V. Huao
— Fig. Influence, pouvoir irrésistible que certaines choses ont ordinairement sur les hommes : L'éloquence ex\rce une espèce de tyrannie. La tyrannie de la beauté. La tyrannie de la coutume, de l'usage, de la mode. La TYRANNIH des passions. (Acad.) Quelle tyrannie que celle des usages! (Mass.) La tyrannie de l'opinion est aussi bête dans les petites villes de France qu'aux Etats- UnU. (Bayle.) La tyrannie de la faim peut ramener l'homme aux appétits des betes carnassières. (Barbaste.) La plus grande TYRANNIE qui soit au monde est l'empire de la force, au nom de l'opinion. (E. Alleiz.) liien ne peut combattre la tyrannie des fausses idées religieuses. (Baiz.) Il est des tyrannies de l'usage contre lesquelles il est bon de protester. (A. Karr.)
— Encycl. V. DESPOTISME.
TYRANNINÉ, ÉE adj. (ti-rann-ni-né — rad. tyran, oiseau). Ornith. Qui ressemble ou qui se rapporte au tyran.
— s. f. pi. Tribu de passereaux, de la famille des muscicapidées, ayant pour type le genre tyran.
TYBANNION, grammairien et géographe, né dans le royaume de Pont, amené à Rome comme esclave par Liiculiiis, affranchi par Murena. Cicéron l'honora de son amitié et lui permit d'ouvrir dans sa maison une école qui devint célèbre. Ce fut lui qui publia pour la première fois à Rome les ouvrages d'Aristote.
TYRANNIQUE adj. (ti-rann-ni-ke — rad. tyrannie). Qui' tient de la tyrannie, qui est injuste, violent, contre droit et raison : Gouvernement tyrannique. Pouvoir tyrannique.
Lot TYRANNIQUE. A mi/l'e TYRANNIQUE. (Acad.)
Il n'y a rien de ptre qu'un pouvoir tyrannique exercé sous les formes de ta loi. (Charles I" d'Angl.) Le despotisme tyrannique des souverains, c'est un attentat sur les droits de la fraternité humaine. (Fénel.J Un père n'a plus de droits sur l'enfant qu'il immole à ses volontés tyranniques. (S. t'ellico.)
— Fig. Qui exerce un pouvoir, une influence irrésistible : Le charme tyranniqub de deux beaux yeux.
TYRANNIQUEMENT adv. (ti-rann-ni-keman — rad. tyrannique). D'une manière tyrannique : Charles II et Jacques II régnèrent l'un arbitrairement, l'autre TYRANNIQUEMENT, (M108 de Staël.)
TYRO
TYRANNISER v. a. ou tr. (ti-rann-nt-zé — rad. tyrannie). Traiter tyranniquement ; Ce prince, ce youvernenr, ce magistrat tyrannise les peuples. /ï tyrannise sa femme, toute sa famille. (Acad.) Tous tes vrais grands hommes aiment à se laisser tyranniser par un être faible. (Balz.)
— Opprimer, p.eser tyranniquement sur :
Tyrannisur les consciences. Tyranniser un cœur, il Exercer une influence tyrannique sur : Le corps tyrannise l'âme. (Malebr.) Il Fatiguer, tourmenter, importuner :
Le défaut des auteurs, dans leurs productions, C'est d'en tyranniser les conversations.
Se tyranniser v. pr. Se traiter d'une manière tyrannique : Nous nous tyrannisons plus par nos désirs, nos caprices, nos dégoûts que ne ferait le sort. (Boiste.)
— Se traiter l'un l'autre tyranniquement : Les hommes se tyrannisent ou se disputent le bonheur que la paix seule peut donner.(Bo\ste.)
TYRANNISTE s. m. (ti-rann-ni-ste — rad.
tyrannie). Partisan de la tyrannie. D Mot créé par Camille Desmoulins, mais qui est aujourd'hui inusité.
TYRANNOMANE s. m. (ti-rann-no-ma-ne — de tyan, et de mante). Celui qui a la manie de tyranniser ses semblables. Il Peu usité.
