V. LETTRE DK CHANGK
TRAITÉ s. in. (trè-té — lat. tractatus, de tractare, traiter). Ouvrage spécial sur une science, un art ou une matière quelconque : Traité de philosophie. Traité d'algèbre.
Traité de physique.
— Convention écrite, entre deux gouvernements : Traité de paix... Traité de commerce. Le Traité de Nimegue. Signer, rout-
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pre un traité. Nul traité qui ne soit comme un monument de la mauvaise foi des souverains. (Vauven.)
— Marché, convention entre particuliers, ou de l'administration, du gouvernement avec des particuliers : Passer un traité avec l'administration municipale. Discuter les clauses d'un traité. Passer un traité avec les entrepreneurs.
— Fam. Accord mutuel, convention verbale : Je veux faire un traité avec vous : c'est que vous m'aimerei pendant six mois. (Volt.)
— Syn. Trait*, accord, contrat, etc. V. AC- CORD.
— Encyel. Hist. polit. Dès que les tribus nomades dont se composait l'humanité primitive se fuient établies dans des demeures fixes, dès que les premiers germes d'une société policée se furent constitués sous la forme de monarchies ou de républiques, il dut y avoir des conventions internationales et une sorte de droit des gens. Chez les sauvages eux-mêmes, il existe des conventions verbales et des cérémonies, telles que celles du calumet de paix, qui servent à établir des relations amicales entre deux peuplades.
Mais nous n'avons à nous oc'cuper ici que des traités formels, conservés par l'écriture ou mentionnés par les écrivains anciens. L'un* des plus anciens documents de ce genre que nous possédions est un traité conclu par Ramsès et datant de l'époque de Moïse ; il fut passé entre deux souverains égyptiens. C'est un traité de paix fore curieux, dans lequel deux monarques s'assurent la paisible possession de leurs peuples. Ils se promettent de se rendre les sujets qui auraient émigré de l'un chez l'autre, à condition toutefois que les déserteurs ne soient pas punis. C'est en même temps un traité d'alliance offensive et défensive. Il a été publié par M. Brugsch dans son Voyage en Egypte et traduit par M. Egger dans l'ouvrage cité plus loin. Dans l'histoire du peuple hébreu nous trouvons également la mention de mainte convention internationale ; mais il ne semble p.as que ce peuplé aie eu des notions bien nettes du droit des gens; l'Ancien Testament semble parfois appeler la vengeance de Jéhovah sur les violations les plus flagrantes de la parole donnée.
Chez les Grecs et le's Romains, chez qui l'Etat se confond à l'origine avec la cité, chez qui un. même peuple se fractionne à l'origine en tribus innombrables, le mSrcellement intini de la nation amène, dans les temps héroïques, des froissements continuels, des luttes sanglantes auxquelles il devint bientôt nécessaire de mettre un frein au moyen de conventions solennelles et de règles internationales. Ces règles se rencontrent déjà dans Homère, où nous trouvons le principe fondamental du droit des gens : l'inviolabilité des ambassadeurs ou hérauts.
Dans l'époque historique, nous voyons en Grèce toutes les variétés de convention que l'on connaît encore de nos jours : trêves ou suspensions d'armes, traités de paix, d'alliance défensive et offensive pour, un temps plus ou moins long, de commerce, etc. Les traités d'alliance se sont conclus tantôt contre un ennemi donné et pour une campagne seulement, comme ce fut le cas, par exemple, lors de l'invasion des Perses; tantôt d'une manière plus ou moins définitive. Parmi les plus anciens traités d'alliance conclus entre deux villes, il faut citer celui des habitants d'Elis avec ceux d'Hersea, conservé par une inscription sur bronze découverte en 1813. Ce traité, rédigé en vieux grec dorien, est un type de laconisme; c'est bien l'enfance de l'art : « Pacte des Eléens et des Héréens. Qu'il y ait alliance de. cent ans ; qu'elle commence cette année. S'il est besoin de parler et d'agir, que l'on s'unisse, et pour toute chose, et pour la guerre. Ceux qui ne s'uniraient pas payeraient à Jupiter Olympien un talent d'argent pour amende. Si quelqu'un détruit l'écriture que voici, soit simple allié, soit magistrat, soit ville, il sera soumis à l'amende ici inscrite. » Certes, on remarque ici l'absence de toutes les formules, de tous les détails inventés peu à peu par la diplomatie et qui ne rendent pas les traités plus durables et plus efficaces. Les traités faits entre plusieurs cités pour un temps plus considérable constituaient un moyen de réunir en un seul faisceau les tribus de même race. Les Grecs jouissaient aussi d'une institution qui, sans constituer précisément la nation en état fédératif, fournissaiteependant à tous l'occasion de vider leurs querelles sans effusion de sang: c'était l'nmphictyonie de Delphes, sorte de tribunal permanent d'arbitrage entre les cités. Mais nous ne voyons pas que son influence ait été bien considérable depuis les guerres médiques. L'arbitrage d'une ville neutre, en revanche, est prescrit dans un assez grand nombre de traités, et nous en connaissons mainte application; ainsi dans la convention enli e Argos et Lacédémone, où la ville arbitre n'est pas déterminée, mais laissée au libre choix des parties. On a même conservé des inscriptions qui contiennent la sentence arbitrale intervenue en vertu de traités semblables ; ainsi deux villes de Thessalie, Mélité et Péra, font trancher par les Etoliens une question de rectification de frontières et en même temps déterminer certaines règles de droit international et commercial. Parfois aussi on prenait pour arbi-
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tre un homme éminent; ainsi Bias, un des [ sept sages de la Grèce, fut. appelé à trancher un différend entre Priène et Samos.Les sentences arbitrales devenaient ainsi de véritables traités qu'on invoquait à l'occasion.
Pour se faire une idée exacte des stipulations minutieuses qui pouvaient être contenues dans les traités des anciens, on doit surtout consulter deux monuments épigraphiques dont l'un contient un traité entre Hierapytna et Priausos, qui semble s'être étendu aussi à la ville de Gortyne. C'est l'une des conventions les plus libérales que nous ait laissées l'antiquité; on y trouve le droit de libre établissement garanti aux citoyens des deux villes, l'égalité complète en matière de commerce ; on y institue, en cas de litige, des tribunaux d'arbitres ; des amendes sont infligées aux magistrats qui oublieraient de lire tous les ans la convention en public ou qui la violeraient. On trouve d'autres traités semblables dans le livre de M. Egger. Le second document est une sorte de circulaire diplomatique, par laquelle Athènes proclame devant la Grèce son alliance avec Thèbes, Chios et Mitylène et fait appel aux autres alliés qui voudront entrer dans la ligue contre Lacédémone. On y remarque la clause formelle par laquelle sont assurées, à chaque membre de la ligue, la souveraineté pleine et entière, la liberté pour lui de choisir ia forme de gouvernement qu'il lui plaira, enfin l'absence de tribut. Athènes n'avait pas toujours été désintéressée ; il y avait eu un temps où, sous prétexte de ligue contre les barbares, elle s'était emparée delà suprématie sur toutes les îles et les villes d'Asie Mineure, c'est-à-dire qu'elle avait imposé sa volonté aux Ioniens tout en les frappant de tributs considérables et en intervenant dans la forme de leur gouvernement. Ce nouveau traité date de 378, et ce fut lui qui permit aux Grecs de secouer le joug de Sparte.
