‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 509 sur 1059 · V. Huoo · texte numérisé non relu

V. Huoo

— Poétiq. Double sommet, Parnassej montagne qui avait deux sommets, et qui était considérée comme le séjour d'Apollon et des Muses.

— Chîr. Présentation du sommet, Présentation de la tête du fœtus, au commencement de l'accouchement.

— Géom. Point de rencontre des côtés d'-un angle plan ou des faces d'un angle solide, il Sommet de l'angle opposé a un côté ou a un plan pris pour base d une ligure plane ou d'un 3olide : Le sommet d'un triangle. Le sommet d'une pyramide, d'un cône. Il Point d'une courbe où la courbure s'arrondit symétriquement, de manière k y borner son extension : Le sommet d'une parabole.

— Moll. Point d'une coquille univalve où se termine lu spire.

— Entom. Partie où se terminent les élytres des coléoptères, du côté de l'anus.

— Bot. S'est dit autrefois pour anthère, ii Point du fruit où se trouve la cicatrice laissée par la chute du style.

— Syn. Sommet, sommité. Le sommet est la partie la plus élevée d'une chose , mais c'en est une partie intégrante ; la sommité est la même partie considérée d'une manière abstraite. -Quand on parle du sommet d'une montagne, on considère le haut de la montagne tel qu'il est; on dira, par exemple, que ce sommet est terminé en pointe, qu'il est couvert de neige, etc. ; niais on pourrait dire qu'un oiseau, dans son vol, s'élève jusqu'à la sommité de la montagne, si l'esprit taisait abstraction de toute autre idée que celle de la hauteur. Quand on parle des sommités d'une plante, on considère ces parties comme détachées ou pouvant être détachées de la plante.

— Sommet, cime, comble, faite. V, CIME.

— ' Eneycl. Géom. Deux angles sont opposés par le sommet quand chacun d'eux est formé par les prolongements des côtés de l'autre; ces angles sont égaux. Le sommet d'un triangle est le sommet de l'angle opposé au côté pris pour base. Le sommet d'un angle polyèdre est le point où passent les plans qui e forment. Dans tout polyèdre, le nombre des sommets augmenté du nombre des faces est égal au nombre des arêtes augmenté de deux unités. La sommet d'un cône est le point fixe par lequel passe la génératrice qui' engendre cette surface. Le sommet d'un angle formé par deux arcs qui se rencontrent sur la sphère est leur point de rencontre; il en est de même pour 1 angle du fuseau sphérique. Le sommet d'une courbe est le point où la courbure s'arrondit symétriquement par rapport a. un axe ; ainsi : les sommets de 1 ellipse sont les extrémités des axes; les sommets de l'hyperbole sont les points où l'axe transverse rencontre les branches de la courbe; le sommet d'une parabole est le point où l'axe rencontre la courbe.

SOMMEVOIRE, bourg et comin. de France (Haute-Marne), catit. de Momiérender, arrond. et à 15 kilom. S.-O. do Vassy, sur la Voire; 1,857 hab. Fabrication d'étoffes grossières, filature de laine, fonderie et haut fourneau. Ce village, autrefois fortifié, possède une église paroissiale du style romunoogival du xue siècle. Sous le badigeon qui recouvrait les murs intérieurs, ou a découvert, dans ces dernières années, des fresques du xvi« siècle représentant les douze apôtres. Saint Tliomas y est peint avec des lunettes sur le nez

SOMMIER s. m. (so-mié. — Ce mot est un dérive de somme, charge, fardeau, et correspond au grec sagntarion , provenu de sagma, charge. Il se pourrait cependant que l'acception de matelas se rattachât au latin

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lummus, suprême, qui se trouve au sommet, pour supmus, superlatif de superus, qui est au-dessus). Cheval de somme, de charge : Les sommiers des pourvoyeurs de la maison du prince. (Acad.)

— Ane. coût. Officier chargé de fournir les bêtes de somme pour le transport des bagages, il Officier chargé de transporter dans la chapelle les tapis k l'usage du roi.

— Mus. Espèce de coffre dans lequel les soufflets des orgues font entrer l'air, qui, de là, se distribue dans les différents tuyaux : Sommier gui perd le vent, qui n'est pas bien clos, il Dans un piano, Barre de hêtre assemblée aux deux bouts a queue d'aronde avec la caisse, et sur laquelle sont fixées les chevilles qui servent à tendre les cordes.

— Econ. domest. Sorte de matelas qui remplace les anciennes paillasses : Sommier de crin. Sommier élastique.

— Fin, Gros registre sur lequel les commis inscrivent les sommes qu'ils reçoivent : Le sommier des aides, des gabelles. Le som- MtiJR d'une abbaye, d'une seigneurie. Ce payement est inscrit au sommier, sur le sommier.

— Mar. Pièce de bois qui borde la partie supérieure d'un sabord.

— Constr. Pierre qui reçoit la retombée d'une voûte, il Grosse pièce de bois qui porte Sur deux pieds-droits de maçonnerie ou sur les deux piles d'un pont, pour faire office de poutre. Il Pièce de bois de charpente qui porte sur deux pieds- droits et sert de linteau k l'ouverture des portes, des croisées. Il Partie supérieure d'une jalousie sur laquelle joue la machine destinée à lever et à abaisser cette jalousie.

— Techn. Traverse qui, dans le métier k tisser, forme la partie inférieure du battant, et qu'on appelle aussi masse, il Traverse du bas d'une grille ouvrante ou dormante, il Peau de veau tendue sur un cadre de bois, qui sert a soutenir le parchemin sous le fer du ratureur pendant l'opération du raturage.' il Chacun des cerceaux que le tonnelier place aux extrémités des futailles : Sommier simple. Sommier double. Il Pièce de bois supportant une grosse cloche, il Pièce de bois sur laquelle tourne un moulin, il Corps du fléau de la balance. «

— Typogr. Nom donné il deux pièces de bois qui, dans l'ancienne presse, traversaient d'une jumelle a l'autre et s'y enchâssaient au moyen de tenons pratiqués à leurs extrémités et de mortaises taillées dans les jumelles : Le sommier du haut, ou sommier supérieur, est percé dans son milieu et reçoit i'écrou de la vit. Le sommier du bas, ou sommier inférieur, porte le train lorsque celui-ci est roulé, et dans le moment du tirage.

