V. Vassy
WAST (SAINT-), ville de France. V. WaaSt- (Saint-).
WASTELA1JS (Charles) , littérateur belge, né dans le Hainaut en 1695, mort en 1782. Entré, à l'âge de vingt ans, dans l'ordre des jésuites, il professa dans plusieurs de leurs collèges et, après la suppression de l'ordre, vécut dans une profonde retraite. Outre un grand nombre de brochures publiées à l'occasion de fêtes et de réjouissances publiques, on a de lui un ouvrage estimé : la Description de la Gaule Belgique selon les trois âges de l'histoire, l'ancien, le moyen et le moderne (Lille, 1761, in-40; Bruxelles, 1788, in-8°, 2e édit.).
WASDNGEN, ville do l'Allemagne du Nord, dans le duché de Saxe-Meiningen, chef-lieu du bailliage de son nom, h 10 kilom. N.-O. de Meiningen, sur la rive droite de la Werra; 2,800 hab. Fabrication de coutellerie, toiles, cuirs, tabac. Commerce de chanvre et autres produits agricoles.
WASZKIEWICZ (Jean), économiste polonais, né à Wilnaen 1797, morten 1859. Successivement professeur d'histoire et de droit au gymnase de Wilna (1820) et d'économie politique à l'université de la même ville, il y devint, en 1832, censeur et plus lard directeur de l'école rabbinique. On a de lui : Théorie du commerce; Hases principales de l'économie politique, d'après l'ouvrage de H-. Suzanne; Histoire de l'économie politique, etc.
WATAUGA, rivière des Etats-Unis d'Amérique. Elle prend sa source au pied des montagnes Bleues, dans l'Etat de la Caroline du Nord, coule à l'O., entre dans l'Etat de Tennessee et va se perdre dans le Holslon, au N. de Mary ville, après un cours de 275 kilom.
WATGHMAN s. m. (outch-maun — mot augl. formé de walch, montre; man, homme). Garde de nuit, en Angleterre : Onze heures sonnèrent, et presque aussitôt ta voix du ■watchman retentit. (E. Sue.) a PI.WATCHMiui : Les watchmkn portaient une lanterne, et ils étaient armés, outre leur bâton en bois de cormier noueux, d'une épée plate et d'unepaire de pistolets à la ceinture. (L. Gozlan.)
WATELET (Claude-Henri), littérateur et artiste français, né à Paris en 1718, mort en 1786. Fils d'un receveur général des finances de la généralité d'Orléans , il succéda k son père uans cette charge, dont les revenus considérables lui permirent de se livrer sans obstacle à son goût pour les arts. Il cultiva en même temps la peinture , la sculpture et la gravure, et s'éleva dans ces urts au-dessus des talents ordinaires de l'amateur. Un potSmo didactique, l'Art de peindre (17G0), lui ouvrit les portes de l'Académie. Sa pfcsie est élégante et correcte; mais elle manque de verve et de chaleur. On a aussi de lui un Dictionnaire de peinture, de gravure et de sculpture, ouvrage qui manquait k notre littérature; il fut publié eu 1792 (5 vol. in-8°) par Lévesque, qui y mit ta dernière main. Watelet avait créé sur les bords de la Seino une habitation charmante, célèbre sous le nom Je Moulin- Joli, qui est devenue le modèle classique des jardins appelés anglais. Abandonnant les majestueux aiignemeuis et les ornements de Le Nôtre, il fut le créateur d'un genre nouveau et formula ses idées dans un Essai sur les jardins (1774), qui contribua beaucoup k répandre en France le goût des jardins paysagers. Nous citerons encore, parmi les écrits de Watelet : Sylvie, roman (1742); Zénéide (1744), comédie en uu acte et en prose, mise en vers par Cahusac; la Vallée de Tempe (17 47); Vie de Louis de Baulougne, peintre, dans le Jtecueil des vies des peintres Uu roi (1752); Discours prononcé à l'Académie française (17GI); Deucalion et Pyrrha, tragédie lyrique (1768); Phaon, drame lyrique (1778); la Maison de campagne à la mode, comédie en deux actes et en prose (1784). Un Becueit de quelques ouvrages de M. Watelet a été publie par Lévesque (Paris, 1784).
WATELET (Louis-Etienne), paysagiste, né k Paris eu 1780, mort dans la même ville en 1802. Ce maître, dont le talent fut si fécond et la réputation si brillante au commencement du siècle, est oublié maintenant plus qu'il ne mérite de l'être, car sou œuvre in>
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mense compte des pages qui doivent rester. Après avoir débuté, en 1799, par quelques études dans lesquelles l'inexpérience se taisait encore sentir, il eut l'heureuse idée d'aller chercher dans ia nature, sous des climats divers, les enseignements qui lui manquaient. Dans un premier voyage, qui dura près de deux ans, il visita tour à tour la Belgique, le midi de la France et l'Italie. A son retour, il exposa, en 1802, le Moulin d'Essonne, qui fut remarqué. Mettant alors à son travail une grande activité, il produisit sans interruption : l'Offrande au dieu Pau,!' Arrivée de Napoléon à Louisbourg, lu Danse de bergers, la Vue de la place Louis XV, Henri IV et te capitaine Mickaud, une Cascade et plusieurs Sites des Vosges. (Jus toiles, remarquées k plusieurs titres, représentent eu quelque sorte ce qu'on pourrait appeler sa première manière. On y retrouve un peu trop le paysage poncif avec ses ruines obligées, son parfum de Grèce antique. De 1810 k 1820, Watelet fit des efforts heureux pour sortir du convenu, et il mérita de compter parmi les hardis novateurs qui préludaient à la merveilleuse renaissance du paysage moderne. Ses meilleurs tableaux de cotte seconde époque sont : Saint Jérôme dans te désert, la Terrasse de iSaint-Germain, le Lac Nemi., Cours du Var, Cascatelte de Tivoli, Usine dans l'Isère; puis, de 1820 à 1830, Vue de Rouen, le Cours de la Eléone, le Lac Albano, Village normand, Côte de la Calabre, Vue d'Abbeùille, la Chute des feuilles, Vallée de Gisors. Richesse d'imagination , bon goût dans le choix des détails, finesse de ton, largeur d'exécution, telles sont les qualités dominantes de ces peintures, dont plusieurs sont vraiment remarquables. De 1840 à 1850, il y eut encore un notable progrès, le dernier d'ailleurs, car jamais depuis le maître n'a dépassé le niveau qu'il avait atteint , dans la Sapinière, la Fuite en Egypte, le Canal près de Bruges, la Vue de Cioitta-Castellana, la Terrasse à liichemond , la -Vue d'inspruck et Ylnn dans la vallée du Tyrol. Depuis, comme la plupart des peintres qui ont beaucoup produit, Watelet n'a fait que se répéter, sans être toujours heureux. Nous n'eu citerons qu'un exemple , son Effet d'orage du Salon de 1857, où il semble avoir réuni les silhouettes des deux autres paysages suisses que l'on regarde comme ses meilleurs.
Une 20 médaille en 1818, une 1« en 1819, et la croix en 1825 sont les récompenses qui ont signalé les commencements de la carrière de Watelet, alors qu'il était le premier paysagiste de son temps.
WATELIN, lie de l'Amérique centrale, dans l'archipel des Lueayes ou Bahama, à 1 E. de l'Ile San-Salvador, par 23" 56' de latit. N., 770 2' de longit. O. Quelques géographes pensent que c'est cette lie et non San-Salvador que Christophe Colomb découvrit la première. La position de Watelin, à 120 kiloin. E. de San-Salvador place, en effet, la première de ces lies sur la route du célèbre navigateur; mais un navire venant du N.-E. peut passer au-dessus de Watelin et rencontrer d abord l'Ile de San-Salvador.
WATERBURY, ville des Etats-Unis d'Amérique, dans l'Etat de Connecticut, à 32 kiloni. N.-O. de Néw-Haven; 9,000 hab. Imbrication importante de boutons dorés ou argentés, quincaillerie, épingles, porcelaine. Cette ville est agréablement située sur le penchant d'une colline , au pied de laquelle coule la rivière de Nogatuck; les rues sont régulières , ombragées de beaux arbres et bordées de constructions élégantes , pour la plupart entourées de jardins. On y voit sept églises, parmi lesquelles celle de Saint-John se fait remarquer par ses belles proportions; au centre de la citéVétend un square public bien planté,
WATERBURY, bourg des Etats-Unis d'Amérique (Etat de Vermont), k 12 milles N.-O. de Montpellier, sur le chemin de fer de Vermont; 3,000 hab. Commerce actif.
WATKKFORD , ville d'Irlande, dans l'ancienne province de Munster, chef-lieu du comté de son nom, sur la Suir, où elle a un excellent port de commerça, à 132 kilom. S.-O. de Dublin, par 52« 16' de huit. N. et' 90 30' de longit, O.; 30,000 hab. Evêchés anglican et catholique. Verreries donnant des produits estimés ; fabriques de draps, lainages, ustensiles eu fer ; raffineries de sucre, distilleries, brasseries. Le port, accessible aux navires de 800 tonneaux, est bordé de quais magnifiques et fréquenté par un grand nombre de vaisseaux marchands ; les principaux articles d'exportation sont les bestiaux, les porcs, les moutons, le beurre, les grains, les farines, les suifs, les toiles , les saumons et les produits agricoles du comté. Waterford est situé sur les confins N.-E. du comté de .son nom et un peu k l'O. de l'estuaire que forme lu Suir jointe au Barrow; la rivière divise la ville en deux parties réunies par un pont de bois de 832 pieds de longueur sur 40 de largeur. Le quai , le mail et les rues qui y aboutissent sont bordés de belles constructions; mais, dans les anciens quartiers, les rues sont étroites, irrégulieres, les maisons mal construites et habitées par les classes pauvres de la population. Parmi les édi- Jices publics remarquables , nous citerons la cathédrale, qui s'élève sur l'emplacement d'une ancienne église bâtie par les Danois
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en 1096. La construction actuelle date de 1773 et mesure no pieds de longueur sur 58 de largeur ; elle renferme plusieurs monuments, dont quelques-uns se trouvaient dans l'ancienne église. Le cimetière , le palais de l'évêqne, l'asile pour les veuves sont groupés près de la cathédrale. Les autres églises sont Saint-Patrick et Saint-Olave. Parmi les édifices civils, les principaux sont : l'hôtel des douanes (Custom House);la cour de justice (Court House) , bâtie par Gandon, architecte de plusieurs monuments de Dublin ; la maison de correction, dans laquelle ont lieu les exécutions; les casernes d'artillerie; l'asile des aliénés; l'hôpital du Saint- Esprit ( Holy Ghost Hospital), fondé au xme siècle, aujourd'hui asile de veuves et qui occupe une partie de l'emplacement de l'ancien couvent des franciscains ; le Bishop Gores Hospital, maison de retraite pour les veuves d'ecclésiastiques; le Fever Hospital, ou hôpital des fiévreux, bâti en 1 799 ; Fannig's Institution, fondéeen 1843 pour les marchands pauvres , et l'école des frères chrétiens.
— Histoire. L'origiAe de Waterford paraît remonter à l'an 155 de l'ère chrétienne, mais la ville n'acquit réellement de l'importance que sous le règne de Sitric, vers 853. En outre, le nom quelle a conservé jusqu'à nous lui a été donné au ixe siècle par les Danois qui s'y établirent; il remplaça ceux plus anciens et aujourd'hui oubliés de Guannah Frioth (Port du soleil) et de Gleann-na- Gleodh (Vallée de désolation). Waterford vient de Water-fiord (mot à mot père des ports). Les Danois y élevèrent, au xifl siècle , une tour encore debout aujourd'hui , grâce k plusieurs restaurations nécessaires, et dont l'inscription suivante , placée Sur la porte d'entrée, résume l'histoire: « En l'année 1003, Réginald le Danois bâtit cette tour. En 1171, elle fut occupée comme forteresse par Strongbow, comte de Pembroke. En 1463, en vertu d'un statut d'Edouard IV, on y établit un hôtel de la monnaie. En 1819, elle fut réédiné'e dans sa forme primitive et destinée, parla corporation de la cité de Waterford , à un établissement de police. » Ainsi que l'a déjà appris un paragraphe de cette inscription, dès 1171 les Danois furent dépossédés de Waterford par Strongbow et Raymond le Gros. Le premier épousa , dans cette ville, Eva , fille du roi oe Leinster. L'année suivante, Henri II y débarqua pour venir prendre possession de l'Irlande, dont une bulle du pape Adrien lui concédait la souveraineté. Plus tard, au contraire, ce fut à Waterford que s'embarqua Jacques II, après le désastre de la Boyne. Waterford jouit, depuis 1374, du privilège d'envoyer deux députés au Parlement. .
WATERFORD (golfe de), vaste baie formée par l'Atlantique sur la côte méridionale de l'Irlande, entre les comtés de Waterford et de Wexford, à l'embouchure de la Suir ; elle s'enfonce à 14 kiloin. dans les terres et mesure 6 kiloin. de largeur.
WATERFORD (comté de), division administrative Ue l'Irlande, comprise dans l'ancienne province de Munster, entre les comtés de Kilkenny et de Tipperary au N., de Cork à l'O., de Wexford a l'E. et l'Atlantique au S.; superficie, 190,187 hectares; 142,000 hab. Le comté, dont le chef-lieu est Waterford, est subdivisé en 8 baronnies et 74 paroisses. Le sol du comté est généralement accidenté ; les montagnes, dont les plus hautes atteignent 700 mètres, couvrent environ un quart de la surface. Uans les vallées, le Sol est assez fertile et produit surtout du seigle, de l'orge, de l'avoine , des pommes de terre et des navets ; les flancs des montagnes sont couverts d'excellents pâturages qui nourrissent des troupeaux de bêtes a cornes et des moutons. Ses principales richesses minérales sont : le marbre, 1 ardoise, le fer, le plomb, le cuivre et la chaux. L'industrie manufacturière, peu active, comprend les verreries de Waterford, des filatures de coton et quelques fabriques de draps. Le comté exporte des porcs , du lard , beurre, cuirs, pommes de terre, bétail, bois et grains.
WATERFORD , bourg et circonscription communale des États-Unis d'Amérique, dans l'Etat de Connecticut, a 6 kilom. N.-O. do New - London ; 3,000 hab. II On trouve aux Etats-Unis plusieurs autres petites localités du même nom: une dans l'Etat de Pensylvanie , à 25 kilom, S.-E. d'Erié ; une autre dans l'Etat de New- York, à 16 kilom. N.d'Albany, etc.
WATERGANG s. m. (oua-teur-gangh — du holland. viater, eau ; gang, issue). P. et ch. Fossé ou canal qui borde un chemin, dans les Pays-Bas. Il Issue quelconque pour les eaux.
WATERGRAVB s. m. (oua-teur-grè-ve).
P. et ch. Ancien agent voyer chargé, dans' les Pays-Bas, de surveiller les travaux des watriugues.
WATERINGUE s. f. (va-te-rain-ghe — flam. wuterinyen; ue wuter, eau). P. et ch. Nom que l'on donne, dans le nord-ouest de la France et dans les Pays-Bas, à l'ensemble des travaux de dessèchement dans les pays situés au-dessous du niveau de l'Océan, il Association formée entre propriétaires pour l'exécution et l'entretien des travaux de dessèchement.
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WATERREYN(Henri-Barthélemy), théologien et naturaliste belge , né à Anvers en 1809, mort en 1854. D'abord professeur de physique au petit séminaire de Malines, il fut appelé, en 1838, à la chaire de minéralogie et de géologie de l'université de Louvain, de laquelle il devint plus tard vice-recteur. On a de lui : Objets et avantages de l'astronomie (in-12, sans date ni nom d'auteur); De la géologie et de ses rapports avec les vérités élevées (Louvain, 1841, in-8°); De la résurrection de la c/iair dans ses rapports avec les sciences nature/les (Tillemont, 1853). Dans cet ouvrage, ainsi que dans le précédent, l'auteur a cherché à concilier les fictions religieuses avec les réalités de la science, mais il n'a pas mieux réussi dans cette tâche que ceux qui l'avaient tentée avant lui.
WATERLAND (Daniel), théologien anglais, né dans le Liucolnshire en 1683, mort en 1740. Il fit ses études à l'université de Cambridge et devint, en 1713, recteur d'Ellingham. Nommé, en 1717, l'un des chapelains du roi, il fut par la suite appelé à différentes dignités ecclésiastiques et, en dernier lieu (1730), k celle d'archidiacre de Middlesex. On a de lui : Avis à un jeune étudiant, accompagnés d'une méthode pour suivre pendant quatre ans un cours d'études (1713), ouvrage qui obtint beaucoup de succès ; Réfutation des observations du docteur Whitby sur la défense du symbole de Nicée par l'évéque Bull (1718) ; Défense de la divinité de Jésus-Christ (1719); Histoire critique du symbole d' Athanase ; une foule d'écrits de polémique dirigés contre les déistes, tels que Tindal et Middleion, et contre les anglicans qui ne partageaient pas ses doctrines sur la Trinité et l'eucharistie; enfin des Sermons (1742, 2 vol.). ^
WATEULOO, village de Belgique (Brabant méridional), à 19 kilom. S. de Bruxelles, sur la lisière méridionale de la, forêt de Soignes; 1,000 hab. Importante sucrerie de betterave. Défaite des Français en 1815. V. l'article suivant.
Waterloo (bataillb de), perdue par Napoléon I«r contre les armées anglo-hollandaise et prussienne le 18 juin 1815, et qui mit fin à l'épopée napoléonienne. Le plan du futur vaincu de Waterloo avait été, il faut le reconnaître, tres-habilemeut conçu : se jeter brusquement entre ses ennemis et les écraser successivement, tactique qui, on le sait, avait toujours constitué le caractère et la force de sou génie. Dès le début de cette fatale campagne, la fortune avait paru sourire à Napoléon ; sa marche avait été si rapide qu'il se trouvait entre Wellington et Blùcher avant même qu'ils l'eussent cru en mouvement, et tandis que Ney luttait aux Quatre-Bras pour barrer le passage à l'armée anglo-hollandaise, Napoléon, k Ligny, infligeait un sanglant échec à l'armée prussienne. Mais cette activité allait bientôt se ralentir. Napoléon sentait qu'il jouait sa suprême partie, et tout ce qu'on sait de ces journées terribles prouve qu'il était indécis, douant, ne sachant plus prendre ces résolutions rapides qui déconcertaient si bien autrefois ses ennemis. Dans la journée du 17 juin, qui précéda la grande bataille, il commit la faute de ne point faire serrer Blùcher d'assez près, de manière à ne pas lui permettre de se dérober, et à s'opposer à sa jonction avec Wellington. Napoléon connais>aU bien néanmoins l'ardent patriotisme et l'infatigable énergie du général prussien, et, s'il venait de le vaincre, il ue devait pas ignorai- que ce n'était qu'une simple défaite, insuffisante à désagréger une armée aussi fortement organisée et disciplinée que l'urmée prussienne commandée par de tels généraux. En conséquence, il expédia trop tard à Grouchy l'ordre de se lancer à la suite de Blùcher et de se mettre en travers de ses mouvements si celuifoi voulait rejoindre l'armée angio-hollandaise au cours de la lutte acharnée qu'il prévoyait pour le lendemain. Au quartier général de l'armée française, on ignorait môme la direction qu'avait prise l'armée prussienne, et Napoléon hésitait entre ces deux opinions, ou que Blùcher battait en retraite pour rejoindre Wellington, ce qui était le plan des deux généraux ennemis, ou qu'il se retirait sur le Rhin, auquel cas ii n'eût plus été à craindre, pour le moment du moins. Mais une telle conviction eût fait peu d'honneur à la perspicacité de Napoléon, qui devait connaître Blùcher et savoir qu'il n'était pas homme à se décourager si vite et k abandonner son allié dans une circonstance aussi décisive. 11 tomba doue dans la grave erreur de croire, comme il l'a dit lui-même, qu'il l'avait mis hors de cause pour deux ou trois jours au moins, et celle erreur entraîna les délais qu'il apporta dans l'expédition des ordres envoyés à Grouchy; c'est ce que ie colonel Charras prouve péremptoirement dans son magnifique ouvrage : Histoire de la campagne lie 1815. C'est k cet hsiorien si compétent que nous allons emprunter les éléments de notre récit.
