V. Hugo
— Qui est de nature à produire beaucoup de désagréments, de diflicultés : Démarche sujette à bien des inconvénients. Entreprise sujette à bien des difficultés.
— Qui peut donner lieu à : Passage sujet à plusieurs interprétations.
— Etre sujet à l'heure, au coup de marteau, au coup de cloche, au coup de sonnette, Etre obligé de se trouver en un lieu, de se rendre au travail à une heure fixe ; d'accourir aux ordres d'un maître lorsqu'il sonne pour appeler.
— Il est sujet à caution. Il ne faut pas trop se fier à lui.
— Féod. Pays sujet, Nom donné, jusqu'en 1803, à certaines parties de la Suisse qui ne jouissaient pas de tous les droits accordés aux autres contrées de ce pays.
— Manège. Tenir un cheval sujet, Le soutenir quand il se traverse.
— Substantiv. Personne qui est soumise aux ordres d'un souverain : Sujets d'un prince. Quelque éclairé que soit un sujet, sa condition est toujours rabaissée par la dépendance. (Pasc.) La volonté de Dieu est que quiconque est né sujet obéisse sans discernement. (Louis XIV.) Tous vos sujets, quels qu'ils soient, vous doivent leur personne, leurs biens, leur sang sans avoir droit de rien prétendre. (Louvois.) Louis XIV a banni trois millions de sujets. (B. Const.) Mon maître le duc a des sentiments trop élevés pour pouvoir accepter des conseils de la part de ses sujets. (Montmartin.) Vous trouverez chez les chrétiens des sujets respectueux qui vous seront soumis sans bassesse. (Chateaub.) Le bonheur est la seule chaîne qui puisse attacher les sujets à leur gouvernement. (De Guibert.) Une république n'a point de sujets, mais des citoyens. (Thiers.)
Aussitôt qu'un sujet s'est rendu trop puissant, Encor qu'il est sans crime, il n'est pas innocent.
Corneille.
— Objet auquel on se soumet, dont on subit l'ascendant : Tous les SUJETS de la beauté ne connaissent pas leur souverain. (Vauven.) La nouveauté compte encore plus de sujets que la beauté. (Bougeart.)
— Fam'. Il est bon prince, il ne foule guère ses Sujets, Il est simple et débonnaire avec ses subordonnés.
, — s. m. Cause, motif, raison déterminante : Querelltir quelqu'un sans sujet, pour un sujet fort léger. Donner sujet de plainte à quelqu'un. Avoir sujet de se plaindre. Avoir des sujets d'affliction. Le sujet d'une querelle, d'une rupture. Recevoir des reprochas au sujet de sa conduite. Il n'y a pus sujet de se réjouir. On ne devrait point être jaloux quand on n'a pas sujet de l'être. (La Rochef.) Les enfants ont des joies immodérées at des afflictions amères sur de très-petits sujets. (La Bruy.) Tout est motif de contentement pour les uns et sujet de chagrin pour les autres. (Mass.) Quel sujet important conduit ici vos pas?
Racine.
Que de sots compliments de consolation Qui sont sujets d'affliction!
— Objet : Combien de fois, se regardant comme le sujet de la vengeance divine, s'écria-t-il ■ Tournes sur moi, Seigneur, voire colère! (Fléch.) Il n'est ni présent, ni attentif à ce qui fait le sujet de la conversation. (La Bruy.)
— Matière qui fait l'objet d'une œuvre, d'un discours, d'une science, d'un art : Sujet d'un livre, sujet d'une conversation, d'un entretien, d'jtme dispute. Sujet d'une comédie. Sujet d'un tableau. Méditer son sujet. Prendre le sujet d'une pièce dans un ouvrage. Travailler sur un sujet. Epuiser un sujet. Sortir de son sujet. Dominer son sujet. Il ne faut prendre que la fleur de chaque sujet et ne toucher qu'à ce qu'on peut embellir. (Fén.) Il est des sujets sur lesquels il faut être sublime ou se taire. (Grimm.) Pour bien écrire, il faut posséder pleinement son SUJET. (Buff.) Les pièces dont les sujets sont grecs ne perdent rien à la sévérité de nos règles dramatiques. (Mme de Staël.) Les sujets historiques exercent te talent d'une tout autre manière que les sujets d'invention. (Mme Je Staël.) Après avoir entamé un premier sujet, il était conduit par les parenthèses à en traiter de tout opposés. (Balz.) Je ne prétends que côtoyer mon sujet, soulever des problèmes et effleurer des solutions. (Proudh.) Celui qui écrit tous les jours dans les journaux est en danger parfois de souffrir de la disette d'idées ou de sujets. (Ste-Beuve.) Le sujet principal et presque l'unique duroman ait xvnc siècle, c'est l'amour. (H. Rigault.)
