR

— Prov. Qui terre a guerre a, La propriété amène des contestations et des procès, n Terre chevauchée est à demi mangée, Une terre sur laquelle on chasse perd la moitié de son rapport. Il Terre bien cultivée, moisson espérée, La bonne culture doit faire espérer de bonnes récoltes. Il Tant vaut l'homme, tant vaut la terre, Le rapport d'une terre est proportionné au travail de celui qui la cultive. « Il Bonne terre, mauvais chemin, Dans les terres grasses, les chemins sont peu praticables. Il Six pieds de terre suffisent au plus grand homme, li n'y a pas d'homme, après la mort, qui soit plus grand que les autres.

— Philos. Nom de l'un des quatre éléments dans le système des anciens.

— Hist. relig. Terre promise ou de promission , Palestine, pa3'S qui fut promis aux Israélites, tl Fig. Lieu qu'on désire vivement habiter, où l'on désire vivement se trouver : Ma terre promise à moi, c'est une petite maison bien seule et bien tranquille. Ces bois ' immenses ont été en tout temps la terre promise et le paradis des chasseurs. (Cuv.- Fleury.) Il Pays très-fertile ou très-riche : On rêve Paris comme une terre de promission.

Il J'erre sainte, Lieux sanctifiés par la naissance, la vie et la mort de Jésus-Christ: Faire un pèlerinage en terre sainte.

— Liturg. Terre sainte ou terre bénite, Terre préparée, par les bénédictions du prêtre, pour recevoir les corps des fidèles : On ne voulut pas l'ensevelir en terre sainte. S'il faut de l'argent, voici trois écus qui sont tout mon bien, mais que je donne de bon cœur pour ouvrir ta terre bénite à un chrétien. (E. Souvestre.) L'un de nous deux sera tout porté pour y dormir en terrb sainte. (C. Delavigne.)

— Théol. Terre des vivants , Séjour des élus :

La main d'un ministre céleste M'ouvre la terre des vivants.

J.-B. Rousseau.

— Féod. Terre bénéficiaire, Terre accordée par le roi comme bénéfice militaire et détachée de son domaine, (l Terre tributaire , Terre détachée de l'alleu et cédée pour l'usufruit, sous certaines réserves.

— B.-arts. Terre cuite, Argile façonnée et mise au four : Un médaillon, une statuette en terre cuite, il J'ai le buste de Molière en terre cuite, il Ouvrage en argile, cuit au four : Il possède ,de magnifiques terres cuites.

— Chorégr. Terre à terre, Pas qu'on exécute en rasant le sol, sans sauter.

— Manège. Aller, travailler terre à terre, Avoir un galop de deux temps et de deux pistes.

— Art milit. Sac à terre, Sac plein de terre qu'on emploie à la construction de certains ouvrages de campagne. Se couvrir de terre, Se couvrir avec des ouvrages en terre.

— Mar. Etre à terre , être sous la terre , Naviguer très-près de la côte. Il Chasser la terre, Naviguer pour se rapprocher de la terre, chercher k voir la terre. Il Etre à terre de, Se trouver entre la terre et : Etre k terre d'un navire, d'une ile,

— Navig. fluv. Terres mortes , Vases ou graviers qui mettent obstacle à la navigation.

— P. et chauss. Terre à un, deux, trois..,, hommes, Terre qui, pour être remuée, exige un, deux, trois travailleurs.

— Comm. Terre-mérite. Syn. de terua-merita.

— Techn. Déchets pulvérulents de certaines fabriques : Les terres des savonneries.

— Chim. Ancien nom des oxydes métalliques.

— Pharm. Nom donné à divers produits minéraux : Terre bolaire. Terre cimolée.

Il Terre du Japon, Terre de maquiqui, Cachou.

— Agric. Terre animale, Espèco de terreau, produit par la décomposition des substances animales : La terre des cimetières est une terre animale mixte. (V. de Boniare.)

Il Terre blanche, Nom donné aux argiles marneuses superficielles, froides et pauvres en humus. Il Terre creuse, Terre susceptible de laisser déchausser les céréales par suite des gelées d'hiver, il Terre de bruyère, Terreau produit par la décomposition des végétaux, et particulièrement des feuilles de bruyère.

Il Terre forte, Terre où domine l'argile : La culture des terres fortes est plus dispendieuse que celle des terres légères. (Bosc.)

Il Terre franche ou végétale, Humus non mélangé à d'autres substances. Il Terre froide, Terre argileuse ou marneuse, humide, exposée au nord ou ombragée par de grands arbres, li Terre gâtée, Nom donné, dans le midi de la France, aux terres rendues infertiles par les labours d'été, il Terre géoponique. Terre susceptible de porter des céréales. Il Terre labourable, Terre composée à peu près comme la terre franche, et qui est la pins propre aux cultures : jt.es proportions des principes des terres labourables varient sans fin. (Bosc.) n Terre nooale, Terre qui n'a porté que du bois ou de l'herbe, et qu'on défriche pour la mettre en culture.

Il Terre sauvage, Terre qui, ayant peu de fond, reste la plupart du temps abandonnéa

TERR

au pacage des besliaux et ne se cultive que de loin en ioin. Il Terre végétale, Partie minérale de tout sol propre à la végétation, d'ordinaire plus ou moins mélangée d'humus : La terre végétale fait partie des couches superficielles du globe. (Delafosse.) Les filtratious aqueuses tendent sans cesse à diminuer la terre végétale. (A. Rivière.) La terkk végétale, si riche en principes fécondants, peut être considérée comme un véritable fumier. (Bosc.) Il Terre veule, Terre trop légère et trop meuble pour que les plantes puissent y prendre racine, il Terre vierget Terre non encore cultivée. :l En pleine terre, Dans le sol même et en plein uir, non dans des caisses et sous un abri: Cultiver des orangers

KN PLEINE TERRE.

— Bot. Terre du Japon, Un des noms vulgaires du cachou. Il Terre rouge de la neige, Hydrophyte qui doDne à la neige une coloration rouge.

■ — Miner, Nom donné à diverses substances d'une consistance analogue à celle de la terre. Il Terre magnésienne, Magnésie. || Terre à porcelaine. Kaolin. II Terre rouge, Ocre rouge, il Terre d'ambre, Terre de Nocera, Ocre brun rougeàtre, employé en peinture, il 'Terre à foulon, Terre glaise onctueuse, employée au dégraissage des laines. Il Terre à pisé, Limon jaune, employé dans les constructions en pisé. Il Terre à sucre, argile blanche employée au ferrage du sucre, il Terre blanche

de Cologne, Terre de pipe, il Terre brune de Cologne, Lignite employé dans la peinture.

Il Terre d Almagra, Terre ocreuse rouge.

Il Terre de Lemnos, terre sigillée , Argile ocreuse employée autrefois en pharmacie.

Il Terre de Sedlitz, Magnésie, a Terre de Sienne, Minerai de fer oxydé, dont on se sert dans la peinture. Il Terre pesante, Ancien nom de la baryte. Il Terre pourrie d'Angleterre, Tripoli léger dont on se sert pour polir. Il Terre de pipe, Argile Une dont on fabrique des pipes et autres ouvruges : Avec quel plaisir je retrouvai mon assiette de terre i>k pipe! (G. Sand.) Il J'erre de potier ou simplement terre. Argile qu'einpluient les potiers : Un pot de terrk. De la vaisselle de terre. Nous nous assimes à une table sur laquelle il n'y avait ni nappe ni serviette, mais seulement deux assiettes de terre. (Le Sage.)

— Adjectiv. Capital terre, Capital représenté par des propriétés rurales : En moyenne, le revenu du capital terre est 3 pour 100. (Froudh.)

— Gramm. A terre indique simplement la direction vers la terre ou le contact avec la terre; par terre exprime de plus l'idée d'être étendu dans toute sa longueur. Un arbre renversé par le vent est donc jeté par terre, et non d terre; un enfant tombe à terre s'il tombe sur ses pieds : il tombe par terre si, en tombant, il perd 1 équilibre et s'étend sur la terre dans toute la longueur de son corps.

— Encycl. Astron. et physiq. La monogra-

Chie de ia terre touchera naturellement à eaucoup de sciences : géométrie, astronomie, mécanique, physique, chimie et histoire naturelle. C'est dans l'ordre indiqué par cette classification générale des sciences que nous ferons successivement l'étude de notre domaine.