TYRANNOMANIE s. f. (ti-rann-no-ma-nl— de tyran, et de manie). Propension à tyranniser, à faire ie tyran.
— Amour de la tyrannie.
TYRCONNEL (Richard Talbot, duc de), gentilhomme irlandais. V. Talbot.
TYR1E s. f. (ti-rl). Erpét. Genre de reptiles ophidiens, formé aux dépens des couleuvres.
TYRIEN, IENNE s. et adj. (ti-ri-uin, i-ène). Habitant de Tyr; qui appartient à Tyr ou à ses habitants : L'es Tyrjens. La flotte TYRIENNE. La pourpre TYRIENNB.
TYBl-FIOHD ou TYBI-FJOBD, lac de Norvège, dans le diocèse d'Aggershuus, par 60» de latit. N. et 7» -40' de longit. E. Il a 27 kilom. de longueur et une largeur fort irrégulière. Dans sa partie N.-O., il reçoit laBeira-Elv et s'écoule dans sa partie S.-O.par le Drammen- Elv, qui se jette dans le golfe de Christiania.
TYRIMNE S. m. (ti-rimm-rie — du gr. turos, fromage, parce que cette planta a la propriété de faire cailler le luit). Bot. Genre de plantes, de la famille des composées, tribu des carduacées, formé aux dépens des chardons, et dont l'espèce type croît dans la région méditerranéenne.
TYRINE s. f. (ti-ri-ne — du gr. turos, fromage). Chim. Syn. de caséine.
TYRNÀU, en hongrois Nagy - Szonibat , ville des Etats autrichiens (Hongrie), dans le comitat et à 25 kilom. N.-È. de Presbourg; 10,000 hab. Tribunal d'appel; grande maison des Invalides, séminaire, gymnase, bibliothèque, observatoire; commerce actif en vins, draps, cuirs, laines et blé. On y trouve onze églises et de nombreux monastères, ce qui lui a fait donner le surnom de Petite Home. On voit à Tyrnau une immense tonne
3ui rivalise avec le célèbre tonneau d'Heielberg. Près de cette ville, qui a vu naître Sambucus, les Hongrois furent battus par les Autrichiens en 1705,
TYRO s. m. (ti-ro). Crust. Genre de crustacés amphipodes, de la famille des hypérines, dont l'espèce type vit dans l'océan Atlantique,
TYRO, fille de Salmonée. Elle conçut une vive passion pour le fleuve Enipée. Neptune, s'en étant aperçu, prit la figure de ce fleuve et eut d'elle deux enfants, Pelias, qui devint roi d'Iolchos, et Nélée, qui fut roi de Pylos. Tyro épousa ensuite Créthée d'Eolide, qui la rendit mère d'Eson, de Phérès et d'Amy thaon.
• TYROGLYPHE s. m. (tl-ro-gli-fe — du gr. turos, fromage; yltiphâ, je sculpte). Aracbn. Genre d'arachnides, do l'ordre des acarides, comprenant cinq ou six espèces : Le tyroglyphe domestique est très-abondamment répandu sur le fromage un peu fait. (H, Lucas.)
TYROÏDE adj. (ti-ro-i-de — du gr. turos, fromage ; eidos, aspect). Qui a l'apparence du fromage : Matière tyroïdb.
