‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 220 sur 1059 · Section de l'Observatoire. N'a pas | changé de nom · texte numérisé non relu

Section de l'Observatoire. N'a pas | changé de nom

47. Section du Jardin-des-Plantes jusqu'en 1792, des Sans-Culottes en 1793; elle reprit son premier nom l'année suivante.

48. Section des Gobelins, puis du Finistère de 1793 à 1813; enfin quartier Saint-Marcel.

SECTIONNAIRE s. m. (sè-ksi-o-nè-re — rad. section), liisi. Garde national appartenant à une section : Une légion de sëction-

NAIRES.

SECTIONNE!., ELLE adj. (sè-ksi-o-nèl, è-le

— rad. section). Qui a rapport à une section.

SECTIONNEMENT s. m. (sè-ksi-o-ne-man

— rad. sectionner). Action de sectionner, de diviser par sections.

SECTIONNER v. a ou. tr. (sè-ksi-o-né — rad. section). Diviser par sections.

SÉCULAIRE adj. (sé-ku^lè-re — lat. sxcutuns; de ssculum, siècle). Qui se fait de siècle en siècle, de cent ans en cent ans : Fête séculaire. Jubilé séculaire.

— Qui est âgé d'un ou de plusieurs siècles, qui vit depuis très-longtemps : Un chêne séculaire.

SÉCU

La foudre, en sa colère.

Frappe des hauts rochers la cime sécvlaire.

Baour-lormian.

Combien de fois la terre & changé d'habitants! Combien ont disparu d'empires florissants, Depuis que ce géant, du pied de la bruyère, A porté dans les cieux sa tête séculaire!

Castel.

Il Très-ancien : Préjugé séculaire. Erreur séculaire. Virgile nous peint le chêne dans toute la force de sa végétation et son vieux tronc, par sa durée séculaire, insultant à la fragilité des générations humaines. (DellUe.) Luther opposa à l'autorité séculaire de la papauté la souveraineté de la raison individuelle et la libre interprétation des Ecritures. (Guéroult.) La famille des idées est, de toutes tes familles séculaires, la plus noble. (E. de Gir.)

— Antiq. rom. Jeux séculaires, Jeux publics qu'on célébrait à Rume tous les cent dix ans, période qui était le siècle des Etrusques. [| Chant ou poème séculaire, Chant que 1 on faisait entendre dans la célébration des jeux séculaires.

— Astron. Variations séculaires, Variations dont les périodes embrassent plusieurs siècles.

— Chronol. Année séculaire, Celle qui terminé un siècle ; On ouvre ta porte sainte à Rome à chaque année séculaire.

— Encycl. Antiq. rom. Chant ou poème séculaire.Ctita.it un hymne chanté chez les anciens Romains, dans les fêtes qui constituaient les jeux séculaires (v. jeu). Nous possédons le chant séculaire qu'Horace composa, par ordre d'Auguste, lorsque cet empereur fit célébrer ces jeux, l'an 737 de la fondation de Rome. Le prince s'était entendu avec les quindécemvirs chargés de garder les livres sibyllins, afin que la tête tombât dans le mois de juillet, mois anniversaire de la naissance de Jules César. L'oracle consulté fut complaisant et répondit conformément au désir de l'empereur, dans des vers fabriqués, k ce que l'on croit, par le Grec Parthenius. La solennité s'accomplit avec une extrême magnificence. Le troisième jour, qui fut le plus important, un sacrifice présidé par Auguste, en qualité de souverain pontife, eut lieu dans le temple d'Apollon Palatin, et dans un appareil inusité. Vingt-sept jeunes garçons et vingt-sept jeunes filles, tous impubères et des plus nobles familles de Rouie, chantèrent l'hymne composé par Horace et qui, dit-on, est imité des vers sibyllins.

SÉCULAIRËMENT adv. (sé-cu-lè-re-man — rad. séculaire). D'une manière séculaire, de siècle en siècle : Une /2re skculairement eéie'ôrée.

SÉCULARISATION s. f. (sé-ku-la-ri-zasi-on — rad. séculariser). Action de séculariser : La sécularisation d'un religieux , d'une communauté, d'un cltapitre, d'un bénéfice. Bulle de sécularisation.

— Transformation d'une propriété ecclésiastique en propriété laïque : Le traité de Lunévitle avait posé Je principe de la sécularisation des Etats ecclésiastiques. (Thiers.)

Il Transfert des mains du clergé à celles des laïques : La sécularisation de l'éducation a été un des trois ou quatre grands mots d'ordre depuis cinquante ans. (Dupauloup.)

— Encycl. Lorsqu'au xvie siècle la Réforme éclata en Allemagne et que Luther rappela au clergé la pauvreté primitive, l'Eglise possédait, en Allemagne particulièrement, un très-grand nombre de domaines; elle avait à la fois l'autorité politique et la propriété territoriale. Le clergé allemand était alors le plus riche de l'époque ; le Rhin, appelé la route du grand vilktge sacerdotal, appartenait presque tout entier à l'Eglise pur les évêchés et archevêchés de Coire, Constance, Bàle, Strasbourg, Mayenee et Cologne. On lui reprochait ce qu'on nomma aussi sa sécularisation, c'est-à-dire l'intervention incessante de l'autorité spirituelle dans les intérêts temporels et séculiers. L» voix de Luther ébranla profondément l'Allemagne ; beaucoup de princes se déclarèrent pour la Réforme ; Frédéric V, électeur de Saxe, laissait Luther organiser son Eglise dans son Etat; le landgrave de Hesse,- le jeune Philippe, «l'Achille de la Réforme, « les ducs de Brunswick et de Luxembourg faisaient de même. Ce qu'il y avait de plus grave et de plus dangereux pour le catholicisme, c'étaient précisément les sécularisations. De nombreux èvêques et abbés se convertissaient au protestantisme, mais ils gardaient leurs évêchés, leurs abbayes, leurs bénéfices, qui devenaient de simples propriétés temporelles. La plus importante de ces sécularisations fut celle qui fut faite en 1525 par Albert le Russe , grand maître de l'ordre Teutonique. Abandonné par Charles-Quint et l'Allemagne dans sa lutte contre la Pologne, il vit Luther à Wittemberg et emmena avec lui un de ses disciples, Oliander. Il jeta le manteau de l'ordre religieux, se fit laïque, épousa une princesse de Danemark et ajouta un nouvel Etat aux Etats réformés. Après la sortie des moines et des nonnes, les biens des couvents étaient sécularisés. Ces séculaiisniioiis menaçaient de rompre l'équilibre politique qui avait existé jusqu'alors entre les princes laïques et les princes ecclésiastiques, et de faire changer le caractère du saint-empire romain germanique. Aussi la dicte de Spire, en 1529,

SECU

essaya de défendre de nouvelles sécularisations. En 1555, la paix d'Aiigsbourg,par le réservât ecclésiastique, établit qu'il n'y aurait plus de sécularisation. S'il arrivait que quelque prélat, possesseur de domaines, voulût se faire protestant, il serait libre de sa personne, mais abandonnerait ses domaines.

Cette condition ne pouvait guère être observée; elle ne l'était pas si, dans un évêehè ou une abbaye, les chanoines élisaient un évêque ou un abbé protestant. C'est, en effet, ce qui arriva, notamment en 1581, quand le chapitre de l'archevêché de Cologne élut Gebhard Truchsen,qui se convertit au protestantisme ; c'était une infraction très-grave à la paix d'Augsbourg, car elle changeait la majorité dans la diète électorale. Le parti catholique parvint à l'empêcher par les armes. Les sécularisations furent une des causes de la guerre de Trente ans.

SÉCULARISER v. n. ou tr. (sé-ku-la-ri-zé — rad. sëcuiier). Rendre séculier : Séculariser un chapitre, un bénéfice, un monastère. Séculariser des moines. Le pape offrit à Pétrarque de te séculariser, afin qu'il pût épouser Laure. (Chateaub.) Le célibat des prêtres n'est pas un dogme de la foi, puisque le pape conserve le droit de séculariser les prêtres, c'est-à-dire de les rejeter dans le siècle en brisant te vœu de chasteté, et que tous les droits du pape s'arrêtent devant les dogmes de la foi. (A. Martin.)

— Transférer des mains du clergé en celles des laïques : Napoléon sécularise l'enseignement, maispours en emparer. (Ed. Lnboulaye.) La Révolution a tout sécularisé. (Thiers.)

— Rem. Ce mot a été employé pour la première fois dans le cours des négociations du traité de Westphalie, par les plénipotentiaires français.

SÉCULARITÉ's. f. (sé-ku-la-ri-té — rad. séculier). Etat de séculier : Demander la SK- CULARITÉ d'un chapitre régulier.

— Juridiction séculière d'une église, pour le temporel qui en dépend : Le siège de la sécularité de telle église. (Acad.)

SÉCULIER, 1ÈRE adj. (sé-ku-lié, iè-re — lat. seecularis; de sxcutum, siècle). Qui vit dans le siècle, dans le monde; qui n'a pas fait des vœux monastiques : Vie séculière. Etat séculier. Prêtres séculiers. Clergé séculier. Bénéfice séculier. (Acad.) Quelques politiques, soit sÉuuLiims, soit réguliers, veulent toujours troubler le monde. (Volt.)

— Laïque, temporel : rriôtuinux séculiers. Juridiction séculière, La juridiction séculière ne laissait presque rien à faire à la spirituelle. (Fléeh.)

— Bras séculier, Puissance de la justice laïque temporelle : Cet ecclésiastique fut livré au BRAS SÉCULIER. Pour ne pas verser le sang, les tribunaux ecclésiastiques livraient les hérétiques au BRAS séculier.

— Mondain : Une vie séculière et nullement chrétienne. (Acad.) Comme si la grâce pouvait entrer dans une âme remplie de désirs séculiers I (Eléch.)

— Hist. relig. Moines séculiers, Nom donné quelquefois aux chevaliers des ordres militaires.

— Substantiv. Laïque : C'est un séculier. Des choses qui ne sont pas messéantes à un séculier te seraient à un ecclésiastique. Dans ce monastère, on a fait un bâtiment pour les religieux et un autre pour les séculiers. (Acad.)

SÉCUL1ÈREMENT adv. (sé-ku-Iiè-re-man — rad. séculier). D'une manière séculière, en séculier : Vivre séculiêrement.

SECUNDO adv. (se-kon-do — mot lat.). Secondement, en deuxième lieu; il s'emploie pour désigner le deuxième article d'une série qu'on a commencé à compter par primo, et s'écrit souvent : 2°.

Secundrah-Bagh (ou jardin de Secundrah), magnifique jardin situé à 5 railles d'Agra, chef-lieu des provinces nord-ouest de l'Inde anglaise, et au centre duquel se trouve le fameux mausolée d'Akbur. Le Secmdrah-Bagh est un jardin carré, entouré d'une enceinte et ouvrant par quatre portes monumentales formant pavillon. Chacune de ces portes est un édifice considérable à plusieurs étages avec chambres prenant jour, par des fenêtres et des balcons mauresques, sur une grande et haute salle voûtée qui rappelle, ep grand et en très-beau, ta disposition intérieure de Ja Torre de las Iufantas dans l'enceinte de l'Alhambra. Ces entrées monumentales sont surmontées de deux tours ou minarets de marbre b.unc, dont les sommets ont été abattus par les boulets d'anciens envahisseurs qui les avaient pris pour point de mire. De ces quatre portes-pavillons, d'environ 20 mètres de hauteur, partent quatre allées, pavées en grandes dalles, aboutissant chacune au bas et au milieu de chacun des quatre côtés de la grande plate-forme centrale et carrée qui sert de base au mausolée d'Akbar. Les espaces réguliers de l'enclos, entre les quatre allées et le mur d'enceinte, sont plantés en palmiers, en bananiers, en orangers, etc.; des bassins et des fontaines y distribuent l'eau en abondance; quant au mausolée lui-même, il se compose de (rois ou quatre terrasses superposées, hérissées de petits pavillons, à colounettes et à coupoles, dont l'ensemble, d'un goût peut-être incor-

SEDA

rect, n'en est pas moins très-original. La grande terrasse sur laquelle s'élève le m-iu- Sulé ■ est en pierre bhmrh ■ ; pour le mausolée, il est tout en grès rouge, sauf la partie supérieure, qui est en marbre blanc. Ce b -an monument renferme d'admirables détails. Il est terminé pHr une enceinte carrée ;i ciel ouvert, an centra de huiueim se trouve le sarcophage. C'est un bloc massif rie marbre blanc, milié en forme île cercueil et couvert de caractères arabes tiiienient sculptés en relief. Les quaïre-viugt-dix-iieuf appellations de Dieu y sont gravées en petiis cartouches [ ronds; elles sont également répétées sur les ■ parois inférieures dé l'enceinte. M lis co sarcophage ne fuit que figurer la tombe d'Akbar. La dépouille mûrie. le de l'empereur repose réellement dans un autre sarcophage plus modeste, dans une vaste et belle rotonde intérieure, à voûte élevée, où le jour pénètre à peine. Cette salle est entourée d'une muraille de marbre découpée à jour en festons, en rosaces, en Heurs, en ornements exquis, dont la perfection ne le cède qu'au merveilleux travail de la grille de inarbre du Taj. Ce magnifique mausolée, l'un des plus splendides spéo.meiis de l'art indo-musulman, fut élevé à l'empereur Akbar par son fils, l'empereur Djuhan-Gutr.

SÉCURIDACA s. m.(se-ku-ri-da-ka). But.

Nom impropre donné par les jardiniers à la coronille, qu'ils confondent avec le sécurida- ■ que.

SÉCURIDAQUE s. m. (sé-ku-ri-da-ke). Bot.

Genre d'urbres et d'arbustes grimpants, delà fain.lle des polygalées, comprenant une trentaine d'espèces, qui croissent presque toutes dans l'Amérique tropicale. Il Syn. de bonavérib, genre de légumineuses. 1) On trouve quelquefois ce nom employé, comme féminin.

SÉCUR1FÈRE adj. (sé-ku-ri-fè-re — du lat. securù, liaclie ; fero, je porte). Zool. Qui porte uu organe eu forme de hache.

— s. m. pi. Famille d'insectes hyménoptères.

SÉCORIFÛRME adj. (sé-ku-ri-for-me — du lat. securis, hache, et de forme). Hist. nat. Qui a la forme d'une hache.

SÉCURIGÈRE adj. (sè-ku-ri-jè-re — du isu. aucuns, hache; yero, je porte). Hist. nat. Qui porte uu organe, un appendice en forme de hache.

— s. f. Bot. Syn. de bonavérib, genre de légumineuses.

SÉCUHINÉGA s. in. (sé-ku-ri-né-ga). Bot.

Genre d'arbres de la famille des euphoi biacees, tribu des buxées, comprenant plusieurs espèces, qui croissent aux lies de France et de la ité'iiiion. il Syn. de lithoxylon, genre d'arbres de Taïu.

SECURIPALPE adj. (sé-ku-ri-pal-pe — du lat. securis, hache, et de palpe). Entom. Qui a les palpes eu tonne de hache.

— s. m. pi. Tribu d'insectes coléoptères, de la famille des sténélytres, caractérisée par des palpes eu forme (Te hache.

SÉCURITÉ s. L (sé-ku-ri-té — lat. securitas; de securus, sûi). Confiance, tranquillité d'esprit qui résulte de la pensée qu'on a qu'il n'y a pas à craindre de danger : L'industrie a besoin de sécuhité. (Acad.) Je prévoix que te moi sÉccRi'iH sera un jour fort en usage. (Vuugel.) Lu sécurité est la récompense de la druiture et de l' innocence. (Boss.> Le criminel peut être en sûreté, jamais eu sécurité ; sa conscience te poursuit partout. (Belouiuo.) L'enfance jouit île tu vie avre abandon et avec une sécurité admirable. (P. Jauet.) La confiance trompée ne reprend jamais la SliCURlTÉ première. (Latena.) De tous les prétextes de lutine, lu religion est celui auquel on s'abandonne avec le plus de sécurité-, (Renan.) Cette sécurité, dans laquelle ou s'endort,

Rend les esprits trop mous

Ronsard.

Il Etat de tranquillité résultant de l'absence réelle de danger : Il n'est aucune institution dont le but véritable ne soit et ne doive être la sécurité de tous. (Guizot.) Ce n'e*t pas être libre que de ne pas jouir de la sécurité du foyer. (J. Simon.) Le travail seul peut conso- Huer la kécuritr, la dignité, la liberté. (J. Simon.) Lu libellé individuelle, c'est cette liber, é necessuire qui assure la siiculuiK de chaque ciltiyfn. (E, picard.)

— Mis./eci.'les. Quittance ou décharge générale que le pape uelivrait au procureur ou receveur gênerai du saiut- siège lorsque l'administration de ce fonctionnaire était unie.

— Rem. Ce mot a été faussement attribué a M..lherbe; il est plus ancien que lui. Toutefois, I exemple emprunté à Vaugelas monïre que, du temps de ce grammairien, le mot n'était pas encore d'un usage universel.

SÉCUTEUR s. m. (sé-cu-leur — lat. reculer; ue seuut, suivre, parce que les sécateurs suivaient les rétiaires). Autiq. rom. Gladiateur armé d'une épèe, qui Se battait contre les léuaires. il Gladiateur qui prenait la place d'un autre gladiateur tué ou vaincu.

BEDAINE (Michel- Je in), auteur dramatique fraudais, né à fa ris en 1719, mort dans la même ville en 1797. Il avait pour père un architecte qui, ayant subi des revers ue fortune, dut aller se réfugier avec sa famille en Berry, et obtint dans ce pays une direction

SEDA

de forges. Après la mort de son père, Sedaine revint à Pans et, pour vivre et faire vivre les siens, il se fit tailleur de pierre. La pénurie où il se trouvait, loin de rabattre, lui doun;i du courage et il consacrait ses heures de repos, ses ra.es loisirs à l'élude et à la lecture. Manquant des premiers éléments de l'iusiruciinn, il semait lu nécessité de cnmbler cette fâcheuse lacune. Un jour son patron, l'architecte Buron, aïeul du célèbre David, le surprit un livre à la main ; il l'interrogea curieusement, constata la vivacité de son intelligence et se sentit pris de sympathie pour lui ; il le chargea de travaux un peu plus relevés et, pnr la suite, l'associa à ses entreprises. Sedaine se montra reconnaistant et paya sa dette en élevant comme son propre enfant le petit-fils de Buron. Délivré : des soucis matériels de l'existence, Sedaine < se lia avec des gens de lettres et composa d'abord des chansons, où le sel, la verve, l'esprit, le comique ne manquaient pas. Sa , Tentation de saint Antoine a servi de modèle , à Desaugiers, et VEpilre à mon habit, morceau devenu en quelque sorte classique, fi- \ gure dans la plupart des recueils rhoisis. Cette pièce de vers commença la réputation de Sedaine et lui valut l'amitié et la protection de Lecumte, ancien magistrat, qui logea le poète dans sa maison et le traita comme un ami.

En 1752, Sedaine lança un volume de Poésies fugitives (Paris, in-12; réinip. en 1760), puis il donna à l'Opéra-Coinique, en 1756, le Diable à quatre, pièce empruntée au théâtre anglais. La musique de Philidor et le livret obtinrent, du succès'. La petite comédie d'Anacréon n'eut pas la même chance au Théâtre- Italien, mais Sedaine se releva par le joli opéra de Utilise le savetier (1759), et, dès ce moment, comme collaborateur ordinaire du compositeur Moiisigny, il prit confiance en sou talent et donna successivement: Vtiuitre et les plaideurs (1759); les Troqueurs dupés (1760); le Jardinier et son seigneur (176 1) ; On ne s'avise jumuis de tout (même année); le llui et te fermier (1762), emprunté au théâtre anglais, enfin /(use et Cotas (1764), qui fut un nouble triomphe et mu le sceau à lu réputation du librettiste et du musicien. a Tous ces ouvrages et spécialement les derniers, dit M. Victor Fournel, peuvent faire considérer Sedaine comme un Ue ceux qui out le plus contribue à donner à notre opéra-comique le caractère et la forme qu'il a gardés jusqu'à ces derniers temps. » Aujourd'hui on cherche des effets nouveaux, des situations plus tendues, une plus grande richesse de mise en scène, mais la sensibilité, la naïveté, la bonliom.e fine et le naturel du vieux Sedaine avaient bien leur prix.

La complète réussite de ses opéras-comiques engagea le poète populaire à s'élever jusqu'à ia Comédie •Française. Les deux pièces qu'il y donna ont pu se maintenir au répertoire, et ce sont incontestablement les chefs-d'œuvre de Sedaine; ce sont : lePhilasupUe sans le savoir (1765) et la Gageure imprévue (1768). Avant de faire représenter la pieiuière il voulut avoir l'avis de Diderot, qui, la lecture faite, se jeta dans ses bras et lui dit avec cette véhémence de sentiment qui lui était naturelle : • Ah I mon ami, si tu n'étais pus si vieux je te donnerais ma fille 1 • Pourtant cette comédie ue plut pas ou ue fut point comprise aux premières représentatifs, mais par la suite elle obtint une vogue qui fit époque dans les annales du Théàtre- FimiÇais. Tout autre que le bonhuninie Sedaine eût probablement abandonne la scène relativement modeste de l'Opéra-Coinique ; mais lui il testa fidèle au théâtre de ses premiers succès. Il y donna encore, entre autres pièces, ie Léserteur (1769), un des chefsd'œuvre de Munsigay, et écrivit même pour l'Opéra les livrets o' Aline, reine de Uolconde, et d'Amphitryon. Sedaine régnait donc, on peut le un e, sur les trois principaux théâtres de Paris, où il ne rencontrait aucun rival. Toutefois, il eut aussi ses petits mécomptes : sa tragédie en prose de Maillard ou faris sauvé ne fut point représentée, bien que ce soit une œuvre remarquable, et la pièce qu'il avait composée pour Catherine 11, de Russie, sur les intrigues de cour, fut écartée du théâtre par les courtisans.

En 1785, après avoir donné Guillaume Tell et Iticltard Cwur de Lion, avec Lretry, Sedaine, qui était déjà membre de l'Académie d'architecture, vil s'ouvrir pour lui les portes de l'Académie française, où il occupa le fauteuil de Wateiet. La Révolution , eu portant l'attenuon publique sur des sujets plus sérieux que les œuvres de Seuaiue , le ruina, et le priva de la place qui lui était la plus chère, celle d'académicien. Il vécut jusqu'à l'âge ue soixante-dix-buii ans; mais les infirmités vinrent avec la vieillesse. Il tomba gravement malade et sa mort ayant été faussement annoncée, les journaux retentirent d'éloges en sou honneur. 11 s'éteignit entre les bras de sa femme et de ses entants (uu fils et deux filles), auxquels il ne laissait guère que sou nom pour fortune.

Il était ■ simple, honnête, modeste, avec quelque vivacité de caractère, et il avait conscience de sa valeur.

Finissons par deux anecdotes qui peignent l'esprit de Sedaine. Voltaire Sortant d'une séance académique, où certains plagiats l'avaient fraj pe, uvise l'auteur de la Gageure

SEDA

et lui crie : « Ah I monsieur Sedaine, c'est vous qui ne prenez rien à personne ! — Aussi ne suis-je pas riche I • répliqua l'écrivain interpellé. Lors de la création de l'Institut (1796), Sedaine fut oublié. Cet ostracisme injuste lui f.t très-sensible, et on lui prête cette parole : ■ lis disent que je ne suis pas le français, et moi je dis qu'il n'y en a pas un là qui put faire Bose et Colas. • Les vers de Sedaine sont souvent très-négltg'S, psiri.« qu'il croyait cette familiarité fuvurab'.e à la musique et compatible avec le naturel qu'exige l'opéra-coui°u|Ue, .

Ajoutons à la liste déjà donnée des ouvrages de Sedaine : V Anneau perdu et retrouvé, les Sabots (1768); Thémire, le Faucon, le Magnifique, les Femmes vengées, le Mort marie, Félix, Aur.assin et Nicolette {\'S0);2'liulie au nouveau théâtre, le Comte d'Albrel, la Suite j du comte d'Albrel, Jtaoul Barbe-Bleue, le I Vaudeville , poëme didactique en quatre j chants (Paris, 1750, in-8u). On possède une ! édition des Œuvres choisies de Sedaine, précédée d'une notice biographique (Paris, 1813, 3 vol. in- 18).

SEDAN s. m. (se -dan — nom géogr.).

Connu. Sorte de drap fin qui se fabrique à Sedan : Un habit de skdaN. Un beau sudan.

SEDAN, ville de France (Ardennes), cheflicu d'an ond. et de deux caut., sur la Meuse, à 22 kilom. S.-E. de Mézières; pop. aggl., 13.501 hab.— pop, tôt., 14,345 hab. L'arroud, comprend 5 cant., 82 connu, et 69,305 hab. Tribunaux de première instance et de commerce, deux justices de paix ; collège communal; bibliothèque publique. Très-importantes manufactures de draps, occupant environ 6,000 ouvriers, tant dans la ville qu'aux environs; fabrication de projectiles, enclumes, ouvrages eu tôle, cardes, fonte moulée; tanneries; commerce considérable de laines.

Sedan est une ville très-uréguliere, d'un aspect sombre et triste, bâtie sur un terrain inégal; ses rues sont généralement larges, propres et bordées de belles maisons en pierre couvertes d'ardoise ; elle est entourée de fortifications et de fossés, dont une partie est baignée par la Meuse. Le château fort, placé au S.-E. de la ville, est dans une position très-élevée. L'insuffisance de ses fortiti.-ations, démontrée lors de la désastreuse bataille du lo* septembre 1870, a décidé le génie militaire à faire déclasser cette place de guerre, ce qui a eu lieu en vertu d'une loi du mois d'août 1875. Sedan compte quelques éditices dignes de remarque. C'est d'abord l'église paroissiale ; elle occupe un ancien teinple protestant construit en 1593 et ufi'ecté au culte catholique après la révocation de l'édit de Nantes. L'édifice a été fort agrandi et souvent restauré; le temple ne comprenait que la nef actuelle; les autres parues remontent au siècle dernier. Le temple protestant renferme les restes.de Henri de La Tour, duc de Bouillon, de sa fa. unie et de quatre autres membres de sa famille. Le château ou citadelle est de construction récente, du moins dans sa majeure partie ; son établissement primitif remonte au xv« siècle; ii doit son nom au château que ses murs l'en fermaient jadis, ainsi qu'un pavillon où est né Turenne. L'un et l'autre ont été démolis depuis longtemps; une plaque de marbre noir, sur laquelle on lu ces mots : Ici naquit Turenne le il septembre 1611, eladosseeà une tour voisine, indique seule aujourd'hui l'emplacement du pavillon historique. Les autres établissements ou monuments de Sedan sont: le palais de justice, l'hôtel de ville, la salle de spectacle, l'hôpital militaire, bâti sur un rempart dominant de 42 moires la ville et le cours de la Meuse, l'arsenal, les casernes et plusieurs hôtels du xvuo et du xvmo siècle, bordant la rue Napoléon, la plus belle de la ville. La statue de Turenne, en bronze, s'élève sur un socle de marbre au centre d'une place qui a reçu son nom ; sur le socle se lit cette simple inscription : A Turenne. Une promenade, dite Promenoir des prêtres, s'étend entre la citadelle et la ville. En outre, un vaste champ de courses est situé aux portes de Sedan, à l'extrémité des prairies voisines. Cet hippodrome a été inauguré en 1866.

L'origine de Sedan ne parait pas remonter au delà nu xui° siècle, époque où ou voit la localité mentionnée dans une ancienne charte cumule une avuuerie, ou un hameau, dépendant des abbes de Mouzou. La tradition qui lui donne pour fondateur Sedanus, avant l'ère chrétienne, ne s'uppuie sur aucun titre. Le territoire de Sedan dut longtemps à sa situation topographique entre la France et l'Allemagne, entre l'archevêché de Reims et l'e\éché de Liège, d'être le théâtre permanent d'une guerre de frontières. Ku 12U0, un traité rendu enfin indivis entre les deux prélats les villages de Sedan et de Douzy, sans parler de quelques hameaux voisins. Eu 1289, Gérard de Jausse, gouverneur ou plutôt aouué de Sedan, ayant lègue sa charge à son neveu Guillaume, ce dernier s'affranchit de la suzeraineté des abbés de Mouzon, et le village, déjà fort agrandi, devint alors le siège d'une seigneurie indépendante que Marie de Jausse, k la mort de Guillaume, porta eu dot à Hugues de Barbançon, seigneur de Bossu. L'usurpation ne fut cependant pas de longue durée, car Charles V, dans le but de se couvrir au nord par des places fortes contre les incursions allemandes, ayant échangé avec le chapitre de Reims le bourg de Cormicy

SEDA

contre l'abbaye da Mouzon et ses dépendances, réunit sans résistance au domaine royal, en même temps que ces acquisitions nouvelles, le territoire de Sedan. Quarante ans plus tard, nous trouvons, sous Charles VI, Guillaume de Braqueniont, chambellan de ce prince, investi de la seigneurie de Sedan, à charge de rendre simplement foi et h»mina.'e. Enfin en 1424, Lodis de Hruqil'-iiioiit vendit cette seigneurie à son b«iiu-fr re, Evrard 111 de La Marck, ti^e d'une dynastie d'aventuriers célèbres. Evrard III, jugeant la situation de son nouveau domaine favorable à 1 établissement d'un poste militaire, qui le rendrait également utile ou dangereux à ses seigneurs suzerains le roi de France et l'évêque de Liège, commença aussitôt à jeter les fondations du château de Sedan, et, en peu de temps, une nombreuse population vint se grouper alentour. Ou sait que les prévisions du premier des La Marck se réalisèrent et que l'importance de sa nouvelle place valut aux membres île su tnuison d'être constitués pur 1 evèque de Liegu défenseurs et hauts avoués de Bouillon. En 1454, Jean, successeur d'Evrard, entoura Sedan de murailles; l'enceinte de la vill- embrassait alors, de l'est h l'ouest, l'espace compris aujourd'hui entre la place de la Halle et la rue du Rivage; le château formait la clôture uu nord; au sud s'étendaient des marais où dérivaient les eaux du fleuve. Avec le regue de Robert I" (l'alné de quatre frères, parmi lesquels figure le fameux Guillaume, surnommé le Sanglier des Ardennes) commence l'époque héroïque de Sedan. A la suite de guerres sanglantes, tant sous Louis XI que sous Charles VIII, la principauté de Sedan s'aHYanehit de tout lien d'obéissance ou d'hommage à l'égard des evèques de Liège. A l'aveiieuienl de Robert II, Sedan formait déjà un Etat véritable,' comprenant Florenviile, une partie de la seigneurie de Rnucourt, Fleuruuge, Jainets et Bouillon. Dés cette époque et eu dépit des gu'.rres qui auraient semblé devoir ruiner la capitale et le territoire, Sedan commençait à se faire remarquer parmi les cités les plus industrieuses et les plus prospères. Sedan et ses seigneurs demeurèrent fidèles u la h'raiice jusqu'aux guerres de religion. Sous Robert IV, la ville fut érigée en souveraineté ; la tour de Juillets fat ajoutée uu château et le lit de la rivière resserré, afin de ménager plus d'espace aux habitations. Les guerres de religion viennent, des 1555, à l'avènement à la souveraineté de Sedan de Henri- Robert de La Marck. donner k la ville une importance nouvelle et imprévue. Le nouveau prince, comprenant ce que pouvait gagner uu Etal indépendant, placé aux portes de la France, à devenir l'asile des opinions persécutées et le refuge des familles mécontentes, abjura le catholicisme avec éclat. Les réfugies protestants affluèrent aussitôt et la ville en reçut un accroissement vraiment considérable. 11 fallut tracer une nouvelle enceinte : Le Mesuil fui réuni à Sedan ; le faubourg du Rivage n'eut bientôt plus d'espace disponible; te faubourg de la Cassiae s'improvisa sur remplacement d'une vaste prairie ; celui de Dijonval fut Commence; enfin l'industrie manufacturière, importée par les reformés, établit des fabriques de faux k Givonue et des fabriques de serges à Sedan. Maïs la ville ne se borna pas a devenir un des principaux centres industriels de France ; asile -de tout ce que la Reforme comptait d'hommes instruits, lettrés, snvants, elle ue tarda pus à rivaliser avec Par.s comme milieu intellectuel. < Ueuri-Robert, dit M.Léon Fauiher, ticcueillil les savants uvec une bienveillance libérale, les admettant à sa table, leur donnant des pensions ou leur confiant des emplois qui devaient leur servir de ressource dans l'exil. Les suions du cliàteau étaient convertis en écoles de théologie, de philosophie et de jurisprudence. Du|dessis- Murnay, qui devint plus lard le conseiller et l'ami de Henri IV, echautfait les espri s de sa parole et les dirigeait avec une sagesse éprouvée. De concert avec ces illustres proscrits, Henri-Robert traça un plan d'instruction supérieure et jeta les plans ne cette académie qui, cinquante ans après, était déjà celèure en Europe et qui comptait parmi ses iiii-iuimcS les plus actifs Bayle et Jutieu. • Eu même temps, l'administration intérieure d« la ville, la justice étaient organisées sur des bases singulièrement libérales pour 1 époque. La veuve de Henri Robert, Françoise de Bourbon, pendant sa régence, commua celte sage politique, et sou fils, Guihauine-Robert, n'y faillit point; mais ce dernier eut à lutter vigoureusement contre les attaques des catholiques, dirigées par les ducs de GuUe et de Lorraine. L'ennemi , après avoir emporté Chàlons, Toul, Verdun et M>-z<ères, se jeta sur le territoire de Sedan, maltraitant le peuple, pillant les maisons et détruisant les récoltes. Guillaume-Robert de La M.uck, trop faible pour tenir lu campagne contre ses dangereux adversaires, s'euierina dans Sedan et les y brava; en outre, il parvint, par de fréquentes sorties, à surprendre plus d'une fois les catholiques et à leur faire éprouver des pertes sensibles. Un jour, entre autres, il s'aventura jusqu'à Givonue, tomba à 1 improviste sur le duc de Guise, le battit complètement et le mit en fuite; on trouva sur le champ de bataille le manteau du duc, trophée oublie par lui dans la uebâcle, et le petit bois près duquel eut lieu celle escarmouche bril-

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lante en a conservé jusqu'à nos jours le nom de Bois-Chevalier.

