‹ Grande biographie dramatiqueChapitre 1 sur 1 · GRANDE · texte numérisé non relu

GRANDE

ADAM (Mademoiselle. ) — Ambigu-Comique.

— Mademoiselle Adam est, sans contredit, la première actrice de la capitale.... par ordre alphabétique. Son nom est célèbre dans^tout l'univers chrétien. S'il lui fut transmis en ligne directe parle premier habitant de la terre, voilà ce qu'on ignore ; mais ce qu'on sait , c'est que l'étoile de mademoiselle Adam fut bien différente de celle de notre grand-père. Adam vivait dans un jardin de délices nommé Eden ; un arbre existait auquel il- ne pouvait toucher , sous peine

d'exil pour lui et de mort pour ses descendans.

Un peu friand de son naturel, il goûta la pomme ,

et soudain il fut chassé du jardin. Passons à l'histoire de mademoiselle. Elevée sous le tott

maternel , elle entendait répéter chaque jour

qu'il existait dans le jardin de vie un frui IVndu aux jeunes iilles ; que les peines et Ici souffrances du premier père n'étaient parées à celles que devait éprouver la fillette assez gourmande pour toucher à ce fruit. Sut ces entrefaites, mademoiselle Adam fut ai1 figurante-danseuse au boulevard du Temple. L< démon n'emprunta pas pour la séduire la forme d'un serpent, mais celle d'un de ce despotes des cou nnu sous le nom de

<.r <i< néral ; il vint vers elle , n p an t , mais en boitant L'ambition fit p<

aussi la jeune fille; iuai.> auu attente ne fol

trompée comme celle de l'épouse d'Adam mémoire : le mai qui advint à la j>< vmbigu ne fut rien en comparaison <lu *-lle ne fut ni proscrite ni chassée du jardin . ( lie se vit comblée d'honneurs et de : le petit bonnet brodé qui couvrait sa t< te, mplacé par un élégant chapeau que 11 lèbre Lavigne avait orné d'un double panache de marabous; un cachemire Ternaux fui i épaules. Le désir de la gloire et la vanité se joignirent à la coquetterie. Mademoiselle Adam jeta le brodequin de Terpsichore et prit celui de Thalie; elle saisit même le poignard et l'urne lacrymatoire du bâtard de Melpomène. Enfin } le sultan des coulisses pensant qu'on encenserait son idole,

la présenta aux regards du public , qui ne se crut pas obligé de lui faire accueil parce qu'elle était la favorite du maître de la maison. Le rêve de mademoiselle Adam a peu duré. Elle a souvent abusé du pouvoir qu'elle s'était acquis. Elle vit maintenant oubliée dans le barem dramatique.

ADAM (Madame). — Lyon.— -Les Aristarques du bord du Rhône lui trouvent de beaux yeux , une jolie taille, de jolies manières, mais une bouche un peu trop grande. Nous avons demandé le bulletin de son talent... la colonne est restée en blanc.

ADAM ( Amédée) , acteur, auteur du même théâtre. Comme M. Roland son camarade , ses vaudevilles sont un peu faibles, et ses vers n'ont pas toujours la mesure requise par la prosodie. lia un physique assez avantageux , peu de voix , un jeu assez médiocre.

ADÈLE (Mademoiselle). — Porte-St.-Martin. — Joli ornement du ballet de la Porte-St.- Martin. La légèreté , la îasciveté caractérisent sa danse ; élève de l'Opéra , elle passa au théâtre de l'Opéra-Comique ; te Panorama Dramatique l'accueillit, et le théâtre de la Porte St.-Martin vient de l'enrôler dans ses bataillons chorégraphiques.

ADELINE Mademoiselle). — Gymna» D\ tique. — ■ Mademoiselle Ad< I

.'.il Reaoelagb; sa nullité lut Iongtemsoflert< aux habitués de la Porte-S t. -Martin comme coni

lion du talent de Jenoy \ cette époque qu'elle devint l'héroïne «I anecdote qui divertit les caustiques babil ins de Montmon ai

Mademoiselle Âdeline montée sur une an

tain jeudi, cheminait avec Mesdames C

et P \ <•: > la vallée de Mont m 01 1

Visitèrent d'abord I*herrx»itage de Jean elles gravirent ensuite jusqu'au bois d'Ândilly : arrivées a l'emplacement dit s , les aimables voyageuses se proposèrent un défi I n nrix devant être adjuge à celle qui la pu me teindrait le r<md I pofient fortement a leurs selles : le signales! d partent en même temps. Mademoiselle C... suit la route gauche . Mademoiselle Adeline prend la

droite, et madame P garde !<• milieu. Les nobles

eoursii aps redoublés de talon

et parla cravache de coudrier , prennent le petit

trot. Mesdames C et P atteignent le but

en même temps : elles attendent leur jeune compagne ; dix minutes s'écoulent et la cavalière n'arrive pas ; l'inquiétude s'empare des deux dames victorieuses , elles reviennent sur leurs pas et hâ-

tent leur marche pour connaître la cause du retard qui les inquiète. Laissons nos deux cavalières parcourir les lieux circonvoisins, demander leur jeune compagne aux échos d'alentour, et suivons ria nymphe dans sa course. A peine avait-elle parcouru le quart de la route , que sa monture, effrayée par un ruisseau qui traversaitle chemin, refuse de passer outre ; la noble dame le frappe à coups redoublés: l'animal irrité lève la partie opposée à la tête et lance une ruade Mademoiselle Adeline ne s'intimide pas, elle détache l'épingle qui fixe la gaze de. son sein , et portant ses doigts sur la croupe du coursier, elle l'enfonce dans les flancs de l'animal rétif. Maître Aliboron prend le galop 3 il franchit le ruisseau , et s'écartant de la route frayée , il s'élance dans les taillis, emportant sa cavalière , qui laisse dans les branchages des ormes son petit chapeau lilas et quelques touffes de sa chevelure , et qui , perdant bientôt l'équilibre , tombe au pied d'Un chêne. Les deux amies ne tardèrent pas à deviner l'aventure de la jeune personne ; les fleurs, ornement de son chapeau , et les boucles de ses cheveux suspendues au feuillage , aidèrent leur recherche ; elles arrivent au lieu de la chute, prêtent une oreille attentive, entendent derrière un buisson touffu un bruissement causé par le froissement du feuillage ; un léger soupir attire leurs regards près

lié DC : la jolie cavalière ^.m> < ouu I tête penchée sur le gazon , les bras «.tendus autour du cou de... de i'ànt ? va s'écrier le lecteur ; non, ieur , ce cou n'était pas celui d'un ane , mais bien d'un jeune et charmant habitant du pays latin , qui, conduit par le désir de s'instruire dans l'art de Linnée , venait herboriser dans ces lieux où mademoiselle Adeline perdit l'équilibre. A l'arrivée des deux dames , l'actrice reprit ses sens; elle accourut au-devant d'elJ leur raconta comment, rem irtiei .

elle avait été secourue par 1»- jeune cavanei pr* m ut . j.uis se tournant vers le jeune homme, elle lui témoigna sa reconnaissance.

Chemin Taisant , elles demandèrent au botaniste m la récolte de la journée avait été heureuse

Très- heureuse , repondit le galant étudiant -m laissant tomber un regard sur mademoiselle Adeline. J'ai découvert un phénomène , une roue tous un chîne. Mademoiselle Adeline i§nor< doute le nom du disciple d'Hippocrate : 'Ile l'igno rera toujours.

A cette époque, mademoiselle Adeline repétait souvent, avec le bon Lalbntaine , >i l'or ni la grandeur ne nous rendent heureux.

Mais elle a maintenant cette maxime en huircHr.

ADOLPHE ( Madame ) , artiste du théâtre de ia Gaîté. Il existe au théâtre de la Gaîté un bureau d'assurance , non contre les ravages du feu , du vent ou de la grêle , mais contre la chute d'un ouvrage. L'entreprise est entre les mains de ma* dame Adolphe. Cette actrice est toujours accueillie avec faveur. Sélevant au-dessus de la routine et de la manie d'imitation , elle s'est frayée une route nouvelle : par un jeu piquant, par la gentillesse de ses façons , elle a su maintenir à ce théâtre le genre du vaudeville.

Un jeune chansonnier ayant conçu pour cette aimable actçice une juste admiration , lui adressa les couplets suivans :

Coup têts impromptu , composés pendant la représentation des Roses de M. Malesherbes.

A Madame Adolphe ( sous le nom de Lucejte* ) Air :' Ces dames avaient le projet ; Ou : Jeunes amans, etc.

Toucher aux roses du seigneur Etait crime en certain village , Et devait rester, le voleur, Un an sans danser au bocage.

Lucette veut aller cueillir Une fleur , et pense , pour causes , Qu'on ne pourra la découvrir En se cachant parmi les roses.

"ii tendu , l'ail inquù Pas Ue ;

Dupré, fia t an guëf

" ol rite j s'appi

\'<rs ri lr il s'élàttée d'abord; 11 i'iip ,i ;< te , < t n

le normand doutait en< B'il voyaH Lucette ou la ro 1 ii cj i la trahit , ( t soudain La I- ni tremblant :

ii [a main , Comme -

mêhï vu commi m Le seigneur, qui de toul i Pard

La i

Si j < I

Le tali( n -

Rst la loi q

Et je prendrait , en le gardant,

1 ne rose pour une rose.

ADOLPHE (madame). G intelli-

gence profond* , mémoire sure, bon ton, entente

rare de la scène, aisance et noblesse. . . . Mais où donc est cette merveille? Demandez-le au rédacteur de la feuille du département de l'Aisne, Laon possède ce trésor depuis 1822.

ADOLPHE. — Bordeaux. — Si jamais acteur put crier à la persécution, c'est M.Adolphe; jamais M. Darlincourt ne se donna autant de peine pour faire vanter ses romans, que certains camarades , pour écarter de la scène un rival dangereux. Plus heureux que le père d'Ipsiboé , Adolphe était accueilli du public, quand une nouvelle tempête menace de l'éloigner de Bordeaux : les journalistes crient, le public tempête ; mais le nouveau directeur de 1824 qui, comme certains directeurs de la capitale , croit l'entêtement une vertu administrative , se privera d'un bon acteur.

AIMÉE.— Théâtre des G élestins à Lyon.— C'était en 1810; mademoiselle Aimée était jeune, jolie; sa voix, sans être fraîche, était agréable, un public complaisant, des bravos, des adorateurs; 1824 est venu , et mademoiselle Aimée a chanté ; Ils sont passés ces jours de fête.

ALBAIN (SAINT). — - Toulouse. — Avez-vous remarqué dans les mains enfantines ces petits bons hommes qui, posés sur le sommet aigu d'une aiguille, s'agitent au plus léger mouvement ? Tel

est St-Albain, se balançant perpétuellement iur ses orteils , les doigts indicateurs coorbéf \ i planches. St-Albain a , du reste, de la sensibilité, de l'intelligence, un jeu vif, une diction pure. On voit que c'est un automate anime, dans quelques portions de son être , du feu créateur.

ALBERT ( madame ). — Académie Royale de Musique. — Un seul trait que je vais rapporter fera l'éloge de madame Albert, qui doit trouver une juste application dans ces paroles de Philis, du Rossignol ,

Toi qui nous plais, qui nous enchantes....

Un des élèves de feu M. l'abbé Sicard assistait à une représentation de Fernand Coitcz: prive dfl l'organe de l'ouïe, la connaissance du poëme ne pouvait lui parvenir que par la pantomime ; il la traduisit telle qu'il la concevait. Chaque geste dis acteurs était interprété par lui. Le rideau baissé, il me présenta ses tablettes, et je lus mot pour mot le rôle de madame Albert. 11 me demanda le nom de celle qu'il venait d'entendre, j'écrivis sur son album madame Albert ; il mit après le nom , oreille du sourd.

ALBERT , danseur. — Académie Royale de iMusique. — Albert, Paul, Ferdinand, voila les trois Dieux de la danse. Tout le talent de Paul est

dans la force du jarret; il saute, il bondit, il est toujours dans les nuages. Son pied touche à peine la terre , ou plutôt la planche ; il s'élance du sol, et après un quart d'heure de voyage il retombe perpendiculairement. Ferdinand se flatta d'abord d'atteindre le zèphlr et de le suivre ; mais l'autre rassemblant ses forces, lui prouva par une ascension à perte de vue, qu'il resterait toujours au-dessous... Que fait l'aspirant ? Il se dit:

Je suis vaincu. Sans aucun doute

11 est le premier en hauteur ;

Mais nous , prenons une autre route ,

Soyons le premier en largeur.

Et voiià qu'il s'élance de droite à gauche, qu'il franchit les grottes , les rochers ; au besoin , il passerait les fleuves sans troubler la surface de l'onde; mais, malgré ses efforts , il voit par un calcul géométrique, que Vaérlen gravit un mètre de plus que lui ne traverse, déduction faite même de la résistance de l'air ; il redouble de courage , il vit dans l'espoir de l'égaler bientôt, et dans ce moment l'on assure qu'il n'y a plus entre eux que six millimètres de différence.

Albert ne saute pas , il a préféré le dieu de la grâce au dieu des entrechats. Tout son esprit n'est pas dans ses jambes ; aussi, quand il est en scène, ou plutôt quand il travaille ( pour me servir de

Pexpression technique ) , ta phraionomi pas muette . iea yeux me gard< ut pu nne niaise <i\it< ; il prouvé enfin par tous sea rôles qu'il est lien plus habile que tel ou I

Api m< isieurs -

èrante, Anatole, Moi ipelle;

ils tiennent un assortiment complet à

i < ;u i î, en un mot d ■ toul ce qui ; ;m r.u t . Dchant< ni d h ni en cad

grâce ii. Uni. ; îli Fuient, reviennent , impartent , tourne suit à

peine. Dclphinum similes qui per maria hum <

Et pour me faire comprendre de ceux qui

ut mieux le Pont-Neuf que Virgile, ils sont semblables à ces troupes de goujon- qu'on aper- < >it courir au soleil, les uns après les antres

les bords de la Seine.

ALBIN (SAINT). — i de Lyon. — 11

joue les rôles que jouait autrefois Notain tant de succès ; mais il n'a ni le masque original , ni la naïveté , ni le naturel, de e< aim<

des Lyonnais. Toutefois St- Albin a quelques rtAet qu'il remplit arec talent.

ALDEGONDE. — Variétés. — II est une situation cruelle, embarrassante pour une femme qui a excité longtemps les désirs des hommes et la jalousie de son sexe ; c'est le moment où son miroir lui dit, vous n'êtes plus jolie: elle voudrait démentir ce cristal véridique , elle .fait tacitement l'examen de ses charmes et pousse un profond soupir; l'amour propre a beau parler, la vérité terrible est plus forte , une angoisse amère abat son cœur; en perdant ses agrémens elle sent qu'elle perd son existence. Et quoi! ceux qu'elle avait enchaînés, bientôt ne laisseront plus tomber sur elle qu'un regard de complaisance I ceux qu'elle a rebutés triompheront en voyant ses attraits flétris 1 bientôt elle ne devra plus qu'à la politesse ce qu'elle devait à l'amour , ses regards appelleront en vain les regards ! Quel état pénible, surtout lorsque 1 cœur est encore avide du désir de plaire , lorsqu'on veut briller ! C'est alors qu'une femme ressent un chagrin cent fois plus vif que le ministre ambitieux qui se trouve tout à coup tombé du pouvoir dont il était si fier et si jaloux; tous deux versent des larmes secrètes en jetant de loin un coup d'œil vers le monde , vers ce maître changeant et tyrannique qui , dans son ingratitude , oublie tout ce qu'on a fait pour lui. A ce portrait d'une femme du monde qui vieillit, portrait qui se trouve convenir à mademoiselle Aldegonde,

ajoutons quelques traits particuliers a l'actrice : sa voix devenue ou grêle ou tremblotante cause une sensation douloureuse aux Oreilles qu'elle charma :ndis; son entrée n'est plus signalée par un doux murmure d'approbation , un silence glacial i dans la salle; (lie n'entend plus ces salves d'applaudisscmens, concerts flatteurs que le Pri prodigue aux comédiens, aux ministres et aux escamoteurs ; sa mémoire est -elle en défaut, elle eafl châtiée comme criminelle par un publie intolérant, le sifflet aigu L'avertit que vieillir c'est résilie] ses droits s L'indulgence.'poursuivie par un a il inquisiteur, elle n'ose plus hasarder ces jeux de scène que le caprice qui louait autrefois, condamnerait maintenant ; les aimables lazzis seront regardés comme des charges triviales ; on l'applaudissait jadis alors même qu'elle chantait faux , ce qui était rare, on la sifflera maintenant alors qu'elle chantera juste. Il lui reste pour consolation, au défaut de l'espéiance, le charme du souvenir et le fameux sonnet du poëte Searron, qui ne trouve pas étonnant que le temps dont la faux meurtrière renverse les monumens les plus gigantesques, soit parvenu à percer son vieux pourpoint noir par le coude.

i5 ALEXIS.— Porte-Saint-Martin. — Le crime périra , gardez-vous d'en douter. Telle est la maxime adoptée dans le temple du mélodrame; mais la justice , là comme ailleurs , a des délais qu'on ne peut éviter. L'oppresseur oublie ou feint d'oublier un moment l'opprimé ou l'opprimée , la victime se soustrait au tyran , le coupable évite le châtiment. Amis , ennemis , formant une réunion , sont tous mêlés et assis sur des bancs , chaises et tabourets , soit que la scène se passe à Paris ou à Pékin , en Turquie ou dans le Congo. Alexis paraît, il fait une révérence à qui de droit. Doué d'un jarret élastique , et d'un équilibre étonnant , il s'élance , pirouette, saute horizontalement , puis verticalement ; lutte à la course , s'enlace amoureusement avec Castillannes , Chinoises , Turques , Ecossaises , etc.... Un roulement de timbales , un son grave de trombone suspendent ses élans le crime est découvert le temps s'obscurcit , la foudre

gronde Alexis s'enfuit sur un allégro.

ALME (SAINT.) Le premier acteur de la troupe de Lille par ordre alphabétique , le dernier par ordre de talent, à moins qu'on ne le mette audessus de l'acteur Huby : tous deux manquent de mémoire et éprouvent les rigueurs du parterre ; tous deux se croient victimes d'une cabale, pestent

contre i<- mauvais goût <1<

du réda< tem & .llieur d'ap-

peler «m i bat un chat.

\ L PH 0 If ï Cel a iiii-nt pas le temple dramatique

j[i - de l'écrouler ; mais il n'en hâte paa ta chute , il a une égaie portion de qualité» et <le défauts On

l'applaudit quelquefois quand il foae m. il , od le siffle souvent quand il joué bien. Les critiques dont il e>i l'ohjet ne prouveo! p i itre lui

que l'ovation qu'on lui a dé( emée qoelquef protn i ur. Il faut l)i«-n que le \ itème d( 3

compensations de M. Azaïs se tnmvc partout.

ALPHONSE. — Marseille. — Grande utilité , c'est-à-dire qu'on peut se passer de lui.

AMAND. — Marseille. — Employé dans les postes dramatiques par Destouches, Marivaux et autres gens de lettres.

SAIYl'-AM AND ( Madame ). — Toulouse. — Qui nous expliquera comment sous le même ciel , presque sous la même latitude, la même actrice se voit accueillie par un siience glacial et des trépignemens d'admiration? En icS22, madame Saint- Amand , alors première chanteuse du théâtre do Marseille , n'attirait presque personne : son nom aurait été imprimé en lettres onciales sur les mu

railles , que la recette n'en serait pas augmentée d'un seul denier. Eile part pour Toulouse \ et son nom arrive jusqu'à l'oreille de tel vieux Capitoul , qui , depuis 1789, n'avait rien vu , rien entendu de ce qui s'était passé autour de lui , et signait encore N... Capitoul. Qui de Marseille ou de Toulouse a raison t:.l".

Adhùc subjudice lis est.

ANAIS ( Mademoiselle ). — Second Théâtre Français.

Voici ce que j'ambitionne :

Petit trésor, petit séjour ,

Petit présent qu'amitié donne ,

Petit boudoir et petit jour ;

Petit carosse à mon service ,

Petit jokei , petit coursier ;

Petit myrte qui refleurisse,

Et sur mon front petit laurier.

Tels doivent être les désirs de mademoiselle Ànaïs si ses besoins sont en harmonie avec sa conformation. Sous l'ancien régime elle n'eût pas payé, quoique roturière , l'impôt de la taille. Malgré son mépris pour la grandeur , et son amour pour Vin- [miment pillt, elle dédaigne les petits protecteurs. Ses proportions bien combinées ne l'empêchent pas d'avoir le bras long : c'est eile qui a donné aux pygniécs dramatiques qui , depuis quelques mois;;

paraissent et disparaissent, le lignai de 11 maronti Bile est la première petite merveille que l'on ail admirée au théâtre. Plus bardie que Léontine, elle s'est élancée d'abord rar la première mène <l<- Paris, elle i poussé l'enfantillage jusqu'à prendre le > élément de Fannj que portait l'inimitable Mars. Thafie a souri au déguisement Ici i meure un»- série de quiproquos et de mystifications. La jeune artiste , «< bappée des bancs de l\ i et forte de L'amour-propre que souvent on y pui>e a défaut de talent , l'esl méprist mi 1<' triomphe qu'elle remportait. Les journalistes l'ont comparée au diamant delà comédie française fil ne faut

jasnais badiner ai fans) ; les protes d'im-

primerie ont oublie de mettre l'éloge en cara< italiques; cette partie du public qui ne ju^e que sur la parole du maître , a été dupe, elle a applaudi. Fière comme une débutante accu illlc , mademoiselle Anaïs voulut jouer dans le comité le personnage d'une petite reine ; ses prétentions divertirent d'abord le sénat de la rue de Richelieu, elle voulut dicter des lois...

Elle abandonna bientôt le Théâtre - liai ou elle en fut abandonnée, ce qui parait plus probable. Quoi qu'il en soit , étant un jour devant le portrait de madame Paradol , elle s'écria, épigramme à part, moi aussi , je suis tragédienne, Elle franchit les ponts , frappe, à la porte du se-

Cond Temple * est introduite , parait chaussée du cothurne de Meîpomène et montre un véritable talent... pour le chant. On prétendit même qu'elle avait une jolie basse-taille. Trop fière pour s'ensevelir dans les rangs des prêtresses vulgaires , elle voulut se distinguer par des innovations dans le genre qu'elle adoptait , elle déclama contre les traditions et les us dramatiques , s'établit chef de secte , se livra à l'esprit de prosélytisme , et se mit à miauler la tragédie. Le spectateur qui n'a pas encore le secret , demande au contrôleur...

Et quel fâcheux démon, durant des nuits entières, Rassemble ici les chats de toutes les gouttières ?..

ANAIDE. — Dunkerque. — Quand l'esprit malin voulut tenter et séduire Eve , il prit la figure d'un serpent et le langage fleuri , paré d'un homme de cour, et Eve fut perdue... Telle est l'histoire de mademoiselle Anaïîe; jamais Vert- Vert ne jreçut autant de bonbons des nones de Nevers , que cette actrice obtint de louanges des journalistes de Dunkerque : on la comparait au rossignol , à l'amour ; M. Dupré-Nyon s'inclinait jusqu'à terre pour la complimenter après chaque pièce... Qu'est-il arrivé ? Vous le devinez ; on a cessé d'étudier, on a jeté un œil furtif sur un rôle , on la repassé à demi-endormie , on n'a plus chanté qu'une fois la journée.... Adieu grâces et

talent*:.. Bu tain, Intâde , fotre œU guette, ap

pelle des applaudi — <in< n> ; tout CSl mm t . et jus

<pr.i M. 1 > 1 1 1 > r- 1 - Nyon . I" plus galant directeur dii

département du IVord , < hacun ne voit plus en vous qu'une jolie femme.

• .M.kI.kih- àhatoic suffirait s«ul;- pouf mvri

On diable I i i ei I u \ a i ' i'- i ;• i-i

l'un mendiant boanete bommi doo< .m i qu'une danseuse de l'Opéra

lie qui i;iii oublier, ; lent, la célèbre Glotilde, i -: an modèle àpro-

qtiè rang qu'elles soient ?

\ bici le portrait de madame Anatole, traci

un jouinali

«Une taille avantageuse, et une totfrnureOû billions égales la la majesté, une beauté rare q -<* encore une b o physionomie , et des formes suaves , 80111 avantages physiques que portait au théâtre mademoiselle Gosselin jeune ; une légèreté si grande, que Geoffroi , rarement louangeur , la comparait à celle d'une biche ; une vigueur d'exécution à laquelle on ne peut rien comparer, une- hartu parfaite dans l'ensemble de toutes les partie

son être, d'une mise soignée, oute l'élévation possible , un art infini joint à la hardiesse qui ne dégénère jamais en témérité , caractérisent le talent de cette danseuse, digne de soutenir un nom illustre à la cour de Terpsichore , nom auquel , par son mariage avec un danseur distingué qu'on regrette de ne plus voir à l'Opéra , mademoiselle Gosseîin unit, en i8i5, celui d'Anatole. » Le même biographe ajoute que madame Anatole est aussi modeste qu'habile , qu'elle ne croit qu'à l'indulgence du public quand des applaudissemens se font entendre. M. Azaïs trouverait une immense compensation à cette conduite dans les coulisses de tous nos théâtres , depuis la rue Grange-Batelière jusqu'au boulevard du Temple depuis l'administration de M. Habeneck jusqu'à celle de M. Comte.

ANGLAIRE. — Tours. — Comédien passable , dont le journal de Tours s'occupe deux ou trois fois l'année, quoiqu'il joue presque tous les jours ; son nom même est inconnu dans la ville. Son camarade Savenaire , obscur comme lui , n'est ni meilleur ni plus mauvais ; ce sont d'honnêtes médiocrités de province , qui n'excitent ni jalousie ni admiration.

Angoulême. — La troupe qui exploite cet arrondissement théâtral est peut-être la plus remar-

quablc de toutes les troupes de province, non pas précisément par la saillie des talens dont elle se compose , mail par l'ensemble du jeu, par le soin apporté aux costumes , et en général à toute la paitie matérielle des représentations. Ce mérite , beaucoup plus rare qu'on ne pense , et qui manque dans la plupart des théâtres de grandes villes , compense avantageusement , aux yeux du public, l'absence d'acteurs du premier ordre. C'est surtout d'ensemble qu'a besoin la représentation d'un ouvrage dramatique. Dix comédiens médiocres qui s'entendent et concertent leurs efforts, valent infiniment mieux , pour l'effet général , qu'un acteur tout-à-fait hors ligne au milieu d'une troupe incapable de le seconder. La troupe d'Angoulême, sans posséder des sujets entièrement saillans , n'est cependant pas dépourvue de comédiens estimables. M. Masson, qui joue les premiers rôles, s'y fait distinguer par un excellent ton de comédie , par une grande entente de la scène , et par une tenue toujours très-soignée. Ce comédien s'est montré long-temps avec succès à Paris , sur le théâtre de Molière. On croit qu'il a étudié avec attention les modèles de la capitale. Madame Louvet , qui tient l'emploi des jeunes premières , mérite aussi d'être citée honorablement. Cette actrice , qui n'est pas moins bien placée dans la tragédie que dans la comédie , a joué dernièrement

ôle de Valérie avec un talent qui a été appréet applaudi, même par des personnes qui ient vu représenter ce drame au premier Théâ- J Français. Madame Louvet a secondé avec succ Mademoiselle George dans les premières resentations que cette célèbre tragédienne vient donner à Angouiême.

le qui nuit le plus au développement des ta-

5 en province , c'est la nécessité où sont les

nédiens déjouer le vaudeville. L'acteur, obligé

chanter le Pensionnaire ou le Colonel, après

; ir joué Tartuffe ou le Misanthrope , contracte

gré lui l'habitude de rapetisser ou d'outrer

c pression de son jeu. Mais la vogue dont jouit

audeville fait une loi aux directeurs d'exploiter

enre frivole et vicieux , qui tire d'ailleurs un

■ itage relatif si considérable des obstacles et

dégoûts dont les auteurs de grandes comédies

tœurs sont environnés.

ARISTIPPE. — Théâtre-Français.

Un proverbe anglais dit qu'un comédien doit jeter sa gourme dans les provinces , comme - 1 jeune cheval dans les pâturages. Aristippe pourrit profiter de cet avis donné par un peuple qui ne onnaît pas seulement en chevaux. Cet artiste est auteur d'un tableau de déclamation , où il énumère toutes les qualités du comédien ; ne ressem-

,; pas à un m i me devenn mai

qui BG rend BOT h- hij.iiii pour lui1

ies élève*; ou plutôt à an mari qui d'un» m fanme , t\ de l'autre écrit an Ira onjugaleal

A.RMAND, artiste du Théâtre Françi

Armand partage avec Damas la dépov

'.. Quand il ajusta à ta taille lei habit.

. el «ju'il 1 iiiui'j on

, Le public applaudit quelqm Uisseiuent ; mais quand il essaie noi nu-ut de revêtir L'habit tel qu'il lui lut légU< • de retracer les traits, la demu

ai , i al , qui n'est interrompu que pi ques bàillemens précurseurs du somme i prou\

Quid valeant humeri y quië ferre récusent.

Si cet artiste se trouve souvent déplacé < premiers rôles , on ne peut lui faire c< I dans l'emploi des amoureux et des jeun miers ; il donne à la fatuité une vérité fraj il feint a ravir les aimables du jour , les p de boudoir, les oracles des salons; il est i Me de conduire une attaque amourcu ..

d'adresse , et l'on est d'autant plus éton supériorité qu'il y déploie, qu'un ne i

comme le dit mademoiselle V.... , où et comment il peut apprendre cela. Une dame , dans un moment d'extase, lui cria :

Marquis , marquis , comment peut-on , hélas I Peindre si bien ce qu'on ne connaît pas ?

ARMAND.— Gymnase. — Il est des acteurs qui conservent à la ville les caractères qu'ils représentent à la scène; Armand est de ce nombre. Il a toujours le mot pour rire. Digne d'être le descendant du fameux Pinson , il se permet des plaisanteries, dont quelques-unes sont fort comiques. J'en citerai deux entre mille.

Conduit dans une société par un de ses amis , celui-ci quitte le cercle et va rendre une visite dans le voisinage : il promet de revenir bientôt. Armand prend place; il examine les figures des assistans, et l'idée d'une plaisanterie naît dans son esprit. Un quart d'heure s'était écoulé depuis le départ de l'ami; Armand n'avait pas encore proféré une parole. Il se met soudaine pleurer , imitant les cris d'un enfant. Chacun le regarde étonné. Il continue , et ses clameurs vont toujours croissant. Il se plaint d'être abandonné dans un des quartiers les plus éloignés de la capitale ; il ne pourra retrouver sa route; il s'était bien douté que sa famille voulait le perdre, comme le Petit Poucet, dont il a lu l'histoire , et chaque parole qu'il pro-

nonçait était suivie de sanglots. Les assistant ne savaient que penser de cette scène ; un d'eux crut apercevoir en lui des symptômes de démence ; il s'approche , Armand lui saute au cou. \uumon papa, lui dit-il; je ne vous quitte plus, je wtWM vivre avec vous , manger â votre table , coucher dans votre lit. L'interlocuteur , persuadé que le cerveau d'Armand était dérangé , l'ait signe <1« ne point l'irriter. Il lui répond qu'il trouvera en lui

un second père A ces mots, L'enfant peréu

jette un cri de joie, frappe des mains, se retire dans un coin du salon, s'assied sur un tabouret, et façonnant un monohoir en forme de poupée , se met à jouer. Cette scène, pendant laquelle il conserva un sang-froid imperturbable , ru; se termina qu'à l'arrivée de son ami. La plaisanterie fut alors dévoilée , et chacun en rit beaucoup.

Quelque temps après, Armand se trouvait éloigné de sa demeure. La pluie le contraignit à se réfugier dans *tne boutique. Ennuyé d'attendre , il aperçoit un passant qui porte un parapluie. Il court après lui, le salue, entre en conversation avec lui. Le quidam s'arrête; mais comme l'artiste voulait causer en marchant , il l'invite à poursuivre sa route. Ils cheminent ensemble. Armand , sans regarder son compagnon de voyage , lui parle d'une affaire qui semblait intéresser l'inconnu , et parvient à détourner son attention ju6

*7 qu'à lui faire oublier la route qu'il doit tenir* Ils arrivent sous les colonnes de POdéon. L'artiste regarde fixement l'individu Pardon mille fois,

s'écrie-t-il , je croyais être avec M. X.... L'affaire dont je vous entretenais le regardait ; je suis désolé A ces mots , il franchit la porte des acteurs , et laisse M. V.... la bouche béante, n'ayant pas compris un mot de l'histoire de l'artiste , et qui , s'apercevant enfin qu'il s'est trompé de direction j se dirige vers la rue Jean-Jacques Rousseau , où son épouse l'attend pour dîner.

D'abord à l'Odéon , où il faisait peu de bruit , Armand , pour en faire davantage , sans doute, a passé les ponts et s'est engagé au Gymnase , où ses charges j souvent peu nobles , excitent ce gros rire, qui n'est pas le rire des dieux de l'Olympe.

Armand suit une double carrière: ne croyant -pas la comédie incompatible avec l'esprit des affaires , il se livre à des spéculations. Il a , depuis quelque temps, acheté un grand nombre de manuscrits ou d'ouvrages imprimés , parmi lesquels se trouvent presque toutes les tragédies et comédies jouées au Second -Théâtre -Français depuis trois ans ; tous les^ romans de 1823...., quelques discours prononcés à la tribune nationale, et la plupart des plaidoyers du barreau de Paris. Le débit en paraît presque assuré , Armand les répandra dans le monde par fragmens... Il s'est fait épicier....

AllNAL. — Van,.,

Quelquefois au dessus , souvent au <1

i ' ■ s . Ainal, acteur poète , D0QS pnni\<- l'uli- < !m\ illc> au théâtre. 1 1 est dans lèi dei niera rangs des joyeux bataillons de C

sur le boulevard des Panoranias. \\ de transmettre son nom a la postérité - il sauta sur Pégase et fit une visite aux V il n'eut pas à se plaindre de l'accueil qu'il reçu! , ses tablettes se chargèrent de tributs poéttq au nombre desquels on remarque ce conte moral.

L u jour , au sortir d'une J'aperçois un enfant qui crie et i Je m'approche de lui. — Mon petit, qn'avez-vous .'

— Ali 1 j'ai l'a me bien chagrinée, M dit-il , j'ai perdu la pièce de dix sous

Que ma mère m'ai lit donnée.

— Cessez, mon bon ami, de vous désespérer, C'est un petit malheur facile à répari

Tenez , prenez cette autre pièce.

L'enfant sourit d'abord , puis reprend sa tii-t

■ — Eh bien 1 qu'avez-vous donc , encore du chs

— Eh mais , monsieur , dit-il , voici pourquoi je

pleure :

Si je n'avais pas tout-à -l'heure Perdu dix sous, j'en aurais vinirt

AUGUSTE. — Second Théâtre Français. — Par un quiproquo qu'un journaliste ne manquerait pas de nommer erreur de proie , la Petite Biographie dramatique s'est trompée grossièrement sur cet acteur. Bien que dans les mains de nos Âristarques modernes le fouet de la satyre frappe souvent sans mesure et comme conduit par un aveugle, nous croyons devoir, à propos de cothurne, suivre le conseil d'Horace et chausser chacun à son pied. L'art dramatique est une sorte de culte pour l'artiste dont nous parlons, sa vie est un délire. Dans le sanctuaire de Melpomène , il est agité comme la Pythonisse sur le trépied de Delphes. La carrière s'est ennoblie à ses regards, ou plutôt il ne la voit pas. Il ne se croit pas appelé à réciter pour un faible salaire une certaine quantité de vers alexandrins, à s'affubler d'une toge romaine, d'une robe prétexte , d'un casque ou d'un turban; c'est Oreste, Achille , Lorcdan, c'est le fils de Cléopâtre , c'est Horace ; c'est en un mot tous les personnages qu'il représente. Il ne joue pas pour plaire , il cède à un besoin qu'il satisferait même dans la solitude ; il recherche peu les suffrages, il ambitionne les siens comme ceux dont il fait le plus de cas. Le désir de se satisfaire soi-même , quand la vanité n'étouffe pas le jugement, est un véhicule plus puissant que les honneurs décernés par le public et par les faveurs

du parterre , méprisées connue toutes celles qui* l'on prodigue*

Un enfant du Limousin disait qu'avec un article de journal les châtaignes de son \ raient

pour les meilleurs marrons de la terre. Auguste, favorisé par un feuilleton, recevrait des mains de cette puissance protectrice la couronne qu'ont usurpée tour-à-tour, par le même moyen, le gascon Lafond , le manteau Victor, et le Lilliputien Ligicr. Il aurait au moins une légitimité légitime—

Al GUSTË. I ne de ces supériorités comiques qui viennent s'éteindre à Taris. Ses début* aux Français ont été des plus malheureux... Treize, quatorze pieds aux vers alexandrins, quelquefois neuf ou dix : jamais représentation plus comique.

AULETTA. — Italiens. — M. de Stendhal, dans sa vie deRossini, article budget des Italiens , donne quatre mille francs d'appointemens à M. Auletta. Il n'est question de cet acteur que sur la colonne des chiffres : du reste pas un mot de son talent , qui est plus que médiocre ; c'est aux Bouffes une de ces utilités dont un rhume , un mal de dent fait souvent changer, arrêter une représentation; on voit que M. Auletta possède un talent négatif.

3i AURELIE, — Bordeaux. — Danse.

En France on aime les talens , Mais on les paie en Angleterre.

Le plus spirituel de nos vaudevillistes a fait plus de tort aux théâtres parisiens par ce refrain , que n'en fit jadis à la France la révocation deFEdifde Nantes. Une des causes encore de ces émigrations fréquentes de nos artistes, c'est l'arrivée à Paris du superbe écrin que mademoiselle Noblet a rapporté des bords de la Tamise. Toute la cour de Terpsichore ambitionne une pareille conquête. C'est la toison d'or du jardin des Hespérides. A l'exemple de Jason , nos danseuses braveraient mille dragons pour l'obtenir. Mademoiselle Aurélie s'exile par patriotisme ; elle a frémi en lisant dans le peintre Misanthrope du Tableau de Paris, que les danseuses de l'Opéra existaient pour efféminer les courages , fondre les têtes fortes de la nation dans le creuset de la volupté et les couler en mollesse ; elle aime mieux faire cette expérience dangereuse sur des étrangers que d'y soumettre ses compatriotes.

A tous les cœurs bien nés que la patrie est chère. !

BAPTISTE aîné (artiste du Théâtre-Français). — Distingué par l'intelligence de ses rôles et par

son vil' amour pmn son art : la haufeuj de sa taille el une voix sourde ot nasale nuisent beaucoup à >on jeu. Cependant il tient Dn< premières places au Théàtre-Frar

ment remarquer dans la tra die. Les rùles où il excelle sont l< dans

la pièce de Destouches; et le capitaine dans les Doux Frères de Kotzebuë. Le fameui Robert, chef de iri^anc/s, fut représenté par lui; il lui prêta La taille d'un patagon, mais il le lit parler en rapu< Lu.