— Figure de la terre. La rondeur de la terre est connue à peu près depuis l'origine des sciences; le déplacement que subit le tableau du ciel par rapport à l'horizon, pour un observateur qui se déplace à la surface de la terre, suffisait, en etfet, pour établir que l'horizon ne se prolonge pas indéfiniment, c'est-à-dire que la terre n'est pas plate, et, de ce qu'elle ne ressemble pas à une grande table, l'esprit humain, dans ses aspirations vers l'absolu, a conclu tout d'abord à sa sphéricité parfaite, hypothèse qu'est venue confirmer à très-peu près l'observation des éclipses de lune, dès que les premières études monographiques eurent permis d'attribuer à l'iuterpositioa de la terre entre le soleil et la lune la privation momentanée de lumière éprouvée par ce dernier astre dans les éclipses : la constance de la circularité de l'ombre portée par la terre sur la lune dans toutes les orientations diverses où elle pouvait se trouver par rapport au soleil lors des éclipses successives de lune prouvait bien, en effet, que la terre est à peu près sphérique, le «me d'ombre porté par elle restant toujours de révolution. Depuis, on a pu parcourir la terre dans tous les sens et presque dans toute son étendue, et les voyages autour du monde ont mis hors de tout doute le fuit de la rondeur de la terre et de sou isolement dans l'espace.

— Dimensions de la terre. Lorsque l'on parcourt au méridien terrestre, en s'avançant soit vers le nord, soit vers le sud, on voit le pôle céleste s'élever ou s'abaisser par rapport à l'horizon ; or, le chemin qu'il faudra parcourir pour voir le pôle monter ou descendre d'un degré dépend évidemment du rayon de la terre, supposée sphérique. Si

R est ce rayon, le chemin à faire sera- .

3C0 x désignant le rapport de la circonférence au diamètre, ou 3, 1415926 à peu pies; en mesurant dans le chemin parcouru e, correspondant à un degré, on aura pour le rayon de la 360 e

terre R = , C estEratosthène,né276ans

av. J.-C, qui eut le premier l'idée d'applixi v.

quer cette méthode a la détermination du rayon de la terre, et il en donna effectivement une valeur assez rapprochée, eu égard aux moyens dont il pouvait disposer.

Les Arabes adoptèrent presque sans modification le chiffre donné par Eratosthène.

Un médecin français, Fernel, fut le premier parmi les modernes qui tenta, par une mesure directe, de vérifier le résultat que nous avaient transmis les anciens. On sait que pour obtenir la longueur de l'arc du méridien compris entre Paris et Amiens, il compta le nombre de tours "effectués dan3 le trajet par une des roues de sa voiture, dont il avait déterminé le diamètre. On est étonné qu'un moyen aussi peu sûr lui ait fourni une valeur aussi rapprochée de la circonférence de là terre. Il trouva pour un degré du méridien terrestre 56,740 toises. Sjnellius, à qui revient en partie l'honneur de la découverte de la loi de la réfraction de la lumière, parait avoir eu le premier Kidée d'employer la méthode trigonométrique à la mesure d'un arc de méridien. Les instruments dont il pouvait disposer étaient encore fort imparfaits, et ses calculs se trouvèrent entièrement faux; il ne put même pas y reconnaître l'erreur commise.

C'est l'abbé Picard qui donna, en 1671, la première valeur à peu près exacte du rayon de la terre. L'arc de la méridienne, dont il détermina la longueur, s'étendait aussi du Paris a Amiens; il trouva pour le degré du méridien 57,060 toises. On sait que c'est en apprenant les résultats de la belle opération de Picard, que Newton, trompé d'abord par de fausses données sur la grandeur du rayon de la terre, revit, après neuf années d'abandon, les calculs qui devaient le conduire à la découverte de la loi de la gravitation universelle, et put s'assurer que la force qui retient la lune dans son orbite est bien la pesanteur diminuée en raison du carré de la distance au centre de la terre.

Un accord aussi remarquable entre des résultats obtenus par des moyens si différents pouvait servir inversement de vérification à la belle opération de Picard; toutefois, des considérations théoriques, justifiées par l'observation attentive des disques des planètes principales, vinrent alors suggérer à Newton et à Huyghens l'idée que la terre ne saurait être sphérique, mais devait présenter la ligure d un ellipsoïde de révolution autour de son axe polaire, et que cet axe devait être sensiblement moindre que le diamètre équatorial, pour que l'équilibre de la masse entière put se conserver, la force centrifuge tendant à diminuer la pesanteur apparente des parties placées près de l'équateur. Les procédés d'observation et les méthodes de calcul ayant d'ailleurs reçu, vers le même temps, des perfectionnements considérables, on put alors entreprendre de grandes opérations propres à fournir une connaissance exacte des dimensions de notre globe. La mesure de la méridienne de France fut reprise par Cassini, et, en même temps, deux commissions de l'Académie des sciences, formées l'une de Maupertuis, Clairaut et Outhier, l'autre de Rouguer et La Condamine, furent envoyées au pôle nord et au Pérou pour déterminer les longueurs de l'arc d'un degré aux latitudes les plus extrêmes. Les résultats obtenus fournirent une vérification éclatante de l'hypothèse de Newton et d'Huyghens : la longueur de l'arc d'un degré en France avait été trouvé de 57,024 toises 64 ; elle se trouva être de 56,736 toises SI auPérou; et de 57,196 toises 16 en Laponie; la terre était donc bien certainement aplatie à ses pôles.

A la lin du dernier siècle, l'Assemblée nationale, voulant donner à la France un système uniforme de poids et mesures, décida que la base de ce système serait prise dans les dimensions de la terre, et ordonna en conséquence de nouvelles opérations gêodésiques. Delambre et Méchain furent chargés de reprendre la mesure de l'arc de la méridienne compris entre Dunkerque et Barcelone. Depuis, cette méridienne a été prolongée d'une part jusqu'au parallèle de Greenwich, de l'autre jusqu'à 1 île de Formentera. L'arc ainsi mesuré en trois parties comprend 120 48' 46", 8; c'est de beaucoup le plus grand qui ait jamais été mesuré. La longueur d'un degré y varie de 56,955 toises 38 à 57,097 toises 62, ce qui confirme le fait de l'aplatissement.

Ces importants résultats étant obtenus, on pouvait dès lors procéder à la détermination de la figure de la terre. C'était aux géomètres que revenait cette tâche ; c'est Laplace qui s'en chargea principalement. On conçoit que, dans l'hypothèse de l'ellipticité du méridien terrestre, la connaissance seule des longueurs de deux arcs d'un degré, et des latitudes des milieux de ces arcs sui'nse pour déterminer les longueurs des deux axes de la courbe méridienue.~En effet, ces données font connaître les rayons de courbure de l'ellipse aux points milieux des deux arcs, c'es> à-dire en des points où les normales font des angles connus avec le]grand axe de la courbe ; elles fournissent donc deux équations numériques où entrent les deux axes inconnus. Mais le calcul n'a pas justifié l'hypothèse de l'ellipticité de la terre. Ainsi, si l'on prend pour bases de l'opération les longueurs de degré au Pérou et en France, on trouve pour le demi-grand axe de la terre une longueur

de 3,271,985 toises 33, et pour le demi-petit axe une longueur de 3,261,354 toises 19; lo rapport de la différence entre les deux demiaxes au demi-grand axe, ou l'aplatissement

serait alors ; si ensuite on prend pour

367,77 bases du calcul les longueurs d'un degré en France et en Lnponie, on trouve pour le demigrand axe 3,277,149 toises 24, et 3,266,912 toises 37 pour le demi-axe polaire, et l'aplatissement calculé est alors de .On est

319,60 obligé d'en conclure que la figure de la terre n'est pas exactement celle d'un ellipsoïde de révolution.

Toutefois, il convient d'observer que les différences peuvent n'être pas en réalité aussi grandes que semblent l'indiquer les résultats obtenus. En effet, la détermination des latitudes extrêmes des arcs mesurés est essentiellement liée à celle des verticales menées aux extrémités de ces arcs; or, la direction de chacune de ces verticales peut être notablement affectée par une circonstance locale, telle que la présence d'une montagne d'un côté de l'horizon, la déclivité du sol, l'inégale composition dans les différents sens, autour du poiut de station, des couches géologiques, etc., circonstances qui n'ont pu avoir aucune influence appréciable sur la figure vraie de la courbe méridienne considérée dans son ensemble, mais qui entraînent des erreurs inévitables dans sa mesure en affectant localement la direction de la verticale. C'est, au reste, ce dont on a eu des preuves directes, par exemple par la singulière inégalité présentée par l'arc compris entre Montjouy et Barcelone, et qui, restée inexplicable pour Méchain, l'affligea au point de le déterminer à la mort pour éviter le déshonneur dont il se croyait menacé par la découverte de l'erreur qu'il pensait avoir commise. La mesure faite en Italie par Plana et Carlini do l'are compris entre Audrate et Mondovi en fournit un autre exemple : la lungueur de l'arc d'un degré à la latitude où ils opéraient aurait dû être de 57,013 toises; ces bavants trouvèrent 57,687 toises, parce que la chaîne des Alpes agissant inégalement sur Je fil à plomb aux deux points extrêmes de l'arc, tendait à diminuer l'inclinaison des verticales en ces deux points, par conséquent à augmenter la longueur de l'are d'un degré.

