‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 267 sur 1042 · V. Huoo · texte numérisé non relu

V. Huoo

TOUCHAHD (Philippe- Victor), marin français, né à Versailles en 1810. A seize ans, il eiura dans la marine, devint successivement aspirant en 1827, enseigne en 1832, l.eutenuiit île vaisseau eu 1839 et fut pemiant quelque temps aine de camp du prince de Joiu- Ville. Promu capitaine de corvette en 1844, capitaine de vaisseau en 1850, contre-amiral en 1859, il commanda deux afis plus tard la station navale du Levant, En 1864, M. Touchard fat chargé de présider la commission

TOUC

d'artillerie instituée an ministère de la marine et, cette même année, il devint membre en titre du conseil de l'amirauté, puis viceamiral. Depuis lors, le vice-amiral Touchard a été président de la commission de perfectionnement de l'Ecole navale, puis du conseil des travaux de la marine et commandant en chef de l'escadre cuirassée d'évolutions dans la Méditerranée (1874-1875). Grand officier de la Légion d'honneur en 1869, il a été nommé grand-croix en 1875. Au mois de janvier 1876, il a posé sa candidature au Sénat dans le département de Seine-et-Oise , où il a échoué. On a de lui des travaux et des études publiés dans la Hevue maritime et quelques écrits Spéciaux,

TOUCHARD-LAFOSSB (G.), littérateur et journaliste français, né à La Châtre en 1780, mort k Paris en 1847. Il fut commissaire des guerres sous l'Empire, de 1809 k 1815. Mis en retrait d'emploi par la Restauration, pour laquelle il n'éprouvait aucune sympathie, Touchard vécut du produit de sa plume et fut, pendant une assez longue période, un des fournisseurs patentés des cabinets de lecture. Il fonda le Propagateur, a Bourges, et donna beaucoup d'articles au Journal du commerce, au Courrier des spectacles, à la Nouveauté, à la Réunion, au journal de Paris, etc. En 1824, il devint le réducteur en chef de VEcfio dit soir et travailla à Y Album national, où il signait ses articles le Solitaire du Puy-de-DOme. A Nevers , il fonda, en

1832, la Sentinelle de la Nièvre. Touchard professait des opinions libérales et «lémocratiqnes. Parmi ses nombreux écrits, nous citerons : l'Hubil de chambellan, roman (Paris, 1826, 4 vol. in-12); X Homme du peuple (1829, 5 vol, in-12); les Marionnettes politiques (1829, 5 vol. in-12); le Pont des Soupirs, épisode de la cour du Louore sous Louis Xi II (1832, 2 vol.. in-8°); la Pudeur et l'Opéra (1832, 2 vol. in-8°); les Chroniques de l'Œitde-ttœuj, des petits appartements de la cour et des salons de Paris sous les récrits de Louis XI V, Louis XV et Louis XVI, recueil d'anecdotes scandaleuses publiées sous le nom de la comtesse douairière de B... (1829-

1833, 8 vol. in-8°; réimpr. en 6 vol. in-12) ;les Béoerbères, chroniques de nuit du vieux et du nouveau Paris (1833-1834, 6 vol. in-80), suite et complément de l'ouvrage précédent; le Bosquet de Romainville(l&Z3, 2 vol. in-8°) ; les Jolies filles (1834, 2 vol, in-80); Jean Angot, histoire du xvie siècle (1835, 2 vol. in-8°) ; Marthe ta Liuonienne, histoire russe (1836,

2 vol. )n-S°) ; Mœurs d'hier (1837,2 vol.in-8°) ; le Caporal Werner et le général Garnison, histoire militaire (1839, 2 vol. in-8°) ; Mémoire d'un frolteur sur la cour de Louis X VI II et de Charles X (1839, 2 vol. in-8"); le Poète et l'homme positif (1839, 2 vol. in -8°) ; le Rémouleur ou la Jeunesse dorée, histoire du temps du Directoire (1843, 2 vol. in-8°); V Homme sans nom (1844, in-8°) ; les Chroniques de l'Opéra, de 16G7 à 1844 (1845, 2 vol. in-8"); les Trois aristocraties (1845,3 vol. in-8°) ; Histoire de Paris, composée sur un nouveau plan (1833-1834, 5 vol. in-80j ; Histoire des environs de Paris dans un rayon de 35 à 40 lieues (1835, 4 vol. in-S°); Histoire de Charles XI V( Berna dotte), roi de S«ë</e(1838,