BAPTISTE.— Ex-acteur, sociétaire du il

Feydeau. -- Le peu de soin qu'on prend de

l les artistes aimés du public , est la principale cause du départ de Baptiste de Feydeau. Artiste jeune encore, bon chanteur, a< leur constamment à son poste, qu'on trouvait toujours prêt à sauver la comédie du fatal relâche, et fidèh- i valeur de ses devoirs, qu'il remplissait avec autant d'exactitude que d'intelligence , Baptiste faisait par sa conduite une critique trop amère de la manière d'agir de quelques-uns des sociétaires , pour ne pas provoquer les jalousies et les injustices. Après avoir fini son temps , il a donné sa démission : on a faussement affirme qu'il exigeait, pour rester à Feydeau , qu'il lui lût accordé, comme à Martin, trente mille francs de traitement annuel sm les subvention

ni quatre mois de congé. Baptiste, ioul en délirant la récompense de vingt ans de travaux, n'a rien exigé et même rien demandé, s'en rapportant , à cet égard , à la justice de l'autorité. On souhaitait que la comédie cherchât à conserver cet acteur , qui tenait presque tout le répertoire , remplaçait convenablement Martin dans une foule de rôles où il avait su se rendre agréable au public par son zèle et par son talent, et qui non-seulement nous paraissait nécessaire, mais encore indispensable dans un emploi que son chef ne pouvait pas remplir seul, et où les sujets médiocres sont extrêmement rares.

Mais il était écrit dans les destinées du théâtre Feydeau que le jour du départ de Baptiste serait consigné dans son registre des bévues dramatiques, et que les membres du sénat comique croiraient se compromettre en s'élevant contre l'exil volontaire d'un membre qui contribuait à l'honneur du corps d'une manière toute particulière. La province, qui s'empresse de profiter de nos injustices ou de notre défaut de jugement, a reçu Baptiste avec des marques d'une satisfaction méritée.

BÀRILLI. — Italiens. — On voudrait qu'il variât davantage ses inflexions, que son jeu eût moins de monotonie , et qu'il ne dépensât pas tant de gestes en pure perte. Son rôle favori est celui de

. qu'il joue iup de naturel, et où , bu défaut de i

il est I i I< - ii* du parterre. Ce» mots

moitié français, moitié italiens, qu'il j«t!< par die , amusent Les <jni ne \ < » i » t aui

Italien urrement et par bon ton.

Barilliydu reste, a de la musique i sinon dant la voix, du moins dans l'oreille.

BARREZ.— académie Royale». — Barrez est un <lrs plus inti ans <1<- 1 •

M M. M H. m > \ Gardi lui d ivent au feuille de leui i ouronne Immortelle* Le jarret de cet artiste résiste au travail le plus opiniâtre ; il semble doué d'une élasticité telle qu'il ne peut demeurer on moment inaclif. 11 Cgure dignement entre mesdemoiselles Ilulin et Vigneron. Lié souvent avec mademoiselle Marinette par une chaîne de fleurs , ou enlaçant mademoiselle Bertin dans ses passes voluptueuses , il se montre le digne compagnon des nymphes légères de notre premier théâtre.

BARROYER ( Madame ). — Variétés. — Madame Barroyer , connue d'abord au théâtre Morstansier, et que depuis on a continuellement applaudie dans la jolie bonbonnière dont Brunct a fait son temple , s'est toujours fait remarquer par sa verve comique et par un jeu qui , pour Être

plaisant , ne descend pas aux charges de mauvais goût, et ne cesse jamais d'être décent. Madame Barroyer doit avoir cinquante printems.

BARQXJI. • — Grand Théâtre de Lyon. — Le rédacteur des Tablettes historiques de la ville de Lyon fait savoir que sur vingt deux artistes dont est composée la troupe du Grand-Théâtre , il n'y en a pas un seul qui ne soit ou qui ne promette de devenir un phénix. Tous les théâtres de la capitale devraient former des vœux sincères pour avoir un semblable personnel. La lunette dont se sert le biographe lyonnais a la vertu de retracer les acteurs et actrices dans le degré de perfection. M. Barqui est le seul qui n'ait pas atteint le née plus ultra du talent dramatique; mais il donne des espérances : il a même déjà de puissans éîémens de succès ; il jouit d'un physique agréable , et d'une diction pure. M. Barqui devra au publiciste un tribut de reconnaissance , car, grâces à lui, il saura que le travail peut le placer dans un an sur la même ligne que ses incomparables camarades.

BARQUI ( Madame ) . — Théâtre tles Célestins, à Lyon. — Madame Barqui a voulu prendre place parmi les cumulardes dramatiques : non contente de porter le tablier des soubrettes , elle a cherché à

. onqu

public lyonnais n a , : a la nu t .

!.!]> le monde plu* d'une Femme ercles, qui, aupai l'anth

une des plus jolies amoureuses de ?aud<

■ li- I iiaii !<

différence aussi marquée qu< ôciui tic madame Bar qui ; il > a loin du petit au

. tte, à la limide retenue et a In m . nce d'une A

Dans le inonde, un cachemire jeté soi : quelques minauderies étudiées dans une j> un équipage et des valets, donnent bientôt celte allure qu'on nomme le ton ; au théâtre, l'ass. i juge avec plus de sévérité, son eeil est moins facile à tromper , et le malin sifflet a su plus d'une fois détruire le palais d'une reine usurpatri< changer son diadème en béguin.

13AYLE. — Marseille. Comédien afFaibliparl'âgf ; l'emploi de père noble , qu'il remplit encore , est au-dessus de ses forces ; sa prononciation gutturale et sourde., sa déclamation lourde et traînante, fatiguent le spectateur. Du reste , on peut remarquer en lui une tenue de scène et un ton de comédie qui indiquent les restes d'un talent estimable, et

qui font regretter queBayle ne veuille ou ne puisse dès à présent terminer sa carrière dramatique. Solvc senescentem..*.

BEAUPRÉ ( Madame). — Metz. — Madame Beaupré est une des comédiennes qui charment les indulgens habitans des bords de la Moselle , et qui, chaussant le brodequin de Thalie dans Epinal, Lunévilîe , Thionville, entrent en partage d'une recette dont le dividende est d'un écu par jour.

BEGRAND (Danseuse ). — Porte-Saint-Martin. — Amour de la gloire , quelle superbe invocation on pourrait te faire au sujet de cette charmante élève des Grâces ! O désintéressement que ne pourraient croire les races futures, si nos journaux, annales de la vérité , n'en perpétuaient le souvenir ! Cette jolie nymphe , dont tout Paris a pu admirer à loisir les formes , qui aurait servi de modèle au ciseau créateur de la Vénus antique; cette jolie israélite , qui résista avec tant de courage aux poursuites de deux vieillards ; mademoiselle Bégrand, enfin, qui jadis tendait chaque mois la main au caissier de la Porte-St-Martin pour recevoir ses honoraires, tout-à-coup méprisant ce vil métal qui cause sur terre tant de joie et de soufirances, vient montrer ses grâces et son talent sans motif d'intérêt. La fortune l'avait peut-être comblée de ses faveurs dans un moment de caprice ? je ne le pense

pas. Le directetu . après une fugue , avait peutêtre réfuté de b recevoir, attendu que les cadres de la troupe chorégraphique étaient complets J ( eli pourrait être. La nymphe se serait-elle offerte pour avoir l'occasion de faire connaître son retour aux amateurs de ballets? Le directeur ne jugeant pas à propos de refuser un diamant qui ne coûte rien, l'aurait-il accueillie? Mais la nymphe n'avait donc aucun des besoins de notre humanité ? La faim, la soif... et les vêtemens , et 1<- loyer, et... qu'importe ; attendons que Mlle. Bégrand publie ses mémoires , et peut-être nous fourniront-ils des matériaux pour un ouvrage dont le titre sera : l'Art de vivre à Paris sans fortune et sans place.

BEGRAND.— Ex-artiste du Panorama-Dramatique. — Les extrêmes se touchent: je ne crois pas que , depuis Adam , la nature se soit amusée à un jeu plus bizarre dans la formation des races, qu'alors qu'elle créa mademoiselle Bégrand de la Porte-Saint-Martin , et son frère , danseur au Cirque-Olympique. Le cygne de Léda caressant un canard sauvage , présente une allégorie fidèle du baiser fraternel que pourraient se donner le danseur et sa sœur ; l'un semble la parodie de l'autre; la sœur est l'Hébé qui sort de l'atelier de Flatters, le frère semble échappé au gril qui fit sécher les chairs de Saint-Laurent. Au reste , Bégrand entre en partage de talent avec sa sœur,, quoique dans

un genre différent. 11 promet d'égayer les soirées du Cirque-Olympique 5 dont il fait maintenant partie»

BELCOUR. — Brest. — Belcour , dont la voix a de la noblesse et de l'étendue , partage avec Paris et Oudinotles bravos que prodiguent les habitans de Brest à la troupe d'opéra qui , sous la conduite du maître d'orchestre Séméladis , vient chaque soir filer des sons ou hasarder quelques roulades et quelques cadences.

BELFORT ( Madame ). A l'époque où le peintre Allaux avait obtenu un privilège qui l'autorisait à faire , sous le nom de Panorama Dramatique , une collection de décors expliqués par deux personnages, il avait choisi madame Belfort comme capable de remplir avec talent cet emploi important en chef et sans partage; mais depuis que le privilège a reçu plus d'extension , depuis que Thalie , Terpsichore et le bâtard de Melpomène se sont introduits dans la place, le directeur s'est montré plus sévère , et il a rendu madame Belfort aux départemens, qui ne la demandaient pas.

BELMONT (Madame ) —Opéra-Comique.

Il fut un temps où le nom seul de Belmont , talisman merveilleux , entraînait chaque soir au portique du Vaudeville des flots d'une jeunesse

avide d'admirer* La jolie marmote de Fanclion ;i été depuis métamorphosée en chapeau de jeune mère ; lej jolis doigts de l'actrice ne l'ont plus résonner la vielle. Sans doute à l'époque (! premiers triomphes, madame Belmont avait une \oix j>lus fraîche, des traits plus gracieux , une taille plus svelte ; mais son jen n'a rien perdu de sa finesse, de son naturel exquis, de sa vérité; elle est toujours madame Belmont sous d'autres traits: actrice aimée et fêtée du public.

BERNARD ( Mademoiselle Hyacinthe). —

Porte -Saint-Martin. — .Mademoiselle; Bernard ,

d'abord élève de l'Opéra, puis connue à l'Ambigu et au Panorama-Dramatique sous le nom d'Hyacinthe, est une danseuse fort jolie et fort gra- < ieusé , cachée dans les rangs secondaires du théâtre de la Porte-Saint-Martin. Dans les batailles chorégraphiques , comme dans les corps d'armée, tel reste au dépôt qui vaut mieux que tel autre qui fait partie de la compagnie d'élite.

BERNARD -LÉON. — Gymnase. — Voilà un de ces noms qui, placés sur une affiche, doivent toujours attirer l'amateur curieux d'applaudir une gaîté franche et communicative , une verve comique toujours soutenue , et une rondeur qui n'existe pas seulement dans les membres. Bernard-Léon ne semble jamais sur un théâtre;

4i les caricatures ou les caractères qu'il représente n'ont pas cet art qui laisse toujours voir le comédien sous Phabit qu'il emprunte ; il est réellement le personnage dont Fauteur lui a mis sous les yeux la copie : c'est lui - même qui est l'original. Dans le rôle de l'Artiste , où Perlet est si plaisant, Bernard-Léon l'emporte peut-être par la comparaison qu'on peut établir. Dans les rôles du Courtier , de la Veuve du Malabar , dans le Maître d'école , qui cite à tous propos des mots latins , dans l'Opérateur , dans M. Quinze-Seize, dans ce Complaisant de maison de l'ordonnateur d'une fête , dans l'Ecarté , en un mot à tous les personnages , il met ce cachet de vérité qui décèle un tact fin et un grand esprit d'observation.

BERNARD-LEON. — Théâtre des Célestins , à Lyon. — Frère du précédent , Bernard - Léon soutient avec honneur l'homonyme. Il possède toutes les qualités de son frère, dans un degré moins éminent ; il semble avoir fait une étude approfondie de son jeu , qu'il imite souvent à s'y méprendre. La nature a secondé le travail, ou plutôt le travail a développé les heureuses dispositions que la nature lui a données.

BERNETTE..— ChaumontenBassigny.— C'est un acteur que l'on compare , dans un rayoa de

dix lieaei , tantôt à Brunet, tantôt à Potier, et que les marchands de couteaux de Langres vantent a tous les voyageurs qu'ils rencontrent. A peine avez-vous fait emplette de Tune de ces lames qu'ils fabriquent avec tant d'habileté, que , roulant sur vous un œil entouré d'une auréole ferrugineuse. — Et M. Bernette , disent-ils , comme on diraità Paris, madame Pasta ou Talma , Et M. Ber nette , Pavez-vous vu?.. . Si vous répondez que vous êtes pressé et que vous ne pourrez le voir, ils hochent la tète en signe de pitié, ou peut-être de funeste présage. C'est la seule merveille, du reste, de Langres et delà banlieue ; je n'ai entendu faire à aucun marchand de couteaux l'éloge du talent de d'Harneville , le directeur de la troupe , ni de sa femme, dont on vante les grâces.

( Note communiquée par un commis voyageur. )

BERTHAULD. — Grand théâtre de Lyon.— Du mordant, de la verve, beaucoup de mémoire, encore plus d'aisance sur la scène , mais un organe singulièrement désagréable et qui déchire l'oreille. En résumé , acteur qui ferait plaisir à une assemblée de sourds.

BERTIN. — Ex-acteur du Panorama-Dramatique. — Il charma long-temps les soirées des habitans de Bordeaux. Le bruit des applaudissemens que cet acteur recevait vint frapper l'écho du co-

43 , mité administratif du théâtre des Variétés, et Berlin fut bientôt de la troupe joyeuse du directeur Brunet. Artiste laborieux, ami de sa profession, doué d'un naturel et d'un comique toujours soutenus, Bertin ne resta cependant pas aux Variétés. L'administration du Panorama , qui des mains du peintre Allaux était passée dans celles de M. Langlois , se l'attacha , et n'eut qu'à s'applaudir d'un tel engagement. La bonne Mère, de Floiian, vint, grâces à Bertin, enrichir le répertoire. Il joua le rôle de Lubin avec une sensibilité qui arracha des larmes. Dans Tringolini, il fît beaucoup rire ; un rôle de pâtre dans le mélodrame des Deux Fermiers , le nègre, du Lutin amoureux, et César des Trois Trilby , prouvèrent la flexibilité de son talent. Enfin le Pauvre Berger mit le sceau à sa réputation. L'administration , quoique dans un état voisin de la ruine ,'crut devoir reconnaître le zèle et les services de Bertin en lui accordant une représentation à bénéfice. Le Panorama-Dramatique est fermé ; aucun bruit ne transpire d'un engagement pour Bertin à aucun théâtre de Paris. Les directeurs vont-ils encore laisser échapper un bon comédien , vont-ils encore enrichir la province, si riche déjà ? Singuliers juges que ceux qui composent nos aréopages dramatiques ! Quand donc les rendrons-nous responsables de leur sottise et de notre ennui ?

B1GN0N. — M. pignon déserta e temple du

mélodrame pour s'enrôler sous l'étendard de Brunet : sa gloire fut toujours au même point ; mais ses appointemens s'élevèrent de quelques d( gr< •>. Le parterre l'écoute avec calme ; jamais un sifflet ne prouve à l'artiste qu'il déplaît, jamais un bravo ne lui annonce qu'il est agréable ; on le voit par habitude , et on le considère comme tenant un juste milieu entre la médiocrité et la nullité.

BOCAGE. — Odéon. — -Bocage, qui tantôt sous l'habit d'un petit-maître on d'un officier , tantôt sous le manteau espagnol, vient conter fleurette en vers ou en prose aux comtesses, marquise* ou ingénues du désert royal de l'Odéon , Bocage , dis-je, mériterait souvent qu'il y eût quelques amateurs dans la salle pour applaudir à son ton décent et à es manières aisées.

BOINET. — Grand théâtre de Bordeaux. — Digne interprète de Corneille, de Voltaire, de Racine, madame Boinet est une des meilleures tragédiennes du grand théâtre de Bordeaux. On peut cependant croire qu'elle a plus de talent d'imitation que d'intelligence. Les caractères des anciennes pièces, qui lui sont transmis par la tradition et par les maîtres qui l'auront dirigée dans ses essais , sont mieux retracés par elle que les

personnages des ouvrages dramatiques modernes. Si nous blâmons quelquefois la trop grande promptitude et la trop grande facilité avec laquelle nos comédiennes prennent la poste , nous excusons et même nous louons un voyage entrepris dans l'intérêt de Part ; c^est ainsi que nous conseillons à madame Boinet un petit séjour à Paris : qu'elle vienne se former rue de Richelieu , et même quelquefois à l'Odéon.

BOISSELOT. — Ambigu-Comique. — Boisselot est un trésor pour une administration théâtrale mélodramatique : il revêt avec la même facilité la veste d'un meunier saxon ou polonais et la tunique d'un courtisan; il prend la perruque des tuteurs, le chapeau des marquis; il dissimule au besoin ; il chante , il danse , il espadonne , il jette feu et flamme , il tire le mousquet , il prend la lance , il attaque, il mine , il contre-mine ; enfin, c'est un des plus fermes appuis de l'Ambigu et un des plus dignes interprètes du vieux répertoire.

BONNETY. — Marseille. — Un, heureux instinct l'avait guidé dans l'emploi déjeune premier; il a divorcé avec Thalie. Depuis qu'il partage ses travaux entre le comédien et le chanteur,, il fait successivement supporter aux deux emplois les défauts de l'un ou de l'autre. Il est fâcheux que cet artiste ne soit point entièrement voué à la co-

, il n'aurait point ainsi contrarié les plut b. 11. i l'indiquait surtout *n m.i-

ni. re de déclamer le re« cnmiejœ. Hnt.

point (ju'il puisse jamaii être appelé aa rhéâtre Prnçib. On assure qu'il frapj

i pour y recueillir l'hcrit i • d MM. Philippe et Gavaudan ; U elle s'ouvre pour lui . il et!

>le qu'il y obtienne du sut ces, non pas comme chanteur j mais comme comédien. M. B connaît parfaitement U scène , i gante i . il .» de U < bal< m « t de L'entrai-

n« -ment : C*CSl fc c < tte d» -mien- qualité qu'il doit en grande partie le succès qu'il a obtenu sur le théâtre de Marseille.

BONOLDI. — Italiens. — Avant de paraître a cote de Garcia, il avait une réputation ultramontaine extraordinaire. C'était pour lui que B< avait écrit le rùle du Maure dans Othello, et toutes les feuilles italiennes nous avaient parlé du prodigieux effet de Bonoldi dans ce rôle. Bonoldi est un acteur sec et maigre, qui ne manque pas d< leur, mais qui est loin d'avoir la profonde intelligence , la verve et l'entraînement de Garcia. 11 est musicien, amoureux fou de Rossini, qu'il loue partout et met au-dessus de Mozart et de Hayden.

Bordeaux. — La ville de Bordeaux possède le plus, beau théâtre de France; depuis que l'on a

gâté; à Paris, la salle de l'Odeon , ce n'est plus dans la capitale que Ton peut voir un modèle en ce genre. La population entière de Bordeaux a , de tout temps, manifesté un goût si vif pour le spectacle, qu'on y a vu trois ou quatre théâtres prospérer à-ia-fois. La comédie y fut jouée long-temps d'une manière supérieure, les ballets surtout étaient mis en scène avec un grand luxe et une rare perfection. C'est dans cette ville que Dauberval, le plus spirituel des chorégraphes français , fit jouer pour la première fois le fameux ballet de la Paille, et qu'il se montra le plus brillant élève de Noverre par son ballet de Télémaque ,^que les amateurs de ce genre ont toujours regardé comme l'une des plus belles et des plus grandes compositions.

Le goût de la danse s'est toujours conservé dans cette ville ; nous lui devons en ce moment le danseur le plus noble de l'Opéra , Albert , et l'un des plus gracieux , Ferdinand. Après Paris, Bordeaux est encore la ville où l'on trouve les meilleurs danseurs et les plus agréables danseuses. Pour le prouver, il suffira de nommer l'un des meilleurs élèves de Vestris , Armand Desforges , et mesdemoiselles Aurélie et Lefebvre ; ces trois sujets avaient obtenu beaucoup de succès à l'Académie royale de danse. MM. Blache père et fils , maîtres de ballets , emploient avec autant

d'adresse que du bonheur tous les UlfUI ( oofiéfl ••

leurs soins, et leurs ballets réussiraient même > Paris, m l'administration ne confiait pas toujours exclusivement à deux ou trois maîtres de ballets privilégiés le soin de fermer la barrière à nuis leurs eoncurrens.

Malgré la supériorité que la danse étale à Bordeaux, ou plutôt à cause de cette supériorité, le théâtre de cette ville ruine tous ceux qui le di* rigent. MM. Fargeot et Beaujolais avaient Leun paiemeos , lorsqu'une compagnie, formé

ians les plus riches et les plus famés, voulut se charger de l'entreprise ; cette compagnie a fait noblement des sacrifices pour soutenir l'éclat du théâtre , et les recettes ont toujours été au-dessous des dépenses. L'acteur qu'ils avaient choisi comme directeur, Fourez, vient de mourir des suites des fatigues qu'entraîne une place beaucoup plus importante et beaucoup pïas difficile qu'on ne le pense. Cette mort a jeté l'administration dans une espèce d'anarchie ; il est à désirer que l'autorité accorde quelques nouveaux avantages aux actionnaires pour qu'ils puissent continuer l'année prochaine : un seul directeur, quel qu'il soit, ne peut offrir les garanties d'une telle compagnie. On cite en ce moment M. Andrieux, caissier de la direction , comme devant remplacer l'ancien directeur.

L'opéra estactuellement ce qu'on joue le plus

à Bordeaux , sans cloute parce que c'est aussi ce qu'on joue le mieux ; on y distingue Cassel , mademoiselle Foulquier et madame Allan-Ponchard : ces deux dames sont connues à Paris ; et Cassel , engagé pour l'opéra-comique de POdéon , ne tardera pas à faire applaudir encore sa jolie voix et son excellente méthode.

Plusieurs sujets , à la tête desquels il faut placer Constant, premier comique, etValmore, qu'on a vu à Paris sur les deux théâtres français, se font cependant distinguer dans la haute comédie. Il est à regretter que l'administration n'ait pas engagé aussi madame Valmore ( Desbordes ) , qui joue la comédie d'une manière très -agréable. Cette dame qui., comme on sait, compose les vers beaucoup mieux encore qu'elle ne les débite, profitera sans doute des loisirs forcés qu'elle a maintenant comme comédienne, pour agrandir la haute réputation dont elle jouit déjà comme poëte : il y aura plus que compensation ; madame Valmore-Desbordes est , sans contredit , la muse la plus remarquable , la plus suave et la plus élégante de cette époque.

La tragédie a très-peu de succès à Bordeaux , probablement parce qu'elle est jouée. avec une excessive médiocrité. Madame Cosson., qui n'est pas sans quelque qualité , ne possède point un talent assez marqué pour attirer et fixer la foule. ( Article communiqué. )

BORDES.— -Ex-artiste du Panorama. — Fanfettc Bordes se tressa une petite couronne de lauriers à l'époque où la petite merveille du Gymnase mit les acteurs nains à la mode. Le Panorama-Dramatique chercha à délier la langue à deux ou trois petites poupées que l'affiche et les journaux nommèrent actrices. Fanfette Bordes , âgée de dix à onze ans , amusa les habitués du boulevard du Temple dans le Petit Espiègle , les Deux Pensions, tes En fans maîtres , etc.

BORDES ( Charlotte ) , sœur de la précédente , mérita réellement la vogue qu'elle eut. Cette enfant , figée de cinq ans , joint au physique le plus joli une intelligence que n'auront jamais les deux tiers des amoureuses de nos théâtres. Dans Jenny , elle intéressa et fît sourire , par une pantomime enfantine vraiment originale ; mais son triomphe, comme elle le disait elle même , était le Petit Poucet ; elle y déploya une aisance , une hardiesse et une grâce qui obtinrent à cette pièce un succès soutenu. Charlotte est libre par la clôture du Panorama : c'est un petit bijou en vente qui doit faire honneur à qui l'acquerra.

BORDOGNI. ~- Italiens.— Voix légère et flexible , jeu froid et souvent maniéré , intelligence profonde , mais peu de chaleur , tel est Bordogni : chanteur élégant, gracieux, c'est aux oreilles et

5i presque jamais à Pâme qu'il s'adresse ; son organe est pur et net, ses notes toujours vives et brillantes. En Italie même, on trouverait difficilement un acteur qui jouât avec plus de talent le rôle d'Ottavio dans Don Juan : il serait impossible, à qui ne l'a pas entendu , de dire le charme qu'il met dans l'air du second acte : II mlo tesoro , dont l'accompagnement est d'un effet si ravissant. Peu d'acteurs lui seraient comparables , s'il pouvait s'échauffer sur la scène ; ce feu créateur, sans lequel il n'est ni poëte , ni artiste , lui a été malheureusement refusé.

BOSQUIER - GAVAUDAN. ~- Variétés. — Bosquier-Gavaudan, doué d'un double talent, qui pourrait le faire réussir au Théâtre-Français et à l'Opéra-Comique, préfère le joyeux temple de Brunet aux théâtres plus élevés. Certes, rue de Richelieu, il est jusqu'à dix ou douze acteurs que je pourrais nommer, qui n'ont point le talent dramatique que possède Bosquier... A Feydeau , trois chanteurs exceptés , personne n'a une aussi jolie voix que lui... Bosquier ne veut pas rendre incomplète la troupe de Brunet , et puisqu'il a auprès de lui Lepeintre et mademoiselle Jenny Vertpré , il se résout avec gaîté au sacrifice qu'il a fait de voir son ambition flattée par un titre supérieur. Puissent tous les artistes donner une telle preuve d'attache-

ment ia théâtre qui ■ protégé leun etsail . et iti

public (j-ii le premier leur |

BOUCHER.— L'une des pierrei angulaires du Grand-Théâtre de Lyon , où il e§l cité pour »cs beam costumes, qu'il poite, du reste, avc<

k -e. Ife parlons pai de lui comme chanteui ; comédien, il a de la chaleur, du mordant , beau coup d'intelligence; il saisit et rend bien un rôle.

BOUFFE* — Ei acteur du Panorama Dramatique. — Ses premier! essais se firent I i Son talent pour les caricatures m dévelop] pidement; c'esl un comiqne ejue soi appi mieux que personne la directrice de la Gai té. Boullé est engagé à son théâtre pour l'année courante,' , nous lui souhaitons une bonne chance dans l'assaut de charges qui va s'ouvrir entre lui , Mercier, Parent et Dumcsnil.

BOUFFÉ (Madame). — Ambigu. — Madame Boulïé, plus connue des habitués de l'Ambigu sous le nom de la Jolie Blonde, est une des nymphes légères qui viennent distraire le spectateur des tristes déclamations d'un tyran ou des sombres projets d'un traître. Sa danse est plus gracieuse que légère , elle a su se conformer au goût du quartier, et elle tourne sur son talon avec autant d'agilité qu'un tourne-broche sur son pivot. La directrice de la Gaîté la réunit à son mari l'année prochaine,

en versant dans la caisse de la communauté cinq mille francs de traitement.

BOUGLAINV1LLE (Mademoiselle). —Théâtre de Lyon. — Ahl que n'emploie- telle le temps que ses adorateurs nombreux passent à lui vanter ses charmes , ses grâces, sa jolie figure, à étudier cet art où elle brille déjà d'un assez vif éclat! Parce que ce mot : Ah! qu'elle est gentille! échappe incessamment de la bouche du spectateur qui la voit jouer , qu'elle ne se persuade pas qu'elle n'a plus rien à faire. Il faut qu'elle donne plus de mobilité à sa figure , plus de variété à son débit , à son jeu; qu'elle ne soit pas la veille ce qu'elle sera le lendemain : la monotonie ennuie.

BOULANGER (Madame) .—Théâtre de l'Opéra- Comique.

Audaces fortunajuvat.

C'est à madame Boulanger que j'adresse cette pensée latine , que je lui traduirai par deux vers français inscrits au bureau de loterie dit du Petit- Pont :

Le sort nous tend à tous une mainsecourable ; Mais c'est aux plus hardis qu'i) est seul favorable.

Cette artiste ne doit cependant pas toute sa gloire à son courage ; elle en doit une partie au courage de Messieurs du lustre. Les révolutions

U des astres ont de l'influence sur l'actrice. Un changement de lune, une éclipse , une comète , lui l'ont perdre quelquefois ses roulades et ses cadences , et d'autres lois donnent à ses poumons une telle force , à sa voix une telle étendue, que le spectateur aveugle croit entendre madame Duret. Voila ce qu'elle nomme ses jours fastes ; quant aux jours néfastes , elle est tellement pauvre en moyens, qu'elle chante l'opéra-comique comme une actrice des galères Scveslrc. Qu'importe aux entrepreneurs de réputation ? ils font toujours le service ; ils ne s'informent pas si madame chante faux , ils demandent seulement au chef si l'abonnement est payé.

BOULARD (Madame). — Toulouse. — Il est impossible de voir quelque chose de plus joli, de plus sémillant que madame Boulard dans les rôles de page ; aussi ce sont les rôles qu'elle affectionne. Elle boude quand, dans une pièce nouvelle , il ne s'en trouve pas un qui lui donne occasion de montrer, sous des vCtemens d'un autre «exe, un genou admirable, des formes que Praxitèle eût copiées.

BOULARD, du même théâtre, est le mari d'une jolie femme. C'est tout ce qu'on peut dire de lui. Que de maris voudraient ressembler à cet acteur!

BOURBIER. - Marseille. — Cette jeune et jolie élève du Conservatoire, disait -on dans la première édition de la Biographie , qui a déjà cueilli des palmes sur les bords de la Tamise , mérite des encouragemens Qu'elle se défasse de son grasseyement , qui , dans les tragédies , blesse les oreilles les moins délicates et détruit l'illusion. Le soin qu'elle apporte à se corriger de ce défaut , le zèle avec lequel elle suit les conseils de son professeur, sont d'un présage heureux pour nous et pour elle.

Nos présages se sont depuis presque tous accomplis ; mademoiselle Bourbier n'a pu renoncer entièrement à ce maudit grasseyement , si joli dans le tête-à-tête ; mais l'usage de la scène a développé les talens que nous lui reconnaissions. Marseille l'a souvent applaudie dans des rôles difficiles. Qu'elle travaille ; elle est squs un beau ciel , sous un ciel inspirateur ; nous savons qu'elle est aimée du public : il faut qu'elle se rende digne des encouragemens qu'on lui prodigue.

BOURGOIN ( Thérèse ) , actrice du Théâtre- Français. Née en 1781 , elle débuta sur la scène française le 28 novembre 1801 par le rôle de Mélanie dans la pièce de ce nom , et y obtint un succès brillant. Une figure d'une ingénuité ravissante sous un costume de novice, et un débit qui, parce

qu'il était asseï monotone, n'en parut que plus mélancolique, décidèrent la moitié de i dont elle dut l'autre à des intentions heureuses , à quelques études sous la direction de la célèbn Dumesnil, et surtout à l'engouement des faciles Parisiens pour tout ce qui est joli et nouveau. Ce triomphe j dans une carrière où lamour-pj offre ô\e si nombreux ccueils , est deTi ment funeste à l'actrice «tau public, là faveur de ses juges, mademoiselle Bourgoin a cru pouvoir compter sui sa constance , et n'a rien fait pour ajouter de nom «aux litres à ceux qu'elle avait déjà. On doit aux ministres d'un art à qui le poison de la Qatterie est presque toujours mor< tel, un conseil qu'il leur sera aussi utile d'entendre qu'il est pénible de leur donner, c'est de se garder d'imiter mademoiselle Rourgoin dans l'excès de Ba confiance dans les bontés d'un public qui ne lui a fait , à la \érité , que des infidélités passagères , mais qui semble quelquefois aussi vouloir secouer le joug qu'il a bien voulu s'imposer à luimême , et rappeler sa capricieuse élève à ses de- \oirs envers lui. ISous ne dissimulerons pas toutefois que les défauts de mademoiselle Bourgoin tiennent essentiellement à cette mauvaise éducation première , que le public a d'autant moins le droit de lui reprocher , que ces défauts, dont il lui eût été si facile de se corriger il y a vingt ans ,

5/ sont devenus maintenant des habitudes invétérées, et ne peuvent servir de leçon qu'à celles qui sont appelées à lui succéder. En général , mademoiselle Bourgoin ne manque , sur la scène , ni de décence , ni même de sensibilité ; mais il est fâcheux que ces qualités soient déparées par cette fatale monotonie de débit , devenue l'ordinaire défaut de la nouvelle école , et dont la contagion a gagné tous les théâtres. Par malheur les principaux théâtres de Paris, et surtout la Comédie- Française , sont transformés depuis la révolution en une sorte de bazar , où la plupart des femmes à qui la nature a accordé quelques avantages, aspirent à se montrer pour se faire connaître. Les progrès de l'art ne sont plus pour elles qu'une occupation secondaire ; qu'elles soient admises ou non, leur but est rempli du moment où elles ont commencé sur la scène une existence qu'elles finiront dans les boudoirs, et où quelques études frivoles , suivies d'un début qui, le plus souvent , ressemble au récit d'une leçon , ont réuni autour d'elles un cercle brillant d'adorateurs qui ne leur laissent plus le temps de se livrer à d'autres soins qu'à ceux de plaire. C'est à cette école que s'est formée mademoiselle Bourgoin , et c'est assez dire quels sont ses droits à l'indulgence. Cette actrice ne manque pas de quelque esprit , mais on regrette trop souvent de rencontrer sous des formes élégan-

tes, embelli* s parla plus séduisante parure, un ton et des manières dont rougiraient des femmes de la condition la plus basse, et qu'un verre de vin de Champagne rend beaucoup trop familières à Ghimène on à Zaïre. Nous ne pouvons nous refuser au plaisir de raconter quelques-unes des aventures de mademoiselle Bourgoin.

Un marchand de cachemires , le plus intraitable et le plus juif de tous ceux de son état et de sa religion , avait vendu à mademoiselle Bourgoin , qui ce jour là était la reine de Pont, un schal dessiné en diadème , d'une valeur considérable , et avec lequel la malheureuse Monime était destinée à s'étrangler. II paraît que l'homme de boutique , plus sensible que ne le sont ordinairement ses confrères, s'était mis en tète, avec ses soixante ans, sa voix rauque, sa taille courte et grêle, et sa face rude et repoussante, de faire agréer ses hommages à la belle Monime. Celle-ci, libre jusqu'à six heures du soir des jalouses fureurs de Mithridate , avait, dit-on, permis quelqu'espoir à son ignoble amant, qui, dans ses amoureux transports , mettait à ce prix le sacriGce de son cachemire. Il était venu lui-même contempler, du parterre, le magnifique effet du diadème de la reine de Pont, lorsque, dès le lendemain, brillant de toutes les grâces du comptoir , l'homme à bonnes fortunes se rend chez mademoiselle Bour-

«9 goin ; mais quel est son étonneraient, lorsque celle»ci lui répond avec une dignité qui ne lui est pas ordinaire , et qui est encore celle de la reine delà veille, que le schal n'est pas bordé, qu'il devait l'être , qu'il ne lui convient pas , et qu'elle va le lui rendre. A ces mots , le rustre ne peut plus contenir sa fureur ; il vient de calculer en un moment que ce schal, vu de tout Paris sur mademoiselle Bourgoin, ne trouvera plus d'acquéreurs; toutes les espérances de son avidité, de son amourpropre et de sa lubricité sont trompées à-la-fois ; un procès commence , et l'homme de boutique le perd aux éclats de rire du palais, du théâtre et de tout Paris. Mademoiselle Bourgoin n'a pas été aussi heureuse dans toutes ses aventures, et l'on ne peut se rappeler sans rire la présence d'esprit de ce commis qui , venant de la part du banquier de l'actrice, et ouvrant son portefeuille qui contenait une somme de 4?°oo fr. qu'il était chargé de lui porter, s'aperçut, à la manière dont il était reçu , qu'on prenait le change sur l'objet de sa visite , et qu'on croyait reconnaître en lui le jeune comte de B , attaché à la légation de.... , et dont mademoiselle Bourgoin avait déjà reçu des propositions. Il résolut sur-le-champ de profiter de la méprise , et rendit l'erreur si complète du côté de mademoiselle Bourgoin, que le commis de banque L.... , reçu d'abord dans le salon et introduit bien-

tùt dans le boudoir, en était sorti, deux lames a près j aussi heureux que le comte de B... eût pu espérer d<- l'être, et laissant le plus touchant souvenir de sa rare libéralité. Cependant un joui ;i\;iit suffi pour détruire l'illusion de mademoiselle Bourgoin ; mais elle ne conservait pas un souvenir trop désagréable de l'audacieux qui en avait été l'objet, et, la méprise cùt-clle été réparable, il < !St douteux qu'elle eut consenti à la réparer. Terminons cet article en racontant une impertinence fort gaie de mademoiselle Bonrgoin envers madame la duchesse de Dalmatie, femme de l'un d<- nos pins illustres maréchaux : Un cachemire égaré , car les cachemires ont toujours joué un grand rôle dans 1rs aventures de mademoiselle Bourgoin , donna lieu à la duchesse d'écrire à la princesse de la rue de Richelieu un billet signé de son prénom, qu'elle avait fait suivre du nom du duché de son mari : mademoiselle Bourgoin répondit a la duchesse un billet qui , avant la révolution , ne lui aurait pas mérité moins de quinze jours du fort l'Evéque , et qu'elle signa fort plaisamment Iphigénic en Tauride. Mademoiselle Bourgoin touche à une époque oîj , de toutes les illusions de la vie, il ne lui restera bientôt que celles qui résultent des talens. Il serait heureux pour le public et pour elle que cette réflexion ne fut pas perdue; mais nous nrosons pas nous en flatter : nous pen-

sons plutôt que les amis de Part, qui auraient voulu être ceux de mademoiselle Bourgoin , ont dû renoncer depu s long-temps à toutes les espérances qu'ils avaient conçues de cette jolie actrice , et prendre pour eux cette devise, dont on assure qu'aucun des amans de mademoiselle Bourgoin n'a long-temps fait la sienne :

L'espoir , il est vrai , nous soulage , Et nous berce un temps notre ennui ; Mais , Philis , le triste avantage Lorsque rien ne marche avec lui !

Belle Philis on désespère Alors qu'on espère toujours.

BOURGOIN (Lili), sœur de la précédente, montra sa jolie petite figure au théâtre du Panorama; sa taille peu élevée et son âge qu'elle cachait la firent prendre d'abord pour une de ces petites merveilles à l'ordre du jour. Elle joua Lucette de la Bonne Mère, et excita une vive gaîté , sentiment que Florian ne cherchait sans doute pas à placer dans ce rôle.