A midi et demi, le lendemain de la bataille de Ligny, Napoléon se trouvait encore sur le théâtre Ce la lutte; ce n'est qu'à partir de jette heure qu'il se mit en marche pour se porter aux Quatre-Bras, à la rencontre de Wellington, 11 ne redoutait qu'une chose, c'est que ie général anglais, à la nouvelle de la défaite de Blùcher, ne se dérobât k travers la forêt de Soignes, en avant de laquelle il était établi; mais Wellington l'attendait de
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pied ferme, certain do la coopération de Blùcher. Vers deux heures de l'après-midi, un épouvantable orage s'étendit sur toutes les plaines de la Belgique, « Le ciel, chargé d'épais nuages, dit M. Thiers, finit par fondre en torrents d'eau, et une pluie d'été, comme on en voit rarement, inonda tout à coup les campagnes environnantes. En quelques instants, le pays fut converti en un vaste marécage impraticable aux hommes et aux chevaux. Les troupes composant les divers corps d'armée furent contraintes de se réunir sur la chaussée (des Quatre-Bras a Bruxelles). Bientôt l'encombrement y devint extraordinaire, et les troupes de toutes armes y marchèrent confondues dans un pêle-mêle effroyable. ■ Les chemins, détrempés à la suite de cet orage, retardèrent beaucoup la marche de l'armée française; mais si Napoléon peut bénéficier de celte excuse, il faut bien aussi, pour rester dans les limites de l'impartialité, l'étendre à Grouchy, placé dans les mêmes conditions. Or, c'est ce que n'ont fait ni Napoléon ni M. Thiers, son historien. Le premier surtout a reproché amèrement à son lieutenant les retards apportés à sa marche par les circonstances, alors que lui-même en avait été victime. ■ Ce qui aurait valu le mieux, fait justement observer te colonel Charras, c'eût été de chercher, de découvrir la retraite des Prussiens dès le point du jour, de mettre cette infanterie (celle de Grouchy) en mouvement dès le lever du soleil et, de l'acheminer non sur Gémbloux, mais sur Sombreffe, d'où sortait alors Thielmann, ou bien sur le chemin de Tilly, où étaient Zieten et Pirch 1, et si cela ue fut pas fait, c'est à Napoléon seul qu'il faut le reprocher, car seul il commandait. »
C'est dans la nuit du 17 au 18 juin que l'armée française arriva sur le terrain de la lutte qui allait prendre pour trous le nom sinistre de bataille de Waterloo. La pluie continuait de tomber à torrents et le tonnerre ne cessait de gronder dans le lointain. On eût dit que la nature, par ce déchaînement, voulait former le prologue du drame sanglant qui allait se jouer. A une heure, Napoléon monta à cheval et, accompagné de Bertrand, gagna les hauteurs coupées par la chaussée de Bruxelles vers la ferme de Rossomme. Une ligne de feux, ceux des bivouacs de l'armée anglo-hollandaise, éclairait l'horizon de Braine-l'Alleud k Frichemont. Nos bataillons arrivèrent de bonne heure sur les positions qu'ils devaient occuper ety attendirent avec impatience la lin de cette nuit orageuse. Napoléon ressentit une extrême satisfaction en voyant que l'armée ennemie, dont il craignait la retraite, semblait l'attendre de pied ferme," résolue à affronter le choc redoutable qui se préparait. Ainsi, après avoir battu les Prussiens isolés, il avait l'heureuse fortune de rencontrer les Anglo-Hollandais également isolés, ot il ne doutait pas du succès : c'était la réalisation de ses profondes combinaisons. Naguère, dans le Moniteur, il avait fait publier que Wellington était • un présomptueux, un téméraire, un ignorant destiné à essuyer de grandes catastrophes. • A ses yeux, cette prédiction allait donc enfin se réaliser. Nous avons • quatre-vingt-dix chances pour nous et pas dix contre, • dit-il en ce moment à ses généraux. De son côté, Wellington comptait sur la force de ta position qu'il avait choisie, étudiée depuis longtemps, car il ne faisait rien au hasard; il connaissait la fermeté, l'ardeur de ses troupes,et lui aussi se croyait sûr de vaincre. II écrivait a Charles Stuart, à Bruxelles : ■ Les Prussiens seront de nouveau prêts à tout ce matin... Tout tournera à bien. ■ 11 écrivait en même temps au duc de Berry : • J'espère et, de plus, j'ai toute raison ue croire que tout ira bien. >
La pluie avait cessé vers six heures du matin ; mais le ciel restait encore très-couvert. Nous empruntons nu colonel Charras la description du champ de bataille :
» En partant de la ferme du Caillou, où se trouvait le quartier général de Napoléon, 011 rencontre trois rideaux de hauteurs dir.gees uniformément du sud-ouest au nord-est. La chaussée de Bruxelles en coupe successive; ment les crêtes, vers la ferme de Rossomme, vers l'auberge de la Belle-Alliance et a 150 ou 200 mètres plus loin que la ferme de la Haie-Sainte.
• ,La crête des hauteurs formant le dernier de ces rideaux est la limite sud d'une vaste Croupe qui s'étend, k l'ouest, jusqu'au-dessus de Merbe-Braine, hameau situé dans un vallon allongé du sud au nordj à l'est, jusque vers Ohain ; au nord,, jusqu'au hameau de Mont-Saint-Jean, où commence une pente de faible inclinaison qui descend au village de Waterloo, bâti à une lieue de la Huie- Sainte, dans une échanerure de la forêt de Soignes.
a Cette croupe est ce qu'on appelle le plateau de Mont-Saint- Jean. A 500 ou 600 mètres et k l'ouest de la Haie-Sainte, un contrefort, de peu de largeur, s'en détache et vient finir en s'abaissaut régulièrement tout près de la chaussée de Bruxelles et de l'auberge de la Belle-Alliance. La ligne de partage des eaux du bassin de la Senne et de celui de la Dyle suit ce contre -fort. Deux vallons y prennent leur origine. L'un, s'ouvrant au sud-ouest, passe derrière ie château de Goutnont et débouche, tout auprès, dans le vallon de Merbe-Braine; l'autre, s'ouvrant au sud-est, passe immédiatement au-dessous do
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la Haie-Sainte, des fermes de Papelotte, da la Haie, et comprend le hameau de Smohaiu. » Ces deux vallons forintftit ainsi, au pied môme du plateau de Mont-Saint-Jean, une sorte de circonvallation, interrompue seulement par le contre-fort dont nous venons de parler. Les pentes qui les limitent, au sud et au nord, sont, en général, d'accès facile, même pour l'artillerie. Celle du nord offre Cependant de la roideur, dans le voisinage immédiat de la Haie-Sainte et sur une longueur d'environ 500 k 600 mètres. Cette ferme est au bord même de la chaussée de Bruxelles.
■ Le château de Goumont en est à l ,500 mètres a l'ouest. Il s'élève sur le haut de la pente qui limite le vallon du côté du sud. La chaussée de Nivelles le laisse k 350 mètres sur sa droite, traverse sur un remblai le vallon de Merbe-Braine et va se confondre.au hameau de Mont-Saint-Jean, avec Ta grande route de Cliarleroi k Bruxelles.
» Les fermes de Papelotte et de la Haie sont a 1,400 et 1,500 mètres à l'est de celle de la Haie-Sainte; le hameau de Smohain,à moins de 2,000.
» Sous la Haie, le vallon se rétrécit, se ravine ; et il eu sort, au milieu de sources marécageuses, un petit ruisseau qui va couler sous Ohain et verser ensuite ses eaux dans le ruisseau de Lasna, affluent de la Dyle.
» Le château de Fricbemont, à 300 mètres au sud de Sinohain, est bâti au sommet de la pente qui horde le vallon de ce côté.
» Tel était le terrain sur lequel Wellington s'était résolu à recevoir le choc de Napoléon. »
Nous compléterons cette description par celle que V. Hugo a donnée dans ses Misérables, très-facile à saisir et appelant moins le secours d'une carte.
« Ceux qui veulent se figurer nettement la bataille de Waterloo n'ont qu'à coucher sur le sol par la pensée un A majuscule. Le .jambage gauche de l'A est la route de Nivelles, le jambage droit est la route de Genappe, la corde de l'A est le chemin creux d'Ohain à Braine-l'Alleud. Le sommet de l'A est Mont-Saint-Jean, là est Wellington; la pointe gauche inférieure est Hougomont, là est Reille avec Jérôme Bonaparte; la pointe droite inférieure est laBelle-AUianee, là est Napoléon. Un peu au-dessous du point où la corde de l'A rencontre et coupe le jambage droit est la Haie-Sainte. Au milieu de cette corde est le point précis où s'est dit le mot final de la bataille. C'est là qu'on a placé le lion, symbole involontaire du suprême héroïsme de la garde impériale.
> Le triangle compris au sommet de l'A, entre les deux jambages et la corde, est le plateau du Mont-Saint-Jean. La dispute de ce plateau fut toute la bataille.
■ Les ailes des deux armées s'étendent à droite et k gauche des deux routes de Genappe et de Nivelles; d'Erlon faisant face k Picton, Reille faisant face k Hill.
» Derrière la pointe de l'A, derrière le plateau de Mont-Saint-Jean est la forêt de Soignes.
• Quant à la plaine en elle-même, qu'on se représente un vaste terrain ondulant; chaque pli domine le pli suivant, et toutes les ondulations montent vers Mont-Saint-Jean et aboutissent U la forêt...
' » Les deux généraux avaient attentivement étudie la plaine de Mont-Saint-Jean, dite aujourd'hui plaine de Waterloo. Dès l'année précédente, Wellington, avec une sagacité prévoyante, l'avait examinée comme un en-cas de grande bataille. Sur ce terrain et pour ce duel, le 18 juin, Wellington avait le bon côté, Napoléon le mauvais. L'armée anglaise était en haut, l'armée française en bas. >
Un chemin de traverse allant d'Ohain à Braine-l'Alleud marquait presque exactement le front de l'armée anglo-hollandaise, dont la gauche s'étendait, par l'une de ses extrémités, jusqu'à la hauteur de la Haie, et par l'autre jusqu'à la chaussée de Bruxelles, fortement barricadée. Elle comprenait les divisions de Picton, de Perponcher et une brigade de celle de Cole. Le centre couvrait l'espace compris entre les chaussées de Bruxelles et de Nivelles, comptant les divisions Alten, Cooke (gardes anglaises) et la brigade Kruze (contingent de Nassau). La droite était formée des' divisions Clinton, Chassé et de la brigade MitcheJl, détachée de la division Colville. Trois brigades de cavalerie anglaise se tenaient derrière l'extrémité droite du centre. La réserve comprenait : le corps de Brunswick, entre Merbe- Braine et ta chaussée de Nivelles; la brigade Lambert (division Cole), à la ferme de Mont- Saint-Jean, et six batteries d'artillerie à cheval anglaisés, ainsi que la division Collaert (cavalerie hollando-belge) et les deux brigades de grosse cavalerie anglaise Somerset (gardes) et Ponsonby.
Le commandement de l'aile gauche était COfitié au général Picton, celui du centre au prinee d'Orange, celui de l'aile droite au général Hill.
D'un autre côté, le prince Frédéric des Pays.-Bas occupait Hall avec la division Stedmunn, la brigade indienne, la cavalerie hanovrienue d'Estorff et deux brigades de la division Colville , en tout à peu près 17,000 hommes, que Wellington, dans la
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crainte d'être tourné par la droite, avait détachés à une distance assez éloignée, en sorte que, sur le champ de batailla proprement dit, il n'avait à sa disposition qu'environ 70,000 hommes, dont 13,500 de cavalerie et une artillerie comprenant 159 bouches à feu.
Quant à Napoléon, après avoir attentivement étudié les dispositions de Wellington, il disposa ainsi son ordre de bataille. Il mit son armée en marche sur onze colonnes, quatre devant former la première ligne, quatre la seconde, trois la troisième. Les quatre colonnes de la première ligne comprenaient les trois divisions d'infanterie et la cavalerie du 2« corps (Reille), ainsi que les quatre divisions d'infanterie et de cavalerie du ter corps (d'Erlon). La seconde ligne était formée par les cuirassiers de Kellennann et les cuirassiers de Milhaud, les deux divisions d'infanterie du 6° corps (Lobau) et les deux divisions de cavalerie légère Domon et Subervie. Enlîn, les trois colonnes de la troisième ligne comprenaient la division de grenadiers à cheval et dragons de la garde, sous Guyot, les trois divisions d'infanterie de la vieille et de la jeune garde, avec Friant, Morand et Duhesme, et les chasseurs k cheval et lanciers de la garde, commandés par Lefebvre-Desnouettes. Quant à l'artillerie, elle flanquait les colonnes. Toutes ces troupes se déployèrent avec une admirable précision. ■ La terre, dit Napoléon dans son langage un peu emphatique, paraissait orgueilleuse de porter tant do braves. Ce spectacle était magnifique, et l'ennemi, qui était placé de manière à apercevoir jusqu'au dernier homme, dut en être frappé. ■
L'armée française comptait, toutes armes comprises, 72,000 hommes, dont 15,000 hommes de cavalerie et 240 bouches à feu. Comme on le voit, elle était k peu près égale en nombre aux Anglo-Hollandais; mais elle leur était un peu supérieure en cavalerie et beaucoup en artillerie.
Cependant la première moitié du jour commençait à s'écouler, et pas un coup de canon n'avait encore été tiré. Napoléon attendait, pour faire manœuvrer sort artillerie, que le sol, détrempé par la pluie de la veille et de la nuit, se fût affermi; faute capitale de la part de Napoléon, car s'il eût engagé l'action deux ou trois heures plus tôt, Blucher ne fût arrivé sur le champ de bataille qu'après la complète destruction de l'armée anglo-hollandaise, dont il fut le salut.
Vers onze heures, Nupoléon dicta une première indication de son plan de bataille. • « A.p eu près à une heure après midi, disaitil1, au moment où l'empereur en donnera l'ordre au maréchal Ney, l'attaque commen- ' cora pour s'emparer du village de Mont- Saint-Jean, où est l'intersection des routes. A cet effet, les batteries de 12 du 2<* corps et du 6e se réuniront à celles du 1er corps. Ces vingt-quatre bouches k feu tireront sur les troupes de Mont-Saint-Jean , et le comte d'Erlon commencera l'attaque, en portant en avant sa division de gauche et la soutenant, suivant les circonstances, par les autres divisions du 1er corps.
i Le 20 corps s'avancera à mesure pour garder la hauteur du comte d'Erlon.
■ Les compagnies de sapeurs du 1er corps seront prêtes pourse barricader sur-le-champ k Mont-Saint-Jean. »
Tout porte k croire que le projet do Napoléon était de produire son maximum d'effort sur la gauche ennemie , de la déborder et de frapper simultanément le coup le plus vigoureux au point de jonction de cette aile et du. centre, au-dessus de la Haie-Sainte. Les hommes compétents trouvent ce plan très-beau de conception, très-puissant de développement, et il devait infailliblement réussir si rien ne venait déranger les calculs du chef de l'armée française. Malheureusement, Blilcher devait venir les renverser.
A onze heures et demie, le canon et la fusillade éclatant k l'extrême gauche de l'armée française, donnèrent le signal de la bataille. Reille faisait aborder Ta position de Goumont par la division Guilleminot. Des généraux anglais, avec l'esprit de précision et le sang-froid qui caractérisent leui nation , regardèrent leur montre au premier coup de canon et constatèrent qu'il était alors onze heures trente -cinq minutas.
L'attaque de Reille avait pour but d'appeler sur ce point l'attention du général anglais, de l'y inquiéter et de favoriser ainsi l'action principale , qui devait se produire contre son aile gauche. La position à emporter était forte , le château de Goumont étant dominé , k moins de 300 mètres en arrière, par la crête du plateau de Mont-Saint- Jean. Toutes les dépendances, tous les abords du château étaient mis en état da défense et occupés par un bataillon de Nassau détaché de la division Perponcher et comprenant environ 700 hommes , ainsi que deux compagnies hanovriennes. Tous les murs étaient crénelés et, contre ceux du jardin, on avait élevé un échafaudage permettant de tirer par-dessus. Le château , le jardin et le verger attenant étaient occupés pur quatre compagnies de gardes anglaises (division Cooke).
Les cinq bataillons de la brigade Bauduiu s'élancèrent à l'attaque et, malgré la mort de leur brave général, qui fut tué dès
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le début do l'action , elles ne tardèrent pas k gagner du terrain. Néanmoins, il fallut bientôt leur envoyer du renfort, et, dès lors, une assez vive canonnade s'engagea entra notre artillerie et celle du centre droit ennemi. Wellington, k cheval près de la chaussée de Nivelles, suivait attentivement les péripéties de l'attaque ; voyant que le bois allait êtro enlevé par .nos troupes, il y fit avancer un -bataillon de Brunswick; mais déjà les soldats de Guilleminot avaient balayé le terrain, ils atteignaient la limite nord du bois et croyaient la position emportée, quand ils se virent tout k coup écrasés par un feu épouvantable partant des gardes anglaises, qu'abritaient des haies et des murs crénelés hauts de plus de 2 mètres. Nous n'étions munis d'aucun moyen d'escalade ; nos troupes s'acharnèrent néanmoins contre ces obstacles infranchissables et ne réussirent qu'à se faire décimer. Quelques-uns, des plus agiles et des plus audacieux , profitèrent de quelques ouvertures des haies pour pénétrer dans le verger; mais la mort était aussitôt le prix de leur intrépidité. C'était la brigade Soye que l'on sacrifiait ainsi inutilement. Celle de Bauduin, appuyant k gauche, avait tourné le bois et enlevé le petit verger situé dans le vallon de Merbe-Braine. Mais elle aussi se trouva arrêtée par des murs, qu'une demi-batterie de 12 aurait renversés ; cependant ni Guilleminot, ni Jérôme Bonaparte, ni Reille lui-même n'en eurent l'idée. On dirait que cette imprévoyance soit un mal chronique chez nos généraux j car, naguère encore, dans divers épisodes du dernier siège de Paris , nos combattants allèrent se briser contre des murs crénelés à l'abri desquels les Prussiens les fusillaient impunément , sans qu'un général eût l'inspiration si naturelle de leur ouvrir un passage avec le canon.
Quelques compagnies du îor léger et une compagnie de sapeurs du génie avaient poussé jusqu'à la porta nord du château et l'avaient enfoncée k coups de hache, malgré la fusillade et la mitraille qui partaient du plateau. Tous trouvèrent la mort dans cette tentative audacieuse. Quand on ramassa dans la cour le sous-lieutenant; Legros, il serrait encore sa hache dans sa main crispée, et cet épisode sanglant est resté légendaire. Guilleminot, néanmoins, ne pouvait se résigner à battre en retraite, lorsque le bataillon da Brunswick et quatre compagnies de gardes anglaises vinrent renforcer les troupes qui défendaient la position. Alors la division Guilleminot fut rejetée jusqu'au milieu du bois. Il était une heure, nus tirailleurs s'étaient déployés sur toute la ligne jusque visa-vis de Papelotte; eaux de l'ennemi, repliés, se tenaient sur la pente du plateau. A l'aile droite de notre armée, l'artillerie tonnait, préparant l'attaque ordonnée de ce côté.
En ce moment, un grave incident commença k préoccuper Napoléon ; il suivait du regard l'attaque de Goumont, promenant sa lunette sur l'horizon en avant des hauteurs de Rossomme, lorsqu'il aperçut un corps de troupes sur Chapelle-Saint-Lambert, village situé à 7 kilomètres en ligne droite par le nord-est de la ferme de Rossomme I Quelles étaient ces troupes dont on ne pouvait connaître l'uniforme k cette distance ? Etait-ce Grouchy qui accourait au bruit du canon, comme Desaix à Marengoî Etait-ce Blucher qui arrivait sur le champ do bataille avec ses 90,000 hommes? Les divisions de Subervie et de Domon reçurent aussitôt l'ordre de se porter en reconnaissance au-devant du corps en vue, tandisque le général Bertrand, aide de camp de Napoléon, était expédié dans la même direction avec quelques cavalieurs, afin de rapporter encore^plus rapidement des nouvelles précises. 11 n était guère probable cependant que ces troupes-appartiussent au corps de Grouchy. Ce maréchal avait envoyé à Napoléon deux dépêches datées toutes deux de Geinbloux, l'une de dix heures du soir la 17, l'autre de deux heures du matin le 18. Dans ces dépêches, Grouchy exposait ses incertitudes sur la. direction prise par l'armée prussienne; il ne savait si elle se retirait par Wavre ou par Perwez, village situé près de la voie romaine, et il attendait, pour agir sur un point ou sur un autre, les rapports qui lui parviendraient. Napoléon ne répondit k ces dépêches qu'à dix heures, le i8, par cette lettre signée du major général Soult : « .... L'empereur me charge de vous dire qu'en ce moment Sa Majesté va faire attaquer l'armée anglaise.qui a pris position à Waterloo, près de la forêt de Soignes ; ainsi Sa Majesté désire que vous dirigiez vos mouvements sur Wavre, afin da vous rapprocher de nous, vous mettre en rapport d'opérations, poussant devant vous les corps de-1' armée prussienne qui ont pris cette direction et qui auraient pu s'arrêter à Wavre, où vous devez arriver le plus tôt possible. Vous ferez suivre les colonnes ennemies qui ont pris sur votre droite parquelques corps légers, afin d'observer leurs mouvements et de ramasser leurs traînards... Ne négligez pasde lier vos communications avec nous... »
Ces instructions prouvent évidemment quo Napoléon voyait juste ; malheureusement il était trop tard pour que Grouchy pût les mettre à profit; il lui aurait fallu les rececevoir dix ou douze heures plus tôt, car les
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chemins qu'il avait k suivre étaient défoncés par ta pluie, k travers un terrain très-diflicile, très-coupé, rempli de défilés. Or. ladistance à franchir était d'environ huit lieues ; Napoléon ne pouvait donc guère conserver d'illusion à cet éard. Au reste, Bertrand allait dissiper ses incertitudes ; après avoir galopé dans la .direction de Chapelle-Saint- Lambert, il avait mis pied à terre et s'était approché de manière k reconnaître distinctement une ligne de tirailleurs sortant du vallon dans la direction de Plancenoit. C'était de l'infanterie prussienne, et c'est ce que Bertrand vint apprendre k Napoléon. Maintenant, quelle était la force de cette infanterie ? C'est ce qu'il apprit bientôt , en partie. En effet, on lui amena en ce moment un hussard prussien porteur d'une lettre. Il donna tous les renseignements désirables et apprit que la colonne qu'on apercevait sur Saint-Lambert était l'avant-garde du corps de Bùlow, arrivant avec 30,000 hommes. La lettre annonçait l'arrivée de ce corps et demandait des ordres à Wellington. Le hussard dit en outre que les autres corps de l'armée prussienne étaient campés k Wavre, qu'ils y avaient passé la nuit du 17 au 18 et qu'ils n'avaient aucun Français devant eux.
L'intervention prochaine de 30,000 Prussiens sur le champ de bataille où nous luttions déjà contre des forces égales aux nôtres, constituait un danger d'autant plus terrible qu'il s'aggravait de la nouvelle, non moins imprévue pour Napoléon, de la réunion sur Wavre de tout le reste de l'armée prussienne. Or, de Wavre à Smohain, où s'appuyait l'extrême gauche des Anglo-Hol- landais, il n'y a que trois lieues en ligne droite. En face d'une pareille éventualité, qui présageait un désastre, Napoléon continua la bataille, espérant toujours écraser l'armée anglaise avant l'arrivée des Prussiens, De nouvelles instructions, plus pressantes, furent envoyées à Grouchy; mais il était bien impossible qu'elles arrivassent à temps. Pendant ce teinps-lk, Ney reçut l'ordre d'ouvrir le feu d'artillerie qui devait préparer l'attaque dont la but était la prise du hameau de Mont-Saint-Jean. Les trois batteries de 12 de d'Erlon, de Reille et de Lobau, réunies aux batteries divisionnaires du premier et renforcées de deux batteries de la garde, en tout 78 bouches k feu, établies sur la pente des hauteurs de la Belle-Alliance, tonnèrent sur lu gauche et la partie adjacente du centre anglo-hollandais, qui ne pouvaient leur opposer qu'une artillerie inférieure, loi nous empruntons le récit de. M.Thiers.