— Eneycl. Econ. domest. Le sommier de literie est destiné à remplacer les anciennes paillasses, les matelas de cosses de pois, de paille de maïs, etc., et k Soutenir les matelas de laine ou de plume. Il se place dans la partie inférieure (lu lit, où il tient lieu de fond sanglé. En principe, un sommier se compose de ressoits de diverses grandeurs faits en fil de fer, tordus en spirale, recouverts d'une forte toile et fixés à des traverses de bois qui forment une caisse et occupent le fond du lit. Mais le sommier primitif, nommé sommier ordinaire, a été modifié de différentes façons dans un but d'économie, d'aisance ou de solidité, et a donné lieu à deux ou trois types nouveaux et différents, dans lesquels le ressort de fil de fer joue toujours le rôle le plus important.

Le sommier ordinaire est composé d'une caisse k claire-voie en dessous, pleine sur les côtés et découverte sur le dessus. Aux traverses qui forment la claire-voie du dessous et qui tiennent lieu des anciens fonds sanglés sont fixés les pieds des ressorts, plus larges par le bas et par le haut que par le milieu, ce qui augmente encore leur élasticité. Ces ressorts, posés verticalement, sont placés de telle sorte que les plus hauts se trouvent dans le milieu, les plus petits sur les bords, de chaque côté, à la têtu et au pied, en graduant leur décroissement et de manière k former avec la toile qui les recouvre une surface bombée, inclinée sur les bords en pente douce et courbe. Au sommier bien confectionné on ajoute, entre la première toile qui recouvre les ressorts et une seconde d'apparat , Un rembourrage mince de crin animal ou de crin végétal. Cet ouvrage; dont la confection fait partie du travail du tapissier, exige, pour remplir l'office auquel il est destiné, beaucoup de soin dans le choix des matériaux employés et une pratique spéciale de la part de l'ouvrier qui en est chargé. 11 faut que tous les ressorts aient la même degré d'élasticité, de souplesse, et que les un3 ne soient ni plus mous ni plus résistants que les autres, qu'ils soient posés bien perpendiculairement à leur axe, sans quoi ils sont sujets à so tordre, à se fausser; il faut enfin qu'ils soient fixés solidement et que la distance d'éctirtement soit également maintenue entre tous par des ficelles qu'on y attache et qui, leur conservant leur position verticale, les contraignent à se replier sur eux-mêmes, perpendiculairement k leur assise, sans qu'ils puissent incliner d'un côté ou d'un autre comme les y entraîne leur forme elliptique. Ces portes de sommiers sont d'un usage très-avantageux pour les matelas, qu'ils

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empêchent de se déformer, de s'écraser, de s'aplatir ; aussi sont-ils maintenant usités dans tous les ménages qui jouissent d'une certaine aisance, et ils y remplacent les paillasses, si incommodes et dont le moindre inconvénient était d'absorber une grande quantité de poussière qu'elles répandaient ensuite dans l'apfiartement quand on les remuait, ce qu'i) falait faire presque chaque jour. L'emploi ilu Sommier permet de mettre moins de matelas sur les lits; un sommier et un matelas suffisent pour faire une bonne literie; deux matelas sont la juste mesure, davantage serait trop.

Un autre genre de sommier est une modification du précédent, dont il diffère pourtant assez pour former un type a part qui mérite d'être noté. Celui-ci, nommé sommier Tucker, du nom de son inventeur, a pour principal élément, de même que l'autre, l'élasticité du fil de fer tordu en spirale; mais cette élasticité est employée différemment. Ici, le fond est fait comme dans les sommiers ordinaires, mais l'appareil principal, au lieu d'être constitué par les ressorts fixés aux traverses, l'est par des ressorts plus petits, attachés obliquement aux bords supérieurs de la caisse par un bout, et par l'autre bout à des Jattes de bois suffisamment fortes et épaisses et qui sont disposées selon la longueur du lit. Quelques ressorts semblables à ceux des sommiers ordinaires, fixés comme eux aux traverses du fond, soutiennent de distance en distance ces lattes, qui sont placées de façon à former une claire-voie bombée comme la surface des premiers sommiers.

C'est sur ces lattes, qui ne sont point recouvertes, qu'on pose les matelas. Ce genre de sommiers peut avoir quelques avantages tant au point de vue de la solidité que de l'économie; mais ils sont beaucoup moins souples que les autres, étant faits de bandes rigides dont les points élastiques se trouvent seulement sur les bords, tandis que dans les premiers tous les points de la surface sont doués d'une élasticité égale. Cette rigidité des bandes du bois est peu favorable aux matelas et se fait sentir au travers; aussi les sommiers ordinaires, quand ils sont bien fabriqués, ce qui est plus rare, il est vrai, pour eux que pour les seconds, sont-ils préférables par leur douceur et leur moelleux.

Dans un troisième type de sommiers,- on a substitué aux bandes de bois de longs ressorts posés horizontalement, c'est-à-dire dont l'axe est horizontal, et qui se croisent de façon k former des carrés égaux; les angles de ces carrés sont soutenus par des ressorts de sommiers ordinaires, et les bouts des ressorts horizontaux sont attachés, au bord, k d'autres semblables k ceux du système Tucker; on évite de cette façon la rigidité qui provient dans ce dernier système de l'emploi des bandes de bois; mais aussi on y perd de la solidité, parce que les ressorts (Jacés horizontalement tendent toujours k se fausser et que cela leur est plus facile dans la position horizontale que dans la position verticale, d'autant plus que rien ne les maintient et ne les force à reprendre ou à garder leur axe primitif tandis qu'ils agissent duns le sens de leur élasticité.

Il est enfin un autre genre de sommiers qui serait beaucoup plus simple et qui réunirait les avantages de ces deux derniers systèmes, mais qui n'est pus en usage. Ces sommiers seraient l'application k la literie da système qui u servi k ta construction des chaises de fer placées sur quelques promenades publiques ; ils seraient faits en bandes de fer minces, croisées d'intervalle en intervalle et "eeourbées en demi-cercle k chaque bout à leur point d'attache avec les côtés du fond ou de la caisse qui en tient lieu, ce qui suffirait k leur donner l'élasticité nécessaire. Un pourrait, au besoin, les soutenir au milieu par quelques ressorts de fil de fer; mais cette précaution ne serait peutêtre même pas d'une sérieuse nécessité. 11 n'est, d'ailleurs, que l'usage qui pourrait l'apprendre. On réunirait ainsi les conditions d'économie en simplifiant le travail, de solidité et en même temps de souplesse. On sait comment fonctionnent les chaises élastiques en fer; on peut imaginer par là comment fonctionneraient des sommiers construits d'après le même procédé.