Jean de Lu M.irek succéda à Guillaume- Robert; mais une maladie l'emporta prématurément en 1588. Avec lui s'éteignit cette célèbre maison. Il légua en mourant la princi(.auté de Sedan a Chanotte de La Marck, sœur de Guillaume-Robert-, mineure k l'epoque de la mort de ce dernier, à .a charge par elle d'épou.-er un prince du même rang et de la même croyance. Henri IV se chargea d'exécuter celte dernière volonté en manant l'héritière des Lu Marck à Henri de La Tourd'Auvergne, vicomte de Turenne (1591). Le vicomte prit dès lors les titres de duc de Bouillon et de prince de Sedan. Apres la mort ne Charlotte, Henri IV maintint la souveraineté de Sedan à Henri de LaTour-d'Auvergne. Ce dernier récompensa son royal bienfaiteur par des conspirations, des ligues et des trahisons incessantes, qui eussent pu lui coûter cher sans l'inépuisable- clémence du Béarnais. Henri IV fut même contraint d'aller en personne mettre le siège devant lu place; il s'en rendit inai'.re en trois jours, et, devant le repentir plus ou moins sincère de son ancien compagnon devenu son ennemi, il pardonna.

Cependant, la brillante prospérité de Sedan ne se ralentissait pas. Far suite de l'exemption de tous dioiis à l'entrée de Ses produits duus le royaume, exemption accordée peu de temps après la mort de Henri IV pur la régente, Marie de Medieis, sou commerce prit un nouvel essor. En même temps, son académie, où s'étaient fixes Tillèue, Dumoulin, Bordeliius et Cuppel, et où des cours de théologie, de mathématiques, de philosophie et de droit se joignaient à l'étude des lniig.es anciennes, continuait à attirer la jeunesse protestante de tous les points de tu France et même de l'Europe. L'univeisité de Sedan, soutenue par de nombreuses dotations votées par les synodes, avait alors la même célébrité et remplissait les mêmes fonctions que de nos jours cède de Genève.

L'heure approchait pourtant où la maison de La Toiir-u'Auvergne allait lasser la paV tieuce royale. Sous le règne de Louis XIII, le successeur de Henri de Turenne, Fréuenc- Mauiiee, ne craignît pas d'entrer dans la conspiration du comte ne Soissons, puis uans Ceiie de Cinq -Mars. La main de Richelieu s'appesantit alors sur le rebelle, et le prince de Sedan et de Bouillon n'échappa à une lin ignominieuse que par la cession de ses Etats, En i642, le maréchal Faberl prit possession de la ville au nuin Ou roi, et Sedan n'a cessé depuis lors de faire partie de la France.

A l'époque de la Révolution , la ville de Sedan en accueillit les principes avec enthousiasme; mais les principaux magistrats de la ville protestèrent contre la condamnation de Louis XVI, un risque de payer cet.e protestation de leur tète. Les malheurs de 1814 et de 1815 trouvèrent Sedan à l'avuutgarde de la France, et la ville se signala par l'héroïsme ne sa défense; elle sut, uans ces moments funestes, se maintenir intacte et pure de toute faiblesse connue de toute trahison. Elle devait être moins heureuse lors de l'invasion de 1870. S dau fut alors le théâtre d'un de nos plus grands desastres, dont nous allons parler ci-apiés dans un article spécial. La ville, occupée par les Allemands le 2 septembre. 1810, ne fut évacuée par l'ennemi qne le 24 juillet 1S73.

L'iuuustiie de Sedan, et particulièrement la branche qui consiste dans la fabrication des draps fut introduite à Sedan vers la tin du xvie s.ècle par un calviniste; mais elle se borna 10 glemps k des imitations assez grossières de uraps ue Hollande et d'Espagne. La conquête de Sedan par le maréunal Fubert au prolii de la France fut véritablement le puint de départ du progrès, cruissaut sans cesse, de cette industrie. Encouragée par le gouvernement et par le maréchal, dont le premier soui, après sou occupation, avait été de se préoccuper des sources de richesse de la ville, aliu de leur donner une impulsion nouvelle, une société ue tabiicants, dans laquelle figuraient Nicolas Cadeau, Jean Biuït et Jacques de Marseille, fonda eu 1GJ6, sur un emplacement que le conseil lui concéda pour IjSuO livres et avec des matériaux fournis par ta commune, le bel établissement de Llijouval. Mais le véritable importateur de l'industrie des dra ps fut un Sedanais, Abraham CltarUron, qui se rendit dans les l-'ays-Bas, explora les manufactures, acheta les machines les plus perfectionnées, enrôla des ouvriers habiles et ramena a Sedan toute une colonie industrielle. Le succès répondit aux etl'orts du patient voyageur, et Dijouval devint, pour ainsi dire, uu jour au lendemain une des premières manufactures de France. Bientôt (l'J'jU) Colbert rendit commun k tous les établissements de Sedan .e droit de fabrication des draps lins, réservé jusque-là exclusivement au Dijouval, et la concurrence donna un essor nouveau k ceite industrie. En 1709, le duc de Clioiseul, alors ministre, s'occupa spécialement de l'industrie sedanaise et s efforça, par des privilèges et des distinctions houoriilques, d'accrouie encore l'émulation des grands fabrieanis. Les niai' sons Foupart de Neutl ze et Louis La Bauche fuient érigées eu manufactures royales et leurs chefs anoblis. Un aura une idée de leur importance quand nous aurons dit que la première occupait à elle seule 4,ouo ou-

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vricrs. Aujourd'hui, ce nombre a considérablement baissé dans les plus importantes fabriques de la ville; mais ii n'y a pas lieu de s'en étonner en songeant à quel point les nouvelles machines ont simplifié le travail en restreignant le nombre des bras.

Jusqu'en 1834, les manufactures de Sedan n'avaient guère fabriqué que des étoffes unies. Vers celte époque, elles joignirent a la production des draps celle des tissus de fantaisie, genre que l'un des premiers négociants de Sedan, M. Bonjean, a popularisé en France. La métallurgie, cette autre grande branche de l'industrie du département, a marché du même pas que la manufacture de laine; elle est représentée par une dizaine de hauts fourneaux et plusieurs usines. La situation de Sedan entre l'Allemagne, la Belgique et la France, auxquelles la relient depuis nombre d'années les lignes de chemins de fer, est désormais pour la ville une garantie certaine que son commerce ne périclitera plus.

S-dan a vu naître, outre Turenne, l'alchimiste Henri de Looz, le poète Nnvièies, le ministre protestant Drelineourt, lu musicien Hugot, l'orientaliste Josué Levasseur, le maréchal Macdonald et M. Cunin-Gridaine, ministre de l'agriculture et du commerce sous le règne de Louis-Phtiippe.

Sedan (BATAILLE ET CAPITULATION De), le

plus désastreux et le plus humiliant épisode de notre histoire nationale (1er septembre 1870). Après sa défaite à Reischsholfen (6 août) , défaite qu'il eût pu éviter peut-être en s'ussurant avec plus de soin de la force des troupes ennemies qu'il avait devant lui, le maréchal de Mac-Mahon battit en retraite sur Saverne avec les débris de son corps d'aimée (l<=r corps), au milieu du plus épouvantable désordre, abandonnant h l'ennemi cette redoutable ligne des Vosges qui ne furent pas pour lui les Thermopyles de la France. Il arriva dans cette ville le 7 au matin, et le soir les restes de son année eurent à peu près lini de le rejoindre. Ainsi, le premor acte du drame terrible qui allait se jouer se terminait pour nous par une catastrophe et par la perte de l'Alsace. Le 8 août, à minuit, le 1er corps continua sa retraite sur Sarrebourg, tandis que la division Guyot de Lospart, qui s'était admirablement comportée dans la lutte, se ralliait au 5e corps (de Failly), qui battait également en retraite. Le l5,Mae-Mahon arriva k Joinville, et le 17 il atteignit enfin le camp de Chàlons, où se rendaient de toutes parts des renforts fournis p;ir les dépôts des régiments qui formaient son corps d'armée. On sait que le comte de Palikao, alors ministre de la guerre, avait résolu de constituer à Chàlons une seconde armée distincte de celle de Metz, restée aux ordres du maréchal Bazaine ; cette seconde année devait comprendre les trois corps en retraite, ut, 5« et 7*, et un nouveau corps, le 12e, au commandement duquel était appelé le général Trochu.

Le 5e corps, commandé par le général de Failly, aide de camp de l'empereur, et dont la division Guyot de Lespart avait seule pris part à la bataille, opérait sa retraite en même temps que le l^r corps, en suivant une marche presque parallèle dans la direction du sud-oiest. Il était suivi de près par les troupes allemandes lancées à la poursuite de nos troupes ; néanmoins, il put échapper à leur atteinte,. franchit la Meuse le 15 août, près de Montigny, gagna (Jhaumont le 16 et arriva enfin à Châlons le 19, deux jours après le let corps.

Quant au "e corps, commandé par le général Félix Douay (encore un aide de camp de l'empereur;, tandis que sa ire division {Oonseil-Dumesnil) prenait part k la bataille avec le 1er corps, les trois autres recevaient l'ordre de se concentrer à Belforc, d'où elles se portèrent sur le camp de Chàlons pour y arriver le 22. Ainsi, ce jour-là, tous les éléments de la nouvelle armée se trouvèrent réunis sur le même point. Le ministre de la guerre, comte de Palikao, dont l'aciivité fut réellement remarquable en cette circonstance, s'occupa aussitôt de les réorganiser et de compléter leurs effectifs en incorporant des jeunes soldats des nouvelles levées, ainsi que des soldats libérés et rappelés sous les drapeaux.

Le 12e corps, dont nous avons parlé plus haut, était formé des troupes envoyées de Paris et comprenait trois divisions d'infanterie, dont une superbe division d'infanterie de manne, plus une division de cavalerie. Ce corps, place d'abord sous les ordres du général Trochu, fut ensuite confie au générai Lebrun, autre aide de camp de l'empereur, tandis que le général Trochu était appelé au gouvernement de Paris. Le 12" corps présentait uu effectif total d'environ 45,uu0 hommes, et l'armée de Chàlons entière uu etl'ectif de 140,000 k 145,000 hommes.

Jetons ma, menant un coup d'oeil sur les années allemandes. Les troupes ennemies qui fo. liaient le sol de la France étaient divisées en trois armées. La preihi re, sous les ordres du générât Steimueiz, était composée des ~e et &" corps, des lPi: vl-'S" divisions de cavalerie, et comptai t61, 000 hommes. La deuxième année, commandée par le prince Frédéric - Charles, comprenait la garde royale (deux divisions d'infanterie et une de cavalerie), les 3e, ie, 9e, 10« et 12» corps (ce dernier saxon), ainsi que les 5« et 6« divisions de ca-

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valerie ; en tout 206,000 hommes. La troisième armée, sous les ordres du prince royal, comprenait les 50 et lie corps, deux divisions de cavalerie, le 1er et le 2B corps bavarois, le corps combiné badois-wurtembergeois, une division active wurtembergeoise et une division active bailoise;en tout 180,000 hommes. Ces trois armées présentaient un total de 447,000 hommes et 1,194 bouches à feu, tandis que les forces françaises ne s'élevaient qu'à 300,000 ou 310,000 hommes au plus. Nous empruntons ces détails et beaucoup de ceux qui vont suivre à l'excellent ouvrage publié sur la campagne de 1870-1871 par le colonel allemand Borbstaedt, rédacteur du Militair Wuckenhlatt, ouvrage traduit en français par le capitaine d'état-major Costa de Serda.

Les autres corps de l'armée allemande qui ne figurent pas dans les effectifs que nous venons de présenter étaient restés en Prusse; mais ils n'allaient pas tarder à venir prendre part a la lutte.

Nous n'avons à nous occuper, pour le moment du moins, que de la troisième armée, celle du prince royal, dirigée d'abord sur Paris, puis sur l'armée de Mae-Muhou. Tandis que les deux preinieies armées allemandes prenaient Metz et l'armée de Bazaine pour objectifs, eetle du prin- e royal franchissait les Vosges sur cinq colonnes, marchant à peu près à la même hauteur et constamment reliées les unes aux autres, de manière à être toujours en mesure do se prêter un mutuel appui, précaution indispensable à la guerre, et dont nos généraux- venaient de payer l'oubli par une double et douloureuse défaite. L'ennemi ne rencontra aucune résistance dans les détiles des Vosges, où eile eût été si facile; mais l'armée de Slae-Malion était trop en désarroi pour uu il crût pouvoir s'opposer k la marche de 1 ennemi. La retraite des Français fut si précipitée qu'ils négligèrent de détruire les tunnels de Saverne et de Phalsbourg, circonstance qui fut très-favorable à l'ennemi; mais en même temps nous gagnions sur lui une avance de trois marches, ce qui fournissait à nos divisions le temps de se rallier plus complètement. Toutefois, le prince royal ne poursuivait pas directement sa marche sur Paris ; dans l'ignorance où l'on était au grand quartier général allemand des véritables intentions de Mac-Mahon, ne sachant pas s'il se rabattrait sur Chàlons pour couvrir la capitale, ou s'il se porterait à la rencontre de Hazaine pour opposer la masse des troupes françaises k celle des ennemis, ie prince avait reçu l'ordre de manœuvrer de manière soit à porter secours a la première et k la deuxième armée si son intervention était nécessaire, soit, si ces deux armées étaient victorieuses sous Meiz, à reprendre éuergiqueinent sa marche sur Paris.

Le 19 août, le grand quai lier général allemand décida la création d'une quatrième armée, destinée k opérer entre Châlons et Paris conjointement avec la troisième, dont elle devait former l'aile droite. Cette quatrième armée, dite armée de ta Meuse, ne composait de e divisions d'infanterie et 4 divisions de cavalerie, soit 82 bataillons, 120 escadrons et 48 batteries; dans ces troupes était comprise la garde royale, qu'on avait tirée dû l'armée de Metz. Cette armée était placée sous les ordres du prince royal de Saxe, qui mit aussitôt ses troupes en mouvement, tandis que la troisième année se remettait en marche et commençait k franchir la Meuse le 20 août, pour se porter sur Paris. Mais le prince royal ayant reçu la nouvelle que Mac- Mahon avait dirigé son armée sur Reims, il modifia aussitôt sa marche de manière k se porter sur les derrières de l'armée française. C'était l'admirable organisation du service de la cavalerie allemande qui permettait si bien au général ennemi de se tenir au courant de toutes nos opérations. Taudis que tous les mouvements de l'ennemi étaient si savamment combines et si habilement exécutés, examinons le contraste que présentait le quartier général français.

Après avoir quitté l'année de Bazaine, à Metz, dans la matinée du 16 août, l'empereur arrivait au camp de .Chàlons le 17 à cinq heures du matin. Le général Trochu, qui, comme commandant désigné du 12e corps, se trouvait au camp, se rendit k ia gare des qu'il eut appris l'arrivée de l'empereur. ■ Je ie trouvai, dit-il,. assis sur un tabouret; je lui serrai la main cordialement, comme je lu ferais encore, et l'on a dit que Je l'avais embrassé. Pourquoi ce récit ridicule ï » Dans le cours de cette même journée eut lieu chez l'empereur un conseil ue guerre, où l'on arrêta des résolutions de la plus haute importance et qui accusaient en même temps, d'une manière éclatante, l'état de perplexité et d'indecision dans lequel se trouvaient les chefs de l'urinée française. Mais ici, pour donner k notre récit un cachet de vérité irrécusable, nous allons laisser la parole a ceux mêmes qui prirent part à ce conseil de guerre. Voici comment s'exprima- le maréchal .Uae-Malion devant les membres, du tribunal, lors du procès intente par le gênerai Trochu au Ftya.ro eu février 1872 : ;

i Je suis arnv^ à Châlons le 17 août. Sur les neuf heures', l'empereur me lit demander. H était établi' devant le quartier générai. 11 causait avejs le prince Napoèon^le général Trochu, le général SehmilZ et le général Berthaut. Qu/and j'arrivai, le prince Napoléon

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disait à l'empereur qu'il craignait une révolution à Pans et que le général Trochu était, k soit avis, le seul homme en état d'arrêter ou de prévenir cette révolution. Cette appréciation parut étonner l'empereur. Il me fit signe de venir lui parler en particulier. 11 me demanda alors mon opinion. Je lui dis que je tenais le général Trochu pour un homme de cœur et d'honneur et qu'il pouvait avoir en lui la confiance la plus entière. C'était ma conviction intime... Le général Trochu demanda de ramener k Paris les 18,000 mobiles (qui avaient fait acte d'indiscipline au camp quelques jours auparavant), ce qui surprit 1 empereur et ne lui plaisait pas trop. Il y consentit k la tin, en mettant pour condition que les bataillons de Belleville et de Montmartre , quartiers dangereux , seraient envoyés en garnison dans le Nord, »

Ue son côté, le général Berthaut déposait ainsi :

« Le 17 août, j'assistai au conseil de guerre. L'empereur me demanda mou avis sur le camp de Châlons. Je répondis que ce n'était pas là une position défensive. Il m'inerrogea encore sur la garde mobile de la Seine. Je répondis que ces bataillons , q loiqu'en très - grande partie excellents et prêts à faire leur devoir au feu, comme ils l'ont prouvé, du reste, pendant le siège, ne paraissaient pas encore assez instruits et formés. D'ailleurs, la plupart n'avaient pas encore reçu d'armes. Ils n'ont été armés que plus tard, au camp de Saint- Maur. Le 26 août, au caitip de Saint Maur même, six bataillons n'étaient pas encore armés. Je proposai donc d'envoyer la garde mobile comme garnison dans les places fortes, pour se former complètement et arriver k pouvoir combattre sûrement l'ennemi en rase campagne. L'empereur me dit alors qu'en ce cas, et s'il fallait se priver de leur pré-: sence, il valait mieux envoyer les gardes mobiles à Paris. Celaient lk leurs foyers, ils auraient plus d'ardeur à les défendre. »

Dans la déposition du g-néral Schimiz (chef d'état-major du général Trochu), nous trouvons à relever les paroles suivantes :

» Je fus un de ceux qui conseillèrent à l'empereur de nommer le général Trochu gou^ vernear de Paris. Je lui disais : Vous vous » abriterez soussa popularisé ; autrement vous » auriez l'air d'avoir abdiqué. — C'est vrai, > repondii-il ; j'ai abdique de fait. » Le prince Napoléon se récria et dit qu'à son avis l'empereur devait retourner à Paris. « Sa place » est là, dUait-il, et si nous tombons, il faut » tomber comme des hommes. » L'empereur termina la discussion en disant : « Doue, voilà » que j'ai trois décrets à signer : le décret

• Mac-Mahon, le décret Trochu et le décret » de la garde mobile. » J'ai entendu parler depuis d'accolade, d'embrassade au moment du départ; ceci est parfaitement ridicule et n'a pas eu lieu. D'ailleurs, nous devions nous revoir encore k trois heures du malin. »

Rappelons enlin, pour compléter l'analyse de celle scène étrange, que.ques paroles du général Trochu :

■ Le prince Napoléon dit k l'empereur : « Vous avez bien abdiqué le gouvernement

• k Paris; vous avez bien abdiqué le com- » mandement de l'armée à Metz; il ne vous » reste plus q-t'k passer en Belgique. » Lkdessus, il engagea 1 empereur à ressaisir la pouvoir ù Fans. ■ Nous devons tomber en » hommes, ' dit-il, et il me proposa comme gouverneur de Paris. C'est k ce moment que j'ai accompli mon tdèal de sacrifice. Mai qui avais combattu l'organisation et le système, j'ai accepte. L'Empire me paraissait complètement perdu. J'ai accepté, j'ai dit : o Si vous ■ croyez que je puisse être utile k l'Empire et « au pays, je suis prêt il partir aujourd'hui même. » L empereur dit qu il ne partirait que le lendeuia.il. »

Ainsi, eu face de l'invasion, un conseil de guerre ne s'occupe pas des moyens d'arrêter l'ennemi ; non, il faut avant tout que Louis Bonaparte, cet être inepte qui fut le mauvais génie de l'armée de Chàlons, ressaisisse le pouvoir k Paris; il faut prévenir la révolution que tant de crimes et d'incapacité ont rendue inévitable. Quel contraste avec le quaiuer général allemand ! « Sur la rive gauche du Rhin, dit le gênerai de Wiinpffeu uuus son livre sur Sedan, ce ne sont que cris, chants, tumulte; la Marseillaise retentit jus> que dans le palais impérial.

• L'imprévoyance règne partout; partout aussi la négation des principes les plus élémentaires, des précautions les plus simples, eu de si graves circonsiances. Des étatsmajors nombreux dont presque aucun des officiers ne connaît la langue de l'ennemi ; pas de documents, pas de cartes, quoique le Dépôt de la guerre en regorge.

» Sur la rive droite du Kliin, au contraire, le calme, la discipline rigide, rigoureuse, inilexibie; des généraux sérieux, dés officiers instruits, pariant la langue française; des cartes excellentes du pays k envahir; des notions certaines sur les forces ue 1 adversaire ; de jeunes princes, généraux éprouvés, ayant déjà guidé avec intelligence des armées ; un souverain qui ne commande que nominalement et laisse k son chef d'étutlltajor, homme du pius haut mérite, ie soin do diriger les opérations,' ne cherchant pas k faire croire que lui-même est un foudre de guerre ; enfin, l'espionnage élevé k la hauteur d'une science po.iliqua. »

Ce qui se dégage de l'étude dos faits avec

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la plus éclatante netteté, c'est que Napoléon III a été dès le principe la cause de ia catastrophe de Sedan, Lui rentrant dans Paris après nos premiers désastres, c'était la révolution immédiate; le comte de Palikuo et l'impératrice elle-même le comprenaient bien, et voilà pourquoi Mae-Mahon reçut l'ordre de chercher à rejoindre Bazaim-, au lieu de ramener son armée sous les murs de la capitale, comme il en avait l'intention ; mais Napoléon rnstant attaché, cramponné à l'année de Chàlons, comme l«i boulet au p;ed du fo çat, c'était la catastrophe inévitable ; car cet homme, fiappé d'une tiéirissure d'incapacité en plein Corps législatif, s'obstinait h jeter le poids de sa volonté dans la balance, comme pour réagir contre l'humiliante situation qui lui était fuite, et qu'il él»il forcé d'accepter en frémissant de honte. On trouve la trace de ces sentiments dans une bruchure publiée au mois d'octobre 1870 sous .-on inspiration : <t Le.-> ministres semblaient craindre de prononcer lr- nom de l'empereur, et celuici, qui avait quitté l'armée et ne s'était dessaisi du commandement que pour (rendre en main les rênes de l'Etat, se vit bientôt dans l'iinposs.biliw de remplir le rôle qui lui appartenait,,. Il ne fit aucune opposition. 11 ne pouvait entrer dans ses vues de résister au gouvernement de la régente, laquelle (c'est 1 auteur de la brochure qui parle) mollirait autant d'intelligence que d'énergie au milieu des plus grandes diftioultés, quoiqu'il vit que son action s'effaçait complètement, soit comme chef de gouvernement, soit comme chef d'année. Il se décida à suivre de sa personne les mouvements de l'armée, sentant bien cependant que, s'il y avait des succès, tout le mérite en serait attribué, comme de juste, au général eu chef, et que, en cas de revers, on ferait retomber la responsabilité sur le chef de l'Ktat. »

Ou ne saurait être plus niaisement naïf; assurément, en cas de succès, personne n'aurait eu la pensée d'en faire honneur à un homme aussi profondément inepte dans les choses de la guerre, et qu'en cas de revers on ne pouvait manquer d'en faire retomber lu responsabilité sur l'auteur de tant de calamités. Mais, répetoiis-le, quelle juste et terlibre expiation subissait alors Cului qui avait parle en maître absolu à un grand peuple pendant dix-huit ans et qui se voyait exclu tuut a la fois, et par les siens mêmes, du pouvoir politique et du commandement militaire I

Le maréchal de Muo-Mahon se trouvait, de sou côté, dans une situation des plus fausses et d<,-s plus embarrassantes : tiraillé entre trois volontés, celle de Bazaine, sous les ordres duquel il commandait en chef l'urinée de Chàlons, celle ou ministre de la guerre et celle ue l'empereur, qui ne cessa d'exercer une influence désastreuse à laquelle le maréchal ne sut pas se Soustraire. Son expérience militaire lui faisait entrevoir lu danger d'une maicbe au nord pour rejoindre Bazaine, et il vouluil ramener sou armée sous les inurs de Paris; mais comme il traînait l'empereur k sa suite et que le gouvernement ne vouluil à aucun prix que celui -ci reparût dans la capitale, Mac-Mahon dut exécuter un muuvcment qu'il cundainilail absolument. Ce lurent donc des considérations purement politiques, dynastiques, et nullement stratégiques, qui déterminèrent cette faiale campagne. Au moment même où Mau-Malion allait se mettre en marche sur Paris, Je 19, marche qui s accordait aussi avec les désirs de l'empereur, il recevait du miuistre de la guerre une depêche qui lui lit suspendre son mouvement. A en croire le comte de 1 alikao, la i evulution était imminente si l'empereur rentrait dans Paris, courbe sous le poids de se.s défaites, au milieu d'une population humiliée et irritée. L'opinion publique s'apprêtait à juger sévèrement le maréchal s'il abandonnait Bazaine à ses propres forces; il fallait donc k tout prix, tenter de le dégager. Muc-Aianon dut céder, malgré ses répugnances, et exécuter lu plan de Pul>kao. Les dépêches suivantes iuuiquent bien dans quelles perplexités il se trouvait.

> Maréchal Mac-Mahon à maréchal Bazaine. Camp de Chàlons, 19 août 1870. Si, comme je lo crois, vous êtes force de battre en retraite très-prochainenient, je ne sais, k la distance où je me trouve, comment vous venir eu aide sans diicouui ir Paris. Si vous în jugi-z autrement, faites-le moi connaître, <

« Muréchid Aluc-Alulion au ministre de la guerre, 19 août 1870. Veuillez Une au conseil des ministres qu'il peut compter sur moi et que je ferai tout pour rejoindre Bazuiue. »

« Maréchal Muc-Malwn au ministre de la guerre. Camp de Chàions, 20 août 1870. Je ne suis pas quelle direction prendra le maréchal Bazaine. Je reste donc dans mon camp, bien quu ja sois prêt à marcher, jusqu'à ce que je Sache s'il vu au nord ou au sud. »

Cependant, ce mèmejour 20 août, Mae-Muhon commençait sou mouvement sur Reims, de aorte que le lendeiuuiu au matin le camp de Chàlons était complètement évacué. Le soir, un escadron de dragons mit le feu aux tentes et aux baraquements, qui furent complètement consumes. Ou n'avait pas voulu les laisser tomber au pouvoir des Prussiens, dont l'arrivée était imminente. B'après le plan conçu par le comte de Pulikao, le maréchal devait pousser rapidement sur Dun, y franchir la Meuse avant l'entrée en ligne coutt'O lui de l'année du prince royal, tour-

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ner la première armée ou la surprendre dans ses cantonnements et donner la main à Bazaine, puis, réuni à l'armée du Rhin, culbuter successivement les armées prussiennes. « Mais, dès le premier jour de son mouvement, dit le général de Wimpffen, l'empereur, pesaatsur les déterminations du duc de Magenta, porta Cft dernier à rétrograder. Le maréchal de Mac-Mahon, n'osant toutefois se décider soit k reprendre sa marche sur Metz, soit à contrevenir à ses instructions en se dirigeant sur Paris, s'arrêta, télégraphia pour demander au ministre ce qu'il devait définitivement faire et perdit le temps le plus précieux. Le comte de Palikuo, qui croyait le prince de Prusse distancé, fut pris d'un désespoir profond en apprenant les indécisions du maréchal. Il se rendit chez l'impératrice régente, pour lui signifier que, si l'ordre donné au maréchal de se porter sur Metz n'était pas exécuté immédiatement, il afficherait dans toute la France que l'empereur était la cause des désastres qu'il prévoyait devoir résulter forcement des retards apportés à la réunion des deux armées. •

Les ordres les plus précis furent donc de nouveau adressés au maréchal de Mac-Mahon; mais vingt-quatre heures étaient perdues, et le maréchal n'allait pas donner à son armée une impulsion assez vigoureuse pour réparer ce retard. Et cependant le prince royal accourait à marches forcées sur son flanc et ses derrières. Le 20 août, sa première ligne franchisiait la Meuse et s'avançait sur la Marne en trois grosses colonnes; il avait son quartier général à Vaucouleurs. En même temps, l'armée de la Meuse (prince de Saxe) se trouvait en mesure de commencer sou mouvement. Après avoir laissé ses troupes séjourner dans leurs cantonnements le 21 et le 22, le prince royal reprit sa marche sur Châluns le 23. Le lendemain, sa cavalerie lui apprit l'évacuation du camp de Chàlons, tandis que des lettres interceptées lui faisaient connaître que l'armée française s'était portée sur Reims. Il modifia aussitôt son ordre de marche en conséquence et lit prendre k ses troupes une position plus concentrée. Quant à Mac-Mahon, il restait immobile k Reims pendant les journées du 21 ei du 22, perdant ainsi de plus en plus l'avance qu'il avait sur le prince royal. 11 est vrai que cette halte ava.t son utilité, en ce sens qu'elle permettait au maréchal de rendre k ses troupes un peu d'homogénéité. En même temps, il télégraphiait à Paris qu'il commencerait le 23 son mouvement sur Montmedy, puis il adressait s.multujièineiit aux commandants des places de Verdun et de Moutuiédy, ainsi qu'au maire de Louguyon, une dépêche qu'il les invitait à faire parvenir au maréchal Bazaine, et par laquelle il informait qu'il était à Reims, qu il allait commencer son mouvement sur Montiuédy, qu'il comptait arriver sur l'Aisne le 2-4 et qu'alors il opérerait d'après les circonstances pour venir au secours de Bazaine. Bans son Rapport sommaire suites opérations de l'armée du Itldn, Bazaine prétend que cette dépêche ne lui parvint que le 30 août; mais l'auteur de l'excellent ouvrage : Metz, campagne et négociations, par un officier supérieur île l'armée du Hhin, établit, au couttaiie, qu'elle lui fut remise dès le 23. Toutefois, Mac-Mahon avait déjà perdu bien du temps pour cette opération, uit l'auteur allemand que nous avons déjà cité, opération «qui ne pouvait avoir quelque chance de succès qu'autant qu'elle serait dirigée avec une infatigable énergie et une grande rapidité à travers l'Argonne sur Verdun , pour attaquer l'armé.; de la Meuse avec des forces supérieures et la refou.er avant que la 3" armée, encore trop éloignée, fût en mesure d'uccourir a son aide. En se portant sur Reims, le maréchal s'était écarté d'une marche de la ligue directe de Metz par Verdun ; il se décida donc à faire surveiller seulement l'Argonne, pendant qu'avec toute son année il passerait au nord des montagnes pour se porter sur Montmedy.