• Cette importante opération devait commencer par un coup da vigueur au ceutre contre la ferme de la Haie-Sainte, située sur ta grande chaussée de Bruxelles. Notre aile droite déployée devait ensuite gravir le plateau, se rendre maltresse du petit chemin d'Ohain, qui courait k mi-côte, se jeter sur la gauche des Anglais et tâcher de la culbuter sur leur centre pour leur enlever Mont-Saint- Jean au point d'intersection des routes de Nivelles et de Bruxelles. La brigade Quiot, de la division Allix (lrB de d'Erlon), disposée en colonne d'attaque sur la grande route, et appuyée par une brigade des cuirassiers de Milhaud, avait ordre d'emporter la ferme de la Haie-Sainte. La brigade de Bourgeois («a d'Allix), placée sur la droite de la grande route, devait former le premier échelon de l'attaque du plateau; la division Dbnzelot devait former le second, la division Marcognet le troisième, la division Dtirutte le quatrième. Ney et d'Erlon avaient adopté pour cette journée, sans doute pour donner plus de consistance à leur infanterie, une disposition singulière et dont les inconvénients se firent' bientôt sentir. Il était d'usage dans notre armée que les colonnes d'attaque sa présentassent à l'ennemi un bataillon déployé sur leur front, pour fournir des feux, et sur chaque flanc un bataillon en colonne serrée pour tenir tête aux charges de la cavalerie. Cette fois, au contraire, Ney et d'Erlon avaient déployé les huit bataillons de chaque division, en les rangeant les uns derrière les autres à distance de cinq pas, de manière qu'entre chaque bataillon déployé il y avait à peine place pour les officiers, et qu'il leur était impossible da se former en carré sur leurs lianes pour résister à lacavalerie. Cesquatre divisions formant ainsi quatre colonnes épaisses et profondes, s'avançaient k la même hauteur, laissant de l'une k l'autre un intervalle da 300 pas. D'Erlon était à cheval, à la tête de ses quatre échelons ; Ney dirigeait lui-même lu brigade Quiot, qui allait aborder la Haie-Sainte.*
Sur un terrain favorable, fuit justement observer le colonel Charras, cette formation complètement et k juste titra inusitée, aurait été bien dangereuse ; sur le sol accidenté, bourbeux qu'il fallait parcourir, c'était une folie. On se mettait k la merci d'une charge de cavalerie. Ces étranges colonnes présentaient ici douze, là vingt-quatre et vingtsept rangs d'épaisseur et un front de 150 à 200 hommes, suivant la force des bataillons. Au signal de Ney, elles descendirent, aux cris redoublés de «Vive l'empereur !• dans le vallon qui séparait les deux armuea. Tous ces vaillants soldats, qui n'avaient pris part ni à l'affaire de Ligny ni à callo des Qiintre- Bras, brûlaient d'impatience de se signaler uar Quelque action d'éclat. Ils se heurtèrent
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contre l'aile gauche anglo-liolhindaise, qui s'étendait depuis la chaussée de Bruxelles jusqu'à la hauteur de la Haie. Le oh»c fut terrible ; nos soldats, malgré les obstacles du terrain, chassent devant eux le 95e anglais, abordent les bataillons de Byhmdt, les dispersent, franchissent le chemin d'Ohain par les intervalles des haies et s'emparent des pièces. Mais presque aussitôt, de gauche et de droite, une grêle de balles vient les assaillir : ce sont les bataillons de Kempt et de Pack qui les fusillent à quelques pas. Surprises par cette attaque, aussi violente qu'imprévue, les colonnes françaises essayent d'y répondre ; malheureusement l'ordre vicieux de leur formation, le trouble causé par le passage des haies embarrassent et ralentissent leur mouvement. Elles résistent pourtant au milieu d'un affreux pêle-mêle, pendant lequel l'intrépide général Piéton, commandant de l'aile gauche ennemie, tombe mortellement frappé d'une balle qui lui traverse la tête. C'était un des meilleurs généraux de l'année anglaise. Wellington, à l'aspect du danger, lance sur nos troupes la brigade de gros dragons de Ponsonby, forte de 1,200 chevaux. Ponsonby se précipite sur le flanc gauche des colonnes françaises, y jette un irréparable désordre et s'empare du drapeau du 105<= de ligne; la troisième colonne, celle de Marcognet, éprouvait simultanément le même sort et perdait le drapeau du 45e de ligne. Emportés par l'ivresse du succès, les drugous anglais franchissent le vu lion ; mais alors une brigade du cuirassiers et un régiment de lanciers, se précipitant sur eux, de front et de flanc, leur tont payer chèrement leur témérité. Ponsonby tombe k son tour, le corps troué de sept coups de lance. De ses 1,200 dragons, 600 à peine parvinrent à s'échapper. C'est la brigade Travers, 7« et 12e cuirassiers, c'est le 4c lanciers, colonel Bro, qui ont ainsi couché sur le sol ou fait prisonnière la moitié de la colonne anglaise. Notre quatrième colonne, celle de Durutto, fut moins maltraitée que les trois autres, mais elle n'en dut pas moins battre en retraite à son tour, après une perte de 600 hommes.
Ainsi notre attaque sur l'aile gauche ennemie avait échoué. Le corps de d'Erlon avait perdu près do 5,000 hommes, dont 2,000 prisonniers.
Pendant cette attaque de d'Erlon sur le plateau, la brigade Quiot était dirigée contre la Haie-Sainte. Là eut lieu un des plus sanglants épisodes de la bataille. Le jardin, le verger, les bâtiments de la ferme devinrent le tliéâtru d'une lutte acharnée. L'attaque de Goumont, d'autre part, avait continué avec la même violence, niais sans plus de succès qu'auparavant. Huit obusiers, par ordre de Napoléon, incendièrent le château inaccessible, où des centaines de blessés périrent dévores par les flammes, mais la position n'émit pas emportée. '
11 était trois heures, la bataille était dans toute sou intensité, mais le dénoûment approchait; la combiuaison du général anglais et du général prussien marchait vers son accomplissement. Un peu avant quatre heures, la première ligne du centre anglo-hollandais opéra un mouvement rétrogrude. Napoléon crut à un commencement de retraite. Il donna aussitôt k Milhaud l'ordre de charger à fond aves ses cuirassiers le centre de Wellington. Mais partout cette intrépide cavalerie fut re poussée. Ney, qui fut à la hauteur et même au-dessus des héros d'Homère dans cette immortelle journée, reprit alors la charge à lu tête des lanciers et des chasseurs de la garde, et se rua sans plus de succès sur les cariés anglais, dont le feu mit nos escadrons en désordre. Ainsi le centre de Wellington avait résisté comme son aile gauche. Cependant les Prussiens arrivaient sur le champ de bataille et allaient entrer en action. A la vue des charges réitérées de Ney, Blûcher donna l'ordre à Biilow de déboucher du bois de Paris en se dirigeant sur la Belle- Alliance. Le lieutenant de Blûcher déboucha aussitôt du bois, poussant en aVant 12 escadrons, et bientôt 40. bouches k feu battirent les divisions de Lobau. Devant l'imminence du danger, Ney recommença la tentative qui venait d'échouer; à cette âme véritablement héroïque, le découragement du champ de bataille était inconnu. L'épée à la main, devant les escadrons de Milhaud, avec ceux de Lefebvre-Desnouettes, il recommence ses charges épiques, que Wellington reçoit câline, froid comme toujours. Ici, laisons la parole k V. Hugo {les Misérables), dont le récit mouvementé concorde exactement aveu l'histoire !
« Wellington se sentait pencher. La crise était proche. Les cuirassiers n'avaient point réussi, en ce sens que le centre n'était pas enfoncé. Tout le monde ayant le plateau, personne ne l'avait, et en somme il restait pour la grande part aux Anglais. Wellington avait le village et la plaine culminante ; Ney n'avait que la crête et la pente. Dus deux côtés on semblait eiiruciiiH dans ce sol i'uuobie.
» Mais l'iiiraiblissement des Anglais paraissait irrémédiable. L'hémorragie de cette armée était horrible. Kempt, h l'aile gauche, réclamait du renfort : «Il n'y en a pas, ré- » pondait Wellington; qu'il se fasse tuer. • Presque k la même minute, rapprochement singulier qui peint l'épuisement des deux ar-
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mées, Ney demandait de l'infanterie a Napolon, et Napoléon s'écriait : «De l'infanterie! ■ Où veut-ii que j'en prenne? Veut-il que • j'en fasse ?■
> Pourtant l'armée anglaise était la plus malade. Les poussées furieuses de ces grands escadrons à cuirasses de fer et à poitrines d'acier avaient broyé l'infanterie. Quelques hommes autour d'un drapeau marquaient la place d'un régiment, tel bataillon n'était plus commandé que par un capitaine ou par un lieutenant; la division Alten, déjà si maltraitée à la Haie-Sainte, était presque détruite; les intrépides Belges, de la brigade Kluze, jonchaient les seigles le long de la route de Nivelles; il ne restait presque rien de ces prenadiers hollandais qui, en 1811, mêlés en Espagne à nos rangs, combattirent Wellington, et qui, en 1S15, ralliés aux Anglais, combattirent Napoléon. La perte en ofliciers était considérable. Lord Uxbridge qui, le lendemain fit enterrer sa jambe, avait le genou fracassé. Si, du côté des Français, dans cette lutte des cuirassiers, Delort, L'Héritier, Colbert, Dnop, Travers et Blancart étaient hors de combat, du côté des Anglais, Alten était blessé, Barne était blessé, Delaneey était tué, Van Meeren était tué, Ompteda était tué, tout i'état-m;ijor de Wellington élait décimé, et l'Angleterre avait le pire partage dans ce sanglant équilibre. Le 2« régiment des gardes à pied av;iit perdu 5 lieutenantscolonels, 4 capitaines et 3 enseignes; le I" bataillon du 30e d'infanterie avait perdu 24 officiers et 112 soldats; le 79e montagnards' avait 24 officiers blessés, 18 ofliciers morts, 450 soldats tués. Les hussards hanovriens de Cumberland, un régiment tout entier, ayant à sa tête son colonel Hacke, qui devait plus tard être jugé et cassé, avaient tourné bride devant la mêlée et étaient en fuite dans la forêt de Soignes, semant la déroute jusqu'à Bruxelles. Les charrois, les prolonges, les bagages, les fourgons pleins de blessés, voyant les Français gagner du terrain et s'approcher de la forêt, s'y précipitèrent; les Hollandais, sabrés par la cavalerie française, criaient : « Alarmel» De Vert-Coucou jusqu'à Groenendael, sur une longueur de près de 2 lieues, dans la direction'de Bruxelles, il y avait, au dire des témoins qui existent encore, un encombrement de fuyards. Cette panique fut telle qu'elle gftgna le prince de Condé à Malines et Louis XVHI à Gand. A l'exception de la faible réserve échelonnée derrière l'ambulance établie dans la ferme de Mont-Saint-Jean et des brigades Vivian et Vandeleur, qui flanquaient l'aile gauche, Wellington n avait plus de cavalerie. Nombre de batteries gisaient démontées. Ces faits sont avoués par Siborne, et Pringle, exagérant le désastre, va jusqu'à dire que l'armée anglo-hollandaise était réduite à 34,000 hommes. Le duc de fer demeurait calme, mais ses lèvres avaient blêmi. Le commisaire autrichien Vincent, le commissaire espagnol Alava, présents à la bataille dans l'état-major anglais, croyaient le duc perdu. A cinq heures, Wellington tira sa montre, et on l'entendit murmurer ce mot sombre : ■ Biùcher, ou la nuit! >
Certes, il est hors de doute que l'armée anglo-hollandaise était écrasée; que Wellington subissait un effroyable désastre sans l'arrivée des Prussiens; mais il ne faut pas perdre de vu"e que cette arrivée il l'attendait, qu'il l'avait fait entrer dans ses combinaisons, et c'est ce qui explique, indépendamment de son caractère, l'indomptable ténacité avec laquelle il défendit ses positions. Un homme moins fortement trempé se fût abandonné vingt fois au découragement et aurait battu en retraite. Lui, le duc de fer, comme on l'a appelé, resta inébranlable, bien résolu à se faire tuer av«c son dernier bataiilon jusqu'à l'entrée en scène de Blûcher. Il faut savoir rendre justice a ses ennemis; Wellington luimême, au congrès de Vérone, assurait au général Jomini • qu'il n'avait jamais rien vu de plus admirable à la guerre que les dix ou douze charges réitérées des cuirassiers français sur les troupes de toutes armes. •
Vers cinq heures, Lobau, qui occupait Plancenoit, était déjà aux prises avec la moitié du corps de Bùlow et en arrêtait la marche ; mais bientôt le général prussien fut rejuint par les divisions Hacke et Ryssel, et toute sa cavalerie (près de 2,000 chevaux), toute son artillerie (86 bouches à feu) étaient entrées en ligne. 29,000 hommes s'apprêtaient à en écraser 10,000. Napoléon vit le danger et or-, donna au général Duhesmede se porter avec sa division de jeune garde immédiatement sur Plancenoit avec trois batteries. Ce renfort arrêta les progrès de l'ennemi, mais ce ne fut pas pour longtemps. Irrité de ce temps d'arrêt, Blûcher ordonna à son lieutenant d'enlever à tout prix Plancenoit. Les divisions lïiller et Ryssel se lancèrent alors en avant et, malgré des prodiges de valeur, la jeune garde fut rejetéo hors du village. A cette vue, Napoléon ordonna à Morand de se porter sur Plancenoit avec un bataillon . de grenadiers, deux bataillons de chasseurs et deux bataillons de la garde. D'autres troupes appuyèrent cette opération, qui fut exécutée avec la résqlution audacieuse qu'on pouvait attendre d'un pareil chef et de pareils soldats. Après une rencontre assez courte, mais terrible, les Prussiens durent abandonner la position qu'ils avaient conquise et aller se reformer en arrière. Il était alors près de sept
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henres, et la bataille était encore indécise; mais le moment décisif allait arriver. Devant l'imminence du danger, Napoléon va tenter un dernier et gigantesque effort. « Il conduit tous les bataillons disponiWesde la garde entre la Belle-Alliance et la Haie-S:iinte. Il y en a dix. Tous appartiennent aux grenadiers et aux chasseurs.
» Six de ces bataillons'sont déployés en autant de colonnes d'attaque échelonnées à courte distance les unes des autres. Ils marcheront au plateau. Deux batteries à cheval de la garde viennent se placer sur leur flanc gauche. Elles suivront ce mouvement. Les quatre derniers bataillons resteront en réserve.
• Lç feu de notre artillerie s'est ralenti par suite de l'épuisement des caissons do plusieurs batteries. Une batterie, la dernière de la réserve, entre eu action. Ordre est donné d'activer les décharges s'ir toute la ligne.
» Napoléon, en personne, préside à toutes ces dispositions. Il en presse l'exécution ; la circonstance est urgente. Il s'adresse aux officiers, aux soldats, les excite, les exalte, leur promet la victoire et, pour mieux les en assurer, leur annonce l'arrivée de Grouchy qui va prendre l'ennemi à revers pendant qu'ils l'attaqueront de front.
• Ney reçoit le commandement de ces trois mille vétérans des batailles, au bras chevronné, au corps cicatrice. Sous ses ordres marchent les lieutenants généraux Priant, Roguet, Michel, les maréchaux de camp Foret, do Morvan, Harlet, Malet : un général par bataillon.
» Ney doit laisser la Haie-Sainte à droite et se diriger sur le contre-fort par où il a conduit ses attaques de cavalerie.
• Quand tout est prêt, la charge bat ; la redoutable phalange s'ébranle et ilélile, exubérante d'ardeur, d'enthousiasme, devant Napoléon qui, du geste, lui indique où doivent porter ses coups. Elle Sort du vallon ; elle gravit la hauteur.
Sur le plateau, cependant, tout
s'esÇ disposé aussi pour une nouvelle lutte, pour le combat k outrance. Là, on sait que les bataillons, les escadrons de Prusse sont proches ; qu'il ne s'agit plus que d'user la mort et le jour, quelques instants encore, pour avoir bataille gagnée. La puissance du nombre habilement préparée ne saurait manquer de faire pencher la balance.
» Les rangs éclaircis par la mort, par la fuite, se sont serrés et restent fermes. C'est le nerf, le roftiir de l'armée, c'est l'élite des braves survivant à six heures de combat acharné, qui les forme maintenant. Welling-' ton, le prince d'Orange, Hill, vont d'un bataillon à l'autre, encourageant, excitant au devoir. A ses Anglais, comme Nelson à Trufalgar, Wellington rappelle la patrie: « Te- » nez ferme, mes garçons I Que .dirait-on de » nous, eu Angleterre, si nous quittions » d'ici ?» Aux soldats de Néerlande, de Nassau, de Brunswick, le jeune et vaillant prince d'Orange demande s'ils veulent revoir la ruine, le déshonneur de leur pays, la tyrannie impériale. Et de longs hourrahs répondent k ces énergiques allocutions jetées au milieu des boulets, des obus ricochant, éclatant de toutes pans.
> Néanmoins, la situation des Anglo-Hollandais était bien critique. Wellington le voyait, mais n'en était pas ébranlé. Il aurait fait retraite s'il l'eût pu, a dit Napoléon. Ti iste vengeance du vaincu que celte allégation tant répétée I Le plan du général reposait sur la défense du plateau jusqu'à l'arrivée des colonnes prussiennes ; elles étaient proches, et il aurait renoncé k le disputer, avec la masse dû braves qui lui restaient encore I « Vous pouvez être tué, lui dit lord • Hill ; quels sont vos projets, vos instruc- » tions ? — Da tenir ici jusqu'au dernier » homme. ■ Kempt, qui a remplacé Picton dans le commandement de l'aile gauche, fait demander des renforts. « Qu'il n'y compte » pas et qu'il continue la défense 1 > Le mot de la journée est dans ces laconiques réponses, dignes de l'antiquité, des plus beaux temps des armées de notre République. Il est puéril, peu honorable de méconnaître des ennemis. » (Charras, Histoire de ta campagne de 1815.)
Wellington a reconnu les redoutables bonnets à poils de la vieille garde et il comprend que lu crise suprême approche ; aussi il prend toutes ses dispositions pour les recevoir. « Les batteries à portée reçoivent l'ordre de concentrer leurs coups sur la colonne d'élite. Les bataillons de Brunswick et de Nassau, en deux colonnes serrées, de quatre et de trois bataillons, sont en première ligne sur sa direction même ; ils soutiendront le premier choc. Derrière eux, la brigade de Maitland (gardes anglaises), déployée et formée sur quatre rangs, se tient couchée dans un pli de terrain. La division Chassé est sur la droite de Maitland, une brigade à deux carrés échelonnés, et, en réserve, uue brigade en colonnes serrées.
» Le bruit des tambours battant la charge, les cris frénétiques de « Vive l'Empereur I » sont devenus distincts, malgré les grondements de l'artillerie ; la garue approche. Les soldats ont l'arme au bras; leurs rangs se serrent et restent alignés sous la mitraille, comme en un jour de parade. Ney est devmit eux, l'épée à la main. La garde approche toujours. Les batteries qui sont en face d'elle
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I sont enlevées à la baïonnette ou Se retirent en désordre. Les bataillons de Brunswick s'avancent à sa rencontre; elle les culbute et les disperse. Le prince d'Orange se précipite en tête des Nassau et veut, à son tour, l'arrêter; une balle le renverse de cheval, et les Nassuu subissent le sort des troupes de Brunswick.
• Des cris de victoire retentissent dans la colonne française... • (Charras.)
Dernière et trompeuse illusion « On sait le reste, dit V. Hugo, l'irruption d'une troisième armée, lu' bataille disloquée, 88 bouches à feu tonnant tout à coup, Pirch survenant avec Bùlow, la cavalerie de Zieten menée par Blûcher en personne les Français refoulés, Marcognet balayé du plateau d'Ohain, Durutte délogé de Papelotte, Donzelot et Quiot reculani, Lobau pris en éebarpe, une nouvelle .bataille se précipitant à la nuit tombante sur nos régiments démantelés, toute la ligne anglaise reprenant l'offensive et poussée en avant, la gigantesque trouée faite dans l'armée française, la mitraille anglaise et la mitraille prussienne s'entr'uidant, l'extermination, le désastre de front, le désastre en flanc, la garde entrant en ligne sous cet épouvantable écroulement.
» Comme elle sentait qu'elle allait mourir, elle cria: « Vive l'Einpereurl» L'histoire n'a rien de plus émouvant que cette agonie éclatant en acclamations
• Quand les hauts bonnets des grenadiers de la garde avec la large plaque à l'aigle apparurent, symétriques, alignés, tranquilles, dans la brume de cette mêlée, l'ennemi sentit le respect de la France; on crut voir vingt victoires entrer sur le champ de bataille, ailes déployées, et ceux qui étaient vainqueurs, s 'estimant vaincus, reculèrent; mais Wellington cria : î Debout, gardes, et visez juste I » Le régiment rouge des. gardes anglaises, couché derrière les haies, se leva, une nuée de mitraille cribla le drapeau tricolore frissonnant autour de nos aigles, tous se ruèrent et le suprême carnage commença. La garde impériale sentit dans l'ombre l'armée lâchant pied autour d'elle et le vaste ébranlement de la déroute; elle entendit le sauve-qui-peut ! qui avait remplacé le Vive l'empereur ! et, avec la fuite derrière elle, elle continua d'avancer, do plus en plus foudroyée et mourant davantage k chaque pas qu'elle faisait. Il n'y eut point d'hésitants ni de timides. Le soldat dans cette troupe était aussi héros que le général. Pas un homme ne manqua au suicide.