— Mus, Il y a deux sortes de sommiers d'orgue : le sommier a. vent ou k ressort et le sommier à tiroir. Le sommier à tiroir est composé de trois tables en noyer ou en hêtre, placées l'une au-dessus de l'autre. La longueur du sommier varie suivant la grandeur des tuyaux placés au-dessus et accolés l'un à l'autre. Sa largeur est calculée en raison du nombre do files placées ainsi, c'est-à-dire suivant le nombre des jeux ou des registres. Le sommier est garni d'autant de conduits qu'il y a de touches dans le clavier. Au-dessous de chacun de ces conduits se trouvent des soupapes, que fuit ouvrir la pression de la touche, et 1 air forcé par le poids des soufflets, venant k chasser celui qui se trouvait déjà dans les conduits, fait parler ceux des tuyuux dont les registres sont ouverts. Au-desaous de la table constitutive du sommier se trou vêla caisse qui renferme Je vent. Ce réservoir, haut de quatre doigts et d'une longueur égale à celle du sommier, est assez large pour contenir toutes les soupapes, et c'est la le véritable magasin de l'air qui, par l'ouverture de ces soupapes,

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pénètre ensuite dans les conduits. Au fond de cette caisse sont attachés, en dessous des soupapes, les ressorts qui, en appuyant sur les trous, les bouchent et empêchent l'air de circuler dans les conduits. Sur ce même fond, et immédiatement au-dessous de chaque soupape, se trouve une ouverture recouverte d'une petite lame de laiton. Un fil du tnème métal passant par l'ouverture, et fixé à la soupape, la fait ouvrir aussitôt que l'on baisse la touche qui lui correspond. On voit à la table supérieure autant de trous qu'il y a de tuyaux dans l'orgue. La table du milieu ne devrait pas être appelée du nom de sommier puisqu'elle se trouve nécessairement réduite en autant de lignes mobiles ou k demeure qu'il y a de tuyaux appartenant à une seule touche et formant un ordre; ces lignes s'appellent registres. Chacun de ces registres a, dans toute sa longueur, un nombre de bouches égal k celui des tuyaux qu'il admet ; au moyen des registres placés à droite ou à gauche du clavier, registres qui correspondent aux registres du sommier, on fait entrer ceux-là en mouvement, de sorte qu'à chaque registre que l'on tire on avance toute la ligne jusqu'à l'endroit où les trous dont elle est chargée correspondent avec la table de dessus et avec celle de dessous. Ainsi, en baissant une touche et en ouvrant en même temps la soupape correspondante qui conduit le vent dans un certain ordre de tuyaux, on fait parler le tuyau appartenant au registre qui est ouvert, ou, pour mieux dire, on facilite , par la rencontre exacte des trous, le passage du vent dans un tuyau. Si les registres sont dérangés de leur place, la communication entre les tables supérieure et inférieure étant interrompue, le vent ne peut plus circuler ni faire parler les tuyaux, même en abaissant les touches; alors, pour que lo vent chassé par les soufflets entre les deux tables ne fusse point parler en passant les tuyaux voisins, on u pratiqué autour de chaque trou, dans les tables supérieure et inférieure, de petits conduits par lesquels s'échappe le vent. Ces conduits, appelés déchargeurs, reçoivent plus ou moins de vent d'après leur capacité et selon que le temps est plus ou moins sec ou humide.

Le sommier a. ressort ou à vent, beaucoup plus ingénieusement travaillé que celui à tiroir, le surpasse en durée. Dans ce système de sommier, lorsqu'on ouvre un registre, ce ne sont plus des lignes de bois percé que l'on met en mouvement, mais l'on fait lever dans tous les conduits du sommier amant de languettes ou de petites soupapes mobiles qu'il y a de tuyaux dans l'orgue. Ces soupapes demeurent accolées k la partie supérieure du conduit, de manière k pouvoir s'ouvrir ou se fermer à volonté. On place entre le conduit et ces languettes, qui sont recouvertes de peau, de petits coussins pour qu'elles ferment hermétiquement. Les pointes qui forment l'extrémité de ces languettes s élèvent de la hauteur d'un doigt environ et, traversant la peau qui recouvre le conduit, se rencontrent avec d'autres pointes placées en travers des registres répandus de distance en distance sur les conduits dans toute l'étendue du sommier. En tirant les registres, les languettes se lèvent, et le vent fait parler tous les tuyaux dont les registres sont ouverts, aussitôt que l'on appuie sur les touches qui ouvrent les plus grandes soupapes. Si, au contraire, l'on ne touche pas aux registres, les soupapes restent fermées et le vent ne peut plus s'échapper d'aucune manière.

On appelle encore sommier le haut du manche d'un violon où l'on a pratiqué les trous nécessaires pour recevoir les chevilles qui doivent tendre les cordes du violon.

— Constr. Ordinairement les sommiers de charpente font l'office de poutres; ils traversent des espaces vides et s'appuient k chacune de leurs extrémités sur des piles en maçonnerie ou sur des poteaux en bois, ou bien encore sur des colonnes en fonte. Dans les ponts en bois, les sommiers ne sont autre chose que les poutres sur lesquelles repose le plancher; ils constituent à eux seuls l'ossature résistante de l'ensemble, sous la condition toutefois qu'ils soient entretoisés et eontreveiués. Sous les réservoirs d'eau à. fond plat, surélevé au-dessus du sol pour pouvoir transporter l'eau k une certaine distance ou pour obtenir un jet d'une hauteur déterminée, on établit un plancher qui n'est composé quo de sommiers, espacés de om,50 à 0m,80, pour pouvoir visiter le dessous de ce fond et le réparer au besoin, sans qu'il soit nécessaire de déplacer le réservoir. Comme on le voit, un sommier est une pièce destinée à porter de fortes charges. On donne encore quelquefois le nom de sommier aux poitrails que Ion établit au-dessus des baies de croisées et de portes, et qui, comme on le sait, supportent une très-grande charge de maçonnerie. Dans les constructions en maçonnerie, on appelle sommier la pierre qui reçoit les retombées des arcs, soit en pierre, soit en bois, soit on métal. Lorsque plusieurs nrcs viennent s'appuyer sur un même point, comme dans les constructions du moyen âge, la pierre qui les reçoit et qui leur sert de naissance prend le nom de sommier ; il forme le premier voussoir des arcs, et par cela même il présente quelquefois des difficultés de tracé , d'appareillage et de pose , surtout