3 vol. in-8°); Souvenirs d'un demi-siècle (1789 à 1836, 6 vol. iti-8°). Tou'hard-Lafosse a beaucoup collaboré au Dictionnaire chronologique et raisonné des découvertes et inventions et publié une quantité de brochures diverses, relatives k la politique ou k des sujets d'actualilé. Citons enfin de lui une pièce de théâtre, la Poule aux œufs d'or ou l'Amour et la Fortune, comédie- féerie (1823, in-8°). Sous le nom de Saint-Félix, Touchard a publié la matière de plus de cent volumes in 8°. Fécondité malheureuse, puisqu'il ne reste presque rien de cette immense production.

TOUCHATOUT (Léon-Charles Bienvenu, connu sous le pseudonyme de), né k Paris le 25 mars 1835. 11 reçut une instruction trèsmcomplèie, quitta l'école k douze ans et devint successivement employé de commerce et d'administration, puis comptable. Ce n'est qu'en 1863 qu'il commença à envoyer quelques articles au Tintamarre, articles d'un journaliste amateur, d'un homme qui n'est point encore en possession de son talent, maisdans lesquels perçaientdéjk l'esprit mordant, la verve satirique. En 1865, il devint rédacteur attitré du journal, où il prit aussitôt la première place. Il avait trouvé sa voie du premier coup; il était venu tout naturellement la où l'on riait, connue on va où il y a du soleil et de l'air.

En 1867, il commença la publication de son Histoire de France tintamarresque ; ce fut le commencement de sa popularité. L'originalité de Touchatout avait à exploiter une mine épuisable, la démolition de la légende historique. Jamais, il le faut avouer, on n'avait jusqu'alors manqué de respect aux traditions avec uji'Si superbe sans-gêne ; jamais semblables grimaces irrésistibles n avaient déridé la foule aux dépens des grands. Et ce fut, en vérité, un amusant spectacle que celui de ces illustres personnages marchant depuis des siècles majestueusement drapés dans leurs manteaux royaux, à la traîne desquels un malicieux personnage s'avisa soudain d'attacher des queues en papier. On craint peu ceux dont on s'est moqué, ne fût-ce qu'une fois. Le jour où l'on a crevé, comme des ballons en baudruche, les nuages de pour-

TOUC

pre qui cachaient les degrés des trônes, on a porté à la royauté le coup dont elle es,t morte, en France, du moins. Touchatout, en faisant cascader les monarques et même les papes, a servi la cause de ta démocratie mieux qu on ne s'imagine.

En 1868, il devint copropriétaire du journal et l'acheta en 1872. Pendant cette première période de sa carrière, il collabora à tous les journaux satiriques de Paru : le Diogèue. ]e Nain jaune [direcùnn AurélienScholl), le Charivari, le Journal amusant, la Lune, l'Eclipsé, etc.

Pendant lé siège de Paris, il fonda la Carmngnole, petit journal qu'il rédigea seul.

La note politique de l'écrivain s'accentue chaque jour davantage ; il collabore au Radical et y lance ses Coups de griffe, puis à \' Evénement, où il commence la Petite guerre. Petite gmerre dangereuse, plus terrible peutêtre que la grande, parce que tous les coups portent. Une fois engagé de la sorte, Touchatout marche sans cesse en avant. Il prend corps à corps la légende napoléonienne et écrit l'Histoire tintamarresque de Napoléon III, impiioyable pamphlet, œuvre d'un justicier sans pitié qui montre en riant ses dents, des dents qui mordent. Après Rochefort, qui avait attaché le grelot et donné le premier coup de pied au colosse reposant sur un piédestal de bouedurcie, Touchatout sonne la fanfare de l'hallali. Il s'en va perçant d'outre en outre les statues de carton de ces seigneurs de l'Empire, qui pendant dix-huit ans furent la terreur et la honte de la France et qui maintenant n'en sont plus que la risée.