• Ney, éperdu, grand de toute ta hauteur de la mort acceptée, s'offrait à tous les coups dans cette tourmente. Il eut là son cinquième cheval tué sous lui. En sueur, la flamme aux yeux, l'écume aux lèvres, l'uniforme déboutonné, une de ses épaulettes à demi coupée par le coup de sabre d'un horse-guard, sa plaque de grand aigle bosselée par une balle, sanglant, fangeux, magnifique, une épée cassée à la main, il disait : ■ Venez voir com- » ment meurt un maréchal de France sur la > champ de bataille! » Mais en vain; il ne mourut pas. Il était hagard et indigné. Il jetait à Drouet d'Erlon cette question : ■ Est-ce » que tu ne te fais pas tuer, toi? » Il criait au milieu de toute cette artillerie écrasant une poignée d'hommes : « Il n'y a donc rien » pour moi ! Oh 1 je voudrais que tous ces « boulets anglais m'entrassent dans le ven- » tre. » Tu étais réservé à des balles françaises, infortuné! >
Ici devrait se placer l'épisode du dernier carré de la garde, criant par la voix d'un de ses généraux : « La garde meurt et ne se rend pas, > ou un mot moins épique et plus soldatesque. Comme le récit de ce dénouement, si grandiose dans son horreur sanglante, se trouve déjà doublement reproduit à notre article Cambronnb, nous y renvoyons le lecteur.
Les ténèbres enveloppaient de leurs voiles sombres le champ de bataille de Waterloo, qu'inondaient les soldats anglais et prussiens, ivres de leur succès. En se retrouvant pour la première fois depuis leur entrevue de Ligny, Wellington et Blûcher se jetèrent dans les bras l'un de l'autre. Ils pouvaient être tiers de leur triomphe, car i.s venaient de remporter la victoire la plus décisive de toute cette époque gigantesque. L'armée française était en pleine déroute, poursuivie par la cavalerie prussienne, qui sabrait impitoyablement les attardés ou les égarés. Wellington a dit de la journée du 18 juin qu'elle avait été î une journée de géants. » Et, en eifet, jamais armées ne s'étaient livré de plus furieux, de plus sanglants assauts. Mais, malheureusement pour la France, jamais non plus une armée française n'avait subi défaite si terrible, si funeste. Il était réservé au neveu apocryphe de Napoléon de faire revivre le spectacle d'une aussi effroyable catastrophe ; car il semble que cette dynastie maudite qui prend sa naissance dans le sang soit condamnée à disparaître dans la boue. Waterloo et Sedan marquèrent la fin da ces deux hommes qui, après avoir fait de la France leur jouet, la laissèrent sanglante et épuisée au fond d'un abîme.
L'armée anglo - hollandaise avait perdu 15,094 hommes; les Prussiens 6,990. Quanta l'armée française, ses pertes ne s'élevaient pas k moins de 30,000 hommes, dont 7,000 prisonniers, sans compter îoo bouches, à feu.
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Qui pourra jamais calculer ce que les Napoléon ont coûté h la France?
Le nom de Waterloo, devenu si légendaire, a passé. dans U langue pour caractériser une destruction, une ruine, une défaite irrémédiable :
i La fortune du faisan s'en va toujours croissant avec celle de la famille des Bourbons, depuis Henri IV jusqu'à Louis XVI. Après avoir atteint son apogée sous ce dernier règne, elle subit une éclipse sous la Révolution, puis se relèvis sous l'Empire. Cette fortune semble même briller d'un éclat plu3 vif que jamais Sous la Restauration ; mais cet éclat, hélas! n'est qu'éphémère. Bientôt l'expédition de Rambouillet a lieu, et l'inviolabilité du faisan disparaît dans la catastrophe où sombrèrent tant d'autres inviolabilités. L'expédition de Rambouillet s'appellera dans l'histoire le Waterloo du faisan, du daim et du dix-cors. Ainsi tout finit, ainsi
tout passe 1 ■
Toussenel.
t Au diable 1 je voudrais bien ne me devoir qu'à moi-même ; j'aurais soin de ne pas me payer et je ne serais pas forcé de recourir à ta médecine!... Au fait, tu as raison 1 Après un Waterloo comme celui de ce soir, une retraite honorable, bien gantée et bien cravatée, est le meilleur parti qui nous reste. » Armand du Pontnartin.
Woicrloo (Ligny kt), par M. Achille de Vaulabelle, extrait de YHistuire des deux Restaurations (1865, in-18). La campagne de 1815 en Belgique, terminée par les batailles a'e Ligny et de Waterloo, est encore le fait militaire le plus considérable de la première moitié du Xtx« siècle. Quoique chaque jour nous éloigne de cette époque néfaste et cependant glorieuse pour la France et pour sa Grave armée, on est toujours avide de cette histoire, dont on voit chaque jour disparaître quelques-uns des héroïques acteurs. Depuis quelques années, elle a passionné les écrivains ; Edgar Quinet, le colonel Charras, Erkmaim-Chatrian l'ont étudiée sous différentes formes, mais tous avec un peu de parti pris, et c'est encore le récit de M. de Vaulabelle qui est empreint de la plus grande impartialité. Enfoui dans V Histoire des deux Instaurations, ce récit n'était pas assez en luitrère pour produire son effet, et l'éditeur Perrotin a conçu une heureuse idée en en faisant 1» matière d'un ouvrage & part. Outre l'attrait du style, on y trouve celui de la vérité historique, poussée si loin chez l'auteur qu'il n'a reculé devant aucune recherche, devant aucune considération personnelle pour retrouver et pour exposer les faits tels qu'ils se sont passés. Là sont expliquées avec talent les causes de nos désastres dans cette courte et mémorable campagne. Au récit lucide, dramatique et complet de la campagne de Waterloo sont joints des documents et dos preuves recherchés avec soin, compulsés avec bonheur et habilement mis en relief. C'est l'œuvre la plus vraie, ta plus complète, en un mot l'histoire réelle de la campagne de 1815, comme le livre de MM. Erkraann- Chatrian en est le roman, et l'une n'offre pas moins d'intérêt que l'autre.
Effort héroïque de l'Empiro expirant, la batailla de Waterloo, malgré ses résultats, fut digne de la lutte engagée vingt-trois ans auparavant par la France révolutionnaire contre l'Europe coalisée. Bien que formées à la hâte et composées, pour moitié„de conscrits et de volontaires enrégimentés depuis quelques semaines, les troupes qui livrèrent ce combat suprême se montrèrent les égales des plus vaillantes légions de ia République et de l'Empire. Elles comptaient 59,000 combattants à Ligny; à Waterloo, 65,000; les alliés perdirent près de 60,000 hommes. Jamais armée française ne porta, on la voit, des coups plus terribles. Fantassins, cavaliers, artilleurs de la ligne et de la garde, tous les soldats furent admirables ; eux seuls jusqu'à la dernière heure ne commirent aucune faute. Le plus grand nombre des officiers de troupe , les généraux eiieoro jeunes se montrèrent dignes de commander àde tels soldats. Mais il n'en fut pas de mémo des maréchaux, des généraux qui exerçaient les commandements supérieurs, et qui ne surent pas se montrer dignes deux-mêmes.
Leurs fautes pendant ces quatre jours furent si lourdes que Napoléon a pu dire : « Tout a été fatal dans cette campagne et prend Ja teinte d'une absurdité. •
C'est surtout le point de vue patriotique auquel s'est placé l'auteur qui rend sa narration émouvante.
Waterloo, roman de MM. Erckmann et Chairiun (1865, in-18). Ce roman fait suite au Conscrit de 1813; nous retrouvons Joseph Bertha, le conscrit, vivantealineet tranquille, marié avec Catherine et travaillant toujours avec M. GouUlen. La guerre vient de nouveau l'arracher à ses foyers; mais cette fois eu n'est pas l'esprit de conquête, c'est la défense de la patrie qui réclame son bras; aussi, tuut en tournant de temps en temps la tête vers celte pauvre maison où il ne demandait qu'à vivre paisible et où il a laissé toute son espérance et tout son bonheur, il
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8e laisse emporter par la colère et finit par crier comme les autres : « En avant! pas de quartier! pas de quartier I » Comme dans le Conscrit, c'est encore lui qui fait la récit des événements, tout en ne racontant guère que ce qui sa trouve en contact direct avec lui. Nous ne le suivrons pas sur ces champs de bataille, k travers ces journées terribles où la guerre prit des proportions plus effrayantes et plus destructives qu'elle n'en avait jamais eu. Chaque détail en a été consigné dans des livres dont on connaît l'autorité et qui peuvent,eux aussi, passer pour nationaux. « Entre ces livres et le genre de récit des auteurs de Waterloo, il y a la même différence, dit M. de Lagenevais, qu'entre les grands tableaux de bataille où le peintre semble s'être placé sur une hauteur, da*is les rangs de l'état-inajor, à deux pas du général en chef, hors de la portée des boulets, et ces toiles épisodiques qui représentent un jeune soldat mourant seul au fond d'un ravin ou un blessé étanchant sa soif au bord d'un ruisseau. La voix de Joseph Bertha est une voix au milieu de cette immense clameur, une larme dans cette tempête de gémissements et de sanglots, une goutte de ces torrents de sang qui emportent la via d'une génération et d'un pays. Ce n'est plus la représentation du courage militaire théâtral, personnifié dans un type de convention, l'inévitable colonel de I Empire ; c'est un enfant de la grande famille humaine qui, tout en s'acquittant de son devoir de Français, déteste la guerre, sent, avec une patriotique colère contre l'étranger, gronder en lui une sourde révolte contre la raison du plus fort et l'esprit de conquête, le tout compliqué de méfiance, de rancune préventive contre cette affreuse réaction antinationale, qui a fait tout le mal et qui va profiter de ces désastres. Qu'on ne s'imagine pas trouver dans Joseph Bertha un de ces énergiques démocrates de la grande époque; non ! l'enfant du peuple s'érige, sans morgue, sans rancune, guidé par son simple bon sens, en pacificateur et en justicier. C'est au nom de la justice et de la pitié que Joseph vient, près d'un demi-siècle iiprès la chute de l'Empire, rappeler les souffrances et revendiquer les droits des petits et. des faibles dans les phases terribles qu'ils eurent à traverser, jjeindre l'agonie de la grande armée et l'invasion de 1 étranger. Son patriotisme se réchauffe au souvenir des malheurs de sa patrie et des maux qu'a l'ail fondre sur elle l'ambition insatiable d'un seul homme, debout sur une pyramide de cadavres comme le génie de la destruction, mais qui sent pes monceaux de chair humaine prêts à s'écrouler sous lui et à l'entraîner dans leur chute sinistre. •
Waterloo (lb soldat dk), tableau d'Horace Vernet; collection de la famille d'Orléans. Le peintre a représenté sur cette toile un grenadier de la garde impériale, assis sur un tertre sépulcral ou donnent d'un glorieux sommeil ses compagnons morts sur le champ de bataille où la veille deux armées se disputaient le monde. Le soleil se couche ; ses derniers feux colorent la scène. Le guerrier, accablé de fatigue, après avoir donné la sépulture à ses camarades, se livre à de douloureuses méditations et donne un dernier regret à ses drapeaux, une dernière pensée à notre gloire éclipsée. Ce petit tableau, popularisé par des représentations de toute sorte, plein de sentiment et d'expression, est d'une couleur vigoureuse et brillante. Il appartenait au duc d'Orléans. Il a été gravé en mezzo-ltnto par Jazet et lithographie par Weber. Réveil l'a gravé au trait dans son Musée'de peinture.
Waterloo (la bataillb db), tableau de Steuben. Le moment choisi par le peintre est celui où les généraux supplient l'empereur .de quitter le dernier bataillon de réserve au milieu duquel il était venu chercher la mort. Sombre, impassible, Napoléon, revêtu du costume légendaire, est à cheval au milieu de lu composition. Ses. généraux se précipitent vers lui et le prient de s'éloigner: l'un d'eux, le sabre à la main, semble se tenir prêt à défendre son maître. La mort frappe à coups redoublés tout autour de l'empereur; le premier plan est jonché de cadavres; à droite, les grenadiers échangent avec l'ennemi des coups de fusil; à gauche sont deux prisonniers anglais qui regardent avec une admiration mêlée de surprise le grand empereur qui veut mourir. Cetie composition, qui a paru au Salon de 1835, est un des meilleurs ouvrages de Steuben ; elle a été gravée pur Jazet, Audibran, Réveil, etc.
Tout le monde connaît la célèbre allégorie de Raffet intitulée : le Cri de Waterloo, et qui a été popularisée par la lithographie d'Emile Bry (lSCl). Raffet a lithographie lui-mémo, en 1830, une autre pièce de sa composition représentant la Bataille de Walerluo. M. Eugène Bazin a peint un Episode de la bataille de Waterloo (Salon de 1838); AI. Joseph Lorentz, les Derniers soupirs de Waterloo (Salon de 1848); Al. Emile Bayard, le Lendemain de Walerluo (lutte entra des blessés français et des blessés anglais, dans une grange, scène peinte avec vigueur et qui a été exposée au Salon de 1875); Horace Vernet, un Soldat à Waterloo (vieux grenadier assis, une bêche à la main, sur le champ de bataille où il vient d'enfouir les cadavres de ses compagnons, des débris d'armes et d'éten-
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dards, composition pathétique connue par la gravure de Jazet), etc. La superbe description que Victor Hugo u faite, dans les Misérables, de la charge héroïque des cuirassiers à Waterloo a inspiré plusieurs tableaux; le meilleur est celui que Bellangéa exposé au Salon de 1865; d'autres ont été exposés par M. Castellani (Salon de 1855), P.-N. Arbo (Salon de 1800). Des tableaux de la Bataillé de Waterloo ont encore été peints par Andrieux (Salon de 1852), Dupray (Salon de 1870), J.-L.Brown (Salon ds 1809). Parmi les compositions dues à des arlistes étrangers, nous citerons celles de Sauervceidt (gravé par Cook), Cooper (gravé par J.-Ch. Bromley, 1837), Atkinson et Davis (gravé par J. Rurnet), J.-W. Pieneman (musée de Harlem), J.-A. Langendyck (eau-forte datée de 1817).
WATERLOO (Antoine), peintre et graveur hollandais, né selon les uns à Amsterdam, selon d'autres à Utrecht, vers 161S, mort en 1662. U s'adonna avec beaucoup de succès au paysage et chargea divers peintres d'exécuter les figures et les animaux qu'on voit dans ses toiles. Ses tableaux, très-recherchés, sont d'un bon coloris et d'une exactitude qui touche parfois à la sécheresse. Il excellait à rendre la transparence du ciel, les lointains vaporeux, l'effet de la lumière à travers les arbres. Peintre naturaliste, il représentait la nature telle qu'il la voyait, sans trop choisir, ce qui fait qu'on l'a accusé de ne pas savoir composer un tableau. Ses dessins sont fort estimés. Comme graveur, il a exécuté des eaux-fortes retouchées au burin, qui sont d'une exécution très-remarquable et qui ont beaucoup contribué à sa réputa'tion. Ces gravures, très-recherchées des amateurs, sont au nombre de cent quarante-huit et forment vingt et une suites. Waterloo mena une vie de désordre. Il tomba dans une profonde misère et mourut à l'hôpital.
WATERMAN s. m. (oua-teur-mann — mot angl. formé de water, eau; man, homme). Batelier anglais. Il PI. WATERMHN.
— Mécan. Machine servant à creuser le sol au fond de l'eau : L'idée du -watkrman flexible de Watt lui a été donnée par la queue du homard. (Complém. de l'Acad.)
WATERPROOF s. m. (oua-teur-prouff — mot angl. formé de water , eau; proof , épreuve). Manteau imperméable, il Nom donné a une sorte do manteau de femme.
WATERTOWN, ville des Etats-Unis (New- York), chef-lieu du comté do Jeffeison, à 128 kilom. N.-O. d'Utica et à l'embouchure du Black -River; 8,000 hab.
WATERVILLE, bourg des Etats-Unis d'Amérique, dans l'Etat du Main<», à 89 kilom. N. d'Augusta, sur le Kennebeck; 5,000 hab. Ecole supérieure ; commerce actif. Nombreuses manufactures, ateliers de construction de machines.
WATEUVUET, ville des Etats-Unis d'Amérique, dans l'Etat de New-York, à 9 kilom. N. d'Albany, sur l'Hudson et la Mohawk ; 12,000 hab.
WATER - ZOOTJE s. m. (va-tre-zo-tjc).
Art culin. Nom donné par les Hollandais à une sorte de court-bouillon que les Flamands appellent watkrzodk.
— Encycl. Le mot waler-sootje signifie littéralement cuisson à l'eau, en hollandais. Le plat qui porte ce nom se compose de poissons d'eau douce, principalement de perches et de brochetons. Après les avoir entaillés en plusieurs endroits, on tes fait bouillir dans de l'eau salée pour leur enlever toute matière visqueuse. Cette opération terminée, on les remet dans une nouvelle eau avec du sel et de la racine de persil. Quand ils sont suffisamment cuits, ou les sert avec leur eau, et ils se mangent sans autre assaisonnement que des tartines beurrées. C'est un. plat simple, très-sain, très-léger, <,ue les médecins du pays permettent à leurs malades.
WATFORD, ville d'Angleterre, comté et à 37 kilom. O. de Hertford, sur la Coin ; 5,500 hab. Filature de soie; papeterie; fabrication de tresses de paille. Commerce de bestiaux et de drèche.
WATHEK-B1I.LAH (Abou-Djafar-Haroun II, AL-), calife abbasside d'Orient, né en 811, mort en 8-47. U succéda, en 812, à son père Motaseni, eut, dès les premiers jours de son règne, à réprimer une révolte des habitants de Damas et fit exécuter 1,500 des rebelles. Prince débauché et prodigue , Wathek se montra cependant un généreux protecteur des lettres et cultiva lui-même lu poésie avec succès; mais il scandalisa' les musulmans or thodoxes en accordant sa faveur aux fatimites et en adoptant les idées des motazélites. Il fit preuve d'une grande cruauté envers ceux qui ne voulurent pas reconnaître que le Coran avait été créé et que les lidèles, après leur mort, ne devaient pas jouir do la vue de Dieu, et alla jusqu'à se faire le bourreau de ceux qui repoussaient sa doctrine. 11 lit aussi décapiter Ai ofllciers grecs, prisonniers depuis sept ans, parce qu ils refusaient d'embrasser l'islamisme. Cependant les querelles religieuses et les plaisirs n'absorbèrent pas tellement ce prince qu'il ne songeât à acquérir quelque gloire militaire, et, dans l'hiver de 845, il envoya une expédition contre les Grecs ; mais elle échoua complètement, et la plupart des soldats qui la composaient
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périrent, tant par suite de la rigueur de la saison que sous les coups des Grecs. Wathfk mourut après un règne de cinq ans et neuf mois, laissant un fils, Mohammert, qui, à eausu de sa jeunesse, fut exclu du trône et remplacé par son oncle Motawflkkul. Il y remonta plus tard et prit le nom de Mohtady. .
WATHIEZ (François-Isidore), général français, né à Versailles en 1777, mort en 1850. Entré à seize ans au service, il lit toutes les campagnes d'Italie, fut promu, en 1805, au grade de capitaine, combattit à Ulm, à Austerlitz et à lôna, devint chef d'escadron en 1807 et, après avoir encore assisté à la bataille d'ileilsberg, où il fut grièvement blessé, fut envoyé en Espagne avec le général Lasalle. Chargé du commandement de l'avantgarde, il força le passage de Torqueinada, battit à Cabazon un ennemi dix fois supérieur en nombre et, au combat de Medina-.Iel-Rio- Seco, conquit le grade de colonel. Blessé h Burgos, il fil, à peine rétabli, la campagne d'Estramadure, suivit, en 1800, Lasulle à l'armée d'Allemagne et assista à la bataille do Wagram. Eu 1812, il prit part à la campagne de Russie, avec le grade de chef d'état-major du 2<î corps de cuyalerie, commanda, pendant l'hiver de 1812 à 1813, les débris de ce corps et garda les passages de l'Elbe jusqu'à l'arrivée de la nouvelle armée en Allemagne. Après la jpurnée de Bautzen et pendant la marche du général Sébastiani sur Glogau, il enleva, à la tête de quelques hussards, une batterie russe de plusieurs canons. Promu général de brigade le 4 juin 1813, il donna île nouvelles preuves de valeur à Leipzig et à.Hanau et, en novembre de la même année, reçut le titre de baron et la croix de commandeur de la Légion d'honneur. En 1815, il reçut à l'armée du Nord le commandement d'une brigade de lanciers, à la tête de laquelle il enfonça plusieurs carrés de troupes écossaises au combat de Quatre- Bras. Mis en disponibilité à la seconde Restauration, il se rallia, en 1822, au gouvernement des Bourbons, reçut le commandement du département de la Meuse et fut créé vicomte en 1824. Sous le gouvernement de Juillet, il fut promu au grade de lieutenant général et prit sa retraite en 1848.
WATIPA, nom sous lequel les naturels des bords de l'Orénoque adorent le démon.
WATRELOS ou WATEKI.O (Lambert), chroniqueur français, né en 1 107, mort vers 1172. . Nommé, dès 1120, chanoine régulier de Saint- Aubert à Cambrai, il ne reçut les ordres sacrés que dix -neuf ans plus tard et devint successivement curé de Waucourt, d'Osw.iller et de Bertii. On a de lui une Chronique de Cambrai , dans laquelle il raconte les événements arrivés dans le Cambrésis de 1108 à U70. Un fragment en a été inséré dans la continuation du Becueil des historiens de France, et elle a été utilisée par Dupont pour son Histoire de Cambrai (17S9-17G9) et par André Potier pour celle du Cateau-Cnmbrésis.
WATRIN (Pierre-Joseph), général français, né à Ueauvais en 1772, mort en 1802. Entré en 1792, comme simple soldat, dans la légion belge, qui devint ensuite le 170 régiment de chasseurs à cheval, il devint capitaine en moins d'un an et, en 1794. fut envoyé comme adjudant général à l'armée du Nord, où il no (atûn pas à être promu général de brigade. Il passa de là à l'armée de Sambre-et-Meiise, puis fut envoyé en 1796, avec 0,000 hommes, à l'armée de l'Ouest, commandée par Hoche. Watriu contribua par son énergie à la pacification du pays. Il se rendit ensuite à Saint- Domingue avec le général Hédouville. A son retour en 1799, il devint général de division à l'armée d'Italie et prit part à toute la campagne, à la lin do laquelle il se trouvaenl'ermô dans Gênes, avec Massôna, qui l'envoya en France demander des secours. 11 fit ensuite, avec Bonaparte, la campagne do 1801 et se signala à la bataille de Marengo. Envoyé une seconde fois à Saint-Domingue avec le général Leclerc, il y mourut de maladie.