lorsqu'il s'agit d'établir des voûtes en arcs d'ogive. Ces pièces, qui ont joué de si grands rôles dans les constructions du moyen âge, se faisaient ordinairement d'une seule assise et présentaient non-seulement une masse considérable , mais encore une très-grande surface d'appui, pour les mettre à même de résister aux charges considérables qu'elles portaient, tant au point de vue de \ écrasement qu'à celui du glissement. Jusqu'à la fin de la période romane, les sommiers sont simplement des voussoirs taillés sur les quatre faces, sans ornements et décorations; mais, à partir de cette époque, l'école laïque cherche tous les moyens d'éviter cette froideur et de raccorder cette partie des arcs avec les chapiteaux des colonnes qui les supportent ; à cet effet, elle donne aux sommiers les mêmes moulures qu'à l'arc, et plus elle avance dans les siècles de son existence , plus elle augmente cette décoration, à l'aide des richesses que lui fournissent la flore et la faune. Au moyen d'ornements de toute sorte et de bossages de feuilles ou de figures, les constructeurs du moyen âge faisaient disparaître le gauche que les sommiers d'arcs n'ayant pas la même ouverture avaient l'air de donner à la colonne et à son chapiteau. M. Viollet-le- Duc, dans son Dictionnaire de l'architecture française du xi» au xvie siècle, cite quelques combinaisons de sommiers fort ingénieuses employées par les architectes du moyen âge, tain dans les églises que dans les donjons. Celles d'entre elles qui indiquent bien nettement le rôle qu'à cette époque on assignait aux sommiers se rencontrent : dans le chœur de l'église de Notre-Dame-de-la- Couture, au Mans; dans la salle du rez-dechaussée du donjon de Coucy; dans la salle synodale de Sens ; dans la chapelle de la Vierge, de lu cathédrale d'Àuxerre; à la base du clocher de l'église Saint-Père-sous-Vézelay ; au portail occidental de la cathédrale de Reims, etc. On donne encore le nom de sommier aux pièces extrêmes des manteaux de cheminée, lesquels prennent parfois une grande importance, à cause de la charge qu'ils ont à porter et de la poussée des claveaux qu'ils doivent maintenir dans leur.plan. Ces sommiers, fortement engagés dans les murs, se projettent en saillie prononcée sur les pieds-droits, forment croupe, quelquefois avec crossette, pour recevoir le premier claveau. Ces sommiers, que l'on ne rencontre que dans les cheminées des donjons et des châteaux du moyen âge, présentent parfois d'heureuses combinaisons, tant dans l'appareil , de la pierre que dans la décoration. On peut citer comme types ceux des châteaux de Polignac, auprès du Puy-en-Velay ; de La Ferté- Milon, de Pierrefonds, etc.

SOMMIER (Jean-Claude), prélat français, né à Vauvillers (Bourgogne) en 1661, mort à S&int-Dié en 1737. 11 se fit recevoir docteur en théologie et en droit, desservit ensuite une modeste cure, et enfin , grâce à son talent oratoire , devint prédicateur de Léopold I", duc de Lorraine. Nommé successivement conseiller d'Etat, archevêque de Césarée et protouotaire apostolique, il reçut encore la grande prévôté de Saint-Dié et l'abbaye de Sainte-Croix-de-Bouzonville. Les principaux écrits de Sommier sont ; Histoire dogmatique de ta religion (Paris, 1708, 6 vol. in-4°) ; Histoire dogmatique du saint-siège (Nancy, nie, 7 vol. in-8»).

SOMMIÈRE s. f. (so-miè-re). Comm. Espèce de serge un peu lâehe, tirée à poil d'un seul ou des deux côtés, dont on se servait autrefois pour faire des doublures, qui était ainsi appelée du nom de la ville de Sommières, en Languedoc, qui en produisait de grandes quantités : Les sommières étaient aussi désignées sous le nom de drapade. (Bezoa.)

— Sylvie. Place découverte, dans une forêt.

SOMMIÈKES, ville de France (Gard), ch.-l. de cant., arrond. et à 24 kilom. S.-O. de Nîmes, sur le bord de la VidouvU; pop. uggl., 3,816 hab. — pop. tôt., 4,000 hab. Fabrication de couvertures de laine, de molletons, tricots, feutres, chapeaux, essences, liqueurs, huile; tanneries et poteries. Commerce de vins muscats, eaux-de-vie, huiles et fa"rine, bois de construction, fers et aciers. Sommières fut au xvie siècle une des places fortes des calvinistes méridionaux. Elle soutint à l'époque des guerres de religion plusieurs sièges, dont font foi les tours ruinées et les murailles croulantes d'un vieux château assis sur le roc. Un autre château construit à l'époque de la Renaissance domine le plateau de Villevicelle ; des fouilles récentes pratiquées sur ce plateau ont amené la découverte de nombreux vestiges gallo-romains : amphores, potaries, fondations d'uu temple et de plusieurs maisons, et même des constructions grossières, antérieures peut-être à la domination des Césars. Le pont de Sommières, qui traverse la Vidourle, est construit sur les restes d'un ancien pont romain composé de 17 arches en plein cintre. ■ L'arche du milieu, dit l'Album areliéologique du Gard, un peu plus gtaïiiis que les autres, formait, comme au pont du Gard, le centre de J'ordonnance générale du monument. ■ De ces 17 arebes, 8 subsistent aujourd'hui, les 9 autres ont disparu sous l'exhaussement du sol et par suite du rétrécissement de la Vidourle. A

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2 kilomètres de Sommières et sur la rive opposée, on rencontre le château de Montredon, dans le voisinage duquel se trouvent deux antiques chapelles romanes. Aux environs, carrières de carbonate de magnésie.

SOMMISTE s. m. (soinm-mi-ste — rad.

somme). Chancell. Le principal officier de la chambre des bulles, chargé d'en faire dresser les minutes.

SOMMITE s. f. (somm-mi-te — de Somma, nom d'une des collines du Vésuve). Miner. Syn. de néphélinb.