Le Gymnase, qui a quelquefois fait de bons rapts à ses voisins, a reçu dans sa troupe cette jeune personne , cheç quile goût du théâtre est une passion malheureuse.

BOURSON (mademoiselle), fille du directeur, et artiste du théâtre d'Aix. Il y a quelques omis qu'on lui jeta , ainsi qu'à M. Henri Bernard , des lauriers et une couronne d'or. Ces deux enfans co médiena ont des chevaliers aussi intrépides que l'huile qu'Aix fabrique : vous seriez maudit, lapidé peut-être, si vous souteniez à Aix que la meilleure huile de toute la Provence se fabrique à cent lieues au-delà; on vous sifflerait, si vous souteniez que; Ma demoiselle Bourson est loin d'être mie merveille ; que les noms de perle, de diamant , de saphir (historique),qu'on lui donne, ne prouvent qu'un engouement provençal et l'influence d'un soleil brûlant.

BRANCIIU. — Opéra. — Madame Branchu apprit la musique en apprenant à parler ; dès l'âge le plus tendre on la citait comme une petite merveille , et cette grande actrice a prouvé par la suite que les enfans extraordinaires , dont les succès précoces nuisent souvent à leur avenir, ne sont pas nécessairement comme ces météores dont l'éclat disparaît d'autant plus vite qu'il fut plus vif. Saint-Georges , qui n'excellait pas moins dans la musique que dans tous les exercices du corps, dé mêla de bonne heure les dispositions qu'annonçait pour la scène celle dont aujourd'hui nous admirons le beau talent; il la présentait dans les salons les plus brillans, où chaque jour elle obte-

naît de nouveaux succès , quand la révolution , renversant les fortunes coloniales , précipita la famille de madame Branchu dans un état voisin de l'indigence ; mais comme les principes d'égalité raisonnable qui s'établissaient alors permettaient aux honnêtes gens de considérer le théâtre comme une carrière honorable offerte à la jeunesse, la jeune élève de Saint-Georges fut présentée et admise au Conservatoire , où elle apportait plus que des espérances.

En ce temps , les maîtres les plus distingués présidaient aux études qui se faisaient dans un établissement dont nous ne connaissons plus guère que les ruines ; ces professeurs donnaient euxmêmes des leçons, ils ne les confiaient pas à des rebuts de coulisses, qui viennent démontrer ce qu'ils n'entendent pas. Madame Branchu fit partie des classes de Dugazon et de Garât. Dugazon n'était pas seulement un acteur du premier ordre , et que n'ont pas fait oublier les sujets qui le parodient dans la rue de Richelieu ; il était un professeur admirable. Garât fut le premier de nos chanteurs , parce qu'il chantait comme Dugazon voulait qu'on dît. Madame Branchu, profitant des meilleurs exemples qu'on peut recevoir, parut bientôt à l'Opéra ; elle y remplit d'abord un emploi proportionné à ses jeunes forces , et c'est

dans l'amour d'jé/ctête qu'elle obtint leapremien applaudisscmens des connaisseurs.

Son début déclat eut lieu dans le rôle d'Antigone, d'OEdipc ; elle parât ensuite dam fyhîgènie, dans Armidc ; on la vit tour à-tour chanter le rôle de la haine et celui de l'héroïne ; elle joua tout le grand répertoire avec un égal succès : la Fcstutc et les Dcnuïtdes mirent le comble a >a réputation. Telle est la flexibilité du talent de inu'auic Branchu, qu'elle descend du trône et l'Opéra pottl jouer d'une manière anssi légère qu'originale la Ébobrette àet Prétendue ou l'épousa de Panurge.

Madame Branchudoit être considérée, avec mademoiselle Duchesnois, comme le modèle des tragédiennes françaises; et si après vingt ans d'exercice à l'Opéra , où , sous le sceptre de certains chefs d'orchestre, on sembla s'appliquer à ruiner les moyens des chanteurs , la voix de madame Branchu a souffert quelques outrages , cette voix n'en est pas moins puissante , flexible, et la première encore à l'Académie Boyale de Musique.

L'ancien gouvernement, en comblant madame Branchu de faveurs, ne fit que rendre justice à son mérite. Elle eût expié les bienfaits de l'impératrice Joséphine, si , persécutée par les gens qui conspirent contre l'opéra français, elle n'avait directement adressé ses plaintes au duc de Berri. Ce

prince aimait les artistes , il protégea Pornement de notre premier théâtre national.

Madame Branchu , à qui tant de talent mérite tous les suffrages , est encore , hors de la scène, un modèle des vertus privées, et l'on doit aisément le concevoir à la manière naturelle dont elle exprime au théâtre les sentimens nobles et généreux.

BRAS (Madame). — Vaudeville. — Bonne et grosse actrice que Lyon a donnée à la capitale ; elle a eu raison de quitter cet ignoble théâtre des Gélestins , où son jeu , toujours vrai, toujours naturel , paraissait froid et monotone , où , à moins de hurler , on est sûr d'être sifflé. Madame Bras a une excellente méthode de chant, une grande intelligence , de la verve, un organe pur et sonore ; elle est comédienne.

Brest. — Les habitans de cette ville ont vu une vieille monarchie renversée de fond en comble , la France envahie, les cosaques campant sur les buttes Montmartre , des Saxons dans les rues de Brest , et depuis que l'art dramatique est créé, ils n'ont pas vu sur leur théâtre, nous ne disons pas une bonne troupe , mais un bon acteur. Il faut avouer aussi <jue le goût du spectacle est peu répandu à Brest : nous avons parlé à des négocians fort riches , qui avaient fait des voyages de long cours , et qui n'avaient jamais entendu pro-

CG noncer le nom de Tahna ; ceci explique comnnn* leâ directeurs de ce théâtre ont pr< >«j n« tous fait de mauvaises affaires.

La troupe de cette ville est Tune des plus mauvaises , peut-être, du royaume de France et de Navarre. Vous qui avez voyagé en France* qui Stes pasSé J)ar Joigny, Clcrmont-Ferrand , Saint Brieux , dites-nous si vous avez vu jamais de plm mauvaiseï chargea que celles dont l'acteur /.< maire amuse lea habitans <!<• Bn i| la se-

maine , une voix plus fausse que < elle de made moiselle AntoinctU , des nullités au mesdemoiselles ou de mesdames Elèonoret Lattre; un jeu plus forcé que celui de mademoisel! merry , un organe plus désagréable que celui de M. Dumas?, ..

BRIDANT. — Dunkerque. — Organe désagréable , point d'intelligence, peu de mémoire.

BRIDEN ( Madame ). C'est la meilleure actrice de la troupe de Pau, qui ne vaut pas le diable ; elle ne manque pas de sensibilité, son triomphe est le rôle de Valérie dans les Châteaux en Espagne. Du reste , la renommée a publié jusqu'à Vicen-Bigorre les charmes de cette actrice.

BROCARD. Comme toutes les jolies femmes, mademoiselle Brocard a eu ses jours de gloire. II

fut un temps où les longues galeries de PQdéotë ne retentissaient que des louanges de l'actrice. Avez-vous vu mademoiselle Brocard dans le Paria , se demandait-on , du même ton de voix que deux courtisans se demandent s'ils ont vu le prince.... Qui valait à mademoiselle Brocard ce vif intérêt de curiosité? son talent?... il n'en était pas question. C'étaient ses vêtemens à demi transparens, qu'on eût dits empruntés à ces célestes houris dont Mahomet peuplait son paradis. La tragédie a cessé d'être jouée, et les colonnes de l'Odéon , le lustre même , sont restés muets.

BROCARD. — Opéra. — Sœur de la précédente* aimant comme elle les voiles diaphanes et tissus à Cos ; jolie comme l'actrice., mais plus jeune, plus svelte. Sa danse est vive, légère, voluptueuse comme sa parure,

BRUNET. — Variétés. •— Brunet est né en 1766. Un goût décidé pour le théâtre lui en fit embrasser la carrière, et la ville de Rouen fut le théâtre de ses premiers essais : sa réputation ne tarda pas à s'étendre , et il fut appelé à Paris pour remplacer le célèbre Beaulieu au Théâtre de la Cité. En 1799, il fut engagé au Théâtre Montansier, dont il fit la fortune , et où il obtint un succès prodigieux dans les rôles de Cadet Roussel.

En 1807, les comédiens français , jaloux du suc-

■. ♦■- du petit Théâtre qui avait le privilège d'attirer la foule, parvinrent aie faire exclure de l'enceinte

da Palais Royal. Brunet , sollicité par Corse ef plusieurs autres entrepreneurs de spectacles, preféra rester avec ses anciens directeurs , devint leur associé , et, conjointement avec eux , fit bâtir la salle des Panoramas. C'est dans ce petit temple dédié au plaisir et à la folie , qu'il consolide M réputation et donne les preuves d'un talent aussi souple que varié, en créant une infinité de rôles dont le détail serait trop long.

Doué d'une ligure mobile , d'une gaîté communicative , d'un naturel admirable , livré tout entier à l'étude de son art, Brunet eut toujours et conservera long-temps encore le privilège de faire naître le rire que tant d'autres acteurs ne peuvent obtenir qu'à force de travail , de grimaces et de charges. Aussi bon camarade qu'babilecomédien , plein de zélé pour la prospérité de son théâtre , il lui sacrifia jusqu'à son amour-propre , et accepta souvent des rùles insignifians dans lesquels il pouvait contribuer à l'ensemble de la représentation, et auxquels il savait imprimer le cachet du talent et de l'originalité.

Considéré comme administrateur , M. Brunet a mérité la reconnaissance du public et celle de ses associés. Chargé seul , depuis plusieurs années , de tout ce qui tient au personnel des Variétés ,

son exemple peut être donné comme modèle à suivre à tous les directeurs.

Au-dessus des petites jalousies dont trop de grands artistes ne peuvent se défendre, il n'a pas craint de s'entourer d'acteurs remplis de talent. Il a successivement attaché à son théâtre Potier , Lepeintre, Vernet, Tiercelin , Odry , mesdames Barroyer., Jenny Vertpré , Pauline, et en a composé une troupe qui , certes , dans son genre , est la plus parfaite de tout Paris.

Aimé de ses camarades, chéri du public, estimé de tout le monde , Brunet est un de ces hommes dont il est doux d'avoir à parler , parce que l'on n'a que du bien à en dire.

GAMIADE. — Gaîté. — Jadis au Panorama Dramatique. Cet artiste , doué d'infatigables poumons , arrachait par une déclamation rapide l'admiration ou les larmes des habitués du théâtre Allaux. Sous les traits d'Ismaïl , il transportait dans les sables brûlans du désert son amante Maryam , et la portait , après son trépas , sur ses épaules , afin d'avoh la satisfaction, quand la mort le frapperait, d'être placé près d'elle; dévoûment qui excitait les trépignemens de pied d'un parterre sentimental. Sous le masque d'Ernest Stimberg,

îJ préservait la mâlhi lonie de Ij v< n

geance d'un frète qui, mllexible sur le chapitre des mœurs , préférait le parricide a Padultrn . Dans le Temple de la mort, nouveau Pilade , il protégeait avec un zèle ardent Ogier le Danois. Dans Catherine //, il entendait avec le sang -froid d'un soldat sa condamnation à mort, el p tout d'un coup, après la reconnaissance de l'impératrice , dont il était frère, de la gamelle du bivouac à la table du czar.

Aujourd'hui, au théâtre de la Galtéj Camiade a juis une place assez, distinguée parmi m-s < amaîades. Il a cependant des défauts ; mais ils paraissent imperceptibles a un public qui regarde une diction animée comme la première qualité, et comme pouvant même tenir lieu de toutes les autres.

CAMUS ( Madame ). — Lyon. — Madame Camus possède toutes les qualités de son emploi , elle ne serait déplacée sur aucun de nos premiers théâtres , elle saisit toutes lei nuances d'un rôle avec un esprit d'analyse étonnant ; jamais de ces contre-sens qui prouvent que la comédienne est un perroquet qui a oublié les leçons du maître ; la sévérité du costume est toujours gardée par elle avec le plus grand scrupule , c'est-à-dire qu'elle sait donner le vêtement quiconvient ou qui conve-

nait , suivant la mode ou le temps, au personnage qu'elle représente. Toujours occupée de la scène, elle ne cherche pas dans la salle des sujets de distraction. Enfin , madame Camus fait en plus d'un point la critique des duègnes de plus d'un de nos théâtres.

CAROLINE ( Mademoiselle ).— Porte-Saint- Martin. — Le nom de mademoiselle Caroline tient sa colonne dans le registre des enlèvemens. d'administration de la Porte-Saint-Martin, instruite par l'expérience , doit toujours avoir , dans les coulisses , une doublure qui soit prête à paraître si un nouveau caprice faisait disparaître la fougueuse mademoiselle Caroline. Toute mesure doit être prise pour la .ramener ; on assure qu'elle est gardée à vue dans sa loge , qu'elle est sous la haute surveillance d'un agent d'affaires. Nous envoyons son signalement en cas de disparition.

Il vous plaira d'arrêter au plus vite Jeune beauté qui chez vous passerait, Ayant la taille un peu moins que petite , Les cheveux bruns tombant jusqu'au jarret.

De mots elle est peu libérale ; Pense , dit-on , mais ne parle jamais : Son œil est noir, il est peu brillant, mais Large comme huître de Cancale.

La constance , hélas l est son lot ;

EU« / le « abotaf

Mail (I Cj thère elle f;iit le roj

Et bref, l 'histoire de sa \i<- Prouve que Caroline enfin Est bien Lucrèce , à qui Rabin (i) A loin le masque <!<■ ThaHe.

CARON. — Ambigu-Comique. — On ne peut que plaindre ce jeune acteur. Une physionomie

insurmontable.

Caron a épouse mademoiselle Virginie La* tel . une des plus jolies figurante! de l'Ambigu, M. Araïl trouve son compte dans cette pompen- .nation des physiques.

CARRÉ. — Court et gros , carrure qui répond à son nom. Quelques applaudissemens , des chut iuiprobatifs à son début à l'Opéra-Comiqur , en juin iSi?.

CARTIGNY. - Théâtre Français.— Cartigny, secrétaire du premier Théâtre, s'occupe beaucoup plus d'augmenter son dividende que de doubler sa gloire , c'est-à-dire qu'il est plus occupé du premier désir que du second; car depuis long-

(1) Costumier rue de Richelieu. .. .

7* temps il çût jeté la livrée et appelé M. Bouillon , coiffeur <lu Théâtre , pour lui commander une perruque. Nous formonslemême vœu que le journaliste , qui s'écriait , on devrait siffler Cartigny pour lui donner un titre à la gloire. Cet artiste , ou plutôt ce sociétaire , pense qu'il suffit de s'ajuster un habit galonné pour avoir tout le mordant 9 le vis comlca , et ce tact fin qui sait apercevoir et saisir les nuances du vrai comique , qui ne descend pas aux charges , qui s'arrête sur la ligne de démarcation établie entre le plaisant et le bouffon.

Que Cartigny se place dans la salle quand Monrose est en scène , il verra qu'il ne fait pas comme lui, et que par conséquent il fait mal. 11 aime trop les jeux de théâtre qui vont jusqu'à la trivialité , et que le public ne tolère que parce que l'indulgence est presque toujours le sentiment qui domine en l'homme sortant de table. Si les spectacles avaient lieu le matin , je mets en fait que M. le sociétaire aurait une terrible part de huées et de mortifications.

Quantum mutai us ab il h, . ♦ .

CARUEL ( Mademoiselle). — Nîmes. — Oh l quel scandale nous causerions si nous affirmions qu'il n'est pa$ trois sujets à l'Académie de Musique

qui chaulent la tragédie lyrique comme mademoiselle Caruel ! Telle est pourtant Peiacte vérité : nous en appelons hardiment à tous ceux qui ont entendu cette cantatrice, car, pourquoi ne donnerions-nous pas à mademoiselle Caruel un titre qu'on accorde à mademoiselle Sainville ? Elle ne criaille pas; son jeu, toujours noble , n'a rien d'exagéré ni de faux ; elle a de la chaleur , de la sensibilité , un bel organe , de l'âme.

Le rédacteur du journal du Gard a souvent vanté la blancheur de la peau de mademoiselle Caruel.

CASANEUVE. — Rouen. — Casaneuve , jadis sous le nom de Gabriel , faisait les beaux jours de l'Ambigu et arrachait des torrens de larmes à toutes les épouses qui venaient voir la Femme à deux maris. Depuis ce temps, l'ambition l'a aiguillonné ; il a jeté un œil de dédain sur le temple de l'Ambigu. Averti par une voix secrète , que la destinée ne le condamnait pas à des crimes sans fin , à des trames continuelles; sans s'embarrasser s'il laissera dans l'inaction le timballier et le trombone qui accompagnaient toutes ses entrées ; sans s'appitoyer sur toute cette population qui viendra demander Gabriel aux échos de l'amphithéâtre , il va frapper

au comité de la rue de Richelieu , et on le voit près de Talma avec cette assurance qu'il avait près de Frenoy ; il porte la toge romaine , il est desservant du temple de Melpomène au troisième degré. Bientôt après il fait une excursion sur le théâtre de Rouen ; il veut s'assurer si les Rouennais sont aussi sévères qu'on le dit : il n'a qu'à se louer d'eux> parce qu'eux-mêmes n'ont qu'à s'en louer.

On dit que Casaneuve va revenir à Paris ; nous lui conseillons plutôt de tenter en province les rôles d'un emploi plus élevé; dans la comédie surtout il nous semble appelé à jouer Tartuffe ,1e Misanthrope , le Tyran domestique , avec succès. Rue de Richelieu, il courrait risque de demeurer enseveli dans son propre triomphe.

CASSEL. — Bordeaux. — Bientôt le faubourg St. -Germain l'applaudira sur le théâtre de M. Bernard ; cet acteur possède une jolie voix , une méthode de chant excellente. Il a, dit-on, visité l'Italie , étudié les artistes aimés d'un peuple qui a l'oreille 'i musicale , si chatouilleuse : point de cris , de grimaces fjin chant simple et noble , un excellent ton de comédie : il plaira à nos jolies Parisiennes, ou nous nous trompons fort. Nous sommes

7« sur* d'avance que les grands ftiguetl ééfliM de musique n'iront pas l'entendre.

CÀZOT. — Variétés.—

Cazut est la première utilité des Variétés ; s'il n'est pas de ces utilités qui sont inutiles , il est de ( •» Lied auxquelles le spectateur ne fait pas atlcni moins qu'elles n'aient un joli couplet à chanter. Ses rôles ne sauraient jamais être trop courts. On aimerait mieux un peu moins de vraisemblance dans la durée d'une abfiètt e de scène, que de le voir emplir ce vide accordé aux convenances dramatiques. Quand I;< peintre, Urunet, Odry , et, Legrand, ou Pauline et Jenny Vertpré paraissent ■, on oublie que Cazot a quelques momens ennuyé; s'il parait avec eux ou avec elles, on l'applaudit, parce qu'on accueille un fâcheux quand il est présenté par une aimable société.

CERTAIN (Mademoiselle).— Théâtre de Versailles. - — C'est assurément la plus belle con-quête qu'ait pu faire M. Kobillon ; il est à craindre qu'elle ne lui soit ravie , s'il ne se hâte de la retenir avec ces chaînes que les actrices préfèrent aux chaînes de fleurs. Elle chante avec goût et pureté, est sémillante et roule avec une grâce infinie un «il singulièrement tendre.

CHAPROS. — Lyon.—

Les spectateurs lyonnais, moins patiens que les Parisiens, exigent d'un acteur autre chose que le costume qu'il met sur son dos ; aussi M. Chapron n'aurait-il eu qu'à faire ses malles , si, après les avoir défaites , il n'avait montré que ses perruques bien poudrées, seshabits de velours brodés ou épingles: mais ayant beaucoup de rondeur , une grande aisance , un jeu franc , une physionomie expressive , et le ton qui convient dans le monde eleve , les habitans de Lyon l'ont prié de ne pas faire sa valise de longtemps.

CHÀPRON ( Mademoiselle ) . — Lyon. — Mademoiselle Chapron n'avait pas non plus apporté que son tablier à deux poches et son pot de fard , car la galanterie départementale n'allant pas jusqu'au : sacrifice des plaisirs promis au spectacle , l'actrice eût été mal accueillie : mais elle avait toute l'espièglerie, toute la malignité , toute la finesse d'une soubrette ; aussi le parterre l'a-t-il adoptée. Honneur à la famille qui n'a pas un membre qui fasse ombre à la gloire des autres 1

CHATEY-PERROUB.— Second Théâtre français. — Elle a bien peu de titres à la gloire ; elle en a quelques-uns à la bienveillance. Elle devrait prendre pour devise ; Fcci qued pot ui , miserere

met; et pour mettre à la portée do Madame Chatey notre citation : a Fat* ce que peux, advienne que pourra. » Nous devons encore de la reconnaissance à cette artiste ; elle fixe dans la mémoire , si prompte à se débarrasser des souvenirs, le nom de son père, M. Perroud, que la mort vient d'enlever à un théâtre dont il a longtemps été rornement.

CHATILLON. — Gaîté.— Cbatillon est le Paul du théâtre de madame Bourguignon; il distrait des sombres horreurs. C'est un rafraîchissement qu'on fait prendre à l'esprit du public au moment où l'attention tendue sur l'événement principal soffoquerait ceux qui prennent une part trop vive à l'action. Cet artiste est doué d'une physionomie agréable et d'une grande légèreté.

CHAZEL. — Odéon. — Engagé d'abord au théâtre Louvois par M. Duval , qui croyait avoir fait une excellente acquisition , et qui le prûnait d'avance outre mesure. M. Duval vit bientôt qu'il s'était singulièrement trompé. Cet artiste, que l'on a justement surnommé Y ultra naturel , semble sur son terrain dans les rôles de bas comique ; mais , comme le dit un rédacteur facétieux , sa pesanteur spécifique s'accommode rarement d'une atmosphère élevée.

CHERk — Porte St.-Martin. —Le nom de cet

acteur est son plus bel éloge ; il est réellement chéri du public et mérite de l'être. On trouve si rarement aux boulevards le bon ton uni à un jeu franc et sans afféterie , un organe sonore sans être glapissant, un geste expressif sans être outré, qu'on aime l'acteur qui réunit toutes ces qualités. Chéri joue le mélodrame comme on commence à le faire , c'est-à-dire avec bon sens : (exceptons cependant le tableau hideux et dégoûtant de V Auberge des Adrets. Je ne parle que de la fausse Clef, des deux Forçats , des deux Ser gens , du pauvre Berger, etc.)

Chéri ne ressemble point en scène à ces démoniaques, qui faisaient des contorsions sur le tombeau du diacre Paris. Il s'écarte au contraire de la règle commune : il frappe plus juste que fort, et il est applaudi , il est vrai , par un public plus connaisseur que celui du boulevard du Temple , malgré son engouement pour le pantin Mazurier. Mais il ne faut pas juger le public sur une première erreur,

CHEZA (Mademoiselle). — Panorama-Dramatique. — Mademoiselle Chéza , que son joli talent pour la pantomime a fait admirer tour-àtour sur les divers théâtres du boulevard et dans les départemens , vient d'être eugagée au théâtre d'Amsterdam, Il est fâcheux j|ue le roi desPays*

Bas profite de la clôture du Panorama Dramatique. Les autres théâtres de Paris n'auiaient-i donc pu nous faire jouir des derniers plaisirs que doivent procurer les dernières jeunes années de mademoiselle Chéza ? Quelle impression déchirante elle met dans la pantomime du Déserteur ! comme elle sait faire passer dans le cœur toute* Ici émotions d'une amante qui craint , qui espère, qui gémit y ou qui revient au bonheur I Dans le ballet si original de la Fille mal gardée, comme elle joue le rôle principal avec esprit! Mademoiselle Chéza avait deviné , un peu tard il est vrai, mais non pas assez pour nous en priver, un autre talent qu'elle possédait. Dans Tringo- Uni, mélodrame comique, elle parut sous les traits d'une soubrette maligne dont la langue était aussi déliée que l'esprit , et s'acquitta de ce rôle avec beaucoup de succè».

Mademoiselle Chéza porte dans la société un esprit vif , une imagination bizarre : ses goûts sont d'une originalité étonnante. Persuadée que le premier besoin d'une danseuse est la force , et qu'on la perd loin de l'augmenter dans les voluptés du boudoir , elle passe ses momens de loisir à des travaux qui semblent étrangers à son sexe. Elle a métamorphosé un de ses appartemens en atelier de menuiserie : elle est trèshabile dans cette partie , et n'est heureuse que

Si

quand elle peut amener quelque camarade partager ses occupations. J'ai vu moi-même les jolies mains de la nymphe tenant une aleine de cordonnier, et faisant en toute hâte une paire de bottes pour un pauvre malheureux qui mendiait nupieds.

CHIARINI (Madame ). — Gaîté. — Sous ce nom plus que grotesque, on a peine à reconnaître la gracieuse élève de Terpsichore qui , à la Gaîté , sous le nom de mademoiselle Lebel , partageait avec la grosse mademoiselle Aurore et feu Salkin les salves d'applaudissemens. L'union de mademoiselle Lebel avec M. Chiarini, danseur de corde au théâtre des Funambules , a eu pour elle des effets funestes ; elle ne paraît plus si sémillante , si légère , si gaie. Ce n'est pas la première métamorphose que les théâtres doiventà l'hymen, et ce n'est pas la première fois que l'amour rend lourde une danseuse.

CHRISMANN. — Ambigu.— SiChrismann est d'origine allemande , il lutte avec courage pour conserver en France le caractère de sa nation. Rien au monde ne peut dépouiller cet acteur de son flegme germanique et de sa torpeur prise au-deià du Rhin. C'est l'amoureux le plus froid qu'on ait jamais vu ; il est toujours calme malgré les orages de l'amour qui agitent les cœurs des princesses de

mélodrame ; quand un rôle le contraint à fairt une déclaration aux genoux de la dame de ses pensées, sa physionomie conserve l'impassibilité d'un habitant des bords de l'Oder fumant une pipe de tabac. Dans Calas , cet artiste sembla se réveiller d'un sommeil de plusieurs années ; il remplit le rôle d'Edouard avec talent , et mit dans 6on jeu une énergie dont on ne le croyait pas susceptible. Au milieu des bravos, un plaisant du paradis lui chanta : Jamais je ne t'ai vu comme çà. Depuis ce temps Chrismann s'est endormi.

CINTI. Joli petit être , qui aune jolie petite voix , une jolie petite figure , un joli petit pied , une jolie petite taille. Quel provincial n'a pas entendu prononcer ce nom ? Quel habitant des rives de la Tamise a passé à Paris sans avoir vu mademoiselle Cinti ? Elle doit à Rossini une grande partie de sa gloire : nulle part elle n'est mieux placée que dans la Cenercnlota. Les anciens avaient des diminutifs qui peignaient admirablement à l'œil : ainsi s'ils avaient voulu parler de Madame Pasta , ils auraient ajouté au mot vox une foule d'épithètes admiratives ; un seul mot aurait représenté leur pensée , s'il s'était agi de Madame Cinti : vocula. Provinciaux , qui venez des bords de la Saône ou de la Durance pour voir nos Parisiennes , nos monumens, la figure d'un minis-

trej et nos danseuses de l'Opéra, gardez vous, quand vous irez à Louvois de vous placer au parterre ou aux loges du haut : les deux sons qui s'échappent des petites lèvres de mademoiselle Cinti ( nous ne parlons pas des dents de l'actrice ) n'arriveraient pas jusqu'à vous. Si vous ne venez que pour voir , vous applaudirez une excellente tenue , un joli ton de comédie , beaucoup de grâce et de gentillesse : vous vous en irez charmés , peut-être épris ; mais n'allez pas conter votre flamme à mademoiselle Cinti...

CLARA (Mademoiselle). —Vaudeville.— Cette actrice, qui, dans les jours de deuil et de solitude du Vaudeville , excitait encore quelquefois le rire rue de Chartres, et qui faisait oublier au spectateur qu'il était alors au théâtre le plus ennuyeux de Paris , sans même en excepter POdéon , cette actrice devrait servir de type à messieurs les directeurs, dans le choix des amoureuses de ville. Mademoiselle Clara est presque la seule, au Vaudeville , qui ne confonde pas l'art avec l'affectation et l'afféterie : sa tournure et sa mise sont celles d'une femme d'une société choisie : elle n'a pas ce balancement d'épaules et de hanches qui font ressembler la plupart des femmes de théâtre à des cerfs-volans qui luttent contre des vents divers. Sous la cornette de village, elle est tou-

jours décente, mais elle paraît gènéc ou «nu

e|Je |)'>itc f)if!i miniv \c rarhriuire ,< t s«-iiihh- PM comtesse OU une marquise digne de* cirurs les plus fiers.

La voqj «le cette actrice est jolie , et troir IVcquciis triomphes dans l'usage qui se propage de chanter au Vaudeville de grands airs d < I Comique.

CLARA ( Mademoiselle ). — Marseille. — "Elle ne peut brûler que d'un amour du troisième ordre, Les deux premiers lui sont interdits par son i gement et sa froideur naturelle.

CLARA (Mademoiselle). — Ambigu-Comique.

— Elle fit ses premiers pas à l'ombre des décors du théâtre de l'Ambigu. Elle montra d'abord dans les troupes dansantes sa jolie petite figure. Depuis elle s'élança ou plutôt on la lança aux premiers rangs. Aujourd'hui , danseuse majeure par l'âge , elle pirouette dans tous les mélodrames ; c'est la seule des premières danseuses de l'Ambigu qui reste au théâtre l'année prochaine. Mademoiselle Clara tient à son berceau, parce qu'elle y trouve enlacés quelques feuilles de laurier et de myrte.

CLAIRET. — Odéon.-^ Une guinée , qu'elle va jusqu'au bout. — Une guinée qu'elle n'arrive pas. — Elle arrivera. — Elle n'arrivera pas.

— Elle est arrivée. — J'ai perdu : je ne l'aurai» pas cru !

Et qui penserait aussi , en voyant cette actrice prendre le mors aux dents, dès le premier vers d'une tirade, qu'elle puisse finir le couplet ? Aussi lui en coûte-t-il , et au parterre 3 des sueurs , des essoufflemens. Il faut que mademoiselle Clairet ait une grande provision de sirops, car elle ne doit rentrer chez elle que la gorge enflée et le larynx déchiré. Il est impossible de se figurer , si on ne l'a entendu , cette volubilité de sons qui se pressent , se heurtent , passent et repassent avec la rapidité de l'éclair. Cette actrice ne dit pas, ne chante pas le vers , elle le fait galopper , comme les Italiens parlent.

CLAIRENÇON. ~ Premier danseur du grand théâtre de Lyon. — Jarret souple , vigoureux , des muscles prononcés , mais pas de grâce , un vilajn masque.

Disons quelques mots des ballets de la seconde ville du royaume.

Ils sont en général préférés à l'Opéra-comique, à la comédie et à la tragédie : cela vient peut-être de ce que les danseuses lyonnaises ont des jupes assez courtes. Ragaine , qui sort de l'Opéra , a de la grâce , une jolie figure. Desplaces , premier danseur , n'a que des qualités négatives ; il n'est

se

ni bon ni mauvais , ni grand ni petit. Armand, qui a lOOCédé au célèbre Mazurier, ne Ta pas rem* place. Mademoiselle Cœlina Fétis n'a que des talens ; charmante danseuse, mais pas de taille, pas d'expression dans la physionomie : si elle était

jolie Lebreton est un Mazurier femelle , qui

fait de ses jambes ce qi»e d'autres feraient à peine de leurs bras... Dauty e>t peut-être la plus jolie danseuse de province. Jenny est une mime excellente. Ne cherchez pas une taille plus séduisante que celle de mademoiselle Lili Simon , vous n'en trouveriez pas, même à Paris, le pays des merveilles.

CLÉMENT. — Versailles. — C'est un des plus fermes appuis du théâtre de Versailles : comique très - agréable , qui passe avec une facilité inconcevable d'un genre à un autre ; il est àla-fois le rival de Baptiste cadet, de Monrose , de Potier, de Brunet , en un mot de tous ceux qui excitent le rire sur la scène. Les habitans des bords de Seine-et-Oise consultent le bas de l'affiche avant de s'inquiéter de la composition du spectacle. Si Clément joue , le bourgeois avance l'heure de son dîner , le marchand ferme sa boutique et la salle s'emplit. Clément est une partie de la providence de M. Robillon.

CLOZEL. — Nomade. — Clozel est un élève

du théâtre de la Cité , il y montrait déjà des dispositions qui se sont développées depuis; il n'a pas fait comme les artistes qui donnent des espérances toute leur vie. Long -temps on Pa vu à l'Odéon conjurer l'orage qui grondait sur ce théâtre , et rendre brillans quelques jours de sa décadence. Dans Philibert il se montra excellent comédien , et attira tout Paris ; personne n'a pu dignement le remplacer 9 pas même Samson. Dans la charge de M. Beaufils, il excitait un rire universel. Il jouait les petits-maîtres avec perfection. Il s'absenta quelques années de la scène de Paris, son talent resta toujours vrai , son jeu toujours franc. Enfin, il se montra sur le théâtre du Gymnase. M. Bonneau, de la Journée à Versailles 9 fut un de ses triomphes. Les applaudissemens qu'il reçut dans les Jeux de, V Amour et du Hasard 9\ dans les Lunettes cassées , dans la Famille normande, auraient pu faire croire qu'il prolongerait son séjour à ce théâtre. Cependant il a quitté de nouveau le Gymnase. C'est ^ dit-on , par une fausse interprétation de l'axiome latin qu'il applique à sa gloire :

Crescit eundo.

Elle augmente en allant, c'est-à-dire en voyageant.

CLOZEL (Madame). — Nomade* — Madame Clozel est l'excuse qu'apporta Clozel de s;« pie niiere absence. 11 élevait pour le temple de Mumus l'actrice que nous avons vue depuis rue de Chartres; et certes l'excuse était valable. Nous ignorons si Clozel en apportera bientôt une seconde aussi bonne. Madame Clozel n'est pas une comédienne achevée; mais, au \ai.dr\ille, savoir chanter un couplet passablement, placer un mot piquant avec un agréable sourire , recevoir une déclaration d'un air tantùt tendre , tantôt courroucé , voilà la catégorie des connaît! qui constituent une actrice, et madame Clozel à tous égards tenait dignement sa place. M. le

baron de B lui adressa ce quatrain , après

avoir vu l'actrice vêtue uen forgeron dans les Arrangcuscs.

Pour égayer notre raison , A quoi bon prendre tant de peines ?

Depuis longtemps, sans être forgeron , \ (»us saviez nous forger des chaînes.

COLLENILLE ( Madame ). — Lille. — Charmante actrice , qui saisit avec une grande finesse l'esprit d'un rùle , et sait exprimer avec le même naturel la naïveté d'une paysanne et l'espièglerie d'une coquette de grande ville. Nous l'avons vue. dans la même soirée , rendre avec le même bon

heur le rôle de Denise , dans l'Epreuve villageoise, et Amélie de Matin et soir... Nous craindrions de lui donner de la vanité, si nous vantions sa beauté ; nous laissons ce soin au poëte qui l'assomme de ses vers fades et sans couleur depuis trois ans entiers.

COLLENILLE (Alexis). — Nancy. — Elle dit et publie que son mari , M. Alexis , est le premier Elleviou de province; et M. Alexis va semant partout , que les départemens n'ont pas une Dugazon semblable à madame Alexis Collenille sa légitime épouse. Aussi M. Alexis , qui chante toujours sa femme , a-t-il été surnommé le Labo u isse des coulisses.

COBOURG. —Strasbourg. — Cobourg est un des acteurs qui luttent avec le plus de zèle contre la fâcheuse influence jetée sur le théâtre de Strasbourg ; il joue la comédie et Popéra-comique avec un talent infatigable. Le public Faccueille , le directeur le remercie î mais la caisse n'en est pas moins vide les trois quarts de l'année. Il n'y a plus de pays de Cocagne pour les comédiens...

COLON ( Eléonorc ). — Opéra - comique. — Mademoiselle Colon a été signalée à Paris comme un prodige par le Journal de Nantes. On voit bien que son talent a été cru sur parole de correspondant ; elle est venue prendre possession de quel-

9o qucs rôles à soupirs du répertoire de l'Opérarcomique ; mais elle a totalement échoué , quoique applaudie depuis quelques petites excursions qu'elle a voulu faire dans le domaine de madame Gavaudan. Elle ne manque ni d'intelligence, ni de sensibilité , et pourra devenir une amoureuse agréable ; sa voix n'a pas assez d'étendue pour le cadre de Feydeau, l'orchestre la couvre entièrement. Nous demandons pour elle un engagement à l'Ambigu comme actrice de vaudeville.

COLON (Jenny).— Vaudeville. — Plus sage que sa soeur , quoique d'un Age; moins avancé , mademoiselle Jenny a mieux aimé conserver l'espoir de s'élever que d'être tourmentée par la crainte d'être abaissée. Après avoir fait quelques séances à Feydeau et avoir jugé sainement et selon leur valeur les marques d'approbation qu'un public trop galant lui donnait, elle est allée se réfugier d'ellemême au théâtre du Vaudeville. Mademoiselle Colon jeune devrait guérir son aînée de la manie des grandeurs , et l'aînée blanchir les mains de la cadette.

COLON (Madame). — Feydeau. — Mère des deux précédentes. Eli© joue les duègnes et double madame Desbrosses imperceptiblement

COLSQX? aitiste du grand théâtre de Boi«

deaux. — Colson, premier rôle tragique, acc&fik îumerait la province à ses défauts et lèverait sur elle force impôts de couronnes] et d'argent , si Talma et Ligier ne voyageaient et ne rendaient les spectateurs difficiles. Cet artiste est doué d'un grand talent d'imitation ; il aime â prendre les intonations des acteurs de la capitale ; il singe leur démarche , leurs gestes. Cet exercice auquel il se livre avec succès, donna lieu à une réponse piquante que fit Lafon , du Théâtre-Français. Elève du Conservatoire, Colson imitait , pendant l'absence de Lafon qui en était professeur , le ton et l'accent gascon du maître. Lafon , qui l'observait sans en être vu, s'approche de lui et lui dit : « C'est très- bien > Colson, tu m'imites à ravir ; fais de même en scène , on ne te sifflera plus,,. Lagasconnade était spirituelle...

CONSTANT. — Bordeaux. — Après la façade du théâtre et la beauté des jeunes filles de Bordeaux , ce qu'un étranger place immédiatement dans son admiration, c'est le talent si vrai , si naturel de Constant ; Martin n'était ni plus aimé , ni plus fêté à Feydeau que Constant au grand théâtre de cette ville : ce qui ne veut pas dire qu'ils soient]kà comparer. Il faut pourtant qu'il y ait dans^Constant une puissance de talent réel, puisque l'acteur qui lui succéda un moment ?

M. Tiste , excellent comédien, ne put se soutenu à Bordeaux. Mais en serait-il en province comme dans la Rome des empereurs, où l'on ne pouvait

être innocent avec une grande réputation?