Dans le Trombinoscope, depuis cinq ans, il porlraicture les petits et les grands hommes, les femmes du monde et celles qui n'en sont pas. D'un mot il les peint, d'un trait il les fixe, d'une cascade il les juge. Sans pitié pour les faiblesses, d'où qu'elles viennent et quelles qu'elles soient, il montre k la foule, k l'aide de ce kaléidoscope k l'envers, les vilains aspects des visages de nos contemporains plus ou moins illustres. Rude besogne, pour laquelle il faut, en même temps qu une' poigne solide, un courage réel. A ce jeu des personnalités, on ne se fait guère d'amis, car les vérités sont presque toujours dures à entendre.

Veut-il critiquer la littérature moderne; au lieu d'en étudier les faiblesses et les procédés, il parodie lqf roman-feuilleton a la mode, il en travestit les héros et les aventures et fait s'esclaffer de rire les braves gens qu'un journal prétendu sérieux voulait faire pleurer.

Travailleur infatigable, désireux d'accomplir sa tâche et de laire son œuvre, il a conquis rapidement les sympathies de la foule. Il croit à la puissance de la bouffonnerie ; il est convaincu que cette manière bizarre, originale, abracadabrante doit devenir une arme de combat, arme qu'il s'efforce de manier avec une habileté croissante.

Touchatout a publié jusqu'à, ce jour : Un -.monsieur qui veut se faire un nom, vaudeville en un acte ; Histoire de France tintamarresque (1 vol. illust. de 800 pages); Histoire tintamarresque de Napoléon III (l fort vol. illust.) ; le Trombinoscope (4 vol.), contenant les biographies des hommes du jour; Un cours de villégiature comique (1 vol. in 8° illust,}; les Nouvelles tragédies de Paris (1 vol. in-s°); la Carmagnole ; l'Homme qui rit, parodie du roman de Vicior Hugn (brochure); les 50 lettres républicaines de Gervais Martial , ouvrier

I vol.) ; Grande mythologie tintamarresque (1 fort vol. illust., en cours de publication).

TOUCHAU, TOUCHAUD OU TOUCHEAU

s. m. (tou-cnô — rad. toucher). Teehn. Etoilo d'or ou d'argent, dont chaque branche est à un titre déterminé, et qui sert aux essais.

TOUCHE s. f. (tou-che — rad. loucher).

Coup, action de frapper : Gare la touche, si tu remues.

— Critique sévère : Il craint la touche.

II a reçu une touche assez rude, il Sens vieilli.

' — Accident désagréable : Il a perdu vingt mille francs; c'est une rude touche. La touche a été sensible. Il Sens vieilli.

— Jeux. Petite baguette courbée dont on se sert pour lever les jonchets qu'on a d'abord laissé tomber pêle-mêle : Une touche d'ivoire. Lever des jonchets avec ta touche.

Il Au billard. Action de loucher, avec sa bille, la bille sur laquelle on vise directement. Il Munquer de touche, Ne toucher aucune des deux billes.

— Enseignem. Petite baguette dont se servent les enfants qui apprennent à lire, pour toucher les lettres du tableau.

— B.-arts. Manière dont la couleur est appliquée Sur la t&ile : Une TOUCHB timide, maigre, sans esprit. Une touche rude, dure, vigoureuse. Cet homme ne talonne pas; sa touche est large et fière. (Dider.) Pour une aussi grande entreprise, la coquetterie de la touche, l'habileté à rendre tes étoffes et les accessoires ne sauraient dispenser l'artiste du choix des {ignés, de la logique, du dessin. (O. Heisan,) En quelques touches le peintre fait deviner les lointains, indique tes espaces intermédiaires , et accuse les premiers plans avec force et relief. (Th. Gaut.) il Manière dont le graveur rend l'effet de la louche : La transparence des clairs, la dégradation des plans, la légèreté des lointains, c'est ce qu'on

TOUC

peut appeler la touche et le coloris du graveur. (V'uet.) Il Quantité de peinture appliquée en une fois avec le pinceau : Ce n'est presque, tant te cadre est petit, qu'une touche blanche. (Th. Gaut.) il Fig. Style, manière de l'écrivuin : Les portraits ne solH intéressants qu'autant qu'ils sont vrais; ta touche en doit être forte, les couleurs bien fondues. (Condill.) Le génie peint à grandes touches et dédaigne les nuances. (Champfort.)