N'offrez point un sujet d'Incidents trop chargé.
Boileal'.
Quelque sujet qu'on traite, ou plaisant ou sublime, Que toujours le bon sens s'accorde avec la rime.
Peste soit des auteurs! ils sont tous nés exprès Quelque temps avant moi pour traiter mes sujets.
Al. Duval.
— Personne ou chose sur laquelle on fait
SUJE
certaines études, certaines expériences, certaines opérations : Un sujet parfait est une bien rare fortune pour un peintre ; le titre de modèle est presque toujours usurpe. Les médecins ne sont pas exposés à manquer de sujets d'analomie ; la mort est un pourvoyeur actif. Le Muséum de Paris possède, dans tous les genres, de magnifiques sujets. Un sujet magnifique, selon les termes consacrés, est un phénix précieux que les maitres de l'art poursuivent avec passion sans le rencontrer toujours. (L. Figuier.)
— Personne, eu égard à sa capacité, à ses talents, à ses mœurs : Sujet incapable de remplir un emploi. Sujet précieux pour une administration. Bon sujut. Mauvais sujet. Pauvre sujet, Sujet médiocre. Cette jeune fille deviendra un sujet distingué. L'éducation domestique fait plus souvent des hypocrites que de bons sujets. (Clément XIV.) Tout choriste ou tout figurant se croit méconnu et pense à part lui qu'il vaut bien le premier SU- JET. (Th. Gaut.) Dans le monde, comme au théâtre, on applaudit les débutants par jalousie contre lespremiers sujets. (A. d'Houdetot.) A l'égard des vertus, rarement on les voit, Toutes en un sujet éminemment placées,
Se tenir par la main sans être dispersées.
— Mauvais sujet, Personne méchante ou vicieuse : Etre l'objet des attaques d'un mauvais sujet. Il Personne folâtre, maligne: Avez-vous fini, grand mauvais sujet?
— Au sujet de, Sur le sujet de, Sur, relativement à : Il m'a entretenu longuement au sujet de votre affaire. Sur t.e sujet de son départ, je n'ai rien à dire.
— Philos. Etre qui sent ou qui agit : La pensée qui contemple est le sujet de la réflexion ; la pensée contemplée en est l'objet. (Cousin.) Toute sensation suppose, dans le sujet sentant, le foyer, le sens et l'organe. (L'abbé Bautain.) Tout mouvement suppose un sujet. (Renan.)
— togiq. Terme d'une proposition dont on affirme ou l'on nie quelque chose.
— Gramm. Sujet simple, Sujet de la proposition représenté par un seul mot. Il Sujet composé, Sujet représenté par plusieurs mots, il Sujet grammatical, Mot qui joue le rôle principal, le rôle de sujet proprement dit, dans un sujet complexe. Il Sujet complexe, Sujet exprimé par un mot qui a pour complément d'autres mots et quelquefois une proposition, il Sujet incomplexe, Sujet où il n'y a pas de complément de cette nature. Il Sujet logique, Ensemble de mots qui joue le rôle de sujet.
— Mus. Air sur lequel on fait des parties. I) Phrase qui commence une fugue, et qui lui
sert de motif ou de thème : Il y a dans la fugue plusieurs reprises du sujet et de la réponse. (Acad.) Il S'est dit pour chant, mélodie : Si l'auteur a d'abord composé la basse, c'est le sujet ; le dessus et les autres instruments deviennent accompagnement.
— Arboric. Arbre ou arbrisseau qui est destiné k recevoir ou qui a reçu une greffe: Cette pépinière ne fournit que des sujets faibles et languissants. (Acad.)
— Syn. Sujet, article, chapitre, etc. V. AR- TICLE.
— Sujet, objet. V. OBJET.
— Encycl. Philos. Dans la philosophie al lemande, et même chez les spiritualités qui admettent la réalité des êtres manifestés par les sens, le sujet par excellence est le moi se connaissant et connaissant avec une certitude absolue les impressions qu'il ressent par une cause quelconque, dont l'existence est toujours moins certaine que la sienne propre. Ce que nous connaissons du monde, c'est nous qui le connaissons ; c'est le moi qui est le connaissant ou le sujet un et toujours le même des diverses connaissances. D'où le mot sujet a signifié proprement l'être conscient, le moi ; et l'on en a formé les mots subjectif, subjectivement , etc. La science du subjectif est la science du moi faite par lui-même, alors qu'il se connaît d'une expérience purement interne, et qu'il tire de son intériorité même le plus haut degré de certitude auquel l'homme puisse atteindre. Nous ne discuterons pas ici cette thèse, plus ou moins contestable, parce que nous l'avons suffisamment traitée au mot objectif.