SOMMITÉ s. f. (somm-mi-té. — V. sommîjt). Extrémité supérieure, partie la plus élevée : La sommité d'une tour, d'un toit. L'armée ennemie occupa les sommités des montagnes. (Acad.) Veau que nous voyons sourdre a sa source vers la sommité de quelque montagne. (Fr. Arago.)

— Fig. Point saillant, point culminant : Il n'approfondit point un sujet , il se borne à en saisir les sommités. (Acad.) Les sommités de la théorie, en jurisprudence, passent à la plus haute expression de la pratique, je veux dire à l'idée d'un code général. (Lerminier.) Il Personnage distingué uar sa position sociale : Fréquenter les sommités de la finance. La religion catholique partit d'en bas pour arriver aux sommités sociales. (Chateaub.) Le premier soin d'une coterie est de créer ses héros, ses chefs, ses sommités , comme on dit aujourd'hui. (Viennet.)

— Mat. méd. Extrémité supérieure des tiges garnies de fleurs : Sommités d'absinthe, a'hysope.

— Syn. Sommité, sommet. V. SOMMET.

SOMMOSE s. m. (sonim-mô-ze). Ichthyol.

Poisson cartilagineux, de la famille des squales, type d'uue section du genre aiguillât, qui vit sur les côtes des Etats-Unis.

SOMNAMBULE adj. (so-mnan-bu-le — du lat. somnus, sommeil; ambulo, je marche). Qui se lève tout endormi; qui marche, agit sans s'éveiller : Elle est somnambule.

— Qui est sous l'influence du sommeil magnétique.

— Substantiv. Personne qui est somnambule : Tout le monde sait avec quelle sûreté les somnambules marchent quelquefois sur tes toits des maisons et franchissent les pas les plus périlleux. (Sallentin.) Le somnambule conserve sa raison et l'usage de sa volonté. (Deleuze.)

— Personne soumise au sommeil magnétique : Aller consulter la somnambule. Comme te somnambule, la femme sait lire dans la pensée. (Mm0 E. de Gir.)

— Encycl. V. somnambulisme.

Somnambule (la) , vaudeville en deux actes, de Scribe et Germain Delavigne; représenté au théâtre du Vaudeville, le 6 décembre 1819. Frédéric de Luzy, un jeune homme, dont le cœur est plus sérieux que la tête, arrive avec son uini intime, Gustave de Mauléon,chez M. Dormeuil, dont il doit le lendemain épouser la tille Cécile. Frédéric ignore que celle-ci aime Gustave et que les amants se sont brouillés sous le plus futile prétexte. On loge Gustave dans un pavillon isolé, hanté, dit plaisamment Frédéric, par un esprit, celui de sa graml'tante, qui, de son vivant, s'accordait si mal avec son mari que

Depuis qu'il est dans l'autre monde, Sa femme n'y veut plus rester.

Une apparition trouble, en effet, le sommeil de Gustave; c'est celle de Cécile, qui, dans un accès de somnambulisme,* vient dans le pavillon et révèle à ce dernier qu'elle l'aime toujours. En se retirant elle perd son lichu, qui est retrouvé par Frédéric. Tout se découvre alors, et celui-ci consent de bonne grâce à l'union de Gustave et de Cécile. Cette pièce peut passer pour un des chefs-d'œuvre du genre. L'idée en est jolie , les détails ingénieux, et les couplets spirituels. Il y règne de plus un parfum cle jeunesse qui achève de séduire les plus difficiles. Le succès fut trèsgrand et très-mérité; la Somnambule a été reprise au théâtre de Madame (Gymnase) le 19 mars 1323, et elle recueillit de nouveaux suffrages.

Somnambule (la) [la Sonnanbula], opéra italieu en deux actes, livret de Romani, musique de Bellini: représenté au théâtre Carcano de Milan le 6 mars 1831, et à Paris le 28 octobre de la même année. C'est un chefd'œuvre de grâce et de sensibilité. Ce drame familier qui se passe dans un village, cette oeuvre di mezzo carattere, convenait admirablement à la nature tendre et poétique du compositeur sicilien; aussi a-t-il trouvé des cantilènes ravissantes et des effets originaux sans recourir aux procédés de facture et à la puissante diversion de l'instrumentation.

Voici en peu de mots l'analyse de la pièce : Tout se prépare pour les noces de la jeune paysanne Amina, orpheline élevée par Thérésa, la meunière, avec Elvino, riche propriétaire du village. L'aubergiste Lisa, qui aime eu secret Elvino, cache mal son dépit, et, toute à la jalousie, elle repousse les propositions d'Alexis, son amoureux. Amiua paraît, elle invite ses compagnes à partager sa joie. Son cœur déborde d'émotions tendres et passionnées. Elle ambrasse Thérésa, sa bien-

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faitrice, et, s'eraparant d'une de ses mains, elle l'approche de son cœur :

Sovra il sen la man mi posa Palpitar, balzar io senti.

Bijli è il cor cke i suoi contenu Non ha forga a soslener.

Elvino entre en scène à son tour; pendant qu'on signe le contrat , il présente à Amina 1 anneau nuptial et lui donne un bouquet de pensées. Plus tard, ces fleurs fournissent l'occasion d'une scène touchante. Après les protestations d'amour et de constance survient un étranger; c'est le comte Rodolphe, fils de l'ancien maître du château, et qui, depuis de longues années, n'a pas paru dans le pays, où il n'est plus connu que de nom. Il cause avec les paysans, fait à la jeune fiancée des compliments flatteurs qui déplaisent beaucoup à Elvino et qui irritent encore la jalousie de Lisa. Le son des musettes annonce l'heure de la rentrée des troupeaux au bercail. Chacun gagne sa demeure , mais non pas avant que les villageois aient prévenu le comte Rodolphe de l'apparition extraordinaire d'un fantôme blanc qui, chaque nuit, se promène dans le pays et y jette l'épouvante. Rodolphe, comme Georges dans la Dame blanche, se moque de ces superstitieuses terreurs et sort en laissant ensemble les deux fiancés. Ici a lieu uno petite scène charmante de jalousie et de raccommodement.