Les traités jouent aussi un rôle très-grand dans l'histoire de la Rome républicaine. C'est grâce à des conventions habilement combinées que le sénat parvint à soumettre l'Italie, pui3 le monde. Le point de départ d'une conquête fut presque toujours un traité d'alliance. C'est au nom du traité qui unissait les Latins que Rome prétendit les empêcher de faire la guerre sans son consentement. D'abord simple membre, à titre égal, d'une confédération, la ville aux sept collines finit par s'emparer de l'hégémonie en renversant Albe, puis par transformer le traité égal en traité onéreux. Les Romains concluaient en effet trois sortes de traités : le traité égal, le traité inégal ou onéreux et le traité d'amitié ou de bonnes relations. Ce dernier seul était vraiment égal pour les deux parties; il se faisait surtout avec les peuples et les princes éloignés et réglait les relations internationales. On peut citer comme exemple le traité de commerce avec les Carthaginois, conclu peu après la soumission du Latium et fixant la limite de navigation entre les deux peuples. Ce traité est fait au nom des Romains et de leurs alliés. On y voit que la côte du Latium était déjà alliée, c'est-à-dire sujette des Romains. Les villes d'Italie qui se soumettaient volontairement à la domination romaine obtenaient un traité soi-disant égal, c'est-k-dire que, dans la forme, elles étaient déclarées indépendantes ; mais il y avait une clause par laquelle elles s'engageaient à reconnaître la majesté du peuple romain et à la cultiver avec courtoisie {majeslatem populi romani comiter colunto) ; en fait, le résultat d'une pareille convention était la perte de l'indépendance. L'Etat allié était obligé de fournir des troupes et au besoin de l'argent au peuple romain, qui s'engageait, il est vrai, à le défendre contre tout ennemi, mais qui ne le consultait nullement pour entreprendre une guerre. Quant aux peuples soumis par les armes, ils étaient obligés d'accepter un traité inégal; c'est-àdire qu'on leur enlevait une partie de leurs terres, qu'on établissait chez eux des colons romains et qu'on leur dictait des lois suivant lesquelles ils devaient vivre. Au fond, toutes les cités qui avaient des traités égaux ou inégaux avec Rome étaient comprises dans cette désignation trompeuse de villes alliées, villes astreintes par un traité (fœderati). Les pays soumis à la domination des successeurs d'Alexandre, la Grèce elle-même, furent bientôt enlacés par ce même système. On offrait dans des termes doux et aimables une alliance, toujours acceptée. Même après la défaite de l'ennemi, on se donne des airs de générosité, comme, par exemple, lorsque Quinetius Flumininus déclara la Grèce libre. Les Romains procédèrent toujours le miel sur la bouche et le fer dans la main. Ce S3*stème les mena à la conquête du monde civilisé.tout entier. Ils s'arrêtèrent en face des barbares, et, à dater de la fondation de l'empire, on ne trouve que rarement des conventions internationales.
Il nous reste maintenant à rappeler la manière dont on concluait le traité, les formalités qu'on remplissait pour cela et quels étaient les personnages chargés des négocia- .tions. M. Egger énumère ainsi les divers actes mentionnés dans les auteurs anciens ou les inscriptions : les propositions préliminaires ou ouvertures de paix; la délibération du peuple dans les Etats démocratiques, du sénat dans les oligarchies et à Rome ; la suspension d'armes; la trêve. I! faut d'ailleurs
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distinguer la trêve absolue de celle qui n'est faite que pour des raisons religieuses, par exemple pour la célébration de quelque fêta nationale. Quand le pacte est conclu, il est suivi presque toujours de serments, que les magistrats d'une cité vont prêter dans l'autre, et réciproquement.
Les porteurs des premières propositions de paix étaient les hérauts, ou parlementaires ; les ambassadeurs, ordinairement il y en avait plusieurs, avaient le titre d'envoyés ou orateurs; on en distinguait les plénipotentiaires, qui arrivaient avec de pleins pouvoirs. S'il y avait quelquefois de véritables congrès où des ambassadeurs discutaient avec d'autres ambassadeurs, il était plus fréquent, cependant, de voir les négociations se passer d'une manière toute différente. Les envoyés plaident directement la cause de leurs mandataires devant le peuple ou le sénat, ce qui ne laissait pas que de présenter quelque difficulté. Mais du moins, de cette façon, le gouvernement ne pouvait pas engager la nation sans son assentiment. C'est dans l'assemblée du peuple, à Athènes, que se passent toutes les transactions diplomatiques. Les ambassadeurs étrangers y sont admis à la tribune ; on discute avec eux, et s'ils parviennent à persuader les citoyens de l'utilité d'une paix ou d'une alliance, la rédaction du traite et sa ratification doivent encore se faire en public. Décide-t-on, au contraire, d'envoyer d'Athènes des ambassadeurs à une autre cité, alors ces ambassadeurs sont élus par le peuple et l'on délibère en pleine assemblée sur les instructions à leur donner. A Rome, c'est devant le sénat qu'ont lieu d'ordinaire ces délibérations, portées cependant aussi quelquefois devant le peuple.
L'échange des ratifications se faisait à peu près comme de nos jours ; les exemplaires officiels étaient munis du sceau public ou des cachets particuliers des ambassadeurs. En outre, on gravait le texte du traité sur le marbre ou le bronze et on l'exposait ordinairement auprès d'un temple, dans l'enceinte sacrée. De3 cérémonies religieuses et des imprécations accompagnaient la prestation du serment, et les formules employées dans ce but se trouvent ordinairement reproduites dans le texte même de l'inscription.
L'élaboration des traités est soumise aujourd'hui à des formes beaucoup plus compliquées qu'autrefois. Des personnages diplomatiques, ambassadeurs, envoyés, ministres, etc., se réunissent dans un lieu convenu, parfois dans une ville neutre, et, -munis des pouvoirs et des instructions de leurs gouvernements respectifs, y discutent les conditions de la paix, ou les conditions de conventions quelconques, que l'on veut établir; c'est ainsi que se concluent généralement tous les traités. Les questions militaires, que l'on débat presque toujours, sont l'occupation partielle pendant un certain temps, ou l'évacuation des pays conquis, le payement des frais de la guerre, la nouvelle délimitation des frontières, l'échange des prisonniers de guerre, etc.
Dans l'état actuel de la civilisation, c'est encore, comme aux siècles de barbarie, la nation la plus forte, et non celle qui a pour elle le droit, qui reste maîtresse de dicter les conditions de la paix à la nation la plus faible; il n'existe encore de nos jours aucune juridiction supérieure qui puisse faire respecter le droit entre nations; les congrès et conférences tendent toutefois à amener peu à peu cette juridiction.
— Bibliogr. On peut consulter, sur la question des traités, les ouvrages suivants : Dumont, Mecueil des traités de paix, d'alliance, de commerce, etc. (Amsterdam, 1710, 2 vol.); Roussel, Recueil historique d'actes, négociations, mémoires et traités de paix (La Haye, 1728-1752, 25 vol. in- 12) ; Murtens, Recueil des traités de paix, d'alliance, etc. (Paris, 1857, 47 vol. in-S»); Schoeli, Histoire abrégée des traités de.jtpix (1832, 23 vol. in-8«); Garden, Histoire générale des traités de paix et autres transactions générales entre foutes les puissances de l'Europe (1848, et suiv., 20 vol. in-8<>); Ghilland, Recueil des traites de paix européens les plus importants, trad. en français par Schnitzler (1855, 2 vol. in-8°).