M. Constant est exilé de la scène bordelaise

CORINALDI. — Dijon. — Il ne suffit pas d'avoir une jolie voix , si cette voix est un instrument rebelle qu'on ne sait pas manier. Cette actrice est pleine de bonne volonté; pour elle, l'hiver n'a point de glace ; jamais de rhumes , d'indispositions. L'année se passe sans que son teint ait perdu de sa fraîcheur ; que n'en peut-on dire autant de son talent î

COSSON ( Madame ). — Bordeaux. — Une des qualités qni distinguent madame Cosson , c'est une sensibilité vive et vraie ; souvent il lui arrive d'être heureusement inspirée et d'avoir de beaux mouvemens tragiques. Le rôle de Zénobie est un de ceux qu'elle affectionne et qui lui a valu le plus d'applaudissemens en province et sur cette scène de Bordeaux où elle paraît vivement aimée. Pourrions-nous croire que le directeur du grand théâtre ait oublié , comme on nous l'écrit, madame Cosson dans la composition de sa troupe de l'année prochaine? Estil vrai , comme on nous le marque , que de

9^ misérables intrigues de coulisse menacent de priver le public de Bordeaux de sujets qu'il applaudissait chaque soir? Le directeur comprendrait bien peu ses intérêts. On nous dit que le chef d'orchestre , artiste d'un beau talent , a reçu son congé... Nous ne le croyons pas... Quoi! le premier théâtre delà seconde ville serait traité comme un bureau de ministère !

COSSON. Tombé de chute en chute au fauteuil de directeur du théâtre de Pau et de la banlieue. là, du moins , il règne sans rival et n'éprouve jamais de refus de congé ; c'est lui qui se les donne trois fois l'année. Cet exil momentané du théâtre de Pau est officiellement annoncé dans le journal de cette ville, avec l'emphase qu'on meta Paris à prédire la chute d'un ministre... Ce sont d'abord

des chuchotemens Cosson part demain

Bon... rien n'est décidé, il attend les jours pluvieux. — Et bien ?.... — On dit que oui... On s'est

assemblé hier Grande nouvelle — Etla-

quelle ? — Et Cosson reste. Le lendemain , des

groupes nombreux devant l'hôtel -de -ville

— Qu'est-il arrivé ? — Cosson est parti ce matin, à quatre heures cinq minutes...

COSSON ( Madame ). — Artiste errante. — Madame Cosson , que nous avons vue à la Comédie Française , court la province , et offre aux

habilans desdéparteniens l'image d'une reine qui va chercher de ville en ville une couronne. Dans ses expéditions , madame Cosson n'a pas le bonheur qui accompagne un grand nombre d'artistes d'un talent moindre que le sien ; elle fait mal ses dispositions, ou ses lignes d'informations sont si mal établies , qu'elle arrive toujours dans une ville en même temps que les premiers acteurs de Paris, ou quelques jours après leur départ ; ce qui fait que souvent elle déclame dans le désert. Les économies des maris de province permettent à leurs femmes d'aller voir une fois par mois, ou deux au plus, l'acteur qui daigne s'arrêter; mais s'il fallait délier sa bourse pour rendre visite à tous ceux qui voyagent, il faudrait la fortune d'un agent de change qui a fait deux faillites.

Ainsi donc , celui ou celle qui arrive en dernier n'a que l'oifrande des gens riches , classe qui ne forme nulle part la majorité. Nous engageons donc madame Cosson à s'abonner à tous les journaux de départernens, pour se tenir au fait des acteurs de passage ; ou si elle l'aime mieux, à ne pas quitter la malle-poste, et quand elle trouvera une concurrence à Lyon , de galopper vers la Touraine et l'Artois. Sans cette précaution , sa tenue , son organe, sa chaleur, ne seront que de mauvais avocats auprès d'un public rassasié , et pour elle , des richesses inutiles.

CONSTANT-BILLON.— Lyon. — Acteur mé^ lodramaturge ; il a de la noblesse , ce qui serait une tentation pour lui de jouer le haut répertoire , s'il n'avait une diction monotone qui a besoin du son des timballes et du trombone pour ne point assoupir le spectateur. Un Aristarque de Lyon dit qu'il jette sur le public une froideur qui retient les mains dans l'inactivité.

COULON fils. — Opéra. — Digne élève de son père , il danse avec beaucoup de grâce et d'aisance ; qu'il ne quitte cependant pas encore l'école de perfectionnement. Son père est un maître que les danseurs de l'Opéra , et surtout les danseuses, feraient bien de ne jamais abandonner , et auquel elles devraient rendre visite dans des momens d'oisiveté , et offrir l'emploi d'un temps qu'elles n'utiliseront certainement nulle part mieux que chez lui.

Coulonfils a épousé mademoiselle Huet, fille de l'acteur sociétaire de Feydeau.

CUISOT (Mademoiselle ). — Variétés. — Que cette actrice s'applaudisse de son heureuse étoile qui l'a placée au théâtre des Variétés ! Si le directeur Brunet n'était pas mu dans sa direction par une excessive bonté , il y a long-temps que le nom de mademoiselle Cuisot eût disparu de l'affiche. Cette demoiselle a donc un bien vif amour de la

gloire , pour vouloir encore étudier un art qu'elle n'a point deviné en quinze années de pratique ' La coquetterie même devrait lui faire un devoir de battre en retraite. Comment peut-elle offrir les premiers traits de la vieillesse et les premières rides de ses joues aux regards de ceux qui jadis ont vu se développer sa beauté, comme un bouton de rose qui s'ouvrait un peu tous les jours ? Elle a , je crois, une singulière tactique ; elle semble vouloir tenir tête au temps, et contraindre le spectateur à déserter. Restez , j'y consens , mais couvrez au moins votre tête d'une perruque blanche ; endossez le capuchon des duègnes ; soyez la doublure de madame Barroyer : mais que jamais un couplet en faveur de l'amour ne sorte de votre bouche ; ce sentiment doit être pour vous un vieux mot dont vous ne vous rappelez plus la signification , un signe hiéroglyphique que vous ne compren£? pas.

DABADIE (Madame). — Académie royale de Musique. — Madame Dabadie est décidément la favorite d'Euterpe ; elle prouve une grande vérité, c'est qu'il est possible de produire de l'effet, même au grand Opéra , en ne criant jamais et en chantant toujours : il est vrai que pour parvenir à ce but , il faut seconder avec art les qualités qu'on

tient de la nature ; posséder une belle voix et une bonne méthode de chant: cet avantage est assez rare pour être remarqué. Madame Dabadie doit s'appliquer à le conserver : que le désir de produire des effets nouveaux et de recevoir des applaudissemens que le vulgaire prodigue quelquefois, non pas à l'actrice qui chante fort bien , mais à celle qui chante bien fort, ne l'égaré pas dans la route qu'elle peut parcourir avec tant de succès ; qu'elle se borne à mériter les suffrages des gens de goût. Il en est des cantatrices comme des gens riches : l'ardeur de paraître , d'éclipser leurs rivaux ; la manie de briller enfin , ne tardent pas à les plonger dans une médiocrité dont ils ne peuvent jamais sortir , et la misère même est presque toujours le produit de la vanité.

DAMAS. — Sociétaire du Théâtre-Français.

— Damas fit ses premiers essais dans les temples du mélodrame; aussi, dans le commencement de sa carrière, parut-il vouloir prouver que la première qualité d'un acteur était d'avoir de forts poumons. Aujourd'hui , bien qu'il ne soit pas toujours exempt du reproche de parler comme si ses interlocuteurs étaient sourds , il a su conquérir tant de qualités qu'il a pris la première place à la Comédie française. Il se montre souvent îe digne successeur de Fleury ; mais, en bon ca-

marade , il n'a pas l'intention de le faire oublier. Damas a rendu de bien grands services aux auteurs ; c'est une bonne fortune que de lui confier un rûle, et un garant presque certain de succès. Vieux routinier de coulisses, par le bruit qu'il fait, la vélocité avec laquelle il débite dix vers sans respirer , et la manière dont il laisse à peine au spectateur le temps de réfléchir , il brûle les planches dans un rôle nouveau, et sauve souvent une mauvaise pièce. Un défaut qui nuit considérablement à ïa déclamation de Damas est le hoquet continuel qui coupe souvent ses mots en deux ; hoquet qu'Odry imite si plaisamment. Un provincial débarqué à Paris avec un grand fonds d'indulgence qu'il apportait d'un département où l'on baisse le rideau aussitôt qu'un danseur fait un faux pas, ou qu'une ingénue se trouble , assistait à une représentation du Misanthrope. A peine a-t-il entendu Damas , qu'il s'écrie de toute sa force et à plusieurs reprises : Baissez le rideau , M. Damas est indisposé : il a le hoquet. L'amateur provincial faillit être victime de sa sensibilité , et le commissaire de service, interprétant mal le motif, voulut l'envoyer coucher à la Préfecture de police.

DAMAS ( Madame ). — Lille. — Sœur de Damas du Théâtre-français. Madame Damas ti«nt

avec honneur l'emploi des premiers rôles dans la troupe d'opéra et de comédie qui dessert la ville de Lille ; jugée par un public connaisseur , cette artiste n'a rien à redouter , son entrée en scène est toujours un triomphe.

DAMOREAU. — Lyon. — L'Elleviou des bords du Rhône , qu'il enchante par une jolie voix. Que ne joue-t-il comme il chante l son jeu est froid j sa figure froide , il glace tous ses rôles.

DARBOVILLE. — Feydeau. — On dit qu'il naquit dans les coulisses. Acteur presque en naissant , il a passé sa vie sur les planches ; une grande partie des théâtres de province l'ont tourà-tour possédé et applaudi. En 1812 ou i3, Lainez, directeur du grand théâtre de Lyon , l'appela dans cette ville et sut l'y fixer moyennant d'énormes appointemens. Il débuta à Lyon , comme il a débuté sur tous les théâtres , dans l'opéra de Gulistan, et excita une sorte d'enthousiasme. Grâce à Darboville , le grand théâtre de Lyon , jusqu'alors désert , se peupla chaque soir d'une foule de dilettanti qui , rappelant tous les souvenirs du jeune âge , comparèrent le nouveau venu à Martin , à Elleviou. Quand cet engouement fut passé on jugea Darboville. II n'y eut qu'une voix sur lui

comme comédien , et il eût été difficile de ne \>n> applaudir à son jeu plein de vivacité et de naturel, à cette aisance, à cette habitude de la scène qu'il ne partage qu'avec un petit nombre d'acteurs , à cette hardiesse avec laquelle il attaquait et rendait un rôle : comme chanteur les suffrages n'étaient pas unanimes ; on lui accordait une voix fraîche , mélodieuse , flexible , mais peu étendue.

Les amateurs d'un chant pur ne pouvaient lui pardonner ces roulades sans fin, ces agréments de mauvais goût dont il déparaît la musique de Boyeldieu ou de Grétry. Eloigné de la scène lyonnaise pour avoir transporté dans la politique ce jeu trop vif qui, même au théâtre, est quelquefois un défaut, il vint à Paris, y débuta par ordre, fut suivi, applaudi, et peut-être allait être reçu à l'Opéra - Comique comme pensionnaire , quand cette démangeaison de parler de ce qui ne devrait être jamais livré à la dispute des acteurs , attira sur lui la colère des gentilshommes de la chambre; il quitta la France, s'engagea à Bruxelles pendant cinq années, y mérita les applaudissemens d'un parterre nombreux et éclairé. Huet fut chargé , après la retraite de Martin , de le ramener en France , où il revint guéri de sa maladie politique , acteur excellent, comme il le sera toute sa vie , chanteur agréable , mais bien loin , sous ce

dernier rapport, de Martin, qu'il n'a pas remplacé. Sa femme , chanteuse et comédienne médiocre , a long-temps joué en province.

DARENCOURT. — Feydeau. — Cet artiste est devenu chef d'emploi par la retraite de Chenard : il a cru qu'en prenant le titre de sociétaire il devait aussi prendre le caractère convenable à cette nouvelle dignité , il ne peut déroger à l'honneur du chapitre. La soumission a fait place à l'orgueil : tel rôle que jadis il se fût trouvé honoré d'accepter est aujourd'hui dédaigné par lui ; pour peu qu'il devienne membre du jury de lecture, il jngera indigne de lui de chanter juste....

DARIUS. — Marseille. — Le biographe d'Alexandre le Grand a peint l'acteur phocéen.., « Darius , qui naguères , en triomphateur superbe , attirait tous les regards , traversait , morne et silencieux, des lieux jadis théâtre de ses exploits, aujourd'hui déserts.» Nous citons de mémoire: avis aux critiques des Bouches du Rhône. Ce Darius dont le nom seul assurait jadis une recette n'est plus que l'ombre de lui-même : sa voix s'est éteinte, il a négligé ses études théâtrales, et il est tombé de sa gloire. Darius est jeune encore

DAVID. — Théâtre de l'Odéon. — David a

réalisé l'horoscope que les connaisseurs avaient tiré à ses débuts , et surpassé de beaucoup les espérances qu'on avait conçues de lui; on avait peine à croire que le brodequin pût convenir à son pied ; mais il le chausse avec facilité, et le porte avec beaucoup de décence et de grâce. Cet acteur dit toujours sagement , sa tenue esÉ bonne , son intelligence est parfaite ; sa place était plutôt au premier Théâtre - Français qu'au second. Les nombreuses études qu'il a été contraint de faire pour soutenir ses camarades et lui - même , et étayer un moment le temple qui , tût ou tard, doit crouler, ont contribué à le placer à un rang distingué parmi les acteurs de Paris. Les comédiens sont comme les matelots , c'est dans les momens d'orage qu'ils réunissent tout leur talent. Dans tout autre endroit que le faubourg Saint-Germain , le nom de David attirerait la foule ; mais dans ce quartier , où le plus profond silence règne autour du second temple de Melpomène, David n'a pour juges que quelques étudians, qui trouvent l'ennui d'une salle vide compensé par le plaisir de le voir et de l'applaudir.

DEFRENE. —Porte-Saint-Martin. — Quand il n'eût pas poignardé quarante personnes sans distinction de sexe ; quand il n'eût pas fait frémir un «ombreux auditoire • en racontant les crimes qu'il

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allait commettre et ceux qu'itavait commis ; quarad il n'eût pas fait évanouir quarante spectatrices par «on regard farouche ou par son œil roulant sur luimême dans son orbite ; Defrène , tenant l'emploi des tyrans en chef et sans partage, aurait acquis une réputation colossale par le rôle du Forçat , dans le mélodrame de ce nom. Jamais personnage vêtu aussi hideusement n'avait encore paru sur la scène. Walter, de la Femme à deux maris, était, en comparaison , un petit-maître musqué. Defrène donna au personnage un tel charme, qu'il fit courir tout Paris. C'était certes moins par l'intérêt qu'inspirait le forçat vertueux, que par la curiosité que faisait naître l'acteur. Pendant deux mois la conversation ne roula que sur Defrène ; on le redemandait à grands cris après la pièce , on l'attendait à sa sortie ; on le suivait ; un jour même , il manqua d'obtenir l'honneur qu'on fit à Voltaire après Œdipe. Au moment où il montait dans un fiacre , les flots tumultueux du peuple dételaient déjà les chevaux du phaëton à trente sols l'heure , et se substituaient à leur place , quand le cocher , qui prit le change sur cette manœuvre , tomba à coups de fouet sur ceux qui voulaient dispenser ses chevaux de la corvée, et dispersa les admirateurs forcenés de Defrène. Les •mateurs , inconstans dans leur admiration, vont aujourd'hui jeter des lauriers à un pantin k

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échasses qui a le génie de savoir bien écarter les jambes et qui sera cause, grâce à la manie d'émulation qui s'empare des enfans , que deux ou trois cents marmots se blesseront mortellement par amour pour le grand écart. Defrène attend l'occasion, cette seule dispensatrice de la réputation comme de la fortune ; il connaît le goût du public , et la gloire ne peut lui échapper. En attendant 11 tient sa table d'hôte....

DELACROIX. — Artiste du théâtre de Marseille. — Nous ignorons si la particule qui commence le nom de cet artiste fait partie essentielle ou accidentelle du reste de son nom ; nous établirons un erratum pour lui , s'il tient à ce que la particule soit détachée. Noble ou roturier, M. Delar croix est artiste ; il a débuté par le Festin de Pierre, a joué avec un aplomb admirable le rôle de la statue : un malin biographe des bords de la Méditerranée assure que ce début a pétrifié le comédien.

DELLEMENCE. — Odéon. — C'est un de ces acteurs dont le talent répond victorieusement à ceux qui ne jugent pas utile un second Théâtre- Français. Certes , jamais Dellemence n'eût été appelé à la société de la rue de Richelieu ; il n'eût pas même obtenu un début, car dans ce

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premier Temple la permission de paraître ne s'accorde qu'à la médiocrité , parce que MM. les chefs d'emploi , sultans souverains, ne redoutent pas que le public élève la voix pour réclamer une admission. Mais aussitôt qu'un talent remarquable aspire à la faveur d'avoir des juges , on l'exécute prévotalement dans la salle des réunions, et on lui prononce son arrêt d'exil à huis clos. Dellemence débutant dans le Glorieux, eût fait pâlir tous les glorieux de la rue de Richelieu. L'Odéon l'accueillit avec enthousiasme ; la bonne société se porta vers le Luxembourg, et adopta Dellemence parce qu'elle se reconnut en lui. Don Juan , qu'il remplit avec l'aplomb d'un bon comédien , et en véritable roué de cour ; le rôle de Clitandre, des Femmes savantes , qu'il joua avec un bon ton et une aisance peu commune , ne laissèrent aucun doute sur son engagement à un théâtre où le talent trouve toujours accès.

Dellemence a long -temps été éloigné de la scène , de - là vient quelquefois la monotonie de sa diction ; on voit qu'il a oublié un peu la langue dramatique et les diverses inflexions qui la varient. Quand on jette les yeux sur cet acteur; quand on entend les bravos unanimes qui l'accueillent, on peut assurer que la décadence de l'Odéon est infaillible , qu'il n'est aucun remède à la désertion du second temple de Melpomène. En effet ,

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quand le choix de presque tout le personnel est parfait , comment espérer un état plus prospère? Si le nom d'un acteur tel que Dellemence ne fait pas chambrée pleine , on peut fermer les portes : il n'y a plus d'espérance de salut pour le théâtre.

DEMERI (Mademoiselle). — Louvois. — Elle débuta , il y a près d'un an par le rôle d'Aménaïde dans Tancredi, musique de Rossini : intonation parfaite , force , sons pleins , légèreté de voix: voilà ce qu'un premier début révéla aux dilettanti. L'opéra de Don Juan a confirmé toutes les louanges que les gens de goût et le critique habile qui signe L , dans l'Etoile, avaient donnés à cette cantatrice, qui est appelée à de hautes destinées. En vain quelques voix semblent protester contre ces applaudissemens que le public aime à lui prodiguer; des rivalités de coulisse ne nuiront en rien à mademoiselle Demeri. Qu'elle ue se décourage pas ; qu'elle tâche de mettre plus de sévérité dans le choix de ses agrémens de chant. Quelle écoute surtout l'admirable actrice que l'Angleterre , l'Europe entière nous envient , madame Pasta , et un jour, nous le lui prédisons, elle occupera toutes les trompettes de la Renommée.

DEMOUY. — Théâtre - Français. — Elève de

Fusil , Demouy débuta à la Comédie - Française parie rôle de Cinna. Un organe plein et sonore , une tai'le élevée, une figure noble et gracieuse furent les premiers titres qu'il apporta à la bienveillance. On se regardait avec étonnement dans le parterre , on ne concevait pas comment le sénat comique avait pu permettre l'apparition d'un artiste qui avait autant d'élémens de succès. De temps en temps on voyait un débutant qui possédait une qualité ou deux , mais il avait en revanche mille défauts : si l'un se faisait remarquer par une chaleur toujours soutenue , ses gestes étaient faux ou ridicules ; si l'autre avait une diction noble , son édifice physique était semblable à celui de Potier , et sous la toge il ressemblait au héron au long bec emmanché d'un long cou. Dans M. Demouy, on ne pouvait blâmer que le hoquet dramatique , et la précipitation, second défaut excusable dans un débutant, qui aspire à la fin de son rôle comme après la délivrance d'une oppression. On pensa, non sans raison, que la crainte de voir Demouy à l'Odéon avait fait signer son engagement aux Français. Maintenant que MM. du Théâtre-Français se sont pourvus contre ce rapt, espérons qu'ils ne laisseront pas Demouy s'endormir sur ses lauriers, et qu'ils ne le regarderont pas comme une pacotille de magasin qu'un

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marchand garde chez lui pour laisser un confrère dans le besoin au. même article.

DENGREMONT — Théâtre des Célestins, à Lyon. — Dengremont, que nous avons vu quelques momens au Gymnase , a fait avec Prudent une mutation qui n'est à l'avantage d'aucun des deux ; ils auraient pu s'épargner des frais de route. Prudent est un amoureux trop gros pour Paris , Dengremont ne paraît pas assez bouffi aux habitans de Lyon.

DENGREMOiNT (Madame). — Grand-Théâtre de Lyon. — Madame Dengremont, première cantatrice du théâtre de Lyon , seconde dignement Dérubelle. Sa voix a beaucoup de charme quand elle sait la ménager; son jeu a de l'aisance, et elle sait se garder de ces nombreux défauts que le séjour de la capitale fait contracter aux artistes.

DEMERSON (Mademoiselle). — Artiste du Théâtre-Français. — Où donc est cette soubrette si jolie , si vive, près de laquelle les heures s'écoulaient si rapidement? Demerson, en vous voyant partir poiw des bords étrangers où les ordres d'un Esculape vous exilaient , nous concevions l'espoir de vous revoir bientôt plus séduisante que jamais ,

nous nous promettions de nouveaux plaisirs à votre retour, les grelots de la Folie ne devaient reparaître qu'avec vous. Quelle erreur nous abusait i Les ondes de Barrèges , de Plombières ou de Spa , sont-elles donc semblables à celles du Cocyte , dans lesquelles on puisait l'oubli du passé ? Ne vous souvient-il plus de votre ancienne vénération pour Molière , Regnard, Destouches, Beaumarchais et mille autres auteurs immortels dont vous étiez l'aimable interprète ? Ne vous souvient - il plus avec quel zèle vous desserviez le temple dé Thalie? Combien votre cœur trouvait de satisfaction à remplir vos douces occupations ! N'agissezvous donc plus que comme une mercenaire, et vos services ne sont-ils plus subordonnés qu'au salaire que vous recevez? Vous, jadis si sémillante, à peine le sourire erre-t-il sur vos lèvres , a peine deux minutes suffisent-elles à vos jambes pour franchir une distance que jadis plus lestes elles franchissaient en une seconde; pourquoi vos yeux sont-ils éteints ? pourquoi vos jolies mains si expressives restent-elles dans l'inaction et comme lasses de servir d'interprètes à vos pensées ?

Redevenez donc la Marinette du Dépit Amoureux, la Denise du Tartuffe, la Martine des Femmes Savantes. Ne refusez pas la succession de mademoiselle Devienne.

DERIVIS. — Artiste du Grand Opéra.,- Réuissez. toutes les qualités d'un grand tragédien à celles d'un chanteur parfait , et vous aurez le signalement de Dérivis comme artiste du Grand Opéra. On ne peut placer près de madame Branchu un appui plus glorieux. Derivis est peutêtre le chanteur qui ait le mieux entendu le genre de l'Opéra. Il est vrai que la nature a fait en lui autant que l'art. Sa voix étouffe l'harmonie la plus bruyante ; les timballfts , trombones bas tamtams sont pour lui comme des flageolets; Neptune , se faisant entendre au milieu du vacarme des tempêtes } est l'image de cet artiste....

DERUBELLE. — Lyon.— C'est le Martin de la troupe de M. Singier. Il tombe souvent dans la charge, et souvent remplace l'aisance, la franchise, par des pasquinades qui font quelquefois sourire , mais qui ordinairement excitent les murmures des gens de goût. Sa voix a de la fraîcheur, de l'étendue ; elle est souvent belle... quand il ne chante pas faux.

DESBORDES. — JNantes.— Desbordes fut élève du Conservatoire. Ce n'est sans doute pas un motif pour être un bon acteur, mais ce n'en est pas un non plus pour être un mauvais interprète de Molière, de Bégnard et de nos auteurs dramatiques modernes. Quoi qu'il en soit, Desbordes rem-

plit avec distinction le premier emploi de la comédie. C'est déjà aujourd'hui un titre à la gloire et prouver du talent , que de faire partie de la troupe de Nantes ; là 3 un public rigoureusement juste sacrifie rarement son plaisir à l'indulgence : il siffle avec fureur le mauvais comédien ; mais il applaudit avec transport l'artiste distingué.

DESBORDES-VALMORE (Madame ). — Bordeaux. Madame Desbordes-Valmore n'est pas la favorite de Thalie ; mais la muse de la poésie l'a tellement prise en amitié, qu'elle l'a presque placée dans le cercle de ses Sœurs, et qu'elle l'a rendue digne d'habiter l'Hélicon. Nommer madame Desbordes- Valmore , c'est faire l'éloge de la poésie , c'est tresser une couronne de laurier à la femme qui fait le plus grand honneur à l'esprit de son sexe.

DESBROSSES ( Mademoiselle ). — Opéra- Comique. — Cette grosse maman à mine réjouie faisait autrefois les délices du parterre par son chant facile , son jeu animé , sa diction juste ; aujourd'hui on la voit encore avec plaisir sous le manteau des duègnes, et plus d'une jeune amoureuse pourrait lui emprunter de sa chaleur et de sa force comique.

DESESSART.— Feydeau. — Desessart* qui s'était fait une réputation en province , n'est

point venu la perdre à Paris. En débutant a POpera- Comique par le rôle de Florimont, de la Fausse magie, il a fait concevoir plui que des espérances. Dans le rùle du gouverneur, du Prisonnier, il a été constamment applaudi des loges et des côtés du parterre où ne se réunit pas la cabale. Il conserve à quelques rôles l'originalité que Juliet père leur avait donnée et que Juliet fils avait pris à tâche de leur ôter.

DESESSARTS. — Nomade. — Il parcourt les directions du second ordre et il embrasse tout l'emploi dramatique à divers prix : il joue le Misanthrope pour 4 fr. , Cinna pour 3 l'r. , et le Brigand , de V Auberge des Adrets ^ pour 10 fr.

DESFORGES. — Bordeaux. — Un des meilleurs élèves de Vestris, qui obtiut beaucoup de succès à l'Académie royale de Danse. Le public bordelais lui a souvent jeté des couronnes , et plus d'une jolie Bordelaise, si la chronique dit vrai , lui adressa des billets-doux.

DESMOUSSE AUX. — Théâtre - Français. - M. Desmousseaux est le beau-fils de M. Baptiste aîné ; voilà ce que tout le monde sait ; mais ce que chacun ne connaît pas , c'est que le Nestor de la tragédie lui a légué, en lui accordant sa fille, toute la défroque des rois et pères nobles. A quoi bon une telle garde-robe pour cet artiste ? une seuU

tunique lui suffirait : Polyphonte , Vaîérius , Ma» than, braves gens d'ailleurs, selon M. Desmousseaux, et marchant de compagnie avec Burrhus, Bon Diègue., Agamemnon , peuvent, sans rougir , paraître avec la même draperie , car ils ne seront jamais reconnus , ils conservent tous les mêmes traits et les mêmes caractères. Cet artiste paraît quelquefois vouloir tirer parti d'un physique imposant et d'un bel organe dans le médium ; mais ce n'est qu'une intention sans effet, il retombe soudain dans sa monotonie habituelle, qui le fait surnommer la toupie d'Allemagne.

DESMOUSSE AUX ( Madame ). — Théâtre- Français. — En admettant madame Desmousseaux, fille de Baptiste aîné, au Théâtre - Français , messieurs les Sociétaires ont prouvé qu'ils avaient des égards pour un confrère , mais qu'ils n'en avaient nullement pour le public. Madame Desmousseaux se console des rigueurs du parterre en faisant des chansons. Voici un essai de sa muse :

Air du bâilleur éternel.

Ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah!

Gomment faire , hélas !

Pour s'amuser dans ma famille ?

Ah 1 ah! ah ! ah !ah! ah! ah! ah! ah

Comment faire , hélas i Pour que chacun n'y bâille pas ?

Chez nous , qu'on gèle ou qu'on grille , On bâille au nez du mari ; Papa fait bâiller aussi , On bâille au nez de la fille.

Ah ! ah ! etc.

DESPÉRAMONS. — Toulouse. — Nous nous rappelons avec plaisir le souvenir de cet artiste, c'est un de ceui. qui paraissent sur la scène avec succès, et que les avantages que la province offre au talent ont enlevé à la capitale.

M. Despéramons a long-temps été professeur de chant au Conservatoire de Musique. Sa méthode est agréable ; sa voix, conduite avec beaucoup d'art , charme toujours. Comme comédien , cet artiste tiendrait encore un rang distingué dans plus d'une troupe de Paris.

DESROCHES. — Lyon. — Figurez-vous un petit amoureux qui tourne , pirouette , gesticule , parle avec autant de vivacité que d'intelligence ; qui toujours remue , et dont l'œil se porte à-la-fois du parterre aux loges, des loges au souffleur, et vous aurez l'image du deuxième amoureux du ^rand théâtre de kyoiu

BESTRIEUX. —Précédé à Paris par une belle réputation , il a justifié a POdéon (1823 ) ce qu'on attendait de son début ; sa diction est pure , sa sensibilité vraie , et son organe a ce charme qui va droit au cœur.

DESVIGNES ( Madame). — Dunkerque. — Comme dans toutes les villes de province , la comédie et la tragédie ne sont que rarement et fort mal jouées à Dunkerque; à peine si, à de longs intervalles , M. Dupré-Nyon offre à l'admiration des habitans quelques-unes de ces grandes créations de Molière ou de Corneille , la gloire éternelle de la France. Alors la salle est vide ; les jolies femmes de la place Jean-Bart restent chez elles , et les jeunes gens du bon ton sont dans les cafés de la ville. Quand on annonce un opéracomique nouveau , il y a rumeur : les portes du

magasin de mademoiselle V s'ouvrent et

se ferment, toutes les femmes de négocians sont émues, inquiètes On fait venir du cabinet littéraire le dernier numéro du Journal des Modes

on ne parle dans tous les salons que de la représentation nouvelle MadameB..., dont le mari

ruiné cinq fois, possède, on ne sait comment, trois maisons sur le port et trente bateaux pécheurs , a fait venir exprès de Paris des chapeaux de chez mademoiselle Coro et des fleurs de ma-

daine >«attier. La naïve boiteuse N , dont les

aventures galantes ont été chantées par un poëte dunkerquois , essaie une coiffure qui fera enrager toutes ses rivales. L'heure du spectacle arrive , et dès quatre heures ( carie spectacle commence à cinq , et il est du bon ton à Dunkerque d'arriverau théâtre avant les autres) les loges sont garnies d'un double rang de tommes dont la beauté n'est pas

la première parure Celles qui sont pla

sur le devant de la loge ont ils du

parterre, tant le théâtre est mal coupé ! Cette quête I disputée » cai ! . coquetterie est

grande.

Le spectacle dure ordinairement six heu quelquefois huit heures d'horloge , et personne ne semble s'ennuyer. Comme il n'y a pas de in , que les entr'actes sont très-courts, le partent ne reste pas un moment vide , et les beautés ont le temps de voir et d'être vu.

Mais nous voilà bien loin de madame Desvignes, la première chanteuse du théâtre de Dunkerque ; madame Desvignes a trente ans passés, sa voix ne manque pas d'éclat ni de beauté dans les tons graves , mais l'actrice ne sait pas en modérer les inflexions: c'est un instrument rebelle , un don de la nature dont elle ne sait pas faire usage , parce que toute sa vie elle a négligé ses études musicales. Quelques applaudissemens de société lui tour-

nèrent la tête jeune encore ; elle se crul appelée sur la scène lyrique , débuta assez heureusement en province et se voua au théâtre. A-t-elle bien fait ? c'est une question qui n'en est pas une pour elle , car elle est applaudie à Dunkerque et très-

applaudie I et qui ne le serait à côté de Bri-

daut , qui donne le frisson à tous les spectateurs , et de cette Anaïde qu'entend à peine le souffleur , et dont le filet de voix ne dépasse pas la rampe.

DEVIGNY. — Théâtre-Français. — Favori de Plutus, achète une campagne , mon cher Devigny, ensemence tes champs , va entendre au bocage le chant du rossignol plaintif et de la fauvette solitaire ; vois fuir au loin le lapin dans la garenne ; qu'un plomb meurtrier l'arrête dans sa course ; tends au goujon avide le perfide hameçon , écoute le son de la musette , le bêlement de l'agneau, le bruissement de l'insecte , le murmure du ruisseau ; revêts la tunique du laboureur , dépose ton manteau , et si jamais tu le reprends , que ce ne soit que pour te préserver du vent ou de la pluie : mais si le désir de vivre' à la ville l'emporte sur l'amour du repos , va trouver le respectable monsieur de Cor.... le que ses longs services rendent digne d'une honorable retraite , qu'il se départe en ta faveur du maniement des recettes... Alors nous soutiendrons que L... J... M... B... Devigny

nS est le meilleur financier du Théâtre - Fran<;n>

DEVIN ( Mademoiselle). — Théâtre-Français. — Pourquoi u'a-t-elle pas changé le nom de Devin contre celui de Menjaud son époux ? nous passerions cette coquetterie, cet amour-propre tout féminin , à une actrice telle que mademoiselle Mars; mais à mademoiselle Devin!... Si l'acteur Menjaud est un comédien médiocre , il a une helle tête; et croit -on que les belles têtes soient si communes au premier Théâtre-Français!

DOMINIQUE.— Le Havre. — Dominique est un de feux qui chantent un grand air d'opéracomique ou un couplet de vaudeville, pendant que le public s'occupe des affaires de négoce et parle sucre , café et denrées coloniales. Aucun théâtre n'est aussi difficile à aborder que celui du Havre. Il est singulier que le parterre le moins attentif de France et le plus distrait soit aussi peut - être le plus sévère. Un artiste ne doit espérer d'être écouté que le jour de son début; s'il plaît aujourd'hui, on ne fera plus attention à lui demain , aucun signe d'approbation ne l'encouragera. Les habitans* du Havre sont comme les eunuques qui ont une jolie maîtresse , le seul sentiment dont ils font parade est la vanité d'avoir une bonne troupe. Peut-être éprouvent-ils un certain plaisir à faire des spéculations au son du violon : on ne

peut pas s'enrichir ou se ruiner plus gaîmeitt.

DOMINIQUE. — Artiste errant. — Des Champenois lui ont adressé des vers comme on en fait en Champagne, et Dominique les a reçus comme on les reçoit partout, avec orgueil. Il ne lui manque plus , pour ressembler à tel acteur de la capitale, que des couronnes. Dominique est donc bien mauvais?

DORMEUIL. — Gymnase. — Le nom de cet acteur est sans doute une abréviation de dormir et œil , deux mots qui , analysés , donneraient la qualification convenable du talent de cet acteur» Il semble toujours plongé dans une léthargie dont rien ne le tire , et qui communiquerait le sommeil au spectateur , si les auteurs n'avaient la précaution de ne jamais l'abandonner seul en scène. On assure que M. Scribe , qui connaît si bien l'art des succès , n'a jamais osé confier un monologue à cet acteur.

DORVAL( Madame). —Porte -Saint-Martin.

— Jamais femme ne répandit autant de larmes que cette actrice (Adèle Dupuis excepté)., jamais femme ne fut plus cruellement traitée par le destin , ne devint le jouet de plus de machinations et la victime de plus de 'crimes. Tantôt menacée par mille glaives , tantôt ècrouée dans un

cfechot ténébreux . ravie à la tendresse d'un aïeul , d'un père , d'une mère, d'une fille, d'un garçon ; enlevée au milieu des évanouissement et des convulsions , souvent obligée de plaider son innocence ou la cause de eeux qui lui sont chers, avec des phrases à perdre baleine, dans lesquelles chaque substantif doit avoir de nécessité absolue trois épilhètes ; tel est le sort de madame Dorval , à qui il a fallu toute la force des poumons, toute l'énergie d'un corps fortement constitué , pour résister à de pareilles secousses; heureusement qu'elle renaît au bonheur tous les soirs à onze heures, et qu'elle a , pour se consoler de ses souffrances , le temps qui s'écoule entre son lever et le premier coup d'archet, c'est-à-dire sept heures environ...

DUBIEZ. — Panorama Dramatique. — Dubiez, qui a paru sur le théâtre des Variétés dans l'emploi des amoureux , a mieux aimé être le premier au Panorama Dramatique , que le second au boulevard Montmartre. Cet artiste, doué de talens , mais surtout d'un zélé au-dessus de tout éloge , est une véritable bonne fortune pour une administration. Tant qu'il pourra mettre obstacle au fatal relâche , il jettera de côté l'habit de petit-maître et endossera tel costume qui se trouvera libre par une indisposition. Dubiez chante avec goût. Il a un œil observateur qui lui fait remarquer et

approfondir ce qui peut être utile à sa profession, îl a mis un cachet d'originalité dans plusieurs rôles qu'il a créés, notamment dans les Deux sergens , comédie , et dans un rôle de soldat, du mélodrame des Deux fermiers.,, il fait actuellement partie de la troupe de Rheims.

DUCHAUMONT. C'est encore une question parmi les astronomes , si Uranus a , comme le dit Herschel, six satellites : Herschel les a vus ; mais M. Arago ne les a jamais aperçus. C'est faute d'un bon instrument, dit-on , car il faut bien une raison. Si l'on pouvait comparer les petits objets aux grands , nous dirions que c'est une grande question que celle-ci : Duchaumont a-t-il ou non paru sur le théâtre des Variétés ? nous soutenons que non ; un seul individu soutient l'affirmative , c'est Duchaumont.

DUC AIRE (Madame). — Marseille. —Est une actrice de l'ancienne roche; c'est madame Pernelle, madame Argante, madame Patin , etc., etc., toutes les fois que sa mémoire ne la trahit point. Ses succès dans Popéra-comique sont aussi réels ; c'est madame Gonthier elle-même.