Le théâtre représente ensuite une ehambre de l'auberge. C'est celle où doit coucher Rodolphe. A peine s'y est-il installé, que Lisa y entre sous prétexte de s'informer de ce qui peut manquer au comte. On a déjà su au village qui il était, et elle a voulu être la première à le féliciter de son retour. Elle se laisse tenir quelques propos galants-, maison entend du bruit çrès d'une fenêtre; elle s'eufuit dans un cabinet en laissant tomber son petit châle. Alors a lieu une scène de somnambulisme exprimée avec une poésie délicieuse. Amina paraît. Elle est endormie, elle murmure le nom d'Elvino, elle chante son bonheur, et, se croyant déjà devant l'autel, elle s'agenouille, elle lève la main et jure k son époux amour et foi éternelle. Rodolphe, surpris et charmé, respecte une si innocente créature, et ne voulant ni la réveiller ni profiter de son erreur, il s'apprête à sortir par la porte. Mais entendant du bruit, il s'esquive par la fenêtre. Qu'a fait Lisa pendant ce temps? Elle a entr'ouvert la porte de sa cachette, elle a vu Amina entrer dans la chambre du comte ; eile lui prête les plus indignes desseins et sort pour informer Elvino de ce qui se passe. Les villageois arrivent pour complimenter le comte et lui souhaiter la bienvenue; mais quelle est lenr surprise en découvrant Amina couchée et endormie sur un sofal Elvino accourt; il ne peut en croire ses yeux, il maudit sa fiancée et se livre au désespoir. Amina, que le bruit a réveillée, a beau protester de son innocence; les apparences sont contre elle ; tout le monde la voue au mépris et à l'infamie. Amina tombe presque évanouie

I dans les bras de sa mère adoptive. Ici finit le

i premier acte.

I Le deuxième commence par un chœur de

j villageois et de villageoises qui s'entretiennent avec sympathie du malheur -1« la pau-

i vre Amina. Dans l'opéra de Bellini, le chœur

< joue exactement le rôle du chœur antique, non-seulement dans ce passage, mais dans

i plusieurs autres. C'est animé et intéressant. Amina, soutenue par Thérésa, s'avance en chancelant. Son cœur est brisé. Elvino se tient à l'écart et lui lance des paroles acerbes et cruelles; il s'anime de plus en plus et finit par lui arracher du doigt son anneau nuptial. Lisa n'a pas perdu son temps , et le tableau suivant nous la montre prête à devenir la femme d'Elvino. Mais, prévenu par les paysans de tous ces événements , la comte Rodolphe arrête le cortège et demande à être entendu. Il explique la scène du somnambulisme; mais les paysans sont incrédules, et Elvino sa dispose à partir avec Lisa, qui veut calomnier encore une fois son infortunée rivale. Thérésa alors n'y tient plus. Elle apostrophe Lisa et demande comment on a trouvé son propre châle dans lu chambre du comte. L'embarras de la jeune fille montre qu'elle n'est pas entièrement innocente. Les esprits flottent encore dans l'Indécision , lorsqu'on voit soudain Amina sortir par une des mansardes du moulin, se promener en dormant sur l'extrémité du toit, arriver près de la roue et marcher sur une planche vermoulue. On la croit perdue. Elvino veut s'élancer à ■ son secours ; il est retenu par Rodolphe. L'intéressante fille entre en scène tenant à la main son bouquet flétri , qu'elle arrose de larmes :

« 0 fleurs, je ne croyais pas vous voir si tôt fanées 1 Semblables à l'amour d'Elvino, vous n'avez duré qu'un jour. Peut-être que mes pleurs pourraient vous rendre votre première vigueur; mais ils ne peuvent pas faire renaître l'amour. »

Pendant son sommeil, Elvino remet à son doigt l'anneau qu'il lui avait enlevé. Amina se réveille dans les bras de celui qu'elle aime et qui lui a rendu son amour. Elle fait éclater les transports de son âme dans un dernier chaut plein d'allégresse.

Bellini a exprimé toutes les situations de ce draine avec un naturel et une vérité qui font de sa partition un chef d'oeuvre de sentiment et de goût. Depuis te premier chœur

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d'introduction jusqu'à la cabaletta finale, l'inspiration ne faiblit pas. La cavatine suave et mélancolique de Lisa : Tutto è gioja, tutto i festa, au commencement du premier acte, me par:ilt seule mal exprimer le genre de tristesse et d'ennui que lui font éprouver les préparatifs de la noce d'Amina.

L'air d'Amina : Corne per me sereno oggi rinacque il di, est parfait dans sa forme italienne. Cette fable ne convient-elle pas mieux d'ailleurs que toute autre pour peindre ce rayonnement d'un premier amour chez uno toute jeune fille?

L'andante du duo de l'anneau nuptial est délicieux : Prendi Panel tidono; l'air de Rodolphe : Vî ravviso o luoghi ameni, est classique. Il faudrait tout citer. Contentons-nous de rappeler l'admirable finale si pathétique , si émouvant, le plus beau morceau d'ensemble que Bellini ait écrit.

Le second acte n'est pas moins riche en beautés réelles. D'abord , c'est le chœur si original des contadini e contadine : Qui la selva è piu folta ed ombrosa; ensuite, l'air : Tutto è sciotto, dans lequel Elvino exprimo son désespoir; enfin, l'andante de l'air final, chanté par Amina, qu'un auditeur doué do sensibilité n'a jamais entendu sans émotion :

Ah! non credea mirarti

Si preeto estinto, o fiore :

Passasti al par d'amore,

Che un giorno sot dura.

Potria novel vigorc

Il pianto mio donarti...

Ma ravvivar t'amore

Il pianto mio non pua.

La Sonnanbula a été r-eprésentée, immédiatement après son apparilion à Milan, sur toutes les scènes lyriques de l'Europe. Les rôles ont été écrits pour M'«a Pasta, Rubini et Mariani. Le rôle d'Amina a servi aux débuts de M"* Adelina Patti au Théâtre-Italien dé Paris. On aurait dit qu'il avait été écrit pour eile, tant elle interprétait avec charme ses délicieuses cantilènes.

SOMNAMBULIQUE adj. (so-mnan-bu-Ii-ke — rad. somnambule). Qui a rapport au somnambulisme : Le sommeil somnambuliqcje n'est produit artificiellement que sur certains sujets disposés d'une manière exceptionnelle. (G. Renouvîer.) Il est physiquement impassible que des enfants dont on aura fatigué les nerfs à force de questions pendant la crise somnambulique puissent parvenir à un âge bien avancé. (Virey.)