L'impossibilité où l'on est encore aujourd'hui de tenir compte des causes réelles des inégalités apparentes de la méridienne terrestre a fait qu'on a dû provisoirement s'en tenir à l'hypothèse de l'ellipticité de cette courbe.' C'est ce que fit la commission de l'Institut, chargée de la détermination du nouveau système des poids et mesures ; elle adopta, pour représenter l'aplatissement, la

fraction — — , attribua en conséquence une

longueur de 5,130,740 toises au quart du méridien et fixa la longueur du mètre à 3 pieds 11 lignes 296 millièmes dé ligne. Depuis, en comparant de uouveauxrésultatsaux anciens, on a reconnu que l'aplatissement est plus considérable que ne l'avait cru la commission française; on s'accorde maintenant à le regarder comme égal à - — , et, par suite, on

attribue 10,000,856 mètres au quart du méridien, 6,377,398 mètres au rayon équatorial et 6,356,080 mètres au rayon polaire.

Pendant que s'effectuaient lés grandes expériences que cous venons de rappeler , la question de l'équilibre d'un corps animé d'un mouvement de rotation autour d'un axe fixe par rapport à lui était soumise à une analyse directe par les plus grands géomètres, Maclaurin, d'Alembert, Clairaut, Lagrauge, Legendre et Laplace, et la. théorie assignait la l'orme elliptique à notre globe, ainsi qu'à toute autre planète, mais sans toutefois qu'il lut possible d'en déduire des résultats numériques. En effet, l'aplatissement d'une planète dépend sans contredit de la vitesse de sa rotation, et l'observation montre effectivement que les planètes qui tournent le plus vite sur leurs axes sont aussi celles qui présentent une plus grande différence relative entre les longueurs de leurs diamètres maximum et minimum ; mais la connuissauce de la loi suivant laquelle varient les densités des différentes couches serait aussi un élément indispensable de la question, et cet élément manque totalement jusqu'ici.

— Mouvement diurne de la terre. Le mouvement de rotation de la terre autour de sou axe polaire parait bien positivement avoir été soupçonné chez les anciens par les philosophes de l'école pythagoricienne ; mais cette opinion ne s'était pas répandue ou du moins n'avait pas trouvé crédit avant l'ère moderne. C'est, comme on sait, à Copernic que revient entièrement la gloire d'avoir mis cette importante vérité hors de doute par des preuves,' sinon positives, du moins tellement lumineuses qu elles devaient entraîner la conviction. 11 suffisait, en effet, d'énoncer clairement l'hypothèse si simple du mouvement de la terre pour renverser à tout jamais l'étrange échafaudage de celles auxquelles les anciens avaient été successivement amenés à avoir recours pour expliquer le mouvement diurne de la sphère céleste avec toutes les complications qu'entraîne le dé-

TERR

placement de l'axe du monde, par suite de la précession des équinoxes.

La théorie de Copernic fut adoptée d'enthousiasme par tousles esprits non prévenus et indépendants; mais les vérifications positives ne se présentèrent que longtemps après. La première résulta des études entreprises pour déterminer la figure de la terre. L'aplatissement de notre planète dans le sens de son axe est, en effet, une conséquence naturelle de son mouvement de rotation et n'aurait aucuno rui~on d'être dans l'hypo- Ihèse de son immobilité ; la régularité et la périodicité de certains mouvements de l'atmosphère, tels, par exemple, que ceux qui produisent les vents alizés, apportèrent ensuite de nouvelles preuves directes du mouvement de rotation de la terre; on peut en dire autant de certains courants marins ; la déviation vers l'est des corps qu'on abandonne d'une grande hauteur à l'action de la gravité vint fournir, au commencement de ce siècle, une preuve encore plus directe du mouvement de rotation de la terre; cette déviation ne peut, en effet, être attribuée qu'à l'action de la force centrifuge composée, qui naît de ce mouvement de rotation et qui a de même rendu compte de ce fait, inexplicable autrement, que les cours d'eau, dans notre hémisphère, tendent tous k ronger leurs rives occidentales ; enfin, la célèbre expérience de M. Foucault a, pour ainsi dire, rendu sensible à tous le mouvement diurne de notre globe.

La terre tourne sans cesse d'occident en orient , autour de la ligne de ses pôles, et c'est à ce mouvement de rotation qu'est dû le mouvement diurne apparent de la sphère céleste. Le jour sidéral est la durée de celte rotation. Cette durée est constante, ou du moins aucun fait n'a pu encore mettre les astronomes sur la trace de la plus petite variation dans la grandeur du jour sidéral, ce qui veut dire que tous les déplacements de matière qui s'effectuent journellement à la surface de la terre, soit pur le jeu des forces de la nature, soit par l'action incessante des hommes et des animaux, n'ont que des effets inappréciables jusqu'ici sur le moment d'inertie de la terre par rapport à son axe. Si l'on admet que la terre soit encore Huide à son intérieur et perde peu à peu de sa chaleur interne, ou doit croire, en même temps, que la vitesse de sa rotation diurne s'accroîtra à la longue.

La ligne des pôles de la terre n'a pas une direction fixe par rapport aux étoiles. Son mouvement se compose de deux mouvements, qui produisent l'un la précession des équinoxes et l'autre la nutation. Pour se rendre compte de ce double mouvement, il faut imaginer pur le centre de la terre une parallèle à l'axe de l'écliptique et supposer qu'une droite inclinée pour l'année 1870 de 23i>27'23'',4 sur cette parallèle tourne autour d'elle d'uu mouvement uniforme, dans le sens du mouvement diurne apparent de la sphère céleste, de manière à achever sa révolution en vingtsix raille ans à peu près ; puis il faut supposer que, pendant le mouvement de. cette droite, une autre droite décrive autour d'elle, dans le même sens du mouvement diurne, Un cône à hase elliptique ayant pour Uemiaxes 19", 3 et Y^',i et achevant sa révolution • en dix-neuf ans environ. C'est avec cette seeoudo droite que coïncidera constamment l'axe de la terre, si les points de départ out été convenablement pris.

Au reste, la ligne des pôles terrestres n'est pas même fixe par rapport à la terre, c'està-dire que ni l'équateur, ni les parallèles, ni les méridiens terrestres ne passent toujours par les mêmes points de la surface du globe. En effet, le mouvement relatif d'un solide, par rapport à des axes de direction constante passant par uu de ses points, ne peut être produit que par le roulement d'un cône lié à ce corps et ayant sou sommet en celui de ces points que l'on considère comme immobile sur un autre cône fixe, et l'axe de rotation du corps mobile est à chaque instant la génératrice de contact entre les deux cônes. Or, cette génératrice ne peut pas se déplacer dans 1 espace sans se déplacer en même temps par rapport au corps. La ligue des pôles terrestres n'est donc pas fixe par rapport à la terre; mais le lieu de ses extrémités, sur la surface du globe, est une courbe de si petite dimension que tous les faits se passent, en apparence, comme si cette courbe se réduisait à un point unique.

— Mouvement annuel de ta terre. La terre décrit annuellement autour du soleil une ellipse dont le ceutre de cet astre occupe l'un des foyers. Son mouvement sur son orbite s'effectue d'occident eu orient , avec une vitesse variable, mais telle que le rayon qui joint la planète au soleil décrit des aires égales dans des temps égaux. Le grand axe de l'orbite terrestre est de 48,000 rayons terrestres, et la distance de son centre au soleil de 400 rayons terrestres, de sorte que la distance périhélie est de 23,600 rayons terrestres et la distance aphélie de 24,400. L'excentricité de 400 4 î

l'orbite est de = — = . r.a

plan de l'orbite de la terre est, à tres-peu près, fixe dans le ciel, c'est-à-dire qu'il passe toujours à peu près par les mêmes constellations ; cependant on sait, depuis Tyoho-Brahé, que la fixité du plan de l'écliptique n'est pas

TERR

absolue. Les latitudes des étoiles situées vers les solstices ont, en effet, varié d'environ 0» 20' depuis les premières observations de l'école d'Alexandrie. D'un autre côté, l'obliquité de l'écliptique sur l'équateur a constamment diminué d'environ 0",48 par an depuis Hipparque. Ii faut en conclure que le plan de l'orbite terrestre tourne autour de la ligne des équinoxes comme pour se rabattre sur le plan de l'équateur. On ne sait pas, d'ailleurs , si ce mouvement se continuera toujours dans le même sens ou si l'obliquité de l'écliptique, après avoir diminué jusqu'à une certaine limite, reprendra ensuite des valeurs plus grandes.

Le grand axe de l'orbite terrestre n'est pas lui-même fixe dans le plan de l'écliptique. Plamsteed a trouvé en 1690, pour la lougitude du périhélie, 277<> 35' 31" ; en 1775, elle se trouvait être de 27903' 17"; elle avait donc crû, en moyenne, de 6l",9 par année dans l'intervalle. Or, le mouvement annuel du point équinoxial n'est que de 5o",2. Le périhélie a donc, dans le sens contraire à celui du mouvement diurne, un mouvement propre de u",7 par an. 11 résulte du mouvement relatif du périhélie de ta terre, par rapport à la ligne des équinoxes, que les rapports des durées des saisons, prises deux à deux, ne sont pas constants. En ce siècle, le passage au périhélie a lieu quelques jours après le solstice d'hiver, et c'est par cette raison que l'hiver est la saison la plus courte et l'été celle qui a la plus longue durée; lorsque le périhélie sera venu se confondre avec le point équinoxial du printemps, l'automne et l'hiver auront la même durée, ainsi que le printemps et l'été.