■ Eu faisant choix de cette ligne d'opération, il est vrai que l'on remédiait un peu au danger d'être attaqué en flanc par la 3e urinée pendant l'exécution du mouvement et avant d'avoir pu refouler l'armée de la Meuse; mais, d'autre part, on courait au-devant d'un péril beaucoup plus grand : celui d'être acculé à la frontière belge eu cas d'échec. ■

Le colonel Borbstaedt fait ensuite ressortir les fautes du commandement et la désorganisation de notre service d'intendance. Le maréchal, dit-il, possédait une nombreuse cavalerie qui lui aurait aisément permis de pousser au loin, dans toutes Jes directions, des divisions isolées pour dérober à l'ennemi les mouvements de son armée et pour se procurer en même temps des renseignements l exacts sur les opérations des troupes alle- ! mandes. Cependant il n'en fit rien; seules, I les deux divisions de réserve de cavalerie furent d'abord envoyées dans ce but sur les j deux ailes; quant aux autres divisions, elles j continuaient, comme par le passé, à demeurer k la disposition de leurs commandants de [ corps, de telle sorte que, sur aucun des points du théâtre des opérations, on ne sut tirer | parti de la grande supériorité numérique de j la cavalerie française. ^

| Quant au service de l'intendance, il fut ( réellement déplorable; ainsi, on\n'avait pas 1 pris soin d'échelonner des magasins sur la i, route que notre armée devait parcourir; on

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les avait accumulés à Rethel, de sorte que Mac-Mahon se vit contraint d'appuyer plus au nord, vers cette ville, perdant de nouneau une journée pour son véritable mouvement vers le nord-est. Son ordre de bataille pendant cette inarche était ainsi disposé : les 5e et "b corps occupaient la droite, le 1« le centre et le 12e la gauche. L'empereur, ainsi que sa maison, se tenait avec le l<" corps, i et plus d'une fois l'interminable file de ses biigages devait contrarier et suspendre les mouvements de nos troupes; infanterie, cavalerie, artillerie, trains d'équipage, tout devait s'arrêter pour permettre aux fourgons de Sa Majesté de circuler librement; et, pendant ce temps-là, l'ennemi précipitait sa marche et faisait jusqu'à 10 lieues par jour, pendant que nou.s , nous ne faisions en moyenne que 15 a 20 kilomètres. Le 25, l'armée et le quartier général tirent séjour de nouveau ; le 5e corps alla prendre ['avantgarde. Plus Mac-Mahon avançait, plus 11 sentait instinctivement qu'il courait à sa perte; aussi de nouvelles tergiversations se produis. rent, amenées surtout par l'ingérence de Napoléon dans le commandement. On n'excusera jamais M. Mac- Manon de n'avoir pas su se soustraire à cette inepte tutelle : il n'y a pas de considération de convenance qui tienne devant le salut d'une armée et les plus sacrés intérêts du pays. Or, l'empereur commandait encore en réalité, il communiquait directement avec, le ministre de la guerre, comme le prouve cette dépêche du comte de Pulikao, datée du 27, onze heures du soir, et adressée personnellemeut k l'empereur :

o Si vous abandonnez Bazaine, la révolution est dans Paris et vous serez attaqué vous-même par toutes les forces de l'ennemi... »

Toujours le même refrain.

Ou sait bien qu'en agitant aux yeux de Louis Bonaparte le redoutable fantôme de la révolution, on obtiendra de lui la docilité la plus complète. C'est l'impératrice qui dirigeait toute cette intrigue par l'intermédiaire de son favori Paiikao; cette Espagnole néfaste a fait autant de mal a la France que celui qui, ayant dôjk'reçu le surnom d'Homme du 2 décembre, allait y ajouter cet autre : Homme de Sedan.

Mac-Mahon continua donc son mouvement, mais en lui imprimant une nouvelle direction vers le sud-est. « Cette marche vers le sudest, dit le général Wimpffen, après celle de la veille vers le nord-e^t, ne se comprend plus. Si l'on voulait franchir la Meuse au nord de Dun et si l'on se rapprochait dans ce but de Mouzun et de Sedan le 26 août, pourquoi s'en eloignait-on le 27 en descendant vers Je sud? Si le mouvement sur le sud éiait dangereux le 26, à plus forte raison l'étuit-il le 27, puisque l'ennemi avait gagné vingt-quatre heures que l'on semblait prendre à lâche de faire perdre k l'armée de Chàlons, On eût dit vraiment que le but à atteindre était d'annihiler toute l'avance que nous pouvions a voir. •

Le 27 août, en effet, l'avant-garde du prince de Prusse n'était plus séparée de la nôtre que par quelques kilomètres. Nous n'avions plus que le temps strictement nécessaire, et en forçant la inarche, pour devancer les Allemand-, nu passage de la Meuse. Béjà, par sa droite, l'armée du prince de Saxe était en mesure d'arriver en temps utile sur cette rivière pour faire face au mouvement de Mac-Mahon ; elle devait chercher à l'arrêter par d'habiles manœuvres, jusqu'à ce que l'armée du prince royal pût venir prendre part à l'action décisive. Ce même jour, 27 août, une reconnaissance offensive exécutée par le 12e chasseurs à cheval et le 41-' chasseurs d'Afrique amena une rencontre avec les cavaliers ennemis à Buzancy. Dans cet engagement, qui ne fut d'ailleurs qu'une simple escarmouche, le colonel de Laporte , du 12° chasseurs , fut blessé et pris par les Saxons, qui, de leur coté, eurent 9 morts et 21 blessés. Le 5U corps crut alors devoir rétrograder parla route suivie le matin, mouvement qui nous faisait perdre encore unejournée précieuse. Il alla bivouaquer à Châtillon, à 5 kiloin. sud-est du Chêne, où se tenaient le 1" corps et le quartier général. M 'C-Mahon, sachant que la route vers la Meuse était coupée au sud par l'ennemi, ne pouvait ignorer le danger que son armée allait courir s il ne mouiriait aussitôt sa marche pour remonter vers le nord-est, alin de franchir la rivière vers Mouzon ou vers Sedan. Le maréchal tâtonna, hésita; il flairait le piège, et pour la dernière fois il s'adressa au ministre de la guerre, qui lui répondit par un nouvel ordre de marcher en avant. Pendant ce temps-là, les corps français piétinaient sur place. Ainsi, le 1er corps ne parcourut que 12 kilomètres dans lu journée du 27 pour se rapprocher de Mouzon ; le le 120 suivait; le 7" rit k peiqe 8 kiloin., pour se rendre de Vouziersà <J.uatre-Champs, tandis que le 5« redescendait vers Buzancy, sans doute pour contenir les Allemands, et devenait par conséquent arrière-garde de l'armée uu lieu d'avant-garde qu'il était auparavant. Dans la journée du 28, plusieurs de ses régiments, entre autres le 17e de ligne, eurent un assez vif engagement k Champy avec les troupes allemandes, qui défilèrent toute lu nuit suivante dans la direction de Buzancy k Stenay, k 4 kilomètres de nos colonnes. Le 30, à quatre heures d,u matin, le

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5« corps arrivait kBeaumont, ayant parcouru 10 kilomètres en huit heures. Le soir de ce même jour, le 7« corps se tenait k Oches, k 4 kilomètres de Beaumunt; le 1er corps, au centre, était à Kaurourt, k 40 kilomètres d'O-hes, ayant le 12e corps près de lui à gauche. Ainsi, en plusieurs jours, l'armée irançaise avait franchi un espace de 6 k 8 lieues, tandis que la lourde armée allemande faisait 40 kilomètres par jour et résolvait le difficile problème d'exécuter, au nombre de près de 200,000 hommes, une gigantesque conversion à rfro.te pour nous devancer au point décisif. Lie son côté, l'armée de la Meuse devait se porter le 30 sur Beaumoiit, pendant que le prince royal ferait avancer sa droite dans la même direction et appuierait avec deux corps l'attaque exécutée sur le SB corps par l'armée de la Meuse. Ce double mouvement fut accompli avec la plus grande précision, en sorte que la jonction des deux aimées s'opéra a heure rixe, pour ainsi diie. Le corps du général de Eailly allait être assailli par 35,000 Prussiens et une artillerie formidable; assailli, disons-nous, et de plus sui pris comme jamais armée ne le fut, Les régiments, les brigades, les divisions emieni arrives k Beaumont sans ordre et s'étaient établis a la hâte autour de cette petite ville, comptant les uns sur les autres et sans former de grand'.ardes. Nos gén -raux se savaient en contact avec un ennemi vigilant et résolu, et pas une reconnaissance ne fut exécutée, comme si nous avions été k 100 lieues de l'armée allemande.

A huit heures du matin, une distribution de pain fut annoncée aux soldais pour une heure de l'après-midi; ils crurent dès lors qu'ils ii avaient rien à redouter de L'ennemi, et ils se mirent à démonter et k nettoyer leur.s armes, comme ils l'eussent faitau camp de Chàlons en pleine paix. A neuf heures, le gênerai de Eailly réunit ses commandants de division, et l'on se communiqua quelques renseignements tendant k faire croire que l'ennemi avait renoncé k poursuivre le 5e corps et qu'il continuait sa marche sur Stenay dans l'intention d'y franchir lu Meuse. 11 fut donc décidé que le corps d'armée ne commencerait qu'à midi son mouvement vers Mouzon. Par une iiiqual.tiabie négligence, notre cavalerie n'avait rien fan pour éclairer le pays boisé situé uu sud de Beuuniont et pour s'assurer si l'ennemi se dirigeait réellement sur Stenay. Dans sa brochure justificative sur les Opéra' lions et marches du &e corps, le gênerai de Eailly cherche k se disculper de .--a coupable incurie en prétendant que les reconnaissances ne lui avaient signalé l'ennemi nulle part; mais il devait savoir, pour en avoir uéjà fait la triste expérience, que la méthode des Prussiens consistait a se replier la nuit, à se reporter eu arrière pour adendre, sans se montrer, que les reconnaissant ces prescrites par notre service en campagne et faites toujours k heure lixe fussent passées pour reprendre leurs posuiuns. Cependant ou commençait a recueillir quelques vagues renseignements sur l'approche des Prussiens, et ou se hâta d'eu prévenir le générai de Eailly, qui uejeuna.t chez ie maire avec la plus complète tranquillité. < Bah ! s'ecria-t-il, on les voit partout. • Et il ue se dérangea pas. L'abbe Emmanuel Boineuech, dans son histoire de la campagne de 1870- 1871, prête au général un j.rupos ueaucoup plus grave encore ; k la nouvelle de la présence des Prussiens, il aurait repondu : « Ahl bah I nous leur avons tué hier assez ue monde, ils peuvent bien nous mettre aujourd'hui quelques hommes hors de combat. Allons, débouchons une bouteille I » . Et l'auteur ajoute : « Ces faits nous parurent si monstrueux, que nous ne nous décidâmes aies enregistrer qu'aptes quinze jours d'enquêtes et de coiitre-eiiquèles. « A midi ec demi, au moment où l'avant- ! garde du 5e corps allait se mettre eu route, I une batterie prussienne, tranquillement m-, stallee soUs bois, lançait uu premier obus sur ! nos malheureux soldats, occupes k neaoyar ; leurs fusils et k t.. ire la soupe. » Il faut renoncer, du uu témoin attriste de cette scène, M. Bcl'ouruey, curé de Beuuniont, k décrire l'effet produit par ce premier coup de canon, le désordre, le pele-mèle effroyable de cris, de chevaux, d'attelages de toute sorte, qui s'agitaient, se croisaient, se heurtaient, se confondant, cherchant k se frayer uu pas-

Nous empruntons le récit de la bataille à l'écrivain allemand que nous avons déjà cité.

« Conformément aux ordres donnés, le mouvement convergent de l'armée de la Meuse commençait a dix heures ; on ne trouvait de résistance nulle part, on ne rencontrait pas même une Seule reconnaissance française. A midi trois quarts, les têtes de colonnes de l'aile droite atteignent la ferme de Belle-Tour; peu ap.es, tes lôtes des 7» et 8« divisions d'infanterie débouchaient également de la forêt k l'aile gauche.

> Les troupes françaises établies dans leur camp au sud de Beuumont s'y livraient au repos le plus complet, et, quelque incroyable que cela puisse être, eiles n'avaient aucune idée de l'orage imminent qui allait fondre sur elles. Les soldats faisaient leur soupe, les chevaux étaient en partie à l'abreuvoir, quelques vedettes seulement veillaient Ma sécq-

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rite du camp. 11 en résultait que les 7e ei 8e divisions, sortant de la forêt et se précipitant sans perdre un instant sur le camp éloigné de 3,000 pas seulement, surprenaient de la manière la' plus complète les troupes qui s'y trouvaient. (Suivant M. Jules Claretie, les Prjussiens ont dit depuis qu'en apercevant de loin, dans ce bas-fond, ce fourmillement humain, ils avaient d'abord cru à une foire de village, à un rassemblement de paysans.) Les obus prussiens et saxons, qui viennent éclater dans le camp, y sèment la plus soudaine des alarmes. Tout le monde court mix armes; mais déjà l'infanterie prussienne avilit pénétré au milieu des tentes et menait en fuite les détachements isolés rassemblés à la haie. L'artillerie française n'avait pus eu le temps d'atteler ses pièces, qu'elle se voyaii forcée d'abandonner; toutes les tentes, tous les bagages et île nombreux approvisionnements restaient aux mains des vainqueurs. Les débris de la division, traversant Beiiumont dans le plus affreux désordre, .s'enfuient vers les hauteurs du nord, où se trouvaient les trois brigades formant le reste du S11 corps. Celles-ci, qui venaient déjà de commencer leur mouvement sur Mcmzon, prennent immédiatement position entre Yoncq et la Meuse, et mènent toute leur artillerie en bat erie sur le dos du terrain qui monte en pente douce de Beaumont vers le nord,

» II s'engage d'abord une violente canonnade à laquelle prennent part ■ gaiement deux batteries lourdes saxonnes, qui s'étaientavancées sur la hauteur au sud-est de Beaumont. En même temps, à l'extrême droite, le îooe régiment d'infanterie était lancé vers Letanne et occupait ce village dans lequel de l'infanterie ennemie s'était montrée.

» L'armée de la Meuse se porte en avant pour attaquer la forte position de l'adversaire au nord de Beaumont, la 8e division l'abordant de front, les 7e et 231-' divisions marchant contre l'aile gauche qui s'était assuré un excédent point d'appui en occupant fortement le buis .Givoueau, pendant que le 1er corps bavarois, dépassunl Sommautlie, arrivait en ligne à la gnm-he et menaçait la droite de la position française.

« Apres que le tir convergent et bien supérieur des pièces saxonnes et prussiennes eut réduit au >ilence l'artillerie française, le général de Fuilly se voyait dans la nécessite de banre de nouveau en retruite, eu laissant une forte arriére-garde dans le bois Givodeau. Toute l'artillerie allemande se metulors en batterie sur les hauteurs au sud et à l'est de Beaumont, d'où elle canonue vigoureusement les Colonnes ennemies, qui subissent des pertes considérables :1e désordre augmente de plus eu plus et la retraite tî nie par une fuite désordonnée. Seule, l'amere-gaide établie ftu buis Givodeau tient ferme.

» Vers quatre heures, la canonnade ayant cessé de part et d'autre depuis près d'une heure, les avant-gardes des 7e et 23° divisions reçoivent l'ordre de se porter contre ce bois. L'avant-garde de la 23e division, qui avait a franchir une pente rapide, n'atteint la lisière que quand l'avant garde de la 7e division l'a déjà enlevée; rn.iis une fois sous bois, le combat n'avance plus que fort lentement, de sorte qu'on y appelle également l'avanlgarde saxonne, en commençant par le régiment, de tirailleurs. Eu même temps, à la droite, un bataillon saxon marchait de Letanne dans la vallée de la Meuse pour appuyer l'action engagée dans le bois; mais son mouvement est bientôt arrête par un feu uèsviolent de mousqueterie et de mitrailleuses partant de la rue droite de la Meuse.

» A cinq heures trois quarts, le 20» régiment d'infanterie, qui avait épuisé ses munitions, se retire de la forêt, dans laquelle le 10ie pénètre à son tour. Enfin, après une lutte acharnée qui se prolonge jusqu'au coucher du soleil, les communs efforts du 86e régiment d'iufatitere.du régiment de tirailleurs saxons et du 2e régiment de grenadiers n« lui réussissent à chasser complètement les défenseurs de la forêt et à en occuper le saillant nord. Une dépression profonde située en avant de l'aile gauche , où l'ennemi se maintenait encore avec des tirailleurs et des mitrailleuses, et l'épaisseur des fourres empêchent pendant longtemps nos troupes de déboucher de la forêt dans la plaine découverte qui s'eteud jusqu'à Mouzon et où quelques fractions du &<i corps avaient de nouveau pris position pour protéger le passage des convois sur l'autre rive de la Meuse.

• Le maréchal Mac-Mahon, mal renseigné sur la véritable importance de l'affaire de Beaumont , s'était borné à prescrire au 128 corps, établi à Mouzon", de faire avancer sur le bord opposé de la Meuse une brigade d'iufanierie et une brigade de cavalerie pour dégager le 5e corps. Ces troupes, beaucoup trop faibles, étaient bientôt entraînées dans la fuite du 5e corps, et ce n'est que dans la plaine qui précède immédiatement Mouzon que quelques régimeuts parvenaient à se rallier pour mettre un terme à la poursuite de l'ennemi, qui avait poussé jusqu'à Villemontry. La brigadg de cavalerie de Deville (5e et 6e régiments de cuirassiers) s'était avancée sur deux lignes. La première ligne (6e cuirassiers} se trouve bien lot exposée à uu l'eu meurtrier; une batterie de mitrailleuses établie dans le voisinage est démontée; le régiment recule; seul, le 5« régiment de cuirassiers persiste, avec une constance héroïque >

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et au prix de pertes très-fortes, a se maintenir sous un feu effroyable en avant de Mouzon, afin de couvrir le passage (le colonel de Contenson et six officiers furent tués). Mais entin, pour éviter une destruction totale, ce brave régiment se voit contraint à son tour de se replier sur la Meuse; mais là les ponts, les gués étaient tellement encombrés par l'artillerie et les bagages, que le régiment n'a d'autre parti à prendre que de se lancer à la nage pour gagner l'autre rive : le courant était rapide, les chevaux étaient épuisés, de sorte que cette tentative de salut coûta encore la vie à un grand nombre de cavaliers et de chevaux*

» Afin de protéger le passage des troupes débandées, le 12e corps avait placé de nombreuses batteries sur la rive droite de la Meuse; mais elles ne pouvaient empêcher l'artillerie allemande de diriger un feu des plusefficaces sur lescolonnesqui traversaient le pont et les gués et d'augmenter ainsi considérablement le désordre et les pertes. Le général Lebrun avait également installé des batteries à l'est de Mouzon pour couvrir son flanc gauche ; ce but était atteint, car la division de cavalerie saxonne, qui avait franchi la Meuse à Ponilly pour déborder le flanc de l'ennemi, ne pouvait pousser plus loin son mouvement sur la rive droite. .

Les victoires de l'armée de la Meuse

à Beaumont avaient une très-grande portée : le 5e corps était complètement battu et décimé; il avait perdu 1,800 hommes, tués ou blessés; il s'était vu contraint d'abandonner aux mains des vainqueurs 19 canons, 8 mitrailleuses, 3,000 prisonniers, beaucoup de matériel de guerre, îles voitures en grand nombre et des approvisionnements considérables.

» Lu côté des Allemands, les pertes les plus considérables avaient été supportées par le 40 corps, qui s'était brillamment acquitté de la tâche principale de la journée. Il comptait 3,000 tués et blessés, tandis que le corps saxuu n'avait pas perdu au total plus de 100 hommes. »

Cette perte de plus de 3,000 hommes accusée par le colonel Borbstaedt montre avec quel acharnement nos soldats se défendirent, malgré les déplorables eonuitions de combat dans lesquelles ils se trouvèrent; elle momie en même temps ce que noire année aurait pu faire avec d'autres généraux. Les régiments français qui se signalèrent particulièrement et eurent le plus à souffrir lurent tes llB et 46e de liyne (brigade Grenier), le 68« de ligne (brigade de Fonianges) et le 4" de chasseurs à pied. Ils couvrirent la retraite tant bien que mal et ne commencèrent à se trouver à l'abri des projectiles de l'ennemi qu'après avoir gravi les deux tiers de la crête qui couronne Mouzon. Ils aperçurent alors le 7e corps (Félix Douay) qui, au bruit du canon, avait marché d'Oches à la Meuse. Arrivé plus tôt, ce corps aurait pu prendre une part eflicace au combat de Beaumont; mais harcelé tout le long de sa route par des colonnes ennemies, il avait où s'arrêter plusieurs fois pour repousser leurs attaques, et il ne réussit à gagner Mouzon que pour se mettre aussitôt en retraite, abrité par l'infanlerie de marine du 12" corps et par l'artillerie du général Lebrun, Lu retraite du 5e corps fut une véritable débandade ; des ré-iiiueiits entiers furent poussés par la défaite jusque sur le territoire belge, où ils durent déposer leurs armes. Le général de Wnnpffen, appelé au commandement du 5» corps en remplacement du général de Failly, était arrivé d'Oran ce même jour 30 à Mezieres. Kn venant prendre eu main sou commandement, il se heurta contre cette cohue de soldats, et ce dut être pour le vieux et brave général un navrant spectacle que l'état dans lequel il trouva ce corps qu'il venait commander; lui-même nous en trace le récit saisissant :

« Un nombre considérable de fantassins marchaient sans ordre et comme des tirailleurs, en grandes bandes, occupant une vaste surface. Je me hâtai de descendre dans la plaine pour arrêter ce desordre et interpeller ces fuyards. J'eus de la peine à m'en faire comprendre. En vain, je leur triais : « Mais, n malheureux, regardez donc derrière vous, » le canon de l'ennemi est encore loin 1 Vous • n'avez rien à en redouter. »

» Ils ne m'écoutaient pas dans leur course haletante. Je réussis entin à eu arrêter quel ■ ques-uns et à les rassurer tant bien que mal. Feu à peu cet exemple fut suivi. Voyant alors venir à moi le général Conseil-Duniesnil, je l'engageai à prendre des dispositions favorables en avant d'Amblimont avec un régiment qu'il était parvenu à rallier. J'espérais qu'il pourrait ainsi protéger les hommes en déroute de tous les corps d'armée, qui continuaient à affluer de ce côté. En même temps, et quoique n'ayant encore d'autre titre dans cette armée pour donner des ordres que mon grade de général de division, puisque je n'avais pas été reconnu officiellement dans le commandement qui m'était attribué, je n'hésitai pas à adresser de vives observalions à plusieurs membres de l'intendance qui semblaient attendre qu'on leur indiquât s'ils devaient rester en place ou avancer.

> Des voitures de bagages de tous les corps commençaient à s'agglomérer sur la route, ne sachant où se rendre. Je donnai l'ordre à des gendarmes, qui se trouvèrent sous ma

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main, de les faire marcher le plus rapidement possible. Je les dirigeai, à tout hasard, sur Mairy et Douzy . Au moment où j'étais occupé à mettre un peu d'ordre partout, des équipages de la maison de l'empereur débouchèrent près de moi, prétendant que tout le monde devait s'arrêter .pour leur livrer passage. Je leur intimai l'ordre formel de profiter de la bonté de leurs attelages pour enfiler bien vite un chemin de traverse sur la droite. •

Tous ces malheureux soldats mouraient de faim et demandaient à grands cris du pain. Pendant ce temps-là, l'homme qui avait déchaîné la tempête sur la France meitait soigneusement sa personne en sûreté. Le matin du 30, il était à Raucourt, qu'il quitta pour se transporter sur l'autre rive de la Meuse. Traversant ensuite les bois, et apercevant une ville du haut d'une colline : « C'est Montmédy, n'est-ce pas? demanda-t-il à un habitant du pays. — Non, sire, c'est Carignan. — Mais certainement, sire, c'est Carignan, » répétèrent en écho les offieiers d'état- major, aussi ferrés que leur maître sur la topographie du p:iys. Le soir de cette triste journée, Napoléon III télégraphiait tranquillement a l'impératrice :

« Il y a encore eu un petit engagement aujourd'hui, sans grande importance, et je suis resté à cheval assez longtemps. » Et puis, comme cet homme songeait à tout, même à sa caisse, il expédiait en même temps cette dépêche à M. Bure, trésorier général de la couronne :

• J'approuve la distribution de fonds que tu me proposes. Tu remettras le reste à Charles Thé lin. » Oui , l'empereur sauvait sa caisse, puis il faisait partir son fils pour Maubeuge, d'où le héros de Sarrebruck devait filer sur Belgique,

Nous avons dit plus haut que le général de Wimpffen venait d'être appelé au commandement du 5e corps, en remplacement du général de Failly; comme le généra! va prendre une pan importante aux événements, nous croyons devoir faire connaître à quel titre il fut appelé à l'armée do Châlons.

Au début de la guerre, le général de Wimpffen''commandait la division d'uran. Ancien colonel des tirailleurs nigériens, vieux général d'Afrique et d'Italie, il avait, avec son expérience et son tact militaires, pressenti nos premiers désastres. Des qu'il eut appris que nos troupes battaient eu retraite sur Metz et Châlons, il écrivit uu ministre de la guerre pour lui offrir ses services et, le 22 août, il reçut une dépêche qui l'appelait à Fans en lui apprenant sa iiominaiiuii de commandant en chef du 5e corps, en remplacement du général de Failly. Le ministre de la guerre, comte de Palikao, lui expliqua à sa manière les circonstances et le plan qu'il avait conçu. D'après lui, Mae-Mahon, intrépide sur lu champ de bataille, cédait avec la plus déplorable faiblesse aux suggestions de l'empereur. Sous la pression de celui-ci, le maréchal voulait ramener son armée sous Paris pour y attendre et y combattre l'armée du prince royal, tandis que lui, Palikao, croyait plus opportun de se porter au secours de Bazaine et de se réunir à lui pour opérer de concert contre les armées allemandes. Quel était le meilleur de ces plans? Au moment où ils étaient en discussion, on pouvait soutenir le pour et le contre; mais après l'épouvantable catastrophe de Sedan , quelles qu'en aient été les causes détei minantes, il est impossible d'hésiter. Le comte de Palikao expliqua longuement au général les avantages de sa marche sur Metz, qui ne pouvait réussir qu'en y„ mettant de l'entrain, de la vigueur et surtout pas la moindre hésitation; \-. colonel Borbstaedt, connue nous l'avons dit, reconnaît lui-même cette possibilité; mais nous avons vu comment les hésitations de Mac- Mahon , les contre-ordres se croisant sans cesse, les lenteurs dans le* mouvements des corps d'armée occasionnèrent des retards qui umenèrent la journée de Beaumont et aboutirent tinaleine.it à Sedan. Uu détail fourni par le général de Wimpffen montre bien à quelle incurie s'était abandonné noue état-major lui-même, cet état -major dont nous étions si tiers. Le général avait reçu un rouleau de cartes en quittant le ministre de la guerre. Il les déroula devant un de ses amis, et tous deux fureiitpéiiibleraent surgris de voir que ces cartes, au l.eu d'être du quatre- vingt-millième, n'étaient qu'à l'échelle du trois-cent-vingt-millièuie. Le général se demande avec raison à quoi pouvaient servir les beaux travaux du corps d'état-major, dont leDepôtde la guerre devait regorger, si on ne pouvait disposer d'un exemplaire de ces cartes en faveur d'un officier général ayant un commandement en chef et appelé à faire agir des troupes dans des contrées qui pouvaient lui être inconnues. Heureusement que cet ami possédait lui-même une collection du quatre-vingt-millième qu'il mit à la disposition du général. Au moment où celuici allait quitter Paris, le 29 août, un aide de camp du ministre de la guerre lui apportait la lettre suivante :

« Mon cher général,

» Dans le cas où il arriverait malheur au maréchal de Mac-Mahon, vous prendrez le commandement des troupes placées actuellement sous ses ordres. Je vous enverrai une

SEDA

lettre de service régularisant celte situation et dont vous ferez usage au besoin, > Recevez, etc. •

De la sorte, le général de Wimpffen était à double litre commandant de larmée de Châlons si le maréchal quittait le commandement : par droit d'ancienneté et par droit de nomination.

Nous avons vu le général arrivant au camp pour être témoin de la déroute du 5e corps; reprenons maintenant la suite des événements.

Dans la soirée du 30, vers neuf heures, lo généra] de Wimpffen reçut l'ordre de battre en retraite sur Sedan avec les débris du 5e corps; Mac-Mahon donnait le même ordre aux irois autres corps. L'empereur arrivait à Sedan à onze heures du soir, et le lendemain 31 toute l'armée française était concentrée dans cette position. Il était impossible de s'arrêter à une plus déplorable détermination. La petite forteresse de Sedan est située sur la rive droite de la Meuse, au fond de la vallée. Elle est dominée de tous côtés, et à bonne portée de canon, par une série, de hauteurs. Les Allemands, après la bataille, l'ont qualifiée de « fond de marmite, » et cette image trhiale n'exprime que trop bien la réalité. L'armée française allait occuper le fond de cette marmite dont les Prussiens couronnaient tes bords. Il est impossible de comprendre qu'un homme de guerre aussi expérimenté que le inar.-ehnl ait pu faire choix d'une telle position. Puisqu'une grande bataille émit devenue inévitable, il fallait tout au moins ne l'accepter que sur le terrain le plus avantageux. Si nous étions vainqueurs, nous pouvions immédiatement reprendre la route de Metz par Montmédy; dans le cas contraire, nous pouvions faire tant de mal à l'ennemi qu'il ne pût sérieusement contrarier notre retraite par Sedan et Mézières. Le colonel Borbstaedt reconnaît lui-même que nous pouvions accepter la bataillé dans la bonne position deMouzon.ll est vrai que, si nous étions vaincus, il ne nous restuit o 'autre issue qu'une retraite sur le territoire belge avec le désarmement en perspetive. Mais si l'orgueil du maréchal se révoltait à celte idée, quels sentiments dui.-il éprouver après la capitulation bien autreineut humiliante de aedau?

Dans la matinée du 31 août, l'empereur adressa à l'armée la proclamation suivante, qui, toutefois, ne fut distribuée aux troupes qu'incomplètement :

« Soldats,

■ Le début de la campagne n'ayant pas été heureux, j'ai voulu, mettant d« cote toute considération personnelle, confier le commandement des armées à ceux des maréchaux que l'opinion publique désignait paiticulièrement. Jusqu'alors le sucres n'a pas couronné leurs efforts ; j'apprends pourtant que l'armée du maréchal Buzuine s'est reformée sous les murs de Metz et que celle du maréchal Mac-Mahon n'a que peu souffert dans la journée d'hier (T). Nous n'avons donc aucun motif de découragement.

» Nous avons empêché l'ennemi de pousser jusqu'à la capitale, et la Frauce entière se levé pour chasser I envahisseur.

» Dans ces difficiles circonstances, confiant dans l'impératrice, qui me remplace dignement à Paris, j'ai préféré le rôle du soldat à celui du souverain. Aucun sacrifice ne me semblera trop lourd pour sauver notre patrie. La France, Dieu merci, compte encore des hommes de courage, et s'il devait s'y trouver des lâches, la loi militaire et l'opinion publique sauraient en faire justice.

» Soldats, soyez digues de votre ancienne réputation 1 Que chacun fasse son devoir, et Dieu n'abandonnera pas notre pays, »

C'étaient les dernières paroles que Napoléon 111 devait adresser à l'armée française; il ne pouvait terminer sa triste carrière politique par une plus plate proclamation.