WATB1PON (Antoine, dit Antonio) , journaliste français, né à Beauvuis (Oise), en 1822, mort à Pans en juillet 1804. 11 était lils d'un ancien capitaine que les désastres de l'Empire avaient renvoyé dans ses foyers. Ses débuts littéraires eurent lieu dans le Progrès de l'Oise de Compiègne, auquel il envoya d'abord une série de correspondances. Venu de bonne heure à Paris, il entra à la Réforme, fonda, en 1847, la Lanterne du quartier Latin et prit, à la tète des écoles, une part trôs-aotive aux manifestations qui précédèrent et amenèrent la chute du gouvernement de Louis-Philippe. Porté comme candidut à l'Assemblée nationale dans le département de l'Oise par le parti républicain, il réunit un assez grand nombre de suffrages, mais ne fut pas élu. Il fut ensuite un des rédacteurs fondateurs de Y Aimable faubourien, journal de la canaille, qui avait pris pour devise les vers fameux d'Auguste Barbier : La grande populace et la sainte çanalllo Se ruaient a. l'immjrtulitd, et qui, sous une allure triviale, ne se tassait pas de crier sous toutes les formes . que la révolution de Février, comme la révolution de Juillet, sa sœur, était une révolution esT eamotée. » L'Aimabie faubourien, supprimé
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le 24 juin, par suite de la proclamation de l'état de siège, n'eut que peu de numéros. Antoine Watripon collaborait en même temps k la Révolution démocratique et sociale; il y avait commencé la publication d'une Histoire des écoles, qui fut interrompue par la suppression de cet autre journal. Détenu après les journées de Juin, il parvint à s'échapper et se réfugia à Londres jusqu'à la fin du procès de Versailles. A Son retour, il fit paraître VHistoire politique des école* et des étudiants depuis le moyen âge jusqu'à 1850 {première partie, 1815-1830, in-8°, 185fl).M. Louis Blanc, voulant encourager cette œuvre, écrivit une préface qui devait servir d'entrée en matière pour la seconde partie (1830-1850), mais cette seconde partie resta manuscrite. Le coup d'Etat avait brisé la plume de l'écrivain politique. A partir de ce moment, Antoine Watripon n'eut plus à lutter que contre la misère, et il la traita si gaiement, en si bon compagnon, qu'elle" ne voulut jamais le quitter. 11 se mit à faire l'école buissonnière, jetant sa prose légère aux journaux épigrammutiques, le Mousquetaire, le Journal amusant, le Figaro, etc. Il essaya aussi de percer au théâtre et entreprit quelques publications intéressantes. Outre l'Histoire des écoles et un grand nombre d'articles de polémique vive et légère insérés dans divers journaux, on a d'Antoine Watripon, qui toucha à tout, au roman, à la poésie, authéâtie, à l'histoire, les Génies de la tradition française, François Villon (1857, in-16); le Borgne, parodie en deux actes, jouée au Vaudeville de Bruxelles (H juin 1857); les Petits-fils de Rabelais, pièce en trois actes, jouée au théâtre du Luxembourg (1863); les Bâtards de l'enfer ou les Chauffeurs de l'Inde, roman (1859, 2 vol. in-4°); Souvenirs du quartier Latin, les lolottes (1861, in-iï); Echos de jeunesse, les trois âges du pays Latin, précèdes d'une notice par Alfred Deberle, avec musique et portrait de l'auteur (1863, in-18); c'est un recueil de poésies et de chansons, dans lequel se trouve le fameux chant autrefois classique des étudiants : jlfoii vieux quartier Latin. On lui doit encore diverses brochures : Voltaire turlupiné par Alexandre Dumas (1855, in-8°); Alexandre Dumas embêté par AI. Croton-Ditvioier, rentier, ex-fubricaiit de drap d'Etbeuf (1855, in-8°) ; les Cosaques pontificaux (1861, in-8») ; Paris gui danse, études, types et mœurs, par Tony Fanfan (1861, in-12). Il allait publier en volumes, loisqu'il est mort, la Muse folle, refrains d'amour et de bohème ; Pamphlétaires religieux, Garasse, Nonnotle et Patouitlet, suivis de documents nouveaux sur la mort de Voltaire, études insérées dans le journai le Siècle.
WATSON (Thomas), poète anglais du xvio siècle. 11 n'est connu que par ses écrits, au nombre desquels on cite : Amyntss gaudia, recueil de vers hexamètres latins (Londres, 1593, in -40); Collection de madrigaux italiens mis en anglais (Londres, 1590, -in-4°); Ekatonpathia ou Centurie passionnée de l'amour; une traduction anglaise de YAnligone de Sophocle.
WATSON (Thomas), prélat anglais, mort en 1552. 11 lit ses études a l'université de Cambridge, où il se signala par son talent dans la poésie latine, devint doyen de Durham en 1553 et fut nommé, quatre ans plus tard, éyèque de Lincoln par la reine Mario-, mais, bientôt après, il fut dépouillé de cet évêchô par la reine Elisabeth, pour n'avoir pas voulu abjurer la religion catholique, et demeura vingt ans en prison k Londres. De là, il fut transféré au château de Wishich, où il finit ses jours. On a de lui : Absalon, tragédie latine; différents sermons, entre autres trente sur les Sept sacrements, qui forment un traité complet sur cette matière.
WATSON (Guillaume), théologien anglais, décupité en 1603. Il fit ses éludes au collège anglais de Douai et revint ensuite, comme missionnaire catholique, en Angleterre. Il y fit preuve d'un zèle et d'une activité infatigables et fut député auprès de Jacques VI, roi d'Ecosse, pour le bien disposer en faveur de ses coreligionnaires, au cas où ce prince succéderait à Elisabeth en Angleterre, ce qui arriva, en effet, dans la suite. En 1603, Watson fut impliqué dans la conspiration de Walter Raleigh , et il passa en jugement comme prévenu de haute trahison. Bien qu'il eût fourni des preuves évidentes de son innocence, il fut condamné a mort et exécuté. On a de Watson : Considérations importantes contre les jésuites et autres partisans de l'Espagne (1601, in-8°) ; Dialogue entre un prêtre séculier et un laïque (1601, in-8").
WATSON (William), médecin anglais, né en 1710, mort à Londres en 1787. Eu 1730, il entra en apprentissage chez l'apothicaire Richardson et s'appliqua avec beaucoup de soin k l'étude de la botanique, S'étant marié en 1738, il ouvrit une pharmacie et se fit remarquer par le zèle et le savoir avec lesquels il exerça sa profession. Watson devint, en 1741, membre de la Société royale de Londres. Il eut à s'occuper de diverses questions de toxicologie, soulevées par des circonstances accidentelles, et le fit avec beaucoup de talent. Deux universités, celle de Huile et celle de Wittemberg, lui conférèrent presque en même temps le grade de docteur en médecine. En 1762, il fut nommé médecin d'un hôpital, place qu'il occupa jusqu'à sa mort,
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puis devint, en 1784, membre du collège royal des médecins de Londres. Outre un grand nombre d'articles et de mémoires insérés dans les Transactions philosophiques et dans plusieurs autres recueils, on doit encore à Watson les deux ouvrages suivants : Expériences et observations sur l'électricité (Londres, 1745, in-8°) ; Description d'une série d'expériences entreprises dans le but de constater la méthode la plus heureuse d'inoculer la petite vérole (Londres, 1768, in-8°).
WATSON (Charles), amiral anglais, né en 1714, mort en 1757. Entré fort jeune dans la marine, il était, à vingt-quatre ans, capitaine de frégate et obtenait, six ans plus tard, le commandement d'un vaisseau de 60 canons. Il se signala notamment au combat naval livré dans la Méditerranée le 3 mai 1747, où sa conduite excita l'admiration des ennemis eux-mêmes et fut mentionnée dans le rapport de l'amiral français, et, le 14 août, suivant, il eut une part brillante à la bataille livrée par Hawke à une escadre française qui escortait un riche convoi allant aux Indes orientales. En mai 1748, il fut promu au grade de contre - amiral et fut envoyé à la tête d'une petite flotte au Cap-Breton. En 1754, il fut appelé au commandement de l'escadre chargée d'opérer de concert avec les forces de terre du colonel Clive aux Indes orientales. Son premier fait d'armes fut la prise du fort Geriah (13 février 1756), repaire de pirates, qui, depuis de longues années, avaient causé de sérieux dommages au commerce britannique dans ces parages. Lors de l'attaque du colonel Clive sur Clrandernagor, il commanda la petite flotte de 3 vaisseaux de ligne destinés k attaquer la ville du coté du fleuve , tandis que Clive opérerait par terre. Les Français s'étaient préparés k la résistance en coulant plusieurs gros vaisseaux dans le fleuve au-dessous de la forteresse ; mais l'amiral, ayant, en sondant soigneusement, découvert un passage facile, dirigea un feu si vif sur les travaux de défense de l'ennemi et ce feu fut si bien secondé par les batteries de Clive, que la place capitula en moins de trois heures (24 mars 1757). Un grand nombre de prisonniers, 183 pièces de canon et un butin considérable tombèrent aux mains des vainqueurs. Cinq mois plus tard, Watson succombait victime du climat de l'Indoustan. En 1763, la compagnie des Indes orientales lui fit élever un monument à l'abbaye de Westminster.
WATSON (Jean), historien anglais, né à Lymecum - Hanley, comté de Ghester, en 1724, mort en 1783. Il remplit dans différentes paroisses les fonctions du ministère ecclésiastique, puis devint juge de paix dans le connu de Chester et enfin recteur de Meningsby dans celui de Lincoln. On cite, parmi ses écrits : Lettre au clergé de l'Eglise des frères moraves (1756, in-8«); Histoire d'Halifax (1775, in-4°); Histoire des anciens comtes de Warren, de Surrey et de leurs descendants jusqu'à l'époque actuelle (1782, 2 vol. in-40) ; des Sermons; quelques études archéologiques insérées dans {'Archéologie anglaise.
WATSON (Robert), historien anglais, né à Saint-Andrews (Ecosse) vers 1725, mort en 1780. Il étudia la théologie k l'université de sa ville natale, puis k celle d'Edimbourg, où il devint, en 1751, professeur de rhétorique et de belles-lettres. Plus tard, il obtint- une chaire de logique à Saint-Andre-ws et y in* troduisit une innovation, qui se produisait à la même époque dans plusieurs autres universités de l'Ecosse, c'esl-a-dire qu'au lieu de faire des cours sur la logique proprement dite, il en fit sur la théorie de l'esprit humain, sur l'exercice de la faculté de raisonner et sur le criticisme littéraire. Son principal ouvrage est une Histoire de Philippe II, roi d'Espagne (1777), qui obtint beaucoup de succès lors de sa publication et fut aussitôt traduite en plusieurs langues, en français notamment par Mirabeau et Ûurival (Amsterdam, 177S, 4 vol. in-12). L'auteur avait pris pour modèle VHistoire de Charles -Quint de Robertson, mais il est resté bien inférieur à ce dernier et son livre n'a guère de valeur aujourd'hui. A sa mort, il laissait en manuscrit les quatre premiers livres d'une Histoire de Philippe III ; William Thompson y ajouta encore deux livres et les publia quelques années plus tard. Cette histoire a été traduite en français par Bonnet (1809, 3 vol. in-8°).
WATSON (Henri) , ingénieur anglais, né à Holbeach (Lincolnshire) vers 1737, mort en 1780. Il montra de bonne heure de rares dispositions pour les sciences mathématiques, et, dès l'âge de seize ans, il fournissait des articles sur ces matières au Journal des Dames de Thomas Simpson, dont il avait été l'élève à l'académie de Woolwich. Admis, à dix-huit ans, dans le corps des ingénieurs, il se distingua peu après, pendant la guerre avec la France, notamment au siège de Belle- Isle (1761), et suivit, à quelque temps de là, lord Clive au Bengale, où il devint ingénieur en chef de la compagnie des Indes orientales. Il fortifia le fort Guillaume, qu'il rendit presque imprenable et qu'on a appelé, depuis, la Gibraltar de l'Inde; il avait aussi dressé les plans de ports qui devaient être construits dans le golfe du Bengale pour ouvrir de nouveaux débouchés au commerce anglais. Ces plans furent adoptés, et la compagnie des Indes chargea l'auteur de les faire
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exécuter; mais, après plusieurs années de travaux, l'entreprise fut abandonnée par le gouvernement anglais et par la compagnie, et Watson ne put obtenir le remboursement d'une somme de plus de 100,000 livres qu'il avait dépensées. En 1776, il publia une traduction anglaise de l'ouvrage d'Euler, intitulé : Théorie complète de la consfruction et de la manoeuvre des vaisseaux, et il fit construire, d'après les principes exposés dans cet ouvrage, deux bâtiments, qui furent unaniment reconnus pour les meilleurs voiliers qu'on eût vus jusqu'alors. Obligé par l'état de sa santé de quitter les Indes, Watson revint en Angleterre, mais il ne put aller plus loin que Douvres et succomba dans cette ville.
WATSON (Richard), théologien et chimiste anglais, né à Heversham en 1737, mort en 1816. Il fit ses études k l'université de Cambridge et y fut reçu, en 1760, agrégé du collège de la Trinité. Élu, en 1764, professeur de chimie, bien qu'il ne se fût jamais occupé de cette science, il se mit k l'étudier avec une telle ardeur qu'en quatorze mois il fut k même de faire son cours avec un talent remarquable. On lui doit des découvertes sur l'évaporation de l'eau, la dissolution des sels, sur les bitumes, la mine de plomb, etc.; mais il ne tarda pas à abandonner la science pour la carrière ecclésiastique, où, grâce à la protection du duc de Ruslaml, il rit rapidement son chemin. Promu kl'évêché de Landaff en 1782, il s'attira l'inimitié de la cour en se montrantfavorableà l'émancipation des Américains et des Irlandais, puis aux principes de la Révolution française. En 1796, il se fit pardonner ses idées libérales en publiant , sous le titre d'Apologie de la Bible, une réfutation du Siècle de la raison de Thomas Payne, écrit vigoureux en faveur de la Réforme et qui avait rempli d'effroi le clergé et l'aristocratie. Watson fut, dès ce moment, l'un des plus fermes champions du parti tory. Duns toutes les grandes occasions, il lançait un pamphlet qui était comme le mot d'ordre de ce parti. C'est ainsi que parut, en 1798, l'Adresse au peuple de la Grande-Bretagne, cri de guerre contre la France, et, en 1803, les Réflexions sur l'invasion dont on nous menace (in-8°). On a encore de lui : Essais chimiques (1761-1787, 5 vol. in-12); Sermons sur des événements publics (1788, in-8°) ; Traitésdivers sur des sujets de religion, de politique et d'agriculture (1815, 2 vol. in-8°); Anecdotes de la vie de Richard Watson (1817, in -40).
WATSON (Musgrave), Sculpteur anglais, né à Hawkesdale en 1804, mort a Londres en 1848. D'une famille pauvre, il fut placé d'abord chez un procureur de Carlisle. Il y passa deux années, luttant contre ses instincts qui le poussaient vers la statuaire, et ne pouvant les dompter, il partit un jour pour Londres et alla demander des conseils à Flaxmau, alors dans tout l'éclat de sa grande renommée. Flaxman prit sou nouvel élève sous sa protection spéciale et lui prodigua bientôt son affection et ses conseils. Après quelques mois d'étude, Watson soumit à l'appréciation de son maître une sorte de Bergère antique, rappelant un peu la Diane de Gabie et qui n'était pas sans allure, malgré ses imperfections. Flaxman fit agréer cette œuvre de jeunesse à l'Académie, qui ouvrit ses portes à l'auteur. Mais les cours de cette Académie étaient peu sympathiques au tempérament de Watson, qui rêvait, en sculpture, le mouvement et Je drame. Aussi n'y fit-il pas un long séjour. Il s'empressa de courir en Italie, à la recherche de traditions plus larges et de modèles plus beaux. Revenu à Londres, il fut d'abord obligé d'accepter, pour vivre, quelques dessins qu'on lui offrit de faire pour une édition d'Homère, Il illustra aussi k la même époque les Légendes de Cantorbéry et la Reine des Fées de Spenser. Ces petites compositions pleines de verve et d'humour, en dehors du. résultat pécuniaire, ouvrirent k Watson des débouchés inattendus, qui lui donnèrent l'occasion de s'affirmer statuaire. Il exécuta trois statuettes commandées, celle de Spenser, de Chaucer et une petite Sigismunda, fort originale et d'un sentiment exquis. Le succès de ces trois créations le mit en vogue, et Chantrey lui confia le Buste de Digby pour la cathédrale de Worcester. Ses relations avec Chantrey avaient eu le double avantage de iui faire connaître les plus célèbres amateurs ; l'un d'eux, lord Eldon, lui demanda deux figures colossales, tes Statues des lords Eldon et Stowell.'.Ces statues, très-reraarquées, sont aujourd'hui au nouveau collège d'Oxford.
Watson a produit depuis une Statue d'Elisabeth; un Monument élevé à la mémoire d' Allait Cuningham; un grand bas-relief, Dante et Béatrice ; une Hébé ; une Iris et un groupe colossal très-énergique, très-biaarre, le Sommeil et la Mort veillant le corps de Sarpédon, Il faut ajouter à ces œuvres la Statue colossale de Flaxman, son maître et son bienfaiteur, qui fut achevée en 1843. Parmi les travaux interrompus par sa mort, aussi prompte qu'inattendue, citons un bas-relief d'une rare énergie, qui représente la Bataille de Saint- Vincent et qui devait décorer l'une des faces du soubassement du monument funéraire de Nelson.
Watson avait donné, dans le cours d'une carrière sitôt interrompue, la mesure d'un talent distingué, d'une organisation peu commune, et les historiens anglais ont raison de croire que, s'il eût vécu, son nom serait au-
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jourd'hui l'un âes plus grands de la statuaire moderne.
WATSONIE s. f. (oua-tso-nl— de Watson, botan. angl.). Bot. Genre de plantes, de la famille des iridées,comprenant plusieurs espèces, qui croissent au Cap de Bonne-Espérance.
— Encycl. Les watsonies sont des plantes vivaces, a rhizome tubéreux, émettant des feuilles ensiformes, plus ou moins larges; les fleurs sont disposées en épi lâche terminal, muni d'une spathe à deux valves roides, l'extérieure beaucoup plus grande; elles présentent un périanthe k tube allongé, à limbe presque bilubié, partagé en six divisions presque égales; un ovaire surmonté d'un style à trois branches, dont chacune se termine par un stigmate grêle, bifide; le fruit est une capsule cartilagineuse, allongée, à trois loges polyspermes. Les espèces assez nombreuses de ce genre sont toutes originaires du Cap de Bonne-Espérance. Elles ont beaucoup d'affinité avec les glaïeuls et les ixias et se cultivent de la même manière. On trouve surtout dans nos jardins les watsonies rose, velue, de Mérian, à feuilles d'iris, etc.
WATT (Joachim bk), en latin Vntiiainm, érudit suisse, né k Saint-Gall en 1484, mort dans cette ville en 1551, Son père, qui était négociant, le laissa se livrer librement k son goût pour l'étude. Watt se rendit a Vienne, étudia la littérature, le droit, la médecine, puis voyagea en Hongrie, en Pologne, en Allemagne, en Italie. De retour k Vienne, il y devint professeur de belles-lettres, recteur - de l'université et reçut de l'empereur Maximilien, en 1514, le laurier poétique. En 1519, Watt retourna à Saint-Gall, où il occupa de hautes charges. Ayant adopté les idées de Zwingie, il contribua k introduire la Réforme dans son canton, prit part k de nombreuses discussions religieuses et combattit la secte des anabaptiste--. On lui doit de nombreux ouvrages, dont les principaux sont : Ecloga, cui titulus Faustus (Vienne, 1517, in-4°); Commentarii in Pomponium Melam (1516); Schotia in Pliuii hisioriam naturatem (1531) ; Epitome Asiœ, A frics et Europe (1535) ; Consitium contra pestem (1548), etc. On a de lui, en manuscrit, deux Chroniques de Saint- Gall.
WATT (James), célèbre physicien et mécanicien anglais né à Greenock, en Ecosse, le 19 janvier 1736, mort à Heathfield le 15 août 1819. Il doit être mis au nombre des hommes qui ont fait le plus d'honneur à l'humanité. Son bisaïeul, cultivateur établi dans le comté d'Aberdeen, périt durant les guerres rel gietises qui ont ensanglanté l'Ecosse; son grand-père, Thomas Watt, dépossédé par le parti vainqueur, fut recueilli parties parents éloignés et parvint k se faire par l'étude une position indépendante. Il s'établit à Greenock, pour y enseigner les mathématiques, et mourut à quatre-vingt-douze ans, après avoir exercé longtemps la magistrature dans le bourg de Crawfords-Dyke.
Son père, James Watt, trésorier du conseil municipal de Greenock et magistrat de la ville, était k la fois fournisseur d'appareils et instruments nécessaires k la navigation, entrepreneur de bâtisses et négociant. II mourut à quatre-vingt quatre-ans.
James Watt, quoiqu'il ait fourni lui-même une longue carrière, était né avec une santé assez délicate pour que ses parents dussent fréquemment interrompre les leçons qu'il recevait k l'école primaire publique de Greenock et le laissassent le plus souvent s'occuper k la maison, selon ses goûts, de la construction de petites machines, de dessins géométriques, etc. Sa tante lui dit un jour avec impatience : « James, je n'ai jamais vu un jeune homme plus paresseux que vous; prenez donc un livre et occupez-vous utilement. Voila plus d'une heure que vous n'aveî articulé un seul mot. Savez-vous ce que vous avez fait pendant tout ce temps-lk? Vous .avez ôté, remis etôté encore le couvercle de la théière ; vous avez regardé sortir la vapeur et recueilli les gouttes d'eau qu'elle formait dans la cuiller. N'est-ce pas une honte que d'employer ainsi son temps? • Mais son père trouvait, au contraire, plaisir k le voir s'enfoncer dans ses muettes méditations et ne permettait pas qu'on l'en fit sortir malgré lui.