La durée de la révolution de la terre dans son orbite constitue l'année ; mais, en raison de la mobilité des points de repère sur l'écliptique, on est obligé de distinguer trois années différentes. L'année vulgaire , qui porte le nom d'année tropique ou ëquinoxiale, est le temps que la terre met à revenir au point équinoxial du printemps; cette année est, en jours solaires moyens, de 365,242264 ; l'année sidérale est le temps que la terre met à revenir au même point de 1 éeliptique ; elle est un peu plus longue que l'année tropique, puisque le point équinoxial se déplace sur l'orbite en sens contraire du mouvement de révolution; sa durée est plus grande de

■ — à peu près, puisque le point équinoxial

parcourt l'écliptique, dans le sens contraire à celui du mouvement diurne, en 26,000 ans a peu près ; enfin, l'année anomaiistique est le temps que la terre met à revenir au périhélie; cette année est plus longue que l'année sidérale de — — - — à peu près, puisque

le mouvement propre du périhélie est à peu près du cinquième de celui de la ligne des équinoxes.

Les anciens, comme on sait, croyaient la ferre immobile au centre du monde et faisaient tourner les étoiles autour d'elle d'un mouvement uniforme ; le soleil, la lune et les planètes, de mouvements composés du mouvement de la sphère céleste et des mouvements relatifs de ces astres par rapport aux étoiles. Mais les singularités de leur système astronomique n'étaient pas aussi graves qu'on ' pourrait l'imaginer aujourd'hui,les dimensions des différents astres et leurs distances mutuelles étant alors complètement inconnues. Aussi n'est-ce que lorsqu'on eut acquis quelques données approximatives sur ces éléments, lorsqu'on sut que la terre n'était pas même une des plus grosses planètes, n'avait pour volume qu'une très-petite fraction de celui du soleil et disparaissait entièrement devant les étoiles, qu'il put paraître absurde de faire tourner autour d'elle l'immense globe du soleil, son cortège de planètes et toutes les étoiles fixes. Dès que les idées des anciens purent paraître absurdes, elles tombèrent d elles-mêmes pour taira place à un système plus raisonnable. Les anathèmes de 1 Eglise ont pu seuls, en effet, retarder leur étude quelque temps. Les idées si simples de Copernic furent adoptées par tout ce qui raisonnait en Europe. Toutefois, de même que, pour le mouvement diurne de la terre, Copernic n'apportait aucune preuve positive de son mouvement annuel et n'en avait effectivement aucune, nous n'en avons encore aujourd'hui qu'une seule, qu'a fournie la découverte de l'aberration des étoiles fixes ; mais cette preuve est concluante. Pour rendre compte de cet important phénomène, nous prendrons d'abord quelques exemples familiers. Si un chasseur, apercevant un oiseau perché sur uue branche d'un arbre, le tirait avant d'avoir arrêté son fusil, il ne servirait k rien que le coup fût parti juste à l'instant où cet oiseau se trouvait dans la ligne de visée de l'arme, parce que, le canon du fusil étant animé d'un mouvement de rotation, ce mouvement se transmettrait à la charge qui, dès lors, prendrait un mouvement composé du mouvement de translation produit par l'explosion de la poudre et du mouvement de rotation antérieurement acquis, en sorte que le plomb passerait k côté dubut. Inversement, l'oiseau filant devant le chasseur, de gauche u droite, par exemple, si le chasseur arrêtait son fusil clans une direction que devrait traverser l'oiseau et tirait juste au moment où l'animal passerait dans la ligne de visée de

son arme, il manquerait encore le but, parce que, pendant le temps que le plomb emploierait k parcourir la distance du chasseur à l'oiseau, ce dernier aurait lui-même avancé sur sa trajectoire. Pour tirer un oiseau au vol, il faut imprimer au canon du fusil un mouvement de rotation dans lequel la ligne de visée suive k peu près l'oiseau dans sa marche et en même temps déterminer l'explosion quand le gibier est dans la ligne de visée. De même, pour tirer un animal au re-

Fos, étant en chemin de fer, il faudrait viser extrémité d'une droite menée de l'animal parallèlement au chemin, en sens contraire du mouvement, et égale en longueur k la distance que devrait parcourir le convoi pendant le temps nécessaire k la charge pour se rendre k l'extrémité de cette droite, on bien il faudrait imprimer au canon du fusil un mouvement de rotation tel que l'animal restât toujours dans la ligne de visée, malgré le déplacement du convoi, et tirer sans interrompre ce mouvement de rotation.

La perception par notre œil de la lumière émise par une étoile est soumise à des conditions identiques k celles de la réception de la charge par le gibier. L'étoile est le chasseur immobile, et si la terre se meut effectivement, nous sommes le gibier au vol. Le rayon lumineux qui parvient à notre œil ne devait pas être dirigé suivant la ligne qu'il parcourt effectivement dans notre organe visuel ou, ce qui revient au même, nous ne devons pas voir les astres où ils sont réellement; leurs positions réelles doivent d'ailleurs se trouver, par rapport à leurs positions apparentes, dans des situations différentes, selon le sens et la vitesse de notre marche.

Ces principes établis, avant d'entrer dans l'examen même de la question, il faut d'abord comparer les vitesses des deux mouvements dont est simultanément animé tout point de la surface de la terre, en vertu de sa rotation diurne et de sa translation annuelle, pour savoir k laquelle de ces deux vitesses le phénomène de l'aberration des étoiles pourra être attribué. Or, là circonférence de la terre est de 40,000 kilomètres, de sorte qu'un point de l'équateur terrestre parcourt 40,000 kilomètres en vingt-quatre heures, en raison du mouvement diurne, c'està-dire

kilom, = — kilom., 864 '

ou un peu moins de 500 mètres en une seconde.

D'un autre côté, l'orbite de la terre, si réellement elle se meut autour du soleil, pourra être assimilée à la circonférence d'un cercle qui aurait pour diamètre 43,000 rayons terrestres, et la terre parcourant cette circonférence en 365 jours k peu près, le chemin parcouru par un de ses points, en une seconde, dans le second mouvement, sera à peu près de

rayons terrestres,

ou un peu plus de — de rayons terrestres ;

or, le rayon de la terre est de plus de 6,377 kilomètres, dont la 36» partie est 177 kilomètres. Ainsi la vitesse du mouvement de translation de la terre est plus do 354 fois plus grande que celle qui résulte du mouvement de rotation, pour un point situé sur l'équateur, c'est-k-dire dans ta situation la plus favorable.

Si donc le mouvement de la terre produit une déviation appréciable sur la direction dans laquelle nous voyons une étoile, cette déviation sera due, presque en totalité, au mouvement de translation. Nous nous bornerons, eu conséquence, dans ce qui va suivre, k la considération de ce seul mouvement.

Soient XY un élément de l'orbite de la terre ■ et A le point où elle se trouveen ce moment : supposons qu'une étoile nous paraisse être dans la direction Ae, et soient AA', AA" des longueurs proportionnelles aux chemins parcourus dans un même temps par la terre sur son orbite, et par la lumière à travers l'espace: il est facile de voir que l'étoile visée sera en réalité dans la direction de la diagonale AE du parallélogramme construit sur AA" et sur une droite égale et parallèle k AA', mais de sens contraire. En effet, si, lorsque l'observateur était en A, il avait braqué une lunette dans la direction A, AA'", le

TERR

rayon lumineux envoyé par l'étoile 'dans la direction EA aurait suivi tout le temps l'axe optique de cette lunette ; car, pendant que ce rayon se serait propagé de A'" en a, le point a, de l'axe optique se serait justement déplacé de a,a. Ainsi, pour avoir la véritable direction dans laquelle se trouve une étoile, il faut, dans le plan mené par le rayon visuel apparent et par l'élément delà trajectoire de la terre, mener une droite faisant avec le rayon apparent, dans le sens contraire à celui du mouvement, un angle déterminé par la condition

sineAE v

sin e\y " V'

v désignant lavitessedumouveroentdetranslation de la terre et V la vitesse de la lumière; Or, le rapport — est loin d'être négligeable. En effet, i>, d'apcès ce qu'on a vu plus haut, dépasse 177 kilom., et V n'est que

de 308,000 kilom. Le rappport — surpasse

donc un demi-millième.