DUCHESNOIS ( Joséphine Rafin , connue sous le nom de), est née à St.-Saulve, près deValenciennes, le 5 juin 1777, et non en 1785 comme

Vont écrit quelques biographes; une amie de ses païens dirigea son éducation. Des ses plus jënnei nus elle montra une vocation pour la scène, et s'attacha surtout à perfectionner sa diction. Elle débuta en janvier 1797, sur le théâtre de Valenciennes, jouant également dans la comédie et rlans la tragédie, et obtint les suffrages di concitoyens. Peu contente de ses premiers succès , mademoiselle Duchesnois passa cinq ans à fortifier et à développer son talent. Au relus du sieur Florence qui ne l'avait jugée propre à rien, elle s'était mise entre les mains de Legouvé; élève d'un poète, étrangère , inconnue à l'école dramatique, ayant par conséquent tout à redouter de la morgue et de la sévérité des princes du théâtre , Mademoiselle Duchesnois débuta par ordre sur la scène française, le 21 juillet 1802 , dans le rôle de Phèdre , et se plaça , dès la première fois , au rang des meilleures actrices. Si sa figure laissait à désirer pour la régularité des traits, sa taille noble et bien prise , la pureté de sa diction , la douceur de son organe , la simplicité , la vérité de son débit , le sentiment profond des beautés poétiques , et surtout l'accent passionné de sa déclamation, entraînèrent tous les suffrages. L'eftthousiasme a été universel ; huit fois , dans ses débuts , mademoiselle Duchesnois a répété ce rôle admirable dans lequel elle a constamment déployé les talens les

plus éminens. Sémiramis , Hermione , Didon , Boxane , furent les autres rôles qu'elle choisit , et dans la dernière représentation desquelles elle fut couronnée. Mademoiselle Duchesnois passa ensuite trois mois dans une inaction forcée pour laisser le champ libre à une nouvelle débutante , mademoiselle Georges. Elle ne reparut sur la scène que le 19 février i8o3 dans le rôle d'Aménaïde; et malgré les succès les plus brillans et les plus mérités, malgré les avantages pécuniaires qu'elle ne cessa de procurera ses camarades, elle n'aurait pas été reçue de long-temps , peut-être même qu'elle ne l'eût jamais été , si l'autorité ne s'en fût mêlée. Sur l'ordre de l'impératrice Joséphine , elle fut reçue à quart de part par arrêté du préfet du Palais, le 20 mars i8o4) pour les reines , les mères , les grandes et les jeunes pEincesses. Le public se partagea long-temps entre elle et sa rivale ; des scènes orageuses eurent lieu dans le parterre , et les journaux prirent part dans cette espèce de guerre civile , où Geoffroy ne fut pas des derniers à figurer. Il se prononça contre mademoiselle Duchesnois avec l'injustice et la mauvaise foi qu'il avait coutume d'apporter dans Jes discussions relatives à la littérature et au théâtre. Mais l'opinion publique enfin, mieux éclairée, a su réduire à sa juste valeur un jugement que le caractère connu de ce trop fameux critique per-

met d'attribuer, moins à la passion qu'à une basse vénalité. Aujourd'hui l'on est d'accord que mademoiselle Georges n'a sur mademoiselle Duchesnois que le fragile avantage de la beauté , encore cet avantage s'alï'aiblit-ii chaque jour. Mademoiselle Duchesnois a les qualités les plus pré< du tah 'nt dramatique, malgré un tremblement trop réitéré dans la voix et un débit quelquefois trop larmoyant.

DUFRENOY (Madame). — Lyon. — Et oui, Madame, vous ne manquez pas de talent; vous sentez bien un rôle, vous le dites comme vous l'avez compris ; vous avez du zèle , un ton par fois un peu bourgeois ; mais pourquoi vous obstiner à jouer les coquettes ? vous vieillissez : consultez votre glace , et si vous n'y croyez pas, regardez autour de vous. Où est cet essaim d'adorateurs?... où sont ces jeunes gens qui se pressaient pour assister à votre toilette ?

DUCRENET. — Lyon. — Voilà le plus vieux linancier, peut-être, de tous nos théâtres : Dugrenet a vu passer ces beaux noms qui honorent la scène française , et il est encore debout. Il a dans sa garderobe tel costume qui a près d'un demi siècle , et qu'il conserve comme un guerrier conserve son épée. Il ne prête plus à Molière et à Regnard qu'un corps affaibli, un organe usé, et

les restes d'une chaleur qui s'éteint ; mais le public lyonnais aime ce vieux soutien de la scène , l'applaudit et a pour lui une sorte de vénération.

DTJGY. —Forte St. Martin. — Artiste utile, il n'a jamais courtisé la gloire, il pouvait vivre sans elle, et s'occupe assez bien de son petit emploi.

DUMESNIL. — Gaîté. — Dumesnil est un de ces acteurs qui n'entendent jamais d'autre musique que les applaudissemens ; qui , toujours certains de faire rire par leurs niaiseries , délassent le spectateur des parricides , fratricides , homicides , suicides et autres crimes du répertoire. Les anciens mélodrames où les niais étaient de première nécessité , ont fait la réputation de Dumesnil. On aime à le revoir encore dans ces ouvrages, dont le genre est devenu aujourd'hui si insipide. LePied de mou~ ton fut un des ouvrages où cet artiste parut le plus bouffon. Maintenant le vaudeville fournit carrière à ses lazzis ; mais si , comme on l'assure , bientôt on ne pourra plus chanter aux boulevards, voilà les niais sans emplois et réduits à se convertir en pères nobles ou en tyrans.

DUMILATRE. — Théâtre-Français. — Peu chéri du public, qui ne lui rend jamais justice, Dumilàtre n'en est pas moins le meilleur confident qu'il y ait , et peut-être qu'il y ait eu aux Fran-

né

çais. Le Kain eût été très-satisfait de trouver un semblable Pylade. L'emploi de cet acteur est un des plus ingrats et des plus difficiles du théâtre. Ne pas exciter les ris du public est déjà preuve de talent. Ainsi dans Zaïre, lorsqu'Orosmane ayant saisi le fatal billet et croyant avoir découvert une trahison, dit à son confident :

Eh bien , cher Corasmin , que dis-tu ?

Que celui-ci lui répond :

Moi ! seigneur !

Je suis épouvante de ce comble d'horreur l

le parterre, loin de partager l'horreur des Corasmins, eut long-temps l'habitude de leur rire au nez, en termes de coulisses , de les égayer, ce qui ne leur semblait pas gai du tout. On citerait mille exemples semblables.

Pyiirhus.

Eh bien, Phcenix , l'amour est-il le maître? Tes yeux refusent-ils encor de me connaître ?

Piiqenix.

Ah! je vous reconnais....

Andromaq. , act. n , se. v.

En résumé , Dumilâtre n'est pas déplacé dans son emploi. On peut trouver mieux , le parterre peut exiger davantage, il n'en a pas pour son ar-

gent; mais les sociétaires en ont bien pour celui qu'ils donnent au confident.

DUMOUCHEL (Mademoiselle ). — Gaîté.— Nous n'avons encore pu jeter qu'un coup-d'œil sur cette jeune personne , et nous ne l'avons entendue que peu souvent ; elle deviendra utile à l'administration, si elle apprend à chanter ou plutôt à conduire le filet de voix assez pur qu'elle possède , mais qui va tout tremblottant. Les ehcoura» gemens qu'elle reçoit d'un public qui trouve toujours une actrice assez bonne quand elle est jolie, doivent la porter à un travail continuel. Nous ne croyons pas ses poumons d'une confection mélodramatique; nous craignons d'être condamnés à entendre plus souvent ses cris que ses paroles.

DUPARAY. — Odéon. — Je lis un feuilleton d'un journal dramatique , et comme l'opinion générale sur Duparay est entièrement d'accord avec celle du rédacteur, je la cite. « Duparay trivialise pour ainsi dire tous ses rôles avec une exagération digne des tréteaux de Bobèche. Il ne manque d'intention ni de vérité ; mais pour tout ce qui concerne le goût et les convenances , compter sur lui, c'est compter sans son hôte.»

DUPONT (Mademoiselle). — Odéon. — Oh I combien de fois la Pandore a-t-elle conjuré cette

actrice de ne pas < riaillei énergie de poumons digne <'<• Stentor; de n< lever sans cesse les yeux comme une syhille en extase, sur le pu;adis de la salle ; mais peine perdue, l'aehue M bouche les oreilles , comme tateuj -lent, et ne veut rien entendre...

On dit que Stentor du seul éclat de BÈ \oi-.

entiers de muraille; nous ne

us pas que mademoiselle Dupont fasse j.imaU semblable miracle. Ce que nous pouvons affirmer,

que si elle reste ellCOre pendant deux ans sur la seene de l'Odeon , le eeintre du thealie

tancera de s'ali'aNser.

DUPONT. — Premier Théâtre Français. — Ma demoiselle Dupont, soubrette vive et piquante, aux beaux yeux noirs, à la peau blanche, peut avoir trente-deux ans. C'est une femme de bon ton, dans toute l'étendue du mot, sur la scène, comme dans le monde. Mademoiselle JJourgoin lui reproche de la pruderie , une réserve et des manières qui sembleraient le partage tout au plus d'une princesse de théâtre; mais le public n'est pas de l'avis de mademoiselle Bourgoin.

DUPUIS ( Mademoiselle Rose). — Théâtre- Français. — Le titre de sociétaire , donné à mademoiselle Dupuis , est véritablement la récompense d'un zèle soutenu ,d'un talent toujours admirable

et admiré. Croirait -on que cette actrice, qui marche sur les traces de mademoiselle Comtat et qui conserve un grand nombre de ses traditions 3 a failli plusieurs fois être la victime des cabales, et que le découragement lui a fait plusieurs fois former le projet d'abandonner le théâtre ? Nous applaudissons à mademoiselle Dupuis, qui s'est enfin élevée au - dessus des menées de la jalousie et de la rivalité. Elle a puisé dans l'amour de son art la résignation ; c'est en jouant souvent d'une manière admirable des [rôles secondaires , qu'elle s'est consolée d'être mise dans l'impossibilité de jouer les premiers. Mademoiselle Rose Dupuis n'est plus jeune ; mais les personnes de talent ont presque le privilège de ne point vieillir ; le temps n'a pas encore écrit sur son visage l'heure de la retraite. Si chaque jour elle perd une feuille de la rose que l'amour lui avait donnée , elle gagne une feuille du laurier que Thalie cultive en France.

DUPUIS (Adèle). — Gaîté. — Mademoiselle Adèle Dupuis , jadis souveraine à PAmbigu- Comique , tient aujourd'hui le sceptre du mélodrame au, théâtre de la Gaîté. Il n'est pas un habitant du Marais auquel elle n'ait arraché des larmes. Mademoiselle *Adèle est surnommée la . Fille du Sentiment. Elle a long-temps fait la for-

tune des ouvrages de M. Guilbert de Plxérècoort. Mademoiselle Adèle accordera cependant une demi-part du succès au machiniste , an d<

teur. Cette .«< Irice, chez, laquelle toul

extrême , qui n'exprimé que rage, desespoir, vengeance , malédiction, an sèment , atteint le sublime de cet étal fugitif qu'un ébranlement de l'organisme décide aucune fois , qu'une commotion plus violente fait évanouir, mais contre lesquels sont inutiles et superflues toutes les ressources de l'art. Mademoiselle Idèle esl tellemenl pénétrée de l'esprit de ses rôles , que d dantes larmes inondent souvent ses panpi Elle s'identifie tellement avec le personnage qu'elle représente, qu'elle demeure quelquefois étendue, dans le cercueil où la précipite un particulier barbare, long-temps après la cbute du rideau, et qu'elle n'est tirée de son état le thaï gique que par les coups redoublés du marteau qui fixe les décors d'un nouvel acte.

DUPUIS. — Troyes. — Les bons habitai] Troyes donnent à son talent quelque chose de merveilleux : ainsi leurs halles ont disent-ils avec une naïveté exquise , la propriété d'écarter les araignées. #

DUTERTIIE (Mademoiselle). — Odéon. —

Mademoiselle Diitertre a fait comme feu madame Blanchard ; une ascension dramatique a eu pour elle les plus fâcheux résultats. Elle avait déjà la réputation d'être une bien triste soubrette , et une soubrette bien triste : il lui prend fantaisie d'essayer le rôle de Cécile du Père de famille , et la fin de cette détermination est la preuve d'une impuissance que ne rachètent ni ne pallient la grâce, la chaleur, ni le charme de l'organe. Si mademoiselle Dutertre se croit appelée à comprendre et à exprimer le jeu des passions, il faut qu'elle s'adonne aux passions secondaires ; celles du premier ordre seraient pour elle des passions malheureuses.

EDOUARD (Madame).— Théâtre des Célestins à Lyon. — Madame Edouard est la perle du théâtre des C destins : la grâce , la sensibilité et le naturel sont ses premières qualités. Dans le mélodrame , elle arrache souvent des larmes; dans le vaudeville , elle se fait applaudir par une voix gracieuse conduite avec goût. On lui reproche cependant un peu trop de recherche dans ses costumes, et trop de luxe alors qu'il est déplacé. Madame Edouard doit savoir que le talent est la première parure d'une comédienne. Elle a dû remarquer

souvent prés d'elle quelques-unes de ses cornes qui attiraient à peine les regards, parce qu'elles ne montraient au public que dei hochets

de toilette et que ces ornemens se voient partout. Mai- < e qui fixe l'attention , la captive toujours . c'est le talent dramatique.

Madame Edouard , dont une administration juste et généreuse Bail reconnaître etré< ompensi i le zèle et les services, a été gratifiée d'une représentation à bénéfice. In journaliste de Lyon dit au sujet de cette représentation , qui était composée de quatre pi' cei nouvelles :

i Madame Edouard n'avait pas besoin de ce luxe de nouveauté ; elle a dans son répertoire assez d'oùvragei où elle déploie avec avantage toutes les ressources d'un talen t varié ;lesaccens d'une voix douce et flexible, la légèreté de sa danse, la richesse et le goût d'une toilette soignée. Aussi sa représentation a-t-elle été le coup de filet du pécheur de Milet, dont parle Plutarque , qui prit un trépied d'or dans ses filets

EDOUARD. —Second Théâtre - Français. — Edouard est toujours resté fidèlement attaché à l'Odéon , aux comtes , marquis , petits-maîtres , et à tous ceux qui ont besoin des services d'un valet. 11 a l'encolure d'un laquais qui passe sa vie à la cuisine, content de son sort. Il a, dit-on, sollicité la

survivance de sa place pour les mâles de sa famille.

EDOUARD. — Panorama-Dramatique. — Jadis mêlé parmi les chevaux du Cirque-Olympique , cet artiste partagea avec eux la gloire de plus d'un succès. L'ouverture du Panorama-Dramatique lui fournit le moyen de s'élever et de donner un libre cours aux dispositions naturelles qu'il avait. C'est un bel homme, il a de l'aisance; son organe est sonore et pur. Il a glacé d'horreur dans le rôle du Mort, des Inséparables , et a su émouvoir et intéresser dans le personnage d'un vieux soldat ,. dans le mélodrame du pauvre Berger. En attendant le renouvellement de l'année théâtrale et Poccasion de se placer , Edouard s'est réuni à quelques artistes , enfans proscrits du .Panorama-Dramatique, et il va lever avec eux quelques contributions à Rheims sur les marchands de pain d'épice.

ELEONORE (Mademoiselle). — Ambigu. — Long-temps sultane favorite , cette actrice , pendant le visirat de M. Warez^ appesantit sur ses compagnes un sceptre despotique; elle réunit tous les emplois , choisit tous les rôles , fit exiler plusieurs mécontentes qui commençaient à murmurer et qui eussent déployé l'étendard de la révolte. Mademoiselle Eiéonore , peu satisfaite de l'éîoignenient de celles qu'elle redoutait, alla même

jusqu'à désirer pouvoir leur envoyer le coi Aujourd'hui la médaille a tourné; le filii paru, la sultane privilégiée est rentrée dans la 1:11111c: plus de distinction pour elle ; son orgueil en murmure, mais

Du dulin qui fait tout , tel est l'arrêt cruel.

Maintenant elle ne peut chercher que danji'u .souvent piquant , et dans sa voix, qui a du charme quandellc n'est pas maniérée, à conquérû un rang que la laveur lui avait donné. On applaudira aux succès de mademoiselle Eléonon d'autant plus de plaisir qu'on saura qu'elle ne s'élève pas aux dépens des autres, et qu'elle ne triomphe plus en empêchant ses rivales de se mesurer avec elle.

ELIE, danseuse de l'Académie Royale.

Air : Vent brûlant d'Arabie.

Jadis à son aurore On la voyait courir Des jeux de Tcrpsichoie Au temple du plaisir.

Mais l'automne s'avance ; Loin d'elle, sans retour , Fuit l'amour de la danse , Et la danse d'amour.

ELOÏ. — Académie Royale de Musique. —

i55 Chargé par engagement de rendre en chantant , avec une vérité qui fasse tressaillir un berger suisse , le mugitus boûm de Virgile, il ferait sa partie d'une manière plus agréable dans le ranz des vaches,

EMILE -COTTENET. — Gymnase. — Longtemps il a fait les délices des Lyonnais ; son jeu est mordant , plein de naturel et de vérité ; sa verve comique , toujours tendue , excite ce rire inextinguible que deux ou trois acteurs seuls sont en possession de faire naître. A la Porte-St. -Martin , il a soutenu long-temps la mauvaise fortune de ce théâtre , dont la destinée est de s'appauvrir avec de bons ouvrages et de s'enrichir avec de mauvais. Lors du départ de Potier, Emile a pris possession de quelques rôles qu'il a joués tout aussi bien que celui qui les avait créés. En allant au Gymnase , ses amis craignaient qu'enclin à la charge , il ne pût tenir un emploi de comique plus élevé. Il a prouvé , dès son entrée, qu'un bon comédien sait se plier au goût du public quel qu'il soit. Un temps viendra qoi n'est pas loin, où le théâtre de la Porte-St. -Martin se repentira de n'avoir point payé le dédit de cet artiste quand il devait passer au Gymnase. Quand Potier va rentrer aux Variétés , et que le pantin du boulevard Stc-Martin aura pris la place que le temps lui ré

serve chei madame Saqui ou aux Funambules, ic perte d'Emile sera cruellement sentie. Outre le talent qu'il a comme comédien, cet artiste est un de nos chansonniers les plus spirituels ; il manie l'épigramme d'une manière terrible. Joyeux convive des Soupers de Momus, il chante avec une facilité et un talent digne de PÎTOO les plaisirs bacchiques et la vie épicurienne. Il obtiendrait de nombreux succès, comme auteur, dans le temple de Momus , si la paresse n'était une maîtresse chérie qui lui l'ait oublier la gloire

EM1LIEX. — Panorama-Dramatique. — Il est impossible d'obtenir du ciel \mt; tête plus grotesque, plus originale , plus comique que celle de cet acteur. Elle est à louer présentement , attendu la clôture du Panorama-Dramatique. Elle serait d'une bonne acquisition pour les théâtres de province qui ont coutume de représenter les baillis, les huissiers, et même les notaires, sous les traits les plus bi/aires. Elle pourrait encore être utile au Vaudeville à la place de celle de Guénée. Je crois que l'intention d'Emilien est de la porter à Londres. Au reste, il la met au prix de i,5oo à

2000 ir C'est une tête presque pour rien

dans un moment où on les paye si cher.

ERIC- BERNARD. —Second Théâtre - Français.— Le sénat comique de la rue de Richelieu

id7 n5a pas jugé à propos d'accueillir cet acteur que le public écoutait avec plaisir. Aujourd'hui, dîton , il se repent de sa décision , il réfléchit que M. Desmousseaux, chef d'emploi , est bien audessous du père noble de M. Picard ; mais le mal est fait : on ne peut que gémir sur les principes qui régissent l'administration, d'où une seule voix, un seul ennemi , un seul envieux , vous exilent à jamais.

Eric-Bernard , doué d'une taille avantageuse , d'un physique noble , d'un organe sonore, possède les qualités requises pour remplir son emploi. Quand il ne crie pas, quand il ne conserve pas •pour final ce qu'on nomme le coup de fouet ; quand il ne marche pas selon les usages et coutumes du théâtre Audinot ; quand il ne laisse pas tomber ses bras comme un meuble inutile dès qu'il ferme la bouche ; quand enfin il ne remplace pas la sensibilité par la sensiblerie , le public le nomme le digne confrère de Joanny et le soutien du second Théâtre-Français.

FABRE (Mademoiselle ), aujourd'hui madame Louis. — Rouen. - — Il n'y a pas cinq ans que , soubrette svelte et piquante , elle était chaque soir applaudie ; elle avah>yingt-sept ans alors ; à trentedeux ans se réduire, car le* sacrifice est volonr

j Oies de I) lec-

teurs le pourront-ils croire P Mademoiselle 1 auoe figure fort jolie, une taille bien prise. 11 n'y

i Rouen où de semblables métamor] aienl lieu. I ne d trente - d<u\ ai

quelque chose d'aussi rare qu'un bud jet san pitre de dép<

F \l\ Jii:. — Célestins de Lyon. — En r< 1er vérité, nous vous !«■ disons, madame Faivre brillera bientôt -ni un théâtre plus digne d'elle. id on a <!«• , ilie main , une

lante , un tab ni i appelé à <1<- plus haut

edouble d'efibi ts, d< nous Jui promettons de beaux su<

FAY (Léontine). — Dans 1 . .

plus tendre , Léontin* de la scène. Le Gymnase, habile à devint

les moyens d al tu i i la Foule , appela jeune élève de 'l hali (ans le

Vieux garçon, la Petite sœur, le Mariageert/ on lui décerna le titre de petite merveille, qu'elle mérite à tous égards. Il est impossible d'alli» i les grâces de l'enfance avec plus de naturel, et a la Ibis plus de finesse d'esprit, de tact et d'en ment ; sa diction, son jeu muet, son chant, tout en elle charme et sedurT , sans produire cette fa-

tigue qu'on éprouve toujours à l'aspect d'un enfant qu'on n'a rendu précoce qu'à force de patience et de leçons , et qui répète machinalement et péniblement les inflexions , les gestes , les poses auxquelles on s'est efforcé de le façonner. Toutefois si les parens de Léontine , qui exploitent si avantageusement son talent , tiennent à ce que cette aimable enfant soit constamment écoutée avec une égale bienveillance , qu'ils s'abstiennent de lui faire jouer des rôles qui , s'ils ne sont pas audessus de son intelligence, sont au moins trop marqués pour son âge et son physique. La première loi des effets de la scène , c'est l'illusion , et c'est évidemment transgresser cette loi que de prêter à Alexis, dans l'opéra de ce nom , et à Virginie, dans Paul et Virginie, les traits et la taille d'un enfant de douze ans ; le langage de l'amour devient ridicule et invraisemblable , quand il est exprimé par un personnage auquel on donnerait volontiers des jouets et une poupée; ce n'est pas là le portrait que Bernardin de St. -Pierre a tracé dans les pages brûlantes de l'admirable épisode de ses Études de la nature. Il en est de même pour le rôle de Frosine; quelle que soit la grâce avec laquelle Léontine le remplit, on l'y voit sans plaisir, parce que des travestissemens par amour n'ont de mérite aux yeux des spectateurs, que lorsque tout concourt, dans la personne qui les exécute , à

rendre l'illusion complète. Il rfic Jaut que Léontinc soit mieux placée dans/ie.w du Petit chaperon , où elle parait en prcivj an i.'il.: de pejze ;m> , et ta mit*. comblant de ses dons, n'a pas voulu ci pendant qu'elle pût en même temps être et n'eti» plus un enfant.

FALCOZ ( MademoiM lie ). — Français. — Si Thalie et M--' leurs tnuijp jolies ; si lot suffisaient pour chau •

la comédie étaient adn dent,

san9 qu'il lut b<

passer un son, permit de juger d<- l'org

que le corp mtenir une

brûlante, ou animé par un esprit subtil, m moi^clle Faleoz tiendrait a l'Odéon une place dont elle serait digne: mais on aimerait mieux la voir au nombre des femmes qui font le charme de la : vent chaque jour d'ornement aux premières loges de nos théâtres, que de la exposée sans cesse au fouet de la critique , châtiment qu'elle croit souvent injuste, et aux siffle t< du bon goût, qu'elle accuse d'être ceux de l'envie.

FAN'IN'Y-BIÀS, — Grand Opéra. —Sans con-

iredit , la première danseuse de l'Europe , quanta la souplesse du jarret , à la grâce des mouvemens : c'est la digne émule de Paul ; elle est à mademoiselle Bigottini ce qu'Albert est à l'aérien ; elle l'emporte pour les sauts, mais elle le cède entièrement à sa rivale pour le talent de la pantomime. Mademoiselle Fanny-Bias ne cherche même pas à lutter avec celle qui est devenue presque inimitable. C'est dans un genre différent qu'elle veut occuper le premier rang; aussi oppose-t-elle tous les jouis des tours de force nouveaux aux nouvelles grâces que Bigottini déploie chaque jour. Cette nymphe est d'autant plus avide d'applaudissemens , qu'elle est dans un âge où les myrtes de l'amour commencent à perdre beaucoup de leur charme , et où les branches de laurier deviennent indispensables au bonheur de l'artiste qui a la noble ambition de réussir.

FAURE. — Artiste du Théâtre Français,

Labor omnia vlncit Improbus....

« Un travail opiniâtre vient à bout de tout. »

Jadis agent du luminaire , officier de la rampe, puis entrepreneur du transport des trônes, fauteuils et tabourets, Faure s'est élevé, de dignité en dignité, jusqu'au rôle de Mondor, des Fausses infidélités. Aujourd'hui sa place est définitivement

son emploi détermini d'appointement il ne doit jamais ii permettre

D : il doit jmc\( ah les rbum< graines, rhumatismes et autres affections de la troupe mimique.

i RE, i ondamo

aux rôles <!<• concierge el de porten Lefs. A<

par jour, le directeui de Toulouse n'y metpas un m >u de j.lij^ : le {Mit) lie dit an din

de !-

FAI RE ( Mai ibrette don'

débats n'onl pas i ! au Théâtri ,l'i ..

ras, disait un journal malicieux et spirituel,

. et pour ainsi diie collas cont i . Leurs mou i iquen/ de nu

blesse; mais Bon débit est vif, sa figure lutine, blanche et grasse. Il y a de la Betbsabée dans tout son c6j ps.

Nou 08 pourtant pas qu'il se soit trouve

de Da\ id dans li u dan- les I

FENÉLON. — Troyes. — Gomment l'autorité

n'interviendrail-elle pas pour défendre aux comédiens de prendre les grands noms qui ont illustré la France ? Quoi ! nous verrions passer sous nos yeux, vêtus de l'habit d'arlequin ou du manteau de Crsspin , Bossuttt, Bourdaloue - Monte»-

quicu ! Si l'acteur de Troyes appartient à la famille de l'auteur du Tèlèmaquc, qu'il le cache, qu'il le taise. Si, comme nous le croyons, c'est un nom de théâtre , un nom de guerre, qu'il a pris comme il prendrait celui de St.-Amand ou de St. -Prix, il a mal fait, et l'autorité devrait défendre de placer un nom aussi révéré sur l'affiche , où l'on lit en grosses lettres : le Galérien 3 la Mère coupable , Y Auberge des Adrets. Ajoutez que Fénéion est un acteur sans talent , gauche et timide à l'excès.

FERDINAND. '— Opéra. — Le premier même après Albert, quoique dans un genre différent, Ferdinand est peut-être le danseur le plus vif qui ait jamais existé ; la rapidité de ses mouvemens, l'extrême légèreté de sa danse et la volubilité , si je puis m'exprimer ainsi , de ses jambes , lui mé-ritent le surnom à3 invincible. L'œil le mieux exercé peut à peine , je ne dis pas suivre le jeu de ses jambes, mais même s'apercevoir qu'il jouit de cette partie de son corps : artiste laborieux, fai~ sant chaque jour des progrès rapides, danseur chaque jour plus gracieux et plus léger que la veille , Ferdinand est un de ceux qui ont fait le plus d'honneur au grand Opéra.

FERDINAND. — Gaîté. - Un port majestueux, une physionomie noble et expressive, un© tête an-

Ml tique pleine de grâce, sont les principaux traits q ai distinguent cet artiste. Acteur laborieux .

Ame, de l'énergie, ne ^'abandonnant jamais

tgératioto du hant dominer la voix ,

liftant pas le speciateui ponrl'émôut oir,

jouant enfin le mélodrame de manière à faire

nner Cfoelquefoia de ! itèui ; voilà

ène. 1 ï « » n ami , bon lii-

aux cabales, aux [disses, toujours

prêt à rend]

dinand à la ville. Comme à( teui , il a pour récom pense les bravos du parterre ; comme* , .il. .

FIRMIN. — Théâtre-Français. — Jamais il ne sera k digne interprète de Racine et de Voltaire : mais les auteurs « revendiquent comme

un artiste précieux. Puisque ses moyens pnj ne lui permettent p:i aux palm<

Melpomène, qu'il se tresse une couronne du lau-

I «lie; qu'il abandonne les amours ' qui s pour les pas nddii : que la tog<

cède a L'habit Français, et que le casque Qiï-r soit remplacé par le chapeau à plucbe d'un marquis des «iècles derniers, ou parle bolivard on le morillos que la mode met sur la tête des amoureux du dix-neuvième siècle.

FIRMïN. — Vmbi<ru-Comique. — Le départ de

Stokïeit laissait les habitués de l'Ambigu dans' l'affliction ; ils ne pouvaient plus se promettre de sombres terreurs , des frissons de crainte , et par conséquent plus de plaisir. Le rôle de ÏValter , dans Thérèse 3 semblait: ne devoir jamais être rempli dignement, Firmin , hardi comme un page , prend les habits du traître par excellence ; un cri d'admiration s'élève et fait perdre la réplique à Frenoy. L'Ambigu est sauvé $ Stokleit est oublié , Firmin devient l'idole du jour; il est redemandé , traîné sur le théâtre , et là , il reçoit les coups d'encensoir que ses admirateurs lui lancent avec profusion. Dans l'ignoble mélodrame de YAubcrge des Adreta , Firmin a sali sa réputation. C'est sans doute moins à sa retenue qu'au talent dégoûtant qui avait présidé à la toilette de son compagnon de bagne , qu'il a dû le mérite de paraître un peu moins hideux que Frédéric. Si c'est par une volonté supérieure qu'il a revêtu un semblable costume, il eût dû, dans l'intérêt de son art, et par bienséance pour le public et pour lui-même , refuser un tel rôle ou donner au personnage une antre tournure. Je ne pense pas que s'il plaisait à un auteur d'injurier le public, il pût trouver un acteur qui fût son interprète. Pourquoi donc en trouve-t-il pour servir aux débauches de son esprit ?

riTZELIEB i Mademoiselle ), - itîlêti

raute. — Jamais soubrette n*eùt ét< plus i)lc au public, si, profitant des avantages du phj i que,, de l'organe, et môme <l< < < it<- assurance qui ne se trouble pas devant le parterre, mademoiselle Fitzeliereflt moins regardé ^<>n art comme un métier qui lui donnait des moyens d'existence. Sun admiration pour Molière venait de ce que . grâeesà lui, elle touchait chaque mois i5o fr. chez le caissier <!<• l'administration du I héâtri

rrançais. Bientôt les traditions h cei

tain^ rôles Im j(;ii .. eptibles <!<• mo

diûcations, elle tint son emploi aussi mal que possible. Elle pensa que la décence et Ipect au public n'étaient que de!

daires à remplir. Elle se livra à mille cbarg< placées ; quand la mémoire lui manquait , elle implorait l'indulgence en poussant un éclat de rire. ISe faisant plus partie de la troupe du Théâtre-Français, elle est allée porter dans les Uépaitcmcns \m genre de talent qui pourra ployeravec avantage, si le public sévère réprime la trop grande familiarité de cette jeune actrice et la l'ait rentrer dans le chemin droit aussitôt qu'elle s'en écarte.

FLEURY. —Variétés. —Caporal de patrouille,

i-17 il boit avec beaucoup de grâce un verre de vin : cocber de cabriolet , Il sait faire claquer son fouet tout comme un autre.

FLORE ( Mademoiselle ). — Variétés. — Le rideau tombé, l'acteur cbange de physionomie, jil ne conserve plus le même caractère. Un jeune étranger, qui n'était jamais allé aux Variétés, tomba amoureux de mademoiselle Flore. Un jour M. M*** désireux de remplir les devoirs d'un noble chevalier , accompagne sa dame jusqu'à sa loge , et revient se placer , au lever du rideau , sur les premiers rangs du balcon de l'intérieur. Au premier coup d'archet , son cœur palpite d'aise ; l'amour et la vanité se peignent tour-à-tour dans ses regards , il se crée mille chimères ; il se représente sa princesse apparaissant sous le costume d'une amazone ou sous le galant habit d'une villageoise : que devient-il quand il aperçoit celle qu'il aime sous le cotillon d'une écaillère ou d'une fruitière * quand il l'entend parler le langage des halles, quand à son accent poissard il la voit joindre les gestes des Porcherons et de la Courtille; quand enfin il est convaincu par les applaudissemens tumultueux du parterre, que sa belle a su saisir dans la perfection !e masque d'une cancaneuse de la place Maubert ? Alors franchissant les bancs et ta bourets, gagnant rapidement l'issue du théâtre ,

n'écoutant point la raison qui lui crie qu^ amante n'est qu'une fausse harengère , qu'elle va reprendre son caractère aimable en reprenant ses ajustemens mondains, il regagne rapidement sa demeure, et double 1<» pas, quand se présente sur son passage une marchande ambulante de saucisses à la poêle, qu'il prend pour son Armide qui le poursuit. Ce fait , que nous rapportons}, a'esfc renouvelé plusieurs fois pour mademoiselle Flores cet obstacle à ses projets de conquêtes n'a cependant pu l'engager à quitter son emploi. Les bravos du public la consolent aisément : le spectateur serait ingrat s'il n'accueillait pas favorablement une actrice qui sacrifie ses plaisirs aux siens , et qui préfère les grelots de la folie aux langueurs de l'amour.

FLORIGNY. — Gymnase. — Petite personne à petite taille gracieuse , à physionomie piquante et mobile , à voix fraîche et timbrée , et qui a surtout un fort joli bras. Son début au Gymnase a été extrêmement heureux. Nous laissons la foule de ses admirateurs ou de ses adora teurs lui vanter ses grâces, ses talens ; pour nous , nous nous contenterons de l'avertir de mettre moins de prétention dans son débit , et de se défaire de ces manières, qu'on passe toujours à une jolie femme dans ur* salon, mais qu'on ne pardonne point

*49 à une actrice en scène. Il y a une grande différence entre un boudoir et un théâtre.

FLORIVAL (Mademoiselle). Jolie actrice, douée d'une voix agréable , qui mériterait d'être placée dans le cadre des amoureuses des théâtres secondaires , et qui présentement est aux appointemens de Sevestre. Les directeurs de l'Ambigu devraient proposer une échange entre elle et mademoiselle Constance.

FLORVAL (Madame). — Porte S t. -Martin. -- Àvez-vous vu au théâtre de la Porte St.-Martin , dans les amoureuses de Vaudeville y une actrice de trente - quatre à quarante ans , au long nez , aux yeux vifs et expressifs, à la physionomie mobile , à la voix encore douce et fraîche ? C'est madame Florval. Sur la scène, elle vous charmera par un jeu naturel et franc ; hors de la scène, par des saillies heureuses , un esprit extrêmement malin : elle est à la fois actrice et femme du monde.

FLORVAL ( Mademoiselle ). — Porte St.-Martin. — Madame Florval a quitté un moment le temple de Thalie , pour aller faire une station au temple de Lucine, Il y a à peu près dix sept ou dix

huit ans qtj cl), ., fa il « e p<

époque, m Florval .» pain, aussi j<>lir

• mère, mais moins spirituelle ; mieux pla< • < dans un cercle , dans un banquet , qu'à la Telle i «f mademoiselle Florval, qui, à peine a .•<<>n aurore, a déjà senti ses oreilles d< le cri aigu du fifilet.

FLORV1LLE (Mademoiselle ). — 1 Dramatique. — Ce n'est que bien longt< mpi après

i ogagement que cett< montrée sm la scène. Ailaux, pendant ton! >n, ne voulut lui confiej aucun rôle, i que lé peintre-directeui avait jugé dans sa bauti sapîence qu'elle était incapable d( faire bonneui au répertoire ; il avouait qu'elle ai ut été reçue pai lui dans un moment d'irréflexion. Quand h < dicule personnage eut succède M. Langtois , ma demoiselle Florville vit annnlei un arrèl <l< proscription et parut enfin sur la scène. I» d'une physionomie l'oit jolie, elle fui d'abord en couragée. L'emploi des amoureuses lui déplai sant , elle essaya le jupon des villageoi et elle le porta avec un succès qui aurait touj été croissant, sans la clôture du théâtre. Elle n'a pas voulu suivie la troupe de Rbeims; elle attend à Paris les propositions des directeurs, qui lieraient une tit'S'bonue acquisition en engageant trni

trice jeune, jolie, laborieuse el complaisante à l'extrême.

FOIGNET. — Marseille. —Le biographe de la troupe de Marseille dit,, en parlant de Foignet; Sans mentir, si son ramage Se rapportait à son plumage ,

Il serait le phénix des hôtes de ce bois.

Les journaux du pays l'accusent d'un penchant incorrigible pour la charge et pour les grimaces ; la présence des acteurs de la capitale qui passent à Marseille et qui y donnent des représentations le rend cependant plus réservé, et pour me servir du mot technique , plus sage. *Ce changement momentané prouve au moins que cet artiste a la modestie en partage et que nos premiers taïens l'intimident. Que ne peut-on adresser une pareille louange à la plupart des acteurs de province qui secondent les premiers sujets qui s'échappent pendant quelques momens de nos théâtres ! Ligier a bien de la peine à rencontrer un confident qui ne parle pas beaucoup plus haut que lui , ou qui sache lui laisser libre la première place de la scène. Talma , dans le rôle de Néron , trouve des Burrhus et des Agrippine qui font assaut d'arrogance devant le maître de Rome ; et Paul l'aérien, dans ses excursions , tombe souvent sur la tête des nymphes qui , s'emparant de tout le théâtre de*

qu'il < i laissent plu> un ciukron |

je poser quand il s'abaisse.

FONTEJSAY. --Vaudeville. — Acteur dont le talent n'est pas a ic. Le zèle de < »

hâte augmente en raison de la mauvaise fortune du Vaudeville; et jamais il ne joue mieux que quand la salle est vide. Ce n'est cependant pas a la timidité qu'il faut attribuer lorsqu'il joue devant un public nom1 tenay connaît la » I h < 09 me un \ •

sur un champ de bataille, j] m a la longue; habitude , mai- il cherche trop à plaire. Qeï* peut-61 l qu il porte au

deville. Joyeux de voir une assemblée nombi il n'est plus le maître d< comme

ii t t ne peut 5e préserver de i qu'il éprouve. Quoi qu'il en soit , Fontçrj i un acteur qui, alors même qu'il rent être mauvais, ne peut y parvenir.

FOULQT II K ' Mademoiselle), Bordeaux. — Charmai,

comique, qui n'a M de rivale dans toute

la province ; boudeuse et capricieuse coin me toutes les actrices qui ont du talent : c'est , au reste , le seul défaut qu'on lui reproche , et la chronique théâtrale bordelaise n'en parle pas no l'article Médisau

FRANCISQUE. — Gaxté. — C'est ento, l'ouverture du Panorama-Dramatique qu'est due l'apparition de Francisque dans la carrière du théâtre. Le directeur Allaux a fait la sottise de laisser partir cet acteur, qui était fort utile et que le public aimait beaucoup. Madame Bourguignon, toujours prompte à profiter des bévues de ses voisins et à s'enrichir des pertes qu'ils font volontairement , a mis Francisque au nombre de ses pensionnaires. Le mélodrame de la fausse Clef a montré quelle bonne acquisition elle avait faite en la personne de ce jeune acteur. Après la représentation de ce mélodrame , au succès duquel Francisque avait puissamment contribué, il fut redemandé, et vint recevoir les applaudissemens décernés au talent qu'il avait déployé. Beaucoup d'aisance, un bon ton , une voix qui , malgré sa faiblesse, a du charme., parce qu'elle est conduite avec art ; voilà ce qui caractérise Francisque , qu'on voit avec autant de plaisir dans le mélodrame que dans le vaudeville.