La vive imagination de l'enfant s'exerçait de toutes les manières. Une note, rédigée eu 1798 par M™" Marion Campbell, sa cousine et sa compagne d'enfance, en fournit un précieux témoignage. Sa mère ayant été obligée de le confier k une amie durant une absence de quelques semaines, cette amie le lui rendit en lui disant : i Chaque nuit, quand l'heure du coucher approche, votre fils trouve toujours le moyen de faire quelque conte qui en amène un second, puis un troisième, et ces contes ont tant de charme, que les heures succèdent aux heures sans que nous nous en apercevions. »
Son père continuait de le laisser se diriger lui-même, et sa dévorante activité intellectuelle s'attaquait k tous les sujets d'étude : botanique, minéralogie, géologie, physique, chimie, médecine, chirurgie, histoire, poésie et érudition. Mais quelques revers de fortune qui vinrent frapper sa famille le firent renoncer k ses douces habitudes de savant far-
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niente. Pour ne pas rester à charge k son père, iV alla, en 1755, se placer k Londres, chez un habile constructeur d'instruments du mathématiques, à qui il ne tarda pus a rendre d'importants services.
Au bout d'une année, il s'était déjà rendu maître de tous les secrets du métier qu'il venait d'embrasser et songea à s'établir luimême à Glascow constructeur d'instruments de précision. L'université de cette ville lui accorda le titre de son ingénieur et disposa en sa faveur d'un petit local, où elle lui permit d'établir une boutique, d'où sortirent bientôt des appareils de physique et de mathématiques d un travail exquis, dont quelquesuns sont aujourd'hui conservés comme des reliques.
Adam Smith, Black et Robert Simson, qui avaient protégé ses débuts, devinrent bientôt ses amis et" se réunissaient chez lui pour s'y entretenir de projets d'études et de travaux scientifiques. Robison, qui était alors élève à l'université de Glascow, raconte ainsi les succès flatteurs qu'obtenait le jeune ouvrier ingénieur : « Quoique élève encore, j'avais la vanité de me croire assez avancé dans la mécanique et la physique,; mais, lorsqu'on me présenta à Watt, je ne fus pas médiocrement mortifié en voyant à quel point lejeune ouvrier m'était supérieur. Dés que, dans l'université, une difficulté nous arrêtait, nous courions chez notre artiste. Chaque question soulevée devenait pour lui un sujet d'étude et de découvertes. Jamais il ne lâchait prise avant d'être parvenu à une solution complète. Un jour il apprenait l'allemand, pour pouvoir tiier profit de l'ouvrage de l.êopold sur les machines; un autre jour l'italien, pour un motif analogue... La simplicité du jeune ingénieur lui attirait la bienveillance de tous ceux qui le voyaient. 11 me serait même impossible de citer un second exemple d'un attachement aussi sincère et aussi général accordé k une personne. ■
Ce sont ses fonctions d'ingénieur de l'université de Glascow qui amenèrent Watt à s'occuper des perfectionnements à introduire dans la construction de la machine k vapeur. Le cabinet de physique de l'uuivérsité contenait de la machine de Newcomen un .petit modèle qui n'avait jamais bien fonctionné. Watt, chargé de le mettre en état, reconnut bien vite les vices énormes de cette machine et entreprit aussitôt les grandes recherches qui ont immortalisé son nom. Dans la machina de Newcomen, le même vase faisait successivement fonction de chaudière , de corps de pompe et de réfrigérant ; la dépense en combustible était énorme et le jeu du piston extrêmement lent. Watt commença par séparer le cylindre, où le piston devait se mouvoir, de la chaudière, d'une part, et du condenseur de l'autre. 11 ne fut plus dès lors nécessaire d'interrompre à chaque instant l'action du feu, et le cylindre put rester constamment chaud. Bientôt la machine mit elle-même en jeu les pompes destinées l'une k épuiser l'air du condenseur, la seconde à y envoyer l'eau froide, la troisième k en retirer l'eau nécessaire à l'alimentation de la chaudière. Les communications entre la chaudière et le corps de pompe d'une part, le corps de pompe et le condenseur de l'autre, furent établies et supprimées alternativement par le jeu de soupapes mues parla machine ellemême et d'un modèle parfait. Enfin, la tige du piston put se mouvoir en ligue droite au moyen de l'ingénieuse invention du parallélogramme articulé.
Dans les machines atmosphériques, la pression de l'air était la véritable force mouvante de la machine, la vapeur introduite dans le bas du corps de pompe ne servait qu'à faire équilibre à la pression atmosphérique et k rendre libre l'action des contrepoids pour faire remonter le piston. Le corps do pompe devait donc rester ouvert k sa partie supérieure; mais l'air, en s'y précipitant derrière le piston, le refroidissait. Pour éviter cet inconvénient. Watt ferma le cylindre k ses deux, bouts, substitua l'action de lavapeur k celle de l'air sur la face supérieure du piston, la partie inférieure du corps de pompe étant alors en communication avec le condenseur, et, pour ramener les conditions du mouvement, ascensionnel, remplaça l'équilibre de l'air et de la vapeur, sur les deux faces du piston, par celui de la vapeur ellemême , en mettant en communication les deux parties du corps de pompe par le jeu de la soupape d'équilibre. C'étaient trois inventions en une seule. En même temps, il enveloppa le cylindre d'une chemise de vapeur, préservée elle-même du contact de l'air par un lattis eu bois.
Tous les perfectionnements dont nous venons de parler n'étaient encore qu'en projet, ou du moins n'étaient réalisés que dans un modèle de laboratoire. Watt ne trouva qu'en 1767 les moyens de les exécuter en grand. 11 s'associa avec le docteur Roebuck, à qui il céda les deux tiers de ses droits, et put voir s'achever sa première machine. Elle répondit k son attente; mais la fortune de son associé était déjà compromise, et de
nouveaux revers vinrent achever de briser
les espérauces de l'inventeur. De 1707 h 1774,
Watt s'occupa de divers projets de canaux; en 1774, il fut mis en 'relation avec un manufacturier de Birmingham, M, Boulton, et devint peu après son associé. Les deux amis obtinrent du Parlement une prolongation du
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firivilége accordé en 1769 et créèrent k Soho es ateliers d'où sont sorties les puissantes machines dites de Cornouailles, qui réalisaient les plans antérieurement formés par Watt. Ces machines, k simple effet, admirablement appropriées aux services qu'elles devaient rendre , sont peut-être celles qui font le plus d'honneur à Watt. II est inouï, en effet, que jamais projet ait été porté de prime abord a un pareil degré de perfection. Les machines de Cornouailles, presque abandonnées aujourd'hui à cause de leur lenteur et de leur immensité, sont, de toutes les machines connues, celles dont le rendement, 80 pour 100, est le plus considérable. Les deux associés recevaient pour redevance le tiers du prix du charbon dont leurs machines, comparées à celles de Newcomen , procuraient l'économie pour la même quantité de travail. Les bénéfices étaient énormes, et les acquéreurs de ses pompes suscitèrent à Wutt une infinité de procès pour chercher à s'affranchir du payement des redevances qu'ils avaient souscrites. Heureusement , le bon droit triompha.
Si l'on compare la grossière pompe de Newcomen aux admirables machines de Cornouailles et qu'on se rende compte du chemin déjà parcouru, on s'étonnera que Watt ne se soit pas arrêté après -avoir obtenu d'aussi grands résultats. Cependant, dès 1776, il conçoit le plan de la machine à double effet, destinée à communiquer k un arbre un mouvement continu de rotation; il substitue aux soupapes d'admission et d'exbaustion le tiroir relié à l'arbre pur un excentrique et une manivelle. Quant k la soupape d équilibre, elle se trouvait naturellement supprimée. Il arme l'arbre d'un volant destiné k uniformiser le mouvement de la machine et adapte au cylindre le régulateur k force centrifuge. Enfin, en 1782, il prend un brevet pour l'invention de la.détento.
• Il est, dit Arngo, peu d'inventions, grandes oii petites, parmi celles dont les machines k vapeur offrent l'admirable réunion, qui ne soient le développement d'une des premières idées de Watt. Suivez ses travaux, vous le verrez proposer des machines sans condensation, où la vapeur, après avoir agi, se perd dans l'atmosphère, pour les localités où l'on se procurerait difficilement de grandes quantités d'eau froide. La détente k opérer dans des machines à plusieurs cylindres figurera aussi parmi les projets de l'ingénieur de Soho. Il suggérera l'idée des pistons parfaitement étanches, quoique composés exclusivement de pièces métalliques. C'est encore Watt qui recourra le premier à des manomètres k mercure pour apprécier l'élasticité de la vapeur dans la chaudière et dans le condenseur; qui imaginera une jauge simple et permanente, à l'aide de laquelle on connaîtra toujours et d'un coup d œil le niveau de l'eau dans la chaudière ; qui, pour empêcher que ce niveau ne puisse varier d'une manière fâcheuse, liera tes mouvements de la pompe alimentaire k ceux d'un flotteur ; qui, au besoin, établira sur une ouverture du couvercle du principal cylindre de la machine un indicateur destiné k fournir la mesure du travail moteur transmis par la machine, etc. •
Nous avons rapidement indiqué les principaux perfectionnements apportés par Watt a la machine à vapeur; mais son activité s'est appliquée k un grand nombre d'autres recherches. Un jour, il invente la presse k copier, pour laquelle il prend un brevet en 1780; il imagine le chauffage k la vapeur en 1783; la même année, le 26 avril, il donne à Priestley, son ami, l'explication de sa fameuse expérience sur la combinaison de l'oxygène et de l'hydrogène. « Quels sont, lui écrit-il, les produits de votre expérience? De l'eau, de la lumière, de la chaleur. Ne sommesnous pus, dès lors, autorisés k en conclure que l'eau est un- composé des deux gaz, oxygène et hydrogène, privés d'une partie de leur chaleur latente ou élémentaire; que l'oxygène est de l'eau privée de son hydrogène, mais unie k de la chaleur et à de la lumière latentes? » Celte idée fut d'abord traitée d'absurde k la Société royale. Enfin, Watt introduisit en Angleterre le blanchissage au chlore, d'après la méthode de Bertholieu 11 a très-peu écrit; on a cependant de lui quelques mémoires insérés dans le recueil de la Société royale de Londres et dans celui de l'Académie des sciences de Paris.
Watt avait épousé, eu 1764,. sa cousine, miss Miller, dont l'esprit distingué et le caractère élevé le soutinrent dans ses premières luttes contre les obstacles que lui suscitait l'esprit de routine. Elle mourut en couche de son troisième enfant. Après quelques années de veuvage, il eut le bonheur de trouver une seconde compagne, miss Alac- Gregor, également digne de lui. Il se retira complètement des affaires en 1800, pour jouir des douceurs de la vie patriarcale, i Les qualités du cœur, dit Arago, étaient chez lui encore au-dessus des mérites du savant. Une candeur enfantine, la plus grande simplicité de manières, l'amour de la justice poussé jusqu'au scrupule, une inépuisable bienveillance ont laissé de lui, en Ecosse et t Angleterre , des souvenirs ineffaçables. » Sa mémoire était prodigieuse et son érudition immense. "Voici ii portrait qu'a tracé de lui Walter Scott, dans la préface de son Monastère :
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i Watt n'était pas seulement le savant le plus profond, celui qui avec le plus de succès avait tiré de certaines combinaisons de nombres et de forces des applications usuelles; il n'occupait pas seulement un des premiers rangs parmi ceux qui se font remarquer par la généralité de leur instruction ; il était encore le meilleur, le plus aimable des hommes. La seule fois que je l'aie rencontré, il était entouré d'une petite réunion de littérateurs du Nord; là, je vis et j'entendis ee^jue je ne verrai et n'entendrai plus jamais. Dans la quatre-vingt-unième année de son âge, le vieillard, alerte, aimable, bienveillant, prenait un vif intérêt k toutes les questions; sa science était k la disposition de qui la réclamait. Il répandait les trésors de ses talents et de son imagination sur tous les sujets. Parmi les gentlemen se trouva un profond philologue; Watt discuta avec lui sur l'origine de l'alphabet comme s'il eût été le contemporain de Cadmus. Un célèbre critique s'étant mis de la partie, vous eussiez dit que le vieillard avait consacré sa vie tout entière k l'étude des belles-lettres et de. l'économie politique. Il serait superflu de mentionner les sciences, c'était Sa carrière brillante et spéciale; cependant, quand il parla avec notre compatriote Jedediah Cleisbotham , vous auriez juré qu'il avait été le contemporain de Claverhouse et de Burley, des persécuteurs et des persécutés; il aurait fait, en vérité, le dénombrement exaet des coups de fusil que les dragons tirèrent sur les covenantaires fugitifs. Nous découvrîmes enfin qu'aucun roman du plus léger renom ne lui avait échappé, et que la passion de l'illustre savant pour ce genre d'ouvrages était aussi vive que celle qu'ils inspirent aux jeunes modistes de tlixhuit ans. « Watt, du reste, dans sa vieillesse, était un charmant conteur et méritait souvent les reproches que l'omie de sa mère lui avait déjà adressés, lorsqu'il n'avait encore que huit k dix ans, de faire oublier k ses auditeurs l'heure du sommeil.
A soixante-dix-sept ans, n'ayant pas de Gil Blas près de lui pour l'avertir de l'instant où il commencerait k baisser, il imagina un moyen tout nouveau de s'assurer qu il était resté encore intact; il se mit k apprendre l'anglo-saxon, et les facilités qu'il rencontra dans cette étude le tranquillisèrent pour quelque temps.
A quatre-vingt-trois ans, il fit construire l'espèce de compas de réduction qu'on a, dans ces derniers temps, réinventé k l'usage des sculpteurs, et au moyen duquel on reproduit, avec l'exactitude la plus rigoureuse, une infinité d'exemplaires des chefs-d'œuvre de la statuaire. Il présenta son projet comme un faible essai d'un jeune artiste de quatrevingUTois ans.
Watt fut enterré k côté de l'église de Heathfleld, près de Birmingham ; ses enfants lui firent élever un magnifique monument gothique, orué d'une admirable statue en marbre représentant fidèlement les traits du noble vieillard. Une seconde statue de l'illustre ingénieur, également en marbre, décore l'une dos salles de l'univej-silé de Glascow ; une troisième lui a été élevée k Ureenock ; une quatrième, eu bronze, domine la place George, k Glascow; enfin une cinquième, en marbre de Carrare, chef-d'œuvre de Chantrey, le représente duns le Panthéon anglais, à Westminster.
WATT tJames), minéralogiste anglais, fils aîné du précédent, né en 1769, mort en 1848. Après avoir appris avec son père la physique et la chimie, il s'adonna à 1 étude de "la minéralogie, science pour laquelle il se sentait beaucoup de goût, devint, à vingt ans, l'un des secrétaires de la Société littéraire et philosophique de Manchester, vint en France k l'époque de la Révolution, et, signale*par Robespierre, k la tribune des Jacobins, comme un émissaire d» Pitt, il réussit, au prix de grandes difficultés, k se réfugier en Jtalié. De là il revint, en 1794, en Angleterre, où il devint l'un des associés de ta direction de la manufacture de machines k vapeur de Soho. Il ne s'occupa plus dès lors que de travaux mécaniques, et ce fut à lui en grande partie que cette usine fut redevable du vaste développement qu'elle a pris depuis cette époque et qui en a fait le plus grand établissement de ce genre en Angleterre. On a de Watt: deux Mémoires sur une mine de baryte dans le Lancashire, et sur les elfets de ce minerai administré aux animaux ; une Vie de son père, insérée dans V Encyclopédie britannique, et quelques autres écrits de peu d'importanee. — Son frère, Grégoire^ Watt, né en 1777, mort en I8Ô4, s'associa, èoinuiti lui, dans la manufacture de Soho; mais il se retira des affaires en 1800, k Cause de sa mauvaise santé. On a de lui des Observations sur le basalte, insérées dans les Transactions philosophiques de 1S04.
WATT (Robert), médecin et bibliographe anglais, né dans le comté d'Ayr en 1774, mort en 1812. Il devint professeur de médecine théorique et pratique k l'université de Glascow et président de la Société des médecins et chirurgiens de cette villa. Son titre principal à la célébrité est sa liibliotheca britannica, oeuvre d'un immense travail et extrêmement utile (Glascow et Edimbourg, 1819- 1821, 8 vol. in-4°). On lui doit, en outre, plusieurs autres ouvrages, dont voici les titres :
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Cas de diabète et de consomption (Paisley, 1808, in-so); Catalogue d'ouvrages de médecine, etc. (Glascow, 1812, in-8°j; Traité sur f histoire, la nature et te traitement de l'asthme (Glascow, 1813, in-8») ; Cas d'agitation périodique ou chorée (1814); Observations sur l'influence de la vaccination sur les autres affections et sur la population en général (1814).
WATT (James-Henry), graveur anglais, né k Londres en 1799. Elève de Charles Heath, il eut pour ce graveur une admiration si grande, qu'après quelques essais assez originaux il se borna k l'imitation exacte de ses procédés et de sa manière, au point que les amateurs reconnaissent difficilement l'élève du maître. Citons, parmi les planches réussies de M. Watt : le Départ du marchand de bestiaux, une Basse-cour dans le vieux temps, d'après Landseer, épreuves qui figurèrent à l'Exposition de 1855; la .Proce*sion de la flèche de tard, d'après Stothard ; le Premier mai au temps d'Elisabeth, d'après Leslio; le Christ aux enfants, d'après sir Eastlake. Plusieurs autres gravures de moindre importance, que l'on rencontre dans les publications illustrées de Londres, complètent son oeuvre.
WATTA s. m. (ouatl-ta), Espèce d'autel que les Taïtiens placent dans leurs cimetières.
WATTEAU (Antoine), peintre français, né k Valenciennes le 10 octobre 1684, mort à Nogent-sur-Marne en 1721. Son père, qui était couvreur, aurait désiré le voir embrasser cette même profession; mais, pour ne pas contrarier une vocation qui se manifesta de très-bonne heure, il se résigna k le mettre en apprentissage chez un peintre de Valenciennes. Celui-ci eut sans doute plus de talent pour la peinture en bâtiments que pour la peinture, de tableaux, car il est demeuré absolument inconnu. Certains biographes assurent toutefois qu'il fut mandé k Paris en 1702 pour travailler aux décors de l'Opéra et qu'il emmena avec lui Antoine Watteau, alors âgé de dis-huit ans. D'autres racontent que ce fut de son propre mouvement et pour ne pas se faire couvreur que le jeune Watteau prit le chemin de Paris. Son premier maître dans cette ville fut un certain Métayer, peintre médiocre, qui tenait au pont Notre-Dame un magasin de copies et de tableaux de' pacotille, à la confection desquels il employait une douzaine de manœuvres. Watteau no tarda pas k devenir le plus habile et le mieux payé de la manufacture; il reçut 3 livres par semaine et • la soupe tous les jours 1 » Loin de se rebuter d'un métier si misérable, il profita de ce que le strict nécessaire lui était ainsi assuré pour redoubler d'efforts et chercher k acquérir des connaissances sérieuses. Tous les moments de liberté dont il pouvait jouir, les fêtes, les nuits même, il les employait k faire des éludes d'après nature. Claude Gillot. ayant vu quelques-uns de ces essais, fut f"'p.pé des heureuses dispositions du jeune * liste et l'invita k venir demeurer avec lui. Sous la direction de ce peintre, qui avait la • conduite des machines, décors et habits de l'Opéra » et qui peignait des bacchanales, des ornements, des sujets de modes, des fantaisies carnavalesques et plus particulièrement des scènes de la comédie italienne, Watteau trouva enfin sa voie. En peu de temps, il parvint k égaler, à surpasser son maître; on prétend que Gillot en conçut de la jalousie et renvoya Watteau. Le comte de Caylus, qui fut l'ami de ce dernier, assure que les deux artistes « se quittèrent mal, > et que par la suite, Watteau « n'aimait pas qu'on lui demandât des détails sur leur liaison et sur leur rupture, car, pour ses ouvrages, il les vantait et ne laissait point ignorer les obligations qu'il lui avait, • A en croire l'abbé de Eontenay, • Gillot, s'étant aperçu que son disciple le surpassait dans les fêtes champêtres, le mit chez Claude Audran, fameux peintre d'ornements, qui demeurait au Luxembourg. » Avec ou sans l'assentiment de Gillot, Watteau entra, en effet, dans l'atelier d'Audrau, décorateur de talent, fort occupé k peindre des plafonds, trumeaux et dessus de porte, selon la. mode du temps, C'est eu travaillant k de pareils ouvrages, exécutés le plus souvent sur des fonds blancs ou dorés, qu'il prit l'habitude de cette touche légère, vive, spirituelle, qui est un de3 charmes de sa peinture. Pendant le séjour qu'il lit alors au Luxembourg, il commença k connaître et k admirer Rubens; il étudia avec amour le splendide coloris de la galerie de Médicis. Les beaux ombrages du jardin du Luxembourg, « moins peigné que les jardins des autres maisons royales," lui fournirent aussi des modèles qu'il dessina avec ardeur. Peut-être, enfin, les officiers et les soldats qui étaient attachés au service de cette résidence lui suggérèrent-ils l'idée da peindre des scènes militaires. Ce fut par des sujets de ce genre qu'il montra combien il avait progressé depuis sa sortie de l'atelier de Gillot. ■ Il fit des marches et des repos de soldats d'un faire absolument opposé k celui de ce maître, dit de Caylus, et ces premiers tableaux ont peut-être égalé ce qu'il a fait de plus beau dans la suite. > Un Départ de troupes, que nous connaissons parla gravure de Cochui le père, fut peint par Watteau dans les rares moments de loisir que lui laissait sa collaboration avec Audran ; celui-ci fut plus effrayé que satisfait du mérité de cet ouvrage ; comprenant qu'il courait grand
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risque de perdre « un sujet qui lui était utile et sur lequel il se reposait tissez souvent pour l'arrangement et même pour la composition de ses propres peintures, il lui conseilla de ne point passer son temps à ces sortes de pièces libres et de fantaisie. Watteau ne fut pas dupe de ce conseil intéressé; un marchand, nommé Sirois, beau-père de Gersaiut, lui ayant payé son tableau 60 livres, il profita de cette fortune (car il ne s'était jamais vu si riche) pour aller passer quelque temps dans sa ville natale. De là, il envoya k l'acquéreur de son Départ de troupes une Halte d'armée, destinée 'à faire pendant, et qui lui fut payée 2«0 livres. Ce morceau a été également gravé par Coohin.