Le général de Wimpffen était arrivé à Sedan au milieu de la nuit du 30 au 31 ; dans la matinée, il se rendit chez le maréchal qui, parait-il, le reçut assez froidement et apporta des lenteurs à le mettre en position de prendre le commandement du 5e corps. Le général de Failly ne savait pas encore qu'il avait un successeur et ce fut ce dernier qui le lui apprit. «C'est une grande injustice, répondit de Failly, et j'ai en main des pièces qui prouveront combien la situation qui m'a été faite depuis le commencement de la guerre est fausse; combien j'ai cherché à obéir à des ordres et à des contre-ordres qui ne devaient aboutir ou a de fâcheux résultats. Je prouverai qu en toute circonstance j'ai fait mon devoir. » Nous ne demandons pas mieux que cette preuve soit faite; mais nous devons dire que le général de Failly n'y a point réussi dans sa brochure justificative. Que ses opérations se soient ressenties des hésitations, des tâtonnements qui régnaient partout, nous lo croyons sans peine ; mais il se lavera difficilement du reproche de s'être laissé aussi compétement surprendre à Beaumont et on pourra toujours l'accuser d'avoir manqué de vigilance.

Après avoir visité le plateau qui domine Sedan, le général de Wimpffen alla se présenter à l'empereur qui, eu le voyant entrer, lui prit les mains et lui dit les larmes aux yeux : '

« Mais, général, expliquez-moi donc pour-

SEDA

quoi nous sommes toujours battus et ce qui a pu nmener la désastreuse affaire de Beaumont?

— Sire, je suppose que les corps d'armée eu présence de l'ennemi étaient trop loin pour se prêter un mutuel appui, que les ordres ont été mal donnés ou mal exécutés.

— Hélas 1 nous sommes bien malheureux. » En vérité, c'est k n'y pas croire. Ainsi Napoléon ne comprenait pas pourquoi nous étions toujours bai tus, ce que le dernier de ses caporaux lui eût fort bien expliqué, et il a la naïveté d'ajouter que nous sommes bien m llieureux, sans que l'idée lui vienne sans doute de se demander à qui la faute. Cet homme s'était donc imiigino qu'il était aussi facile de vaincre les Allemands que de faire mitrailler les femmes et les enfants sur les boulevards de Paris!

On n'a jnmais.connii le plnn particulier que suivit le maréchal de Mnc-Mahon le 31 août; il n'en a donné connaissance k aucun de ses commandants de corps d'année. 11 est vraiscmblabe qu'en cas d'échec il se proposait de battre en retraite sur Mezières-, mais d jà le rapport du général Douay constatait que les troupes allemandes se préparaient, vers trois heures après-midi, le 31, à passer la Meuse à Donehéry et qu'elles allaient, par conséquent, couper notre ligne de retraite. De son côté, à cinq heures du soir, le général de Wimpffen main. ait au général Lebrun que plus de 80,000 Allemands franchissaient la Meuse entre Donehéry et Dom-le-Mesuil. Ces mouvements devaient éclairer Mac-Mahon sur la gravité de sa situation. Mais jusqu'au dernier moment, il paraît s'être fait i.lusion sur le nombre des ennemis qu'il allait avoir à combattre. Le 27 encore, il avait dit uu géi éral Lebrun qu'il n'avait pus devant lui plus de 60 à 70,000 hommes. Au reste, on était si peu au courant dans l'armée française de ce qui avait rapport à l'ennemi, que l'empereur fut persuadé jusqu'à la dernière heure que le prince Frederic-Charles avait quitté Metz et que c'était lui qui était en face du ses troupes.

•Il est certainement regrettable que Mae- Mahon se soit attardé à Sedan, uu lieu de profiter des derniers moments pour battre en retraite sur Mézieres; il aurait pu essuyer un échec, un ou deux de ses corps auraient pu être malmenés par l'ennemi, mais du muiiis le gros do l'armée eût été sauf et il n'eût pas conduit ses braves soldats à une capitulation désastreuse, lit qui sait? peut -eue que si Buzaine n'avait pas eu ce précédent sous les yeux, il eût reculé devant la monstrueuse trahison dont il allait souiller nos annules. Toutes les dispositions de Mac-Malion, dans les journées du 30 et du 31 août, révèlent une indécision fatale, un manque de suite dans les idées qui préjugeaient une catastrophe imminente, ayant devant Iui,au contraire, un ennemi résolu et ne laissant échapper, soit par un moment d hésitation, soit par des atermoiements, aucune des occasions favorables qui pouvaient s'offrir à lui.

Faisons maintenant connaître lu disposition du champ de bataille. Le plateau de Sedan, qu'occupait l'armée française, présente un développement de 8 kilomètres du uord au sud et de 4 kilomètres uu plus de l'est à l'ouest, car il se termine eu pointe vers le sud. Sur la rive droite de la Rieuse, la ville de Sedan s'étend jusqu'aux premières pentes des hauteurs, sur lesquelles se prolonge en partie un ancien camp retranché qui ne joue d'ailleurs dans la bataille qu'un rôle insignifiant. Sur la rive gauche, dans un coude tresprotioncé de la Meuse, s'étend le faubourg de Toroy, défendu par une tête de pont qui forme la corde de lare décrit par le fleuve. Le village de liazeilles, au nord-ouest de celui-ci, et le faubourg de Balan s'etendeut au fond de la vallée. C'est seulement au uoid et à l'est de ces deux localités que le sol monte graduellement et s'élève de plus en plus vers le nord jusqu'aux grandes forêts ues Ardennes. A l'est, le terrain très- accidenté du champ de bataille est limite par une vallée encaissée entre des pentes rapides, qui court du nord au sud, et uaus laquelle se trouvent les vilkiges de Oivonne, Daigny et La Mou* celle; au nord-ouest, il est buuié par la vallée de l'illy, au fond de laquelle sont situes Floing et Illy. Entre Bazeii.es et Sedan, la rive droite de la Meuse forme une plaine d'une largeur de 1,500 mètres; sur la rive gauche, au contraire, s'etendeut, depuis Remilty jusqu k Wudeliucourt, ues hauteurs qui commandent au loin le bord opposé et qui viennent mourir sur le fleuve. Sur le plateau même du champ de bataille, le buis de la Garenne a une importance particulière ; il mesure 3,000 pas du nord au sud et 2,000 de l'est à l'ouest; sur plusieurs points, les arbres y sont clair-semés.

La distance de Sedan à la frontière belge, en ligue droite, est de 12 kilomètres.

Les différences de niveau Ues divers points Culminants du champ de bataille sont assez Considérables. La côte la plus élevée est de 203 mètres; elle est de 10-i au plateau de La Moucelle, de 160 à B:ilau, de U>4 a 1B8 sur la route de Cari^nan, entre Uouzy et B.izeilles. Sur le versant occidental, les côtes sont de 274 au calvaire dllly, de 174 dans la vallée du ruisseau de Floing et de 288 sur le plateau qui couronne le village de ce nom.

Trois routes, pouvant servir de ligue de retraite, coupent le champ de bataille ou

SEDA

viennent y aboutir. Une, le traversant du sud au nord, i asse à Givonne et va de Sedan à Bouillon (Belgique); une seconde, à l'est, se rend de Sedan à (Jarignan, sur la rive droiie de la Meuse; elle était occupée par le 2e corps bavarois; une troisième enfin, à l'ouest, sur Mezières, avait été complètement interceptée par l'ennemi dans la nuit du 31 août au 1" septembre.

Au commencement de la bataille, nos troupes occupaient les positions suivantes : le 120 corps (Lebrun) foi niait l'aile droite de l'armée, occupant Balan , Bazeilles et La Moncelle; il faisait face au sud et avait directement devant lui le l^r corps bavarois. Au nord du 12e corps, le \" corps (Ducrot) occupait le plateau, le fond de Givonne et Daigny; il allait avoir a lutter contre le 120 corps (Saxons) et la garde royale. Au nord-ouest, le Ie corps (Douay), auquel on avait adjoint deux divisions de cavalerie, se tenait en avant du bois de la Garenne, entre la route de Floing et celle d'Iliy ; du côté des Allemands, les se et U« corps d'armée, appuyés par la 2e et la 4» division de cavalerie, étaient affectés à l'attaque ultérieure de celte partie de la ligne de bataille. Quant au 50 corps français, si maltraité à Beaumont, il était placé en réserve dans le vieux camp retranché.

La position que l'armée française occupait le 1" septembre, et dans laquelle elle se trouvait contrainte d'accepter la lutte, était très-caractéristique. Elle se développait en demi-cercle autour de Sedan, faisant face à la fois au sud-est, k l'est et au nord; Sedan formait le point central de la position. Mais celte place, dépourvue d'un armement sut'Iisant, mal approvisionnée, dominée de tous côtés, exposée au feu meurtrier des hauteurs de la rive gauche, ne pouvait être considérée ni comme un accroissement de force défensive pendant la bataille ni comme point de ralliement convenable en cas de revers; tout au plus pouvait-elle servir de refuge k quelques bandes de fuyards. La lutte ainsi acceptée dans une position de défensive passive laissait k l'assaillant pleine et entière liberté de manœuvrer dans toutes les directions et lui ménageait tous les avantages de l'initiative. Dès le début, le défenseur renonçait à toutes ses lignes de retraite, rendant ainsi une catastrophe inévitable dans le cas d'un échec.

L'armée française, qui, au départ de Châlons, comptait de 140,000 à 145,000 hommes, n'en présentait pas plus de 70,000 en ligue k Sedan. La différence provenait de la débandade qui s'était mise dans les troupes ainsi que des pertes éprouvées à Beaumont. Quant k l'ennemi, il accuse lui-même des forces plus que triples des nôtres, supériorité écrasante augmentée encore parle chiffre énorme et la puissance incomparable de son artillerie, sans parler de la position convergente qu'il occupait. Tous les avantages étaient Uonc de sou côté : supériorité du nombre et de la position, supériorité du commandement, supériorité de la situation morale dans laquelle se trouvaient les soldats. Dans la journée du 31 août, une division du 130 corps (Vinoj ), envoyée de Paris k l'armée de Chàlons et comptant environ 27,000 hommes, était bien arrivée à Mezières; mais on sait que Ce corps ne prit aucune part k la lutte et que le général Vinoy dut le ramener en toute haie sur la capitale. S'il fût nrrivé à temps, eùl-il modiiié le résultat de la bataille? C'est là, aujourd'hui, une question tout k fait oiseuse.

Le 1er septembre, avant même que le jour eût paruv l'action s'engageait du coté de Bazeilles entre le 1" corps bavarois (géuéial de Tauu) et notre 12e corps. Pendant la nuit, le général bavaiois avait fait occuper lu rive gauche de la Meuse par 18 batteries, par la lru brigade d'infanterie et une partie de la 2e, tandis que le reste du corp.s bivouaquait entre Remilly et Aiigeeourt. Ce que l'ennemi redoutait surtout, c est que l'armée française ne su dérobât en évitant la bataille, et l'attaque prématurée des Bavarois avait précisément pour but de nous retenir sur le terrain jusqu'à l'arrivée des auties corps. A quatre heures du mutin, favorisées par un épais brouillard, deux brigades d'infanterie ennemie franchirent la Meuse k Remilly et s'avancèrent sans combattre jusque dans le voisinage immédiat de BuZeilies. Pourquoi n'avait-oii pas fuit sauter les ponts établis sur la Meuse? Ou ne saurait le dire. On aurait dû également barricader et rendre impraticable le pont du chemin de fer, ce qui aurait empêché les Bavarois de se porter rapidement k Balan et à Bazeilles, pendant que leurs forces principales atteignaient de front ce dernier village.

A quatre heures du matin, le 12° corps français avuit pris les armes de son côté. La brigade de marine des Palliêres occupait Bazeilles; l'artillerie avait pris position sur les hauteurs qui s'êieiuient entre Bazeilles et le faubourg de Balan. L'autre biigade de marine (général Iteboul), la l'e division d'infanterie (Graudchamp) et la 2« division (Lacretelle) s étaient établies sur le plateau, ent.e La Monoelle et le fond de Givonne. Nous avons, tlejk dit que les deux brigades de marine formaient la 3e division, Commandée par le général Vassoigne. A quatre heures et demie, l'avant-garue bavaroise s'emparait de la station du chemin de fer au sud de Bazeilles; mais tous se^ efforts pour pénétrer

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dans le village furent repoussés. Vers sept heures, le brouillard s 'étant un peu dissipé, les batteries françaises de Bazeilles et les batteries bavaroises de la rive gauche commencèrent un feu terrible qui fit surtout éprouver de grandes pertes à la ire division bavaroise, forcée de marcher k découvert

I contre Bazeilles. A cinq heures et demie, le général Lebrun mamlait au maréchal de Slao-Mahon que la lutte prenait de grandes

I proportions et qu'une nombreuse artillerie (du 12e corps saxon) se déployait de l'autre côté du fond de Givonne, tandis que de grosses colonnes d'infanterie se dirigeaient vers le nord-ouest. En conséquence, il demandait que le 1" corps (Ducrot), établi derrière lui, fût invité à l'appuyer en cas de besoin. Quand le maréchal reçut cet appel du gêné. al Lebrun, il venait de quitter Sedan pour se rendre sur le champ de bataille de Bazeilles. Entraîné pur l'intrépidité que les Allemands mêmes se plaisent k lui reconnaître, il se porta jusque sur le front de la première ligne. Mais presque aussitôt, avant qu'il eût eu le temps de donner des ordres, il était atteint, vers sept heures, k l'ouest de La Moncelle, d'un éclat d'obus qui lui laboura les reins après avoir emporte la croupe de son cheval. Le maréchal dut alors se faire transporter k S;dan. Nous ne nous ferons pas ici l'écho de ceux qui ont prétendu que cette blessure n'avait rien de réel et que le maréchal l'avait simulée pour se dérober a. la responsabilité d'une catastrophe qu'il prévoyait imminente. Nous sommes parfaitement convaincu qui! n'y a là qu'une rumeur calomnieuse, qu'on ne saurait croire fondée sans faire une injure gratuite au caractère bien connu du maréchal.

Au début de la lutte, cette circonstance était des plus malheureuses; elle enlevait k l'année un chef qu'elle aimait et en qui elle avait confiance, et les fluctuations du commandement allaient influer d'une manière déplorable sur le résultat des opérations. Quand cet accident se produit au cours d'une bataille, le commandement revient de droit au plus ancien ofrioier supérieur du grade le plus élevé. Dans le cas présent, il aurait dû passer aux mains du général de Wimpffen, le plus ancien ofticier général, et, k son défaut, au général Douay. Cependant, Mac- Muhon transmit de sa propre autorité le commandement en chef au générai Ducrot. Ce choix ne put se déterminer que par des préférences personnelles, car il ne s'imposait point par une supériorité de talent. De pUs, le nouveau général en chef ne se trouvait pas sur les lieux, de sorte que Mac-Mahon ne put lui fournir ses instructions et lui communiquer soif plan de bataille, si toutefois il en avait un. Le général Ducrot allait donc introduire de nouvelles combinaisons, et cela au milieu du feu; or, il eût fallu être Napoléon 1er pour se tirer d'une pareille situation. Une autre complication allait surgir : la lettre du ministre de la guerre qui mettait le gênerai de Wimpffen en possession du commandement si le maréchal était force de l'abandonner. Ces changements rapides devaient exercer sur tout le cours de la bataille une influence d'autant plus désastreuse, que les deux nouveaux chefs qui allaient se succéder parlaient ue plans stratégiques diamétralement opposés. Eu effet, le général Ducrot croyait la retraite sur Mezières praticable et la seule voie de salut ouverte k l'aimée française, tandis que le général de W.inpffeu croyait toute retraite fermée de ce cote uprès le mouvement des corps ennemis sur la rive droite. Pourquoi ce dernier, muni d'une nomination émanant du ministre, ne prit-il pas alors en main le commandement, comme c'était son droit, plu.ôl que de le laisser an gênerai Ducrot? Lui-même nous en donne l'explication : ■ Je résulus de laisser agir le général Ducrot, pensant que, plus heureux que moi, il avait la pensée du maréchal et connaissait le plan auquel le maréchal a'était arrête pour lu bataille. »

Le gênerai Ducrot élan k Givonne, occupé k faire établir des épaulernents pour l'artillerie du 1er corps, lorsqu'il reçut, k sept heures et demie, la nouvelle que le maréchal était blessé et que celui-ci l'avait désigné pour le commandement en chef. 11 abandonna aussitôt les dispositions prises par Mac-Mahon et se bâta de revenir au plan qu il avait mis en avant et ardemment défendu. Eu conséquence, il envoya l'ordie k tous les corps de se concentrer sur le plateau d'illy pour s'ouvrir la route de Mezieies. Le ltr et le 12« corps devaient quitter leurs positions et se replier de manière a évacuer Bazeilles, puis Givonne. Le mouvement rétrogra le commença immédiatement par les divisions L'Héritier et Pelle, du 1er corps, établies eu seconde ligne, qui avaient ordre de se replier en même temps que la division de marine Vassoigne, du 12" corps. Mais le général Lebrun était inquiet des conséquences d'un mouvement qui mi faisait pérore tous les avantages de l'énergique résistance qu'il avait opposée aux Bavarois k iiuzeiLles, et il enjoignit k la division Vassoigne du conserver ses positions. Le général Ducrot accourut alors auprès du gênerai Lebrun et lui exposa l'impérieuse nécessité d'une prompte exécution du mouvement ordonné. La division Graudchamp abandonna alors sa position de Bazeilles, où elle était restée inexpugnable. A la vue de cette munœuvre rétro-

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grade, l'empereur lui-même en fit demander l'explication au général Ducrot, qui répondit • « L ennemi se borne k nous amuser k llnz-illes; c'est k I!ly<ju'il nous livrera la véritable bataille, quand il aura achevé son mouvement tournant. En conséquence, le général a commencé une retraite en bon ordre pour concentrer l'armée. » Napoléon se tint pour satisfait de celte explication ; mais il n'en fut pas de même du gênerai de Wimpffen, qui voyait le saiut de l'armée dans une opération absolument contraire. C'est alors qu il ju.çea convenable de produire la lettre de service qui l'investissait (Tu commandement, afin d'arrêter une opération qu'il considérait comme des plus dangereuses en ce moment et qui n'eût Été praticable qu'avant le passade de la Meuse par 80,000 Allemands à Dom le-Mesnil et k Donehéry. Il comptait sur les péripéties delà bataille pour trouver une combinaison moins désastreuse et qui no livrerait pas l'armée k l'ennemi avant d'avoir au moins épuisé tout ce qu'on peut espérer des chances d'une lutte héroïque. S'il f.iut en croire le général de Wimpll'en, les généraux ennemis eux-mêmes ont déclaré que cette retraite, commencée à sept he très et demie, leur avait donné k espérer d'avoir l'urinée française prisonnière vers neuf heures du matin; qu'ils avaient été fort surpris de notre retour offensif et surtout de notre résistance prolongée jusqu'à la nuit. Lequel des deux généraux avait raison? D.uis la situation desespérée où se trouvait alors l'armée, nous croyons que l'un et l'autre se berçaient d'un espoir chimérique. Avant huit heures du matin, il eùi éié encore possible k l'armée française de passer en Belgique en opérant sa retraite sur Bouillon, avant que le 12e corps prussien eût coupé cette communication, et c'est ainsi que le 3° de zouaves échappa au désastre, apr-'s avoir été abandonne sur les hauteurs au-dessus de Givonne; mais était-il bien honorable pour toute une armée de se jeter sans combat sur un territoire neutre et d'y déposer ses armes? Le général de Wtin, ffen crut voir le salut dans une surprise tentée, par un retour offensif ei général, sur les corps bavarois les plus maltraités de l'armée allemande. 11 espérait ainsi les forcer k nous laisser reprendre la route de Carignun, que les mouvements opérés contre nous avaient dégarnie de troupes ennemies. Croyant urrivee pour lui la nécessité impérieuse de prendre en main le commandement en chef, il écrivit à huit heures et demie le billet suivant au général Ducrot :

• L'ennemi faiblit sur notre droite; je ne pense pas que dans cette condition il y ait lieu de songer k battre en retraite; j'envoie la division Graudchamp k Lebrun. Usez de toute votre énergie et de tout votre savoir pour remporter la victoire sur un ennemi dans des positions désavantageuses. J'ai une lettre du ministre de lu guerre qui me nomme commandant de l'armée ; nous en re, ailerons après la bataille. •

En même temps, le général de Wimpffen écrivait au général Lebrun : « Je vous envoie des troupes en grand nombre; j'espère que, si vous avez perdu des positions, vous pourrez les reprendre. »

Le général Ducrot a accusé le général du Wimpffen d'avoir obéi en cette circonstance k uu sentiment d'ambition. Nous croyons que la situation n'avait rien qui pût séduire un homme d'une aussi grande expérience militaire; nous aoiuin ;s convaincu, au contraire, que le général de Wimpffen lit, alors acte d'abnégation et de patriotisme en revendiquant une si terrible responsabilité; il crut n'écouter que la voix du devoir, dans la conviction où il était que la retruite par Illy conduisait infailliblement k nue catastrophe. H est vrai qu'il ne la retarda que de quelques heures, mais nous venons k qui doit en incomber la responsabilité,

A la réception de la dépêche du général de Wiuipffen, le général Ducrot accourut auprès de lui et essaya de le faire revenir sur une détermination que, de sou côté, il considérai t comme des plus dangereuses; mais ce fut inutilement. Il dut céder et faire l'aire demi-tour aux deux divisions de son armés qui avaient déjà commencé leui -mouvement. La d. vision Grandchainp ralliait eu même temps le 120 corps; de sorte qu'entre neuf et dix heures le 12<s corps et le 1er occupaient de nouveau leurs anciennes positions. Le général de Wimpffen, parcourant le champ de bataille, rencontra l'empereur qui revenait des hauteurs de B 'Zeilles. Il avait vu uu ofticier d'or. ionnance" tué k quelques pas de lui, et il n'en avait pas fullu davantage pour jeter du froid sur son ardeur belliqueuse et pour lui faire abandonner ce champ de bataille où notre division de marine combattait si héroïquement. D'ailleurs Sa Majesté avait fuini, et elle allait tranquillement deje.iner, comme au sortir d'une revue ai Champ-de-Murs. Le général de Wimpffen, lui, ne devait manger dans toute cette journée qu'une carolte arrachée d'an champ. En apercevant le général, l'empereur lui demanda des nouvelles de lx bataille :

■ Sire, répondit le général, les choses vont bien ; nous regagnons du terrain. »

Napoléon lui ayant fait observer que l'ennemi montrait des forces considérables sur

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notre gauche, interceptant la route de Mézières : • Nous liions d'abord, dit le général, nous occuper de jeter les Bavarois dans la Meuse, puis, aveu toutes nos troupes, nous ferons face à notre nouvel ennemi. • On raconte qu'en entendant ces paroles le général Custelnau, qui assistait k l'entretien, saisit vivement la main du général Pajol, aussi présent, disant : ■ Plaise à Dieu que ce ne soit pas nous qui soyonsjetés dans la Meuse! » mois qui font bien ressortir le profond découragement qui s'était déjà emparé de la plupart de nos généraux. Ils ne croyaient pas au succès possible du plan du général de Wimpffun; avaient-ils plus de confiance dans celui du général Ducrot? C'est ce que nous ignorons. ïiansnous prononcer sur une question aussi délicate et qui sort de notre compétence, nouseroyousquelegéiiéruldeWimpffeu avait plus de probabilités en sa faveur ; car, en ordonnant la trouée sur Cariguan, il attaquait le point le plus faible de toute la ligne ennemie. En effet, de ce côté, tous les efforts des Bavarois avaient échoué contre l'indomptable résistance du lijo corps; dans cet effroyable combat, la division de marine surtout se couvrit de gloire. L'immense supériorité de I artillerie et des forces ennemies, la tempête de fur et de feu qui mugissait autour d'eux, rien ne put ébranler ces héroïques combattants, décimés k chaque décharge des anilleries bavaroise et saxonne, car, pour permettre à Von der Tann de continuer la lutte, il fallut lui envoyer des tro ipes de l'année du prince de Saxe, le régiment prussien de Magdebuurg, le 4e bataillon des chasseurs prussiens et de nouveaux canons. Ce ne fut que vers dix heures, après six heures d'une effroyable mêlée, que les Bavarois réussirent k pénétrer dans Bazeilles. Mais il fallut l'emporter maison par maison, jardin par jardin. Les marins détendaient chaque bouquet d'arbres, chaque recoin avec acharnement. Leurs munitions épuisées, ils se précipitaient k la baïonnette sur leur ennemi et allaient recommencer plus loin, vendant chèrement leur vie, car ils savaient que l'Allemand barbare ne faisait pas de quartier. Les Bavarois massacraient sans pitié tout ce qui s'offrait a, leurs coups : femmes, enfants, vieillards, rien ne fut épargné. Des enfants en bas âge eurent la tête bruyée contre des pans de muraille; de malheureuses femme--, affolées cl fuyant le feu, étaient repuussees k coups de ciosse au milieu des flammes. Aprè3 de tels actes de sauvagerie et lorsque la première fureur du combat eut été apaisée, il semblait que l'humanité ulhiit réprendre ses droits; il n'eu fui rieii. Lorsque les Bavarois eurent emporté Bazeilles , ils trouvèrent encore beaucoup d'habitants qui avaient survécu au desastre; ils les emmenèrent derrière le village, sans distinction d'âge el de sexe, et les fusillèrent impitoyablement, malgré leurs larmes et leurs supplications.

(Jette épouvantable exécution souleva l'indiguatiou universelle; les Allemands, peu flattes de .se voir uns k la suite des plus féroces conquérants dont parle l'histoire, imaginèrent l'étrange théorie en vertu de laquelle tout patriote qui défend sou pays les armes à la main doit être fusillé. Le colonel Borbstuedt dit à ce sujet :

« Si tant est que des actes isolés de cruauté aient été commis pendant ce combat acharne, il est hors de uoute qu ils ont été amenés par la participation sauvage et fanatique des habitants à la lutte. •

Voila qui est clair. Le général Von der Tann essaya de se disculper autrement, c'està-dire en niant les tans. Au mois de juin 1871, il écrivit à l'Altgemeine Zeiiung (Augsbourg) la lettre suivante, relative k liuuendie ue Bazeilles :

« Les troupes du 1er corps d'armée bavaroise et la 8" division d'infanterie prussienne ont été accusées dans les journaux, notamment dans le Times du 15 septembre 1870, par la publication d'une lettre du duc de Fitz James, datée du 12 septembre, d'avoir agi dans le combat de Bazeilles, le 1er septembre, avec une injustifiable cruauté envers les habitants duuit lieu.

• Les Bavurois ei les Prussiens, a-t-on dit, pour punir ces habitants d'avoir pris part k la défense, auraient brûlé le village; les gardes nationaux de l'endroit seraient tombes eu grande partie dans la lune; la population, s étant réfugiée dans les caves, y aurait été brûlée tout entière, femmes et enfants.

• Des 2,000 habitants, 300 k peine auraient survécu, lesquels racontaient que les Bavarois avaient repoussé des familles entières dans les flammes et fusillé des femmes qui cherchaient à s'enfuir.

» Pour ne pas opposer de simples affirmations ù des accusations de cette sorte et pour pouvoir prouver leur fausseté par des pièces authentiques, je n'ai pas répondu peuuant la guerre; mais, après la conclu ion de la paix, j'ai pu, par l'entremise du commissaire civil allemand, obtenir des autorités françaises, notamment de M. Belloiuet, inaire ue Bazmlies, un rapport uetadle et nominatif sur tous les habitants de cette localité qui ont été victimes des combats des 31 août et lor septembre.

» D'après ce rapport officiel, le nombre total des morts, blesses ou gens disparus, parmi la population de Bazeilles, est de 39, sur ;ssquels ont été brûlés ou étouffes : 2 feintes

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alitées, 3 hommes et 3 enfants; pendant les t deux jours de combat ont été blessés ou ont disparu : l femme et 30 hommes, en tout 39 personnes.

■ La plus grande partie du village devint la proie des flammes, par suite de la canonnade dirigée sur ce point des deux cô. es pendaut deux jours et du meurtrier combat de rues et de maisons soutenu six heures durant contre le 12» corps français, notamment contre la division d'infanterie de marine, combat dans lequel mon corps perdit 2,000 hommes, tués ou blessés,

» Ces chiffres parlpntjje puis m'épargner des paroles de rectification, et je me bornerai à exprimer le vœu que tous ceux qui, en écoutant des exagérations explicables par l'effroi du moment, se sont laissé entraîner à d injustes accusations, prouvent leurs sympathies aux malheureux habitants de Bazeilles par de généreux secours; carie maire, M. Belhimet, ajoute k son rapport que, depuis la bataille, sur 2,048 habitants, Uo U 150 sont morts de maladie par suite de dénûmeiit et de misère.

» Nancy, le 20 juin 1871.

» Baron VON dbr Tann. »

A cette lettre, où la vérité était impudemment travestie, l'àbbe Duinenech, aumônier de la 2e ambulance du 12» corps d'armée, répondit par la lettre suivante, adressée au directeur de V Allgemeine Zeitung :

• Paris, 21 juillet 1871.

» Monsieur le directeur, » Le général Von der Tann a publié dans Y Allgemeine Zeitung (d'Augsbourg) une lettre reproduite par plusieurs journaux et dont il est un devoir, dans l'intérêt de la vérité historique, de relever l'inexactitude et même la matrvaise foi.

• M. le commandant Lambert, chargé le 31 août au soir, par le général de Vassoigue, d'occuper Bazeilles et de mettre ce village eu état de défense, se prépare k réfuter la lettre du général Von der Tann, dans laquelle on lit le passage suivant : « La plus » grande partie du village devint la proie des ■ flammes par suite de la canonnade dirigée • sur ce point des deux côtés pendant deux » jours et du meurtrier combat de rues et de » maisons soutenu six heures durant contre » le 12» corps français, notamment contre la ° division d'infanterie de marine , combat o dans lequel mou corps perdit 2,000 hommes » tués ou blessés, i

» Le matin, k quatre heures vingt, le commandant Lambert fut attaqué par l'ennemi, qui, pendant toute la nuit, avait passé la Meuse sur un pont de bateaux.

» Apres avoir défendu le village maison par m.iison, le commandant Lambert fut pris dans la dernière quaud il n'eut plus de cartouches pour prolonger la défense.

» M. Von der Tann ne récusera pas le témoignage de ce commandant, qui lui fut atu né, devant le prince royal de Saxe, le l« septembre, à trois heures du soir, et dont il n'a certes oublié ni le souvenir ni ce que lui avait coûte 1 héruïsme de cet officier et de ses braves soldats.

■ Lu commandant Lambert, n'oubliant pas que nous avons encore bien des prisonniers en Allemagne, qui sont piUs que jamais maltraites depuis qn'ils n'ont plus leurs officiers pour les défendre, attend leur délivrance p-.ur publier un récit ues atrocités commises a Bazeilles par les Bavarois et pour dévoiler l'astuce et le mensonge qui lèguent dans touie'la lettre uu générai Von der Tann.

• lin attendant celte publication, el sans faire aucun cas des complaisances plus ou moins volontaires de Al. Beiloinet, maire de Bazeilles, comme des assertions du commissaire allemand, je me contenterai de prier AL Von lier Tann de parcourir la Chronique illustrée de la guerre, imprimée k Leipzig ; il y trouvera, page 173, un dessin allemand repr. sentant une vue de Bazeilles et quantité d'hubitauts attaches et fusillés dans les rues. Dans une autre livraison de ce journal, il verra des Bavarois poursuivant des femmes et des enfants, et les tuant comme des bêtes fauves. Eu outre, je le prierai d aller a l'hôpital d'ingolstadt; il y verra un officier bavarois devcn.j fou k la suite des horreurs qu'il a vu commettre k Bazeilles par ses compagnons d'armes.