Traité de l'amour de Dieu, par saint François de Sales (1616). L'ouvrage, divisé en douze livres, débute par quelques considérations touchant la prédominance de la volonté sur les autres facultés de l'âme et ses rapports avec l'amour. L'auteur trace ensuite l'historique de la génération et de la naissance céleste de l'amour divin, de ses progrès et de sa perfection, de la décadence et de la ruine de la -charité. Ayant pour but d'aider l'âme déjà dévote à avancer eu son dessein- • et à progresser dans la diiection sainte, > cet ouvrage .contient parfois des considérations très-mystiques. On saisit péniblement l'enchaînement des chapitres, qui n'est pas toujours suffisamment indiqué. Quant aux points da théologie qui y sont touchés, l'auteur les expose nettement, sans jamais discuter. On retrouve dans le Traité de l'amour de Dieu des fragments de sermons de saint François de Sales fort curieux, comme dans le chapitre .xii du livre VII. Un de ses plus grands mérites, c'est la pureté des termes. Saint François de Sales n'est pas seulement un Père da l'Eglise, c'est un écrivain distingué, tenant le milieu entre Amyot et Montaigne. Il a un
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style particulier, excellent en son genre, inimitable. L'Académie le plaçait, comme modèle pour notre langue, à côté de Malherbe , et il le mérite.
Trahi de l'amour de Dieu, par Malebranche (1697), portant en sous-titre : En quel sens cet amour doit être désintéressé. Le jésuite dom François Lami ayant dans une thèse justifié l'amour pur et désintéressé, c'est-à-dire la doctrine fondamentale du quiétisme, par quelques lignes empruntées aux Conversations métaphysiques, Malebranche ie réfuta en écrivant son Traité de l'amour de Dieu. Dans cet ouvrage , il proteste également et contre l'amour mercenaire et contre l'amour absolument dégagé de tout intérêt. ■ Assurément, dit-il, Dieu est la seule fin de notre amour, mais nous trouvons dans cet amour notre félicité qui ne nous est pas indifférente. Si donc nous n'aimons pas Dieu en vue de nous-mêmes, ce qui toutefois nous entraîne à l'aimer, c'est le sentiment de ce qui doit faire notre bonheur personnel. Mais c est là un pur sentiment et non un calcul; or, c'est le calcul qui rend l'amour mercenaire.. » Partant de ce principe, Malebranche étudie à fond la question • de savoir jusqu'à quel point l'amour de Dieu doit être désintéressé et réfute le sentiment de ceux qui, à l'exemple du Père Lami, soutiennent que l'on doit être prêt à accepter la damnation éternelle pour effectuer le salut d'un grand nombre d âmes et se conformer ainsi a la volonté de Dieu qui veut toujours le plus grand bien possible.
« N'avoir que de l'indifférence pour sa béatitude, pour sa perfection et pour son bonheur, dit Malebranche, n'est pas seulement impossible ; mais il est très-dangereux d'y prétendre, parce que cela ne peut qu'inspirer une nonchalance infinie pour son salut qu'il faut opérer, comme dit l'Apôtre, avec crainte et tremblement. Plus nous aimons Dieu, plus nous devons aspirer k la plus haute perfection, parce qu'en effet plus le bonheur des saints est grand, plus ils jouissent parfaitement de Dieu, plus aussi leur amour est ardent et leur transformation parfaite. D'ailleurs, ceux qui voient Dieu tel qu'il est l'aimeraient au milieu des plus grandes douleurs, et ce ge serait pas l'aimer réellement, comme il mérite de l'être, que de l'aimer seulement à cause qu'il est le seul qui puisse causer en nous des sentiments agréables. »
Traita tbeoiogico-poiiilque, par Spinoza.
V. une analyse détaillée de cet ouvrage, au mot critique (tome V, page 545).
Pour un grand nombre d'autres ouvrages publiés sous le titre de Traité, V. le mot indiquant l'objet principal de ces traités.
TRAITEMENT s. m. (trè-te-man — rad.
traiter). Manière dont on traite quelqu'un ; façon dont on agit, dont on se comporte avec lui : Bon, mauvais traitement. Etre en bulle à des traitements cruels.
Les mauvais traitements ne font qu'aigrir les aines.
— Cérémonial, étiquette observée dans les cours à l'égard de certains fonctionnaires de haut rang : Il y a certains traitements attachés au caractère d'ambassadeur. (Acad.) || Repas offert par le souverain, en certaines occasions , aux ambassadeurs et envoyés étrangers : Le maître d'hôtel du roi fut chargé du traitement de tel ambassadeur. (Acad.) Il Vieux dans ces sens.
— Emoluments attachés à une fonction, à un emploi : Demander une augmentation de traitement. Il y a des prélats dont te traitement s'élève à plus de deux cent mille francs. (Dupin.)
— Manière d'opérer sur certaines matières ' qu'on vent transformer : Quels que soient les traitements, la matière première brute est transformée en pâte, et celle-ci en papier. (Laboulaye.)
— Mar. Traitement de table, Allocation supplémentaire accordée aux officiers de marine pour leurs dépenses de table.
— Méd. Mode de médication employé dans une maladie : Suivre un traitement. La même maladie ne' demande pas le même traitement pour tous les malades.
— Sylvie. Mode d'exploitation d'une forêt.
— Syn. Traitement, appointements, émoluments, etc. V. APPOINTEMENTS
TRAITER v. a. ou tr. (trè-té — latin tractare, fréquentatif de trahere, tirer. Traiter signifie donc proprement tirer en tout sens, manier, cultiver). Exposer, développer verbalement ou par écrit : Traiter une question. Traiter les questions politiques, financières. Quelque sujet qu'on traite, ou plaisant ou sublime, Que toujours la raison s'Accorde avec la rime.
— B.-arts. Exécuter, représenter : Ce peintre A traité plusieurs épisodes de la Révolution.
— Agir, se comporter avec : Traiter durement ses domestiques. La bonté avec laquelle un homme nous traite nous attache a lui. (J.-J. Rouss.) Un auteur doit traiter le public comme ses amis. (Mme Necker.)
— Négocier, discuter, travailler h conclure : Traiter un bon marché. Traiter un mariage.
' — Recevoir à sa table : Traiter ses amis, à l'occasion de sa fête. Il Donner, pour de l'ai>
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gent, à manger a : Ce restaurateur traite bien ses clients.
— Traiter de, Appeler, qualifier : Traiter quelqu'un de fou, de lâche. Le Bas-Breton de
Vannes traite de barbare le Bas-Breton de Tréguier. (Cbateaub.)
— Traiter quelqu'un de Turc à More, Se montrer impitoyable k son égard : On vous y attend dans te dessein de vous y traiter de Turc À More. (Boursault.)
— Traiter de haut en bas, du haut en bas, Se comporter dédaigneusement, d'une manière méprisante avec : Il traite de haut en bas ses égaux.
— Traiter comme un chien, Accueillir trèsmal.
— Traiter en enfant de bonne maison, Réprimander, châtier durement.
— Méd. Soigner pour guérir : Voyez comme Tronchin a traité ma nièce: il l'a tirée de la mort. (Volt.) Il Combattre par une médication spéciale : Traiter le typhus. Traiter une fièvre.
— Techn. Soumettre à des manipulations : . Traiter des vins par le sulfate de chaux.
— Chim. Soumettre à des réactions : Traiter l'azotate de potasse par l'acide sulfurique.
— Sylvie. Aménager, exploiter : Traiter un bois en futaie, en taillis.
— v. n. ou intr. Faire un (raité, une convention : Après' avoir assiège' Tunis, on avait traité avec les Sarrasins. (De Barante.)
— Consentir à un arrangement : Ces plaideurs ont traité.
— Traiter de, Négocier pour conclure :
Traiter db la paix. Il Discourir sur; faire un traité sur ; être relatif à : Traiter des plantes, des métaux. Ce livre traite D'économie politique.
Se traiter v. pr. Etre traité : Ce sujet doit se traiter avec ampleur.