Cela posé, examinons, dans l'hypothèse du mouvement de la terre, la loi suivant laquelle variera, dans le cours d'une année, la déviation subie par le rayon mené de la terre k

une étoile : — peut être considéré comme constant; mais eAY variera d'un bouta l'autre de l'année pour toute étoile non située au pôle de l'écliptique, eAE variera donc aussi. La plus grande valeur de eAE correspond à la plus grande valeur de eAY, et celle-ci correspond aux passages de la terre sur les éléments de sa trajectoire, dirigés perpendiculairement k la projection du rayon Ae sur le plan de cette trajectoire, c'est-à-dire au passage de la terre par les extrémités du diamètre de son orbite, qui est parallèle k la projection de Ae sur le plan de cette orbite. Au contraire, le minimum de eAE correspondra aux passages de la terre par les extrémités du diamètre perpendiculaire au précédent. Soient O le centre de l'orbite terrestre, Ot la projection de Oe sur le plan de l'écliptique et Oî une perpendiculaire k Ot; les déviations maximum et minimum auront donc lieu dans les plans perpendiculaires entre eux eOt et eOS ; l'étoile paraîtra donc dans le cours d'une année décrire autour de sa position moyenne un petit orbo de forme elliptique (on démontre aisément que cet orbe est véritablement une ellipse) ayant pour demiaxes les déviations maximum et minimum dont on vient de donner les moyens de connaître les grandeurs et les directions. Or, la vérification est facile à faire; en effet, pour avoir la véritable direction dans laquelle se trouve une étoile, il suffit de déterminer les directions dans lesquelles elle apparaît dans deux situations diamétralement opposées de la terre sur son orbite et de prendre la bissectrice de l'angle de ces deux directions, car, en deux points opposés de l'orbite, les déviations sont égales et de sens contraires, puisque le seul changement qui arrive- d'un cas k l'autre est le changement de sens de la vitesse de la terre.

On peut donc toujours connaître les coordonnées vraies d'une étoile quelconque ; en leur comparant ses coordonnées apparentes, on pourra s'assurer que chaque étoile parcourt effectivement autour de sa position vraie le petit orbe elliptique que la théorie lui assigne. Ainsi, le fait du mouvement annuel de la terre est positivement établi par l'expérience. C'est en 1725 que Bradley a découvert le remarquable phénomène que nous venons d'analyser.

— Densité de la terre. Les méthodes astronomiques peuvent fournir les rapports deux k deux des masses du soleil, des planètes et de leurs satellites, et ne sauraient donner en kilogrammes le poids d'un seul de ces astres. Mais des expériences directes peuvent faire connaître la masse de la terre ou, ce qui revient au même, sa densité moyenne. Ces expériences ont d'autant plus d'intérêt qu'elles feront ensuite connaître les masses des autres corps qui composent notre système planétaire.

C'est Maskelyne qui tenta le premier de déterminer directement la densité de la terre. Il détermina, dans ce but, la déviation éprouvée par la verticale dans le voisinage d'une montagne d'Ecosse dont il avait évalué approximativement la masse et dont le centra de gravité pouvait être regardé comme connu. Cette déviation peut être obtenue en comparant la direction vraie de la verticale au point de station, près de la montagne, et la direction que lui assignerait la distance de la station & un point situé sur le même méridien en dehors de l'action de la montagne. Cette comparaison, d'ailleurs, peut se faire astronomiquement de bien des manières différentes. Boit m la masse d'une petite boule suspendue k un fil vertical de longueur l, M la masse de la montagne, a la distance de son centre de gravité, supposé dans le plan horizontal mené par la boule au point de station, D et R la densité moyenne de la terre et son rayon, enrin f l'attraction de l'unité de masse sur l'unité de masse à l'unité de distance et a la déviation du" pendule. Le pendule étant en équilibre sous 1 action combinée de l'attraction de la montagne et de colle de la terre, on aura, en prenant les mo-

TERR

ments de ces deux forces, par rapport au point d'attache du fil,

3 w Bi * 'sina=^j-;cosaj

d'où

tang a = — .

a'RD

ita'R lung a

Maskelyne avait trouvé ainsi que la densité moyenne de la terre doit être comprise entre 4 et 5.

Cavendish a employé depuis une méthode plus sûre, que nous avons fait connaître dans l'article consacré k la biographie de ce savant; il trouva, comme on sait, pour la densité moyenne de la terre 5,48. M. Reich n, dans ces dernières aimées, repris la même expérience k Kreyberg et y a apporté encore plus de soins que Cavendish : il a trouvé que la densité cherchée est 5,44.

Comme les matières qui composent les diverses parties de la croûte superficielle du globe ont une densité moyenne de beaucoup inférieure k 5,44, on en conclut que la densité de la terre va en croissant de la surface au centre.

— Divisions astronomiques de la terre. On divise la surface de la terre en cinq zones : une ïone torride, deux zones tempérées et deux zones glaciales. La zone torride est comprise entre les deux tropiques qui sont les parallèles à l'équateur menés aux latitudes de 23» 27' 23", 4 (pour l'année 1870). Les deux zones tempérées s'étendent entre les tropiques et les cercles polaires qui sont menés k 230 27' 23", 4 des pôles. La zone torride est caractérisée par cette propriété de tous ses points que le soleil passa deux fois par an k leur zénith ; les deux zones tempérées sont telles qu'en aucun de leurs points la durée du séjour du soleil au-dessus de l'horizon ne peut dépasser 24 heures ; enfin les deux zones glaciales ont des jours de plus de 24 heures et, dans l'autre semestre, des nuits de même durée. L'obliquité de l'écliptique sur l'équateur diminuant de 0",48 par année, il en, résulte que la zone torride se rétrécit de plus en plus.

— Divisions géographiques de la terre. On divise la terre en cinq grandes parties : l'Europe, l'Asie, l'Afrique, l'Amérique et l'Océanie. Les trois premières forment l'ancien monde, l'Amérique le nouveau monde ; l'Océanie est un monde k part; c'était, il y a peu d'années encore, un monde absolument sauvage.

L'Europe, comprise presque tout entière dans la zone tempérée, jouit dans presque toute son étendue d'un climat doux et salubre. Elle produit en abondance tontes les choses nécessaires à la vie, les aliments végétaux et animaux, les matières textiles, les bois de construction et de chauffage, les minéraux et les métaux utiles ou précieux. Elle a une étendue de 9,674,248 kilomètres carrés.

L'Asie, qui s'étale sur les trois zones glaciale, tempérée et torride, présente, par suite, la plus grande diversité de climats. Ses productions sont aussi tres-varièes. Sa flore et sa faune sont les plus riches et les plus curieuses. Elle occupe 42,178,260 kilomètres carrés.

L'Afrique, surtout dans sa partie centrale, se distingue entièrement, sous te rapport de ses productions, de l'Europe et de l'Asie. C'est un monde primitif, pour sa flore aussi bien que pour sa faune ; ies végétaux monocotylédones y sont les plus nombreux et les animaux y sont généralement inférieurs k leurs congénères des autres parties du monde. Son . étendue est de 28,543,400 kilomètres carrés.

L'Amérique présente les mêmes variétés de climats que 1 Asie et offre des productions aussi variées. Entièrement séparée de l'ancien continent, on y a trouve un grand nombre d'espèces de végétaux et d'animaux entièrement inconnus dans l'ancien monde.

Sa superficie est de 37,265,845 kilomètres carrés.

L'Océanie comprend l'Australie et un grand nombre d'îles. Elle a 10,757,000 kilomètres carrés de surface. On y trouve, outre les productions de l'Amérique du Sud, des espèces nouvelles et extraordinaires.

Les principaux bassins maritimes du globe sont l'océan Atlantique, qui sépare l'Europe et l'Afrique de l'Amérique ; 1 océan Pacifique, qui sépare l'Amérique de l'Asie; le grand Océan, au sud de l'Asie et de l'Afrique; l'océan Glacial Arctique et l'ccéun tîlaciul Antarctique. L'ensemble de toutes ies mers occupe a peu près le3 trois quarts de la surface de la terre. '

— Inégalités de la surface de la terre. Les principales chaînes de montagnes sont: en Europe, les Alpes, les Pyrén.-es, les Karpathes, le Caucase et l'Oural ; en Afrique, l'Atlas, les monts AbjSbins et les monts de la Lune; en Asie, le Liban, le Tanru.4 et l'Himalaya ; en Amérique, les Cordillères et ies Andes. Les plus hautes montagnes s'élèvent à 8,000 mètres au-dessus du niveau de* la nier ; on admet que les fonds les plus bas des mers sont à la même distance de la surface. Les plus grandes inégalités do la croûte so-

TERR

lide du globo ne dépassent donc pas la sixmillième partie du rayon de la terre.

— Chaleur interne de la terre, volcans. Dans les puits de mines, la température s'élève d'environ l degré par 30 mètres de profondeur. En admettant que la progression so continue d'après la même loi, on trouve qu'à une profondeur de 48 kilomètres la température serait celle de la fusion du fer. Rien sans doute ne prouve que l'accroissement de température se continue jusqu'aji centre de la terre; mais les phénomènes volcaniques montrent du moins que la température interne du globe est assez élevée pour que les matières les plus réfractaires, parmi celles que nous connaissons, y soient en fusion.