» Non-seulement je maintiens tout ce que j'ai du dans mon Histoire de la campagne de 1870- 1871, relativement k l'incendie tic Bazeilles et aux pertes énormes subies par les Bavarois daus ce village, mais je puis afiirmer que le général Von der Tann sait pertinemment que sa lettre est, un cbet-d œuvre de dupiiciie. Eu effet, n'est-ce point lui, son état-major, lu musique el uu bataillon de la garde loyale qui formaient le cortège des officiers que j'ai enterres à Bazeilles? N'ont- 1 ils pas tous vu comme moi, en traversant les rues de ce village, les Bavarois mettre le feu, dans la matinée du 2 septembre, k la mairie, aux usines et aux maisons qui n'étaient point encore brûlées? N'ont-ils pas tous vu comme moi, daus cette même mutinée, les groupes d'hommes, de femmes et du soldats qu'on allait fusiller du côté de la Meuse et de Remilly?

> Dans la 4» édition que je prépare de mon livre, j espère citer les noms des seize soldats de l'uifauterie de marine qui ont été fusilles

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avec le lieutenant Vatrin et le sous-lieutenant Chevalier, qui s'étaient rendus après avoir épuisé leurs munitions et ne pouvant plus se battre.

■ Je citerai bien d'autres assassinats de ce genre, et si le général tâche de se laver les mains de tout le sang répandu en dehors des lois de' la guerre, je lui dirai :

« Général; mettez des gants, car le sang » restera sur vos mains, comme il reste sur » votre conscience, si vous en avez une. »

A ce témoignage accablant, joignons une autre lettre d'un habitant des Ardennes, où l'on trouvera la preuve sans réplique que l'incendie de Bazeilles doit être attribué à l'autorité militaire allemande :

Au général Von der Tann.

« Alonsieur,

• Vous savez qu'après l'incendie de Bazeilles des souscriptions furent organisées au mois de septembre par M de Fitz-Jaines et quelques généreux Anglais. Peut-être vous souvieudrez-vous aussi que ces mêmes souscriptions furent interdites par vous ou pur vos subordonnés. Voici, du reste, k l'appui de ce fait, une pièce officielle émanant de I'étatmujor prussien, pièce qui fut affichée dans la ville de Sedan. On y verra eu même temps que Bazeilles fui. détruit, non par les obus, mais par suite d'une sentence exécutée en vertu des droits de la guerre :

• Sedan, 29 septembre 1870.

• J*ai appris qu'à la Cioix-d'Or et dans » d'autres hôtels on fait coller l'affiche ci- » jointe pour quêter en faveur des pauvres » de Bazeiiles : Subsrriplions are respect fully » soliciied in aid of the deslitute inhabitants ' of Bazeilles.

» Je vois dans cet acte un blâme et une » fausse interprétation de la sentence exé- » culée contre ce village en vertu des droits

• de la guerre.

• Cela ne peut être toléré, surtout de la » pari d'étrangers qui se permettent de » juger ia manière d agir des troupes alle- » mandes, et qui, en outre, font fabriquer » encore aujourd'hui des armes et des uiuiii- « tions contre nous.

» Que ces grippe-sous {groschen-puizer) » agissent dans leur pays comme ils l'enteu-

• dent; je crois qu'il est dans notre intérêt » d'arrêter ces messieurs et de les renvoyer » chez eux.

» Richard Gœloh. »

« Le commissaire de police veillera k ce

• qu'aucune souscription ne soit fuite dans la » ville sans l'autorisation de M. le conunaii- » dant de la place. Les pièces ci-jointes de- » vront être renvoyées de suite avec une at- ■ testution de M. le commissaire de police, ■> constatant qu'il en a ete pris counais-

• sa née.

■ Le commissaire civil, » STRli.NGE. 0

» Cette pièce officielle contient, comme vous voyez, général Von der Tann, un démenti assez catégorique k vos allégations. » Un habitant des Ardennes. »

Reprenons maintenant le récit de la bataille, que nous avons dû interrompre pour faire la lumière au sujet de cette sauvage destruction d'un village coupable de s'être défendu contre de féroces envahisseurs. C'est un souvenir qui doit rester écrit en lettres de sang au fond du cœur de tous les Français.

La position de Bazeilles était perdue pour nous, et l'ennemi, qui en comprenait toute l'importance, puisque c'était la seule issue par laquelle uous eussions pu échapper au cercle de fer qui allait nous être ndre, l'ennemi, disons-nous, le garnit de forces suffisantes pour résister k tous nos efforts. C'est sur la position de Givonne, occupée par le 1er corps (général Ducrot), que l'ennemi allait tourner ses coups. Notre résistance devait être d'autant plus faible sur ce point que l'attaque se produisit au moment où, sur 1 ordre du général Ducrot, plusieurs divisions do seconde ligue du 12« et du 1er corps avaient commencé leur retraite sur llly. De plus, nos soldats allaient avoir k lutter contre l'élite de l'armée prussienne, la garde royale. Des le début de l'action, le gênerai prince de Wurtemberg, qui commandait ce corps, appuya fortement son mouvement enveloppant vers lu droite, de manière k nous couper de ia frontière belge. Eu conséquence, sa iro division se porta sur Givonne, puis au delà dans la direction de Fleigueux, tandis que sa se division, sa réserve d'artillerie et la division de Cavalerie suivaient celte marche tournante. Couverte pur l'avant-garde, l'artillerie gravit les hauteurs qui font face à Givonne et se mit eu batterie sous le feu de nos canons. Biemôt ohe envoya ses obus sur des masses de cavalerie et u'iulaiiierie qui occupaient le fond de Givonne. Sous cette pluie de fer et de feu, dont la projection était continuellement rectifiée par les artilleurs al.etnands, plusieurs de nos régiments se débandèrent. La brigade Septeuil, de la division de cavalerie, prit la route de Belgique au nord de Givonne et continua sans interruption son mouvement le long de la vallée. Le 3° régiment de Zuuaves, de la brigade Fraboulet, de notre 4= division d'infanterie, s'enf.iit également vers la Belgique. Après un vioieut combat sur la rive gauche

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du ruisseau de Givonne, il prit la route de Sedan et franchit la frontière. Il réussit à échapper au cordon de troupes belges, gugna Rocroi et put revenir à Paris.

Cependant, après ce premier succès, l'ennemi n'avançait pas; malgré la supériorité écrasante de sou artillerie, qui faisait ideuvi>ir les obus sur nos soldats et à laqu lie la nôtre ne pouvait répondre qu'imparfaitement, le 1er corps résistait avec une obstination superbe; le cor|is saxon n'avait pu encore nous déloger du vill ige de Dauny. que nous occupions. Le prince de Wurtemberg fit alors porter sa 2" division dans la direction du sud pour appuyer les troupes saxonnes, tandis qu'une brigade d'infanterie s'avançait vers la gorge au nord de Daigny et que de nombreuses batteries so portaient sur Daigny pour battre le village lui-même, ainsi que notre artillerie, postée de l'autre côté du fond de Givonne. Quand l'ennemi eut ainsi accumulé sur ce point des forces écrasantes, il se lança en avant et réussit enfin k s'emparer du village de Daigny. Lorsque les divisions dètactipes du ig« et du 1er corps voulurent regagner leurs campements, sur l'ordre du gênerai de Wimpften, la garde royale, les Saxons et les Bavarois étaient trop solidement éablis dans le fond de la vallée pour que les Français pussent les en déloger. Ils durent se borner k prendre position sur les hauteurs du versant de droite. Mais là ils eurent k supporter le feu terrible de l'artillerie prussienne et saxonne et d'une partie des batteries bavaroises, tandis que les canons bavarois établis sur la rive gauche de la Meuse les prenaient en écharpe. Sous ce feu convergent, d'une intensité et d'une précision effrayantes, nos malheureux régiments étaient décimés. Peut- , être pourrait-on reprocher uu général Ducrot de n'avoir pas déployé dans le principe toute l'énergie nécessaire pour conserver cette position du fond de Givonne, k laquelle le général de Wiinptfeu attachait la plus grande importance.

Toutefois, le principal effort de l'ennemi devait se porter sur le bois de la Garenne, occupé par le 1« corps, point culminant courant du nord au sud et formant une bande de terrain d'une longueur de 2 kilomètres sur une largeur de 700 mètres environ. Dès la veille, le général de Wimpffen avait deviné l'importance de cette po-ition et prédit k son état-major que lit devait se concentrer l'orage, bien que le 7« corps formât l'extrême gauche de notre ordre de bataille. Vers dix heures, il alla trouver le gênerai Douay pour lui donner ses instructions en conséquence. A peine lui avait-il adresse la parole, que ce dernier lui déclara que nous ne nous battions plus que pour l'honneur de nos armes. « Veuillez me suivre, lui dit-il, il vous sera facile de vous en assurer. • Tous deux parcoururent alors le front des troupes en suivant la crête qui aboutit au buis de la Garenne et aperçurent toute une armée ennemie s'étendantau loin. De formidables batteries envoyaient leurs projectiles au milieu de nos rangs avec une précision qu'on eut admirée dans un polygone. Le gênerai de Wi.'.ptfen put se convaincre alors qu'il nu lui restait plus qu'un espo.r, celui de contenir le double effort de l'ennemi jusqu'à ia nuit et de maure l'obscurité à profit pour s'uuvrir un sanglant passage sur uu point quelconque du cercle qui se formait autour de nous. Le généra! Douay faisait comprendre au commandant en chef la nécessité absolue de s'assurer la possession du plateau dllly, dutit l'occupation pur l'ennemi rendrait intenable la position du T> corps, lorsque le général Ducrot arriva de sa |>ersoiiue et reçut aussitôt l'ordre de reunir toutes les forces qu'il pourrait trouver, de les diriger vers le pialeau d llly et de prendre également le commandement sur cette partie du champ de bataille; puis le général de Wim|.ffen regagna le front est de sa ligue du bataille, qui présentait déjà la forme singulière de deux moitiés d'armée établies dos a dos et luttant héroïquement, mais sans succès, contre une artillerie double eu portée et triple en nombre pur rapport à la nôtre. Nos obus n'arrivaient pas jusqu'aux Prussiens ou é 'huaient prématurément, et nos soldats bundissa.eut de colère aux éclats de ces projectiles qui les atteignaient k des distances énormes, sans qu'us pussent riposter. Ils luttaient néanmoins avec l'énergie du désespoir. L infanterie prussienne occupait le village de Saiut-AIeuges, ains. que les hauteurs situées au suii-est, pendant que d'autres troupes s'avançaient de Saint-Albert sur Floing, s'assuruut ainsi le débouché de l'étroit deliiè de Saint-Albert, par lequel devaient arriver les 11e et 5« corps to..t entiers. A mesure que tes batteries allemandes se présentaient, elles ahaieni prendre position sûr les hauteurs k l'est de Saint-Alenges. Une fois établies, elles ouvrirent un feu écrasant contre les h.. uteurs de Floing, occupées par nos soldats, el plus particulièrement dans la direction du bois de la Garenne et u'Illy. Elles formèrent bientôt une formidable ligue qu'un de nos officiers piisonniers désignait ainsi: 5 ktlomètres d'artillerie. Ce défilé de Suint- Aibert livrait continuellement passage à de nouvelles troupes ennemies; aussi le combat devint-il de plus en plus acharné et sanglant, et l'ennemi reconnaît lui-même que nus soldats montrèrent une admirable abnégation et

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firent preuve du plus complet mépris du danger. Ce qui peut donner une idée de l'intensité du feu de l'ennemi, c'est que, deux, batteries du 7« corps ayant voulu su mettre en position, elles furent immédiatement couvertes d'une telle pluie de projectiles qu'elles durent se retirer à la hâte, laissant sur le terrain une partie de leur matériel et de leurs servants.

Le général Douay avait cependant établi le 7e corps dans une excellente position, entre le calvaire d'Illy et de Floing, sur le plateau ondulé qui descend en pontes rapides vers Suint-Menges. Avec les deux villages d'Illy et de Fioing, cette position ressemblait à un front baslionné couvert par une vallée marécageuse d'une largeur de 200 pas, dans laquelle courait un ruisseau de 1 mètre de profondeur. Nous occupions solidement le bois de la Garenne, situe en arrière de la droite, afin de maintenir la liaison du T corps nveo le l«. Deux brigades du 5« corps et des l'i actions du 1" avaient également été appelées sur ce point, de sorte que notre infanterie dans le bois de la Garenne appartenait à trois corps différents. Nous avions, en outre de l'artillerie et même de la cavalerie dans une cluirière de l'intérieur. Ce bois servit d'objectif aux batteries des lie et 5c corps ennemis, qui y vomirent des torrents de projectiles. Les soldats français tombaient en même tt-mps que les branches coupées par la mitraille, sans pouvoir faire le moindre mal a l'ennemi; toute batterie qui tentait de s'établir en dehors du bois était aussitôt réduite au silence par les feux convergents de l'ennemi ; eu dix minutes l'artillerie allemande démontait trois de nos batteries. A la distance do 3 k 4 kilomètres, nos mitrailleuses devenaient inutiles ; le lendemain, on en voyait sur le champ de baïuille qui n'avaient point encore servi et broyées par quelque obus allemand. Et ce qu'il y avait de plus effroyable dans notre situation, c'est que les feux de cette artillerie formidable se rapprochaient de plus eu plus et allaient former tout autour de nous, sans solution de continuité, un cercle infranchissable.

Eu effet, des que la canonnade lointaine qui retentissait du côté d llly eut annoncé k la garde royale que les coiunnes tournantes avaient at.eiui leurs positions de combat k l'aile gauche, la div.sion de cavalerie se porta eu avant pour donner ta main à l'armée du pr.nce royal, tandis que l'ai tillerie, sous les ordres du général prince de liohenlohe, redoublait l'intensité de son feu contre les colonnes françaises ; puis, lorsque nos batteries eurent ete réduites au silence dans le bois de la Garenne, le prince Auguste de Wurtemberg prescrivit à toutes ses batteries de se réunir en une seule sur les pentes de la hauteur à l'est de Givoiine, et un feu plus efl'royabie encore s'ouvrit sur le bois. Vainement quelques-unes de nos colonnes essayent de déboucher; elles sont aussitôt criblées d'obus et contraintes de rentrer dans cette position, qui no leur offre plus aucun abri, car le bois est fouillé au nord par les canons de la 3e armée et à l'est par ceux de la garde. En même temps, une division ennemie appuyait plus au nord sur llly, où étaient déjà arrivées des troupes du ne corps, en sorte qu'à trois heures l'armée du prince de Saxe et celle du prince royal avaient opéré leur jonction directe, enfermant ainsi l'année française dans un vaste cercle de feu et ne lui laissant aucune issue, pas même du côté de la frontière belge.

A notre droite, la situation était presque aussi désespérée ; cependant c'est surce point que le général de Wimpffen résolut de tenter un dernier, un suprême effort et de s'ouvrir un uliciuin sanglant à travers les Bavarois, qu'il supposait épuisés par la longue lutte qu'ils avaient dû soutenir contre notre 12e corps. 11 fit aussitôt connaître sa résolution au général Lebrun et le prévint qu'il lui envoyait la division Goze, uu 5« corps. Il écrivit en même temps aux généraux Douay et Ducrot, pour charger le premier de couvrir notre mouvement sur les Bavarois et le second de marcher avec toutes ses forces dans la direction de La Moncelie et de Bazeilles; le gênerai de division de Lespan, du 5© corps, devait exécuter le même mouvement. Ces dispositions prises, le général de Wiinptfeu écrivit à l'empereur la lettre suivante, qu'il lui fit porter en double expédition par les capitaines d'état-major de Saintllaouen et de La Nouvelle :

« Sire, » Je me décide à forcer la ligne qui se trouve devant le général Lebrun et le général Liucrot plutôt que d'être prisonnier dans la place de Sedan.

j> Que Votre Majesté vienne se mettre au milieu de ses troupes ; el.es tiendront k honneur de lui ouvrir un passage.

• 1 heure i/4, 1« septembre.

» De WlMPFFIiN. »

Quand il voulut faire porter cette lettre, le brave général ne trouva sous sa main que les deux officiers d'élat-major que nous venons de mentionner; tous les autres, le croirait-on ? étaient rentrés à Sedan a la suite du maréchal blessé et s'y tenaient fort tranquilles, comme si, dit justement le général de Wiiuptfen, les officiers d'un état-major général ou particulier n'étaient pas attachés au

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commandant, quel qu'il soit, et non k la personne elle-même.

Quoi qu'il en soit, il était bien tard pour exécuter le mouvement imaginé par le général deWimpffen. Le général Douay lui fil répondre qu'il ne pouvait tenir plus longtemps et qu'il lui était impossible d'opérer sa retraite dans les conditions indiquées. En ce moment même, en effet, il était, écrasé par l'artillerie prussienne, et des tirailleurs ennemis commençaient à se montrer près du calvaire d'Illy, a la lisière du bois de la Garenne. Lorsque l'artillerie prussienne, ayant complètement éteint le feu de nos pièces, ne trouva plus de but à son action, l'infanterie commença à son tour à s'ébranler pour enfoncer notre gauoh<-. Dans l'espoir de l'arrêter, le général Ducrot, chargé d'appuyer le 7e corps sur sa droite, donna l'ordre au général ueMargueritte, qui se tenait en réserve dans une clairière du bois avec sa division de cavalerie, de déboucher en échelons à l'est de Floing, de balayer d'abord l'ennemi de front, puis d'opérer une conversion k droite de nianieie à culbuter tout ce qu'il rencontrerait. La 2C division de cavalerie du général Bonnemains appuierait ce choc gigantesque, auquel devaient également prendre part quelques régiments de cavalerie du 12° corps, commandés par le général de Salignac-Fénelon.

Le général deMargueritte enlève alors ses cavaliers ; mais au moment même où il débouche du bois, il tombe mortellement frappé. Le général de Galiffet prend le commandement, et la division s'élance comme un ouragan prêt à tout renverser. Mais elle vient se heurter contre dix-sept bataillons prussiens, après avoir réussi à franchir les lignes des tirailleurs. Accueillis par un feu épouvantable, nos braves cavaliers semblent tourbillonner, reviennent et se lancent de nouveau à la charge ; repoussés encore, ils se reforment et renouvellent les charges héroïques de leurs compagnons de Reiscbsoffen. A trois reprises ils abordent l'infanterie prussienne, dont les décharges terribles et rapides broient hommes et chevaux, dont les cadavres s'entassent en avant de ses lignes.

Des hauteurs de Frénois, un vieillard contemplait avec une émotion visible cette lutte homérique : c'était le roi Guillaume. On dit qu'en voyant la ligne blam-he de nus cuirassiers venir se heurter sans cesse, avec le plus complet mépris du danger, contre la ligne noire des fantassins allemands, disparaître dans les tourbillons de feu et reparaître encore, brisée et décimée après chaque décharge, il ne put s'empêcher de s'écrier :«Oh ! les braves gens I s

Après cet effort suprême, il n'y avait plus rien à tenter de ce côté du champ de bataille. Nos braves escadrons, maintenant épars, se rabattaient les uns vers le bois de la Garenne, les autres vers Sedan, laissant sur le théâtre du combat la moitié de leurs hommes et de leurs chevaux. Deux escadrons de cuirassiers, qui avaient cherche à gagner Sedan par un plus long détour, arrivèrent à Balun, occupé par les Bavarois. Le commandant d'Arlincourt, formant ses deux escadrons en colonne par pelotons, les lance au galop et renverse tout ce qui se trouve sur son passage. Il arrive ainsi jusqu'à l'extrémité de la rue, malgré le feu trè->-vif qui pan des maisons. Mais là nos braves cavaliers se heurtent à un obstacle imprévu : les Bavarois avaient barricadé la rue en y renversant des voilures. Néanmoins l'audacieux commandant franchit la barricade ; mais il est blessé et fait prisonnier. Le reste des cuirassiers est abattu en cherchant k suivre cet exemple, en sorte que, de ces deux escadrons, il ne restait de sain et sauf que trois officiers, qui furent faits prisonniers.

Apres avoir ainsi repoussé les charges désespérées de nos cavaliers, les dix-sept bataillons prussiens reprirent leur mouvement offensif, enlevèrent les hauteurs au sud de Floinget achevèrent de détruire toute résistance de notre part à l'aile gauche. *

Au centre, nos bataillons étaient également écrasés, et vers trois heures ils commencèrent à battre en retraite, les uns vers le bois de la Garenne, les autres vers Sedan. C'est en vain qu'ils essayèrent encore quelques retours offensifs et que le général Ducrot chercha à les ramener en avant ; dans l'état de désordre i t de démoralisation où se tiouvait alors l'armée française, il était impossible d'obtenir d'elle de nouveaux efforts.

Pendant ce temps, que faisait le général de Wimptfen T II avait écrit k l'empereur à une heure etquart et, plus d'uneheure après, il n'avait pas encore reçu de réponse. 11 ne vint pas un seul instant à la pensée du brave général que l'empereur hésiterait à préférer les chances d'une lune suprême à une capitulation. Il espérait, dit-il, que l'acquiescement de l'empereur à sa demande ferait venir en masse dans la direction que le général indiquait généraux et soldats. Ne voyant rien venir et sentant qu'il n'y avait pas une minute à perdre, il alla rejoindre le général Lebrun et donna l'ordre à la division de marine ainsi qu'à des bataillons de zouaves et au 41* de ligne de se porter en avant. Malgré un feu formidable, ces intrépides soldats, au nombre de 5,000 a 6,000, abordèrent la hauteur située en avant du fond île Givonne et qui domine La Moncelie, Bazeilies et Balan, et se jetèrent résolument à travers bois et dans les jardins.

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Après un engagement d'une demi-heure, cette vaillante colonne est refoulée par la 45e brigade saxonne, qu'appuyait un feu écrasant d'artillerie. Au reste, ce mouvement était devenu sans résultat possible ; le général espérait pouvoir se rallier dans cette direction aux autres divisions engagées et à la division Goze, du 58 corps, qui avait reçu dès le matin l'ordre de se porter en avant. Mais toutes les troupes françaises de ce côté s'étaient déjà repliées sur Sedan. Supposant qu'elles étaient à Balan, le général se lança dans cette direction ; mais là il se trouva seul devant une des portes de la ville, toute grande ouverte, et par laquelle beaucoup de troupes étaient déjà rentrées ainsi que le général Lebrun.

Et l'empereur fumait tranquillement des cigarettes à Sedan, inéditant sa réponse au général de Wimpffen, réponse honteuse, sinistre et lâche, qui pèsera comme une éternelle flétrissure sur sa mémoire.

Les partisans de l'Empire proclament hautement aujourd'hui que Napoléon III s'est couvert de gloire à Sedan, triste indice du temps où nous vivons, lia octobre 1870, ils étaient moins effrontés, et, dans la brochure que nous avons déjà citée, ils essayaient timidement de justifier leur héros en le montrant fort empressé le jour de la bataille. ■ L'empereur, dit la brochure [Des causes qui ont amené la capitulation de Sedan), monta k cheval et accourut aussitôt sur le champ de bataille. Il rencontra en chemin le maréchal, qu'on ramenait à Sedan, blessé d'un éclat d'obus. Ce malheureux événement, au. commencement de l'action, était d'un triste augure. L'empereur s'était porté d'abord, dès le matin, en avant du village de Balan , où le 12e corps, commande parle gênerai Lebrun, était fortement engagé cuiitre l'ennemi et maintenait vigoureusement ses positions. De là, il gravit la coteau de La Moncelie, couronné par des batteries d'artillerie et d'où l'on pouvait embrasser une grande partie du champ de bataille. Il traversa ensuite le fond de Givonue, rencontrant uu grand nombre de blessés, et parmi eux le brave colonel du 5e de ligne qui, étendu sur un brancard, se soulevaeu le voyant passer, pour crier encore : • Vive l'empereur ! • touchant témoignage de l'attachement que lui portait l'armée. En remontant sur les hauteurs, il fut rejoint un moment par le général de Wimpffen. Sur tous les pointa, le terrain était sillonné par une quantité prodigie .se d'obus arrivant à la fois de droite et de gauche et eutre-croisant leurs feux. Après être resté pendant cinq heures exposé à celte explosion Ue projecti.es, l'empereur revint à Sedan pour conférer, si c'était possible, avec le maréchal de Mac-Mahon. Il avait l'intention de ressortir; mais cela ne lui fut pas permis. Les rues, les places, les portes étaient obstruées par tous les impedimenta qu'une armée en retraite précip.tée traîne à sa suite... Vers trois heures et demie, le général de Wimpffen envoya un officier proposer à l'empereur de se ( lacer au milieu d'une colonne qui essayerait de se fuite jour à travers l'ennemi vers Carignan. L'empereur, qui avait reconnu l'impossibilité de sortir k cheval de la ville, fit répondre qu'il ne pouvait aller rejoindre le gênerai ; que, d'ailleurs, il n'entendait pas, pour sauver sa personne, sacrifier la vie d'un grand nombre de soldats et qu'il était décidé à partager le sort de l'armée... »

On sait fort bien ce qui se cachait sous cette hypocrite préoccupation relative à la vie des soldats. On aurait pu lui répondre qu'il s'agissait de sauver , non sa personne ,* mais l'honneur de la France et celui de l'année. Nous ne nous attacherons pas à faire ressortir les erreurs volontaires émises dans ce passage de la broch.ii-e, telles que la prétendue impossibilité de sortir à ch--val de Sedan. A deux lieu: es, et non à trois heures et demie, comme le prétend l'apologiste impérial, on pouvait très-facilement sortir , et même k cette dernière heure c'était encore possible, car l'arrivée des troupes débandées ne faisait que de commencer.

L'empereur allait enfin faire connaître sa réponse. Un peu avant quatre heures, le général de Wimpffen atteignait la porte de Sedan, lorsqu'il fut rejoint par un officier de la maison de l'empereur qui lui apprit que le drapeau blanc flottait sur les remparts; le drapeau blanc, le torchon, comme disaient les vieux soldats avec rage. L'empereur chargeait de plus le général de Wimpffen d'aller parlementer avec l'ennemi.

Cette nouvelle fut un coup de foudre pour le brave général, qui s'écria dans un mouvement de patriotique colère : « Je ne reconnais pas à l'empereur le droit de faire arborer le drapeau parlementaire. Je ne prendrai pas connaissance de la lettre ; je refuse de négocier, »

La vue du drapeau blanc avait causé un mouvement de stupeur dans toute l'armée, malgré la situation désespérée dans laquelle elle se trouvait. Le général Ducrot ne pouvait en croire ses yeux. • Ce n'est pas possible, s'écria-t-il ; c'est plutôt un drapeau d'ambulance dont la croix rouge aura été effacée par la pluie. ■ Le messager de l'empereur insistant auprès du général de Wimpffen, celui-ci prit la lettre et, sans l'ouvrir, entra en ville, appelant les soldats au combat et leur disant : • Il faut me suivre pour nous ouvrir un passage, si vous ne voulez pas être dans

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l'obligation de déposer les armes et de vous rendre prisonniers. • Mais des officiers et des soldats s'excusaient de ne pas le suivre, en lui montrant le sinistre drapeau qui llottait sur la citadelle. Néanmoins, malgré le trouble et l'indécision que cette vue jette dans tous les cœurs, le général parvient k réunir 2,000 hommes de tous les corps, cavaliers, fantassins, zouaves, chasseurs à pied, turcos, auxquels se joignent même quelques courageux habitants de Sedan. Il sort alors à cheval de la ville, ainsi que le général Lebrun qui consentit k s'associer k cette dernière tentative, et, à la tête de cette poignée de soldats traînant deux canons avec eux, il culbute les Bavarois et réussit à s'emparer de Balan, où le curé fait le coup de feu avec ses paysans. Il pousse ainsi 1 ennemi jusqu'au delà de l'église et se maintient là jusqu'au soir en attendant des renforts, mais bien inutilement. Il dut en conséquence se replier sur Sedan, où il rentra le dernier avec le général Lebrun.

Les détracteurs du général de Wimpffen ont traité d'héroïque folie cette tentative suprême; oui, c'était lu folie des patriotiques et tiers Soldats qui aiment mieux mourir l'épce k la main que de la déposer humblement aux pieds ou vainqueur.

Quelques instants auparavant, le général Ducrot s'était rendu auprès de l'empereur,

3 ni lui déclara avoir regretté la nomination u général de Wimpffen au commandement en chef. S'il n'avait pas voulu s'y opposer, disait-il, c'est parce qu'il était résolu k ne contrecarrer eu rien les décisions venant de Paris. « Après cette déclaration, rapporte le général Du-rot, l'empereur se tut. Ce silence rendait plus saisissant encore le bruit du dehors. L'air était en feu. Les obus tombaient sur les toits, entraînant des pans de maçonnerie qui s'abattaient avec fracas sur le pavé des rues. L'explosion des projectiles se mêlait au grondement de 600 bouches k feu. Cette épouvantable canonnade fut entendue jusque devant Metz, par le prince Frédéric- Charles. > L'empereur prenant ensuite la parole : > Je ne comprends pas, dit-il, que l'ennemi continue le feu. J'ai fait urburer le drapeau parlementaire. J'espère obtenir une entrevue avec le roi de Prusse; peut-être aurai-je des conditions avantageuses pour l'armée. ■ Le général, qui connaissait mieux le caractère prussien, répondit qu'il ne fallait pas compter sur la générosité de l'ennemi; puis il suggéra l'idée d'une sortie qu'on pourrait tenter a la nuit, et il ajoute : « Sa .Majesté fit observerqu'il existait un tel désordre, uu tel encombrement dans la ville, que les troupes étaient si uemoralisées, qu il n'y avait pas le moindre espoir de réussir. •

Cependant la canonnade retentissait avec un fracas plus épouvantable que jamais.

L'empereur, se tournant alors vers lu général Ducrot, le fit asseoir k une table et lui dicta l'ordre suivant : « Le drapeau parlementaire ayant été arboré, les pourparlers vont être ouverts avec l'ennemi. Le leu doit cesser sur toute la ligne.' — « Maintenant, signez, dit l'empereur. — Oh ! non, s'écria le général, je ne veux pas signer. » Il fit observer eu même temps qu'un pareil ordre ne pouvait être signé que par le gênerai en chef. Mais celui-ci était a. Balai), et comme l'empereur voulait a toute force une signature, il expédia le colonel Robert auprès du gênerai Faure, chef d'etat-niajor général de 1 année, pour lui demander sa signature, u Je viens de faire abattre ie drapeau blanc, répondit le gênerai, et ce n'est pas pour signer uu tel ordre. » D'un autre côté, l'empereur avait décidé le général Lebrun à se rendre en parlementaire au quartier général prussien, et comme le général partait avec un planton qui portait le diapeau parlementaire, il recontra le comte d'Oloune, officier d'ordonnance de Wimpffen, qui lui lit connaître la résolution prise par le général en chef de tenter un dernier effort. C'est alors que le général Lebrun, faisant jeter le drapeau, courut rejoindre le général de Wiuipffeii pour s'associer k sa généreuse, mais inutile entreprise.

Ainsi, on sent jusqu'à la fin la désastreuse immixtion de Napoléon III dans les affaires du commandement; il la couronne par une lâcheté qu'il n'avait pas même le droit de Commettre, puisque officiellement il n'était rien dans l'armée. La brochure impériale cherche vainement aie laver de cette flétrissure dans les lignes suivantes : • C'est ulors que tes commandants des corps d'année vinreut annoncer k l'empereur que leurs troupes, après avoir supporté pendant près d' douze heures un combat inégal, exténuées de fatig.ie, de faim, ne pouvaient plus opposer une résistance sérieuse. L'empereur essaya alors de faire parvenir au général de W impffen le conseil de demander uu armistice, car chaque moment de retard augmentait le nombre des victimes. Ne recevant aucune nouvelle du général, a la vue de tant de sang versé inutilement, il fil arborer le drapeau blanc sur la citadelle. »

Le général de Wimpffen rentra dans la ville vers six heures du soir. A deux, reprises différentes, il avait reçu de l'empereur l'invitation de se rendre au quartier général ennemi pour y entamer des pourparlers, et deux fois il avait obstinément refusé d'obéir. Indigné d'avoir vu arborer le drapeau parlementaire par un homme q,ui eût du rester

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complètement étranger au commandement, il lai écrivit la lettre suivante :

• Sire,

> Je n'oublierai jamais les marques de bienveillance que vous m'avez accordées, et j'aurais été heureux, pour la France et pour vous, d'avoir pu terminer la journée par un glorieux succès. Je n'ai pu arriver à ce résultat, et je crois bien faire en laissant à d'autres le soin de conduire nos armées.