FOLLEVILLE. — Grand Théâtre de Lyon. — Les Lyonnais Pont surnommée ïeur perle ; il n'aurait manqué à cette perle qu'un peu de beauté pour briller à l'Opéra-Comique. La voix de cette actrice, flexible, étendue, est pleine d'harmonie dans les tons hauts. On trouverait difficilement

en province une actrice plus achevée, an jeu ptui

vil*, un meilleur ton de comédie. Comment s'étonner que mademoiselle Follerille ait l'ait tant dépassions! Peu d'artistes ont ete aussi aimés du publie lyonnais, ^ous voudrions , dans Tint» i l'art, que mademoiselle Foll< ville aimât un peu plus ses rivales, qu'elle laissât quelquefois débuter sur ie théâtre de M. Singîei dci actrices I réputation. Il en est une , madame Montano, qu'elle a exilée de la . scène lyonnaise, où elle «tait ippelé* par le directeur lui-même. A.OJ i qti '< st-il arrivé? que madame Montano i épète k qui veut l'entendre (jue mademoiselle Folleville est née en 1 780, qu'elle nazille, qu'elle a été sifiléc à Bordeaux. 11 y a dans tout cela au moins d» mais

à qui la faute i

FRÉDÉRIC — Ambigu.— Sur le bruit de la retraite procbaiue de Frenoy ( bruit qui ne se dément pas eucore), les autorités de l'Ambigu- Comique tremblèrent et pûlirent. Il y avait urgence de chercher un autre héros, car le départ de Frenoy pouvait fermer un des temples du mélodrame. Frédéric mit bientôt fin aux recherches ; il fut engagé , et dés le moment que Frenoy put partir sans être regretté, il ne parut plus pressé d'abandonner la carrière où il a cueilli tant de palmes. C'est en attendant la prise de po

«ion de Temploi pour lequel il est engagé, que Frédéric s'est avisé de représenter cet épouvantable personnage d'un forçat de Y Auberge des Adrets , et qu'il a mis à gloire d'exciter un sentiment de dégoût dans tout l'auditoire. Jamais la misère ne porta une livrée aussi hideuse que celle que prit Frédéric. S'il eût osé couvrir sa tête ou ses lambeaux d'une vermine nombreuse , il l'eût fait: il eût même désiré avoir une de ces maladies de peau qui excitent des démangeaisons, afin d'être mieux dans l'esprit de son rôle et d'ajouter au charme de la représentation. Il étaiî tellement hideux, que son compagnon , lui-même horrible et repoussant , avait encore l'air , comparé à lui , d'un petit-maître élégant. Voilà quel devrait être l'objet de l'attention d'une censure éclairée. Ce n'est pas en faisant une guerre acharnée aux mots les plus innocens , mais bien en réprimant une pareille licence dans le costume des acteurs , et une débauche semblable dans la plume des auteurs, que la censure serait véritablement utile. Frédéric peut obtenir un autre genre de gloire que celle à laquelle il a semblé viser dans cet ouvrage. Ce n'est certes pas ainsi qu'il établira un parallèle entre lui et Frenoy. 11 se fait même le plus grand tort en faisant naître des impressions fâcheuses dont on ne pourra se défendre quand on le verra sous un costume plus noble. Pour me servir d'une

b li ' ' [ui bie lui con-

\ CDU , il " i'il)|( 1.1 un boueui . lOUfl |( i !: i ! ' if ^ d'un comte.

FHMNOY. — Ambigu-Comique. — L« Fai

mélodi <» di-ait i le rtsfl mbh a

Voltai i ars points. A telle ;m> il lit une

(juiu/.( je fil un in< lndi.iin» : il < ut un

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kain , j< (li \crtc ,

M, G , vous conviendi vaut pour

- elle du Nouveau-Moi et oc-

teor qui fut doué par la nature - « p0i-

trine et «le vastes poun fût pas

lia le .

générations futures n'auraient versé de d larmes sur vos conceptions sentimentales ; jamais enfin les lauriers du dieu des beaux-arts n'auraient ceint i i< torieuse. Quand obtenant l'agré-

ment du comité pour soumettre à son examen vo» immortelles, vous dérouliez à ses regards le tableau de l'amour ou de la haine , de l'ingratitude ou de la reconnaissance, aurait-on accueilli le fruit de vos veilles, si l'on n'eût eu pour les trans mettre au public un homme tellement constitue vju'il put articuler sans prendre baleine une pi exprimée en quatre feuillet, in-octavo! Honneur

donc à cet artiste unique en son genre ; sans lui9

messieurs G...,. C... de P V... , vous resteriez

dans le néant , vous ne pourriez franchir la double colline : Frenoy devient pour vous Pégase; il vous porte à l'immortalité.

GARCIA. — Italiens. — Les dilettanti n'oublieront jamais le talent avec lequel cet acteur chanta et joua Don Juan* à son début sur le théâtre Louvois. Un moment Garcia occupa l'attention ; quelques rôles qu'il remplit avec autant de talent, mirent le sceau à sa réputation. Une grande révolution s'opérait cependant dans l'art musical. Un astre nouveau s'était levé en Italie ; Rossini avait paru. Garcia, lié d'amitié avec ce grand compositeur, est le premierpeut-être qui ait révélé aux Parisiens le génie dramatique de l'auteur de la Gaza ladra, du Bar bière di Slviglia^ d'Othello, Rossini avait placé dans cette dernière pièce un de ses plus jolis airs pour faire briller la belle voix de Garcia. Le rôle d'Othello était surtout dans la manière de cet acteur ; il y parut avec éclat

et reçut de nombreux applaudissemens Mais ,

tout-à-coup , inspiré je ne sais par quel mauvais génie , Garcia , jusqu'alors noble , vrai et jamais exagéré , se mit à jcrier ses rôles , comme s'il eût

i58 appai imhi .1 HAcadémie Royale d< Muaiqui

- < t.iti mi i des deua théâtres ne BOdl pas i» i

-i. nu! Opéra, Garcia eût été applaudi ;

i Louvois, un silence glacial l'accueillit à ion appa

rition sur la m i ne. Moitié dépit , moitié amoui du

Garcia quitta brusquement les Itali< traversa la Manche, recueillit mit' ample m de guinées et de bravos en tagleterre, revint en France', et reparut dana U rôle d< Don Juan. Bclaii de la oritique . 1< a ai i^ de

Bais I !.. lévéritédu paît rue. il chanta ce rôle comme il l'avait chanté dix ans auparavant et d'une manière plus brillante peut-être. II n'y «-ut pins qu'une voix sur la beauté de l'organe d< tcur, sur bdo immense talent comme comédien. Garcia avait an théâtre Louvois 5o,0O0 l'v. d'appointemena , c'est-à-dire un tiers de plus qu'un ministre disgracié, et juste autant que le président des Etats-Unis d'Amérique.

GAUTIER. — Cirque-Olympique. — Tant que

le mélodrame aura des partisans en France , tant que le peuple aimera les sombres horreun trames criminelles, les épreuves auxqutll» soumise la vertu , et mille autres épisodes d'une vie orageuse, Gautier sera en possession d'une immense richesse de gloire. Il a fallu la clôture du Panorama au milieu de l'année théâtrale , et la loi

i5g qui soumet les artistes à la nécessité de faire par jour au moins deux repas, pour contraindre cet acteur à prendre un engagement au Cirque Olympique. Si Farène des frères Franconi ressemblait à l'arène établie jadis dans la Grèce ,Gautier y serait placé mieux que partout ailleurs. Les formes athlétiques , la taille gigantesque , la physionomie martiale de cet acteur, l'auraient mis au premier rang des héros du Péloponèse. Gautier ne restera sans doute pas long-temps à ce théâtre ; il n'est pas une administration qui n'ait intérêt à l'engager. Son zèle est égal à sa force physique. Il n'a jamais été initié au secret des indispositions , il jouerait plutôt deux fois qu'une chaque soir. Iln'é* tait pas rare, au Panorama, de le voir dans trois mélodrames ; et loin de blâmer les agens de la direction qui faisaient un tel abus de son zèle , il semblait n'apercevoir que l'intention qu'avait le directeur de lui être agréable , en lui permettant une étude continuelle. Gautier a été élève du Conservatoire. S'il n'eût pas été arrêté par les obstacles que l'intrigue fait jouer à nos premiers théâtres, il eût pu réussir dans le temple de Melpomène ; il n'eût sans doute pas été un de nos meilleurs acteurs tragiques, mais SI eût été un des plus beaux. La manière dont il a porté le costume de Bertram , dans le mélodrame de ce nom , rend cette opinion supposable.

. GEORGES WEYMER ( Mademoiselle ). — Se-

théâtre- Français. — fiée , en 1784 >cVi

|m ( la< !<• d'Ami* us, t- JJ«; joua la f 1 < 1I1 douce mm sm

liions quYIle annni.r:iit ii\< ,. \.\ BU1 rlh:

l'attention de mademoiselle Raoeourt , qui

rh.i ;i li !fl cultiver l I ;i lui transmettre la tradition i«'.!i-n. Mademoiselle (!i'(ii»i s débuta sur Ja

h m, mu ambre iâ*3 1 pai I* ">le

de (llvtemneslre , im nn-d ia t*ni<' i I selle Duelionois. Les journaliste^ et le public se <li\ Gèrent entre cet deux ai h iecs ; aujourd'hui que 11 ( lialeur que incitaient aloisles (|«-u\ ;

a cette contestation est entièrement calmée, on rtc*

corde assez généralement a convenir qu'a l'< tion de son éclatante beauté , mademoiselle I ges a peu d'avantages à opposer aux qualités pré- ( if 11 «s qui distinguent sa rivale. Enivrequ'elle ne cessait de recevoir , elle ne s'est pas oc. eupée à pei ï«-( tionner son talent, tandis que ma. demoiselle Dut besnois a lait ebaque jour de non. veaux progrès. En 1808 , au milieu des représe ntations d'Artaxercc , mademoiselle Georges disparut subitement de Paris, sans que Ton sût d'abord ce qu'elle était devenue ; ce qui donna lieu i beaucoup de plaisanteries. On apprit bientôt qu'elle avait dirigé ses pas vers Vienne , où aile faisait des lectures de déclamation. De Vienne elle se rendit à Pétersbourg, où rjle passa plusieurs

années, et d'où elle est revenue avec un magnifique écrîn de diamants. Rentrée depuis au Théâtre-Français, elle fit encore en 1816 une assez longue disparition; mais l'autorité, moins indulgente cette fois , la punit d'une amende de trois mille francs et de la suppression de sa pension. Mademoiselle Georges , regardant cet acte de sévérité comme un projet formé pour l'humilier , demanda sa démission. On crut d'abord devoir fermer les yeux sur cette démarche irréfléchie » mais d'après la demande intempestive d'un nouveau congé pour l'Angleterre , l'autorité prit acte de la démission de mademoiselle Georges, et lui signifia qu'à dater du 8 mai 1817 elle cessait de faire partie de la Comédie-Française. Depuis cette époque jusqu'à son entrée à POdéon , devenu le second temple de Melpomène , mademoiselle Georges courut les pays étrangers ; enfin consul tant l'intérêt, l'actrice ambulante est venue se placer sur le trône que mademoiselle Percillié occupait. Elle a été accueillie avec enthousiasme, Cette actrice émeut et touche par sa chaleur, quoiqu'elle ne satisfasse pas toujours la raison : on la critique , mais on veut la voir; quand on la voit on oublie qu'on peut lui faire des reproches, on ne s'en souvient que quand on ne la voit plus* Transcrivons pour mémoire que mademoiselle Georges a souvent eu à se plaindre de son amour

t6% propre ; peu latûtfiitc des triompliei que lue

naient 1rs journalistes dam le >am tuairc tragique, elle voulut desservir le temple de Thalie : elle joua à Lyon la Belle Fermière. Ce début comique n'a pas été lmï pool elle; on l'invita aloM

plus chantier, du moins dans la comedi

GEORGES (Mademoiselle) cadette. —Second Théâtre-Français. — Esté mademoiselle (j< aînée ce qu'es! a mademoiselle Bonrgoin du Théâtre-Français, mademoiselle Lili Bourgoin du Gymnase*

GBRS VV ' Mademoiselle;. — Second Th.

Français. — fli'esl pas une actrice parfaite , maine manque pas d'une certaine chaleui , tans laquelle il n'esl jamaia de talent, chaleur qu'on '»«• remplace pas avec des grimaces "u des contor

«ions, et qui fait pardonner plus d'une imperfection. Elle chausse tour à tour le cothurne et le brodequin . et mériterait de jouer devant d< tateurs. Noua l'engageons a quitter L'Odéon, car il est douteux que le nouveau directeur , malgl talent plus vanté que connu , ait le pouvoir d'attirer les admirateurs de Melpomène et de Thalie dans un théâtre qui , depuis long-temps, est devenu la succursale du temple de Morphée.

GIIVETT1 (Mademoiselle).— Danseuse ambu iante. — Le Mans l'a vue et l'a applaudie; le joui

ste bénévole de cette cité gourmande lui a .Lie une demi colonne de son feuilleton, mais il ne paraît pas que mademoiselle Ginetti ait ete contente des Manceaux ni des journalistes. A combien croirait-on que se montait la recette d'une soirée ? A vingt-trois francs, qu'elle était obligée de partage] entre le directeur du théâtre , l'hospice . et un certain Viotti de village , qui l'accompagne depuis deux a trois années.

GOBERT. — Porte - Saint - Martin. — G tient une des plates les plus honorables parmi le* acteurs du boulevard. Jadis a l' Ambigu-Comique il assura le succès de plus d'un ouvrage : il se ht remarquer par une tenue noble , un ton décent . un organe agréable, fine ai?auce conservée sous tous les costumes. Il compromit un moment sa : en se laissant engager au Vaudeville : les moyens de Gobert ne s'alliaient pas au genre que le Vaudeville adopte aujourd'hui ; sa voix ne pouvait exploiter les fastidieux et longs morceaux d'ensemble , ces rondes . ces grands airs d'opéra , duos . trios ,. quatuors qui semblent porter le dernier coup à la gaite du Vaudeville. L'ad ministration de la Porte- Saint -Martin.

sant avec discernement , fit consentir Gobert à i entier dans son ancienne carrière. Aujourd'hui

i) jouit des agrémens que la profession de c •lien offre à relui qui l'exerce avec talent.

GOBERT (Madame). — Panorama-Dramati 411e. — L'un des plus l'crmcsi soutiens du Panorama Dramatique , remplissant IVniploi d< s preiuii 1 rôles avec un talent remarquable. S'élevant audessus de cette craint»; qui îvncl toujours froide une première représentation, madame Gohert H rait pu mériter qu'un lui donnât le surnom d'actrice sans peur it sans reproche. L( second titre lui est acquis sans contestation, puisq u'onn* peut COn. sidérer les éclats de voix comme des défauts aux théftres des boulevards. L'acteur parle devant un public qu'on attendrit facilement en l'étonnant : tout ce qui est outré a droit de .lui plaire; c'est donc une preuve de discernement , de tact et de talent, que de le servir selon son goi t. Les rôles qui ont fait le plus d'honneur à cette ac triée sont ceux de Catherine de Russie dans la pièce de ce nom , de Thcodora dans le Délateur peur vertu ; de ta Comtesse de Mindorff dans Sidonie , et d'une magicienne ou pythonisse dans le Terr. pie de la mort.

GONTIEtt. — Gymnase. — Nous devons marque» au nombre des jours fastes dan s Jes annale de nos plaisirs, celui où Gonticr dit iidicu au théâtre Feydcau ; que de soirées agréables dont nous

aurions été privés, que de lauriers et de sacs d'écus l'artiste eût perdus ! En faisant une si bonne acquisition aux dépens de l'Opéra-Comique, le Vaudeville n'aurait pas dû se la laisser ravir. Gontier fut certainement engagé au Gymnase , moins pour en tirer parti que pour l'enlever au Vaudeville, dont il soutenait les débris. Cet artiste sembla recevoir un nouveau genre de talent en entrant au Gymnase ; la sphère dans laquelle il se trouvait lancé lui communiqua une nouvelle impulsion : il parut toujours dans la nature, toujours plaisant sans charge, comique sans grimaces : son genre était agréable ; il devint varié, universel. Cet artiste semble être une troupe à lui seul. Heureux l'auteur qui a un tel appui , il peut calculer d'avance ses bénéfices, il peut se nommer avant que le parterre ne désire le connaître : le succès l'attend, quand Gontier est là...

GONTHIER (Madame). — Théâtre des Variétés. — Madame Gonthier est sans contredit l'une des actrices qui soutiennent avec le plus d'honneur le théâtre de Brunet, L'acteur directeur ne lui permet pas une migraine , il faut crue chaque soir elle seconde Lepeintre où Tiercelin , et l'arrêt est aussi utile à ces deux acteurs qu'agréable au parterre.

GOUGET. — Marseille.— -Est au nombre de

ces artistes qu'il faut voir tous Ici joui? pom 1< n juger avec justifie. In spectateur pourrait affirmer qu'il dépare une troupe bien composée; un autre soutenir qu'il n'est pas -;ms mérite, qu'il seconde dignement Bonneti, et les deux interlocuteurs

pourraient avoir raison, si chacun d'eux avait VU cet acteur à des jouis différons. En < • i 1 « - 1 , Gouget, qui mérite souvent les applaudissemens unanime*, s'expose souvent aussià des corrections auxquelles l'indulgence le soustrait. Qu'il prenne donc une ferme résolution d*étre toujours bon on toujours mauvais; caril oblige chaque jour 1«- s aristarques des BoUches-du-Rhonè à Be transporter an tl pour rendre compte du jeu d'unaetcur dont on ne peut parle? sans l'avoir vu.

GOUG1BUS. — Gaité. — Jeune et jolie, ayant une voix agréable , un sourire qui ne se repose jamais, des yeux vils et timides , mademoiselle Gougibus tient l'emploi des amoureuses au théâtre de la Gaité. Elle soupire volontiers sous tous les costumes, et reçoit les hommages des amans de toutes les nations «t de tous les états ; elle serait excusable d'avoir un peu de vanité , quand peu dant 565 jours chaque année, le jeune premier la compare à la rose , et qu'il lui chante près de quinze cents couplets sur ses charmes.

i67 GRANGER. — Porte St.-Martin. —Transfuge de l'Opéra - Comique , où Ton n'avait pas eu le temps de le juger , il tint à Anvers avec le plus grand succès l'emploi des Laruette et des Potier; enfin, il revint débuter à Feydeau, et repartit pour la province , parce que cette fois on eut le temps de le juger.

GRANGER ( Madame ). — Porte-St. -Martin.— Outrée, sans naturel, grimacière, grand usage de la scène; mais trop d'usage peut-être....

Les sifflets lui apprirent , rue de Chartres , qu'elle s'était trompée en se croyant digne de partager Temploi de mademoiselle Lucie. Elle agit plus sagement en implorant du directeur du Gymnase l'autorisation de disputer la palme aux duègnes de ce théâtre. C'est au mois d'avril que commencera ce combat ; madame Granger aura le dessous si elle ne se défait de ses minauderies , dont elle semble avoir fait une étude particulière , et qui, au théâtre , où l'on vieillit si vite , rendent ridicule une figure qui serait supportable.

GRAND-JEAN. — Nismes. — Vous ne devineriez jamais le tic de cet acteur. Quand il prend un engagement , une des conditions qu'il met à son traité , est , que le directeur lui passera tant de

îfis

mouchoirs de poche par année. Fntre-t-il en N c'est un mouchoir de poche à la main qu'il roule. et Bail par déchirer en lambeaux avant que la pièce ne soit terminée. Les directeurs qui >:it Ikiiivo ca tic trop coûteux, ne passent pltifl h Gi and -Jean que deux cents mouchoirs par année.

GRASSARI, née à Tongres , ville de l'ancien département de la Meuse-Inférieure , fruit du mariage eontraetc <n lie le lieutenant-général G... et la lille du bourgueniestre de Tongres. Admi Conservatoire, elle débuta au grand Opéra en 1816, pai le rôle d'Antigonc, et obtint un brillant succès. Vujiiin < pu mi, 1 sujet depuis Topera d'O/ympic, mademoiselle Grassari s'est fait remarquer dans les rôles de Stratonice, d'Amarilly, etc.

De la grâce, de la noblesse, une grande justesse d'intonations, une voix étendue, une élégante taille, une jolie figure, telles sont les qualité^ qui la distinguent. Ajoutons avec le journaliste auteur de cette notice , que mademoiselle Grassari est aimée du public , qu'elle est pleine de décence sur la scène comme hors de la scène , et femme de bon ton, dans toute Pétenduc du mot. Mademoiselle Grassari est âgée de trente un ans.

GRASSOT ( Madame). — Tours. — Un grena

dier ne monte pas à l'assaut avec plus d'assurance que madame Grassot ne paraît en scène. Que la salle soit comble , ce qui arrive si rarement à Tours , ou qu'elle soit déserte , c'est toujours la même intrépidité dans ses mouvemens , son air, son jeu , son chant ou sa déclamation. Aussi les Anglais , qui viennent habiter cette ville enchantée une moitié de l'année , ont-ils appliqué à cette actrice ce que Milton dit du diable son héros : « Sa face est terrible , et les tempêtes ne peuvent abaisser ses sourcils. » Ses camarades Pont surnommée l'Ajax femelle.

GREVEDON (Madame). - Gymnase. — Phénomène du Gymnase, actrice qui ne sent pas ce qu'elle vaut et ce qu'elle pourrait valoir. La timidité dans une actrice comme madame Grevedon, s'explique par son extrême modestie ; mais cette modestie devient blâmable , dès qu'elle préjudicie à sa gloire et à nos plaisirs. Si madame Grevedon connaissait la langue d'Horace , elle se serait convaincue que les artistes doivent oser. En appliquant à la position de comédien ce que Beaumarchais disait de celle des auteurs , métier d'oseur , madame Grevedon occuperait peut-être déjà une place où les éloges ne seraient plus pour elle que des phrases bannales. Dans les Mémoires d'un colonel de hussards, dans la Demoiselle et la dame,

dans l< s Eaux du Mont-d'Or, cette actrice .1 enlevé tous i«s suffrages - « t rependant «Ile n'a développé

que la moitié «le SCI moyens ; 8011 jeu spirituel I éprouvé cette jêne qu'on ressent, quand on est dans la société de gens qu'on redoute. Nous engadonc madame Crevedon à s'enhardir, certains que son diseernement et BOD esprit l'cuipécheronl de dépasser la limite.

(iKOS 'Mademoiselle).— I héâfcr< Français. — C'esl une reine comme on en voit tant: elle est presque toujours mauvaise ; mais cependant on lui surprend quelques instansde sensibilité. Cette actrice, qui jadis était aux Français, a beaucoup voyagé; elle a été cueillir dans les depai temensde nombreux lauriers ; enfin elle est revenue au berceau de sa gloire, qui , nous l'espérons, n'en deviendra pas le tombeau. On la jugea meilleure à son retour qu'elle n'était à son départ, ce qui ne veut pas dire que la province soit une école pour le talent.

Sa méthode est , dit-on , très-bonne , ce qui ne fait nullement goûter l'actrice à ceux qui n'aiment pas que les comédiens aient une méthode , parce que ceux qui en ont ressemblent à ces pantins dont les mouvemens sont réglés par un ressort ; mais ce que tout le monde loue , c'est

le zèle de cette tragédienne, qui ne se ralentit jamais ; c'est son empressement à contribuer à l'intérêt général ; c'est son amour pour son art, qui quelquefois l'égaré, mais qui jamais ne s'endort. Quand nous ne devrions qu'à son désir de plaire le plaisir de n'avoir point été privés de la tragédie de Sylla pendant une maladie de mademoiselle Duchesnois, nous l'applaudirions par reconnaissance.

GUÉNÉE. — Vaudeville. — C'est un personnage qui ne dépare pas le groupe des utilités de la rue de Chartres ; on est habitué à voir sa tête au milieu du tableau.

GUERIN. — Odéon. — Encore une actrice qui veut lutter contre la nature. Jamais princesse au théâtre n'eut une démarche et une physionomie comme celles de mademoiselle Guérin. La loi des convenances, qui exige dans les femmes de race royale un physique sans défaut , est la suite de ces vieux préjugés qui établissaient une différence entre le sang d'un roi et celui d'un pâtre. Si cette croyance a été détruite par la raison, elle semble subsister encore au théâtre. Mademoiselle Guérin ne veut pas le croire ; sa démarche , qui n'est rien moins que noble, sa petite taille, son nez re-

trousst , la condamneraient à l'emploi de soubrette. Aussi, malgré l'énergie de sa diction, malgré la ( -haleur de son ûroe et la force de ses poumons , jamais mademoiselle Guérin ne fait l'esprit , qui veut de l'illusion. Que cette actrice cherche à combattre cette opinion que chacun partage, elle pourra, sinon obtenir un triomphe complet dans tous les rôles, du moins être applaudie dans quelques-uns. Un conseil salutaire à lui donner, c'est de ne point s'obstiner à négliger la pantomime quand elle reste muette et qu'elle écoute un interlocuteur. Imitant les acteurs de Séraphin, elle ne fait des gestes que quand c'est elle qui parle; du reste, qu'on pleure, qu'on crie , qu'on s'étrangle auprès d'elle , elle est aussi impassible qu'Archimède pendant le siège de Syracuse.

GUI AU D. — Rouen. — Cet artiste , qui revêtit quelque temps, rue de Richelieu, la dépouille de feu Baudrier, a beaucoup acquis, car il ne jouirait pas de la bienveillance des Rouennais avec le foible talent que les Parisiens ont quelque temps applaudi. Guiaud a , sur un grand nombre de financiers, l'avantage du physique ; il a la rondeur du corps et l'embonpoint de la physionomie ; il a une certaine témérité qui ne contribue pas peu à

ses succès ; il attaque un rôle avec un courage héroïque : rien ne l'intimide : il supplée aux traditions par Pintelligence , souvent même il les devine. Une grande habitude de la scène, qui vient plutôt dé la hardiesse que du temps, lui permet d'étudier le public et de chercher à connaître l'opinion générale sur sa manière de remplir tel ou tel personnage ; si cette distraction le détourne quel quefois de l'attention qu'il doit à son interlocuteur , elle lui devient utile , en ce qu'elle lui permet de se corriger et sert de base à ses études.

GUILLEMIN. — Vaudeville. — Le théâtre du Vaudeville doit de justes éloges à cet artiste pour le courage avec lequel il a lutté contre la mauvaise fortune dans les temps orageux.

Jadis joyeux appui de ce tremblant état ,

Guillemin est une colonne qui soutiendra encore long-temps le petit temple de la rue de Chartres : une rondeur qui ne se dément jamais , une énergie qu'il communique aux couplets, une franche gaîté qui provoque le rire , telles sont ses principales qualités. Que de fois le talent de cet acteur a préservé du naufrage les pacotilles dramatiques qu'un malin génie fait embarquer au Vaudeville l Que d'auteurs doivent un tribut de reconnaissance à sa verve entraînante , qui fait tomber le sifflet de?

ihaiii| et anachc les applaudissemensl C'est urt des acteurs qui chantent avec Le plus c une ces couplets de patriotisme et de gloire nationale , dont un fait un si grand abus; l'honneur du bis est toujours assuré au couplet le moins saillant en ce genre, quand il est mis dans sa bouche. Plein de zèle et de talent, Guillemiû, maintenant (temps heureux du Vaudeville! ! ) sera féli cité de n'avoir pas désespéré de la république.

GUILLEMIN (Madame). — Vaudeville. — Madame Guillemin prouve qu'on peut encore se tenir au second rang avec gloire , quand madame Bras occupe le premier.

GUSTAVE. — Ambigu. — Dans le rôle de llamirc , de Hariadan liarberousse , on a vu parai tu: à l'Ambigu- Comique le jeune Gustave. 11 a remplacé avec avantage St. -Ernest; sa taille est un peu petite, et ses poumons sont d'une faiblesse désespérante pour la carrière du mélodrame ; son haleine semble un peu courte , il ne peut parler dix-huit minutes sans respirer, ce qui est pourtant toujours de nécessité absolue sur les boulevards. Depuis ses débuts, il a perfectionné le genre qu'on désire au théâtre Audinot ; ses bras ne sont jamais en repos, il ne prononce pas une phrase, sans se réserver le coup de fouet 3 et pas

i75 une sortie sans donner le coup de talon. Quant à sa pantomime , elle est assez expressive ; mais l'artiste se trompe , en l'enrichissant de contorsions et de jeux outrés de physionomie. Si le jeune premier fait la grimace , qu'est-ce que feront donc le niais et le premier rôle ?

HÉLOISE (Mademoiselle). Une des plus malignes soubrettes qu'aient applaudieslesRouennais. Elle a presque toutes les qualités requises pour l'emploi , et elle se fait aisément pardonner celles qu'elle n'a pas , parce qu'on espère qu'elle les acquerra. Le départ de mademoiselle Fitzelier rendait cette acquisition nécessaire ; mademoiselle Héloïse était digne de doubler mademoiselle Milen, elle eût peut-être rendu service à cette der^ nière , en lui inspirant par un jeu décent l'horreur des charges. M. Bernard, qui doit opérer des prodiges dans le faubourg St.-Germain, et qui , diton , va rendre au Second Théâtre Français Péclat qu'eut jadis le premier, donnerait une haute opinion de ses talens administratifs , s'il retenait mademoiselle Héloïse parmi ses pensionnaires. Il ne faut pas qu'il réduise cette actrice à se réfugier au boulevard du Temple , car avec le nom qu'elle

<7« porte, <>n |d puueiuil du lubhci de uUuIjicUc, et on la langerait bon gre malgré dans le nom lu piinccsses les plus sentimentales.

HENNEKIIN'DT débuta au mois de ma*s dci nier, au grand Opéra , dans la Caravane. C\ acteur petit de taille , qui a la voix distini te mai pas de chant; une articulation nette, mais qui manque d'Ame, et dont l'organe n'a paj cetti gravité touchante <|ui convient à la tragédie K ri que.

HENRI. — Vaudeville. - C'ett l'acteur qui a le plus « hanté di et lt

femmes, l'amoui conjugal el la galanterie française; c'était j.â<li> un dea amoureux de théâtre I» plus à la mode. 11 avait fait une étude approfondie de l'attaque amoureuse; il soupirait .»\< t un ait infini : son triomphe était dans les déclarations faites à genoux ; il y mettait une grâce, un iini tels, que plus d'un petit-maitre le prit pour précepteur dans l'art de plaire. 11 jouait le dépit à merveille , et la fierté dans la perfection. Le costume auquel il dut une petite portion de sa gloire, fut l'uniforme militaire; il le portait avec une grâce toute particulière ; il semblait le plus bel enfant de Mars , quoiqu'un peu à la rose. Aujouid'hui le tableau a changé ; moins privilégié de la

*77 nature que Ninon de Lenclos, ou que mademoiselle Mars, l'âge a fait sur lui des ravages ; il ne porte plus l'habit militaire qu'en vétéran , et il ne soupire plus que par suite d'une vieille habitude. (Retiré du théâtre.)

HENRI. — Marseille. — Cet artiste cherche à se distinguer de son homonyme par un jeu entièrement différent : il préfère la trivialité à la retenue , des effets de scène outrés et burlesques à une manière simple et approuvée par le goût ; iï dépare souvent l'ensemble d'une représentation montée avec soin , et croit que le temple de la gloire est aux dernières places du théâtre de Marseille ; les applaudissemens du ceintre sont pour lui les seules couronnes de laurier qu'il trouve à son goût.

HERGUEZ. — Célestins , Lyon. — La nature semble l'avoir formé tout exprès pour jouer les caricatures , aussi s'en acquitte-t-il à merveille ; il est très-aimé du public, et avec raison.

HERGUEZ (Mademoiselle ).— Célestins.— Soubrette assez maligne et qui serait fort agréable si elle avait la liberté de la langue ; mais une difficulté de prononciation devrait lui conseiller de quitter un emploi où la première qualité est de savoir babiller. Ses camarades , et ses rivales sur-

tout, voudraient qu'elle eût dans les < oulisseï l'iiigenuité qu'elle joue souvent a ravir soi la Bcène nous, qui ne nous mêlons pas des mystères de la bonne déesse , nous applaudirons franchement l'actrice chaque fois qu'elle s'emparera du rôle de soubrette ou d'amoureuse* Que nous importe que dans les entr'aehs mademoiselle Hcrguez s'amuse à déchirer sou. prochain*, qu'elles crie que Mme Camus a quarante ans p;iss<.s, mademoiselle Huguet plusdr quinze; qœ mademoiselle Aime a été jolie et COOrtisée ; que madame Duval est 1<- j><mt-au\ ;m< s des Otilitét ; que M. Constant Billon manque de chaleur ; (pie Guèrin travaille mieux le enivre que ses rôles ; qu'Esse et Fit ix sont d'une monotonie qui donnent la mi graine , que Saint-Albin n'est beau ni sur ta ni hors la scène, que Célicourt ne joue bien que les maris trompés : mademoiselle Herguec n'est-elle pas femme , et qui pis est actrice ?

HERVEY ( Madame ). — Théâtre-Français. — Une actrice , après avoir rendu les plus grands services à une administration , s'est vue réduite à la nécessité d'accepter une place d'ouvreuse de loges à ce même théâtre dont l'injustice et l'intrigue i'éloignaient; cette actrice est madame Hervey. La Comédie-Française qui, cette foi» ,

l79 sans que cela tire à conséquence pour la suite * s'est montrée juste et éclairée , a reçu l'exilée du Vaudeville au nombre des mères de la rue de Richelieu. Le public fut long-temps abusé sur ce généreux accueil fait à l'actrice ; mais quand il vit qu'elle avait échangé pour ainsi dire son exil contre une prison perpétuelle, qu'on l'éloignait de la scène, et que les rôles qu'elle jouait avec le plus de talent étaient ceux dans lesquels on ne la revoyait plus , il conclut que la Comédie- Française avait engagé madame Hervey , moins pour jouir de son talent, que pour le dérobera d'autres théâtres qui l'eussent mis en évidence. La modestie de madame Hervey lui défendit de réclamer ; elle joue quand on le lui permet j et trouve dans l'accueil qu'on lui fait la consolation des injustices.

HUET.— Opéra-Comique. — Quand MM. les amateurs ne jugeront plus les artistes sur leurs opinions politiques ; quand ils ne porteront plus phis à l'immortalité tel tragique médiocre , par cela seul qu'il partage leur croyance ; quand ils ne terniront plus la gloire de tel chanteur agréable, parce qu'il diffère de leurs sentimens ; alors cette partie nombreuse , qui ne voit , n'entend ,- ne juge que par les yeux, les oreilles et l'esprit de ces Aristarques , se persuadera que Huet , administra^

teur-acteur du théâtre de l'Opéra-Comiquc, est un artiste qui mérite les plus grands éloges comme « hauteur , t t souvent comme comédien ; il apprendra qu'administrateur vigilant , Huct , dans le comité , devient chaque jour l'avocat du public ; que sachant discerner ce qui doit plaire t son client, il fait tous ses efforts pour défendre ses droits ; qu'il fait disparaître du tableau de semaine tel ouvrage médiocre que le parterre n'écouterait que par complaisance, et qu'il remplace par quelque nouvelle œuvre tirée par ses mains des cartons administratifs, que ses camarades , assoupis, oubliaient ou feignaient d'on bîier. Enfin , il saura qu'il interpose souvent son autorité pour empêcher une injustice , et que . grâce à sa fermeté et a son crédit , nous conservons certaines jolies doublures qui valent mieux que l'étoffe , et certain joli minois, qu'un chef d'emploi femelle prétend inutile à la société. Enfin, il se convaincra que les habitués du théâtre Feydeau doivent à cet artiste des applaudissemens donnés par le plaisir et la reconnaissance.

HUGENS (Mademoiselle). — Cinquième arrondissement dramatique, — Mademoiselle Uugens, dont le nom est encore en vénération au boule-

yard St. Martin , jeta ses premiers cris sur le théâtre de l'Ambigu, ensuite elle porta ses pleurs et ses palpitations aux rives de la Garonne; elle gémit, sanglotta, s'évanouit sur ses bords pendant quelques années , et revint enfin sur le boulevard montrer aux oisifs le phénomène curieux de la femme indestructible , qui , poignardée par des mains parisiennes et bordelaises, précipitée dans des torrens écumeux sans aucuns principes de natation > abandonnée dans des îles désertes sans moyens d'existence, privée d'un morceau de pain pour apaiser sa faim , d'un fruit léger pour étancher sa soif, est encore vivante, étonnée elle-même de n'avoir pas succombé à tant de secousses.

Depuis la clôture du Panorama, cette artiste est allée, sous la direction deM.Solomé, exploiter llheims, Châlons,, Sedan , Mézières ; elle a du débuter par la Fille de la Nature. Avis aux administrateurs qui éprouvent une disette de princesses. Mademoiselle Hugens , en élève reconnaissante , Aule par son engagement l'admission du régisseur^ de même que M. Solomé ne prend jamais une régie sans ajouter au personnel son infatigable élève. C'est un petit combat de générosité , et un échange d'égards qu'on avait déjà admiré en eux au théâtre de la Porte St, Martin et au Panorama- Dramatique.

lëa

UUGOT( Mademoiselle), Bi oùstc du Panorama.— Jamais duègne n'eut la langue mieux pendue. Cette nrtiste qui prend la qualification

de mademoiselle , a babilj»

sur le théâtre du Gymnase , ensuite elle babilla au Panorama • Dramatique; enfin, par la clôture de ec théâtre , elle e^t condamnée à ba-

billei seule T.< désii d publie la

tourmente.

I). d de (il le est un feu qui dévore , Désir de duègne eit cent fois pis enc !<

HUGUET (Mademoiselle Rose). — Célestinsi Lyon. — C'est encore un bouton, elleattend ci< fleurir son ^linziéme printemps. Du r< te elle justifie parfaitement son joli prénom. Nous lui conseillerions le voyage de. Paris, si l'engouement pour les petites merveilles n'était pas un peu passé , et si le goût pour les Polichinelles n'avait enlevé l'admiration aux poupées </ui parlent.

HULL1N ( Mademoiselle ). — Grand Opéra. — Fille d'un chorégraphe distingué , mademoiselle Hullin a profité des leçons et des conseils de son père; il eût été à désirer que la nature n'eût point pris à tache d'établir un contraste entre sa légèreté et sa conformation physique. Il est vrai que

sa danse est si vive, que l'œil ne pcu£ apercevoir les vices de ses formes.

HULLIN ( Mademoiselle Félicité ) , sœur dfe la précédente, a débuté à l'Opéra en 1823. Elle a été très -bien accueillie. Mademoiselle Félicité est , sous tous les rapports , la digne sœur de ma*demoiselle Virginie Hullin.

HIPPOLYTE. — Théâtre des Gélestinsà Lyon. — Des manières aisées , un ton excellent quoique un peu froid , distinguent cet acteur, qui est en même-temps auteur de quelques pièces jouées avec succès en province.