— Gramm. Dans une proposition, te sujet est le premier des deux êtres que l'esprit considère, pour juger s'il y a entre eux convenance ou disconvenunce, ou bien encore c'est l'être aveu lequel l'esprit met en rapport un attribut pour juger s'il lui convient ou non. Par rapport au verbe, si celui-ci est affirmatif, le sujet est l'être auquel on attribue l'action, l'existence ou la manière d'être exprimée par ce verbe; si le verbe est négatif, le sujet est l'être auquel on nie qu'il soit possible d'attribuer l'action, l'existence ou la manière d'être dont il s'agit. Si je dis : Paul joue, Paul est le sujet de jouer, parce que c'est à lui que j'attribue 1 action de jouer; si je dis : Paul ne crie pas, Paul est encore le sujet de crier, parce que c'est à f aul que je nie qu'on puisse attribuer en ce moment l'action de crier. On dit souvent que les verbes à l'infinitif n'ont pas de sujet ; mais on devrait se borner à dire que, sauf de trèsrares exceptions, leur sujet ne s'exprime pas
SUJE
et reste sous-entendu, soit parce que l'ensemble de la phrase fait aisément comprendre que le verbe à l'infinitif a le même sujet qu'un verbe précédemment exprimé, soit parce que le verbe est pris dans un sens abstrait qui rend inutile la désignation du sujet, quoique celui-ci existe réellement. Dans cette phrase : Nous voulons tous être heureux, le sujet de l'infinitif être est le même que celui de voulons. Dans cette autre phrase : Il est honteux de mentir, l'infinitif meutir exprime une action qui certainement doit toujours être faite par quelqu'un ; mais comme cette action est considérée d'une manière abstraite, en elle-même, indépendamment de celui qui la fait, la désignation du sujet par un mot vague, comme quelqu'un, [<ar exemple, est inutile, et il vaut mieux supprimer cette désignation pour rendre la phrase moins traînante. Ce que nous venons de dire de l'infinitif peut s'appliquer aussi au participe présent.
Les grammairiens appellent sujet simple celui qui ne comprend qu'un seul être ou plusieurs êtres compris dans la signification d'un seul mot au pluriel ; ils appellent coinposé le sujet qui comprend des êtres dont les uns sont désignés par un mot, les autres par un ou plusieurs mots. Soleil et animaux sont des sujets simples dans : Le soleil échauffe la terre, Les animaux servent de nourriture à l'homme. On trouve un sujet composé ou multiple dans : Le printemps et l'été sont les plus belles saisons de l'année. Les grammairiens disent encore que le sujet est complexe quand il est exprimé au moyen de plusieurs mots dont quelques-uns servent à compléter la signification du mot principal; ainsi dans : L'amour du plaisir est souvent funeste aux jeunes gens, le sujet amour du plaisir est complexe, parce que le mot amour y est complété dans sa signification par du plaisir. Quand il n'y a aucun complément de ce genre, le sujet est dit iucomplexe.
On sait qu'en général le verbe et les qualificatifs placés après le verbe s'accordent en genre et en nombre avec le sujet. Cette règle ne souffre aucune difficulté quand le sujet est simple et iucomplexe ; mais l'accord avec un sujet composé donne lieu à beaucoup de règles particulières, selon que les différente^ parties du sujet sont unies par telles ou telles conjonctions, ou selon que l'idée de multiplicité domine plus ou moins ; l'accord avec un sujet complexe est lui-même assez difficile a déterminer quand le mot principal est un collectif. Ces règles ont été exposées ailleurs, et nous ne les rappelons ici que pour mémoire.
— Politiq. Le i janvier 1832, un orage éclata à la Chambre des députés à propos des expressions roi de France et sujets, employées par un ministre à la tribune.