— Etre l'objet d'une négociation : On sait que, chez les hommes encore voisins de l'état de nature, aucune affaire de quelque importance ne SE traite qu'à table. (BrilJ.-Sav.)
— Se soigner soi-même pour se guérir : Il est rare qu'un médecin se traite lui-même.
— Se nourrir soi-même : Se traiter avec gourmandise.
— Agir les uns à l'égard des autres : Ils se sont traités comme des chiens.
— S'offrir la table les uns aux autres : On se traite tour à tour, on se divertit le dimanche. (P.-L. Courier.)
— Se qualifier mutuellement : Ils se sont traités de voleurs.
— Comm. Etre vendu après débat : Les blés se traitent à 45 francs.
— Syn. Traiter, agiter, débattre, etC.V. AGI- TER.
TRAITEUR s. m. (trè-teur — rad. traiter). Celui qui donne k manger pour de l'argent : Marchand de vins traiteur. Biner chez le traiteur.
D'insensibles traiteurs
Osent, leur carte en main, poursuivre les auteurs.
Colhey.
— Comm. Celui qui fait la traite- avec les sauvages de la Louisiane.
TRAITOIR s. m. (trè-toir). Techn. Outil dont le tonnelier se sert pour tirer et allonger les cercles, il On dit aussi traitoire s. f.
TRAÎTRE, ESSE adj. (trè-tre, è-se — lat. traditor; de tradere, livrer). Qui trahit, qui est capable de trahison : Cœur traître. Ame traîtresse. Défiez-vous de cet homme, il est TRAÎTRB. Il Perfiue, qui a pour but une trahison : Itetire-toi, perfide, et ne me viens pas amuser avec tes traîtresses paroles. (Mol.) Une traîtresse voix bien souvent nous appelle.
La Fontaine.
— Farouche, sournois, donnant des coups, faisant du mal k l'improviste, au moment où l'on ne s'y attend pas : Les chats sont généralement traîtres.
— Qui petit causer un mal grave et soudain : Ces sortes de maux sont traîtres,
— Traître comme Judas, Extrêmement perfide : Cet homme est traître comme Judas.
— N'être pas traître à son corps, Se soigner, se bien traiter, ne se refuser rien. Il Vieille loc.
— Ne pas dire le traître mot, Ne pas ouvrir la bouche, garder ua silence absolu.
— Lorrain vilain, traître à Dieu et à son prochaine. Lorrain.
— Substantiv. Personne traîtresse, perfide-: Les événements font plus de traîtres que les opinions. (Chateaub. ) un méchant homme est toujours un traître. (J. Janin.) Au travers de son masque on voit partout le traître.
Molièbb.
— Personne infidèle en amour : Dè]s que leur congé était signifié, ils baisaient galamment ta main de leur traîtresse et sortaient sur une pirouette. (Ch. Monselet.)
Oui, les trattres bientôt se lassent de nos feux.
Molière.
— .Traître de, Terme de reproche, de colère, qui se dit des personnes et des choses : TraItre de temps I voilà qu'il pleut.
Si mon traître d'époux par bonheur était mortl ■
Beonard.
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— Traître de mélodrame. Acteur qui, dans les mélodrames, jouait les rôles de traître, de scélérat. Il Fam. Homme qui affecte des airs sombres, tragiques,
— En traître, Par trahison, traîtreusement : Vous me prenez en traître.
— Syn. Traître, déloynl, infidèle, etc. V. DÉ- LOYAL.
— Encycl. Théâtre. 'D'après la nature des personnages qu'ils représentent, on donne souvent la dénomination de traîtres à l'emploi technologiquement désigné sous celui de troisièmes rôles. Cet emploi, qui n'existe guère, que dans le drame, est en effet presque exclusivement composé de personnages d'un caractère vil, bas, ignoble, à penchants dégradants, qui traversent les pièces pour faire du mal à tous les personnages sympathiques au public, et qui, après nombre de forfaits et de scélératesses commis entre sept heures et onze heures et demie du soir, sont généralement punis d'une façon violente à minuit moins un quart, par le fer, le feu ou le poison, à la grande satisfaction des tilis' naïfs du parterre ou du poulailler, qui s'écrient k haute voix, en voyant son châtiment : C'est bien faitl II ne l'a pas volé, ce gredin-làl Vu leur situation désagréable et l'antipathie qu'ils inspirent au public , les traîtres constituent un emploi ingrat et trèsdifficile k bien tenir. Jadis, cet emploi fut tenu sur nos théâtres de boulevard par Rafrile, Stockleit et quelques autres qui s'y tirent une grande réputation. De Cbilly, ancien directeur de l'Ouéon, a joué naguère les traîtres k l'Ambigu avec beaucoup de succès, et Surville s'y est fait remarquer k la Gatté, tandis qu'à la Porte-Saint-Martin cet emploi était tenu par Raucourt. On a encore cité, en fait de traîtres de mélodrames, MM. Castellano, Orner, Machanette et quelques autres.
TRAÎTRES (lie des), appelée par les naturels Néottta- Boutabou, lie de la Polynésie, la plus septentrionale de l'archipel de Tongd; par 150 55' de latit. S. et 176» 8'de longit. 0. Le sol y est fertile, et on y recueille, entre autres fruits, beaucoup de noix de coco. Les indigènes ressemblent k ceux du reste de l'archipel ; mais ils sont moins civilisés. Cette île fut découverte par Lemaire et Schouten en 1616, et visftée, en 1767, par Wallis, qui lui donna, ainsi qu'k celle de Koutaché, qui en est près, les noms de Keppelis et Boscaven's-Island. La Pérouse y relâcha en 1789.
TRAÎTRES (îles des), groupe de petites lies du grand Océan équinoxiul, sur la côte de la Nouvelle-Guinée, par 1» 12' de latit. S. et 134° iO' de longit. E.
TRAÎTREUSEMENT adv. (trê-treu-ze-man
— rad. traitreux). En traître, par trahison : Attaquer traîtreusement un homme.
TRAÎTREUX, EDSE adj. (trê-treu, eu-ze
— rad. traître). Traître, perfide, décelant l'esprit de trahison : Je n'ai pas perdu un mouvement de sa physionomie. — Et tu l'as trouvée? — Traîtrbusb. (Alex. Dumas.)
TRAÎTRISE s. f. (trê-tri-ze — rad. traître). Caractère de traître ; action de trahir, perfidie : Sa traîtrise est manifeste. C'est une traîtrise que je ne lui pardonnerai pas.