TYROL, province des Etats autrichiens, formant avec le Vorarlberg un grand gouvernement, borné au N. par la Bavière, à l'E. par le Salzbourg ei la Carinthie, au S, parla Carinihie, le royaume d'Italie et la Suisse, à l'O. par la Suisse (.canton dçs Grisons); superficie, 29,326 kilom. carrés; 886,000 hab. (1869), dont plus de 500,000 Allemands, plus de 300,000 Italiens. Plus étendu de l'E. à l'O. que dans toute autre direction, ce pays se trouve traversé dans le même sens et vers le N. par la chaîne des Alpes Rhétiques; cette chaîne se divise elle-même, ou, pour mieux dire, on en voit deux distinctes dont les ramifications, aussi nombreuses qu'étendues, ceignent le Tyrol de toutes parts. Ces ramifications sont si multipliées, qu'elles laissent, vers la partie septentrionale de cette contrée, encore moins de plaines que l'on n'en voit au milieu des Alpes de la Suisse. Les masses des montagnes ont généralement en Tyrol une plus grande étendue, quoique leurs sommets soient moins élevés; ce qui tient peut-être à ce qu'au milieu de ces montagnes primitives, on en voit
TYRO
de calcaires qui leur sont adossées, formant tin système particulier. Il n'en est pas ainsi de la partie méridionale du Tyrol , qui est loin de présenter la moindre ressemblance avec la Suisse. Quoique montagneuse, elle n'offre point de cimes uès-élevées, et les vallées y deviennent tellement larges, que de belles rivières y coulent au milieu de gras pâturages. La culture et le climat se ressentent de cette différence dans la configuration du sol, et toutes les productions de 1 Italie réussissent fort. bien dans la vallée de l'Adige. Cependant, quelques montagnes, ainsi qu'une partie de la chaîne secondaire des Alpes tyroliennes, qui s'étendent vers l'Italie, conservent encore une hauteur de 1,268 à 1,366 mètres. Un grand nombre de rivières sillonnent, dans toutes sortes de directions, le sol du Tyrol. Parmi ces rivières, On peut en distinguer deux principales, qui indiquent la pente générale du sol. Ainsi, pour la partie septentrionale, le cours de l'Inn annonce que l'inclinaison du terrain est a la fois vers l'E. et vers le N., surtout dans cette" première direction , vers laquelle s'incline également tout le sol de la Bavière. La pente de toutes les contrées du Tyrol , adossées au revers méridional des Alpes Rhétiques, est bien différente ; les rivières servent encore à la déterminer. On voit d'abord au S.-E. de la même chaîne l'Eysach se précipiter des flancs du mont Brenner et porter ses eaux dans le centre du Tyrol méridional, vers lequel la pente est tellement prononcée, que lAdige vient s'y réunir. En abandonnant les monts escarpés de Tschirfser, l'Adige descend à travers le sol marécageux des environs de Gluz'em, dirige ses eaux vers le S.-E., tandis que le cours de l'Eysach est constamment vers le S.-O. Ces rivières formant ainsi deux vallées inclinées dans ces deux sens, une fois parvenus auprès de Botzen, l'Eysach et l'Adige confondent leurs eaux et ne forment qu'une seule rivière sous le nom commun de l'Adige, qui va se jeter dans la mer Adriatique , audessous de Venise. Dès lors, l'inclinaison du sol reste constante dans la direction du N. au S. Les vallées de l'Inn, de l'Eysach et de l'Adige, les plus considérables de tout le Tyrol, sont cependant loin d'être les seules vallées du Tyrol méridional. On remarque encore, parmi les principales, la vallée de Puster, arrosée par les eaux de la Drave, et plus au N. celle où le Lech prend sa source. Enfin, une vingtaine d'autres sont traversées par des rivières plus ou moins considérables, mais toutes celles du revers septentrional ont constamment leur direction du S. au N. ou de l'O. à l'E., tandis que celles du revers méridional s'inclinent vers le S. Les lacs de Constance et de Garda baignent une partie du Tyrol; le lac Achensée est remarquable pour les géologues. Par suite de la position élevée du Tyrol , l'air y est très-vif, et cependant, dans les vallées méridionales, on ressent en été la maligne influence du siroco. Le sol y est, en général, peu fertile; mais les Tyroliens, naturellement très-industrieux, suppléent à sa stérilité par toutes sortes de moyens, entre autres par de nombreuses terrasses, qui s'élèvent quelquefois, sur le penchant des