Les principaux volcans sont : en Europe, l'Etna, en Sicile, le Vésuve près de Naples et le mont Hécla en Islande ; an Amérique, le mont Saint-Elie (Amérique russe), le mont Popoeatepetl (Mexique), le Cotopaxi et le Pichinca (Colombie) et l'Arequipa (Pérou) ; en Océanie, les montagnes de Java et de Sumatra. Les volcans mettent en communication la partie interne du globe avec la surface, et font l'office de soupapes de sûreté par les issues qu'ils donnent aux matières en fusion comprimées par la croûte solide; c'est par les bouches volcaniques que se sont répandus sur la surface du globe les matériaux qui en composent les couches les plus superficielles.

— Population de la terre. On évalue à 278,014,000 hab. la population de l'Europe, à 580,000.000 hab. celle de l'Asie, l'Afrique ne renferme que 75,000,000 hab., l'Amérique a G0, 000,000 habit., l'Oeéanie 30,000,000 hab. ; total : 1,017,014,000 hab.

— Révolutions du globe. Les terrains les plus bas, les plus unis, dit Cuvier, ne nous montrent, même lorsque nous y creusons à de très-grandes profondeurs, que des couches horizontales de matières plus ou moins variées, qui enveloppent presque toutes d'innombrables produits de la mer. Des eouches pareilles, des produits semblables composent les collines jusqu'à d'assez grandes hauteurs. Quelquefois les coquilles sont si nombreuses qu'elles forment a elles seules toute la masse du sol. Elles s'élèvent à des hauteurs supérieures au niveau de toutes les mers et où aucune mer ne pourrait être portée aujourd'hui par des causes existantes ; elles ne sont pas seulement enveloppées dans des sables mobiles, mais les pierres les plus dures lès incrustent souvent et en sont pénétrées de toutes parts. Toutes les parties du monde, tous les hémisphères, tous les continents, toutes les îles un peu considérables présentent le même phénomène. Une comparaison scrupuleuse des formes des coquilles fossiles, de leur tissu, souvent même de leur composition chimique, ne montre pas la moindre différence entre elles et celles que la mer nourrit encore ; leur conservation n'est pas moins parfaite ; l'on n'y observe le plus souvent ni détrition ni ruptures, rien qui annonce un transport violent; les plus petites d'entre elles gardent leurs parties les plus délicates, leurs crêtes les plus subtiles, leurs pointes les plus déliées. Ainsi, non-seulement elles ont vécu dans la mer, elles ont été déposées par la mer, c'est la mer qui les a laissées dans les lieux où on les trouve ; mais cette mer a séjourné dans ces lieux, elle y a séjourné assez longtemps et assez paisiblement pour y former des dépôts si réguliers, si épais, si vastes et en partie si solides que remplissent ces dépouilles d'animaux aquatiques. Le bassin des mers a donc éprouvé au moins un changement soit en étendue, soit en situation. Voilà ce qui résulte déjà des premières fouilles et de l'observation la plus superficielle.

Les traces de révolutions deviennent plus importantes quand on s'élève un peu plus haut, quand on se rapproche davantage du pied des grandes chaînes.

Il y a bien encore des bancs coquilliers ; on en aperçoit même de plus épais, de plus solides ; les coquilles y sont tout aussi nombreuses, tout aussi bien conservées ; mais ce ne sont plus les mêmes espèces; les couches qui les contiennent ne sont plus aussi généralement horizontales ; elles se redressent obliquement, quelquefois presque verticalement. Au lieu que dans les plaines et les collines plates il fallait creuser profondément pour connaître la succession des bancs, on les voit ici par leur flanc, en suivant les vallées produites par leurs déchirements : d'immenses amas de leurs débris forment au pied de leurs escarpements des buttes arrondies, dont chaque dégel et chaque orage augmentent la hauteur.

Et ces bancs redressés qui forment les crêtes des montagnes secondaires ne sont pas posés sur les bancs horizontaux des collines qui leur servent de premiers échelons ; ils s'enfoncent, au contraire, sous eux. Ces collines sont appuyées sur leurs pentes. Quand on perce les couches horizontales dans le voisinage des montagnes à couches obliques, on retrouve ces couches obliques dans la profondeur ; quelquefois même, quand les couches obliques ne sont pas trop élevées, leur sommet est couronné par des couches horizontales ; et comme il est possible, du moins pour le plus grand nombre, qu'elles n'aient pas été formées horizontalement, il est évident qu'elles ont été relevées, qu'elles

l'ont été avant que les autres s'appuyassent sur elles.

Ainsi la mer, avant de former les couches horizontales, en avait formé d'autres que des causes quelconques avaient brisées, redressées, bouleversées de mille manières, et comme plusieurs de ces bancs obliques qu'elle avait formés plus anciennement s'élèvent plus haut que les couches horizontales qui leur ont succédé et qui les entourent, les causes qui ont donné à ces bancs leur obliquité les avaient fait aussi saillir au-dessus du niveau de la mer et en avaient fait des tles, ou du moins des écueils et des inégalités, soit qu'ils eussent été relevés par une extrémité ou que l'affaissement de l'extrémité opposée eût fait baisser les eaux; second résultat non moins clair, non moins démontré que le premier, pour quiconque se donpera la peine d'étudier les monuments qui l'appuient.

Mais ce n'est point à ce bouleversement des couches anciennes, à ce retrait de la mer après la formation des couches nouvelles, que se bornent les révolutions et les changements auxquels est dû l'état actuel de la terre. Quand on compare entre elles avec plus de détails les diverses couches et les produits de la vie qu'elles recèlent, on reconnaît bientôt que cette ancienne mer n'a pas déposé constamment des pierres semblables entre elles, ni des restes d'animaux de mêmes espèces et que chacun de ses dépôts ne s'est pas étendu sur toute la surface qu elle recouvrait. Il s'y est établi des variations successives dont les premières seules ont été à peu près générales et dont les autres paraissent l'avoir été beaucoup moins. Plus les couches sont anciennes, plus chacune d'elles est uniforme dans une plus grande étendue ; plus elles sont nouvelles, plus elles sont limitées, plus elles sont sujettes à varier à de petites distances. Ainsi les déplacements des couches étaient accompagnés et suivis de changements dans la nature du liquide et des matières qu'il tenait en dissolution , et lorsque certaines couches, en se montrant audessus des eaux, eurent divisé la surface des mers par des lies, par des chaînes saillantes, il put y avoir des changements différents dans plusieurs des bassins particuliers.

On comprend qu'au milieu de telles variations dans la nature du liquide, les animaux qu'il nourrissait ne pouvaient demeurer tes mêmes. Leurs espèces, leurs genres même changeaient avec les couches, et quoiqu'il y ait quelques retours d'espèces à de petites distances, il est vrai de dire, en général, que les coquilles des eouches anciennes ont des formes qui leur sont propres; qu'elles disparaissent graduellement pour ne plus se montrer dans les couches récentes, encore moins dans les mers actuelles, où l'on ne découvre jamais leurs analogues d'espèces, où plusieurs de leurs genres eux-mêmes ne se retrouv-ent pas; que les coquilles des couches récentes, au contraire, ressemblent pour le genre à celtes qui vivent dans nos mers, et que, dans les dernières et les plus meubles de ces couches, et dans certains dépôts récents et limités, il y a quelques espèces que l'œil le plus exercé ne pourrait distinguer de celles que nourrissent les côtes voisines.

Il y a donc eu dans la nature animale une succession de variations qui ont été occasionnées par celles du liquide dans lequel les animaux vivaient ou qui, du moins, leur ont correspondu, et ces variations ont conduit par degrés les classes des animaux aquatiques à leur état actuel ; enfin, lorsque la mer a quitté nos continents pour la dernière fois, les habitants ne différaient pas beaucoup de ceux qu'elle alimente encore aujourd'hui.

Si lôn examine avec encore plus de soin les débris des êtres organiques, on parvient à découvrir au milieu des couches marines, même les plus anciennes, des couches remplies de productions animales ou végétales de la terre ou de l'eau douce, et, parmi les couches les plus récentes, c'est-à-dire tes plus superficielles, il en est où des animaux terrestres sont ensevelis sous des amas de productions de la mer. Ainsi les diverses catastrophes qui ont remué les couches n'ont pas seulement fait sortir par degrés du sein île l'onde les diverses parties de nos continents et diminué le bassin des mers; mais ce bassin s'est déplacé en plusieurs sens. Il est arrivé plusieurs fois que des terrains mis à sec ont été recouverts par les eaux, soit qu'ils aient été abîmés, soit que les eaux aient été seulement portées au-dessus d'eux, et pour ce qui regarde particulièrement le sol que la mer a laissé libre dans sa dernière retraite, celui que l'homme et les animaux terrestres habitent maintenant, il avait déjà été desséché au moins une fois, peut-être plusieurs, et avait nourri alors des quadrupèdes, des oiseaux, des plantes et des productions terrestres de tous les genres; la mer qui l'a quitté l'avait donc auparavant envahi. Les changements dans la hauteur des eaux n'ont donc pas seulement consisté dans une retraite plus ou moins graduelle, plus ou moins générale ; il s'est fait diverses irrupt.ons et retraites successives, dont le résultat définitif a été cependant une diminution universelle de niveau.