— Mus. Chacune des pièces d'un instrument k percussion qu'on touche en jouant, pour ouvrir les soupapes ou frapper les cordes : Les touches d nu orgue, d'un piano, d'un clavecin. Un clavecin résonne encore, quand les doigts ne frappent plus les touches. (Volt.) il Fig. Oôié sensible de l'âme, impr^ssionuabilite : Elle a des touches qui correspondent à toutes les voix de la nature. (Ch. Nodier.) Il Feuille d'ébêne eollée le long du manche d'un violon ou d'un autre instrument du même genre, k l'endroit que touchent les cordes sous la pression des doigts. Il Chacun des filets saillants qu'on établit sur

le manche de ia guitare et de quelques autres instruments, pour produire les demitons.

— Gramm. Série de sons produits par l'influence prédominante d'un même organe : La touche dentale. La touche gutturale. B, P, V, F, M appartiennent à la touche labiale.

— Techn. Essai de l'or au moyen d'une pierre particulière : La touche a prouvé que cet or n'est pas de titre, il Pierre de touche, Pierre très-dure, de couleur noirâtre, dont on se sert pour essayer l'or : C'est une pierre Dis TOUCHE dont j'ai fait l'essai. (Volt.)

Il Fig. Moyen d'épreuve : L'adversité est la pierre de touche de l'amitié. Le calcul et l'expérience étaient depuis longtemps reconnus comme les seules pierres de touche de la vérité. (Cuvier.) La reconnaissance est la pierre de touche des belles âmes. (L'abbé Baut'ain.)

— Typogr. Travail de celui des ouvriers attaches à une presse k bras qui est chargé de prendre l'encre, de la distribuer et d'en couvrir la forme : Autrefois, ta touche s'opérait avec les balles; aujourd'hui, elle se fait avec le rouleau.

— Comm. Troupeau de boeufs gras que l'on conduit au marché : Acheter une touchb de bœufs gras.

— Encycl. Mus. Ce mot s'applique à plusieurs instruments, dans chacun desquels il sert à désigner une chose distincte. En ce qui concerne le violon, l'alto, le violoncelle, la contre-basse et tous les instruments k archet, lu touche est la pièce de bois d'ébène, longue, étroite et bombée, qui, collée surle manche de ^instrument et partant du sillet, recouvre ce manche en entier, et, avançant jusque sur là cuisse, s'arrête k 0m,05 ou 0m,06 du chevalet. La touche supporte les quatre cordes, et c'est sur elle que les doigts du virtuose viennent presser celles-ci pour former les intonations.

Pour la guitare, les touches sont les petits filets d'ivoire, de cuivre ou d'argent incrustés dans le manche et jusque sur la caisse, qui indiquent la séparation des demi-tons et la place que doivent occuper les doigts. Ces petits filets «'arrêtent k peu de distance de la rosace. lis sont comme autant de sillets, qui, en raccourcissant la corde lorsque le doigt vient s'y appuyer, rendent l'intonation de plus en plus aiguë a. mesure qu'on descend vers la caisse de l'instrument.

Entln, ies touches de l'orgue, du piano et de la vielle sont des pièces u ébene ou d'ivoire qui en composent le clavier et qui, pressées par les doigts de l'exécutant, fout mouvoir le marteau ou ouvrent la soupape correspondant a la note qu'on veut produire. On donne aussi le nom de marches aux touches de la vielle. L'orgue a deux claviers et deux- sortes de touches; le clavier de pédales, destiné k être joué avec les pieds, doit avoir des touches différentes de celles qui sont touchées avec les doigts. Les touches des claviers dû pédales Sont de longs morceaux de bois, un peu plus larges que les touches ordinaires et laissant entre eux un espace à peu près égal à leur largeur, au lieu d'être, comme cesderniers, resserrés les uns contre les autres.