Revenu à Faris, Watteau, au lieu de songer à rentrer chez Audran, se prépara k concourir pour le prix de Rome. Il obtint seulement le second prix-en 1709. Il lui fallut se contenter de poursuivre ses études k Paris, tout en conservant l'espoir de gagner un jour les faveurs de l'Académie et de l'aire aux. frais du roi le voyage d'Italie. En 1712, il eut l'idée de faire placer dans une des salles du Louvre, qui servait de passage aux académiciens, les deux peintures achetées par Sirois. Charles de La Fosse, se rendant k l'Académie, s'arrêta devant ces tableaux et, tout étonné de leur mérite, demanda quel en était l'auteur; on lui répondit que c'était un jeune peintre qui venait supplier « ces messieurs de l'Académie • de lui faire obtenir la pension "du roi pour aller à Rome. La Fosse voulut aussitôt qu'on lui présentât ce jeune homme et lui dit en le venant : ■ Mou ami, vous ignorez vos talents et vous vous mêliez de vos forces; croyez-moi, vous en savez plus que nous; nous vous trouvons capable d'honorer notre Académie; fuites les démarches nécessaires, nous vous regardons comme un des nôtres. » Encouragé, surplis, Watteau abandonna son projet de voyage, fit les visites de rigueur et fut immédiatement agréé dû l'Académie. Cinq ans plus tard, il fut reçu sous le titre nouveau et bien mérité de > peintre des fêtes calantes. ■ Son tableau de réception est l'adorable chef-d'œuvre que possède le Louvre, l'Embarquement pour Vile de Cythère. Les qu'il fut de l'Académie, il vit grandir rapidement su réputation et fut accablé de commandos. Les plus célèbres amateurs de l'époque, Crozat, de Julliennu, l'abbé de La Roque, le comte de Caylus, l'abbé Fraguier, recherchèrent ses ouvrages et devinrent ses amis en même temps que ses admirateurs. Un marchand de tableaux, qui fut en même temps un très-flu connaisseur et qui a rédigé îles Catalogues de ventes, aujourd'hui ires-recherchés, Gersaiut, fut particulièrement lié avec Watteau. Il nous a laissé du lui ce portrait naïf et bien touché : i Watteau était de moyenne taille et d'une faible constitution; il avait le caractère inquiet et changeant; il était entier dans ses volontés, libertin d'esprit, mais sage de mœurs, impatient, timide, d'un abord froid et embarrassé, discret et réservé avec les inconnus, bon, mais difricile ami, misanthrope, même critique malin et mordant, toujours mécontent de lui-même et des autres, et pardonnant difficilement. 11 parlait peu, niais bien; il aimait beaucoup la lecture ; c'était l'unique amusement qu'il se procurait dans son loisir; quoique Sans lettres, il décidait assez sainement d'un ouvrage d'esprit. Sou désintéressement était si grand, que plus d'une fois il s'est fâché vivement contre moi pour lui avoir voulu donner un prix raisonnable, que par générosité il refusait... > Le comte de Caylus, ce son côté, a dit de Watteau : « Jouissant d'une agréable réputation, il n'avait d'autre ennemi que luimême et certain esprit d'instabilité qui le dominait. Il n'était pas sitôt établi dans un logement, qu'il le prenait en dépluisuuce. 11 en changeait centet. cent fois, et toujours sous des prétextes que, par honte d'en user ainsi, il s'etudihit k rendre spécieux. Là où il se fixait le plus, ce fut eu quelques chambres que j'eus en différents quartiers de faris, qui ne nous servaient qu'a poser le modèle, à peindre et k dessiner. Dans ces lieux uniquement consacrés à l'art, dégagés de toute impoitunité, nous éprouvions iajoie pure de la jeunesse I... Je puis dire que Watteau, si sombre, si atrabilaire, si timide et si caustique partout ailleurs, n'était plus alors que le Watteau de ses tableaux, c'est-à-dire l'auteur qu'ds fout imaginer, agréable, tendre et peut-être un peu berger. • Atteint d'une maladie de poitrine qui se compliquait d'un tempérament très-nerveux, Watteau tombait souvent dans une mélancolie profondu et éprouvait alors ce besoin de changement que de Caylus lui reproche. En 172u, il fit un voyage en Angleterre, passa près d'une année a Londres et dut revenir k cause du mauvais état de sa santé. Il logea d'abord chez son ami Gersaint, le marchand de tableaux, dont il peignit l'enseigne, ouvrage qui eut un succès prodigieux. Au bout de six mois, sa maladie augmentant, il voulut respirer l'air de la campagne et accepta un logement chez un autre ami, à Nogent. C'est dans cette demeure qu'il expira le 18 juillet 1721, à peine âgé de trente-sept ans. 11 laissa pour toute fortune 9,000 livres et une grandi quantité de dessins, qu'il légua à quatre de de ses amis, Gersaint, l'abbe Uaranger, chanoine 'de Saint-Genaain-l'Auxerrois, AI. de Jullieuiie et M. Héniu.
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Watteau n'est pas seulement le peintre le plus aimable, le plus spirituel, le plus original qu'ait produit notre école avant le xixe siècle ; il est certainement un des artistes les plus français que nous possédions. « Watteau, a dit W. Bùrger, est une singulière et brusque révolution dans l'école française. Il naissait un moment où allaient mourir Le Brun et Mignard, qui remplissent le xvire siècle; où venaient de mourir Poussin et Claude, d'ailleurs plus Italiens que Français; où, se traînant k la suite de « l'illustre monsieur ■ Le Brun et des ■ immortels Carruche, » l'école n'avait plus qu'un vain apparat, ni inspiration, ni caractère, ni esprit. Il semblait que la société française en fût à ce point de je ne sais quelle comédie italienne, où le personnage chargé du grand rôle, après beaucoup d'embarras, s'avance majestueusement au bord de la scène et demeure immobile et morne sous son masque et ses amples draperies. Qu'y a-t-il? L'acteur caché sous le mannequin et qui l'avait fait mouvoir, s'ejqiiivant par une trappe inférieure du théâtre, a laissé la défroque vide et il reparaît subitement... en arlequin 1 N'est-ce pas Watteau jaillissant tout à coup derrière le fantôme de Charles Le Brun?...» MAL de Goncourt ont apprécié avec une grande finesse d'esprit et dans un langage rafliné et plein de brio le rôle joué Jiar Watteau dans l'école française : > Le grand poëte du xvnic siècle est Watteau. Une création, toute une création de poème et de rêve, est soj'tie de sa tête, emplissant son œuvre de l'élégance d'une vie surnaturelle , que le peintre a tirée des visions enchantées de son imagination. Il a renouvelé la grâce. La giàce, chez Watteau, n'est plus la grâce antique : un charma rigoureux et solide, la perfection de marbre de la Galatée, la séduction toute plastique et la gloire matérielle des Vénus. La grâce de Watteau est la grâce. Elle est le rien qui habille la femme d'un agrément, d'une coquetterie, d'un beau au delà du beau physique. Elle est cette chose subtile qui semble le sourire de la ligne, l'âme de la forme, la physionomie spirituelle do la manière. Toutes les séductions de la femme au repoï : la langueur, la paresse, l'abandon, les adossements, les allongements, les nonchalances, la cadence des poses, le joli air des profils penchés, les retraites fuyantes des poitrines, les souplesses du corps féminin, et le jeu des longs doigts sur le manche des éventails, et les indiscrétions des hauts talons dépassant les jupes, et les heureuses fortunes du maintien, et la coquetterie des gestes, et le manège des épaules, et tout ce savoir que les miroirs du siècle dernier ont appris à la femme, la mimique de la grâce revit en Watteau avec sa fleur et son accent. Et quel décor I Une terre complice, des bois galants, des champs emplis de musique, des bosquets propices aux jeux d'Echo, des arbres en berceaux, où pendent les paniers de fleurs; des déserts, loin du monde jaloux, rafraîchis de fontaines, peuplés de marbres et de statues 1 Jets d'eau jaillissant soudain du milieu des cours des fermes I Soleils d'apothéose, belles lumières dormantes sur les pelouses, verdures pénétrées'et translucides 1 Délices champêtres, décorations murmurantes et parées, jardins embuissonnés de ronces et de roses, paysages de France plantés de pins d'Italie I Villages égayés de noces et de carrosses, de cérémonies, de toilettes et de fêtes, étourdis de violons et de flûtes I Scène agreste au rideau vert, à la rampe de fleurs, où monte la Comédie française, où gambade la Comédie italienne I... Comme cette mode d'Italie, étineelaute e' bizarre, se marie heureusement a la mode française du xviue siècle enfant I Et quelle mode adorable naît de ces modes alliées et brouillées, la mode de Watteau 1 Une mode d'aventure et de liberté, errante et bénie, qui attrape le neuf, le piquant, la provocant; des ciseaux d'artiste qui trouvent en se jouant la négligence et la parure, l'abandon du matin et le bel habillé des après-midi ; ciseaux de fée, courant et coupant en pleine volupté dans l'argent du salin, ne ménageant ni l'étoffe ni l'œil des galants; jolis retroussis de jupes, ravissante rocaille des plis, étroits corsages, prisons friponnes, corbeilles de soie d'où se sauvait la chair fleurie I O ciseaux enrubannés de Watteau, quel joli royaume de coquetterie vous tailliez dans le royaume embéguiné de la Maintenon 1 • Ce marivaudage littéraire donne parfaitement l'idée des agréables fantaisies du peintre des fêles galantes ; il serait difficile d'exprimer en un style plus piquant, plus aimable, plus séduisant, des idées et des sujets plus- contraires à la réalité. Sous le rapport de' l'exécution, Watteau n'est pas moins spirituel, original et fumais. ste. • Au fond, dit de Caylus, il faut en convenir, Watteau était infiniment maniéré. Quoique doué de certaines grâces et séduisant dans ses sujets favoris, ses mains, ses têtes, son paysage même, tout s'y ressent de ce défaut. Le guut et l'effet forment ses plus grands avantages et produisent, il est vrai, d'agréables illusions, d'autant que sa couleur est bonne, qu'elle est juste dans l'expression de ses étoffes, qui sont dessinées d'une façon piquante. Il faut dire encore qu'il n'a guère peint que des étoffes de soie sujettes à donner de petits plis. Mais ses draperies étaient bien jetées, l'ordre des plis était vrai parce qu'il les dessinait toujours sur le naturel et qu'il ne s'est
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jamais servi de mannequin. Le choix des couleurs locales de ses draperies était bon et ne choquait jamais l'accord. Enfin, sa touche fine et. légère donnait k toute son exécution un air piquant et animé. ■ Watteau est, en effet, un de nos coloristes les plus fins et les plus moelleux, en même temps qu'un de nos dessinateurs les [dus spirituels; il est véritablement de la famille des grands maîtres, quoi qu'en aient dit les académiciens froids, monotones et gourmés, sortis de l'école de David. W. Bùrger a fait justement remarquer que «Watteau, malgré son originalité si tranchée et un peu maniérée sans doute, a beaucoup d'analogie avec plusieurs des coloristes les plus exquis de toutes les écoles, avec Rubens, avec Paul Vôronèse, avec Velazquez. »
Le Louvre ne possédait qu'un tableau de Watteau, l'Embarquement pour Cythère, avant d'avoir été enrichi de neuf ouvrages de ce maître par la donation La Onze; trois de ces ouvrages, le Gilles, l' Indiffèrent, la Finette, sont excellents; les autres sont intitulés : Assemblée dans un pare, {'Escamoteur,* le Faux pas, ['Automne, lu Jugement de Paris et Jupiter et Antiope. Dans les musées de province, nous citerons : \a£oncerl en plein vent,k Angers; la Jienconlre d'Arlequin et de Pantalon, a Nantes; une Conversation, k Valenciennes. Il y a des œuvres remarquables de Watteau chez plusieurs collectionneurs de Paris : VJ le enchantée, chez AI. Wilscui ; la Comédie italienne, chez le baron de Rothschild; le Conteur, chez M. Claye; la Rêveuse, chez. M. Burat; l'Indiscret, chez AI. Richard \Vallace, etc. Dans la galerie d'Arenberg, en -Belgique, on voit trois morceaux exquis : les Grandes Noces, le Bain froid et le Bain chaud. Le musée de Berlin possède au>si trois charmantes toiles de Watteau- : les Plaisirs de la Comédie italienne (gravés par Sèb. Le Clerc), les Pluisirs de la Comédie française et une Réunion galante dans un parc. Le musée de l'Ermitage est riche en œuvres du inaitre ; il en .a sept : un Dîner champêtre, une Danse, une Marche de troupes et une Halte d'armée, un Mezzetin, un Petit Savoyard et une Sainte Famille. Dans la galerie de Dresde, il y a deux bous tableaux, la Promenade et une lléunion galante sur une terrasse; au musée de Cassai, deux Scènes galantes; dans lu galerie Weyer, à Cologne, l'Entretien (payé 2,280 francs à la vente Monbrun en 1861); à la pinacothèque de Munich, une Société dans un jardin; au musée du Belvédère, le Joueur de guitare; k Prague, une Scène de carnaval; au musée des Offices, le Joueur de flûte; au musée de Madrid, Un Bal masqué dans un jardin et le Contrat de mariage; dans la galerie de lord Hertford, las Amusements champêtres, un des plus beaux ouvrages du maître; dans la galerie de Struflord House , des Baigneuses; dans la collection de Dulwich Collège, un Bai c/*a»tpé/re;kBuekingliani Palace, un Concert et le Baiser; dans la collection de M. Perkins, une Fête champêtre; dans la collection de M. Baring, une Réunion joyeuse efPierrot jouant de la guitare, etc. Beaucoup d'autres galeries anglaises possèdent des ouvrages de Watteau. Les dessins de ce maître ne sont pas moins recherchés que ses peintures. M. de Jullienne,qui en a fait graver un recueil, a dit : ■ Les dessins de Watteau ont des grâces tellement attachées à l'esprit de l'auteur, qu'on peut avancer qu'ils sont inimitables. > Il est certain qu'on ne saurait apporter plus de liberté, plus d'aisance, plus de coquetterie, plus de grâce, plus de légèreté duns l'exécution d'un croquis.
Watteau a gravé k l'eau- forte d'une pointe très-spirituelle une huitaine de morceaux. Il a été lui-même reproduit par une foule de graveurs, notamment par Boucher, le comte de Caylus, P. Mariette, G. liuquier, Seotin, J. Moyreau, E. Brion, L. Jacob, Bernard Baron, Ch.-Nic. Cochiu, J. de Pavaunes, Fr. Joullain, Pierre Aveline, Benoit, Audran le jeune, Nie. Ransonnette, J.-Ph. Le Bas, Ch. Beurlier, J.-M. Liolard, Fr. Janinel, H.-S. Thoinassin, P. Fillœul, Laurent Cars, Michel Aubert, Nicolas de Larmessin, E.
Kirkull, Ch. Dupuis, Edine Jeaurat, Michel Keyl, L. Desplaces, Ch. Chaplin, Tardieu, Kajon, Mt'o Kuchel Rhodon (le Gilles), etc. Après avoir joui d'une grande vogue pendant presque toute la durée du xviue siècle, où il eut pour continuateur Pater et Lancret, ses disciples, Watteau devint l'objet du mépris et, des quolibets des adorateurs de l'antique pendant les quarante ou cinquante années qui suivirent la chute de la société monarchique ; ses œuvres, qui avaient atteint des prix relativement très-élevés dans les ventes de Jullienne (1767), Blondel d'Azincourt (1710), Blonde! de Gagny (1776), Randoii de Boisset (1777), Bélisard (1T83), de Cossé (1718), Le Brun (1791), etc., tombèrent à des prix dérisoires du temps du premier Empire, sous la Restauration et même pendant une grande partie du règne de Louis- Philippe, Depuis vingt-cinq ans, le charmant artiste a retrouvé toute la faveur des premiers temps ; son Rendez-vous de chasse a été payé 25,500 francs k la veute de Moruy en
— Iconogr. Watteau a fait de lui-même un portrait que François Boucher a gravé à l'eau-forte et qui a été également gravé par Bernard Lépicié. Le comte de Caylus a exé-
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enté à l'eau-forte un portrait du peintre des fêtes galantes, et en a tracé aussi ce portrait à la plume qu'on doit croire exact, car il n'est pas flatté : « Watteau était de petite taille-, il n'avait point du tout de physionomie ; ses yeux n'indiquaient ni son talent ni la vivacité de son esprit. Il était sombre, mélancolique comme le sont tous les atrabilaires, naturellement sobre et incapable d'aucun excès, i Le peintre Vleughels, qui fut directeur de l'Académie de France k Rome, écrivait de Paris à la célèbre Rosalba Carriers en 1719 : « Nous avons ici beaucoup d'appréciateurs qui estiment infiniment votre talent... Un excellent homme, M. Watteau, duquel vous aurez sans doute entendu parler, a le plus grand désir de vous connaîtra et d'avoir un petit ouvrage de votre main ; en échange, il vous enverrait un des siens, ou, s'il ne pouvait pas, l'équivalent... • La Rosalba fit mieux que ce que pouvait attendre Watteau; elle vint k Paris et lit au pastel le portrait de notre artiste. Ce pastel, représentant Watteau en buste, assis sur une chaise, fut vendu en 17G9, à la vente Lalive de Jully, 123 livres. Un portrait de Watteau a été gravé en Angleterre par W. Hibbari pour les Œuvres de H. Walpole (111, p. 42G). A la National Gallery un tableau de Turner représente Watteau peignant. M.Charles Crauk a exposé en 1S45 un tableau relatif a Watteau et Pater. Des bustes en marbre de Watteau ont été sculptés par Sornet (commande du ministère de l'intérieur, Salon de 1841), L. Auvruy (Salon de 1856 et Salon de 1859), V. Vilain (Salon de 1859, commande du ministère d'Etat), etc. M. Auvray est l'auteur d'un monument funéraire qui a été érigé à Nogent-sur-Marne en 1865, et qui se compose d'un buste et d'un élégant piédestal sur l'une des faces duquel on lit : La commune de Nogent, voulant honorer le souvenir d'un hôte illustre et consacrer k jamais lo lieu de sa sépulture, a pieusement rétabli cette tombe, élevée jadis dans l'église paroissiale pur les amis du grand artiste. ■ Ce monument s'élève sur remplacement de l'ancien cimetière paroissial de Nogent, devenu le parvis de l'église. Des scrupules grotesques ont empêché qu'il ne fût érigé dans l'intérieur même de cette église où Watteau avait été enterré. En 1870, Curpeaux a exécuté pour la ville de Valenciennes une statue d'un caractère plus réaliste que monumental, mais qui n'en est pas moins une œuvre très-sentie, trèsexpressive.
WATTEN, bourg et commune de France (Nord), canton de Bourbourg, arroiid. et k 30 kilom. S.-O. de Dunkerque, sur l'Aa; 1,300 hab. Culture et commerce de chanvre, fèves et pommes de terre; fabrication de poteries, brasseries, tanneries, fours à chnux. Ce bourg, situé au pied d'une petite montagne, est très-ancien. Les Romains y avaient construit une forteresse, sur l'emplacement de laquelle on a découvert plusieurs débris d'antiquités gallo-romaines. Plus tard, Watten eut uue abbaye, qui fut brûlée par les protestants au commencement du xvn» siècle et donnée ensuite aux jésuites anglais, qui la réédiflèrent et la conservèrent jusqu'en 1762, époque où elle fut supprimée et ses biens donnés k l'évêque de Saiut-Oiner. Celui-ci eu fit démolir les bâtiments, k l'exception de la tour de l'église, que l'on a conservée pour servir de guide aux navigateurs.
WATTEV1LLE (Alexandre-Louis DE),homme politique et historien suisse, né à Berne en 1714, mort en 1780, après avoir rempli diverses fonctions duns le gouvernement de sa ville natale. Le plus important de ses ouvrages est une Histoire de la Confédération helvétique (Berne, 175-*, 2 vol. in- 8°; "Y Verdun, 1768, avec additions), qui s'étend jusqu'à l'année 1603. Watteville avait, en outre, collaboré k différents recueils et journaux suisses et publié plusieurs discours patriotiques.
WATTEVILLE (Adolphe nu GRAB, baron DK), économiste français, né a Paris en 1801, mort en 1866. Il s'occupa de bonne heure de l'étude des questions concernant la charité et l'assistance publique et acquit une grande expérience sur to.it ce qui est relatif k ces matières. H était toujours le premier consulté lorsqu'un gouvernement essayait, par une institution nouvelle ou parla réforme d'une institution ancienne, d'améliorer la situation de la classe pauvre.
Le baron de Watteville n'était pas, en effet, un pur théoricien. Il joignait constamment l'action, la pratique k l'étude. Il prit la part la plus active à la fondation et a l'administration de nombreux établissements de bienfaisance, ce qui lui valut d'en être nommé inspecteur en 1833 et inspecteur gênerai en 1838. Il était, eu outre, membre des Académies de Bordeaux et de Lyon et de l'institut national de Washington. On a de lui : Ou sort des enfants trouvés en France (18-16, in-8°); Situation administrative des monis-de-piêié (1846, in-s°) ; Code de l'administration charitable (1847-1867, toin. I" k 111, ii>-8<>) ; Législation charitable (1847, in -8°) ; Essai statistique sur tes établissements de bienfaisance (1846, in-8°); Du patrimoine despauvres (1846, iu-12) ; Rapport au ministre de l'intérieur sur le service des enfants trouvés (1849, in-4°); Du travail dans les prisons et les établisse' ments de bienfaisance tlB50, in-12); Rapport au ministre de l'intérieur sur t' 'administration des monts-de-piélé (1850, in.-4°); Rapport sur
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la situation du paupérisme en France (1854, I in-40); Sur les infanticides en France (1850, in-4°), etc. Il n, en outre, collaboré à différents recueils, tels que l'Annuaire de l'économie politique, les Annales de l'éducation des sourds-muets et des aveugles, le Journal des économistes, etc.