HIPPOLYTE. — Gaîté. — A louer présentement. Beaucoup de naturel dans l'emploi des jeunes niais ; physique et voix agréables ; il a remplacé dignement dans un grand nombre de rôles l'infortuné Basnage ; les directeurs peuvent s'empresser de profiter d'une faute que l'administration de la Gaîté fait cette année.

IRMA ( Mademoiselle ). — Gaîté. — Mademoi selle Irma esl une ingénue <1<- vingt ans, qui, sous la surveillance de sa mère, recuit au théâtre de la <iaite ks déclarations d'amour et les sermi i Gdélité dus jeunes premiers de la troupe. Elle pense qu'on peut chanter le Vaudeville sans accompagnement; aussi s'inquiète telle fort peu de l'orchestre. Elle commence un couplet avant I'ac- <ord,et se complaît tellement dan» ses modulations anti-harmoniques , et dans ses broderies musicale* , souvent semblables à des miaulcm<-ns , qu'elle est toujours en avant de sept ou huit mesures. Cette a< trice est jolie, mais sa figure a peu d'expression; tes yen* sont vifs, sans être spirituels; nous l'engageons, dans l'intérêt de ses camarades et dans le sien , à ne point trop remonter la scène, car son nez , trop long de dix-huit à vingt millimètres, fait ombre sur la brochure du souffleur, et met obstacle au secours que réclame la mémoire troublée.

Londres voulait ravir mademoiselle Irma au boulevard du Temple ; c'est à mademoiselle Adèle Dupuis que nous devons sa conservation. L'ingénue , redoutant l'embarquement, pour s'apprivoiser avec les flots, a sollicité vainement le rôle de la fille de l'exilé , de cette femme étonnante qui

vogue avec tant de courage sur le sein des mers profondes. Mais la jeune anglomane ne pouvant surmonter l'effroi que lui cause l'Océan , s'est condamnée à rester dans son pays , en attendant un pont qui facilite le passage de Douvres à Calais.

Qui l'eût dit , il y a dix ans , qu'un habitant des bords glacés de la Nevva viendrait s'enflammer au théâtre de la Gaîté,, et qu'un Calinouck connaisseur prendrait comme pensionnaire , à raison de 1 5,ooo fr. par an , une ingénue à qui madame Bourguignon n'alloue par mois que j5 fr. !

Que mademoiselle Irma se conforme au goût de son protecteur , et qu'elle paraisse au bal brillant de M*** dans cet état où les filles de Sparte se montraient dans les luttes, dépouillées même des voiles légers de Cos, nous y consentons ; mais au théâtre, où les regards sont plus chastes, qu'elle se couvre au moins du mouchoir de Tartuffe.

ISAMBERT, artiste du théâtre du Vaudeville , possède une jolie voix. Son jeu, sans être piquant, n'est cependant pas entièrement dépourvu d'originalité. Il fait preuve de quelque intelligence dans quelques rôles. Les dames écoutent avec ravissement les accens de ce rossignol minaudier. Quelques-unes éprouvent des sensations si vives , qu'elles sont tentées de s'écrier, comme madame F....f B...., , au moment où l'acteur recommence

iS6 un cuuplet redemande : Assez, a>*cz , nujL mt Madame M....C, épouse d'un docteur distn fut jadis éprise d'une passion violente pour cet artiste. Son mari la voyant consumée par un mal interne, dont la cause lui était inconnue, lui administra pendant six mois pilule^ , opium , quinquina, etc., etc. La malade ne reçut aucun soulagement. L'Esculape la conjure certain matin de lui designer les symptôme >

état, lui dit-il, tient il ne

peut provenir que d'une c

sion haineuse , ou d'un violent - D'un

caprice, s'écrie la moribond Je meurs , je succombe victime d'un caj Donc Dcus , ui , compn

jours pour une bagatelle! Pourquoi ne \

rii cet enfantillage? * Je jure de vous l'accorder. J mire, une pèlerine de petit-gris, un Barrège caimelite .... — ^

La jeune dame , rassurée par les paroles de son époux , réplique ainsi : Rue de Chartn théâtre nomme le Vaudeville. — Je \c >ai$ , reprend M. M....

locataire d'une loge à l'an!" . — La ma-

nie d'écrire peut-être... — 1 Ou vil

ton cojur à ton époux, a ton meilleur ami. Je m

I lui ton mai e , or-

donne et j'obéis. — Hé bien , allez au Vaudeville * demandez au concierge l'adresse de M. Isambert, — Comment! s'écrie l'époux,, hors de lui-même, vous aimeriez...? — La musique, reprit madame M... e , qui voyait étinceler les yeux de son tendre époux. A ces mots , celui-ce reprit sa sérénité et promit qu'aussitôt les vœux de madame seraient comblés. Il se rendit chez l'artiste ; il lui déclina son nom et le sujet de sa visite, le conjurant de se rendre à ses sollicitations et de venir auprès de sa femme. — Le chantre de la rue de Chartres fut sourd à ses prières. Il refusa les honoraires que le complaisant médecin lui promettait. Madame M...e, instruite de la démarche de son mari et du refus qu'il avait éprouvé , se consola le lendemain avec une basse-taille de Feydeau.

Italiens. Il y a huit ans , ils étaient presque déserts : point d'équipages à la porte, des loges toujours' vides ; on dormait pendant la représentation toute entière; des gendarmes, mais sur le théâtre seulement , et un parterre froid et silencieux comme celui de l'Odéon. Que les temps sont changés ! aujourd'hui c'est le théâtre à la mode., le théâtre de bon ton; on regarderait en face celui qui dirait qu'il n'a point entendu madame Pasta; qu'il ne connaît ni la Gazza ladra ni la Ccntrcnlola > et l'en rirait.,, Qui donc a opéré

iS8

cette grande métamorphose? Porphée de Pesaio, Rossioi.

Monsieur Stendhal, on plutôt M. B...va donn<

dans la vie du célèbre Maestro quelques détails

assez piquans sur l'administration et l'organisation de ce théâtre. Voici, selon lui, le calcul approximatif des dépenses de POpéra-BuiFa.

Appointcmcns.

Madame Pasta. ao,ooofr. et un \x

lire de i5,oooir 35,00

Mesdemoiselles Buonsignori. . . 20.'

Ginti i5,ooo

Mori lOj

1)< -ineri j,ool>

Rossi 5.

Goria 1

Messie uis Garcia 00,000

Zuchelli 24.

Pellegrini 21,000

Bordogni. . . . 20,000

Bonoldi 18,000

Levasseur. . . . fa,<

Graziani 8,000

Lodov. Bonoldi. . 6,000

Profelti 6,000

Auletta 45ooo

Barilli, régisseur. . 8,000

253,ooo ir.

i89 D'autre part. . . 253,ooo fr.

Chœurs et orchestre. . . . 80,000 fr. Vestiaire et décors. . . . 55, 000 Frais d'administration , chauffage ( beaucoup d'abus ), éclairage , pompiers, garde, 60,000

Frais. . . 44S,ooo fr.

Recettes ordinaires à la porte , de 1,800 à 900 fr. Je les estime ( c'est toujours M. de Stendhal qui parle) à 1,200 fr. par jour de représentation; par année 122,800 fr.

Location des loges,toutes à l'année depuis deux ans, 2,4oo fr.

par jour de représentation ; par année . 345,6oo

Total de la recette présumée. 468,4oo Frais. . . . 448,ooo Recette. . . . 468,000 En supposant ce calcul exact, poursuit M. de Stendhal , et il doit approcher de la vérité, il existe un bénéfice de 20,000 fr. Que devient ce bénéfice ? que devient la subvention de 12,000 fr. que Sa Ma jesté veut bien accorder pour le théâtre Italien? Ce n'est point à nous à répondre aux malicieuses questions du pseudonyme. Nous ne savons pas plus que lui comment on a pu dépenser 38,ooo fr.

IQ0

au ventilateur de Lonvois I... Roua n< répéta

pas connue lui : «Je serais curieux de voir h compte de cette dépense qu'on ne nous le montrerait pas.

JACOT. — Brest. — Le journaliste de cette ville assure que M. Jacot chante comme un rossignol ; mais on sait qu'à Brest comme ailleurs, les journalistes sommeillent quelquefois. Nous l'aurions cru plus facilement , s'il avait dit que M. Jacot en BOCiété babille, parle a\ Dp de gentil !

et, comme l'oiseau de Ci< -il, est aimé, non par de jolies religieuses, car Brest n'a plus de couvent, mais par toutes les veuves de la ville.

JAVUREGK ( Mademoiselle).— Opéra. — Elle débuta dans Topera d'Aristippe. Possédant une voix fraîche et timbrée , une taille, un regard, une figure qui conviennent aux princesses passionnées, elle a reçu du public l'accueil le plus flatteur. Mais que mademoiselle Javureck puise dans ce triomphe une nouvelle énergie pour travailler; que les lauriers n'aient point pour elle la vertu de la fleur du pavot. Cette actrice ne paraît pas avoir proûté beaucoup des leçons de son illustre maître Garât. Sa prononciation est défectueuse , elle brise le rhythme musical, et se dégage souvent dès en traves de la mesure: que l'art d'Euteipc soit donc sa seule occupation , et si là chose est possible, h

seule passion de mademoiselle Javureck ; en étudiant les secrets et les ressources de Part qu'elle professe , elle pourra parvenir aux premiers rangs ; mais si sa médiocrité lui paraît suffisante à sa gloire , elle tombera bientôt dans les derniers.

JENNY-V^ERTPRÉ.— Théâtre des Variétés.— Cette jolie actrice , à peine âgée de 25 ans , compte déjà 16 années de service, soit à Paris , soit dans les départemens.

Elle débuta au Vaudeville à Page de neuf ans , et fit successivement admirer son talent naissant dans Berqu in, la Petite Gouvernante, la Rosière. Elle était alors la petite merveille du jour , et nous souhaitons que toutes les petites merveilles présentes et à venir suivent son exemple et ne cessent , en grandissant , de croître également en grâces et en talent. Après être restée cinq ans au Vaudeville , mademoiselle Jenny-Vertpré fit un voyage à Pétranger. A son retour, le théâtre qu'elle avait enrichi par ses succès, refusa de lui faire un nouvel engagement. Elle partit alors pour la province , et pendant deux ans fit les délices des différentes villes du département du nord. Le Théâtre de ia Porte Saint-Martin , qui était alors bien administré, résolut de s'attacher cette intéressante actrice , lui fit faire des propositions avantageuses , et l'engagea définitivement.

igi Mademoiselle Jenny-Vertpré étail al

ept ans. A la tournure la plllft «Telte , la plus

ieusc, elle joignait toutes l« i mte La

fraîcheur de son Age, et une physionomie aussi mobile que spirituelle. Un jeu rempli de finesse et de décence, un organe enchanteur , une voix pure et flexible , tels étaient les avantages qu'elle devait à la nature et aux études auxquels s'était livrée. Aussi fut-elle reçue avec enthousiasme

par le publie de la capitale, et obtint cil»' un sue ces prodigieux lors de ses débuts dans la Pic ï'olcusc.

Malgré la flexibilité de talent dont elle donna la preuve dans les différens rôles qui lui fuient confiés , mademoiselle Jenny-Vertpré n'étail point a sa plaee au Théâtre de la Porte Saint Martin; elle y était souvent mal secondée, et souvent aussi le public des boulevards Saint-Denis et Saint-Martin n'était pas en état d'apprécier la finesse et la perfection de son jeu. Tous les vrais amateurs de l'art la virent avec plaisir au Théâtre des Varii là qu'elle avait si justement acquis sa place. Tout Paris a couru l'admirer dans la Chercheuse d'esprit, la Fille mal gardée , la Servante justifiée, et plus d'une fois elle a prouvé comment une actrice con sommée peut assurer le succès d'un ouvrage.

Plusieurs personnages célèbres ont recherché l'alliance de mademoiselle Jenny-Vertpré ; il éta

- *93 réservé à notre époque de voir l'esprit et le talent remporter un avantage sur la richesse et la grandeur : l'aimable actrice associa son sort et son nom à celui de M. Carmouche , un de nos auteurs les plus spirituels. Malgré les applaudissemens nombreux que cette actrice reçoit au Théâtre des Variétés , on peut encore douter qu'elle soit pla" cée dans une sphère qui lui convienne. Le genre hideux , qui fait de rapides progrès et qui jette de profondes racines dans le temple de Brunet, fait désirer d'en voir sortir une comédienne dont le'jeu est toujours d'une extrême décence. Le Vaudeville ou le Gymnase sont les temples où figurerait mieux qu'ailleurs le talent de madame Carmouche ; espérons que l'un des deux directeurs, éclairé sur ses véritables intérêts , fera d'éblouissantes promesses à l'actrice, et qu'elle cédera à ses désirs et aux vœux de cette partie du public qui n'aime point les illusions dramatiques qui le transportent sur la place Maubert.

JOANNY. — Odéon.— En proie à la plus déplorable médiocrité, le Théâtre.de l'Odéon , malgré sa nouvelle dénomination, verrait encore luire pour lui des jours d'abandon et de solitude , si le directeur n'eût appelé Joanny. Ce temple , où jadis s'illustrèrent Brisard , Larive , Préville , Mole , mesdames Bellecourt , Saint- Val , Olivier , Gomtat , n'a plus que quelques artistes qui puissent opérer le miracle de chambrée pleine. Joanny

<e«t de ce nombre. I tan

• ai w, ii Beconeola, j a; di s l»i.i\ os cl des I aux bords du Rhône, de la Lime et de la G an fcll Injustices de messieurs de la Comédie-Française. Après un pèlerinage dramatique de di\ m nées, il revi la Seine , ctletli

de l'O obé du titre fastueux de S»

Théâtre-Français m nom a bk dgatiirie.

Jnanny ne perdit (Vian-

de pays : il lut jtlg • l< I a Paris qu'un li ju

: 1- agédiea après Talma. On lui reprocha cependant des ge «Une démarche , un maintien sans nebletM , peu de

maides moyens supérieurs, une âme huilante, firent oublier des défaits qa'OB pouvait nnmmei <h'

JOLIBOIS. — Blois possède mut troupe d'acteurs qu'on pourrait nommer infatigables. Cette troupe représento, dans la même soirée, un vaudeville, une pantomime a g] and spectacle , un opéra-comique et un ballet. Les Intermèdes .-ont remplis par la danse de corde et les exercices indiens d'un paysan bas breton. La famille Jolihois réunit dans son sein tous les genres de talent : le grand père joue du violon, et tient lieu , tout seul , d'orchestre ; le père remplit les rôles de Sganarelle de Marquis ou de Sultan; la mère sert de Dugam ; la fille danse sur la corde et joue les soubret-

tes ; le fils les niais et les tyrans et donne les billet à la porte ; enfin Fanfan fait la petite fille, bat de la caisse et allume les quinquets.

JOLY. — Vaudeville. —

Quand Joly paraît en scène et qu'on pense à la décadence du théâtre du Vaudeville, on est tenté d'en rejeter la cause sur une administration qui ne sait pas faire assez valoir un tel acteur , ou sur les auteurs qui ne savent pas le placer convenablement9 et qui font trop peu d'habits à sa taille. Qui est plus original que JolyFqui mieux que lui connaît le secret d'être plaisant sans trivialité , et de plaire toujours sans avoir recours aux charges ? Si Potier a seul soutenu le théâtre du boulevard Saint-Martin , si Perlet a long-temps fait seul la fortune du Gymnase 9 pourquoi Joly ne peut-il ramener au Vaudeville des jours florissans ? Ce sont de ces problèmes qu'on ne peut résoudre , de ces énigmes dont on ne peut trouver le mot. Tant que Joly fut éloigné de la scène , on désirait son retour ardemment ^ on l'appelait à grands cris ; il semblait que l'admiration ne devait jamais se fatiguer; peu de jours après son retour rue de Chartres , à peine s'inquiétait-on de l'acteur. Quelle inconstance dans nos goûts!.. . Elle est donc bien forte la barrière qui retient la foule hors du Vaudeville, pour que le nom de Joly ne puisse contraindre à la franchir ?

JONAS (Mademoiselle). — Versailles. — Ma-

igtf

demoiselle Jonas , qui descend peut-être en ligne directe du personnage qui élut domicile dan- 1« ventre d'une baleine , jouit à Versailles d'une réputation monstrueuse y son nom est un talisman protecteur pour M. Robillon. Plus d'une luis cette actrice s'élança avec succès sur les traces de notre inimitable Mars. Elle joua Valérie avec talent: ce que VArittarquc de Seine-et -Oise admira surtout en elle dans cette pièce , ce fut l'étonnante fia il, dm y$ux, Monsieur le journaliste devrait bien quelque* coups d'encensoir I l'homme automate qui reste immobile pendant des heures entières, et dont les paupières sont ouvertes alors même qu'on passe près d'elles une lumière très-vive. Heureusement pour mademoiselle Jonas , elle trouve des spectateurs qui savent apprécier en elle un autre genre de talent que celui qui fait une réputation à la Foire. Engagée à la Porte Saint- Martin.

JOSEPIIIISE (Mademoiselle). — Ambigu-Comique.— 11 y a quelque temps, à ce théâtre, les administrateurs concevaient un engouement trèsvif pour chaque nouvelle débutante ; mais toujours la dernière venue avait droit aux bienveillances de l'administration et à la possession des rôles à effet. Mademoiselle Joséphine dut à cette méthode l'occasion de se montrer, on sut apprécier

*97 son talent. On remarqua sa sensibilité , sa grâce une tenue toujours convenable, des gestes d'accord avec la raison : le public désira la voir souvent, mais son tour était passé. Plusieurs nouvelles pensionnaires essayèrent l'emploi avec plus ou moins détalent , mais aucune ne fit oublier mademoiselle Joséphine. Une administration mieux dirigée réprouvera sans doute cet abus , et donnera le rang au talent; alors mademoiselle Joséphine sera en première ligne, et elle montrera souvent au public le phénomène d'une actrice qui joue le mélodrame avec sens commun, et qui cherche plutôt à émouvoir qu'à étourdir.

JULIEN (Saint-), acteur qui débuta , il y a environ six mois, au premier Théâtre- Français. Voici ce qu'on en a dit: La taille de St.-Julien est élevée et svelte , sans être grêle , un peu plus d'embonpoint ne lui messiérait pas : en attendant, il fera bien de marcher à moins grands pas et de ne point tant séparer ses jambes. Sa bouche s'ouvre mal , il grimace en parlant , et a je ne sais quelle tendance à la jeter à droite. Il parle en homme qui sent ce qu'il dit; mais il pousse chaque hémistiche avec une vigueur de poumons qui ressemble plus au feu de la colère qu'à la chaleur de l'improvisation. ( Pandore. )

JULIENNE (Mademoiselle). —Marseille.-

une soubrette à la légèreté de laquelle UD poids de quelqui r iricjii.in t :kii)' de li\i< dç graisse. Si madame Vautrin prend sa retraite,

Brujoet nous auia obligation d'avoir attiré son al lentinn Mir mademoiselle Julienne, qui a du ta lent et une grande habitude de la w

KLLIV — Gymnase Dramatique. — T< l biill* au second rang qui s'éçUpse an premiei. principalement aux poméijienfl qu'il faudrait h péter cette devise; elle devrait être gravée en

tère dans fous no trois on quatre bons acténra que les pren théâtres ont reçua des boulevards, il- en oui prie quarante mauvais. L< a directeurs semblent avnii adopté un système qui tend à la ruine de l'art dramatique ; c'ésl d'enh vei un acteur, non poui en profiter, mais poui le ravira une Entre administration. Il est vrai que la vanité des comédiens contribue beaucoup a la propagation de cette pratique administrative ; il n'est pas trois artiste! à l'Ambigu qui ne veniflent raivre l'exempt de Lafargue , de Gabrielle Casaneuvc. Klein qui régnait en despote dans le domaine de /a farce, quand la farce régnait à l'Ambigu, s'est

*99 élance au Gymnase. Au premier théâtre, le pu» blic , habitué à son jeu , patient envers lui, bienveillant pour ses charges, lui décernait de nombreux triomphes. En changeant de juges , Klein a changé de sort; le public du Gymnase ne l'accueille pas avec bienveillance. Il ne manque cependant pas de talent ; mais l'uniformité de son jeu , son organe vicieux , la monotonie de sa diction et sa voix nazillarde et fausse , le placent aux derniers rangs. En bonne conscience, nous devons dire que l'administration ne Ta pas encore employé une seule fois convenablement.Nous conseillons à l'Ambigu de se réconcilier avec Klein, ou à Klein de se réconcilier avec l'Ambigu. L'orchestre du Gymnase semble toujours faire un reproche à M. Delestre sur rengagement de cet acteur, quand il fait entendre dans ses pots-pourris d'ouverture l'air :

Ah I monsieur, qu'avez-vous fait là !

K-UBLY (Madame). — Marseille. — Madame Kubly, duègne des Bouches du Rhône, a toutes les qualités de l'emploi ; elle est la double interprète de Thalie et de la muse de l'opéra-comique. Elle réunit au talent de madame Hervey celui de mademoiselle Desbrosses.

KUNTZ (Madame), — Gymnase. — Duègne dans un autre genre ou plutôt dans une autre forme

que mademoiselle Desbrosses. Sa conformation physique est frêle ; elle ressemble à me portier (jne la curiosité «» desséchée: quant au babil in diapensable à l'emploi, il est porte à la perfection chei elle. Sa voix est agréable , quoique an peu glapissante ; son jeu est naturel et toujours décent;

enfin une actrice digne du Gymnase. Coml'I.ii-ante a l'excès, son tèle Se prête atout. Elle rend souvent aus auteurs et a l'administration de

i \ tces on la vanité le cède au désii d'obligei Les moindres rôles sont acceptes paz elle avec plaisir et joués toujours avec soin...

LA1JOJ TIÈRE. - Lille.— Son apparition sur la scène est toujours saluée par <l< * bravos et des battemensde mains, et chacune de ses sorties obtient Les mêmes marques de contentement du public lillois dont il e>t l'idole 1 *« 1 1 d'.n teUTS ni pro vince possèdent un semblable talent de mimé. Son jarret est d'une grande Force; sa danse, qui tombe parfois dans le grotesque, e>t vive et impétfl

LAI ARGUE. — Odeon.

... Ce grand que je contemple , Dissimula sept ans au boulevard du Temple. Vincent de Paulc, (o Maréchal de Luxembourg >

Jean Sbogar , valurent à cet acteur le surnom de Divin au boulevard de la Gaîté. Enorgueilli des larmes qu'il faisait répandre aux fripières de la Rotonde du Temple , il conçut le hardi projet d'émouvoir le peuple du quartier latin. Il crut qu'il «tait prédestiné à devenir l'interprète de Corneille , et qu'après avoir servi au triomphe de M. G. d. P., il devait devenir l'appui de Corneille et de Racine. Son audace eut un heureux effet; Lafargue devint un Agamemnon de bonne fabrique ; et quoique la voix du roi des rois ressemblât tin peu à celle de AT. Boissecf on lui trouva un air de dignité et de noblesse qui lui fit pardonner son organe. Il parut un Lusignan de bonne école. Dans la comédie , il apporta une aisance de manières qu'on n'aurait pu soupçonner chez un enfant des Boulevards. Enfin , Lafargue est du petit nombre de ceux que l'ambition a élevés sans les perdre.

LAFEUILLADE. — Académie - Royale. — L'amour et le théâtre demandent autre chose que les avantages extérieurs dontLafeuillade est doué. Qu'il s'anime , que ses gestes ne soien ni carrés ni pointus ; qu' il ne joue pas comme dans le salon ; que sa voix, jolie et souvent juste, ne se contente pas d'exprimer agréablement la note ; que l'énergie , l'élonnement, la passion , ne soient pas en-

lièrement dédaignés j lisancc

icompatiblc avtfc la passion, el qmc l'on mpaisse n-uiiir U pureté avec l'énergie ( 1 1 • les yeux madame Braacku; la nol on jeu

n'en altère jamais la grâces h- homme le plm in»'-

! profondénicnt nnu à la vue d'Hyper m neatre désolée*

LÀFON. — Théâtre-Français, — Jamais débuts ne furent plus brillans de i et ai l

| >VOUl \ il 1<- D01 -

i le refrain de toù de la Corn. di, -] lancaisc étaient encom- 1 [ne son nom paraissait iur

l'affiche. On se disputait les loges , en province on ailles quotidiennes qui l'entretenaient du Qls chéri éê Welpomène. On alla mémo jusqu'à parodier l'idée de Sganarelle , et Ton s'écriait :

Qui n'a pas vu Lafon est indigne de vivre.

La scène française < >t sauvée , écrivait un journaliste dont le nez était aussi long que l'esprit court. Talma peut se retirer, disait un autre, nous avons un successeur qui doit bientôt le faire oublier. Les uns , ri la queue , vo\ aient, sans s'émouvoir, f'uii l'heure du dîner; les autres préféraient, pour la même somme, les cotes d'IIion aux entrecôtes du âCStauratcur , et tel était l'enthousiasme qu'iir

puait la présence du débutant , qu'une jeune épouse menaça son époux d'un divorce, s'il s'obstinait à ne lui pas faire voir le nouvel Orosmane. Mais ces beaux jours ne sont plus , Achille peut se dire :

...J'ai vu mes plus beaux jours S'envoler les premiers , s'envoler pour toujours.

Le masque de l'illusion est entièrement tombé; le spectateur, désabusé, ne regarde plus une diction emphatique , boursoufflée , comme la véritable éloquence tragique. Un accent gascon , que nos dames trouvèrent divin, ne paraît plus que ridicule et fatigant; et l'enfant de la Garonne , déifié jadis , se voit actuellement au second rang des desservans de Melpomène.

LÀFON. — Vaudeville. — Doué d'une physionomie agréable, d'une voix mélodieuse et pure, Lafon est un des amoureux les plus gracieux qu'on ait reçus depuis longtemps au Vaudeville. On pourrait lui reprocher un peu de froideur, si ce défaut ne prenait sa source dans la timidité d'un jeune acteur qui vient de s'élancer sur la scène. La nouvelle administration , qui s'efforce de réparer les fautes et les bévues de la précédente , fera sans doute quelques sacrifices pour conserver un acteur qui remplit dignement l'emploi peut-être le plus difficile à trouver. On assure

pourtant qu'il passe au Gymna>e. Lafon M rejMa tirait de cette démarche) ; il ne jouerait plus qui les amoureux de troisième cil tmansà qui

l'on permet une tirade et deux couplets mi tau flamme. Gunthiei n'est pas encore un invalida de Cythère $ il ne laissera pas à sa doublure les soupirs à effets ni les déclarations à la française.

LAGARDÈRE. — Artiste tragique. — A débuté avec beaucoup de succès au Théâtre-Français. Il a commencé par jouer les premiers rôles de la comédie à Amsterdam. Bngagé depuis à Bordeaux et à Lyon , il se fit aimer du public dans ces villes. Gel acteur a de l'Ame, de l'intelligence et une instruction étendue. Aujourd'hui en province.

LAGARDÈRE (M""). — Théâtre-Français % — Jolie brune de 20 à 22 ans, qui débuta aux Français en 1823 avec beaucoup de succès. Il n'y eut qu'une voix sur sa figure et son intelligence. Elle reçut des vers, des applaudissemens , des couronnes. Admise au Théâtre de la rue de Richelieu , y brillera-t-elle longtemps? Nous en doutons... Elle a contre elle deux ennemis puissans : sa beauté et son talent.

LAMI. — Ex-acteur de Marseille. — Talent tombé en quenouille.

LAMI GRASSAU ( M »•)•— Ex-artiste de Mar-

seille , épouse du précédent. C'était la Mars de ce théâtre.

Si parva liczt componcre magnis.

f5n traduction libre :

Si le stras peut se comparer au diamant,

L APORTE. — Vaudeville. — Sous l'habit d'Arlequin, Laporte plaît toujours : ses lazzis amusent , ses minauderies sont fort comiques; il saisit à merveille l'esprit de ce personnage. Le jeu de scène dans lequel il excelle est celui qu'on nomme , en terme technique, le Cercle d'amour , qui consiste à tourner plusieurs fois autour du personnage que l'on veut examiner. Laporte trouve quelquefois des saillies très - spirituelles et des mots très-piquans , dont les auteurs ne peuvent revendiquer la gloire, et qui assurent le succès de leurs ouvrages. C'est lui qui, pour éviter les reproches de sa maîtresse, dont il a laissé périr le perroquet , répondit : Il n'est qu'un peu mort. Dans une représentation d'Arlequin afficheur, au moment où Arlequin pousse son rival Gilles contre la porte de Colombine , le masque de Laporte glissa ; cet acteur , après l'avoir remis , s'avança et dit : II faut bien que je lève le masque devant ce coquin-là, Laporte est au Vaudeville depuis la création de ce théâtre. On applaudit

beaucoup, il y a un an, ce couplet qu'il < hanta l'anniversaire de la création du théâtre :

Oui, ce fui , -i j« ne me W< En mil iepl cent quatre-vingt-douze, Qu'en ce lieu même, à pareil jour, Le Vaudeville ouvrit .sa mur...

"Nous suivîmes ses de>tim I

Mon cher : au bout de trente ann<

Il est bien doux , il » >t bien beau ,

De se trouvei dans job bei i

Nous faisons des vœux poui que Laporti encore quelque temps dan- un berceau qu'il a bu couvrir d'une guirlande de lauriers. Si la grandi mode de* Arlequins esl un peu passée au il"

tiste se rend utile dans plusieurs antres gen r< 8 : î] prend maintenant pour devise :

Être chéri vaut mieux qu'être vanté.

LAI RE ( M!ic ). — Compiègne. — Moins con nue par son talent tjvn \

(\\iï la fit se jeter dans les (lots de la Seine par nir amoureui, au-dessousdeCharenton.ilen reusement prévoyant l'étourdisscmcnl <ju elle eût éprouvé en se précipitant du haut d'un ponjt, ell» tancer du rivage; mais, naturellement frileuse, elle ne put soutenir la fraîcheur de l'eau et se condamna à vivre. Dans les premiers temps

du Panorama-Dramatique, elle faisait partie de la troupe de ce théâtre : aujourd'hui, elle erre aux environs de Paris , jusqu'au moment où tin correspondant voudra vanter à un directeur Intràmuros sa sensibilité et sa gentillesse.

LAURENT. — Nîmes. — Hélène ne causa jamais tant de querelles que Laurent. Depuis quelques mois , on a noirci à Marseille et à Nismes plus de deux volumes pour prouver que Laurent avait et n'avait pas de talent : le public de Nismes est, comme les critiques, divisé sur cette question ; une partie dit oui, l'autre non.

LEBEL ( Mme ). — Marseille. — A succédé à Mme Lami-Grassau. Il n'y a aucune analogie entre les talens de ces deux actrices : l'une possédait ce mordant qui donne la vie et le mouvement à presque tous les rôles ; celle-ci les abandonne ou à leur nullité ou à leur strict mérite. Madame Lami Grassau, comme mademoiselle Mars, mais avec moins de supériorité , soignait le détail de ses rôles ; madame Lebel les néglige. L'une saisissait avec une rare intelligence toute la partie satirique d'un couplet; celle-ci le débite sans chaleur et sans verve. Madame Lami-Grassaù donnait à sa physionomie un mouvement vital ; madame Lebel cache sous le masque de Thalie toute la mobi-

rail

lité des siens. Le seul rapprochement qui pourrai! exister entre ces deux actrices, c'est que l'une et l'autre sont arrivées à l'apogée de leur gloire <lia ma tique, et qu'elles ont réalisé leur nec plus ultra. Madame LebeJ n'a pas été très-heureuse dans ses essais tragiques ; le cothurne la gène encore plus que le brodequin.

LECHESNE ( M»e ). — Artiste du théâtre de Nismes. — Actrice qui jouera jusqu'à la lin d jours sans a\oir amassé OD seul denier; car elle cmploii tes appointemens en bonnes œuvres. Niâmes , comme les autres villes du royaume , renferme un grand nombre de désœuvrés qui se chargent de tout pour de l'argent, même d'applaudir une actrice. Placés dans le centre, ils accueillent mademoiselle Lechesne par des bravos bruyans, que cette actrice regarde comme des bravos de bon aloi. Si mademoiselle Lechesne était dépourvue de talent, on lui pardonnerait; mais avec un jeu si gracieux, si fin , pourquoi descendre jusqu'à cette intimité avec des claqueurs?

LECLERC. — Feydeau. — Successeur de Chenard , il est digne d'en partager l'héritage. C'est un emprunt que POpéra-Comique a fait au théâtre de Bordeaux, et qu'il se gardera bien de rembourser. Une bonne méthode, une jolie voix, un jeu décent , une grande aisance et une habitude

consommée de la scène, placent cet artiste au premier rang à Feydeau. Si dans quelques rôles il est inférieur à Chenard , il se montre supérieur dans un grand nombre d'autres. Leclerc est un de ceux qui rendent au théâtre les plus éminens services et qui n'en réclament pas la récompense.

LECLERC ( Mademoiselle). — Feydeau. — C'est une des plus jolies comédiennes du Passage Feydeau; sans être cantatrice , elle sait occuper son emploi avec distinction. Un homme puissant au théâtre s'est chargé du soin de la montrer au public dans un grand nombre de rôles qu'elle eût mieux fait de refuser ; mais comment résister à l'autorité ! Mademoiselle Leclerc a quelquefois été victime de ces sortes d'actes arbitraires, il est juste de dire qu'elle semble toujours les avoir provoqués, et les supporter avec une sorte de satisfaction.

LECOMTE (Mademoiselle). —Ex actrice du Panorama. — Jadis pensionnaire du théâtre Sevestre , mademoiselle Lecomte est venue partager au Panorama Dramatique l'emploi des duègnes avec mademoiselle Hugot. Elle a une certaine chaleur et quelque verve comique ; elle s'abandonne cependant trop au charme du babil , et prend la loquacité pour la seule qualité utile à son emploi. Sa démarche ; qui ressemble au balancement ca-

linant. C'est ie qui vaut i5oo IV. par an.

aOMTK ( M Lill< . C'est «ne

on, rnci.re trente ans,

et l'honneur de la iVrpsychorc ; sa taille

; , son pied n'est ni grand ni

petit , sa main assez jolie, mais ses doigts un peu

effilés ; rile danse avec grâce el < ■

somme . madame L< comte est une danseuse qoi en v nui bien une autre, et que les Lillois ne ver raient partir qu'avec chagrin.

LTCOM'iT.. — Lillr. —Le fiossi^r triomphe < (liant brillant , pur, rhaii\aii

de roulades. Acteui intelligent , qm >< connaît et connaît !<• public, aime son art goût.

LEFEBVRE (Mademoiselle): —Bordeaux. - Si sa danse a moins de grâce, de mollesse, quo llie : elle est plus \ ive, : parle rôle dro pour mademoiselle Aurellie , le çùl pour mademoiselle Lefehvrc , 1«- centre les applaudit l'une et l'autre. Toutes deux ont de nombreux adou'ti iiu.s , l'une dans la rue des Chaitons, l'autre sur le Cours. Chéries , fêtées du pu blic , que leur manque- l il donc ? Elles ne s'ai-

ment pas. Les applaudissemens qu'on prodigue à mademoiselle Lefebvre empêchent mademoiselle Aurelliede dormir, et souvent, après un pas dansé par mademoiselle Aurellie avec toute la volupté d'une odalisque , il est arrivé à mademoiselle Lefebvre d'avoir des attaques de nerfs.

LEGALLOIS (Mademoiselle;. — Grand-Opéra.

— Une jolie femme ne manque jamais de protecteur dans le monde, a dit Voltaire, dans Zadlg; aussi mademoiselle Legallois a-t-elle été reçue à bras ouverts au Grand - Opéra. Les jours d'épreuve ont été abrégés pour elle; elle n'a été obligée de faire aucune visite, de ne donner aucun diner ; ses yeux étaient ses seuls avocats ! Singulière destinée d'une jolie femme , elle n'a besoin que de parler ,. et tout lui est accordé ! Dérivis demandait des feux , on les refusa à Dérivis qui chante depuis un quart de siècle; mademoiselle Legallois fait un pas , elle obtient tout ce qu'elle demande , on va au-devant de ses désirs ; on la fête , on la caresse , comme si l'on craignait déjà de la perdre. En vérité , Voltaire avait raison : une jolie femme ne manque jamais de protecteur dans le monde. Mais nous n'avons rien dit encore du talent de mademoiselle Legallois... Jolie, ce mot ne renferme-t-il pas tout au Grand Opéra? peuton être jolie et danser mal ? citez-nous des exemples...,.

LEGRAND ( Mademoiselle ) Virginie. - Mao dite capitale! que de renommées elle •» rail nouir! Une jeune femme , admiré" i-Gail-

lardeou a Saint -Jus en Chevalet, prend la |>;«t.«< be , fient a Paru, et n'obtient pas même un h Telle n'< tsl sans doute tout a bit l'histoire de ma demoiselle \ îrginie Legrand ; toutefois quelle diff< renec entre ses triomphes de profil ritiun dans la capital* . I - d'immoi

telles, e1 ces lauriers que nous lui avons vu j< Lille, si nous avons bonne mémoire , et ces applaudissemens qui accueillaient « bacunc de ses entrées en scène f... Maudite capitale!

U (iRAND. — \ ariét< b. Le jeun mairli- , ant dans le don

-'il n'a pas fail oublici Poti< i ans habitués d< riétés, il les a consolés «lu moins de son départ.

Jadis figurant, il a vu l'habit du Sollicil de Werther, du Ci devant Jeune homme , aban donné dans les vi stiaires du 1 1 1 . audacieui et Ouet , il

sins . il .1 saisi les rameuses dépouilles, les a en- . Le Directeur Brunet, secouant trois fois la tête, lui permit de paraître ainsi revêtu devant le public Le jeune- homme se présenta , le pari sourit : le Directeur renouvela l'épreuve, l< butant paj ut une seconde foi des larmes de joie, et Jocrisse dit à Wcrthcj Jeune homme, conserve la gaidc-iobe audéser

teur Boissec , elle te procurera de la gloire et à moi de l'argent.

LEJEUNE. — Grand Théâtre de Lyon. — Il n'y a qu'une voix dans le parterre sur le naturel , le masque original , la gaîté de cet acteur. On dit que des querelles de foyer l'éloigneront bientôt de la scène Lyonnaise ; avis aux Directeurs des grandes villes. M. Singier , au nom de cet art que vous aimez , gardez long-temps Lejeune.

LEMAIRE (Madame }. — Actrice ambulante.

— Dans la troupe comique qui dessert Metz et Nancy , on cite avec éloges plusieurs artistes des deux sexes : parmi les femmes madame Lemaire occupe une des places les plus distinguées • elle ne serait déplacée sur aucun théâtre de la capitale , elle seconde dignement madame Beau* pré.