SOMNAMBULISME s. m, (so-mnan-bu-lisme — rad, somnambule). Etat des somnambules, sommeil somnambulique : Le vacillement vitreux de l'œil s'était changé eu cette expression pénible de regard en dedans qui ne se voit jamais que dans les cas de somnambulisme. (Baudelaire.)

— Somnambulisme magnétique ou artificiel, ou simplement Somnambulisme, Sommeil provoqué par les manœuvres au magnétisme : Le docteur Bertrand raconte qu'il a fait tomber en somnambulisme une personne qui se trouvait à cent lieues de lui. (A. de Gasparin.)

— Encycl. Le somnambulisme est cet état singulier dans lequel une personne endormie se promène, inarche, va, se meut, exécute des actes physiques visibles et extérieurs, des mouvements volontaires semblables à ceux qu'on exécute pendant la veille. Ces mouvements, plus précis, plus fermes, plus sûrs, témoignent d'une volonté, d'une pensée "présente. Tel parcourt endormi des rebords de toit, des passages plus périlleux encore, qui, s'il était éveillé, lui donneraient le vertige; tel autre lit, étudie, compose même. On rapporte que La Fontaine fit ainsi, pendant qu'il dormait, une de ses plus belles fables, la plus tendre et la plus touchante, les Deux pigeons. Il y a donc en cet état touto une vie mentale qu'il faut bien admettre, puisqu'on l'a vue à l'œuvre, mais qui, le plus souvent, ne laisse aucune trace dans la mémoire : le somnambule, une fois réveillé, ne se rappelle rien, non plus que s'il sortait d'un profond sommeil sans rêve. Il a rêvé cependant, il a pensé, il a voulu, il a agi, et il no s'en souvient pas. D'où il y a lieu de conclure qu'on ne saurait arguer contre une vie antérieure, si d'ailleurs on devait en faire l'hypothèse, du fait de l'absence de mémoire. Tous les jours nous oublions des milliers de pensées, de sentiments, d'affections dont nous avons eu conscience, mais une conscience fugitive. Nous oublions le plus grand nombre des rêves que nous avons eus, et le somnambule, sauf de bien rares exceptions, n'a pas le moindre souvenir de ce qu'il a dit, de ce qu'il a fait pendant son sommeil.

Voilà les faits. Le difficile n'est pas de les exposer, mais de les expliquer. On remarque d'abord une grande analogie entre l'état de somnambulisme et l'état de rêve. Dans le somnambulisme, comme dans le rêve, il y a sensation, sentiment, pensée, volonté, tous les phénomènes de conscience, en un mot, qui résultent de l'activité cérébrale. La première différence est que cette vie mentale se déploie avec plus de puissance dans le somnambulisme que dans le rêve, ce qui est visible surtout pour la volonté. La volonté dans le rêve existe, mais impuissante ; le rè veur veut se mouvoir et reste immobile ; il veut fuir un péril, et il se sent comme pétrifié : il ne peut soulever la lourde masse d'un

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corps cle marbre. Cette sensation, que chacun connaît bien, est une des plus horribles qu'on éprouve en certains rêves; c'est la supplice d'une volonté qui ne s'exécute pas, à laquelle un corps inerte refuse l'obéissance, et l'on sent que ce n'est point révolte, mais inertie. Chez le somnambule, la volonté s'exécute, le corps obéit et se meut; en cet état donc, l'activité cérébrale est plus grande, plus complète surtout, et capable d exciter les nerfs moteurs. Les nerfs sensitifs y sont aussi plus excités, et non-seulement le centre où ils aboutissent, ce que plusieurs physiologistes nomment le sensorium commune, mais les nerfs eux-mêmes. Presque fermés, dans le rêve, aux impressions extérieures, ils y sont beaucoup plus ouverts dans le somnambulisme. C'est ici la seconde différence entre ces deux états. Il semble que le somnambule voie, entende. Comment expliquer, en effet, la précision avec laquelle il se dirige î On suppose une merveilleuse mémoire, une imagination prodigieusement représentative, qui lui retrace avec la plus étonnante clarté des objets déjà connus. Qu'un somnambule écrive, on l'expliquera peut-être ainsi; mais qu'il lise, qu'il se promène, qu'il marche, qu'il aille d'un pas assuré au milieu d'objets dont le hasard a déplacé un grand nombre 1 Mais qu'il parcoure des toits que bien certainement il n'a connus qu'endormi 1... On dit qu'il n'a les yeux qu'à moitié voilés par les paupières ; que l'occlusion absolue des paupières ne l'empêcherait même pas complètement de voir, une action plus énergique et plus exclusive de la partie cérébrale du sens le rendant sensible aux plus faibles impressions lumineuses. A la bonne heure I On ajoute qu'il y a un sens qui veille chez lui, et, comme chez l'aveugle, d'autant plus délicat, d'autant plus sensible, qu'il est presque le seul : le sens du toucher. « C'est ce sens, dit M. Lélut, qui lui vient en aide dans ses promenades périlleuses sur les toits, au bord des fleuves, promenades qu'il ne tente, du reste, que dans des lieux qu'il connaît, et pour lesquelles il a besoin d'être entièrement abandonné à la direction des fantômes de son imagination, ou plutôt de sa mémoire. C'est ce sens surtout dont l'action surexcitée lui donne les moyens d'exécuter d'autres actes plus merveilleux encore : d'écrire , avec une correction extrême, de la prose, des vers, de la musique; de distinguer et de choisir, parmi les objets les plus ténus, ceux qu'il destine aux ouvrages les plus délicats : actes complexes, difficiles, qui nécessiteraient, dans l'état de veille, l'exercice le plus attentif du sens de la vue. » Que voilà un toucher miraculeux I

Et cependant, c'est encore la plus raisonnable, la plus positive, la plus scientifique explication qu'on ait faite. Faut-il, avec Maine de Biran, imaginer î deux mot réellement distincts » et de nature contraire? Mais, outre ce que présente d'étrange cette conception de deux moi qui se succéderaient pour ainsi dire dans un même corps, il suffit, pour réduire à néant cette bizarre hypothèse, de remarquer que parfois le «tôt de la veille se souvient du moi du sommeil, ce qui arrive quand on se rappelle ses rêves, et que toujours le mot du sommeil se souvient du moi de la veille, puisque ce qu'il y a d'explicable dans le somnambulisme comme dans le rêve l'est précisément par cette mémoire même; or, deux moi qui se souviennent l'un de l'autre ne peuvent être qu'un seul moi.