TRAJAN (Marcus Ulpius Trajanus Crinitus), empereur romain, né à Italica (Espagne), près de Séville, l'an 53 de notre ère. Fils d'un homme nouveau élevé au consulat par Vespasien, il accompagna son père sur l'Euphrate et sur le Rhin et ne tarda pas à se faire un nom par sa bravoure et son habileté. Sous Domitien, il devint consul, fut placé à la tête des légions de la basse Germanie et déploya dans ce poste important des talents et des vertus militaires qui engagèrent l'empereur Nerva à l'adopter, sous le nom de Ncrro Trajan. Le nouveau César comprima une révolte des prétoriens et, Nerva étant mort (98 ans après J.-C), fut acclamé empereur par le sénat. Il était alors k Cologne, occupé à défendre la Germanie, et il n'entra à Rome que l'année suivante. Le peu de faste qu'il déploya, le souci des deniers publics, dont il se montrait économe et dont il rendait un compte scrupuleux, lui valurent une juste popularité et firent présager des jours heureux pour l'empire. « On voulut, dit M. Zeller, combler Trajan, dès son entrée à Rome, de titres, d'honneurs, que la crainte ou la flatterie avait prodigués k ses prédécesseurs ; il les refusa presque tous. 11 ajourna même, pour le temps où il l'aurait mérité, le nom de ■ Père de la patrie, • auquel il tenait le plus. Il ne fut pas le premier à agir ainsi, comme le dit Pline ; Tibère, Néron, Vespasien en avaient fait autant. Mais lorsqu'il consentit enrïn k accepter ce beau titre, il continua k le mériter. Trajan eut son but en refusant particulièrement le consulat deuxannéesdesuite,pourle laisserkd'autres; il voulut donner l'exemple, abandonné depuis longtemps par les empereurs, de le solliciter lui-même du sénat. Après l'avoir reçu des sénateurs comme de collègues , il s'en alla, revêtu de la robe blanche des candidats, prendre au milieu du Forum, sur l'ancien théâtre de la liberté romaine , cette dignité que ses prédécesseurs attendaient au fond de leur palais. Là, debout, devant le consul en exercice, qui était assis sur sa chaise curule, il dévoua sa tête et sa maison aux dieux s'il commettait une action coa-
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traire aux lois. On comprendra l'étonnement de Pline en se rappelant que les premiers empereurs s'étaient fait dispenser de se soumettre k un certain nombre de lots; que, le plus souvent, ils s'élevaient eux-mêmes au-dessus d'elles, et que bientôt les jurisconsultes alluient les meure toutes à leurs pieds. « Ai-je bien vu, « dit Pline, ai-je bien entendu ? Quoi, c'est un » empereur, un césar, un grand pontife, qui
• jure de ne point trahir sa foi? parole pour
• la première fois entendue, fait inouï ! le » prince n'est pus au-dessus des lois! les lois > sont au-dessus de lui I • Trajan rentrait dans la république-, il ne rétablissait pas cette forme de gouvernement; il ne le pouvait pas; mais il posait du moii)3 des bornes à son pouvoir, il en partageait l'exercice, dans une certaine mesure , avec l'aristocratie, avec le sénat de l'empire. »
Du moins déploya-t-il , suivant sa promesse, la plus grande activité et le caractère le plus ferme dans l'administration si difficile de l'immense empire. Il diminua les impôts, pourvut à l'approvisionnement de Rouie, témoigna la plus grande déférence pour le sénat, rétablit les comices, fit construire un grand nombre de monuments utiles, ouvrir des routes, et s'efforça enfin de se concilier la faveur publique par sa douceur, sa modération et sa justice. Par ses victoires, il réduisit en provinces romaines la Dacie (106), l'Arménie, l'Arabie Pétrée (107), contraignit ' les Parthes k la paix (114), conquit la Syrie et une partie de la Mésopotamie, descendit le Tigre jusqu'au golfe Persique et rêva même la conquête des Indes.
Le trait distinctif de son caractère était l'affabilité. Toutes les portes de son palais furent ouvertes aux solliciteurs, k tous ceux qui avaient à demander grâce ou justice. Sous la pourpre et au sein même du pouvoir absolu le plus grand qui fut jamais, Trajan conserva ses amis; il se plaisait à les réunir à sa table, à leur rendre visite, à s'entretenir avec eux, comme s'il n'eût été qu'un simple particulier. Habes amicos quia umicusipse es; «Tu as des amis, parce que tu es toi-même un ami, » lui dit Pline le Jeune, qui fut l'un d'eux et qu'il honora constamment de sa faveur. Socius Sénécion, k qui Plutar- " que adressa quelques-uns de ses traités de morale, Cornélius Palma, Celsus furent au nombre des amis de Trajan. Licinius Sura, qui avait le plus contribué k son adoption par Nerva, fut un jour calomnié auprès de l'empereur et représenté comme projetant de l'assassiner. Trajan se rend chez son ami, renvoie ses gardes, se fait donner un bain, panser ses yeux qu'il avait malades, et soupe avec Sura, de la façon la plus cordiale. Le lendemain, il dit aux délateurs : « Si Sura voulait me poignarder, il pouvait le faire hier soir; i et il les renvoie avec mépris. Quand mourut Licinius Sura, Trajan honora sa mémoire par de magnifiques funérailles et fonda sous son nom de splewlides bains publics.
Trajan rendit des ordonnances sévères contre les délateurs. • Temps heureux, s'écrie Tacite, où l'on n'obéit qu'aux lois, où l'on peut penser librement et dire librement ce qu'on pense, où l'on voit tous les cœurs voler au-devant du prince, où sa vue même est un bienfait I ■ L'histoire a conservé quelquesuns des traits fameux de ce monarque philosophe. Des héritiers, qui s'étaient inscrits en faux contre un testament et intentaient une action contre un certain Eurylhmus, se désistèrent quand ils apprirent qu'Eurythmus était un affranchi de Trajan. L'empereur en fut instruit: • Pourquoi vous désister, dit-il; mon affranchi n'est pas Polyclète, ni moi Néron. > Dans une de ses guéries, le cheval de son fils tua, d'une ruade, l'enfant d'une pauvre veuve. Trajan donna, comme les lois romaines le permettaient, son propre tils à la veuve qui avait perdu un soutien, mais qui ainsi en gagna un autre bien plus puissant. La peinture et la statuaire ont immortalisé ce trait caractéristique. La première fois qu'il créa un prêteur, il lui dit en lui ceignant l'épée : « Prenez-la pour défendre en moi un prince juste ou pour punir en moi un tyran. • Ces grandes et réelles qualités lui valurent le surnom d'Optimua, très-bon, le meilleur des princes.
Pline le Jeune, qui a écrit son panégyrique, nous a conservé quelques lettres de lui. 11 était à l'époque de cette correspondance préteur eu Bithynie, et l'on y voit, avec admiration, quel soin l'empereur apportait à l'administration des provinces. S'il avait, avec chacun de ses prêteurs, comme cela est bien supposable , une correspondance du même genre, peu de ses journées devaient rester inoccupées. On voit Pline le consulter sur les plus petits détails et l'empereur donner sa décision ou s'en rapporter aux lumières de son représentant avec un tact et un discernement remarquables. Les lettres de Trajan sont brèves, mais affectueuses et respirent les sentiments les plus élevés. Dans l'une des siennes, Pline lui annonce que les habitants d'un ville du Pont veulent élever un temple k l'empereur : ■ N'ont-ils donc pas de routes k construire, de thermes k édifier? • répond Trajan. Toutefois, s'il posséda toutes les vertus publiques, il déshonora sa vie privée par " ses vices et ses passions contre nature. Mais il eut la sagesse de se défier de lui-jnéme en défendant l'exécution des ordres qu'il pouvait donner pendant ses heures de débauche. Les chrétiens subirent quelques persécutions
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sous son règne ; mais elles furent la punition de délits commis contre les lois établies , et d'ailleurs elles furent moirts cruelles que ne l'ont avancé quelques écrivains ecclésiastiques.