Touches (les), recueil d'épigrammes de Tabourot, seigneur des Accords (1588, in-8°). Le recueil est divisé en cinq livre» qui parurent séparément, le premier en 1572; il est dédié à Ponlus de Thiard, èvêque de Châlons, ce qui ne l'empêche pas de contenir boa nombre de gaillardises et de grivoiseries. Le titre singulier du livre a été expliqué par l'auteur; il est emprunté au vocabulaire des maîtres d'escrime. « Je donne, dit Tabourot, une touche qui perce k peine la peau et ne peut entamer la chair. Et me semble que cette dénomination est plus propre que la nom grec ou lutin, car épigramuie signifie proprement inscription, nom trop général ; joint que nous devons étudier d'embellir notre langue de mot!» propres et significatifs, plutôt crûs en notre terroir que non pas en pays étranger. • Le genre épigrumniiuique convenait a la nature vive et indépendante de l'esprit de Tabourot, ainsi qu'au jugement sain et philosophique, k la parfaite connaissance des hommes et des choses qu'il possédait, sous l'apparence de la frivolité. Toutefois, il ne faut voir qu'une louange

touc

hyperbolique, dictée par l'amitié, dans ces vers que lui adressait un de ses amis : Ainsi, ton sel, par sa gentille grâce, Les traits gaillards de Martial efface.

Tabourot ne fut pas un Martial, bien qu'il ait, comme Martial, recherché les sujets risqués et qu'il se soit souvent appesanti sur ce qu'il ne fallait qu'effleurer; mais, en quelques passages, il ne fut pas trop loin de la facilité et de l'agrément qui distinguent les épigrammes de Marot. A ce titre, le livre des Touches occupe une place honorable dans la poésie du xvie siècle. Par exemple, un heureux mélange de grâce et de satire se montre dans la pièce où Tabourot compare aux daines de la ville sa maîtresse, « petite nymphette des champs : »

J'ayme mieux voir sa collerette, D'une toile rousse clairette.

Par laquelle on voit son tetio, Et dans laquelle elle repousse Une petite baleine douce, Qui colore son teint divin , Qu'une gorgere godronnée, Avecque l'empoix arrestée Sur l'escarrure (Ja carrure), d'un tel somg Qui montre bien que Ja personne Qui tel accoustrement se donne Pour s'embellir en a besoing...

J'ayme mieux voir sa brune face Qui, se lavant, point ne s'efface, Et va toujours demy riant," Qu'un peint visage de popine (poupée).

Qui, d'une dédaigneuse mine.

Ne rit jamais qu'en rechignant.

.J'ayme mieux ouyr sa voix bonne Qui naturellement entonne Un vaul-de-vi!le gracieux, v Que cas passions langoureuses, Aussi feintes comme menteuses, Que l'on tire d'un gosier creux.

L'Epitre à Maumisert, mon valet, où la condition des maîtres est représentée comme bien plus pénible que la condition de ceux qui les servent, est une fine et gaie satire .

Maumisert, je t'ay entendu

Pleurer la fortune; qu'as-tu

A te fascher de mon service?...

Viens ça : pendant que tu reposes,

Ronllant, libre toutes les nuits,

N'ai-je pas mille et mille ennuis)

Et ne faut-il pas que je pense

A notre ordinaire dépense.

Et comme il faut, le lendemain.

Travailler pour chasser la faim?

Vois-tu pas comme je courtise

Un Ane masqué de feintise.

Pendant qu'à grand'peine en un mois

Tu me salueras une fois...

Et lorsque je suis au barreau.

Tu vas jouer sur le çarreair,

A lu darde (sorte de jeu) mes aiguillettes,

Ou bien souvent tu cabarettes.

Et lorsque du travail je prens,

Tu passes sans souci le tems..

Au reste, tout le long du jour.

Je travaille, sans nul séjour...

Et toi, cependant, tu le ris,

Ou de quelque joyeux devis

Tu t'entretiens, ou bien tu chantes.

Oisif auprès de mes servantes, etc.

j.es cinq livres des Touches parurent successivement en 1572, 15S5 et 1588. chez le libraire J. Richer. Au xvne siècle, on réunit les Touches aux Bigarrures du seigneur des Accords, aux Apophthegmes du sieur Gaulard et escraignes dijonnoises (Paris, 1614, in-12). Mais ce recueil, souvent réimprimé, ne contient qu'une faible partie des Touches ; il ne s'y trouve rien des trois premiers livres et seulement quelques pièces des deux derniers. Le» éditeurs ont, en outre, supprimé les citations latines et les considérations philosophiques et critiques dont l'auteur avait accompagné ses poésies. 11 faut donc, pour connaître les Touches, avoir recours aux premières éditions.

TOUCHE (La), nom de divers personnages français. V, Lat'ouchb.

TOUCHE (Guimond du La), poète français.

Page 1