montagnes, jusqu'à une grande hauteur. Quelques vallées, surtout au S., jouissent cependant d'une grande fertilité. On y recueille les différentes espèces de céréales, mais surtout du maïs, des pommes de terre, du lin, du chanvre, du tabac, du vin, du houblon, des fruits des contrées septentrionales et méridionales, etc., et on y élève beaucoup de gros et de menu bétail , des chev-aux, des mulets, des porcs, des chèvres, des abeilles, des vers à soie et une multitude de serins. L'oisellerie est une des principales occupations des habitants des montagnes. On peut évaluer à environ 100,000 le nombre de serins, de pinsons, de linottes et autres oiseaux que l'on prend dans un mois, seulement dans les environs d'Inspruck. Ces oiseaux forment une branche importante de commerce et on en exporte dans toute l'Europe. On exploite dans les forêts une assez grande quantité de bois de construction. Enfin, les montagnes y offrent de nombreuses mines de cuivre, de fer, de plomb, d'argent, d'alun, de houille; des carrières de marbre, d'albâtre ; beaucoup de sources minérales et thermales, etc. Les arts industriels ri'ont pas encore reçu un grand développement dans le Tyrol; on y compte cependant un assez grand nombre do- fabriques de velours et de peluche, des tanneries, des mégisseries, des filatures de coton, des manu- •factures de toiles peintes , des blanchisseries de toiles, etc. Une grande partie de là population se livre en hiver a la confection de bas et de bonnets de laine, de paniers, de chapeaux de paille, d'ustensiles de bois, de jouets d'enfants, de gants de chamois renommés, etc. Le commerce consiste principalement en vin, fruits, produits démines, bétail, chevaux, fromages, ustensiles de bois, guimbardes, etc. Les Tyroliens professent, pour la plupart, la religion catholique. Ils sont braves et très-adroits tireurs, simples et de mœurs douces, mais religieux jusqu'à la superstition et très-attachés aux coutumes de leurs ancêtres. Quoique ayant peu ou point d'instruction, leur pénétration est profonde et leur caractère noble et ferme. Ils citent avec orgueil, au nombre des personnages célèbres qu'a produits leur pays, Augelica Kauffmann et Pierre Anich. A l'ap-
TYRO
proche de l'hiver, comme la plupart des montagnards , ceux des classes nécessiteuses émigrent en grand nombre et vont chercher à utiliser leur industrie dans les contrées limitrophes. On évalue le nombre de ces émigrants à 30,000 annuellement. Les Tyroliens allemands quittent leur patrie au printemps; les Tyroliens italiens, au contraire, vont passer les hivers en Italie et reviennent l'été chez eux. Le Tyrol proprement dit est un pays allemand, qui s'étend depuis le versant septentrional des Alpes jusqu'à la Styrie à l'E. et jusqu'au duché d'Autriche au N. Quant au pays improprement nommé le Tyrol italien, il commence au versant méridional et touche, par sa frontière occidentale, aux territoires de Brescia et de Bergame ; du eôté du S., il atteint le Véronais; du côté' de l'E., la Vénétie ; du côté du N. enfin, le Tyrol allemand. Avant de former une sorte d'Etat compacte, ce pays était partagé entre plusieurs maîtres. Les vallées dites val Lagana, val di Ledro, val di Fieme, val Lagarina, Giudicario, val délie Marche, val de l'Adige, val di Sole, val de Noun ou Nounia, dépendaient anciennement des Etats limitrophes, c'est-à-dire des villes de Bergame, Brescia, Vérone et Venise. D'autres parties de ce qu'on nomme aujourd'hui le Tyrol italien étaient enclavées dans le Tyrol allemand. L'italien est parlé sur le versant méridional des Alpes, l'allemand sur le versant septentrional. Le rapprochement ne s'est pas opéré mieux entre les caractères qu'entre les langues. Le Tyrolien italien est le plus intelligent et le plus fin des montagnards, le Tyrolien allemand le plus grossier et le plus simple. Brun, svelte, les traits saillants et aigus, les yeux enfoncés, le nez aquilin, les lèvres minces, le menton en avant, le front carré, tel est l'habitant des vallées alpestres italiennes; blond, lourd, le visage long, les lèvres épaisses, le menton fuyant, la taille puissante et élevée, mais sans élégance , tel est l'habitant du versant opposé. Politiquement, le Tyrol est divisé en quatre cercles : lnspruck, Brixen, Trente, Bregenz.