Aussi grand dans la guerre que dans l'administration intérieure de l'empire, Trajan soutint dignement le poids écrasant du pouvoir, à cette époque critique de la domination romaine; non-seulement il contint sur les frontières le flot envahissant des barbares, mais il le contraignit dé reculer. Sa plus grande expédition fut dirigée contre les Daces et Décibale (loi et 102 de J:-C.) ; en deux sanglantes campagnes, il se rendit maître de la Dacie, deux fois soulevée, et contraignit Décibale k se donner la mort. La colonne Trajane a perpétué le souvenir de ces deux grandes guerres. Trajan lui-même en avait écrit en quelques livres l'histoire, aujourd'hui perdue. La fondation de colonies assura pour longtemps à Rome la possession de ces c«ntrées lointaines. Deux expéditions en Arménie et chez les Parthes portèrent au comble la gloire militaire de Trajan; il fit admirer non-seulement sa bravoure personnelle, en prenant part k toutes les rencontres, en partageant les fatigues du soldat, mais son génie d'administrateur et sa sagesse dans le choix de ses lieutenants, en pourvoyant aux subsistances d'une nombreuse armée , à travers des pays immenses et inconnus. Il porta ses armes victorieuses jusque sur les confins de la mer Caspienne, jusque dans cette Colchide que les poëtes se figuraient être la limite du monde. Renouvelant l'expédition miraculeuse d'Alexandre, il traversa la Syrie, la Médie, la Mésopotamie, la Bactriane, l'Assyrie, pénétra dans Babylone, prit Suse, où se trouvait le fameux trône d'or de Chosroés, et envoya k Rome, par les bulletins de ses victoires, les noms de tant de peuples inconnus, subjugués par lui, que le sénat lui décréta autant de triomphes qu'il en voudrait. L'arc de triomphe qui porte son nom fut commencé k cette époque. Trajan descendit le Tigre, côtoya le golfe Persique et renonça, non sans peine, k l'idée de visiter -l'Inde. De retour en Syrie et pendant que son lieutenant Lucius Quietus châtiait une rébellion des Juifs soulevés a Cyrène etjusquedans Alexandrie, l'empereur, attaque d'une paralysie, suite des excès de vin qui lui étaient habituels-, se remit en route vers Rome. II ne put atteindre la capitale et mourut k Sélinonta (Cilicie) le u août 117 de J.-C, k 1 âge de soixante-quatre ans.
Ses derniers moments furent empoisonnés par les intrigues de sa femme Plutine, qui voulait qu'Adrien succédât k l'empire et simula k cet effet une adoption qui n'avait jamais existé. Adrien , cousin germain de Trajan , avait réussi k s'insinuer dans les bonnes grâces de l'empereur k l'aide d'infâmes complaisances; mais Trajan, tout en le prenant pour compagnon de ses débauches, ne voulait point en taire son successeur. Il se proposait, conformément k la règle de toute sa vie publique, de laisser le sénat libre de choisir le plus digne, car il s'était efforcé de faire revivre les anciennes institutions de la Rome républicaine et de rendre au sénat, aux consuls toute l'autorité compatible avec la souveraineté impériale , sous un prince équitable et modéré. L'impératrice Plotine, qui voulait; voir Adrien, son amant , sur le trône, ourdit toute espèce de trames autour du lit de l'empereur mourant, et Trajan laissa faire, ennuyé d'être poursuivi jusqu'à sa dernière heure par les soucis du pouvoir qu'il allait quitter. Ses cendres, enfermées dans une urne d'or, furent ramenées triomphalement à Rome.
Montesquieu a fait de Trajan un pompeux éloge : « Grand homme d'Etat, grand capitaine, dit-il, ayant un cœur bon qui le portait au bien ; un esprit éclairé qui lui montrait le meilleur; une âme noble, grande, belle, avec toutes les vertus, n'étant extrême dans aucune ; enfin l'homme le plus propre k honorer la nature humaine et à représenter la divine, » Montesquieu a laissé dans l'ombre les passions déréglées et les vices abjects qui déparèrent cette grande personnalité. Quant k ce qui regarde la persécution mise sur son compte par les écrivains catholiques, sa mémoire, comme celle de Pline, doit en être exonérée. Consulté par le préleur de la Bythinie sur ce qu'il y avait k faire contre les chrétiens que les Romains considéraient, avec raison, il ne faut pas l'oublier, comme formant une société secrète, ennemie des institutions impériales, Trajan répondit, il est vrai, de sévir contre les chrétiens déclarés, mais il défendit de diriger aucune recherche contre ceux qui étaient seulement soupçonnés. Ainsi, les chrétiens dont la foi, bornée k ta conscience, ne se traduisait point par des actes hostiles k l'empire , exercèrent en paix leur religion.
Le règne de Trajan fut non-seulement une grande ère politique et militaire, mais encore une des plus belles périodes de la littérature latine. C'est k cette époque que fleurirent Tacite, Quinte-Curce, Suétone, Juvénal, Quintilien, Pline le Jeune, Florus, Erontin ; et les jurisconsultes J. Celsus, P. Javoleuus et N. Priscus ; l'historien et moraliste grec Plutarque, dont Trajan fut l'élève, au rapport de quelques historiens. On peut consulter sur ce règne, glorieux k tant de points de vue, Trajanus in lucem reproductus, p"ar Ritter (1768);
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Res Trajani imperatoris ad Danuhium geste, par Conrad Manner (1793); Disserlalio de vita et constilutionibus l'-ajani, de Maciejowski (1794); les dissertations de Le Nain de Tillemont et de Crevie.- sur le Règne de Trojan; le livre de M. Francke, Hisluire de Trajan et de ses contemporains (Gustrow , 1837) et surtout le Panégyrique de Trajan, par Pline le Jeune, dans les œuvres complètes de cet auteur. *
Trojan (panégyrique de), par Pline le Jeune. » On ne conçoit pas, dit Voltaire, comment Trajan put avoir assez de patience ou assee d'amour-propre pour entendre prononcer ce long discours; il semble qu'il ne lui ait manqué, pour mériter tant d'éloges, que de ne les avoir pas écoutés, i Et cette phrase a été répétée depuis, sur l'autorité d'un tel nom, par tous ceux qui ont parlé de Pline sans l'avoir lu ; mais il nous apprend lui-même que le panégyrique ne fut pas prononcé devant Trajan. Dans le Panégyrique, Pline peint son héros eomnie homme privé, comme administrateur et comme prince. Il loue son amour pour les sciences, sa justice et sa générosité; il peint ensuite la simplicité de sa vie privée. Toutes les parties d« ce discours sont réunies par des transitions extrêmement heureuses. On y trouve de belles images, des descriptions intéressantes et des pensées profondes. Pline enseigne à Trajan comment il faut user, dans l'intérêt public, d'une puissance illimitée. Il lui montre son bonheur attaché au bonheur des citoyens ; il lui fait haïr la tyrannie en opposant continuellement aux vertus qui lui concilient l'amour et l'admiration des hommes les vices et les forfaits qui attirèrent à Donatien l'exécration du genre humain. D'après Thomas, il y a dans le Panégyrique plusieurs endroits d'une véritable éloquence et où l'on remarque de l'élévation et de la force ; tel est celui où Pline parle île la vie farouche et solitaire de Domitien, qu'il peint t enfermé dans un paluis, comme une bête féroce dans son antre, tantôt s'y abreuvant, pour ainsi dire, du sang de ses proches, tantôt méditant le meurtre des plus illustres citoyens et s'élançant au dehors pour le carnage. • Pline remercie les dieux d'avoir accordé aux Romains un prince accompli; il les prie d'ajouter k un si beau présent le bienfait de la durée, .et lui-même il travaille à le perpétuer, autant que cela est en lui, en laissant aux empereurs futurs de grandes leçons appuyées d'un grand exemple. Pline pensait sans doute que Rome, telle que le temps, ses conquêtes et ses vices l'avaient faite, n'avait plus rien à souhaiter de mieux qu'un bon despote. C'est à ce sentiment qu'il faut attribuer certains passages où se révèle trop l'homme accoutumé, sous la longue tyrannie de Domitien, au langage de la servitude. «Jamais accusateur, dit M. Demogeot, ne mit tant d'habileté a inventer des crimes que Pline k trouver des venus; toutes les paroles, tous les pas, tous les mouvements du prince sont présentés avec une adresse infinie sous leur côté le plus flatteur. Pline n'a qu'à toucher une action pour en faire une merveille. Etant donné un acte quelconque de Trajan, Pline se charge de le faire admirer. »