» Je crois, en cette circonstance, devoir donner ma démission de commandant en chef et réclamer ma mise a la retraite. »

Cette démission était sans but ; qui eût voulu accepter l'héritage d'une situation semblable? Nous sommes étonné que l'honorable général ne l'ait pas compris d'abord. Aussi, vers huit heures, il recevait cette réponse :

a Général , vous ne pouvez pas donner votre d. -mission lorsqu il s'agit encore de sauver l'armée par une honorable capitulation. Je n'accepte donc pas vutr« démission. Vous avez fait votre devoir toute la journée, faites-le encore. C'est un service que vous rendrez au pays.

» Le roi de Prusse a accepté l'armistice et j'attends ses propositions.

» Croyez à mon amitié,

» Napoléon. »

En effet, le roi de Prusse avilit accepté la proposition, non pas li'armùtice, mais de capitulation, faite par l'empereur. Au quartier général allemand, on ignorait encore la véritable situation dans laquelle se trouvait notre armée à Sedan, bien que du haut des collines de Frénois, qui ouvraient un vaste horizon, on eût pu constater la retraite générale de notre armée vers la ville. Etonné néanmoins d'attendre eu vain que le général en chef français fît des ouvertures pour mettre tin à une lutte désormais sans objet, le roi de Prusse avait ordonné un redoublement de feu sur la ville et ses abords, et la canonnade ne cessa que lursqtie l'ennemi ayant apeiçu flotter sur la citadelle le drapeau blanc, qu'il n'avait pas vu la première fois, le roi prescrivit de luire cesser le feu. Des parlementaires de notre côte se présentaient à Balan et aux avant- postes à Torcy, déclarant qu'ils venaient entamer des négociations, mais sans pouvoir exhiber de pouvoirs réguliers. Pour mettre un terme à cette incertitude, le roi de Prusse envoya le iteutenantcolonel bavarois Bronsart de Schellendorf en parlementaire à Sedan, avec mission de demander au commandant en chef la capitulation de l'armée et de la place.

Le lieutenant-colonel Bronsart allait aborder nos avant-postes lorsqu'un obus, parti des lignes prussiennes, vint éclater à 10 mètres Ue lui. Il eut un tressaillement, dit M.Jules Claietie. et se tournaiii vers les officiers français qui l'accompagnaient : « Messieurs, je vous demande mille pardons; c'est une impolitesse que nous faisons là. Nu» batteries n'ont certainement pus vu le drapeau blanc. C'est inexcusable. « Cette impolitesse avait coûté la vie à deux pauvres diables, et comme on les emportait sur quatre fusils : « Ah 1 mille pardons,» répéta-t-il tout eu continuant sa route.

Arrivé à Sedan , le lieutenant - colonel Bronsart demande à parler au général en chef, et on le conduit aussitôt devant l'empereur, dont les Allemands ignoraient la présence à l'armée. Lorsque l'empereur eut entendu le lieutenant-colonel formuler les dures conditions du vainqueur, il le renvoya au commandant en chef, ajoutant qu'il allait faire parvenir une lettre au roi par le général Reille, un de se» aides ue camp.

Ici doit naturellement trouver place le récit de l'entrevue du général de Wimpffen et du général Ducrot chez l'empereur , récit présenté tout naturellement sous un jour uifférent par les deux généraux, et dont nous ue nous taisons pas juge; car, en face d'une vérité qui nous eehat pe pour le moment et qui ne sera peut-être jamais bien connue, nous ne nous lais.-ous pus guider par des sympathies personnelles. Ecoulons d'abord le commandant en chef.

• Je prévins mes officiers, qui attendaient ma détermination, que je me rendais chez l'empereur; il était environ huit heures et demie.

• Je trouvai dans la cour de la résidence impériale un groupe nombreux, de personnages appartenant à la maison du souverain. Ayant demandé à voir Sa Majesté, l'un d'eux me répondit maladroitement que je ne pouvais être reçu, attendu que l'empereur était en conférence avec le prince impérial. Qu'on note que depuis deux jours le prince impérial était à Mézières.

> Je vis le moment où je serais obligé de demander une audience par l'entremise de l'aide de camp ou du chambellan de service.

> Cela me rappela l'histoire de ce grand personnage venant de Paris à Saint-Lloud, pendant les journées de Juillet, pour entre- ■ tenir le roi Charles X des plus graves in té- rets et ne pouvant être admis en présence de (Sa Majesté, attendu que l'étiquette des cours s'y opposait.

> Fort mécontent, j'élevai la voix et déclarai que j'allais me retirer si je n'étais immédiatement reçu. Les deux ofliciers d'ordonnance dont j'étais accompagné, le comte d'Olpnue et le marquis Laizer, exprimèrent leurs

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sentiments avec beaucoup plus de vivacité que moi.

» Il s'ensuivit un va-et-vient de quelques instants, et je fus entin introduit dans le cabinet de Sa Majesté.

> Le général Castelnau, d'autres aides de camp ou généraux s'y trouvaient réunis. On tenait un conseil. Tous s'empressèrent de sortir, à l'exception du général Ducrot qui resta d'abord et me dit avec exaltation :

« Général, puisque votre ambition vous a » poussé à m'enlever l'honneur de comman- » der l'armée, c'est à vous que revient la

■ honte de la capitulation. ■ Il m'eût été bien permis de rejeter cette honte sur ceux qui n'avaient pas voulu me suivre au combat et sur ceux qui étaient rentrés à Sedan, sans que j'en aie donné l'ordre et même sans que je le sache. Je me contins et je dis au général Ducrot :

• J'ai pris le commandement pour éviter » une défaite que vous eussiez précipitée par » votre mouvement. Je n'ai pus obtenu le » résultat que je désirais; mais je me sens » assez fort et assez dévoué pour m'oceuper

• encore des derniers intérêts de l'armée. Du » reste, général, je ne suis pas ici pour con- » férer avec vous ; veuillez nous laisser. »

Voici maintenant le récit du général Ducrot :

« Le général de 'Wimpffen entre avec éclat, levant les bras au ciel et marchant à grands pas. « Siie, s'écria-l-il , si j'ai perdu » la bataille, si j'ai été vaincu, c'est que mes « ordres n'ont pus été exécutés, c'est que vos » généraux ont refusé de m'obéjr. •

« A ces mots, le général Ducrot se lève comme mû par un ressort et d'un bond se place en face du général de Wimpffen : « Que » dites-vous? s'écrie-t-il; qui a refusé de » vous obéir? A qui faites-vous allusion? Se- » rait-ce à moi? Hélas 1 vos ordres n'ont été s que trop bien exécutés. Si nous avons subi » un affreux désastre, plus affreux que tout » ce qu'on a pu rêver, c'est à votre folle pré- » sutnption que nous le devons. Seul vous en » êtes responsable, car si vous n'aviez pas » arrêté le mouvement de retraite, en dépit » de mes instances, nous serions maintenant » en sûreté à Mézières ou du moins hors des

• atteintes de l'ennemi. »

» Un peu surpris et décontenancé par cette brusque apostrophe du général, qu'il ne savait pus là, le général de Wimpffen dit : o Eh bien! puisque jesuis incapable, raison « de plus pour que je ne conserve pas le com- » mandement. — Vous avez revendiqué le » commandement ce matin, réplique le géné- » rai Ducrot, quand vous pensiez qu'il y

■ avait honneur et profit à 1 exercer; je ne » vous l'ai pas euntesLe, alors qu'il était peut-

• être contestable. Mais, à l'heure qu'il est, » vous ne pouvez plus le refuser. Vous seul » devez endosser la honte de la capitulation. >

» Le général Ducrot était uès-exulté.

» L'empereur lui-même et les personnes de son entourage s'interposèrent pour le calmer. L'incident terminé, le commandant du l«r corps se retira, et le général de Wimpffen, ayant reçu les instructions ue Sa Majesté, se rendit au quartier général allemand. »

Sans vouloir nous prononcer sur ces questions personnelles, qui sont toujours si délicates à élucider, nous ne pouvons nous empêcher de plaindre ce brave et malheureux général de Wimpffen qui, sans avoir préparé en rien les résultats de cette désastreuse campagne, arrive juste à temps pour en recueillir la lourde responsabilité.

Le lieutenant-colomiel Bronsart était retourné en toute hâte auprès du roi pour lui faire connaître l'importante nouvelle de la présence de l'empereur à Sedan. De son côté, le général de Wimpffen s'è.ait enfin résigné à remplir jusqu'au bout la triste mission d'aller parlementer avec l'ennemi. Il emportait avec lui la lettre suivante :

• L'empereur Napoléon III ayant donné le commandement en chef au général de Wimprtéii, à cause de la blessure du maréchal (le Mac-Maliun, qui l'empêchait de remplir son commandement , le général de V. iuipffen a tous les pouvoirs pour traiter des conditions à faire à l'armée que le roi reconnaît avoir vaillamment combattu.

» Napoléon, i

On remarquera la prétention persistante de cet homme à la direction des affaires : L'empereur Nupotéon ayant donné le commandement en chef... Le général de Wimptfen partit alors pour le quartier général allemand, accompagné du général Castelnau ; le premier pour y débattre les intérêts de l'armée, le seconu pour y plaider ceux de l'empereur. Ils avaient déjà été précédés par le général Reille, qui avait remis au roi Ja fameuse lettre qui suffit, à elle seule, à couvrir le nom de Napoléon d'un éternel ridicule :

• Monsieur mon frère,

> N'ayant pu mourir au milieu de -mes troupes, il ne me reste qu'à remettre mon épee entre les mains de Votre Majesté.

» Je suis de Votre Majesté le bon frère, » Napoléon. »

Et qui donc, s'écrie le général Wimpffen, a empêché Napoléon de mourir en soldat? N'aurait-il pas été préférable pour lui de répondre à mon appel et de trouver ainsi la possibilité d'une mort glorieuse?

La conversation qu'eut le général de

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Wimpffen avec MM. de Bismarcketde Moltke étant des plus intéressantes, nous lui en empruntons le récit tout au long :

• MM. de Bismarck et de Moltke entrèrent. Nous nous saluâmes, et, après nous être assis, je leur présentai l'ordre que m'avait remis l'empereur. Lorsqu'ils en eurent pris connaissance, je déclarai que ma volonté avait été de continuer la lutte, persuadé que notre armée, quoique repoussée sur Sedan, était encore en état de combattre; mais que je me conformais à la volonté de mon souverain; que je me présentais en parlementaire etque j'espérais obtenir de Leurs Excellences les conditions tes plus honorables.

» Je demandai alors que l'année française pût se retirer avec armes et bagages, avec tous les honneurs dus à des soldais ayant fait bravement leur devoir, sous l'engagement de ne plus servir contre les armées allemandes pendant la durée de la guerre.

« Le comte de Bismarck me répondit :

i Sans nul doute, la valeureuse résistance de votre armée mérite les conditions les plus honorables, car avec 70.000 hommes vous avez combattu contre 220,000. Nous rendons justice au commandant énergique et aux braves soldats qui ont prolongé la lutte durant presque toute une journée ; mais c'est la France qui a déclaré la guerre. L'Allemagne désire le prompt rétablissement de la paix ; nous ne devons donc négliger aucun moyen de diminuer la durée de la lutte, et l'un des plus efficaces est de priver la France d'une armée importante par elle-même, plus impurtante encore par les éléments qui la composent et qui sont aptes à fournir des cadres à des armées nouvelles. Aussi, après en avoir délibéré, nous avons décidé que nos conditions seraient celles-ci :

» Votre armée déposera les armes et sera conduite prisonnière en Allemagne. »

» Je déclarai que ces conditions étaient inacceptables, qu'il ne fallait pas croire notre année si abattue et que j'étais disposé à l'appeler aux armes pour une lutte suprême.

« Général, reprit aussitôt M. de Moltke, toute tentative de résistance de votre part est désormais impossible. Vous n'avez pas de vivres, vos munitions sont épuisées, votre armée est décimée. »

» Il entra alors dans des détails malheureusement trop exacts sur notre situation dans Sedan.

« D'ailleurs, reprit-il, notre artillerie est en batterie tout autour de la ville sur les hauteurs qui la dominent. Elle peut anéantir vos troupes avant qu'elles aient eu le temps d'opérer le moindre mouvement. <

» 11 m'offrit alors de faire vérifier les positions de l'armée allemande et de ses batteries par un de mes ofliciers et termina par une menace de bombardement dès le point du jour, si nous ne nous étions pas rendus.

» Malgré la volonté, si nettement exprimée par MM. de Bismarck et de Moltke, de contraindre notre année à se rendre prisonnière en Allemagne, j'insistai pour qu'elle pût se retirer en Krance et j'invoquai, comme précédent, ce qui avait eu lieu autrefois lors des capitulations de Mayence et de Gènes pour nos armées, et celle d'Ulm pour l'Autriche. « L'engagement de ne pas servir pendant la durée de la guerre n'est-il pas, ajoutai-je, aujourd'hui comme alors, une garantie suffisante?

— Peut-être; répondit M. de Bismarck, pourrait-on discuter sur de telles bases si vous aviez un gouvernement durable et solidement établi. Mais êtes-vous sûr d'avoir demain le gouvernement que vous avez aujourd'hui?

et pouvez-vous répondre que celui-là ratifiera ces conditions? Vous ne le pouvez pas, n'est- il pas vrai? et voilà précisément pourquoi cela ne nous donnerait aucune sécurité.

— Mais, répliquai-je, il n'existe pas chez nous de pouvoir assez fort pour obliger des officiers à manquer à leur parole.

■ — Nous nous en rapportons complètement, dit le comte de Bismarck, à la parole des officiers français, et peut-être sera-t-il possible de leur accorder certains avantages sous l'engagement de ne pas combattre pendant la guerre et de ne pas servir d'instructeurs. Mais ces avantages ne sauraient s'étendre aux soldats. Du reste, nous voulons, autant que possible, éviter tout ce qui pourrait vous blesser, ainsi que vos troupes. Vous déposerez vos armes dans les magasins, où nous les ferons prendre, et vous n'aurez à vous soumettre à aucune des cérémonies d'usage à la sortie de U place de Sedan. »

• Le comte de Bismarck, venant ensuite à parler de la paix, me dit que la Prusse avait l'intention bien arrêtée d exiger non-seulement une indemnité de guerre de i milliards, mais encore la cession de l'Alsace et de la Lorraine allemande, • seule garantie pour nous, ajouta-il, car la France nous menace sans cesse, et il faut que nous ayons, comme protection solide, une bonne ligne stratégique avancée. »

» Je répondis qu'on obtiendrait sans doute les milliards, mais qu'on ne céderait point une portion de territoire sans une lutte aeharnée et que, si la France devait y succomber et se voir forcée, pour obtenir la paix, d'abandonner l'Alsace et la Lorraine, cette paix ne serait qu'une trêve durant laquelle, de l'enfant au vieillard, on apprendrait le maniement des armes pour recommencer avant peu une guerre terrible dans laquelle l'un des

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I deux peuples disparaîtrait comme nation de la carte de l'Europe.

— La France, répliqua le ministre du roi Guillaume, ne nous a pas pardonné Sadowa. Quelles quo soient les conditions de paix que nous lui accordions, elle ne nous pardonnera pas notre victoire sur elle-même. Elle vou^ dra venger sa défaite, et c'est précisément parce que la lutte devra recommencer que nous devons, dès aujourd'hui, prendra des garanties sérieuses contre vous, si nous voulons que nos succès portent des. fruits durables.

— C'est une erreur de croire que la France voulait la guerre, répondis-je; elle y a été entraînée pur une agitation tout k la surface. Notre nation est plus pacifique que vous ne le pensez, car toutes ses aspirations ont été portées vers l'industrie, le commerce, les arts et peut-être trop vers le bien-être et le luxe; ne Ja forcez pas à reprendre l'habitude de ses armes. Si vous vous montrez modérés dans la victoire, si vous ne blessez pas sa fibre patriotique par une demande de cession de territoire, vous bornant à exiger une juste indemnité, vous pouvez être assuré que les deux pays vivront dans une paix sincère et durable.

— Après l'effort que l'Allemagne vient de faire, elle en voudrait à la Prusse si le roi se contentait de paroles et d'argent; elle veut des garanties matérielles qui assurent son repos, car elle ne sera peut-être pas en état de renouveler d'ici cinquante ans une pareille guerre, nécessitant de si grands sacrifices. Il faut donc, dès aujourd'hui, que vous consentiez à être prisonniers de guerre, ainsi que nous l'avons décidé.

— Ou bien, ajouta M. de Moltke, dès demain, au point du jour, nous recommencerons le feu.

— Quant à moi, répondis-je , général en chef par suite d'un incident de la bataille, je ne puis me résoudre à accepier de pareilles conditions sans les avoir exposées aux généraux qui commandaient l'armée sous mes ordres. Demain, à neuf heures, je vous ferai savoir ce que nous aurons arrêté.

» Le général de Moltke insista de nouveau pour recommencer le feu dès le point du jour, si la capitulation n'était pas convenue à l'instant même; mais le comte de Bismarck déclara qu'on pouvait retarder jusqu'à neuf heures du matin. •

Un incident curieux marqua cette négociation, dont le récit, reproduit par le général Ducrot, a été fait par un des officiers français présents. Dans le cours de l'entretien, le général Castelnau ayant prononcé ces mots : ■ Je crois l'instant venu de transmettre le message de l'empereur.

— Nous vous écoutons, général, » répondit M. de Bismarck.

« L'empereur, continua le général Castel- » nau, ma chargé de faire remarquer à Sa » Majesté le roi de Prusse qu'il lui avait en- » voyé son épée sans conditions et s'éiaiiperu souiiellemeitt rendu absolument à sa merci, » mais qu'il n'avait agi ainsi que dans l'espé-

■ rance que le roi serait louche d'un si com- » plet abandon, qu'il saurait l'apprécier et » qu'en cette considération il voudrait bien » accorder ii l'année française une capitula- » tion plus honorable et telle qu'elle y avait » droit par son courage.

— Est-ce tout? demanda M. de Bismarck.

— Oui, répondit le général.

— Mais quelle est 1 épée qu'a rendue l'em-

■ pereur Napoléon fit? Est-ce l'épée de la » France ou son épée à lu.? Si c'est celle de » la Fiance, les conditions peuvent être sin- » gulièrement modifiées, et votre message » aurait un caractère des plus graves.

— C'est, seulement lVpée de l'empereur, » reprit le général Castelnau.

— En ce cas, reprit en hâte, presque avec » joie le général de Molike, cela ne change « rien aux conditions. L'empereur obtiendra » pour sa personne tout ce qu'il lui plaira de « demander. •

» Il nie parut, ajoute le narrateur, qu'il pouvait bien y avoir une secrète divergence d'opinion entre M, de Bismarck et le général de Moltke, et que le premier n'aurait pas été fâché au fond de terminer la guerre, tandis que le général désirait au contraire la continuer. >

En rentrant à Sedan, à une heure du matin, le général de Wimp.ien se présenta chez l'empereur pour lui rendre compte de sa mission. U le trouva couché. Oui, pendant que les blessés français râlaient tout autour de Sedan, sur ce champ de bataille ensanglanté ; tandis que le général en chef disputait pied à pied les intérêts et l'honneur de l'armée française, Sa Majesté dormait tranquillement I... Napoléon 111 se contenta de répoudre qu'il se rendrait lui-même à cinq heures au quartier général allemand, afin de tâcher d'obtenir du roi de Prusse des conditions moins dures.

Dans la matinée, le général en chef réunit un conseil de guerre pour délibérer sur la conduite à tenir duns cette douloureuse circonstance. En voici le procès-verbal :

• Au quartier général, à Sedan, le 2 septembre 1870.

• Aujourd'hui 2 septembre, à six heures du matin, sur la convocation du général en chef, un conseil de guerre, auquel ont été appelés les généraux commandant les corps d'armée, les généraux commandant les divisions etlea

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généraux commandant en chef l'artillerie et le génie de l'armée, a été réuni (il y avait Si généraux i resents).

> Le général commandant a exposé ce qui suit :

» D'après les ordres de l'empereur et comme conséquence de l'armistice intervenu entre les deux armées, j'ai dû me rendre auprès de M. le comte de Moltke, chargé des pleins pouvoirs du mi de Prusse, dans le bufd'obtenir les meilleures conditions possibles pour l'année refoulée dans Sedan uprès une bataille malheureuse.

• Dés les premiers mots de notre entretien, je reconnus que le comte de Moltke avait malhenreusoment une connaissance parfaite de notre situai ion et qu'il savait très-bien que l'urinée manquait absolument de vivres et de munitions, M. de Moltke m'a appris que, dans la journée d'hier, nous avions combattu une année de 220,000 hommes qui nous entourait de toutes parts. « Général, m'a-t-il » dit, nous sommes disposés à faire à votre » armée, qui s'est ai vaillamment batiue aujourd'hui, les condiiions les plus hoiiorn- » blés; toutefois, il faut que ces copditicins » soient compatibles avec les exigences de la » politique de notre gouvernement. Nous de- " mandons que l'armée française capitule. • Elle sera prisonnière de guerre; les olfi- » ciers conserveront leurs épées et leurs pro- « priètes personnelles ; les armes de la troupe » seront déposées dans un magasin de la ville > pour nous eue livrées. •

■ Le général a demandé aux officiers généraux qui faisaient partie du conseil de guerre si, dans leur pensée, la lutte était encore posait).e; la «ruade majorité a. répondu par la négative. Deux généraux seuls ont exprimé l'opinion que l'on devait ou se défendre dans la place ou chercher à sortir de vive force (les généraux Peilé et Carré de Bellemare). On leur a fuit observer que la défense de la place était impossible, parce que les vivres et munitions manquaient absolument; que l'entassement des hommes et des voitures dans les rues rendait toute circulation impossible ; que, d:ms ces conditions, le feu de l'artillerio ennemie, déjà en position sur toutes les hauteurs environnantes, produirait un affreux carnage, Suiis aucun résultat utile; que le débouche était impossible, puisque l'ennemi occupait déjà, les barrières de" la place et que ses canons étaient braqués sur les avenues étroites qui y conduisent. Ces deux officiers généraux se sont rendus à l'avis de la majorité. En conséquence, le conseil a déclare au général en chef qu'en présence de l'impuissance matérielle de prolonger la lutte, nous étions forces d'accepter les conditions qui nous étaient imposées, tout sursis pouvant nous exposer à subir des conditions plus douloureuses encore.

i Du YVimpffkn, A. Ducrot, général Lebrun, F. Douav, gênerai Fargkot, Ch. Dejean. »

La situation exposée dans ce procès-verbal était malheureusement des plus exactes. En ce moment, les uébris de l'armée française, refoules jusque sous les remparts mêmes de la ville uans un désordre inexprimable, se trouvaient complètement .enfermés dans le cercle formé parles deux armées allemandes, savoir : au nord, eutre Moing et Lny, ■ pai les 1 1« et 5e corps ; au nord-est, par la garde au bois de la Garenne et par le 12e corps a Givuiiue; à l'est et au sml-est, par le 1er corps bavarois, la 8° division dult; corps et la 3e division <iu 2<s corps bavarois, u B.tlan et devant La Aloneelle. Sur la rive gauche de la Meuse, la -te division du 2e corps bavarois et la réserve d'ariilloiie complétaient à Wadeliucourt, c'est-k-dire au stulouest, ce cercle de fer désormais infranchissable partout pour les troupes démoralisées et entassées dans Sedan. Il était absolument impossible à t'urmee française de s'échapper daus une direction quelconque ; tandis que les corps allemands, au contraire, se trouvaient en mesure d'exiger de l'armée française qu'elle renuit ses armes, ou bien le feu convergent des batteries allemandes uevnit suffire a lui seul à la destruction complète de notre armée, et certes le comte de Moltke n'eût pas hésité à attacher son nom a ce massacre Sans précédent dans 1 histoire.

Le 2 septembre, vers cinq heures du matin, dit uu téinuiii ocuiaire (/ie«u« des Deux- Mondes; Jtecics d un ïu.jai), 1'urmée était entassée dans lés rues de lu ville, à travers laquelle se heurtaient ses débris. Ou la voyait houleuse, lourde de la boue du champ de bataille et du poids de la défaite. C'était moins une année qu'un troupea... Soudain, un mouvement, se fit dans cette masse. Une voiture parut, attelée à la baumont; un homme en tenue de ville s'y fai.-ait voir, portant le grand cordon de lu Légion d'honneur; uu frisson parcourut les rangs : c émit 1 empereur. I< jetait autour de lui ces regards froids que tous cuunuisseiil. Il avait le visage fatigué, mais aucun des muscles ue ce visuge pâle ne remua. t. Toute Sun attention semblait absorbée par une cigarette qu il rouiuit entre ses doigts. Ou ueviuail mal ce qu'il allait luire. A côte de lui et devant lui, trois généraux échangeaient quelques paroles à demi-voix. La calèche marchait au pas. Il y avait comme de l'épouvante et ue la colère autour de celte voiture qui emportait un empire. Un piqueur ù la livrée verte la précé-

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dait. Derrière lui venaient des écuyers chamarrés d'or. C'était le même appareil qu'au temps où il allait sur la pelouse de Longchamp assister aux cour-es du grand prix... Une voix cria : Vive l'empereur 1 une \ oix unique... Un homme s'élança au-devant des chevaux et, saisissant par les jambes un cadavre étendu au milieu de la rue, le tira violemment de côté. La calèche passa...

Napoléon 111 se rendait auprès du roi de Prusse ; après avoir ruiné et humilié si profondément la France, celui qu'on n'appellera plus désormais que l'homme de Sedan allait la calomnier, lui qui avait passé sa journée à Sedan en déjeunant et fumant des cigarettes, tandis que ses soldats mouraient par lui et par sa faute. Au lieu de faire arborer sur la citadelle ce drapeau de la honte, que les soldats arrachèrent deux fois de suite, il aurait pu combattre; il ne le fit pas.

«Tout, est perdu, fors l'honneur, disait le roi de Pavie, après avoir combattu tout le jour, après avoir vu tomber à ses cô.és La Trémouille, La Palice, Suffolk, Bonnivet; le roi François 1er, ie visage en sang, l'épée rouge, blessé, furieux, terrible encore, ramassé sur le tas de morts qu'il avait fuit par des Espagnols pris de rage. Celui-là pouvait par.er d'honneur et, vaincu, porter la tète haute. Et lui aussi, le roi Jean de France, le vaincu de Poitiers, qui, de sa hache, faisait reculer les Anglais ou fendait les crânes, tandis que son jeune lils, son fils le Hardi, tenant son épée d'enfant, lui criait : ■ Gardez-vous à gauche, sire, mon père, ou gardez-vous à droite. • Et lui aussi, le roi Jean, prisonnier, pouvait parler d'honneur. Mais ce flegmatique conspirateur, finissant si lâchement une guerre qu'il avait si sottement engagée, celui-là, l'histoire lui arrache son masque et lui dit : < Entre la mort et le déshonneur, vous, vous avez choisi... la vie à Sedan. » (Jules Claretie.)

A dix heures du matin, le général de Wimpffen se rendit à Donchery pour conclure définitivement la capitulation. Il y rencontra l'empereur, qui lui apprit qu'il n'avait pas encore pu voir le roi. Prévenu que Napoléon avait l'intention de lui parler, M. de Bismarck accourut au-devant de lui et le rencontra à ini-chemin de Frénois. L'empereur ayant exprimé le désir de voir le roi, qu'il croyait à Donchery, il lui fut répondu que le roi de Prusse se trouvait à son quartier général de Vendresse, éloigné de 23 kilomètres. M. de Bismarck lui offrit alors la maison qu'il occupait à Donchery; mais, arrivé à 1 entrée de celte localité, Napoléon manifesta l'intention de s'arrêter de préférence dans une petite maison construite sur la route; c'êiait celle d'un tisserand. Là, il eut un long entretien avec le premier ministre du roi de Prusse, et il s'y peignit luimême sous les couleurs les plus odieuses. Laissons la parole à M. de Bismarck luimême ; voici comment il raconte celte entrevue dans le rapport qu'il adressa ce jour même au roi de Prusse :

• Donchery, 2 septembre 1870,

» M'étant rendu ici hier au soir sur l'ordre de Votre Majesté, afin de prendre part aux négociations pour la capitulation, tes pourparlers furent interrompus jusqu'à environ une heure de la nuit, quelques heures de réflexion ayant été accordées au général de Wimpffen qui les avait demandées, après que le général de Moltke eut formellement déclare qu'on exigeait absolument comme première condition que l'armée française déposât les armes, et que le bombardement recommencerait ce matin à neuf heures si, jusque-là, la capitulation n'était pas signée.

» Ce matin, vers six heures, ou m'annonça le général Reille, qui me dit que l'empereur désirait me voir ei avait déjà quute Sedan pour venir ici. Le général reparut immédiatement pour annoncer à l'empereur que je le suivais, et, bientôt après, je me trouvais, à moitié chemin environ entre ici et Sedan, près de Frénois, en face de l'empereur. Sa Majesté était dans une voiture découverte; elle avait à côté d'elle trois officiers supérieurs, tandis que d'autres chevauchaient à côlé de la voilure. Parmi les généraux, je connaissais personnellement MM. Castelnau, Reille, Moskuwa, qui paraissait blessé au pied, et Vaubert.

» Arrivé près de la voiture, je descendis de cheval, m'approchai de la voiture et demandai quels étaient les ordres de Sa Majesté. L'empereur exprima d'abord le désir de voir Votre M'ijeste; il croyait apparemment que Votre Majesté se trouvait également à Donchery. Je répondis que le quartier général de Votre Majesté était à cette heure a Vendresse, à une distance de 3 milles. L'empereur demanda si Votre Majesté avait déterminé un endroit où il devait se rendre et quelle était niun opinion à Cet égard. Je repo.dis que j'étais arrive ici par uue obscurne complète, que la contrée m'était par Conséquent inconnue, mais que je menais à la disposition de Sa Majesté la maisou que j'occupais à Donchery et que j'évacuerais immédiatement.

• L'empereur accepta mon offre et Se dirigea vers Donchery ; mais il lit arrêter à quelques centaines de pas du pont de la Meu-e conduisant Uansla vilie.dans une maison d'ouvriers complètement isolée, et il me demanda s'il ne pourrait pas y descendre. Je ris exa-

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miner la maison par le conseiller de légation comte Bismarck-Bohlen, qui m'avait rejoint dans l'intervalle. Il vint m annoncer que l'tn térieur de cette maison était misérable et étroit, mais qu'elle ne contenait pas de blessés. L'empereur descendit et m'invita à le suivre dans la maison.

• Dans une très-petite chambre ne renfermant qu'une table et deux chaises, j'eus un entretien d'environ une heure avec l'empereur. Sa Majesté insista particulièrement sur le désir d'obtenir des conditions plus avantageuses pour la capitulation. Dès le principe, je refusai de négocier à ce sujet avee Sa Majesté, en faisant remarquer yue celte question purement militaire devait être tranchée entre les généraux de Moltke et de Wimpffen. En revanche, je demandai si Sa Majesté était disposée à des négociations de paix. L'empereur répondit que, comme prisonnier, il n'était pas en situation de les entamer; je demandai ensuite par qui, d'après l'opinion de l'empereur, les pouvoirs publics étaient actuellement représentés en France. Sa Majesté me renvoya au gouvernement existant à Paris.

» Après avoir éclairci ce point, qui était resté douteux dans la lettre adressée hier par l'empereur à Votre Majesté, je reconnus, et ne le dissimulai pas ji I empereur, qu'aujourd'hui comme hier la situation n'offrait aucun point de vue pratique autre que le point de vue militaire, et j'insistai sur la nécessité qui en résultait pour nOus de prendre en main avant toute chose, par la capiiulation de Sedan, un gage matériel consolidant les résultats militaires acquis.

• Des hier soir, j'avais examiné sous tous ses aspects, avec le général de Moltke, la question de savoir s'il serait possible, sans nuire aux intérêts allemands, d'offrir au sentiment d'honneur d'une armée qui s'était bien battue des conditions plus avantageuses que celles qui avaient été primitivement fixées.

■ Après avoir posé cette question comme notre devoir nous l'imposait, nous avons dû tous deux persister daus une réponse négative. Si donc le général de Moltke, qui dans l'intervalle était revenu de la ville et nous avait rejoints, s'est rendu auprès de Votre Majesté pour lui soumettre les désirs de l'empereur, ce ne fut nullement, comme Votre Majesté le sait, dans l'intention de plaider en faveur de ces désirs.

