‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 912 sur 1059 · CARPETTE · texte numérisé non relu

CARPETTE

— Techn. Couleurs qu'on met flotter sur l'eau pour marbrerie papier.

— Anat. Partie de la choroïde qui a une couleur changeante, à reflets métalliques.

— Moll. Tapis de Perse, Nom vulgaire d'une coquille du genre rocher.

— Syn. Tapia, tnpi»erle, tenture. Le mot

tapis désigne la chose en elle-même; un tapis est un objet propre à couvrir, à être étendu, sans que le mot réveille en aucune manière l'idée du travail, de la fabrication, de l'art. Une tapisserie est un tapis fabriqué avec art et propre à servir d'ornement. Dans la tenture oa considère surtout la manière dont elle est disposée, l'effet qu'elle produit; cela est si vrai qu'on peut dir,e une tenture de tapisserie. Quelquefois, il est vrai, topissérie se dit du papier, du cuir servant à tapisser les murs d'une chambre, et tenture peut s'employer dans le même sens; mais alors on ne voit que la uature de la chose dans la tapisserie, et dans la tenture on envisage toujours l'effet produit.

— Encycl. Les tapis tarent en usage dès la plus haute antiquité, pour être étendus sur lo sol ou le plancher des appartements. L'Inde et l'Egypte en fabriquaient de précieux à une époque reculée et, dans ces pays, la natte de joncs tressés ou de sparterie, d'un usage si commun, a pu en donner la première idée. Le moyen âge a suivi les anciennes traditions, soit pour la fabrication , soit pour l'usage et n'a transformé que lentement les anciens procédés; tout d'abord ce fut à l'importation orientale qu'il demanda à peu près tous ces produits. V. à ce sujet l'article tapisserie.

On divise les tapis en : l° tapis veloutés ou de la Savonnerie; ils sont en haute lisse, d'un seul morceau et peuvent atteindre les plus grandes dimensions; £o tapis d'Aubusson, ou ras, à basse lisse ; le dessin s'exécute à l'envers et ils sont aussi d'un seul morceau ; 3* moquettes veloutées et épinglêes qui se fabriquent sur le métier à la tire ; ces sortes do tapis offrent des dessins répétés qui s'exécutent séparément et qu'on rapproche ensuite; 40 tapis écossais, a double face, qui n'ont point d'etfvers et se fabriquent sur le métier à la Jacquard. Telles sont les principales sortes dont les autres n'offrent que des variétés.

Les tapis orientaux, dits tapis de Turquie, dont la vogue en Europe a été autrefois considérable, méritent une mention spéciale. Ils appartiennent à la série des tapis veloutés ; aussi la Savonnerie de Ohaillot les imita-t-elle dès le xvne siècle et parvint-elle à leur substituer, en France, ses propres produits. Cette industrie est encore active à Smyrne. ■ Les districts qui produisent le plus de ces beaux tapis turcs, dit M. Badin, dans son rapport du jury international à l'exposition de 18G7, sont ceux d'Ushah et de Kavon-San. Les beaux tapis importés en Europe, sous ia dénomination de tapis de Smyrne, sortent des manufactures de ces deux districts. Iislivreut actuellement au commerce européen de l,50o à 2,000 grands tapis, sans compter ceux de moindre dimension que les Anglais appellent hearths-rugs, et fournissent aussi aux besoins du pays, où le tapis est d'un usage constant. Les grands tapis d'Ushah sont surtout l'objet d'une production et d'un commerce considérable.

A l'article sparterie. nous avons parlé d'un genre particulier de tapis, qui sont des espèces de nattes. Nous y renvoyons le lecteur.

Topi» »ert (le), par Léon Gozlan (1855). Ni le tapis; vert de la politique ni le tapis vert du jeu n'ont rien à voir ici ; il s'agit tout simplement du vaste tapis de gazon qui s'étend depuis la terrasse du château de Versailles jusqu'au grand canal. L'auteur suppose qu'après avoir vu les néréides, les ondines et les tritons jeter par leurs bouches et par leurs conques pour 12,000 fr. d'eau (il n'en coûte pas moins pour désaltérer une fois par mois la mythologie de Versailles), les belles promeneuses de Paris et de la province se plaisent à se réunir au bord de ce lac de verdure qu'on appelle le tapis vert de Versailles. Il leur offre ce livre composé de nouvelles assez courtes pour distraire leurs instants de repos en ce lieu charmant. Pour donner aux lectrices un avant-goùt du régal que leur propose Léon Gozlan, nous analysurons au hasard un de ces récits • prenons par exemple Jervas le biographe. C était un bon vivant et un brave cœur, fêté partout où il allait et se laissant bercer au jour le jour par cette douce existence. Il croyait à l'amour, à l'amitié; ils s'enfuirent à tire d'aile emportant son dernier écu. Ce n'était rien de le délaisser, ils le bafouèrent; alors, dans un moment d'indignation et de rage furieuse, Jervas s'arma du fouet de la satire et écrivit un-pumphlet intitulé : » Liste des dames de Covent-Garden, contenant l'histoire des plus célèbres ladies maintenant en circulation ou en puissauce de protecteurs, celle de plusieurs de ces protecteurs, le tout suivi de quelques anecdotes curieuses. • En voici un extrait :