Pline lit connaître son Panégyrique dans une réunion d'amis, et la lecture ne fut achevée que le troisième jour. Elle obtint un éclatant succès bien que, dans certaines parties, on trouve des recherches de style d'assez mauvais goût. « Le lecteur, dit M. Burnouf, parmi une foule de pensées neuves, justes et finement exprimées, en trouvera d'autres dont la recherche et la subtilité ne soutiennent pus le regard de la critique et ne peuvent être avouées par le bon goût. Mais, si l'on est en droit de blâmer les antithèses peu naturelles, de trop longs développements, des traits d'esprit semés jusqu'à lit profusion, au moins le style est pur, l'expression élégante et la langue maniée avec une délicatesse digue du meilleur siècle. Il y a aussi des morceaux pleins de mouvement, de force et d'énergie, où la diction s'élève avec la pensée et où l'auteur, inspiré par son sujet, rencontre la véritable éloquence. C'est alors qu'il interesse d'autant plus qu'il parait moins occupé de plaire. >
Un des plus célèbres écrivains de l'Italie, moderne, Alfieri, s'est amusé à composer un Panégyrique tout différent, qu'il suppose avoir été traduit d'un texte latin récemment découvert. Pline, dans l'écrit du sévère Italien, conseille sans détour à l'empereur de licencier toutes les armées, d'abdiquer son pouvoir et de rétablir la république. Les moyens d'accomplir une œuvre si grande, il promet plusieurs fois de les exposer, et il ne les expose jamais. Mais l'âge d'or n'a rien de comparable aux félicités dont Rome et le monde jouiront, et jouiront à jamais, dès que cette merveilleuse révolution sera opérée. Une sécurité inaltérable régnera dans tout l'empire dès qu'il n'y aura plus de légions ni de cohortes prétoriennes. Déjà les bonnes mœurs refleurissent et les temps des Fabricius et des Ciueinnatus renaissent comme par enchantement; car la vertu républicaine, dit Altieri, est fille plutôt que mère de la liberté. Altieri composa ce spirituel badinage en 1787, pré- Occupé des idées républicaines qui fermentaient alors dans toutes les têtes et qui ouvraient aux illusions généreuses une carrière sans borues. Au reste , ce qui nous porterait à croire que son éloquente décla-
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mation n'est pas aussi sérieuse qu'elle affecte de le paraître, c'est la réflexion par laquelle il la termine : ■ On rappone, dit-il, que Trajan et le sénat furent attendrisjusqu'aux larmes ; mais l'empire n'en resta pas moins te Trajan et la servitude à Rome, au sénat et à Pline lui-même. •
Trajan (le triomphe de), tragédie lyrique en trois actes, paroles d'Esménard, musique de Lesueur et Persuis; représentée à l'Académie impériale de musique le 23 octobre 1807. L'empereur Napoléon, sollicité par la femme d'un prince qui avait conspiré contre lui d'accorder sa grâce, jeta au feu les pièces de
Andante grazioso.
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conviction et dit : « Vous le voyez, madame, je ne puis pas condamner, il n'existe plus de preuves. • Esménard prit ce fait pour sujet de sa pièce apologétique. Trajan, au dénoûment, brûlait sur un réchaud les actes d'accusation dus conspirateurs. La marche triomphale composée par Lesuenr devint tout de suite populaire. Persuis substitua peu à peu sa musique a celle de son collaborateur et eut la faiblesse de présenter l'opéra comme entièrerement de lui.
Nous donnons, comme spécimen de la musique de Persuis, l'air : Riches de leur noble mémoire.-
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Ri - ches de leur no - ble mé - moi - re,
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cher sur leurs pas tri - om . phants ! Ils sont a dop-
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sar les nom - me ses en - fants; Ce - sar les nom - me ses en-
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Trojan. Iconogr. Au musée des Offices, k Florence, est une statue colossale antique de Trajan, revêtu d'une armure richement ornée de ligures d'animaux. Le Vatican possède plusieurs bustes de cet empereur; le plus remarquable le représente avec une chlamyde, un baudrier et un manteau retenu sur l'épaule gauche par une fibule; la tête tournée vers l'épaule droite a une expression de commandement; le visage est sans barbe, suivant la mode romaine ; les cheveux sont aplatis sur le front-, les arcades sourcilières sont très-protubérantes. Ce buste est de grandeur naturelle; un autre, de proportions colossales, a été trouvé dans des fouilles faites à Ostie. D'autres portraits de Trajan se voient dans les musées de Florence, de Naples, de Paris, etc. Sa statue, en bronze doré, couronnait autrefois la célèbre colonne Trajane ; elle fut enlevée au moyen âge et remplacée, sous le pontiticat de Sixte-Quint, par la statue de saint Pierre. Les bas-reliefs qui décorent la colonne représentent les Victoires de Trajan sur les Daces. Les exploits de cet empereur dans la guerre sur le Danube et son apothéose sont retracés également en basrelief sur l'arc de triomphe (Porta Aurea) de Bénévent.
Ou possède un grand nombre de statues, de bustes et de médailles de Trajan et de l'impératrice Plotine. Les galeries du Louvre offrent une statue et sept ou huit bustes de marbre de cet empereur^ La médaille la plus célèbre est celle qui a pour légende Régna assiynata et que l'on croit avoir été frappée à l'occasion de l'annexion à l'empire des immenses royautés d'Orient. Un groupe antique représentait Trajan descendant de cheval pour consoler une femme ; c'est la traduction en marbre d'un fait auquel nous avons fait allusion plus haut. On raconte que le pape saint Grégoire le Grand, à la vue de ce groupe, demanda k Dieu d'admettre Trajan dans le paradis ; Dante s'est fait l'écho Ue cette tradition, qui est rapportée par Jean Damascène.
Parmi les œuvres des artistes modernes relatives à Trajan, nous citerons : le Triomphe
fants, les
me ses en
fants !
de Trojan, composition de Prud'hon, liihographiée par Langlumé (Salon de 1824); la Justice de Trajan, estampe de Giovanni-Maiia de Brescia, datée de 150Ï; le même sujet peint par Noël Coypel, dans une voussure de la salle des gardes de la reine, à Versailles , et dans un petit tableau qui est au Louvre [Trajan donnant des audiences publiques n» U0)|; le même sujet, par Eugène Delacroix (v. l'article ci-après) et par Huilé (Salon de 1765). Ce dernier a représenté Trajan à che- Viil, entouré de. quelques soldats, écoutant une femme agenouillée à quelque dislance de lui entre deux enfants. Diderot a fait de ce tableau, exécuté pour le château de Choisy, une critique extrêmement fine et mordante; nous en détachons les lignes suivantes : « Monsieur Halle, votre Trajan, imité de l'antique, est plat, sans noblesse, sans expression, sans caractère. Il a l'air de dire k cette femme : • Bonne femme, je crois que vous ■ êtes lasse; je vous prêterais bien' mon che- < val, mais il est ombrageux comme un dia- » ble. » Ce cheval est, en effet, le seul personnage remarquable de la scène ; c'est un cheval poétique, nébuleux, grisâtre, tei que les enfants en voient dans les nues; les taches dont on a voulu modeler son poitrail imitent très-bien le pommelé du ciel. Les jambes de Trajan sont de bois, roides, comme s'il y avait sous l'étoffe une doublure de tôle ou de fer-blanc. On lui a donné pour manteau une lourde couverture de laine cramoisie mal teinte, La femme, dont l'expression du visage devait produire tout le pathétique de la scène, arrête l'œil par sa grosse étoile bleue ; on ne la voit que par le dos... • Au palais du Grand- Trianon est un tableau de Lemire aîné, Trajan et Suburanus, qui a été exposé au Salon de 1819.