Ce curieux épisode de l'histoire parlementaire se produisit au milieu des débats extrêmement vifs qu'avait fait naître le projet de^ loi sur la liste civile du nouveau roi. Le gou-* vernement demandait 18 millions ; la commission, de son côté, en accordait 12 ou 14, indépendamment de la dotation immobilière et mobilière. La fraction libérale du parti conservateur, poursuivant son utopie de la royauté à bon marché, luttait avec une persévérance qui devait rester sans succès pour amener la réduction do ce dernier chiffre, pendant que les ministres et leurs adhérents plaidaient cette thèse fallacieuse que, plus une nation dote richement son souverain, plus elle s'enrichit elle-même. C'est en développant ce paradoxe ministériel que M. de Moutalivet laissa tomber ces paroles, au moins imprudentes : ■ Il faut que le luxe, qui fait la prospérité des peuples civilisés, ne soit pas banni de l'habitation du roi de France, car il le serait bientôt de celle des sujets.... » 11 ne put achever sa phrase ; une clameur formidable couvrit sa voix, et un frémissement d'indignation parcourut l'Assemblée. ■ Les hommes qui font des rois, s'écrie un député, ne sont pas des sujets.1' Au milieu d'un tumulte inexprimable, les apostrophes les plus véhémentes sont adressées au ministre, qu'on veut faire rappeler à l'ordre ou obliger à une rétractation, «Depuis la Révolution, il n'y a plus de sujets en France ; il n'y a que des citoyens ; nous ne sommes sujets que de la loi,» crie-t-on de tous côtés. Le président, impuissant à calmer l'effervescence de l'Assemblée, fut obligé de suspendre la séance.
A la réouverture, le ministre essaya d'expliquer ses paroles, mais ne fit aucune concession réelle ; il ajouta même que, « par rapport au roi, tous les Français sont inférieurs.» Cette prétendue atténuation souleva une nouvelle tempête qui troubla le reste de la séance. Le lendemain, la lutte recommença à propos de l'adoption du procès-verbal, mais on n'en put faire rayer les expressions qui avaient blessé un grand nombre de députés, et la majorité, habilement ralliée, vota l'ordre du jour sur l'incident. Cent quatre députés se retirèrent alors dans la salle des conférences, et M. Odilon Barrot rédigea en leur nom une protestation formelle contre la double expression employée par le ministre, Inconciliable, disait-il, avec le nouveau droit français et le principe de la souveraineté nationale, et qui avait été, avec raison, rayée de la charte de 1830. Cette protestation finit par réunir environ cent soixante-cinq si-
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gnatures. L'affaire n'eut pas d'autres suites; mais la plupart des journaux, même dynastiques, tonnèrent contre « l'injure» adressée par M. de Montalivet à la nation, et l'on remarqua, quelques jours après, que le garde des sceaux, en présentant au roi le compte rendu de la justice criminelle en 1830, avait terminé son rapport par la formule de » trèshumble et très-fidèle serviteur. ■ L'opposition avait en définitive gagné son procès.
On remarqua aussi que les principaux signataires de la protestation, MM. de Tracy, Odilon Barrot, La Fayette, etc., figuraient, lions calmés, parmi les invités du bal splendide qui fut donné quelques jours après aux Tuileries.
Parmi les cent soixante-cinq signataires de la protestation, peut-être aussi ne seraitil pas impossible d'en retrouver un bon nombre qui, plus tard, n'éprouvèrent aucune répugnance à se parer eux-mêmes de ce titre de sujet qui avait excité si fort leur indignation.
— Mus. L'intérêt d'une fugue dépend en grande partie du choix que l'on fait de son sujet.
Comme ce dernier se reproduit sans cesse, il s'ensuit qu'il communique à la fugue toutes les qualités qu'il renferme. Un sujet vigoureux donnera de l'énergie à la fugue; un sujet original la rendra neuve ; un sujet gai lui communiquera sa légèreté ; un sujet gracieux la rendra gracieuse elle-même.
Le sujet d'une fugue doit être court, pour que les auditeurs puissent le saisir et le retenir sur-le-champ ; il ne doit pas surpasser huit mesures dans un mouvement allegro, et quatre mesures dans un mouvement adagio ou moderato. Il est important que le sujet renferme un trait de chant franc, qui se grave facilement dans la mémoire. Les sujets de plain-chant sont rarement heureux. Le sujet ne module ordinairement que de la tonique à la dominante. Les sujets chromatiques font seuls exception a cette règle. Les sujets de fugue, dans ce style rigoureux, sont d'ordinaire peu variés ou peu saillants; les sujets, dans les fugues modernes, sont, au contraire, très-variés, neufs et saillants.
SUJÉTION s. f. (su-jé-si-on — rad. sujet). Etat de celui qui est sujet ; état de dépendance astreignant à certaines obligations, à certaines nécessités: Vivre dans la sujétion. 2'entV dans la sujétion. S'affranchir de la sujétion. Quelque désagrément qu'on ait à se trouver chargé d'un indigent, on goûte à peine les nouveaux avantages qui le tirent de la sujétion, (La Bruy.) La Révolution française a délivré l'agriculture des sujétions féodales. (Mignet.) La Grèce préférait les inconvénients de ta liberté à ceux de la sujétion légitime, quoiqu'en effet beaucoup moindres. (Boss.) La cour aurait pour moi d'assez puissants appas, Si la sujétion ne me fatiguait pas.