— Histoire. Le Tyrol faisait anciennement partie de la Rhétie, qui, par la difficulté de son accès et l'esprit indépendant de ses habitants, opposa une si longue résistance auX Romains. Ils la conquirent enfin sous l'empereur Auguste et y fondèrent des colonies. La prospérité de ees contrées disparut avec la puissance romaine. Elles furent successivement dévastées parles Marcomans, les Allemands, les Goths, et surtout par les Huns. Aptes la chute complète de l'empire d'Occident, elles appartinrent aux Ostrogoths. Ensuite la partie méridionale du Tyrol fut prise .par les Lombards, la partie septentrionale parles Bavarois. Subjugué parles Francs, il fut divisé en districts administrés par des comtes. A l'extinction de la dynastie carlovingienne, ces comtes devinrent les vassaux des ducs de Bavière, puis réussirent à se rendre héréditaires. On cite, parmi les plus anciens comtes et seigneurs du Tyrol, les comtes de Goertz, d'Eppan et d'Uelten, et les seigneurs de Castelbarco, d'Arco et d'Ach. Les comtes d'Andechs ne parurent qu'après ceux-ci; mais, plus adroits, ils prire.nt possession du Tyrol, en profitant de la citation au ban de l'empire de Henri, duc de Bavière. Ainsi, peu à peu, les comtes d'Andechs surent, par leur adresse, s'emparer du Tyrol qui appartenait à Henri de Lion. Ils devinrent marquis d'Istrie et tranquilles possesseurs de la ville d'Inspruck, ainsi que de la plus grande partie des vallées de l'Inn et de l'Adige. L'empereur Frédéric ï«r leur conféra la dignité ducale, après la mort de Conrad, dernier duc de Dachan, qui portait le titre de duc de Dalmatie. Les comtes d'Andechs prirent alors le titre de duo de Meran , quoique leurs terres fussent pour la plupart dispersées en Bavière, principalement dans le haut Palatinat, en Franconie, en Voigsland et même en Istrie. Le comté du Tyrol comprenait à cette époque la plus grande partie de la vallée de l'Adige, le burgraviat de Winstchgan et une partie des hautes et basses vallées de l'Inn avec le Wipthal. Au xme siècle, le Tyrol proprement dit passa au comte Albert 1" de Tyrol, et, en 124S, au gendre de celui-ci, le conito Meinhard de Goertz. La fille de Meinhard épousa Albert, fils de Rodolphe de Habsbourg. Henri, fils d'Albert, laissa à sa mort, en 1338, le Tyrol à sa fille Marguerite à la Grande bouche. Après la mort de son fils Meinhard, Marguerite légua le Tyrol et ses prétentions sur Goertz à ses trois oncles, Rodolphe, Albert et Léopold , ducs d'Autriche. L'empereur Charles IV confirma cette donation en 1364 ; mais les ducs de Bavière y mirent opposition. Cependant le traité conclu à Schoerdingen , en 13G9, arrangea tou£. les différends. La maison de Bavière accepta la somme de
TYRO
116,000 florinsd'or, comme compensation des droits dont elle faisait l'abandon. Dans la suite, le Tyrol fut gouverné par des princes de la maison d'Autriche. Le dernier do ces ducs a été Sigismond-François, mort sans enfants en 1665. L'empereur Léopold ne perdit pas cette occasion de faire valoir ses droits sur ce pays. Il alla lui-même à Inspruek se faire prêter hommage et se faire reconnaître souverain. Dès lors, le Tyrol demeura partie intégrante de l'Autriche, jusqu'à ce que, par la paix de Presbourg, il fut cédé à la Bavière (1805). Par le traité de Vienne de 1 809, il fut incorporé à la Lombardie et il fit partie du royaume d'Italie, sous le nom de département du Haut-Adige. Redevenus sujets autrichiens par les traités de 1815, les Tyroliens s'insurgèrent en 1848 ; privés de tout secours de l'Italie, ils succombèrent après une résistance courageuse dans laquelle s'illustrèrent leurs chefs Martinoli et Taddei.