Trajau (la. JUSTICE de), tableau d'Eugène Delacroix (Salon de 1840). C'est une des meilleures œuvres du peintre.au point de vue de la composition et de la couleur. Quatre vers de Dante ont fourni le sujet de la Justice de Trajun ; les voici traduits par Antony Deachainps :
Une vauve était là, de douleur insensée, S'efforçant d'arrêter la marche commencée ; Autour de l'empereur s'apritaient les drapeaux, Et la terre tremblait sous les pieds des chevaux...
Il n'y a pas dans ces quelques mots du poetf. florentin matière k une composition bien dramatique ; mais ce sont les accessoires, dont la richesse et l'invention apportent d'admirables ressources au coloriste. Cette riche architecture, ce soleil éblouissant qui glisse sur la rondeur des fûts de colonnes, cet empereur enveloppé de la pourpre sur son cheval fougueux, entouré de ses grands officiera, des soldats, du peuple; ces trophées, ces étendards, ces clairons droits, ces trompettes, ces nrmes et ces cuirasses forment un ensemble d'une magnificence inouïe. • Lu Justice de Trajan est peut-être, comme couleur, la plus belle toile 4'Eugène Delacroix, dit Théophile Gautier, et rarement le peintre a donné aux yeux une fête si brillante : la jambe de Trajan s'appuyant, dans son cothurne de pourpre et d'or, au flanc rose de su monture, est le plus frais bouquet de tons qu'on ait jamais cueilli sur une palette, même k Venise. » Ce tableau a été lithographie par Challamel aîné.
Trnjnne (colonnb), un des plus importants monuments qui aient été élevés en l'honneur des empereurs romains. Trajan avait conçu le projet de relier les édifices publics du champ de Mars k ceux qui étaient groupés autour du Forum romain, en sorte que ces deux belles parties de la cité ne fussent plus séparées par des habitations particulières, mais, au contraire, rattachées 1 une à l'autre par une suite de monuments somptueux. Il appela à son aide Apollodore de Damas, le plus habile architecte de son temps, et lui confia le plan de son nouveau Forum. On y entrait du Forum d'Auguste par un grand arc de triomphe surmonté d'un quadrige, et l'on pouvait embrasser d'un seul coup d'œil la vaste basilique Ulpienne, les deux bibliothèques et le temple de Trajun. La grandeur et la magnificence de ces monuments expliquent l'admiration de l'empereur Constance, qui fut ravi au premier aspect de la ville, mais qui, parvenu k ce Forum, ■ s'arrêta interdit, cherchant par la pensée à mesurer ces proportions colossales qui bravent toute description et qu'aucun effort humain ne saurait reproduire. • (Aiumien Marcellin, xvi, g 10). C'est sur ce Forum que le sénat et le peuple romain élevèrent une colonne à l'empereur Trajan. On présume que le même Apollodore en a dirigé la construction; maison n'a aucune preuve k l'appui de cette assertion. Au-dessous de cette colonne furent déposés les restes de l'empereur, ou, selon quelques auteurs, ses cendres furent placées au fuite, dans une urne d'or, et, plus tard, la statue de Trajan, érigée à la place de l'urne, portait ces mêmes cendres dans un globe d'or, emblème de l'empire. Quoi qu'ifen soit, les barbares trouvèrent la colonne de Trajan surmontée de sa statue, Ils détruisirent tout ce qu'ils purent de cette œuvre fameuse, brisèrent la statue et enlevèrent une grande partie des bronzes qui liaient ces masses ensemble. La colonne resta ainsi mutilée pendant tout le moyen âge. L'armée du connétable de Bourbon faillit en achever la destruction. Elle porte encore les traces des boulets qui l'atteignirent pendant le siège de Rome. Les terres, montant graduellement le long de son piédestal, avaient envahi l'entrée , lorsque Sixte-Quint en ordonna le déblayement vers 1588. 11 fit creuser autour du piédestal un fossé en carré et ordonna île placer la statue de saint Pierre au faite du monument. Cette statue remplaçant c-elle de Trujan était, dans l'esprit de Sixte-Quint, l'emblème de la papauté remplaçant les empereurs et couronnant leur œuvre. Depuis cette époque, la colonne Trajane resta toujours dans le même état jusqu'au moment où les Français, conquérants de l'Italie après notre Révolution, entreprirent de restaurer ce beau monument. Malheureusement, la restauration en est demeurée incomplète.
En 1864, on a placé dans une salle basse du musée du Louvre des moulages en cuivre bronzé, en tronçons séparés, de tous les basreliefs de la colonne Trajane, de manière que les mille détails qui la composent sont sous le regard du spectateur, tandis qu'à Rome, k cause de la hauteur de la colonne, ils sont k peine visibles.
La colonne Trajane est le plus beau et le plus ancien monument qui nous soit resté dans ce genre d'architecture. Après une existence de dix-huit siècles, elle subsiste encore presque intacte, et elle est encore très-solide. Elle brille non-seulement par son élévation, mais par la beauté et par la perfection des diverses sculptures qui nous font connaître en détail les mœurs, les armes, les costumes, les machines de cette époque et de presque tous les peuples soumis à l'empire romain.
La coloune Trajane, qui est toujours surmontée de la statue de saint Pierre, est construite en marbre blanc, dans le Style dorique le plus pur, et elle est revêtue de bas-reliefs de bronze disposés en spirale. Le piédestal offre sur les quatre faces une réunion de trophées d'armes que l'on n'a jamais pu imiter sous le rapport de la variété et de la beauté de l'exécution. Le fond des bas-reliefs était d'un bleu d'azur qui faisait ressortir les figures dorées, et il n'est pas difficile de con-
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cevoir combien l'éclat de l'or et la beauté des couleurs devaient ajouter à la magnificence de ce monument triomphal, lorsqu'il était couronné de la statue dorée du héros.
Les sculptures des bas-reliefs historiques, bù toutes les campagnes de Trajan, ses combats, ses victoires sont représentés par ordre, depuis le bas jusqu'en haut, ont toujours été cilées comme des modèles en leur genre. Ces sculptures suivent une ligne spirale, dont la courbe très-douce se développe en raison du très-fort diamètre de la colonne, et de manière à s'écarter le moins possible du plan horizontal.
Ces bas- reliefs constituent le principal mérite de la colonne. La spirale qu'ils forment est de vingt-trois tours. Les figures ont environ om,33 de hauteur. On n'y compte pas moins de 2,550 figures d'hommes. On y voit des animaux, des armes, des enseignes, des campements, des machines, des sacrifices, des batailles, des victoires, des trophées, etc. Toutes les œuvres de Trajan y sont décrites avec une perfection admirable. Raphaël, Jules Romain, Polydore ont étudié ces belles compositions et en ont tiré grand profit.
La colonne est composée de trente-quatre blocs de marbre de Carrare, unis avec tant d'art et d'habileté qu'ils semblent ne faire qu'une pièce. Le piédestal, orné sur tous ses côtés de trophées, se compose de huit morceaux de marbre. Le chapiteau est d'un seul morceau. La hauteur totale, depuis le pavé jusqu'à l'extrémité de la statue, est de 42111,87; la colonne seule, avec sa base et son chapiteau, a 25™, 98; le piédestal, 4m,53 ; la statue, 3m,56; ie diamètre inférieur de la colonne est de 3m;56, et le diamètre supérieur de 311,24. Au sommet est uu balcon d'où l'on jouit d'une belle vue. Au-dessus de la porte d'entrée, deux jolies figures, représentant des Victoires, soutiennent l'inscription suivante :