» L'empereur sortit de la maison et m'invita a m'asseoir près de lui, devant la porte. Sa Majesté me demanda s'il ne serait pas possible de laisser l'aimée française franchir la frontière de la Belgique, afin qu'elle fût désarmée et internée sur le territoire belge. J'avais déjà discuté cette éventualité la veille avec le général de Moltke, et pour les motifs indiqués plus haut je refusai de m'entretanir de cette combinaison avec l'empereur. Je ne pris pas l'initiative d'une discussion sur la situation politique ; l'empereur n'y fit allusion que o pour déplorer le malheur de la guerre >et pour déclarer que lui-même n'avait pas • voulu la guerre, mais qu'il y avait été forcé ppar la pression de l'opinion publique en d France, »

• A la suite d'informations prises dans la ville et de reconnaissances opérées par des officiers de l'éui-major, on apprit, entre neuf et dix heures, que le château de Bellevue, près de Frénois, ne renfermait aucun blessé et était approprié pour recevoir l'empereur. Je fis part de ce fait à Sa Majesté, eu ajoutant que je proposerais à Votre Majesté Frénois comme lieu de rencontre, et j'offris à l'empereur de s'y rendre immédiatement, vu que le séjour dans la petite maison d'ouvriers était incommode et que Sa Majesté avait sans doute besoin de repos.

» Sa Majesté accepta avec empressement; j'accompagnai l'empereur, précédé d'une escorte d'honneur des cuirassiers du régiment de Votre Majesté, jusqu'au château de Bellevue, où, dans l'intervalle, étaient arrives la suite et les équipages de Sa Majesté. Etait arrivé aussi le gênerai de Wimptfeii, avec lequel, en atténuant le retour du gênerai de Moltke, les pourparlers, interrompus depu s hier au soir, sur les conditions de la capitulation, fureût repris par le général de Podbielsky, en présence du lieutenaui-colonel de Verdy et du chef de l'état-inajor du général de Wimpffen; ces deux derniers officiers étaient chargés Ou proees-veibal.

■ En ce qui me concerne, je n'ai pris part qu'à l'introduction de ces pourparlers, en exposant la situution politique et légale, d'après les éclaircissements que l'empereur luimême venait de me donner. Immédiatement après, le capitaine Von Nostiz m'apporta, de la part du général de Molike, la nouvelle que Votre Majesté ne voulait voir l'empereur qu'après la signature de la capitulation. Apres avoir reçu communication de cette nouvelle, l'empereur renonça à obtenir d'aunes concluons de capitulation que celles qui avaient été primitivement rixées. Je montai à cheval pour aller à la rencontre de Votre Majesté du côte de Chébery.utiu de mi rendre compte de ce qui s'était passe. En chemin, je rencontrai le général de Moltke avec le texte de la capitulation approuvée pur Votre Majesté et qui, après notre arrivée à Frénois, fut adoptée et signée sans objection.

> L'attitude du gênerai de Wimpfen, ainsi que celle des autres généraux français dans la nuit précédente, a été très-digne. Le brave

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général n'a pu s'empêcher de m'expiïmer sa profonde douleur que ce lut précisément lui qui fût appelé, quaraute-huii heures api es son retour d'Afrique et une demi-journée uprès sou commandement, à mettre son nom au bas d'une capitulation si désastreuse pour les urines françaises. Mais le manque d-) vivres elde munitions et l'impossibilité absolue d'une plus longue défense lui avaient imposé le devoir de faire taire ses .sentiments personnels, vu qu'une plus longue effusion de sang ne pouvait rien changer à la situation.

» La mise en liberté sur parole des officiers fut accueillie avec une vive reconnaissance comme l'expression de l'intention de Votre Majesté de ne pas porter atteinte aux sentiments d une armée qui s'était vaillamment battue, nu delà de ce qui est commande nécessairement par nos intérêts politiques et m.litaires. Le général de Wiuipffeii u d'ailleurs exprimé ce sentiment dans une lettre ou u remercie le général de Moltke des procédés pleins d'égards dont il a usé dans les négociations.

■> Comte Bismarck. •

Nous avons souligné les paroles de Napoléon déplorant la guei re ei accusant le peuple français de l'avoir voulue. A la lecture de ce document, qu'il est inutile de qualifier, M. Joint Letiioinne écrivait ces ligues, et l'on sait que le rédacteur des Débuts n'était pas trop hostile a l'Empire :

• Eli quoi! voilà l'élu de huit ou dix millions de vutes populaires 1 Voila dans quelles mains nous étions 1 Nous n'aimons pas les injures. Si la chute avait été honorable, nous l'aurions respectée ; mais que celui qui nous u plongés, par un criminel caprice et un monstrueux égoïsme, dans l'abîme où nous nous débattons vienne nous en tendre responsables et en rejeter sur nous, non-seulement le châtiment, mais la faute, c'est la plus terrible expiation que Netnesis puisse infliger à notre trop longue patience ei à notre coupable complicité! Nous ne disons rien di plus. Que la Frnuce lise et qu'elle juge. Mais si jamais ou venait nous parler du retour de pareilles cendres, nous sommes sans inquiétude. »

Ainsi, c'est la France qui a voulu cette guerre maudite 1 Ce n'eai pas Eugénie, c'est la France qui a dit : » C'est mu guerre, h moi; il rae la fuutl... • Eh bien, ue craignons pas de le dire : nous avions mérité tout celu.

Tandis que le roi de Prusse, quittant son quartier général de Vendresse. à Huit heures uu matin, se rendait de sou cÔLè au châieuu de Bellevue, le général de Moltke se portait à sa rencontre pour lui soumettre les conditions de la capitulation. Dès qu'elles furent approuvées. Use rendu à Frénois, où avaient beii les négociations, et y trouva le général de Wiuiptfeii. A itnui, les deux parties contractantes signèrent lu Convention suivante :

• Entre les soussignés, le général de Moi ike, chef d'étai-niajor gênerai un roi Guillaume de Prusse, commandant en chef des armées alleinatiues, d'une pari, et le gênerai de Wimpffoii, commandant en chef de l'armée Irancuise, d'autre part, inunis ious deux dus pleins pouvoirs de LL. MM. le roi Guillaume ut l'empereur Napoléon, a été Conclue lu convention ci-aptes :

« Articie 1er. L'armée française, sous le commandement suprême du gène, al de Wimpffen, étant ceruée dans Seuau pur ues troupes supérieures, su constitue prisonnière de guerre.

• Art. S. En considération de la bravoure déployée par l'année française, sont excelles de cette mesure tous les généraux, ol'iiciers et fonctionnaires assimilés, aussi. ôt qu'i.s auront engage leur parole d'honneur écrite de ue pas reprendre les armes pendant la duréo de ia guerre actuelle et Ue ne nuire eu aucune manière aux intérêts de l'Allemagne. Les officiers et fonctionnaires q..i souscriront à cette condition conserveront leurs armes et les effets qui leur appartiennent eu propre.

■ Art. 3. Les armes et le matériel de guerre, ta* que drapeaux, étendards, canons, munitions, etc., seront remis a une commission militaire instituée à Sedan pur le gênerai français et qui en deviendra aussuôu responsaUle envers les commissaires allemands.

» Art. 4. La place de Sedan, dans sou état actuel, sera remise k S. Al. le roi de FiUsse. daus la soirée du ï Septembre au plus tard.

» Art. 5. Les officiers qui ne souscriront pas l'engagement mentionné en l'article 2 seront désarmes comme les soldats ; les uns et les autres auront à rejoindre en bon oruru leurs régiments ou corps respectifs, oetto opération commencera le 2 septembre et devra être terminée le 3. Ces détachements seront conduits sur le terrain entoure par la Meuse a lges et remis aux commissaires allemands par leurs ol liciers, "qui céderont ensuite le commandement a leurs sous-oflieiers. Tous les médecins sans ex eption devront demeurer pour panser les blesses.

■ Fait à Frénois, le 2 septembre 1870.

■ De Moltke. Dk Wimiwjjn. »

A une heure, le ioi de Prusse, accompagné du prince royal, se rendit au château de Bellevue pour /entrevue demandée par Napoléon. Le Tanes, qui en a douue le récit, al'lirme que l'empereur répéta au roi ce qu'il avait dit à M. de Bismarck : • Cette guerre n'est pas mon oeuvre. » Puis il vauta le me-

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rite de l'artillerie prussienne et ajouta : « C'est le prince Frédéric-Charles qui a décidé du sort de la journée. C'est son armée qui a enlevé notre [losition. — Je ne comprends pas Votre Majesté, répondit le roi; c'est l'armée de mon fils qui s'est battue à Sedan. — Et où est donc le prince Frédéric- Charles? — Devant Metz, avec sept corps d'armée. »

Nous l'avons déjà dit, voilà comme notre quartier général connaissait les forces qu'il avait devant lui. L'entrevue avait duré un quart d'heure ; au bout de ce temps, le roi de Prusse se retira; l'empereur le reconduisit et, en rentrant, il échangea quelques mots avec le prince royal : «Le roi a été si bon !» disait Napoléon III en essuyant ses larmes avec son gant. C'est au sujet de cette entrevue que le roi Guillaume écrivit à la reine Augusta : > Nous avons été tous deux fort émus de cette rencontre. Je suis impuissant à rendre tout ce que j'éprouvais en songeant que trois années à peine s'étaient écoulées depuis que j'avais vu Napoléon au faîte de sa puissance. »

Pendant ce temps-là, l'armée française restait plongée dans la plus affreuse confusion. « On voit, après la capitulation, dit M. Jules Claretie, les officiers île l'état-major impérial couper leurs moustaches, se déguiser pour s'échapper, finir par la mascarade un régime de mensonge. Le soir de la bataille de Beauinont, à Mouzon, les Prussiens so partageaient les épées à poignée de nacre les épées de gala qu'on avait emportées « pour l'entrée à Berlin. » Quelle débâcle I irritante en haut, navrante en bas, car l'armée, dispersée, émiettée, errante à travers les sentiers des Ardennes, les bois de la Belgique, ou entassée à Sedan, n'existait plus.

« A Sedan, furieux d'être rendus, — vendus, disaient ces pauvres gens fous de douleur ou hébétés, — lessoldats s'en prenaient à leurs armes, ils hurlaient, enfonçaient les caisses de biscuit, brisaient leurs fusils, glissaient leurs sabres dans les égouts ou les jetaient dans la Meuse. -Des officiers brûlaient leurs drapeaux ou les déchiraient. On n'apercevait que soldats armés de tournevis, qui démontaient la culasse mobile de leurs fusils et en jetaient les débris. Les artilleurs, attelés aux mitrailleuses, en arrachaient à la hâte un boulon, une vis, en brisaient le ressort pour les mettre hors de service. D'autres, fous de rage, silencieusement, enclouaient leurs pièces. »

Napoléon n'osa point reparaître devant ses soldats; il lui fallut éviter Sedan et se rendre en Allemagne par la Belgique. Le roi de Prusse lui avait assigné mie charmante résidence, pleine d'ombrages et de fraîcheur, le château de WilhelmshOhe, près de Cassel, un des plus beaux et des plus pittoresques qu'il y ait en Europe. Le roi Jérôme, pendant son court règne en Westphalie (de 1807 à 1813), avait affectionné particulièrement cette résidence et en avait fait arranger-les jardins sur le modèle de ceux de Versailles.

• C'est le 3 septembre que Napoléon quitta Beltevue et longea les ligues prussiennes, de Frénois à la frontière belge, pour échapper aux regards de l'armée française. Des hussards noirs prussiens escortaient la voiture. N'était-ce pas l'image des sombres remords qui devaient accompagner sa fuite? Dans son château de WilhelmshOhe, l'empereur, entouré d'une cour quasi souveraine, jouissait d'une liberté complète. Il se promenait chaque jour à pied, en voiture, s offrant volontiers aux regards curieux et n'ayant pas la dignité de dérober sa honte. Pendant ce temps, nos pauvres soldats, désarmés, au nombre de S0,000 environ, étaient menés et parqués au bord de la Meuse, dans la presqu'île d'iges. C'est là, dans cet étroit emplacement qu'ils ont appelé le camp de la misère, que les braves combattants de Sedan furent entassés pendant quinze jours, sur un sol marécageux, détrempé par les pluies torrentielles, sans abris, sans couvertures, mourant de faim et de froid.

» Beaucoup d'entre eux, et même des officiers, fuient réduits à aller demander k la charité des Prussiens un morceau de biscuit. Pendant quelques jours, ils vécurent de pommes de terre arrachées dans les champs.

Quand cette triste ressource vint à manquer, ils tombèrent dans la plus affreuse détresse et il eu est qui moururent d'inanition. D'ailleurs, beaucoup, parmi ceux qui, avec un reste de vie encore, quittaient le camp de la misère, devaient périr dans les forteresses allemandes. Vingt mille de ces infortunés prisonniers de Sedan et de Metz ne devaient jamais revoirie sol natal I Pendant ce temps, le prisonnier de WilhelmshOhe fumait sa cigarette dans les bosquets de sa fastueuse résidence 1 N'aurait-il pas dû demander au roi Guillaume de rester là, au milieu de ses soldats qu'il livrait au Prussien, afin de veiller sur eux et de leur assurer le pain de chaque jour? Mais non, pas une parole pour eux 1 Le roi de Prusse a été si bon!... disait-il; pour lui, sans doute, qui était hébergé dans un château princier; mais pour les autres, pour les braves soldats qui mouraient dans la boue, quelle amère raillerie I » (La Vérité sur Sedan, par un officier supérieur.)

Une fois l'enivrement de la victoire apaisé, les Allemands ont compris ce que cette négligence de leur part a l'égard de nos mal-

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heureux soldats, devenus leurs prisonniers, avait de monstrueusement odieux, et ils ont cherché à la justifier par la difficulté de prélever sur les rations de leurs soldats la nourriture suffisante pour empêcher 80,000 hommes de mourir de faim. Ce n'est pas la une excuse. On sait, en effet, combien les armées allemandes étaient largement approvisionnées, car le Prussien ne se bat pas le ventre vide, et un ennemi généreux eût fraternisé avec un adversaire glorieusement vaincu, eût partagé avec lui les vivres dont une administration prévoyante et habile na le laissait jamais manquer.

• De la presqu'île d'Iges, notre armée devait être conduite on Allemagne suivant deux directions. La surveilance était confiée au lie corps prussien et au 2b corps bavarois, placés tous deux sous les ordres du général Von der Tann, l'exécuteur des hautes-œuvres de Bazeilles. On pouvait avoir toute confiance en lui. Dès qu'un de nos malheureux soldats s'écartait du camp, il y était ramené à coups de plat de sabre par de féroces cavaliers prussiens ou bavarois ; ceux-ci ne se montraient pas moins impitoyables que Ses cavaliers prussiens. Le 3 septembre, un régiment du 11» corps devait aller occuper Sedan ; le commandant de place et le général chargé de recueillir les armes déposées dans les magasins de la ville étaient pris dans la 3s armée. Tous les autres corps des deux armées allemandes devaient quitter les abords de Sedan aussitôt après, la 3« armée se dirigeant vers l'ouest et l'armée de la Meuse vers le sud, de manière à reprendre sans retard le mouvement sur Paris, interrompu par les opérations du maréchal Mac-Mahon,

L'aspect du champ de bataille était épouvantable. ■ Spectacle inoubliable, ditM. Jules Claretie, et bien fait pour se graver au traits ineffaçables, rouges comme du sang, dans une mémoire française. Partout des canons démontés, des fusils brisés, des sacs é ventres, des tambours crevés, des tas de cervelle ou de chair humaine lancés sur l'herbe, dans les champs de betteraves ou sur les haies des jardins; des cadavres partout, crispés, immobiles, gardant encore dans la mort l'attitude de la vie et faisant, avec leurs poses bizarres, leurs mains exsangues, leurs visages d'une pâleur jaune, ressembler ce champ de carnage à une campagne peuplée de figures de cire. Les morts frappés par une halle conservent, en effet, très-souvent la dernière expression, le dernier geste de leur existence. L'un épaule son fusil, l'autre est à genoux, visant un ennemi; d'autres chargent à la baïonnette, d'autres sont assis ou rebord d'un fossé, d'autres se cramponnent à des branches d'arbre et restent debout, les yeux fixes. On les croirait vivants; ils sont froids et roidis. J'en vis un, capitaine du 20c de ligne, assis au pied d'un arbre, la tête dans ses doigts et tenant encore une lettre froissée dans ses mains crispées. Ce malheureux semblait pleurer. Je lui frappai sur l'épaule; il ne bougea pas : il était mort.

• Ce que c'est que la guerre , ceux-là peuvent le dire qui ont parcouru cette terre arrosée de sang. Plus d'un, parmi ces morts, était tonibé le sourire aux lèvres, maudissant et bravant le vainqueur, ironique et lier jusque dans le trépas, comme il convient à un guerrier de Gaule. Il semblait que la dernière pensée de ces martyrs eût été la joie du sacrifice et le salut a la patrie. Epais et massifs, les cadavres prussiens étaient tombés les uns à côté des autres ; mais ces maigres soldats au pantalon rouge, ces chasseurs à pied, le crâne ras, ces fantassins de la marine, ces vieux zouaves roux ou grisonnants gardaient dans la mort une expression d'ironie altière. Ils étaient plus beaux eouehésque debout, et les Allemands ne pouvaient s'empêcher de regarder avec une admiration muette ces héros sacrifiés et tombés dans une attitude sculpturale.

m En revanche , il y avait des blessures horribles. La tuerie s'étalait dans toute sa hideur. C'était, en plus d'un endroit, quelque chose qui ressemblait ù un étal de boucher. Des visages broyés par un éclat d'obus laissaient, la mâchoire inférieure emportée, apercevoir l'intérieur du crâne; des ventres ouverts laissaient échapper leurs entrailles; les balles avaient fracassé des fronts d'où sortaient, gros comme le poing, des fragments de cervelle ; on voyait des poitrines labourées, disséquées en quelque sorte par l'obus ; les côtes étaient à nu et perçaient les lambeaux de tunique. Ohl les horreurs sinistres de la bataille I Voilà la guerre, et c'est à de semblables oeuvres, à de si écœurantes boucheries que des êtres humains lancent leurs pareils d un cœur léger! Que tout ce sang retombe sur leur tête ! Et que n'ont-ils éternellement devant les yeux la vue terrible de ces milliers de morts sur lesquels s'abattaient les mouches, tandis que, dans ce soir de septembre, les grillons chantaient à côté et que des papillons voletaient au-dessus de. ces cadavres. »

Il est très-difficile d'évaluer les pertes que notre armée subit à Sedan ; les uns les portent à 25,000 hommes tués ou blessés et 21,000 prisonniers faits au cours de la bataille. LesPrussiensauraientégalementperdu 25,000 hommes environ. Le colonel Borbstaedt n'élève le total de ces dernières portes qu'à 9,860 hommes et les nôtres à 13,000 hommes mis hors de combat. Nous croyons que

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les premières appréciations se rapprochent plus de la vérité. Un autre écrivain élève le chiffre de nos prisonniers pendant la bataille à 25,000, et suivant lui, 3,000 hommes séparés de l'armée s'échappèrenten Belgique. Il est aisé de comprendre qu'au milieu d'une si grande confusion, les chiffres ne peuvent être qu'approximatifs. Ce qui est certain, c'est que, par suite de la capitulation, 83,000 hommes furent faits prisonniers de guerre (y compris 14,000 blessés dans Sedan et les non-valeurs qui ne figurent pas au chiffre des combattants). Sur ce nombre, il y avait 2,866 officiers (le maréchal de Mac-Mahon, 40 généraux, 230 officiers supérieurs et 2,595 officiers subalternes, dont 500 furent laissés libres sur parole ; les autres furent emmenés en Allemagne). En outre, la -ville de Sedan se rendait uvec 184 pièces de place, 350 pièces de campagne, 70 mitrailleuses, 12,000 chevaux et un immense matériel de guerre.

Que ces chiffres soient plus ou îmûns exacts, il n'en reste pas moins douloureusement vrai pour nous que la bataille de Sedun était une catastrophe jusqu'alors sans exemple dans l'histoire; elle est bien plus considérable que celle des Saxons à Kœnigstein, du général prussien Fink a Maxen, pendant la guerre de Sept ans ; du général autrichien Maek à Ulm, en 1805; du général prussien prince de Hohenlohe à Prenslau,en 1S06; du général français Dupont en 1809, k Baylen, et du général hongrois Gcergei en 1849, à Yillagos.

On dit que, lorsque le général Dupont se présenta à Napoléon 1er après l'affaire cle Baylen, l'empereur l'accueillit par une injure et un coup de pied. Et cependant Dupont, plus malheureux que coupable, n'avait livré à l'ennemi qu'une division épuisée par la fatigue, la lutte, la chaleur et la maladie. Comment l'oncle aurait-il donc reçu le neveu?... Il n'y a qu'à lire le document suivant pour savoir ce qu'il pensait des capitulations en rase campagne, récit que nous empruntons à un personnage politique de l'époque.

« ... A quelques jours de là, je fus admis k dîner avec l'empereur à l'Elysée. Je partageais cet honneur avec trois de mes collègues au conseil d'Etat, MM. Regnault, Mole et Corvetto, et avec les sénateurs de Lapluce et Monge. Au milieu de la préoccupation générale, l'empereur avait le front libre de tout souci et se montra même assez gai dans divers sujets de conversation ; puis il la ramena sur l'affaire du général Dupont , il donna des regrets au sort de ce malheureux général, duquel il avait attendu toute autre chose ; mais ensuite il traita avec chaleur la question : « Si un général pouvait jamais capi-

• tuler en campagne, » et se prononça vivement pour la négative. Il prouva que le système contraire compromettrait à chaque instant le sort d'un Ktat en guerre avec son voisin.

» Les preuves, plus pressantes les unes que les autres, coulaient rapidement de sa bouche. Il faisait voir que, si l'idée de capituler en rase campagne avait pu jamais être admise, on eût, comme pour les places fortes, réglé quand, comment et à quelles conditions il eût été permis à un général de capituler ; mais que, si rien de tel ne se trouvait dans les lois de la guerre ni même dans son histoire chez les anciens comme chez les modernes, c'est qu' «une telle capitulation u'u » pu être supposée , parce qu'on ne suppose » pas la honte. » o Que doit donc faire, su dc- » mandait- il ensuite, un général quand son a armée est dans une position douteuse ou

• même mauvaise? En changer, s'il le peut; «s'il ne le peut pas, en appeler à son cou- » rage et se battre, et toujours se battre , » parce qu'il y a là une chance. Mais il sera » battu... Eh bien! tout ne sera pas perdu, » il restera l'honneur. C'est saint Louis en o Egypte, le roi Jean à Poitiers, François I«-t » à Pavie. Ils n'ont pas été déshonorés, pour » avoir été faits prisonniers sur le champ do » bataille. Au contraire, c'est là leur beau » côté, parce qu'ils l'ont été la pique dans les » reins et l'épée à la gorge, et après avoir

• fait office de braves soldats. >

Louis Bonaparte ne l'a point entendu ainsi, et chacun peut-juger l'accueil qu'il aura t reçu s'il se fût présenté devant son oncle au sortir de Sedan. Il n'a pas plus fait l'office de brave soldat qu'il n avait fait l'office de bon général. Il n'a tiré l'épée que pour la rendre, et l'arrêt de l'homme de Sainte- Hélène retombe de tout son poids sur l'homme de WilhelmshOhe. L'histoire a ses ironies. Le Bonaparte honteusement vivant après sa trahison est flétri par un Bonaparte mort dans un exil mérité, mais qui du inoins avait, malgré sa duplicité et ses crimes, une idée juste des devoirs d'un général d'armée.

Et maintenant, quelle est la part de responsabilité qui incombe à chacun des trois généraux en chef dans le désastre de Sedan? Four éloigner de nous toute idée de prévention ou de dénigrement systématique, nous allons le demander à deux écrivains allemands très-compétents et tout à fait désintéressés dans la question, envisagée à ce point de vue.

En ce qui concerne les opérations avant lit marche de Châlons sur Sedan, voici ce qu'il écrit M. J. do Wickede, rédacteur do la

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Canette de Coloi/ne et qui fait autorité dans les matières militaires:

«Si le maréchal Bazaine, après avoir laissé seulement 50,000 hommes dan's Metz, eût fait sa jonction avec Mac-Mahon et opéré en toute hâte la concentration des troupes qui se trouvaient encore k Châlons, à Paris et dans le nord de la France, et les Français avaient pour cela a leur service un très-bon réseau de chemins de fer, l'empereur Napoléon aurait pu réunir de nouveau, dans les jours qui se sont écoulés du 12 nu 18 août, un armée de 350,000 k 350,000 hommes de bonnes troupes, dans une excellente position, entre Metz et Verdun, et offrir à l'armée allemande la bataille décisive de la guerre.

• Il aurait été difficile, à cette date, au général de Moitke de conduire au combat une armée de force numériquement égale. Les 50,000 hommes de Metz auraient exigé la dislocation de 80,000 hommes pour bloquer la place, et des détachements considérables étaient, d'autre part, immobilisés par la nécessité de cerner les forteresses de Strasbourg, Schelestadt, Brisach, Phalsbourg et Toul, afin d'snipècher des sorties de leurs garnisons. On n'aurait donc jamais pu, dans la seconde moitié du mois d'août, concentrer 350,000 k 400,000 Allemands entre Metz et Verdun, n'y eùt-il eu d'autre impossibilité que celle des approvisionnements nécessaires. Si, en" même temps, les troupes qui so trouvaient encore h Besançon et à Lyon, ainsi qu'à Marseille, Toulon et Grenoble, avaient reçu l'ordre d'une rapide concentration et avaient été dirigées immédiatement vers Belfort, un corps de 30,000 à 40,000 hommes aurait été ainsi formé sur ce point stratégique important.

> Ce corps aurait pu tenter de faire lever le siège de Strasbourg, détruire toutes les étapes de l'armée allemande en Alsace, peut-être même opérer une diversion , momentanée , cela va sans dire, dans le grand-duché do Bade, où il ne se trouvait plus de troupes allemandes. Enfin, si les Hottes françaises de la mer du Nord et de la Baltique, qui ont joué pendant cette guerre un rôle si insignifiant, avaient montré quelque trace d'énergie, M. de Moitke n'aurait pu dégarnir de truupes, autant qu'il l'a l'ait, les côtes de la Baltique et de la mer du Nord. »

Il est assez humiliant pour nos généraux de voir leur plan de campagne si nettement tracé par un ennemi.

En ce qui concerne la marche sur Sedan, le même écrivain s'exprime avec la même compétence :

■ Si Mac-Mahon voulait exécuter ce plan, la première condition de son succès était qu'il pût réussir à tromper le général de Moltko sur la direction de sa marche et k prendra une avance de deux jours sur les troupes allemandes. Or, il n'y parvint pas. Moitke apprit presque aussitôt lo changement de route effectué par les Français, et cela grâce surtout à l'excellent usage qu'il faisait de sa nombreuse cavalerie légère. Aussitôt qu'il eut reçu par elle l'avis de la marche de Mac- Mahon, il discerna ses intentions et prit, avec l'admirable rapidité de coup d'oeil qui la distingue, les dispositions nécessaires pour la changement de direction k droite des armées allemandes en marche sur Paris. La maniera dont ce mouvement fut opéré pour rejeter Mac-Mahon dans un cul-de-sac doit compter parmi les grandes manœuvres stratégiques qui ont été conçues avec le plus de talent et exécutées de la manière la plus irréprochable.

» Les Français, au contraire, ne se doutaient point de l'ordre et de la rapidité avec lesquels ils étaient suivis toujours et serrés de plus près par leurs adversaires. Mac-Mahon courait au piège , comme s'il eût été frappé. d'eblouissement. Et cependant cette guerre se faisait dans un pays où tout habitant était un espion, un guide, un messager assuré d'avance à l'état-niajor français.

« Deux jours avant la bataille de Sedan, si le quartier général français n'eût pas été vraiment en proie à un aveuglement sans pareil, il aurait pu encore se dérober par une inarche en arrière.

■ ... Aucun reproche dans cette affaire n'atteint les régiments français comme tels ; presque tous ont combattu héroïquement à Sedan ; quelques régiments de cavalerie se sont littéralement jetés à la mort, et l'infanterie a montré tout ce qu'il était possible do faire dans une défense de villages aussi ha-" bile qu'opiniâtre. >

L'écrivain allemand revient plus loin encore sur l'admirable bravoure déployée par nos soldats :

« L'armée française, dans cette dernière guerre, s'est, jusqu'à Sedan, bien et bravement battue. Eu particulier, la vieille infanterie française s est montrée parfaitement k la hauteur de la meilleure infanterie allemande en courage, en ténacité, en habileté surtout pour utiliser le terrain. Mais le commandement dans son ensemble a été aussi misérable que si c'eût, été quelque groupe de cltefs kabyles qui eussent commandé tes armées de la France, et non une demi-douzaine d'illustres maréchaux avec des centaines du brillants of/iciers d' étal-major de tout grade. » Aussi le fait que l'Ail einagne avait dans le roi de Prusse un général en chef énergique et imposant l'obéissance, avec ûei conseillers comme Moitke, iJjsmurck et Rooli, a

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été pour son triomphe un facteur plus important que si elle avait envoyé 200,000 hommes de plus en France. «

Pour ce qui a rapport h la direction même de la bataille, noua citerons l'appréciation du colonel Borbstaedt ,*

« Parmi les grandes rencontres de l'ère moderne, la bataille de Sedan peut figurer comme une des plus longues, car elle se prolongea sans interruption de six heures du matin k quatre heures du soir. Ordinairement, dans les luttes de cette nature qui se produisent entre deux puissances armées, la matinée tout entière s'écoule en marches et en contre-marches du côté de l'assaillant. A Sedan, au contraire, le 1« corps bavarois et la 24e division du 12» corps pouvaient commencer l'attaque dès le matin de trèsbonne heure, ces deux unités tactiques avant été amenées dans la soirée de la veille jusque dans le voisinage immédiat de l'adversaire. La garde, qui avait k exécuter un long détour pour déborder l'ennemi; le 118 et le 5b corps, qui avaient à parcourir un circuit plus grand encore, se trouvaient cependant en mesure de s'engager avant dix heures; il est vrai que, pour le 5e corps, ce résultat ne put être obtenu qu'en lui faisant quitter ses cantonnements dès minuit.

• En ce qui concerne la direction générale de la bataille, on est frappé du contraste qu'elle présente, suivant qu'on se place du côté des Allemands ou des Français. Tandis que, chez les premiers, les données générales étaient indiquées aux armées et aux corps d'armée par des instructions d'ensemble qui, tout en étant k la fois claire3 et précises, laissaient cependant aux commandants de corps la plus grande latitude pour parer dans la limite de leurs attributions aux péripéties de l'action; chez les seconds, au contraire, nous ne trouvons ni dispositions préalables prévoyant avec soin les diverses éventualités d'une attaque, ni une direction suivie et embrassant l'ensemble de la situation , ce qu'il faut attribuer en partie aux fréquents changements dans le commandement en chef. D'une part, l'auguste chef des deux armées allemandes pouvait donc s'en remettre en toute confiance, pour l'exécution de ses dispositions, à l'intelligence, à l'énergie depuis longtemps éprouvées de ses lieutenants et demeurer immobile durant tout le cours de la bataille, sur la hauteur de Frénois, dans ce calme classique qui permet de surveiller la inarche générale de l'action et de recevoir promptement tous les renseignements; tandis que, d'autre part, le général en chef français, sans cessa obligé de courir d'un corps k un autre, était souvent introuvable dans les moments les plus décisifs et pour les communications les plus graves.