WATTIER (Pierre), comte de Saint-Alphonse, général français, né à Laon en 1770, mort en 1846. Ente* au service en 1792, ii fit toutes les campagnes des armées du Rhin et était parvenu en 1800 au grade de général de brigade. Pendant la campagne de 1805, il se signala à Ansterlitz et, 1 année suivante, trois jours avant la bataille d'iéna, culbuta a Sehleilz trois régiments de cavalerie prussienne. Promu, en 1807, commandeur de la Légion d'honneur? il fut envoyé en Espagne après la paix de Tilsitt, s'empara, le 25 janvier 1609, de la ville d'Alcanitz, qui était occupée par 6,000 Espagnols, donna de nouvelles preuves de valeur h la bataille da Fuentes-Onoro, ainsi que dans plusieurs autres rencontres, et fut promu, en 1811, général de division. Pendant la campagne de Russie, il combattit vaillamment k la bataille de la Moskowa, servit ensuite en Allemagne, prit part u lu plupart des engagements de la campagne de France, assista à la bataille de Waterloo et fut mis en demi-solde à la seconde Restauration. En 1820, il fut rappelé au service actif en qualité d'inspecteur général delà gendarmerie, mais fut de nouveau mis en demi-solde après la révolution de juillet 1830.
WATT1IÎR (Charles- Emile), peintre et graveur, né a Paris en 1800. Elève de Lafond et du baron Gros, il n'apprit d'eux que la pratique matérielle de l'art et eut pour véritables maîtres les peintres du x-vtite siècle, surtout Watteau et Bouclier. 11 débuta, vêts 1830, par de petits tableaux de genre d'un goût délicat : la Prière à l'église, la Sortie de l'église, Ninon de Lenclos et La Châtre, l'Entrée au bain, V Embuscade. Pendant que ces bonnes peintures mettaient son nom en relief, une fâcheuse inspiration en vint amoindrir l'excellente impression. Nous voulons parler da l'Anniversaire de Juillet (Salon de 1833). Un sujet pareil s'éloignait tout à fait des instincts particuliers de l'auteur; niais, dans la mémo année, il exposait trois tableaux de genre traites dans sa manière ordinaire : le Parc, la Romance, l'Invitation, et il ne fit que rarement des écarts dans les genres qui lui sont moins familiers. Avant d'exposer son œuvre principale, le Petit souper sous la Régence (1347), il donna successivement Réalrix Cenci au milieu des inquisiteurs, lu Conversion de sainte Marguerite de Cortone (1836) ; le Soir, la Musique, l'Adieu (1837); la Prairie (1840) ; la Fontaine, lu Confidence (1841); le Soit; la Rêverie (1844); la Fin d'une journée d'été (184C). Dans le Petit souper sous la Régence, M. E. Wattier a donné la plus haute expression de sa personnalité. Popularisée par la gravure que publia t'Artiste en 1847 et qui a été, depuis, plus de cent fois éditée, celte petite scène des mœurs du très-noble régent est si connue, qu'il n'est pas besoin de dire combien elle est réussie au double point de vue de l'intuition de cette époque et de la désinvolture des types. Cette science des choses de ta Régence va même si loin, qu'elle absorbe complètement la personnalité de l'auteur. En effet, on dirait cette peinture vieille de eent ans et on cherche au bas la signature de l'un des maîtres de l'époque ; jusqu'aux moindres détails du métier, tout y est XVIli* siècle. C'est à la fois un mérite et un charme tièsgrands. La faculté d'assimilation qu'il y a dans cette scène n'est pas une faculté commune quand elle est portée à ce degré. Après cette perle, on ne peut guère citer, mais dans un genre différent, que le Midi, le Triomphe et les Quatre heures du jour, panneaux décoratifs qui ornent le boudoir de la princesse B. Galitzin dans son palais de Saint-Pétersbourg. Ces allégories, dont les gravures sont passées dans le commerce, sont très-gracieuses. La décoration du salon du comte de Crisenoy, dont les pointures furent exposées en 1858, doit compter aussi parmi les meilleures oeuvres de M. Wattier. Enfin, au Salon de 18C4, il envoya, comme un adieu aux expositions annuelles, une Diane sauvée par Minerve. Dans ses nombreuses aquarelles, il • s'est montré toujours coloriste du premier ordre. Sa verve y est même plus grande encore, plus jeune, plus ardente; toutes sont excellentes. Citons celle qu'on admire dans la galerie de lu duchesse d'Abrantès, Béatrix de Cenci devant les inquisiteurs et la Toilette de JtJme la marquise de Pompadour ; Louis XV, debout, préside à cette toilette. C'est une mise en scène merveilleuse. La composition forme un éventail qui fut exposé k Londres et k Paris eu 1855. La couleur on est éclatante comme celle de Delacroix, et les figurines y sont élégantes et royales d'allure, comme les savait tourner le grand Watteau. Outre ces nombreux travaux, M. E. Wattier a gravé, entre autres choses, J'ceuvre tout entier ne Bouclier. Ses gravures sont très-rcoherebées. Entin, on doit k M. Wattier la reproduction, en eaux- lottes finement touchées, de ses meilleures création;,, le Petit souper, l'Entrée au bain, etc. 11 a aussi reproduit pur la lithographie quelques-uns de tes dessins.
WATTIKB (Anne-Cc-rnélie). V. ZtESENlS.
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WATTIGN1ES, bourg de France (Nord), cant. de Seclin, arrond. et à 7 kilom. S. de Lille; pop. aggl., 1,005 hab. — pop. tôt., 2,392 hab. Fabrication de bleu et de chicorée ; confection de sarraux; moulins k blé. En 1793, Jourdan y défit les Autrichiens. V. ciaprès.
Waiiigniea {bataille de), gagnée par le général républicain Jourdan sur les Autrichiens, le 17 octobre 1793. Le général H011chard, par sa victoire sur les Anglais k Hondschoote, avait mis fin aux revers des armées françaises dans le Nord ; devenu suspect, il dut résigner son commandement entre les mains de Jourdan, dont les sentiments républicains s'étaient mieux affirmés. Les- Autrichiens, sous les ordres du général Clairfayt, avaient envahi le nord de la France et opéré leur jonction avec l'armée du prince de Cobourg. Celui-ci prit alors le commandement général, s'établit entre Maubeuge et Avesnes et plaça son quartier général à Wattignies. Jourdan n'avait dans son camp de Gaverella que 18,000 hommes k opposer à la masse des ennemis, mais il appela k lui, des camps de Cassel et de la Madelaine, ainsi que de l'armée des Ardennes, environ 30,000 hommes, ce qui porta son effectif à près de 50,000 combattants. Son infériorité numérique était néanmoins considérable, ce qui ne l'empêcha point de se mettre en marche contre les Autrichiens. Clairfayt et Cobourg se portèrent aussitôt en avant de Maubeuge, comprenant que l'intention du général fiançais était de livrer bataille pour dégager Maubeuge et Landrecies et les empêcher euxmêmes de prendre tranquillement leurs quartiers d'hiver en France. Après avoir détaché 10,000 hommes dans la direction de Philippeville pour contenir l'armée des Ardennes et relier leurs opérations à celles du général Beatilieu, ils prirent leurs mesures pour tenir tète à l'attaque dont ils étaient menacés. Clairfayt, avec 60 escadrons, se lança au-devant de l'armée française. Toute fois, ce mouvement ne fut qu'une simple reconnaissance et se termina par une canonnade sans résultat. Il y eut, cependant, plusieurs engagements qui précédèrent l'action générale, mais sans faire préjuger quelle en serait l'issue, quoique les Français se montrassent pleins d'ardeur et de confiance. De son côté, le prince île Cobourg se croyait si inexpugnable dans la position qu'il occupait, qu'il avait dit en riant : < J'avoue que les Français sont de fiers républicains; mais s'ils me chassent d'ici, je me fais jucobin moi-même. • Or, nos soldats avaient juré de le mettre en demeure de tenir sa parole.
Le 17 octobre au matin, l'armée française se porta résolument sur l'ennemi à la faveur d'un brouillard qui déguisait son approche ; elle était formée sur quatre lignes, qui ne pouvaient s'apercevoir entre elles à cause de la nature du terrain, tout coupé de bois et de haies. Au moment où le brouillard se dissipa, les deux années se trouvèrent en présence et aussitôt le feu commença. Il devint si vif, si terrible, que les Au trichiens avouèrent qu'ils n'avaient jamais rien entendu de semblable, même dans leurs guerres contre les Turcs. Aux retentissements de cet effroyable tonnerre se mêlaient les fiers accents de la Marseillaise, que nos soldats avaient entonnée d'une extrémité de la ligne à l'autre et dont les échos patriotiques frappaient nos ennemis de stupeur. L'action fut surtout acharnée au centre et k la droite des Autrichiens; mais nos mouvements sur leur gauche n'en furent pas moins prononcés; le général Duquesnoy, détaché par le général Jourdan à la droite française, tourna cette aile gauche et la prit k revers. Elle plia aussitôt ot fut rejetée hors de sa ligne de bataille. Alors notre centre s'élança k la baïonnette et renversa celui des ennemis. En mémo ternes, leur droite était forcée de battre en retraite sur Maubeuge, mouvement qu'elle exécuta d'abord avec ordre. Mais, dans la nuit suivante, les Autrichiens durent repasser la Sambre au-dessus et au-dessous de cette ville, où les Français entrèrent le lendemain. Les Autrichiens laissaient 6,000 hommes sur le champ de bataille de Watlignies. Jourdan ne disposait pas do forces assez considérables pour les presser vivement dans leur fuite; il se contenta de s'établir dans une série de postes reliés entre eux jusqu'à la Flandre maritime. Quant au prince de Cobourg, en dépit de sa fanfaronnade, il ne ju^ea pas a propos de fournir au club des Jacobins un membre de plus.
WATTHELOS, bourg da France (Nord), cant, de Roubaix, 'arrond. et k 14 kilom. N.-E. de Lillo, sur l'Espierre ; pop. aggl., 3,542 hab. — pop. tôt., 14,082 hab. Fabrication d'étoffes; filatures de coton ; brasseries, moulins.
WATTS (Isaac), théologien anglais, né k Souihampton en 1674, mort en 1748. Issu de parents qui appartenaient à la confession des non conformistes, il fut élevé dans les mêmes opinions religieuses et, après avoir été pendant deux ans précepteur dans la famille de sir John Hurtopp, fut nommé, en 1698, pasteur adjoint de l'Eglise indépendante de Berry- Street, Vers 1712 sa santé l'obligea à renoncer à ces fonctions. Un de ses amis, sir Thomas Abney, l'invita alors à venir auprès de lui, dans sa propriété de Théobalds. Sou séjour, qui ne devait être que de quelques semaines au début, s'y prolongea jusqu'à sa mort, c'est-a-dire pendant prés de trente-six
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ana. Ce fut là qu'entouré des soins et des égards de sir Thomas Abney, et plus tard de la veuve de ce dernier, il écrivit ia plupart de ses ouvrages, qui ont joui et jouissent encore d'une grande estime en Angleterre. Les principaux sont : la Logique ou le Juste usage de la raison dans ia recherche de la vérité (1725), livre qui a été longtemps classique en Angleterre ; la Connaissance du ciel et de ta terre rendue facile ou Premiers principes d'astronomie et de géographie (1726); la Culture de l'esprit, traduit en français (1762); Essai pour l'encouragement des écoles de charité (1728); Neuf sermons prêches de 1718 à 1739, recueil publié en 1812 par Pie Smith et regardé comme un modèle de l'éloquence de la chaire; Hors lyrics (1837, dernière édition); divers traités à l'usage des enfants et des jeunes personnes, tels que l'Art de lire et d'écrire l'anglais, Chants divins en langage facile pour l'usage des enfants, etc. Peu d'ouvrages de ce genre sont devenus aussi populaires.
WATTS (William), graveur anglais, né à Londres en 1753, mort k Colham, comté de Surrey, en 1852, Sa longévité peu commune, plus peut-être que son talent, lui a fait une certaine place jlnns l'histoire de l'art anglais. Elève de PaufSandby et de Thomas Rooker, il prit, à la mort de ce dernier, la direction du Magasin des gravures sur cuivre. Ce recueil, que Rooker avait fondé, comprenait des vues monumentales et pittoresques et la reproduction de curiosités de presque tous les genres; il compose un album intéressant et varié. Watts en changea le caractère et lui enleva sa popularité. Il avait eu le temps, néanmoins, de s'y créer une sorte de renom. Il publia vers la même époque les Vues des résidences de quelques gentlemen, galerie aristocratique qui flattait l'amour-propre des riches (1779-1786). Pour une somme déterminée, on voyait dans ce recueil le portrait de son château, de son parc, voire même celui de sa chambre a coucher. Ces dessins d'après nature, gravés par William Watts lui-mêros, n'étaient pas sans intérêt au point de vue du faire. Aujourd'hui, cette collection est rare et très-recherchée. Cette entreprise, presque aussi industrielle qu'artistique, commença la fortune de l'auteur. Il put aller en Italie étudier avec fruit les splendides chefs-d'œuvre de cette contrée, etmit plusieurs annéeskdessiner sérieusement les morceaux les plus célèbres dans les trois genres, peinture, sculpture, architecture. La révolution de 1789 le surprit au moment où il achevait cette collection brillante, qui eût été comme son grand œuvre si les circonstances lui avaient permis de la publier. Watts s'arracha k ses travaux pour venir à Paris se ranger sous ta bannière des hommes d'action. Il avait k cette époque une fortu.ne indépendante qu'il perdit par de fausses spéculations. Ce désastre ne diminua en rien son dévouement aux grandes idées du jour. Mais, après lé 18 brumaire, désespérant de la chose publique, il reprit le chemin de son pays, ou il arriva non sans peine. Bientôt après, dans l'espoir de reconquérir sa fortune perdue, il publia (1801-1805) soixante Vues de la Turquie et de la Palestine, qui, malgré leur mérite d'exécution, n'eurent qu'un succès d'estime. Il avait espéré trouver dans cette publication le moyen de graver ses dessins d'Italie. Ne pouvant y réussir avec ses ressources bornées, il se découragea et se retira à la campagne dans une ferme qu'il possédait. C'est lu qu'il est mort k quatre-vingt-dix-neuf ans.
WATTS (Jane Waldie, dame), femme de lettres écossaise, née en 1792, morte en 1820. Elle montra dès l'enfance do très-rares dispositions pour l'étude des arts et des lettres, acquit, sans maître, un talent remarquable dans lu peinture et apprit, seule également, le français, l'espagnol, l'italien et le latin. Vers 1816, elle épousa un capitaine de la marine royale nommé Wattsetallase fixer dans le comté de Durham. Elle y mourut à la fleur de l'âge, des suites d'un accident. On a d'elle : Esquisses descriptives de l'Italie (Londres, 1820, 4 vol. in-12); Aventures sur le continent, ouvrage publié seulement après la mort de l'auteur; des Mélanges en prose et en vers, insérés dans différents recueils. On connaît, en outre, d'elle quarante ou cinquante tableaux à l'huile, qui ornent des maisons particulières, et dont plusieurs ont figuré aux expositions publiques de Somerset House et de la Galerie britannique.— Sasœur.mtstress Eaton, s'est fait connaître aussi par diverses publications, dont la plus remarquable a pour titre : Rome au xix« siècle.
WATTS (Alaric-Alexandre), lillérateur anglais, né k Londres en 1799, mort en 1864. Il débuta en 1822 dans la littérature par un petit recueil de poésies, qui fut parfaitement accueilli du public et qui, jusqu'à ce jour, a obtenu cinq éditions. Il devint, la même année, éditeur du Leeds Inteltigencer, dans lequel il s'attacha surtout k combutlre le régime en usage dans les manufactures; mais ses observations k ce sujet le rendirent peu populaire parmi les manufacturiers, et, au bout de trois ans, il quitta Leeds pour aller s'établir k Manchester, où il fonda le Manchester Courier, dont il quitta la rédaction en 1826 pour prendre celle duLiterary Souvenir or Cabinet of poetry and romance, recueil littéraire, auquel contribuèrent les littérateurs les plus éminents de l'époque, et qui renier-
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mait en outre des gravures des meilleurs artistes. Aussi obtint-il, dès son apparition, un succès qui se continua pendant dix ans ; mais, après ce temps, la faveur du publie se porta ailleurs, et le Lilerary Souvenir cessa de paraître en 1836. Dans l'in'ervalle, M. Watts avait publié un Album poétique (1828 et 1829) et était devenu, en 1827, l'un des collaborateurs du Standard de Londres; en 1833, il fut l'un des fondateurs de V United Service Gazette, mais, dix ans plus tard, des différends avec ses collaborateurs l'obligèrent k se retirer de la rédaction de ce journal, qui est encore aujourd'hui fort estimé. De 1841 à 1847, M. Watts fut encore l'un des collaborateurs du Standard; mais, depuis cette époque, il s'est complètement retiré de la presse quotidienne. En 1851, il n publié, sous ce titre : Lyrique du cœur et autres poèmes, un choix de ses oeuvres poétiques et a obtenu en 1853, de la reine d Angleterre, une pension de 1,000 liv. sterl. (25,000 fr.).— Sa femme, mistress Zilah Watts, sœur de J.-H. Wiffen, l'éminent traducteur du Tasse, s'est aussi fait connaître dans le monde littéraire. De 1829 k 1836, elle fit paraître : le Présent de nouvelle année et le souvenir juvénile, recueil du genre de cekii que publiait son mari, puis, en 1839, la Bibliothèque poétique de la jeunesse. Elle a, en outre, écrit le texte des Tableaux du caractère, de la beauté et du costume nationaux de P'inden (1845) et celui (les Tableaux de IJngarlh (1849), série de dessins originaux, accompagnés d'explications en vois et en prose. Enfin, elle est auteur d'un ouvrage moral intitulé ; le Conseil dû jour de 7iaissance ou Comment être utile? (1856).
WATTS (George-Frederick), peintre anglais, né k Londres en 1818. Des dispositions remarquables le signalèrent, jeune encore, k l'attention des professeurs de l'Académie des beaux-arts. Vivement encouragé par eux et par de riches amateurs, qui sa chargèrent en quelque sorte de son avenir, M. Watts exposa, en 1837, deux ou trois Têtes d'étude pleines de caractère et de physionomie. Après ce premier Salon, le jeune artiste peignit successivement plusieurs scènes tirées de Shakspeare et de Boccace, iSuis l'accueil qu'elles reçurent fut assez froid ; ces thèmes n'étaient pas ceux dans lesquels il devait se révéler avec le plus de bonheur. Cependant, en 1843, sou carton de Curactacus fit une certaine sensation. Ce- succès permit à l'artiste d'aller en Italie admirer les coloristes qu'il aimait pur-dessus tout. Il y arriva en 1844 et y passa près de quatre années. A la fin de 1847, il rentra k Londres avec une ample moisson d'études, de souvenirs d'après Titien et Véronèse, deux maîtres qu'il a imités avec talent. La première manifestation de cette nouvelle manière de M. Watts parut k l'Académie de Londres l'année même de son retour d'Italie. Cette exposition comptait deux tableaux : Echo ai Alfred excitant les Saxons à une expédition maritime. Le gouvernement acheta ces tableaux pour la salle du nouveau Parlement et confia de plus k l'auteur la décoration tout entière d'une immense galerio du même édifice. Ce travail, royalement rétribué, fut commencé en 1848 et ne se termina que vers 1853. Ce sont des fresques colossales k la manière des anciens. La plus connue représente un Saint Georges terrassant te dragon. Pendant qu'il faisait ainsi do la Renaissance, M. Watts ne négligeait pas absolument les commandes des simples amateurs. Il exposa, en 1848, Paolo Malatesta et Francesca da Jiimini et la Fée M organe; en 1849. les Jllusions de la vie et un Portrait de ladij JJolland; en 1850,1e lion Samaritain, qui se trouve aujourd'hui dans l'une des galeries de l'hôtel de ville de Manchester. De 1863 k 1S67, M- Watts a peint k fresque, dans l'une des salles de l'Ecole de droit de Lincol's Inn, k Londres, une vaste allégorie où se déroulent en frise les grands législateurs du isonde. Il y a dans cette peinture l'élément' vénitien que nous avons observé déjà dans les pages précédentes, et aussi l'aspect moderne, quelque chose du Pilori de Glaire. Mais dans l'ensemble, comme dans les détails; la grandeur et la solennité indispensables à un. sujet pareil manquent absolument.
WATTW1LLEU, ancien village et commune de France (Haut-Rhin), cant. de Cernay, k 38 kilom. N.-E. de Belfort, cédé k la Prusse par le traité de Francfort (10 mai 1871) et compris depuis dans l'Alsace - Lorraine ; 1,550 hab. Fabrication de broches pour filature ; huilerie, tissage de coton. Eaux minérales froides, sulfatées, calcaires et ferrugineuses. Succès des Suédois sur les impériaux en 1634.
WAT-TYLER, en français Gauthier le Tuilier, chef de l'insurrection de 1381 en Angleterre, tué h Londres le 22 juin de cette même année. A celte époque, tous les cultivateurs anglais, qu'on appelait bondes, étaient serfs de corp3 et de biens, écrasés de charges, attachés à la terre, et lo seigneur pouvait ios vendre eux et leur postérité, ce quo les actes exprimaient <Jo eelte façon : « Sachez que j'ai vendu un tel, mon naïf, et toute sa séquelle uee ou à naître...» Dans les provinces de Kent et d'Essex, des troubles assez considérables avaient déjà éclaté à l'avènement de Richard IL Des eonciliabules secrets finirent "par se tenir régulièrement, correspondirent entre eux et formèrent une
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