Telle est la réponse de certains physiologistes à l'hypothèse formulée par Maine de Biran; mais d'autres sont moins aftirmatifs et ne pensent pas que la difficulté soit si facile a éluder. Cette hypothèse , disent-ils, n'est pas tout à fait gratuite. En effet, chez Je somnambule, il est constant que les sens, hors le sens du toucher, sont inactifs. Encore faudrait-il savoir si l'existence d'un second moi ne correspondrait pas à des organes spéciaux, opérant de la même manière que le sens du toucher, dont il n'y aurait pas moyen de les distinguer. Les défenseurs de cette théorie de deux mot distincts et pourvus chacun d'un appareil sensitif comparent le fait à l'existence simultanée de l'électricité et de la force magnétique. Les deux forces ont une nature identique, ont un grand nombre de propriétés communes, et néanmoins paraissent deux forces distinctes. De la même manière, il pourrait y avoir chez l'homme deux forces spirituelles : l'une, le mot ordinaire, ayant des fonctions diurnes et servies par un appareil organique compliqué ; l'autre, le moi des somnambules, n'ayant chez le commun des hommes qu'une existence latente et des organes nuls ou peu développés, mais pouvant acquérir, dans des circonstances difficiles a préciser, une intensité qui se traduit par les actes du somnambulisme, lin ce cas, les organes sensitifs du second moi acquerraient un développement considérable.

On cite un élève du séminaire de Bordeaux qui se levait chaque nuit pour écrire et composait des sermons. Les sermons étaient bons; les idées s'enchaînaient dans leur ordre logique; le style était correct et le manuscrit raturé, preuve de l'application de l'intelligence, qui, n'étant pas contente de ce qu'elle avait fait d'abord, recommençait. Le second moi, s'il existe, s'empare donc de quelques-unes des facultés de l'autre, par exemple de l'intelligence, de la volonté et de

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l'attention. La mémoire est aussi en jeu, ainsi que la faculté d'écrire acquise auparavant, car on sait que cette faculté ne s'improvise pas. Maine de Biran pense qu'il n'y a que l'habitude qui intervienne ; c'est possible; mais nos facultés sont des habitudes, et l'assertion que l'habitude seule intervient équivaut à établir un fait par lui-même. • Je me souviens, dit M. Alfred Maury, avoir dernièrement adressé en songe, â une personne qui m'était chère et qui s est donné la mort, une longue allocution ; or, en me la rappelant à, mon réveil, je retrouvai toutes les pensées qui, depuis sa mort, avaient constamment occupé mon esprit. De même, la plupart des somnambules... ne font que répéter en songe des actes qu'ils avaient l'habitude d'accomplir éveillés. »

Cependant, les somnambules qui se promènent la nuit sur les toits n'ont pas l'habitude de le faire le jour, quand ils sont éveillés. Ils essayeraient même , qu'ils risqueraient souvent de se laisser choir. Et puis, comment expliquer qu'on n'ait pas souvenir, en s'éveillant, de ce qu'on a dit ou fait? Est-ce une action purement mécanique de certains organes du système nerveux, sans que le mot y soit pour rien? Peut-être. « En cela, dit encore M. Alfred Maury, les somnambules rappellent ces personnes affectées de certaines névroses et qui ne peuvent s'empêcher d'accomplir une action dont la pensée prend naissance dans leur intellect. Je connais une femme affectée d'hystérie qui présente un curieux phénomène de ce genre. Parfois, elle est ainsi entraînée à commettre les actes qu'elle redoute le plus, qui lui sont le moins agréables, et dont la pensée, précisément pour cette raison, s'offre plus souvent à elle. Tout devient alors mécanique dans nos actes. »

En résumé, d'après MM. Littré et Robin, n le somnambulisme est un degré de plus des songes ordinaires plutôt qu'une affection nerveuse. »

. Quant au somnambulisme magnétique ou artificiel, nous n'en parlerons point ici. Cet état nerveux, dans lequel on peut jeter, par une sorte d'influence morale ou matérielle, des individus d'une grande susceptibilité nerveuse et particulièrement des femmes hystériques, a été exposé dans des articles spéciaux. V. hypnotisme et magnétisme animal.

SQMNER (William), antiquaire anglais, né à Cantorbéry en 1598, mort dans la même ville en 1669. Après avoir quelque temps aidé dans ses travaux son père, greffier de la cour de justice, il fut attaché à cette cour et se mit a étudier les antiquités nationales. Attaché à la cause des Stuarts, il s'occupa quelque peu de politique ; mais, emprisonné pendant quelques mois pour avoir signé une pétition demandant à Cronvwell un Parlement libre, il revint à ses études favorites. Somner était lié avec les principaux érudits de son temps et très-versé dans la langue saxonne. Ses ouvrages sont remarquables par l'exactitude et la sûreté des informations. Nous citerons de lui : The Antiquities of Canterbury (Londres, 1640, in-4°); The Insecurity of princes (1648, in-S°) , poème, publié à la fin de l'ouvrage intitulé Historin anglicans scriptores X (1652, in-fol.) ; Dictionarium saxonico-latino-anglicum (Oxford, 1659, in-fol.), ouvrage très-estimé ; A Treatise of Gavel kind (Londres , 1660 , in-4°) , sur la coutume du comté de Kent; Treatise of ihe roman ports and/br/strtif<?Hi (1693, in-8P), etc. Enfin, il a collaboré au Monasiicum Anglicanum de Dodsworth et Dugdale.

SOMNIAL, ALE adj. (so-mni-al, a-le — lat. somnialis; de somnium, songe). Qui a rapport aux songes : Phénomènes somniaux,

— Mythol. Hercule Somnial, Hercule considéré comme envoyant des songes.

Somnifère adj. (so-mni-fè-re — du lat.

somnus, sommeil; fera, je porte). Qui produit, qui provoque le sommeil : Potion somnifère. Plantes somnifères. Le pavot' est somnifère.

— Substantiv. Substance qui provoque le sommeil : Un somnifère. L'emploi des somnifères.

SOMNILOQUE adj. (so-mni-lo-ke — du Lit. somnus, sommeil; loqui, parler). Qui parle en dormant : Ce malade est somni-

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