TAPI

• Misa Arnold, Church street, 17. C'est une charmante actrice; elle chante bien, mais elle médit encore mieux. Pourquoi n'a-t-elle pas les cheveux aussi longs que la langue ? — Miss Gilbert, Clement's lane. Est restée pendant quinze jours absente du théâtre par suite d'un malheur dont elle fut frappée : Un voleur s'était introduit chez elle et lui vola, devinez quoi? Son talent? Non i Son amant? Non I Son râtelier. — Miss Kendtill, Hart street, 4. Les plus jolies jambes que jamais chanteuse ait laissé voir. Qu'il est fâcheux que ces charmantes jambes montent trois ou quatre fois plus haut que la voix de miss Kendall 1 a Ce fut un succès de scandale ; en quelques mois, Jervas fut riche. De tous les côtés on le comblait de cadeaux dans la crainte d'être attaché au pilori. Mais, si la peur des uns l'enrichissait, la vengeance des autres guettait sa proie dans l'ombre. Vjctiine d'un guetapens habilement dressé, il fut conduit en justice et condamné comme meurtrier d'un homme qu'il n'avait jamais vu. Le roi lui lit grâce et, dégoûté des hommes presque autant que des femmes, il se retira à la campagne. Là, une voisine , miss Nicholson, un ange descendu sur la terre, le guérit de sa misanthropie et consent a faire son bonheur en lui accordant sa main. Puis, après le mariage elle lui dit : « Je suis Perdita, une de tes victimes; ma vengeance est terrible. Tu m'as déshonorée, Jervas, je t'ai laissé faire, je me suis tue; au bal, c'est moi qui t'ai p.îrlé, qui t'ai donné mon costume, la clef d'un appartement, et c'est moi qui avais mis d'avance dans la lit où tu t'es couché un cadavre pour te faire condamner comme assassin. Cela ne m'a pas suffi. Après avoir été la maltresse de qui m'a voulue, j'ai voulu à mon tour être ta femme, et me voilà ta femme, je suis ta femme, Perdita Jervas: Qu'as-tu a répondre? Jervas ne répondit rien; il était devenu fou. »

Presque toutes les nouvelles du recueil sont aussi intéressantes que Jervas le biographe, et on irait s'asseoir sur le tapis vert de Versailles rien que pour y cueillir les fleurs de celui de Léon Gozlan.

TAPIS-FRANC s. m. Cabaret mal famé :

Un tapis-franc, en argot de vol et de meurtre, signifie un estaminet ou un cabaret du plus bas étage. (E. Sue.) Et c'est là ce dandy superbe qu'on nous peignait au premier acte sous les traits d'un Don Juan moderne.' On le croyait du Jockeg-ctub, et nous le surprenons dans un tapis-franc 1 (P. de St-Victor.)

TAP1S1, rivière de l'Amérique du sud, dont la source est située dans les montagnes de Conomamas (Pérou). Elle se dirige du N. au N.-O., forme le grand lac qui porte son nom, entre dans le Venezuela et, après un cours de 370 kilorn. environ , elle se jette dans l'Ucayale.

TAPISSER v. a. ou tr. (ta-pi-sé — rad. tapis). Couvrir d'une tapisserie : Tapisser un mur, une chambre.

— Couvrir avec du papier peint, en guise de tenture : Tapisser une chambre de papier rouge,

— Couvrir totalement ou à peu près : Tapisser un mur d'affiches, de tableaux, de dessins. Ce sont des vers tragiques de sa façon, dont il A tapissé sa chambre, étant obligé, faute de papier, d'écrire ses poèmes sur le mur. (Le Sage.) Ces petites vifjnes tapissent de leurs grappes toute la façade d'un corps de garde. (B. de St-P.)

La jeune Flore, avec ses doigts de rose, Avait de fleurs tapissé le gazon.

Page 1