Tyrol (vues du). Corot a exposé au Salon de 1850 une admirable Vue du Tyrol italien, au soleil couchant. A droite, sur le devant du tableau, s'élève un rideau de grands arbres; au milieu s'étend la surface paisible d'un lac bordé â gauche par quelques blocs de rochers qui projettent dans l'eau leur reflet tremblant; au fond se déroule, à perte de vue, une chaîne de collines illuminées des feux du couchant. De légers nuages aux flancs rosés sont suspendus dans un ciel brillant et vaporeux, que ne désavouerait pas Claude Lorrain. Une autre Vue du Tyrol italien a été exposée par Corot au Salon de 1859.
Sous ce titre : Solitude, site du Tyrol, M. Cabat a exposé en 1809 un paysage d'un style noble et sévère, représentant un lac entouré d'ombrages et de hautes montagnes. Une Vue du Tyrol, peinte en 1608 par Roland Savery, appartient au musée de Vienne.' Cette même galerie possède d'autres vues du même pays par J. Orient, artiste du xvine siè- , cle. Fr. de Mercey a exposé au Salon de 1833 deux Vues du Tyrol, prises à Ober-Inthal. Une Vue de Wartzer-Schluehten a été exposée par C.-J. Kuwasseg au Salon de 1874. J. Coignet a peint une Route dans le Tyrol (Salon de 1853), J.-Fr. Beich a gravé à l'eau-forte une suite de Vues dans le Tyrol. G. Adam a gravé six planches représentant les ermitages et les chapelles célèbres du Tyrol. Samuel Bodmeragravé kl'aqua-tinta divers dessins de J.-J. Meyer pour un Voyage pittoresque sur la nouvelle route de Glurus, en Tyrol (1833).
TYROLIEN, IENNE s. et adj. (ti-ro-li-ain, i-è-ne). Géogr. Habitant du Tyrol; qui appartient au Tyrol ou à ses habitants : Une Tyrolienne. Des airs tyroliens. Le Tyrolien est laborieux, économe. (Mercey.)
— s. f. Mus. Sorte d'air qui s'exécute en franchissant, avec un accent particulier et à l'aide de certaines notes de poitrine et de tète, se succédant rapidement, d'assez grands intervalles toniques;
— Chorégr. Danse du Tyrol.
— s. f. Erpét. Nom vulgaire d'une espèce de couleuvre.
— Encycl. Mus. La tyrolienne, dontlenom indique suffisamment l'origine, est une sorte d'air, de chant d'un caractère particulier, quant à sa construction et surtout à son exécution. Rhythmée à trois temps, dont le deuxième est généralement le temps fort, d'un mouvement modéré, son originalité s'accentue principalement dans la phrase finale, qui est notée en triolets d'un rhythme inégal. C'est cette phrase, dans laquelle le chanteur passe successivement des sons de poitrine aux sons les plus aigus de la voix de tête, et vice versa, et où il exécute une sorte de roucoulement tout à fait étrange, qui donne à la tyrolienne une saveur et parfois un charme véritablement particuliers. Oe genre d'exécution est véritablement difficile, et les Tyroliens seuls semblent en avoir le secret. En 1818, un groupe de quatre chanteurs, nommés Wieser, Kaplan, Fellauer- Punto et Schiele, vint se faire entendre à Paris. Ces quatre individus exécutaient avec un rare talent des tyroliennes à quatre voix, sans orchestre , et leur succès fut complet. A partir de ce moment, le ,genre de la tyrolienne devint à la mode; les compositeurs en écrivirent pour tous les instruments, et pendant plus de vingt ans elles servirent de thème à tous les faiseurs de variations. On entendit encore à-Paris, ity a vingt-cinq ou trente ans, toute une véritable troupe de chanteurs tyroliens, au nombre de quarante, qui exécutaient en chœur des tyroliennes d'un effet vraiment saisissant.
Pour faire connaître à nos lecteurs la nature de ces chants, nous donnons ici les deux tyroliennes suivantes :