Les déchirements, les redressements, les renversements des couches anciennes ne laissent pas douter que des causes subites et violentes ne les aient mises en l'état où nous les voyons; et même la force des mouvements

qu'éprouva la masse des eaux est encore attestée par les amas de débris et de cailloux roulés qui s'interposent en beaucoup d'endroits entre les couches solides. La vie a donc été troublée sur cette terre par des événements effroyables.

Telles sont les conséquences où conduisent nécessairement les objets que nous rencontrons à chaque pas, que nous pouvons vérifier, à chaque instant, presque dans tous les pays. Ces grands et terribles événements sont clairement empreints partout pour l'œil qui sait en lire l'histoire dans leur3 monuments.

Mais ce qui étonne davantage encore et ce qui n'est pas moins certain, c'est que la vie n'a pas toujours existé sur le globe et qu'il est facile de reconnaître le point où elle a commencé à déposer ses produits.

En effet, que l'on s'avance sur les sommets escarpés des grandes chaînes de montagnes, bientôt les débris d'animaux marins deviendront plus rares et disparaîtront tout à fait. On arrivera enfin à des couches ne contenant plus de vestiges d'êtres vivants. Cependant elles montreront, par la manière dont elles s'enfoncent obliquement sous les couches coquillières, quelles ont été formées avant elles, que leurs sommets étaient déjà sortis des eaux quand les couches coquillières se sont formées.

r— Des différentes couches que présente Vé- 'corce de la terre. La couche superficielle, dans les vallées, porte le nom d altuvium; formée par les dépôts des torrents et des fleuves, elle ne contient que des ossements d'animaux du pays. Au-dessous Se trouve la couche appelée diluvium. Elle est formée dB bancs de limon et de sables argileux, mêlés de cailloux roulés et remplis d'ossements d'animaux terrestres, en grande partie inconnus. Entre le diluvium et la couche de craie se trouvent des terrains alternativement remplis de produits de l'eau douce et de l'eau salée. On y trouve d'abord des marnes et des pierres meulières remplies de coquilles d'eau douce, semblables à celles de nos marais et étangs; puis des marnes, des grès, des calcaires, dont les coquilles sont marines; plus profondément encore , des terrains d eau douce, où se rencontrent des genres entiers d'ani-maux terrestres aujourd'hui disparus ; puis encore une couche entière de pierres calcaires, où l'on a recueilli déjà plus de huit cents espèces de coquilles marines inconnues dans nos mers actuelles; enfin, une dernière couche de terre formée dans l'eau douce, où l'on ne trouve, outre les coquilles, que des os de reptiles, des carapaces de tortues, mais pas de traces de mammifères.

Ce terrain d'eau douce, le plus ancien qui ait été reconnu dans les environs de Paris et qui porte tous les terrains de formation plus récente , repose lui-même sur un banc de craie d'une grande épaisseur.

Les révolutions pariieiles qui eurent lieu entre les époques de formation du diluvium et de la couche de craie paraissent s'être produites à des intervalles peu éloignés, car les dépôts dont elles ont interrompu la formation ne présentent nulle part ni beaucoup d'épaisseur ni beaucoup de solidité.

La craie ne contient que des produits marins, parmi lesquels on rencontre encore de grandes tortues, d'immenses lézards et autres reptiles.

Sous la craie sont des sables verts, puis ferrugineux, dont les couches conservent quelques restes de lignites et de reptiles.

Au-dessous de «es sables se trouve la grande masse de couches qui composent la chaîne du Jura. Ce sont des schistes calcaires, riches en poissons et en crustacés et contenant aussi des restes de reptiles, mais singuliers par leurs formes et leurs caractères.

Au-dessous de la couche jurassique se trouvent de grandes couches de sables et de grès, offrant souvent des empreintes végétales. Ces couches de sables reposent à leur tour sur un calcaire coquillier, au-dessous duquel se trouvent des couches de schistes cuivreux, riches en débris de poissons, parmi lesquels on trouve aussi >ceux de' reptiles d'eau douce. Enfin le schiste cuivreux est porté par un grès rouge, contemporain des amas de charbons de terre, restes des premiers végétaux qui aient paru sur la terre et qui appartenaient aux genres les plus rudimentaires.

On tomba alors promptement dans les terrains dits de transition, où la nature morto commençait à s'éveiller à la vie ; des calcaires noirs, des schistes qui n'offrent que des crustacés et des coquilles de genres aujourd'hui éteints, alternant avec des restes .de terrains primitifs de marbres, de gneiss et de granits.

— De la chaleur à la surface de la terre. Lignes isothermes. Les principales causes qui font varier la température moyenne de l'air à la surface du sol sont la latitude, l'altkude, la direction habituelle des vents et la proximité des mers. La variation de la température moyenne avec la latitude est assez lente. Ainsi, en France il faut s'avancer de 185 kilomètres vers le nord pour constater un abaissement d'un degré. Au contraire, l'altitude a une grande importance : 150 mètres de différence dans les niveaux de deux stations suffisent pour produire une différence d'un degré dans la température moyenne.

Tous les vents peuvent souffler successivement dans une même contrée quelconque ; mais des obstacles peuvent abriter partiellement un pays contre les vents soufflant dans de certaines directions; ces obstacles changent la température moyenne du pays. Quant à la proximité d'une grande mer, elle a pour effet de rendre la température moins variable, en l'élevant un peu.

M. de Humboldt a nommé lignes isothermes des lignes qui passeraient par tous les points de la surface de la terre ayant la même température moyenne. Ces lignes sont assez loin d'être parallèles à l'équateur, par les raisons que nous venons de dire; mais, à la surface des mers, elles Se rapprochent sensiblement du parallélisme.

— Magnétisme terrestre. La terre agit sur les aimants naturels ou artificiels comme agirait un gros aimant ayant ses pôles voisins des pôles astronomiques, et c'est d'abord ainsi qu'on l'a considérée dans ses rapports avec le magnétisme ; mais, depuis les découvertes d'Ampère, on l'assimile, ce qui est plus simple et plus naturel, à un immense solénoïde, parcouru incessamment par une infinité do courants à peu près parallèles et dirigés de l'est vers l'ouest. Les causes qui pourraient produire ces courants sont très-nombreuses, puisqu'on sait qu'il n'est pas de phénomène chimique on même simplement physique qui ne soit accompagné d'un développement d'électricité. Mais parmi toutes ces causes, une au moins peut être assignée en toute sûreté : c'est l'action calorifique du soleil. Le soleil marche de l'est à l'ouest; il détermine donc un échauffement qui se propage dans ce sens, et le courant thermique qu'il produit doit nécessairement faire naître un courant électrique, comme le montrent si clairement les expériences de M. Melloni.

La terre produit habituellement sur l'aiguille aimantés deux effets distincts, inclinaison et déclinaison, parce que cette aiguille n'est pas à la même distance des deux pôles du solénoïde terrestre. On nomme équateur magnétique le lieu des points de la surface du globe pour lesquels il n'y a point d'inclinaison. Cette ligne, sans être d'une régularité parfaite, s'éloigne peu d'un grand cercle de la sphère. Elle coupe l'équateur, près de l'Ile San-Tomé, par 3" 20' de longitude orientale, et en un autre point presque diamétralement opposé. Son plan fait un angle de 10° environ avec celui de l'équateur.

On nomme méridien magnétique le lieu des points de la surface de la terre pour lesquels la direction que prend l'aiguille aimantée est la même.

Ni l'équateur ni les méridiens magnétiques ne sont fixes. Ainsi, quand on a commencé à observer à Paris l'aiguille de déclinaison, son extrémité nord était dirigée à l'est du méridien astronomique; la déclinaison orientalo a ensuite peu à peu diminué; elle est devenue nulle en 1663 , puis elle a changé de signe et a augmenté jusqu'en 1825. Elle parait diminuer maintenant.

Ce n'est pas, au reste, seulement d'année en année que la déclinaison change ; elle subit des variations continuelles, suivant les saisons et les heures du jour; enfin , ella éprouve des changements brusques, accidentels,, lors, par exemple, des aurores boréales.