> En présence des continuels changements qui marquaient les projets et les décisions de 1 état-major français, du mélange arbitraire des divers corps, de l'éparpillement de la réserve principale dès le début de la journée, les attaques que l'ennemi dessinait dans toutes les directions, attaques le plus souvent inattendues et toujours énergiques, ne pouvaient manquer d'amener comme résultat final un inextricable et indisciplinable chaos. C'était eu vain que Le commandant en chef et quelques autres généraux s'efforçaient, en intervenant personnellement, d'y remettre un peu d'ordre. Le général de Wimpffen voyait son armée s'échapper de ses mains, non par groupes isolés, mais par corps entiers, qui, sans ordre et même k son insu, se précipitaient en désordre vers Sedan pour y chercher leur salut, jusqu'à ce qu'enfin, circonstance bien pénible et assurément sans exemple dans l'histoire militaire, il finit par se trouver seul, complètement délaissé par ses troupes, devant les portes de Sedan, alors que, sur l'ordre de l'empereur et sans son propre consentement, le drapeau blanc était déjà arboré pour entrer en pourparlers avec le vainqueur. »

De violentes et amères récriminations se sont échangées entre les généraux Ducrot et de Wimpifen, tous deux rejetant mutuellement l'un sur l'autre la responsabilité du désastre. Le général Ducrot voulait exécuter sa retraite par la route Sedan -Mézières; le général de Wimpffen, au contraire, ne la croyait possible que par Caiignan et Montmédy. Lequel avait raison? L'avis du conseil d'enquête, que nous reproduirons tout à l'heure, semble incliner en faveur du général Ducrot; mais le conseil d'enquête est-il infaillible, et n'a-t-il pas cédé k des préventions involontaires? Quoi qu'il en soit, nous allons faire précéder l'exposé de cet avis du rapport adressé après la bataille par le général en chef au ministre de la guerre :

« Belgique, Fays-les-Veneurs, 6 septembre 1670.

■ Monsieur le ministre,

» J'ai l'honneur d'adresser ci-joint k Votre Excellence' mon rapport sur lu journée du 1er, septembre dans laquelle j'ai pris le commandement de l'armée ue Chatons, vers neuf heures du mutin, par suite de la blessure reçue par le maréchal de Mac-Manon.

» Le 31 août, j'avais visité dans leurs emplacements les troupes du 5e corps, qui venait d'être placé sous mes ordres. Elles occupaient l'ancien camp retranché, la ville et les hauteurs qui dominent au sud-est le fond de Çiivonnç,

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» Le 12» corps occupait La Moncclle, La Platinerie, La Petite-Moncelle. Le 1er corps s'étendait de La Petite-Moneelie à Givonne tenant Daigny. Le 7e corps, au nord-ouest de la ville, campait depuis Floing jusqu'au calvaire d'illy.

■ Toutes ces troupes étaient arrivées pendant la nuit du 30 au 31 août, ou dans la matinée du 31. Pendant une visite au camp, je constatai que de nombreuses colonnes ennemies venaient couronner de leur artillerie les hauteurs qui, de Keinilly k Wadelincourt, bordent la rive gauche de la Meuse, attaquaient vivement et coupaient notre convoi qui défilait sur la route de Carignan k Sedan, rive droite de la Meuse.

» Cette forte canonnade donnait lieu de croire que l'ennemi voulait détourner notre attention de la route de Mézières pour opérer de ce côté un mouvement tournant. En conséquence, afin de fermer solidement la trouée qui existait entre les 1er et 70 corps, d'illy à Givomie, je portai dans cette direction la brigade de Fontanges de la division Lespart, laissant la brigade Abbalueci de la même division dans Je grand camp avec l'artillerie de réserve en batterie. En même temps, par ordre du maréchal, je lis sortir de la ville l'unique brigade de la division L'Abadie et la portai h Casai pour servir de réserve au 7e corps.

b Le 1er septembre, au point du jour, l'ennemi commença son attaque sur le 12« corps et la prolongea successivement sur la droite, vers le 1" corps. A sept heures, le maréchal de Mac-Mahon, ayant été blessé, remit le commandement au général Ducrot. Je n'en fus informé qu'environ une demi-heure après, et alors que cet oflicier général avait déjà donné certains ordres aux commandants de corps d'armée.

• Je crus devoir laisser exécuter ces ordres. Toutefois, vers neuf heures, voyant la gauche du Ie' corps opérer un mouvement de retraite assez prononcé et se diriger sur le milieu du bois de la Garenne, je me décidai k faire usage de la lettre de commandement que Votre Excellence m'avait remise. Le général Ducrot me déclarait que son intention était de se retirer sur Uly ; mais ses bataillons, au lieu de suivre cette direction, exécutaient un changement de front en arrière sur l'aile droite et se rapprochaient de l'ancien camp.

» Le mouvement projeté me semblait fort dangereux par divers motifs :

> i» La route était difficile k suivre pour plusieurs corps d'armée ;

» 20 II fallait parcourir au moins 6 kilom., espace fort iong pour des troupes déjk fatiguées par cinq heures de lutte ;

■ 30 Enfin, on devait s'attendre à ce que l'ennemi qui était en face et qui prévoyait le mouvement se jetât sur elles avec d'autant plus d'ardeur qu'il savait les refouler en arrière sur des troupes nombreuses ayant pris position pour barrer le passage.

> J'ordonnai en conséquence au général Ducrot de reprendre ses premières positions et je renforçai sa gauche de la brigade Saurin du &e corps, bien qu'il regardât ce secours comme inutile.

> Je me portai alors au centre du 7e corps pour chercher k me rendre compte de la situation des troupes engagées dans la direction de cette ligne de retraite. Lk, j'acquis davantage encore la conviction que la marche de notre armée sur Mézières ne pourrait que difficilement s'opérer pendant le jour, et je résolus de tenir dans mes positions jus: qu k la nuit.

» Je revins me placer vers midi au centre des lignes, afin (le donner plus facilement mes ordres et de suivre les péripéties de la lutte qui paraissait se soutenir avec succès. Le commandant du 7e corps ayant témoigné des inquiétudes au sujet des troupes qui occupaient les bois de la Garenne, près de la ferme, et qui étaient exposées à un feu d'artillerie meurtrier, je portai de ce côté des troupes des trois armes du 5» et même du ier corps, ainsi qu'une partie de la réserve de cavalerie, et je m'y rendis de ma personne. Je constatai bientôt que les obus lancés par l'ennemi exerçaient d affreux ravages parmi nos troupes. La cavalerie, l'infanterie elle-même étaient dans l'impossibilité de tenir. Trois batteries d'artillerie mises en position furent désorganisées en dix minutes k peine.

» Il fallut retirer l'artillerie et abriter la cavalerie dans une clairière, au milieu des bois, et faire de grands efforts pour y maintenir l'infanterie.

» Je revins au milieu du champ de bataille et remarquai que l'artillerie ennemie avait resserré le cercle de son feu de manière k couvrir le plateau d'obus lancés dans tous les sens. Le général Douay me fit avertir qu'il lui était impossible de tenir plus longtemps et qu'il avait devant lui des forces très-considérables qui ne lui permettaient pas d'opérer une retraite sur Illy.

> Le 12e corps se maintenant d'ailleurs toujours avec succès sur les fortes positions qu'il occupait, je crus devoir joindre k ce corps toutes les troupes disponibles du 1e' et du 5e corps pour jeter une fraction de l'armée ennemie dans la Meuse et me frayer une issue dans la direction de Carignan. J écrivis dans ce sens k l'empereur, en engageant Sa Majesté k venir se placer au milieu de ses

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troupes, qui tiendraient k honneur de lui ouvrir un passage. 11 était environ une heure et demie.

» L'ennemi céda devant notre mouvement offensif; mais, en même temps, les troupes des 7e et 1er corps restées sur le plateau pour faire l'arrière-garde étaient vivement abordées par des forces supérieures et étaient refoulées. Ces troupes, au lieu de suivre le mouvement du 12e corps en passant entre le grand camp et le bois de la Garenne, se rapprochèrent peu k peu des fortifications de la place, qui étaient pour elles un aimant irrésistible, et finirent par se ranger sous le canon de la citadelle et dans la ville, dont les portes étaient ouvertes.

» Je me plaçai avec mon état-major k la tête de troupes de tous corps massées autour de la ville; il était environ trois heures, et je marchai sur les traces du 12e corps en suivant la grande route de Givonne et escaladant les hauteurs qui dominent cette route k l'est ; mais, arrêté par une série de clôtures et de pures, plus encore que par la défense de l'ennemi, je dus prendre un chemin k droite, qui me conduisit k la porte Balan.

» C'est k ce moment, quatre heures, qu'un officier m'apporta une lettre par laquelle l'empereur me prévenait que le drapeau blanc avait été hissé k la citadelie et m'invitait k cesser le feu et k me charger de négocier avec l'ennemi. Je refusai k plusieurs reprises d'obtempérer à cette injonction.

• Malgré les pressantes instances de Sa Majesté, je n'en crus pas moins devoir tenter un suprême effort et je rentrai en ville pour appeler k moi toutes les troupes qui s'y trouvaient accumulées ; mais, soit fatigue provenant d'une lutte de douze heures sans prendre de nourriture, soit instructions mal comprises, soit ignorance des suites dangereuses que pouvait avoir leur agglomération dans une ville impropre à la défense, peu d'hommes répondirent k mon appel, et c'est avec 2,000 soldats seulement, auxquels se joignirent quelques gardes mobiles et un certain nombre des courageux habitants de la ville de Sedan, que je chassai l'ennemi du village de Balan.

» Ce fut le dernier effort, l'effectif de ces hommes étant trop peu considérable pour tenter la seule retraite qui fût possible, eu égard k la disposition des forces ennemies. 1

Le général entre ici dans le détail des négociations qui suivirent, et il ajoute :

« M. de Moltke lui-même a reconnu que nous avons lutté contre 220,000 hommes, et que la veille, à cinq heures du soir, un corps prussien d'un effectif supérieur à celui de notre armée était déjà placé sur notre ligne de retraite. Une lutte soutenue pendant quinze heures contre des forces très-supérieures me dispense de faire l'éloge de l'armée ; tout le monde a fait noblement son devoir,

■ Je regrette profondément de n'être arrivé à l'armée que le soir'd'un insuccès et de n'en avoir pris le commandement que le jour où une grande infériorité numérique et les conditions dans lesquelles étaient placées les troupes rendaient la défaite inévitable. C'est le cœur brisé que j'ai apposé ma signature au bas d'un acte qui consacre un désastre pour la France; sacrifice que mes compagnons d'armes et d'infortune sont peut-être seuls susceptibles de comprendre.... >

Mettons maintenant en regard de ce rapport l'avis motivé émis par le conseil d'enquête dans sa séance du 4 janvier 1872 :

a Le conseil d'enquête,

> Vu le dossier relatif à la capitulation de la place de Sedan;

» Vu le texte de la capitulation ;

a Sur le rapport qui lui en a été fait';

• Ouï MM. les généraux de division :

n De Wimptfen, ex-commandant en chef de l'armée de Chàlons;

> Lebrun, commandant du 12e corps de ladite armée;

1 Ducrot, commandant du 1er corps;

» Douay, commandant du 78 corps;

1 Après en avoir délibéré, exprime comme suit son avis motivé sur la capitulation de la place de Sedan :

» Sans se préoccuper des causes plus politiques que militaires qui, après la réorganisation encore fort incomplète de l'armée de Chàlons, ont déterminé le gouvernement de la régence k prescrire l'expédition très-dangereuse tentée par cette armée pour secourir le maréchal Bazaine, le conseil n'a pus non plus k apprécier la manière dont cette expédition a été conduite jusqu'au moment où, par suite de sa blessure, le maréchal de Mac- Mahon, qui en avait le commandement, le remit au général Ducrot, l'un de ses lieutenants.

■ Les troupes de l'armée de Chàlons, déjk peu sûres d'elles-mêmes à leur départ du camp, avaient éprouvé des retards dunsleur marche par suite de l'incertitude dans le plan de campagne et de l'irrégularité dans les distributions. Les mauvais temps qui les assaillirent, les surprises de l'ennemi, la défaite du 5e corps leur portèrent une atteinte morale qui les avait singulièrement affaiblies et ébranlées; aussi, faut-il bien le constater, elles arrivèrent assez en désordre a Sedan.

■ Le général Ducrot, auquel le maréchal remit le commandement après sa blessure, se rendait compte de la situation et, voyant Je danger que courait l'armée française en se

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laissant enserrer autour de Sedan, prescrivit aussitôt des dispositions de retraite sur Mézières, seule direction dont la route lui paraissait libre en cet irstant. Mais k peine une heure s'était-elle passée et ses ordres recevaient-ils un commencement d'exécution, que le général de Wimptfen, se prévalant d'une lettre qui lui avait été remise par le ministre de la guerre, réclama le commandement en chef et, désapprouva nt les mesures prises par le général Ducrot, sans avoir encore un plan bien arrêté, ainsi qu'il le dit lui-même, mais comptant sur les péripéties de la bataille pour tenter une combinuison moins désastreuse, prescrivit de reprendre les positions abandonnées par suite des premiers ordres.

« Dès lors le génén.l de Wimpffen assuma toute la responsabilité du commandement.

» Ce changement d'impulsion ébranla encore davantage la confiance de l'armée et y mit le désordre. Le nouveau général en chef ne put ou ne sut se faire complètement obéir. Le lor corps ne conserva pas toutes ses positions, aussitôt occu jèes par l'ennemi, et le 7<= fut, ainsi que lui, refoulé sur Sedan, où ils apportèrent l'un e*. l'autre une telle confusion qu'on dut fermer les barrières de la place.

» Pendant que ces événements se passaient, le général de Wimpffen, voyant la vigoureuse résistance du 12<* corps et que l'attaque sur B;izeill;S se ralentissait, faiblissait même, avait conçu le projet de concentrer toutes ses forces sur sa droite et de percer les lignes en se portant sur Carignan et Montmédy.

1 Dans ce but, il av lit prescrit au 1er corps de venir le rejoindre et au 7e de soutenir la retraite. Ces corps, nous l'avons vu, par suite de leur retraite précipitée sur Sedan, étaient loin de pouvoir répor dre k son attente; toutefois, le général de Wimpffen, à la tète d'une partie des troupes de la marine, de deux bataillons de zouaves et du 45e de ligne, s'était jeté sur l'ennemi et se portait sur Balan pour les y faite coopérer au mouvement des troupes platées de ce côté, quand, arrivé sur l'einplaceu ent où il les supposait, il ne trouva plus persDnne.Le 12e corps était également rentré k Sedan. Le général de Wimpffen, en allant t. la porte de Balan, rencontra le général Lebrun qui, suivi d'un homme portant un drapeau parlementaire, allait demander l'armistice. Le général en chef fit abaisser ce drapeau et, k la tête de 2,000 hommes qu'il put réunir, se rua sur l'ennemi; mais, reconnaissant bientôt son impuissance, il rentra lui-même k Sedan.

» Lors du refoulement des différents corps sur la place, l'empereur, dans la pensée d'arrêter une inutile et plus longue effusion de sang et sans consulter le général en chef ni les commandants de torps, ainsi qu'ils l'ont unanimement déclaré au conseil, avait fuit arborer le drapeau blanc sur la citadelle.

> Lorsqu'il se porta suç Balan pour y faire un dernier effort, le général en chef avait été abordé por un ol licier d'ordonnance de l'empereur, qui l'invitait k se rendre au quartier général ennemi pour y traiter de la capitulation; il avait r.jfusè de se charger de cette mission. Cependant, après sa dernière tentative, il céda aux instances de sou souverain.

> Le conseil peut facilement apprécier lu funeste influence qu'exerça sur l'année ce changement de trois généraux en chef différents k quelques heures d'intervalle, et le défaut de suite dans le;; opérations militaires qui en fut la conséquence!* Il peut juger les combinaisons qui se produisirent successivement, les chances de succès ou d'insuccès qu'elles présentaient. Il est de son devoir de dire que le projet du général Ducrot était le plus rationnel; car, eu admettant que lu concentration sur la gauche pût rcussir, ce gui était difficile, il est vrai, et qu'après un vigoureux effort on pût s'ouvrir la route de Mézières, ou pouvait tout au moins concevoir l'espoir de sauve:' une bonne partie de l'année en se jetant sur le territoire belge.

» Il doit constater {gaiement qu'en réclamant le commandement en chef de l'armée, pur suite de la lettre du ministre de la guerre, sans avoir un plan auêté, ainsi qu'il le dit lui-même, et dans l'es poir, après avoir jeté les Bavarois dans la Meuse, de revenir battre l'aile droite des Allemands, ou enliu de s'ouvrir un passage sur Carignan et Montmédy, le général de Wimpffen a fait preuve de conceptions trop peu plausibles ou trop peu justifiées pour ne pas avoir une grande part de la responsabilité des funestes événements qui amenèrent la capi .ulation.

> Mais il importe de bien définir la part de responsabilité qui incombe k ce général dans l'acte même de celte capitulation et les termes dans lesquels elle fut rédigée.

» Or, il paraît bien prouvé au conseil que le souverain, en faisint hisser le drapeau blanc sur la citadelle sans avoir pris lavis du général en chef, le dégageait de toute responsabilité sous ce rapport et l'assumait tout entière.

■ Le conseil doit donc louer le général de Wimpffen de s'être constamment opposé k cette capitulation. Mais il doit dire aussi que, ayant accepte dt négocier, il a eu tort de ne pus faire mainte lir le principe conreuti par l'ennemi (lors de la première entrevue, et dont il avait été donné connaissance au

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conseil tenu le matin) do laisser tous les officiers en possession de leurs armes et de leurs bagages, article malheureusement modifié en faveur des seuls officiers qui, en se retirant dans leurs foyers, donneraient leur parole d'honneur de ne pas servir contre l'ennemi pendant la guerre.

» Le conseil blâme vivement le général de Wimpffen d'avoir admis cette exception contraire à l'article 256 du décret du 13 octobre 1863, lequel prescrit aux officiers de ne jamais séparer leur sort de celui de leurs soldats, exception qui tend h affaiblir, chez les officiers, le sentiment du devoir et de résistance à l'ennemi et n'est qu'une prime à la faiblesse.

» Pour extrait conforme :

» Le président du conseil d'enquête.

» Signé : Baraguey-d'Hilliers. »

Comme on le voit, le conseil d'enquête donne raison au général Ducrot contre le général de Wimpffen ; il trouve son plan plus rationnel, tout en reconnaissant combien l'exécution en était difficile, et il ne tient nul compte des motifs qui faisaient repousser cette combinaison au général en chef. Nous n'uvrins certes pas la prétention de trancher le différend; nous poserons simplement cette question : la route de Sedan-Mézières étaitelle occupée par l'ennemi de manière à nous barrer invinciblement le passage? Le conseil d'enquête passe cette difficulté sous silence; mais le colonel Borbstaedt, qui doit savoir ce qui s'est passé chez les Prussiens, va nous fournir quelques renseignements à cet égard : » Les ordres du grand quartier général, dit-it {page 643), relatifs à l'opération convergente des deux armées pour le ter septembre, arrivaient à une heure de la nuit à Mouznn, où était étab'i le quartier général du prince royal de Saxe. D'après ces ordres, les corps de l'armée de la Meuse devaient exécuter les mouvements suivants : le 12 « corps s'avancerait de Donzy, en suivant la route par Lamécourt et La Moncelle, contre Sedan, ayant à sa droite la garde qui marcherait par Villers-Cernay sur Givonne. Dans le 4e corps, la 7& division d'infanterie, formant réserve, suivrait ce mouvement et viendrait kMairy ; la ge division et la réserve d'artillerie pousseraient jusqu'à Bazeilles pour soutenir le l«r corps bavarois.

• Toutes les mesures étaient donc prises en vue d'arriver, pour la journée du 1er septembre, à couper avec des forces suffisantes la retraite de l'armée française sur Mêzières, et à empêcher en même temps toute tentative pour se Faire jour k l'est vers Montînédy. ■

Voilà qui est clair, et le même écrivain dit plus loin :

> La bataille de Sedan fut une manoauvre enveloppante exécutée sur une échelle sans précédents. Les dispositions primitivement arrêtées du côté des Allemands, dans la soirée du 31 août, avaient surtout trait à l'éventualité que l'on redoutait le plus : la retraite de l'armée française sur Mêzières. Le He et le 5e corps, la division wurtembergeoise, les 2e et 4e divisions de cavalerie devaient donc se porter vivement sur la rive droite de la Meuse, vers la route Sedan-Mézières, pour y aborder vigoureusement les colonnes ennemies en retraite. Mais quand, dans la matinée du îer septembre, on eut acquis la certitude que l'ennemi restait de pied ferme k Sedan, 1 ordre était aussitôt expédié au l le et au 5c corps de converser à droite et de se diriger sur Saint-Menges, afin de compléier l'investissement de l'année française. » C'est au lecteur à tirer la conclusion. Disons un mot de la destination que reçut notre brave et malheureuse armée après Sedan. Les troupes, emmenées dans deux directions, furent réparties par petits détachements dans les diverses forteresses de la Prusse. Quant aux officiers, ils furent tous dirigés de Pont-k-MoUsson sur Coblentz, moins les cinq cents qui avaient accepté l'engagement d'honneur de ne pas servir contre 1 Allemagne pendant la durée de la guerre et qui purent rentrer en Fiance. Les autres furent internés dans les villes de la Prusse rhénane qui renfermaient des garnisons prussiennes, de Miiyence k Bonn. Le maréchal de Muc-Mnhon s'était fait transporter le 5 dans un château près de Sedan, à Pourru-aux- Bois. Les généraux Douay et Lebrun allèrent k Coblentz, le général de Wimpffen à Stuttgard; quant au général Ducrot, il réussit à s'échapper de Pont-k-Mousson, déguisé en paysan. Les Prussiens lui reprochèrent cette fuite amèrement plus tard, et cependant, n'ayant nullement engagé sa parole, il était parfaitement libre de saisir à ses risques et périls toutes les occasions de reprendre sa liberté. Tous ces prisonniers allaient trouver en Allemagne les souffrances, les misères d'une impitoyable captivité, tandis que l'auteur de leurs maux et de ceux de la France Se prélassait dans les douceurs d'une résidence quasi royale. 11 chaussait le patin, fumait des cigarettes, se reposait et engraissait. 11 prenait, disent ses courtisans, l'air tranquille d'un officier en retraite, et, sous son inspiration, les généraux de son étatmajor qui l'avaient suivi écrivaient des articles où ils essayaient de lui donner le beau rôle k Sedan et de masquer sa lâcheté sous un sentiment d'humanité.

Et cependant, achevons de faire connaître

SEDA

l'homme, puisqu'aussi bien ses partisans voudraient le remettre sur le piédestal ; oui, ils font cette insulte au bon sens et au patriotisme français. Nous avons dit, au cours de cet article, que, dans sa marche insensée sur Sedan, l'empereur avait obéi k des considérations purement politiques et nullement à une conception stratégique; si on en doutait, qu'on lise la lettre qu'il écrivit à sir John Burgoyne après l'événement (v. Napoléon III); elle est une preuve qu'il n'a entraîné l'armée française k sa perte que dans un intérêt exclusivement personnel et dynastique. Une autre lettre, où l'expression de son patriotisme n'est pas moins significative, est celle qu'il écrivit au capitaine Damer, de Cerne, près de Dorchester, en réponse k une lettre de sympathie que cet officier lui avait adressée :

« Wilhelmshôhe, 23 octobre 1870.

» Mon cher capitaine,

• Je suis Vivement touché de votre souvenir et je me rappelle avec plaisir le temp3 que j'ai passé chez madame votre mère, ainsi que les témoignages d'amitié que j'ai reçus du colonel Dawson Damer.

• Je vous remercie de vos bons sentiments pour moi. Ce qui se passe en France est trèstriste, car l'invasion n'est pas le plus grand des maux que mon pauvre pays ait k souffrir. L'anarchie fait encore plus de désastres que le fusil à aiguille.

« Recevez, avec mes remercîments, l'assurance de ma vive amitié.

» Napoléon. »

« Ainsi, s'écrie avec une éloquence indignée M. Jules Claretie, le fusil k aiguille n'était pas ce que Bonaparte flétrissait le plus. Ce qu'il haïssait, c'était la défense nationale, la France acceptant imprudemment, follement peut-être, mais héroïquement, l'héritage de Sedan, et combattant encore avec son glaive brisé. Anarchie, voilà de quel nom il appelait la guerre pour l'honneur. Strasbourg bombardé, Metz bloqué, Phalsbourg investi, Toul attaqué, Paris assiégé, Bitcne invincible, voilà ce qu'il appelait l'anarchie I La défense du sol, la dispute âpre du foyer, le fils présentant sa poitrine pour sauver sa mère, ia lutte acharnée pour le droit, c'était l'anarchie. Anarchie, Chateatidun qui brûle, Orléans qui lutte, Coulmiers où resplendit un rayon de victoire. Anarchie, tout ce qui n'est pas l'ordre sinistre de l'Empire, cachant sous ce pseudonyme l'affaissement politique et la pourriture sociale.

« Voilà ce que (rouvait à dire à la France et pour la Fiance l'homme qui l'avait sacrifiée, k l'heure où la nation essayait de se laver dans son propre sang de vingt ans d'abjection profonde. Comment expliquer ce manque absolu de grandeur et d'abnégation quand les petits, les humbles, le moindre soldat savaient en donner des preuves journalières? En parlant de Napoléon I"5 ce Corse malade et frénétique, le philosophe Fichte a dit : Napoléon n'est pas Français. On pouvait dire aussi : II n'est pas Français , en parlant de ce Hollandais rêveur et égoïste qui porta, de 1852 k 1870, du 2 décembre au 1er septembre, le nom cie Napoléon III. »

Si nous avons donné dos développements inusités a cet article, c'est que la catastrophe de Sedan a soulevé des controverses passionnées sur lesquelles nous avons tenu k jeter le plus de jour possible ; de plus, l'événement en lui-même présente assez d'importance pour que les moindres détails offrent leur intérêt; enfin, on peut le considérer comme une des grandes dates de notre histoire, puisqu'il a été le point de départ de la chute u'un gouvernement maudit et de l'avéoement d'une république réparatrice.

Nous n'avons rien dit de la marche du 13e corps (Vinoy), envoyé par le comte de Palikao au secours de l'armée de Châlons ; on trouvera les détails relatifs k cet incident à l'article Mêzières {retraite de).

SEDANAIS, AISE s. et adj. {se-da-nè, èze). Géogr. Habitant de Sedan ; qui appartient k Sedan ou à ses habitants : Les Sedanais. La population sedanaise.

— s. f. Typogr. Caractère d'environ cinq points, appelé aussi parisienne.

SEDANO (Juan- Jose-Lopez de), littérateur et antiquaire espagnol, né k Aleala en 1729, mort k Madrid en 1801. 11 fit ses études k Salamanque et se rendit ensuite k Madrid, où la protection du marquis de Squilkice, ministre de Charles JII, lui valut d abord ud emploi k l'université de Saint-Isidore, puis une place à la bibliothèque royale et la direction du cabinet des médailles. Sedano prit une part active au mouvement qui affranchit ia littérature espagnole de l'imitation française. On lui doit : Parnasse espagnol (Madrid, 1708,

3 vol. in-8<>) ; Dissertation sur les médailles et les ancien:, monuments Irottués en Espagne (Madrid, 1789, in-4°) ; Explication des inscriptions et des médailles trouvées dans les villes de Catalogne et de Valence (Madrid, 1734, in-8°); divers mémoires ; un drame intitulé Jahel et Colozquis de Espina (Malaga, 17S3,

4 vol, in-12), qu'il publia sous le pseudonyme de J.-M. Ciiavero j Etcluvu, et dans lequel il exposa ses idées sur la réforme k introduire dans la littérature de son pays.

SEDANOISE s. f. (se-da-noi-ze). Typogr.

Syn. de sedanaise ou parisienne.

SÉDA

SÉDATIF, IVE adj. (sé-da-tiff, i-va — du lat. sedare, apaiser). Méd. Se dit des remèdes qui calment l'excitation des organes ou des tissus : Eau sédative. Sel sédatif de Bomberg.

— s. m. Médicament sédatif : Un sédatif. La digitale est un sédatif de la circulation. Les gommes-résines sont des sédatifs du système nerveux.

— Encvcl. Méd. On appelle sédatifs des médicaments propres k modérer l'état de surexcitation dans lequel un organe, un tissu, une fonction peuvent être par suite d'un état morbide. Les médicaments sédatifs comprennent les narcotiques, les émollients, les aniispasmodiques, lesantiphlogistiquesettout ce qui peut calmer la souffrance ou la suractivité d'un organe. Ainsi, la digitale est un sédatif au cœur, l'éther un sédatif de la contractilité musculaire, le musc un sédatif de l'irritabilité nerveuse, la saignée un sédatif de la douleur, etc.

— Liniment sédatif, nom donné par Ricord k un médicament qu'il ordonne souvent en frictions, plusieurs fois par jour, contre les douleurs névralgiques, les affections rhumatismales aiguës ou chroniques et le rhumatisme goutteux. Voici la formule du Uniment sédatif: huile de jusquiame, 200 grammes; camphre, 4 grammes; laudanum Rousseau, 4 grammes; extrait de belladone, 4 grammes; chloroforme, 4 grammes.

— Eau sédative, nom donné par Raspail à un médicament spécial dont il est l'inventeur'. Vu la popularité du remède et de l'inventeur, nous ne saurions mieux faire que de reproduire ici le chapitre que ce dernier lui consacre dans son Annuaire de santé :

— I. Formules. Première formule ou eau sédative ordinaire :

Ammoniaque liquide k 22° B. 60 grammes.

Alcool camphré 10 »

Sel de cuisine, autrement dit sel gris 30 »

Eau ordinaire i litre.

Deuxième formule ou eau sédative moyenne :

Ammoniaque liquide k 22" B. 80 grammes.

Alcool camphré 10 »

Sel de cuisine .30 »

Eau ordinaire 1 litre.

Troisième formule ou eau sédative très- forte :

Ammoniaque liquide k 22<> B. 100 grammes.

Alcool camphré io •

Sel de cuisine 30 •

Eau ordinaire i litre.

N. B. Si l'on tenait k dissimuler l'odeur de l'eau sédative, on pourraity ajouter une quantité suffisante d'essence de roses ou toute autre essence. Mais, en général , le malade qui trouve excellent tout ce qui le soulage sait se passer de cette superfluité.

— IL Manière de préparer cette eau.

On verse, d'un côté, l'alcool camphré dans la quantité prescrite d'ainmoniaque liquide; on bouche avec soin, on agite le flacon et on laisse reposer un instant le mélange. D'un autre côté, on fuit foudre le sel de cuisine dans la quantité voulue d'eau ordinaire, en ayant la précaution d'y verser quelques gouttes d'ammoniaque liquide; on laisse déposer les impuretés du sel, et quand le sel est entièrement fondu , l'eau redevenue limpide, on la décante doucement ou on la filtre k travers le papier Joseph. On y verse vivement ensuite l'a minoniaque camphrée, on bouche et l'on agite; l'eau est, dès lors, bonne à servir. On a soin de conserver la fiole toujours bien bouchée.

L'eau sédative très-forte est destinée aux personnes dont la peau est dure ou calleuse, ainsi qu'au traitement des maladies des bestiaux.

L'eau sédative de force moyenne convient dans les cas de piqûres delà vipère, du scorpion, d'insectes venimeux.

L'eau sédative faible renferme environ

— , la moyenne— et la très-forte — d'ammo- 18 14 11

niaque. Unesimple addition d'eau sufiitpour ramener la moyenne et la forte au titre le plus faible.

L'eau sédative, en séjournant dans un vase, acquiert une odeur d'amandes a m ères qui provient de la combinaison intime de l'ammoniaque et du camphre.

Voici la manière la plus expéditive de préparer l'eau sédative ordinaire sans avoir recours à la rigueur de la balance : dans une bouteille d'un litre, versez deux verres k liqueur d'ammoniaque et le quart d'un verre k liqueur d'alcool camphré; bouchez la bouteille et agitez le mélange. D'un autre côté, faites fondre une poignée de sel gris de cuisine dans un grand bol d'eau; quand tes effondrilles sont tombées au fond du vase, versez cette eau salée dans la bouteille, achevez de la remplir avec de l'eau orJinaire et tenez le vase bien bouché; l'eau sédative est faite. Si l'on doit en préparer plusieurs litres k la fois dans un même vase, on emploie autant de poignées de se) de cuisine, autant de doubles verres k liqueur d'ammoniaque et do quarts da verre d alcool camphré que le vase contient de litres.

— N. B. Quand l'eau sédative est préparée avec tous les soins de propreté indiqués ci-

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