— Agric. Terres arables. On désigne sous le nom de terre arable, terre végétale ou sol la couche terrestre superficielle'qui est propre à la culture des plantes. Les sols arables sont des mélanges de substances minérales pulvérulentes et de matières organiques en décomposition. La terre n'est donc pas formée d'une substance une, comme le croyaient les anciens. Ce n'est pas un élément; elle se compose d'un grand nombre d'éléments ou corps simples, formant entre eux des combinaisons chimiques très-variables. Il n'est personne qui ne se soit rendu compte do cette diversité de matières. Ici, en effet, nous aurons des terrains compacte*, présentant une grande résistance aux instruments de culture, formant avec l'eau une pâte liante; là, des terrains légers, se laissant rapidement traverser par l'eau de pluie, et nous en conclurons qu'il ne peut y avoir aucune identité de composition entre ces deux sols. Dans bien des cas, cependant, la seule inspection du sol ne nous suffira pas, et deux sols peuvent être composés d'éléments complètement différents sans qu'il soit possible de nous en rendre compte à première vue. C'est à l'analyse chimique que nous serons forcés d'avoir recours; elle nous apprendra quels sont les éléments constitutifs du terrain que nous cultivons, sous quelles formes ils s'y trouvent et dans quelles proportions ils y sont combinés les uns aux autres. Ne croyons pas que cette étude soit purement spéculative, c'est le préliminaire indispensable de toute bonne culture. En effet, la composition chimique du sol nous servira constamment de guide dans le choix des produits que nous devrons demander à la (erre; enfin, nous pourrons modifier sa constitution intime en lui mélangeant les éléments dont elle peut être privée.

Tout d'abord on peut se demander comment s'est formée cette couche labourable, et, sans entier dans des considérations géologiques qui ne sauraient trouver leur place ici, nous voulons, en dire quelques mots. Quand on creuse un point quelconque de la surface de la terre, on est certain, après avoir pénétré

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à une profondeur plus ou moins grande, d'atteindre la limite formée par des roches solides de nature variable, mais toujours compactes ou cristallines ; qu'on fusse cette expérience au sommet des plus hautes montagnes ou au fond des vallées les plus profondes, on arrivera ou même résultat. I) n'y a donc pas homogénéité dans la niasse principale de la terre; il nJy a pas cohésion entre la surface et les parties intérieures du globe; pour expliquer ce fait, il faut remonter à l'époque des grandes révolutions terrestres. On sait que la terre, autrefois incandescente, s est refroidie peu à peu ; ses éléments, divisés d'abord, se sont combinés et ont produit des corps cristallisés de nature variable. Ces roches, à peine constituées, ont été attaquées cl détruites, sous l'influence de l'air et de l'eau devenue liquide. Ces agents ont joué un double rôle; en effet, l'eau tantôt s'est infiltrée dans les masses compactes, et, venant à s'y congeler, a produit des fentes et des crevasses ; tantôt, c est comme dissolvant que, chargée d'acide carbonique, elle a pu attaquer les silicates, dissoudre les oxydes métalliques. L'air, outre son action mécanique, a été le grand agent d'oxydation; c'est ainsi qu'une roche a pu se décomposer, se transformer en tene végétale. Nous venons de considérer le cas le plus simple, celui où nous trouvons dans le sol les mêmes éléments que dans le sous-sol; il n'en est pas toujours ainsi; souvent, en elfet, et particulièrement dans l'Europe occidentale, nous ne trouverons aucune relation de composition filtre la terre végétale et son support. Pour nous rendre compte de ce phénomène, il faut nous reporter à l'époque dont nous parlions , tout à 1 heure et qui a reçu le nom d'époque ptutonienne. L'immensité des lacs et des mers produisait des pluies torrentielles; les gaz, exerçant sur la mince paroi qui les renfermait une pression énorme, occasionnaient au soin des niasses liquides des boursouflements fréquents; on conçoit que, sous l'influence D'actions mécaniques dont nous ne pouvons i as avoir l'idée, dans les conditions extraordinaires qui résultaient du contact alternatif do masses en ignition et de masses refroidies, aient dû s'effectuer des décompositions que nous ne pouvons plus réaliser aujourd'hui. Entraînés par les pluies et les vents, les différents produits de la désagrégation se sont mélangés, puis, en raison de leur densité ou de leur solubilité, sont venus se déposer à des distances plus ou moins grandes des roches dont ils provenaient. La végétation, de son côté, a beaucoup contribué à la production des terres arables. Les premières plantes ont permis, par leur décomposition, à des végétaux plus parfaits de s'y dévelop-. per. Le grand travail de formation de couches arables s'exécute encore sous nos yeux ; sous l'influence des vents et des pluies, le niveau des vallées s'élève aux dépens de la terre des collines; enlin, l'homme a profondément modifié la composition des sols primitifs, soit par les grands travaux qu'il a exécutés à la surface du globe, soit par l'action directe de la culture.

Avant de faire connaître la classification des différents sols arables, il faut faire remarquer qu'on y rencontre en fait de substances minérales : la silice, l'alumine, la chaux, la magnésie, la potasse, la soude, les oxydes de fer et de magnésie, les acides phosplioriqne, sulfurique et carbonique et le chlore. A ces principes yient se joindre l'humus, qui constitue la partie organique du sol. Chacun tait que la terre arable n'a pas partout la même profondeur; les agronomes ont divUé les différents sols en :

Profondeur.

Sol superficiel .... 0,10 à 0,13

Sol moyen 0,16 à 0,18

Sol profond 0,24 à 0,27

Tout ce qui est au-dessous du sol arable

Erend le nom de soustsol ; le sous-sol est donc i roche minérale dont la surface a été peu à peu convertie en ter^e arable ; pour certains agronomes, le sous-sol est la couche minérale dont la composition diffère complètement des couches meubles. Voici Ja classification qu'a proposée M. de Gasparin :

Sol actif. ....... Mêlé de terreau, cultivé.

Sol inerte ■ De même nature minérale que le précédent, non attaqué par le labour.

Sous-sol De composition minérale différente des précédents.

Couche imperméable. D'une profondeur variable, composée le plus souvent d'argile.

11 est très-important pour un cultivateur de connaître la nature et la composition du sous-sol; dans beaucoup de cas on pourra, en augmentant la profondeur du labour, accroître la quantité de terre végétale; souvent, en effet, ce qu'on croit être le sous-sol n'est autre chose que la terre labourable ellemême, trop fortement agglutinée pour être entamée par les instruments de culture ordinaires. Souvent aussi, le sous-sol diffère dans sa composition du sol arable et peut lui être mélangé avec avantage. Enfui, si ce

sous -sol est formé de terre glaise, on devra avoir recours au drainage; c'est ainsi que nous pourrions citer une ferme du département de Seine-et-Marne, qu'un propriétaire intelligent avait fait drainer totalement; cependant la ferme était située sur un plateau

TERR

élevé, et rien ne pouvait y faire supposer au | premier abord la présence de l'eau. i

• MM. Girardin et Du Breuil, dans leur ex- ' cellent Traité d'agriculture, ont divisé en cinq grandes classes les différentes espèces de terres cultivables; ce sont :

îo Sols argileux

Sol d'argile pure.

— argilo-ferrugineux.

— argilo-calcaire.

~ -gilo-sableux. | ^ {^mm ^ ^^

' Sol de sable pur.

i — sablo-argileux, loams inconsistants.

2fl Sois sahle„x l ~ °,uartzeux> graveleux et granitique.

*v aoissaoïeux ^ voican,qUe,

— sablo-argilo-ferrufpneux.

— sablo-humifère, terres de bruyéro.

3° Sols calcaires . , 4° Sols magnésiens.

50 Sols humifères.

' Sable culcaire.

| Sol crayeux.

I — tuffier.

, — marneux.

Terrains tourbeux.

— marécageux.

Les sols argileux se distinguent par leur consistance, leur propriété de happer a la langue et leur coloration brune, jaune ou rouge. D'une saveur et d une odeur caractéristiques, ils adhèrent fortement aux instruments aratoires, et le labour les partage seulement en grosses mottes consistantes qui su prêtent peu à l'ensemencement. Les labours profonds, l'action énergique des rouleaux et des extirpaieurs leur conviennent parfaitement On doit leur fournir des engrais longs qui divisent la terre; on a également obtenu d'excellents résultats en enfouissant les récoltes en vert. Lorsque les sols argileux contiennent une assez grande quantité de fer, ils sont colorés en noir, en rouge ou en jaune ; une légère calcinalion leur fait prendre une teinte rouge de peroxyde de fer. Dans les sols argilo-sablouneux, l'argile se trouve en plus forte proportion que le sable -, parmi eux, les terres fortes conviennent aux arbres, surtout à ceux qui donnent des bois blancs, tandis que les terres franches qui contiennent du calcaire, et quelquefois en assez forte proportion , sont très - fertiles. Quant aux sols argilo-calcaires, leur composition est éminemment variable; d'une très-grande fertilité lorsque la proportion de calcaire ne dépasse pas 30 pour 100, ils deviennent de plus en plus difficiles a cultiver lorsque la quantité de calcaire dépasse la moitié de leur poids. Les terres argilo-calcaires doivent souvent être drainées ; on y cultive avec succès les prairies naturelles.

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