LEMOÎSNIER (M. et M** ). — Opéra-Comique. — Patience I a dit un aristarque , Lemonnier épouse Philomèle I Cette parole prophétique s'est enfin réalisée. L'artiste a senti la douce influence du nœud conjugal ; Fhymen sema pour lui des lauriers. Après quelques jours accordés au dieu de Cythère, mademoiselle Regnault témoigna à son époux l'intention de faire marcher ensemble l'amour et la gloire. En un mot, elle se chargea de l'éducation dramatique de Lemonnier. Sous un

UX Ct ! muni , , (»n le vit abandon;, fausse route qu'il avait prise. Il i * fournit une nouvi Ile carrière ; el :

• n , il trouva des hn^ où j :

ne rt

!')i LE ( M,,e). — Rouen, Jeune, jolie,

i femmes,

grassouillette : sa voia ne manque pas d'éclat ni

LION V I ; 1 > loi SEZ. - Variétés. — l/m. soupirans du thi

bonne , Bon physique convenable à L'emploi : il acquiert tous les jours l'habitude de la fi >U

d'amour à un public qui aime peu ce genre, qui

u de les amani que comme des ai el n'a p;i> toujours l;i complaisance d'écouter leurs doléances,

LÉCA . — El mu donc avez-vous appris , M. Léon de Nismesi que des -mis tremblottans puissent plaire à des oreilles amies de l'harmonie?... Il y a cle et demi, un chant perlé, chevrotant, était de mode; mais aujourd'hui on ne le permet plus qu'aux amoureux du Grand-Opéra. Si c'est de la mignardise, comme le croient les jolie*

femmes à Nismes , il faut avouer que ce moyeu de séduction, que cette coquetterie de chant, est singulière. Or sus, M. Léon, des sons pleins, graves, et la ville toute entière applaudira.

LËOPOLD. — Marseille. — Chanteur qu'on donne pardessus le marché.

LEPEINTRE. — Variétés. — Lepeintre joua d'abord le mélodrame dans les départemens. Le sombre rôle de Fitz-Henry lui acquit une réputation brillante. Il vint à Paris dans l'intention, dit-on, de prendre au boulevard du Temple le poignard mélodramatique. N'ayant pu trouver à se caser avantageusement chez Audinot ou madame Bourguignon , il tourna ses regards d'un autre côté, 11 se dirigea vers le passage du Panorama ; il y fut accueilli. Dès-lors il renonça pour touiours à devenir l'interprète de M. Cuvelier et compagnie ; il devint celui de MM. Scribe , Merle , Brazier , et autres joyeux chansonniers.

Potier régnait encore. . .

A cette époque , on eût considéré comme le comble du mauvais goût de sourire à quelque autre personnage ; M. Boissec avait seul le droit d'égayer le public. Lepeintre ne fit aucune sensation. Quelques habitués qui hasardèrent de vanter le talent

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d»' cet acteui , furent presque contraints .i faire amende honorable et à convenir qu'il n'avait aucune des qualités essentielles : son corps n'était pas sec ni allonge, ses jambes ne ressemblaient point à des fuseaux ; son organe avait le défaut d'être sonore, sa voix d'être juste, sa prononciation nette et distincte; en un mot, il ne pouvait espérer aucun succès. Aujourd'hui la médaille a tourné, Lepeintre est le dieu du jour.

LEPEL. — Bordeaux. — Lepel est un des acteurs les plus originaux de province. On doit attribuer son peu de succès au théâtre de la Porte- Saint - Martin à l'engouement que causait alors Potier. Il a cependant beaucoup fait rire dans le Petit Candide, dans le rôle du seigneur Bambini de Riquetf}* \ bous 1< costume d'un Marchand de gâteaux , dans le Fort de la Halle. La province s'est empressée de reprendre cet artiste qu'elle nous avait envoyé à l'essai , et elle s'en est trouvée fort heureuse.

LEQUIEN. — Gaîté. — Lequien est un honnête homme et un vieux comédien ; il professe un tel mépris pour les applaudissemens achetés, que jamais il n'a placé sous le lustre un seul assureur à gages. Avis à ses camarades de tous les théâtres...

LEVASSEUR. — Italiens. — Bien qu'il n'ait pas pris naissance sur les bords délicieux de VArno, ni chanté jamais sur le théâtre de San Carlo, Levasseur dit et chante Pitalien comme un habitant di Firenze. L'art peut donner la prononciation , le parler , l'accent italien ; mais ce qu'il ne donnera jamais , c'est la chaleur , la première qualité de tout chanteur et de tout comédien. Or, cette chaleur manque à Levasseur. Quand il aura vu l'Italie , cette terre de feu et d'amour, comme l'appelle le Tasse , peut-être obtiendra-t-il le don le plus précieux qui puisse être départi à un mortel. On demandait un jour à Rossini quelle était la première qualité d'un compositeur : Du feu ! du feu ! cria le cygne de Pisaro.

LEVERD ( Jeanne-Emilie ). — Née à Paris, en 1784, d'une famille très-pauvre^ qui tira parti de fort bonne heure de son joli visage et de ses grâces: elle débuta, très-jeune encore, dans les Ballets de l'Opéra, où elle n'obtint aucun des succès que donne le talent. Fatiguée d'un travail ingrat, elle résolut de cultiver les dispositions qu'elle tenait de la nature pour l'action dramatique. Elle eut occasion de réciter quelques rôles devant M. Picard, qui l'engagea à débuter au théâtre Louvois dont il était directeur : ses progrès furent tellement rapides, qu'ils lui firent désirer

de paraître aux Français; mais elle eut le bon esprit de s'y préparer par des études séri< M. de Rernuzat, qui était alors surintendant des spectacles, ne jugea point mademoiselle Leverd digne de ee théâtre. Elle débuta néanmoins- le 5o juillet 1808, parle rôle de Célimène , du Misanthrope, et celui de Roxelane, des Trois Sultanes. Peu de débuts ont eu autant d'éclat; aussi la Comédie française Les prolongea-t-elle pendant neuf mois. Mademoiselle Leverd n'était que depuis peu de jours à ce théâtre , lorsqu'on la fit jouer dans le Legs, a la suite d'oi itation

d' Artaxcrcc ; elle obtint une gratification, et son admission comme socii taire a demi-part fut ordonnée. Ce fut k-peu-près 1 cette époque qu'eut lieu la retraite de madame Talma : mademoiselle Leverd se trouva seule char. md emploi,

qu'elle conserva pendant quatre ans sans intennp tion ;et quoique jugée assez généralement inférieure à cette actrice et à mademoiselle Mars, dans le genre propre à ehacune d'elles, elle mérita presque toujours l'approbation des connaisseurs par sa grâce, par son jeu et l'intelligence qu'elle mettait dans son débit , joints à ses agrémens extérieurs. Dans le courant de 1812 , il s'éleva entre elle et mademoiselle Mars une discussion assez vive au sujet des prétentions de cette dernière à jouer en chef les rôles des grandes coquettes, fort étrangers à ceux

qui avaient jusqu'alors fait partie de son emploi» Les journaux s'en mêlèrent , et des brochures furent lancées de part et d'autre. Le chef du gouvernement voulut terminer la querelle en envoyant de Moscou un décret sur les théâtres , qui ordonnait qu'aucun sujet ne pourrait tenir deux emplois en chef; cependant M. de Remuzat rendit un arrêté qui investissait mademoiselle Mars des deux emplois diamétralement opposés, d'ingénue et de grande coquette. Mademoiselle Leverd perdant l'espoir qu'elle avait conçu, voulut quitter le théâtre et resta plusieurs mois sans paraître ; mais sollicitée par ses amis, elle fit sa rentrée par le rôle de l'Intrigante, que lui avait confié M. Etienne, et où elle déploya un talent qui ne put sauver cet ouvrage de la chute préparée par une cabale. Depuis ce temps , les dégoûts , les contrariétés ont traversé sa carrière. Forcée de chercher des rôles hors de son emploi et même hors de son âge , elle a été récompensée de son zèle par les succès qu'elle y a obtenus : on doit citer particulièrement ceux de la Femme jalouse, de la Mère coupable, de madame Evrard dans le Vieux Célibataire, et de madame Patin dans le Chevalier à la mode. Elle a joué plusieurs fois l'opéra-comique dans des représentations à bénéfice. Mademoiselle Leverd laisse quelquefois échapper des saillies aussi malignes que spirituelles , témoin sa réplique à mademoi-

selle Bourgoin, qui, après a\oii quille l'habit de chérubin du Mariage de Figaro, dit à sa compagne : Je suis certaine qu'unit moitié du parterre m'aura prise pour un homme. — Une moitié , répond mademoiselle Leverd, je te l'accorde; mais conviens au moins que l'autre était bien certaine du contraire.

LÉVÊQUE ( Mmc ). — Ambigu-Comique. — Le Château dePaluzzi , les Francs-Juges, le drame de Calas, prouvent que madame Lévêque était appelée à figurer sur une scène plus élevée que celle de l'Ambigu. Beaucoup de sensibilité , de dignité, un organe agréable, une prononciation sans défaut, une démarche imposante, une pantomime expressive, des gestes sans exagération, lui ont mérité l'approbation des connaisseurs, étonnés de trouver chez M. Audinot ce qu'on chercherait quelquefois en vain rue de Richelieu.

LIGER ( Mm« ). — Lille. — Nous autres Parisiens nous croyons que , hors de la capitale , il n'y a ni voix , ni talent ; et pourtant madame Pasta elle-même a obtenu moins de louanges que madame Liger n'en a reçu des journalistes et du public de Lille... engouement de province. Mais madame Liger n'est pas jolie : il faut donc qu'elle ait du

talent, ou que les Lillois soient de mauvais juges. Gare à M. le rédacteur de Y Écho du Nord,

LIGIER. — Théâtre -Français. — C'est un grand phénomène produit par l'École royale de Déclamation... qu'un hon acteur; ce sont de ces présens auxquels le Conservatoire ne nous accoutume pas. Si Ligier sur les bancs de YÉcole avait pu grandir de quelques pouces , sa réputation eût été gigantesque. Ligier se regardant dans une glace avait frémi en apercevant sa conformation laponne ; mais il se rappela que Lekain n'était pas *in bel homme : il prouva qu'un comédien avec de l'âme peut faire oublier que la nature fut ingrate ^nvers lui. Ligier a , comme comédien , un grand avantage , c'est de concevoir rapidement ; il a peu besoin d'étude : une intelligence étonnante , une perception vive , lui feront jouer un rôle qu'il aura créé en peu de jours avec autant de talent que celui auquel il aura apporté un long laps de temps, et pour lequel il aura appelé le secours de la réflexion. Malgré le talent de ce jeune acteur , il est absurde d'établir entre Talma et lui un parallèle : au milieu des beaux effets que nous montre Ligier on aperçoit souvent l'écolier; il est encore bien loin de la perfection de notre premier acteur, jamais même il ne l'atteindra ; mais il aura toujours un rang marqué parmi les tragédiens célèbres

de notre époque. Cet artiste semble être jugé moins favorablement en province qu'à Paris. Cela prouve-t-il plutôt notre prévention pour un acteur qui a vaincu tant d'obstacles , que les préjugés dont ne peuvent se défendre les gens qui sont accoutumés à voir quelquefois sur leur théâtre l'élite de notre scène , et qui dans la composition de leurs troupes profèrent toujours le physique au talent ?

LIGIER ( Madame). — Bordeaux. — Madame Ligier soutient dignement l'honneur de son nom, soit qu'elle chausse le cothurne, soit qu'elle prenne le brodequin.

LINGO. — Ex artiste du Panorama Dramatique. — Dans le temps des artistes-nains , Lingo figurait au Panorama Dramatique à coté de la petite Fanfette Bordes. Tout Paris est venu voir cet artiste âgé do dix à onze ans, etchacun s'est amusé de son air d'assurance, de sa fatuité et de son jeu maniéré. L'administration croyait posséder un prodige , l'affiche le disait, et le public affluait. Aujourd'hui Lingo fait partie de la troupe de M. Comte, et est l'interprète des pensées de M. Gombaud , l'un des auteurs les plus spirituels du théâtre du ventriloque.

L1VAROS.— Porte Saint- Martin. — L'un des artistes les plus utiles pour une administration. Il assassine volontiers en sous-ordre ; tantôt il reçoit

an coup de feu , ou porte un coup de poignard , empoisonne ou est empoisonné , rit , pleure , boit, mange , espadonne , etc. , etc. C'est en un mot un bon acteur de mélodrame de la deuxième ou troisième qualité.

LINGIS. — Nismes. — Grande guerre entre M. Bonnardin, d'une part, et M. Russalen, de l'autre , tous deux s'escrimant à écrire dans le journal du Gard. — Je soutiendrai unguib us et rostro9 crie M. Bonnardin, que mademoiselle Lingis est jeune et jolie. — Fort jolie , répond le discourtois M. Russalen ; mais sa voix ? — Organe enchanteur, M. Russalen. — Enchanteur, M. Bonnardin! mais ne voyez-vous donc pas que jusque dans ses intonnations , dans ses inflexions, elle tâche d'imiter mademoiselle Mars ? — Gela est vrai, M. Russalen ; mais quel modèle plus parfait ? — N'imitons personne , M. Bonnardin ; qu'une actrice soit elle :

Le talent qu'on veut avoir, gâte celui qu'on a.

LOUIS A MARIVAUX.— Porte Saint-Martin.

^- Jeune danseuse du Panorama Dramatique, présentement au service de la Porte Saint-Martin ; si sa danse était plus légère et un peu prétentieuse , on pourrait l'appeler du marivaudage.

LOUVET. — Feydeau. — Si des injustices ne l'eussent arraché à ses études , il serait à l'Opéra , et y paraîtrait avec distinction ; mais il se console

de sa disgrâce en se rendant utile au Théâtre Feydeau.

LOUVET (Madame). — Angoulême. — Les meilleurs poumons peut - être qui aient été octroyés à une mortelle. Dans la même soirée, on l'a vue jouer onze actes, et, arrivée à la dernière scène , avoir la voix aussi fraîche qu'à la première, point de rhumes, de migraines, de fluxions, d'enrouement; un siècle et demi passera sur la tète de madame Louvet.

LUCIE (Mademoiselle ). — Vaudeville. — Jadis à Feydeau , mademoiselle Lucie a jugé plus profitable a sa gloire de s'engager au Vaudeville. Une jolie voix dirigée par un goût exquis, un excellent ton de comédie , une alliance heureuse de la sensibilité à la gaîté , la firent souvent applaudir nie de Chartres. Des contestations élevées depuis quelque temps l'ont exilée de la scène, on attend le dénofiment ; il paraît que ni les directeurs ni l'actrice ne veulent le hâter. Espérons que les tribunaux condamneront mademoiselle Lucie à charmer encore nos soirées.

Lyon. — Après avoir visité pendant quelques heures cette ville, admiré son Musée , jeté un coup-d'ail sur ses Montagnes , contemplé avec d'inexprimables dtlices ses quais magnifiques, ses

églises qu'on est convenu d'appeler gothiques , quoique les Goths n'aient laissé en France aucun édifice, je voulus connaître son théâtre. Je traversai une rue vaste et spacieuse, où Chambet, le Martinet de Lyon, amuse les passans par le spectacle, renouvelé chaque jour, des lithographies de Marlet et de Charlet; j'arrivai à une place assez belle, où s'élève un monument d'assez mauvais goût, et que mon cicérone, libraire de cette ville, qui fait le couplet et vend les livres leur prix , m'annonça comme le grand théâtre de Lyon. Point de gendarmes à la porte de l'édifice , je crus être à Londres. Nous entrons, et soudain mes sens sont affectés d'une odeur forte et singulièrement désagréable. Allez donc , me dit en me poussant mon obligeant conducteur , ne tournez pas la tête .... à la porte même du parterre ! ! . • et il se mit à réciter le vers d'Horace :

Minxerit in patrios cineres.

Point de bancs ni de chaises au parterre , demandai-je au libraire ? — Que voulez -vous ! c'est l'usage ; le jour où le Directeur tenterait d'en placer verrait le théâtre désert. On vient au parterre pour parler de café , d'indigo , de cacao ; c'est une bourse ou un bazar si vous l'aimez mieux. — Diable ! quelle toile magnifique ! — Dites quel tableau 1 Voyez comme cette dégradation de lumière est savante , comme cette figure de Neptune est gran-

diose. ... et cet effet de colonnades ?. . . C'est ta chute de Phaëton. Si vous aviez vu le tableau il y a dix ans; mais un misérable barbouilleur.... Et notre salle, M. le Parisien? — Fort bien , sa coupe est élégante , point de mauvais ornement] la hauteur des loges a été calculée avec une rare intelligence pour que la beauté put être vue de toutes les parties de la salle. On m'a dit que ce théâtre était assez fréquenté, et qu'aux jours de premières représentations une foule de femmes éblouissantes de ebarmes et de parures venaient pour voir autant que pour être vues. Vous en jugerez voutmême. Cinq beures vont sonner ; à cinq beures et demie les équipages arriveront : car nous dinons ici à quatre heures, c'est une vieille habitude.

Un moment après, mon cicérone me lit remarquer, en les nommant, quelques jolies femmes qui entraient à grand bruit dans leurs loges. Je vis que les Lyonnaises avaient en général de beaux yeux , une belle tète , mais la taille un peu forte , une certaine roideur dans les muscles, commune à toutes les provinciales.

La toile se leva , et , au milieu des flots mouvans du parterre , qui nous emportaient çà et là , le libraire , à mesure qu'un acteur paraissait en scène , le jugeait en trois ou quatre mots jetés a mon oreille comme des révélations indiscrètes.

— C'est Sauvray , premier rôle... organe usé , de

la roideur comme vous voyez , nulle entente de la scène.

— Et quel est cet autre si gras , si épais ?

— Rosambeau : peu de tenue , de la chaleur. — Dieu quel contraste! Voilà un jeune premier

bien exigu I

— Son nom est Desroches ; de l'intelligence , de la vivacité. Voilà notre second amoureux, M. Tomy, médiocre! médiocre! Chapron , notre père noble, Revelle, Berthaud, Lejeune au masque si original , notre vieux et excellent Dugenat. . . .

— Mais vous ne me dites rien de vos actrices ; que vous êtes peu galant !. . .

— Vous m'avez lu des notes que vous aviez obtenues de l'un de vos amis qui, pendant long-temps, avait fréquenté notre parterre ; je n'ai pas un mot à en retrancher .. . . 11 y a quelques omissions. On ne dit rien de madame SchafFner , qui voudrait tant qu'on parlât d'elle ; de madame ou mademoiselle Juliette , belle et jolie femme , qui joue les mères nobles , et qui a le singulier travers , qu'elle partage , au reste , avec votre Leverd , de visiter vingt fois l'année les rédacteurs de nos Tablettes Lyonnaises , pour obtenir des louanges qu'on lui refuse toujours.

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MANDELLI (Madame).— Actrice errante. — Elle paraît avoir loué ses destins , ses charmes , »• voix, ses talens à M. Gautrot, qui les exploite tantôt dansla capitale, tantôt dans les villes moins brillantes du département de l'Aube. Elle jouait, il y a quelques mois , dans Valérie, comédie, et dans les Voitures versées , où les bons Troyens l'ont applaudie à tour de bras. Remarquons que ces applaudissemens étaient de bon aloi : madame Mandelli, depuis long-temps , a vu s'écouler son trentième printemps; elle n'a jamais été jolie , et les habitans de Troyes n'ont pas une réputation de galanterie.

MANTE (Mademoiselle). — ThéAtre-Français. — On veut établir un parallèle entre la perfection et l'espérance ; on se lasse d'admirer h môme personne , et on sent le besoin de faire partager à deux femmes les éloges qu'une seule mérite. Mademoiselle Mante, élève du Conservatoire, s'élance sur la scène française, et voilà que de toutes parts on établit une comparaison entre mademoiselle Mars et la débutante. L'Aristarque qui a le mieux jugé cette jeune actrice est celui qui a dit: Mademoiselle Mante a ce que mademoiselle Mars aurait si elle n'avait pas toujours été parfaite. Après la mort de mademoiselle Mante, plusieurs

cités se disputeront peut-être l'honneur de lui avoir donné naissance ; mais , en ce moment , on se contente de discuter l'avantage glorieux d'avoir fait son éducation. MM. Fusil et Granger sont entrés en lice , et chacun d'eux a apporté autant de chaleur et d'argumens dans sa cause qu'en apportèrent jadis les citadins grecs qui se disaient les compatriotes d'Homère.Quel qu'ait été le maître de mademoiselle Mante, il a droit à la reconnaissance ; c'est la plus jolie copie que nous ayons jamais eue de mademoiselle Mars. Après une représentation où mademoiselle Mante venait de jouer le rôle de Célimène , dans le Misanthrope, et de madame de Clainville , dans la Gageure , elle reçut les vers suivans :

Que sous tes traits Célimène est jolie ! Plus d'un Alceste est soumis à ta loi ; Et dût-on même être trompé par toi , De t'adorer on ferait la folie.

D'un ton décent sans jamais t'éloigner, Peins-tu Clainville , on croit voir la nature : Qui ne perdrait mille fois la gageure Pour le plaisir de te la voir gagner ? Ainsi que Mars, par la grâce embellie , Tu fais valoir un mot , un trait saillant ; Et si j'en crois un début si brillant, Tu nous promets la seconde Thalie.

MARCHAND. — Cirque-Olympique. — C'eut

une médaille qui a quelque valeur parmi les connaisseurs de seconde classe.

MARIGNY ( Madame ). — Cirque-Olympique». — Madame Marigny , quand elle sera seule < n scène , et que les acteurs de l'écurie ne henniront pas , pourra tromper le spectateur et lui faii e croire qu'il est à un théâtre de premier ordre.

MARIN. — Marseille. — Il manœuvre de manière à ne pas craindre de tempête.

( Journal de Marseille.)

MARIUS. — Cirque-Olympique. — C'est sans doute un descendant du romain Marins; les auteurs s'empresseront de travailler pour lui.... Tous les figurans du Cirque vont bientôt être métamorphosés enCimbres et en Teutons, Marins sera défait par eux; et pour établir un rapport parfait entre l'aïeul et le descendant , Marius du Cirque traversera le boulevard du Temple, et se dirigeant vers la rue Chariot , il s'enfoncera dans le Marais...

MARCOU.— Si vous allez jamais à Plombières , il est une merveille que vous devez voir après que vous aurez bu les eaux : c'est une actrice aussi jolie que la plus jolie de la capitale, qui chante juste, qui possède un organe enchanteur ; qui est comédienne achevée , et sage. ..comme qui dirons-nous? — Comme mademoiselle Noblet, qui ,s'il faut en

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croire M. Tissot, auteur de onze tragédies, de quinze projets de ponts en fer, ne reçut jamais de baisers que du zéphir ; cette merveille , car c'en est une, même dans le septième arrondissement théâtral , se nomme Marcou. Nous ne dirons pas : Crcdat judœus Apella. Ce que nous rapportons no'is a été affirmé par vingt buveurs d'eau , gens qui ne sont pas- menteurs , comme on sait.

MARIDO (Madame). — Actrice du théâtre de Nismes. — Seule deNismestout entier, elle ignore qu'elle chante faux , et horriblement faux.... Quel dommage quand on possède, comme madame Marido, une voix fraîche, de beaux yeux , et l'art de plaire !

MARS (Mademoiselle). — Théâtre -Français^ — Née en 1780 , mademoiselle Mars règne en souveraine sur le trône de Thalie. Comme Talma , elle est sans rivale. Heureux si nous conservons encore longtemps cette actrice incomparable , qui, à l'instar d'Alexandre - le - Grand , peut léguer vingt couronnes à ses camarades , vainement jalouses de ce qu'elles n'ont pas, de ce qu'elles n'auront jamais. Un de nos plus aimables poètes adressa les vers suivans à cette séduisante divinité :

Qu'il sied bien à tes jolis doigts

Le sceptre de la Comédie I

Ta voix est une mélodie , Et ton regard est une voix. Belle Mars, le charme ineffable De tes accens pleins de douceur IVous rappelle ce vers aimable :

« L'oreille est le chemin du cœur. »

Mademoiselle Mars n'est pas seulement une grande actrice, c'est encore une des femmes les plus spirituelles du siècle : on cite d'elle une foule de mots ou de réparties heureuses.

Mademoiselle Mars se trouvant à Lyon , un riche particulier la conjura dans les termes les plus pressans de lui accorder le bonheur de passer quelque» înstans près d'elle : vingt-cinq minutes , lui écrivait-il , et ma fortune toute entière. L'actrice lui répondit : « Monsieur, l'accueil gracieux que j'ai » reçu des Lyonnais, me fait un devoir de consa- » crer tous mes instans à mériter par mon travail la «continuation de leurs faveurs; les vingt-cinq mi- » mites que je vous accorderais leur appartiennent, » vous ne voudriez pas faire un vol à vos eompa «triotes. »

— Entrant un jour au foyer , elle laissa la porte ouverte: Thénard, en plaisantant, refusa de. la fermer. Il est vrai , dit mademoiselle Mars , en se tournant vers Front in , qu'il n'y a plus de valets à la Comédie Française , depuis Préville.

— L'acteur Lepeintre vint un jour dans les cou-

lisses du Théâtre-Français. Fermez vite les portes 5 s'écria mademoiselle Mars ; nous le tenons enfin , ne le laissons pas sortir d'ici.

— Florence , comédien plus célèbre par son talent d'instruire que par ses succès , disait de mademoiselle Mars : elle n'a qu'un défaut , c'est de n'en pas avoir.

Marseille. — La salle de spectacle de cette grande ville est vaste et belle, bâtie depuis près de trente-six ans , sur une jolie place : on la découvre des quais de la Canebière , et son entrée est à-la-fois élégante et majestueuse ; elle s'élève du sol à la hauteur de près de vingt pieds , et des colonnes d'un ordre élégant lui donnent quelque ressemblance avec la salle de l'Odéon. Ce beau théâtre a longtemps été remarquable par le luxe des décorations , la pompe du spectacle , et surtout par les ballets. Armide, la Caravane, Panurge, y furent représentés dans le temps presque aussi bien qu'à Paris. Darboville, le père de l'acteur qu'on applaudit aujourd'hui à Feydeau , se faisait distinguer dans le premier rôle de ce dernier opéra. Feu Coindé a composé pour cette scène des ballets très-remarquables; on peut citer les Amours de Vénus , que nous ne craignons pas de placer à côté des plus belles compositions chorégraphiques ap-

a34 plaudies a Paris; après lui, M.Blache père a commencé dans cette ville sa brillante réputation par un très-grand nombre de ballets remplis de détails piquans et de tableaux gracieux. Dans ses compositions , la danse tenait toujours à l'action; ce n'étaient pas , comme aujourd'hui , des divertissemens plaqués et que l'on pourrait retrancher à volonté. Élève de Dauberval , M. Blache avait appris de ce grand maître que l'action est la partie principale d'un ballet ; il se fit remarquer par le ballet d'Almaviva. C'est lui qui le premier a mis en scène la leçon de danse répétée par une glace : charmante scène que l'on a depuis imitée sur les théâtres de Paris.

La comédie et la tragédie n'étaient pas représentées avec moins d'éclat et de soin. C'est sur ce théâtre que les demoiselles Sainval, nées dans cette province , ont appris à se rendre les dignes interprètes de Melpomène. Ponteuil et sa femme, Grandménil, Martelli , Paillardelle , mesdames Scio , Vallière-Desolle , ne quittèrent les bords de la Méditerranée que pour être applaudis sur les théâtres de Paris. Le goût du spectacle est si vif chez ce peuple un peu turbulent, mais passionné pour les arts , que madame Saint-Huberti et Larive y ont reçu des hommages publics dignes des temps antiques ; aujourd'hui môme il n'est point

de ville en France où les acteurs distingués reçoivent un accueil pins empressé ; mademoiselle Mars y a été applaudie avec transport, avec fureur.

L'histoire du théâtre de cette ville abonde en anecdotes plaisantes ; c'est un directeur de spectacle de Marseille, un certain M. Donat, qui,, voyant que le public s'obstinait à ne pas venir au premier bal masqué, dit qu'il ne donnerait plus de premier bal. C'est le même qui fit appeler un musicien de son orchestre , et lui reprocha de ne pas toujours jouer avec ses autres camarades. Le musicien lui ayant répondu qu'il comptait ses pauses , Donat se mit en colère , en ajoutant qu'il ne le payait pas pour compter des pauses.

Les figurans du corps du ballet ayant reçu l'ordre de venir à la répétition pour faire partie du cortège de Tancrède joué par Larive , attendirent longtemps l'arrivée du grand tragédien. On vint leur dire que Larive avait l'habitude de manger une grande quantité de pommes cuites avant de réciter des vers. Le soir de la représentation , tous les figurans s'assemblèrent dans leur foyer, et au moment où ils devaient paraître en chevaliers siciliens, ils mangeaient à leur tour des pommes cuites. On les punit ; mais on ne manqua pas de rire d'une plaisanterie assez bonne pour des danseurs , puisqu'elle avait pour but de se moquer d'un héros de théâtre.

Ce n'est pas d'aujourd'hui que l'on place des couronnes sur des fronts qui ne sont pas toujours dignes de les porter, et que Ton accorde cette espèce d'ovation dramatique à des actrices médiocres. Pour se moquer de cette manie , un poëte provençal jeta sur le théâtre une couronne et le quatrain suivant :

O Pierre ! c'est à toi que j'adresse mes vers ; De tes talens divers ma muse est idolâtre : Le soleil tous les jours éclaire l'univers , Et Pierre tous les soirs éclaire le théâtre.

Le spectacle de Marseille n'est plus aujourd'hui ce qu'il était autrefois ; il n'est plus l'image de cette gaîté provençale qui , dans son allure un peu brusque , ne laissait pas d'être très-vive et de tout animer autour d'elle. Les nombreux étrangers dont les costumes divers donnaient à cette ville un aspect original, ces Turcs, ces Grecs, ces Asiatiques, ces femmes de toutes couleurs, que l'on trouvait réunis au théâtre , ne s'y montrent presque plus; le commerce languit, et le goût du théâtre ou les moyens de le satisfaire s'est tout-à-coup amorti ; les jeux de Terpsichore , trop dispendieux pour l'entreprise , ne sont plus entretenus comme cette ville célèbre était accoutumée à les voir reproduits sur la scène. M. Ghapus , directeur du théâtre , dont chacun se plaît à re-

connaître le zèle , l'intelligence et l'activité , a besoin que l'administration reconnaisse ses louables efforts et vienne à son secours.

On distingue pourtant, dans la comédie, M. Massin , premier rôle , M. Bonneti , jeune premier , et mademoiselle Julienne , soubrette fort gentille.

Naturellement caustique et spirituelle , elle donne à ses rôles son caractère personnel. Mais elle se distrait sur la scène ; les loges l'occupent quelquefois beaucoup plus que ses interlocuteurs, et la soubrette a trop souvent à réparer les absences de mademoiselle Julienne. Ses succès sur ce théâtre ne se sont jamais démentis un instant. Les acteurs que l'on remarque dans l'Opéra, sont MM. Julien , que l'on a vu au Vaudeville , Foignet , chanteur fort agréable , et Darius , dont la voix a longtemps été applaudie au grand Opéra de Paris. Madame Richard Mutée , dont les débuts avaient été remarquables sur le théâtre de la rue de Chartres, est toujours fort aimée à Marseille. (Communiqué,)

MARTY. — Gaîté. — Le rôle de Fitz-Henry; Picaros, de la Citerne ; Brusquant , de Vincent de Paule ; Armand, de la Chapelle des Bois ; M. de Rochebrune, de l'Homme brun; Voltaire, de la Famille Sirv*n , assurent à Marty une place distinguée parmi les acteurs de mélodrame. Il sait

donner a chaque personnage le ton et la couleur convenables. Les rôles qu'il crée annoncent une grande intelligence et un travail assidu et réJléchi. L'habit de Voltaire était bien difficile à porter, même au Boulevard du Temple , quoique le public ne soit pas très-exigeant. Quelques oisifs venus jusqu'au théâtre de la Gaîté , aCn de s'égayer sur la physionomie et le caractère du philosophe de Ferney, furent forcés de convenir que, d'après la tradition, Voltaire était tel, en 1775, que Marty nous le montra en 1820. M. lier... , inspecteur d'une académie , qui jadis fut élevé par une tante de Voltaire, et qui vit quelquefois l'auteur de Zaïre chez cette parente , fut tellement frappé de la vérité du costume et des traits de Marty, qu'il donna des larmes au neveu de sa protectrice.

MASSIN. — Il est sans contredit un comédien très-estimable et très-estimé ; mais son physique d'illusion s'éteint. Il est temps, s'il veut continuer la carrière du théâtre avec succès, qu'il change d'emploi : celui de père-noble nous paraît lui offrir plus d'une occasion de triomphe. Son âme chaleureuse et son bon ton de comédie pourraient le conduire à la rue de Richelieu , où il se corrigerait de quelques légers défauts de prononciation et de son habitude de scander les vers.

MASSON. — Premiers rôles du théâtre d'An-

goulême. — Il y a presque un quart de siècle que cet acteur faisait les délices du théâtre de Molière. Sa gloire n'est pas toute entière éteinte, et, comme l'ange rebelle de Milton , un rayon de splendeur première brille encore sur son front. C'est un acteur de bon ton qui porte bien l'habit de ville, qui a de l'aisance et une excellente tenue.

MAZURIER. — Porte-Saint-Martin. — Quel est ce portrait enrichi de tout le luxe de la lithographie qu'on voit exposé dans tous les cafés de Paris, et qui se trouve chez les marchands d'estampes à côté de ceux de nos contemporains les plus riches en gloire et de nos artistes les plus fameux? est-ce celui d'un député ? — Non ; le polichinel placé au bas en fleuron... — Cela ne prouverait rien. — Est-ce celui d'un jeune artiste à qui la nature a fait don du génie?... C'est celui de Mazurier, Fun de ces êtres étonnans que la destinée pousse à la célébrité.— Quel est son talent 2— de se démancher et de faire prendre à ses membres une position que la nature n'a pas jugé à propos de leur donner. C'est un homme qui écarte les jambes de manière à pouvoir tomber sur le haut des cuisses ; c'est un homme qui danse sur une seule échâsse ; c'est un homme qui est venu lever à Paris un impôt que la province refusait de lui payer; c'est un homme qui gagne en un jour autant qu'un capitaine en un

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mois ; enfin , c'est un homme dont l'existence sera l'emblème de celle de bien des gens qui ne sont pas au théâtre. C'est un pantin qui sera bientôt détrôné par un autre.

MELCHIOR. — Panorama -Dramatique. — Sans emploi maintenant, et digne, sous tous les rapports , d'en obtenir. Quoiqu'il ait été longtemps dans le temple du mélodrame, il n'a point contracté les défauts du genre ; il a toujours respecté le sens commun. Jamais il n'a cherché les bruyans applaudissemens du peuple. Jadis à l'Odéon , cet artiste méritait d'y rester. Il a joué une infinité de rôles au Panorama qui lui ont valu les suffrages des connaisseurs. Le dégoût et l'ennui auraient cependant pu naître de l'uniformité des rôles qu'on lui confiait; car, grâce à l'usage des tribunaux, cours d'assises, etc., presque indispensables dans la plupart des mélodrames, Melchior a prononcé plus de dix mille sentences de mort, sans compter les arrêts d'exil, d'emprisonnement, de travaux forcés , etc. , etc.

MÉRANTE. — Grand Opéra. — C'est en faisant des entrechats qu'il fait respecter l'autorité paternelle... Il danse avec sa fille, avec son gendre, avec toute sa famille. Il danse avant la noce, pendant la noce , après la noce , pendant la brouille ,

*4i après le pardon ; enfin , il n'est pas un sentiment qu'il n'exprime avec ses pieds.

MERCIER. — Gaîté. — Verve , entraînement , chaleur : excite le rire, assure un succès; c'est le Philippe de la Gaîté....

MICHELOT. — Français. — La vanité "semble seule retenir cet artiste dans un genre qui ne peut s'allier avec ses moyens ; son physique ne peut nullement représenter les personnages dont il emprunte les costumes : sa figure spirituelle , expressive sous le masque de Thalie , devient stupide et muette sous celui de Melpomène. Les traits d'un petit-maître, d'un aimable roué, ne sont pas ceux du fils de Thésée , ni de l'amant d'Andromaque. Un reproche qu'on peut faire à cet artiste , c'est la négligence qu'il apporte à ses costumes ; jamais il ne se drape d'après les usages ; il fait d'une toge une parure de fantaisie.

MILEN ( Mademoiselle ). — Odéon. — Elle se montre souvent supérieure à ce que nous connaissons de soubrettes ; elle a beaucoup d'analogie avec mademoiselle Joly; même franchise, même gaîté, même naturel , même piquant dans sa physionomie plus agréable que régulière; on pourrait blâmer ce goût excessif à la charge, qui la domine dans la plupart de ses rôles* En bonne conscience, disons qu'elle semblait entraînée par l'es-

prit d'imitation. Depuis qu'Armand n'est plus.» l'Odéon, mademoiselle Milen est plus réservée, et elle se livre moins à ces jeux de BCéne déplacés qu'elle ajoutait avec M. d'ilerbelin , dans le Voyage à Dieppe.

MILLOT ( Mademoiselle ).— Gaîté.— L'une des plus jolies femmes de Paris. Ce titre en vaut bien un autre. C'est e princesse de mélodrame tlél précieuse ; une t te aussi belle que la sienne légitime facilement auprès des spectateurs les fautes et mène les crimes qu'un jeune premier peut commettre quand il se prend pour «lie d'un<;

passiou terrible. De tous Ifs costumes qui ajoutent aux charmes de la physionomie de cette actrice, celui de l'Orient est le costume qu'elle préfère ; sous le turban et l'aigrette elle ressemble à une de ces bouris que se crée l'imagination des sectateurs de Mahomet. Elle ferait d'un chrétien un renégat.

MINETTE (Mademoiselle ). — Vaudeville. — Auteur et actrice , la gracieuse Minette mérite , sous ces deux titres , la bienveillance générale, par un jeu spirituel et piquant, par des lazzis originaux, par une manière de jouer entièrement différente de celle de ses compagnes. Elle sait fixer le rire rue de Chartres ; son apparition chasse le sommeil qui verse ses pavots sur le parterre pendant les colloques de messieurs H... M... Ed... et con-

frères. Le parterre applaudit aux facéties de Tactriée , et le caissier applaudit à l'abondance de la recette.

MITONNE AU (Madame ). — Théâtre de la Gaîté. — Elle tient l'emploi des duègnes en chef et sans partage , aussi le tient-elle en despote de mauvaise humeur. Peu complaisante et peu zélée , elle se prête rarement à un service qu'un auteur réclame d'elle pour un rôle faible ; si elle l'accepte, elle le joue de manière àfaire regretter de le lui avoir laissé. Elle devrait cependant mieux connaître ses intérêts ; elle se privera bientôt d'un grand nombre de jolis rôles, car il n'est rien de si facile que de se passer d'une duègne , on en fait un vieil oncle ou un vieux père...

MOESSARD.— Porte Saint-Martin. — C'est un des artistes qui a le plus de rondeur, physiquement et moralement parlant. Il rend de véritables ser* vices à la Porte Saint-Martin , il sait poser souvent sur un faible rôle un cachet original. La manière dont il a joué le grenadier du Lépreux et le Voleur bourru, dans le vaudeville du Juif, suffiraient pour lui donner un rang honorable parmi ses camarades.

MONET. — Rheims. — Jamais tête ne fut plus affreuse , plus épouvantable que celle de cet acteur, aussi tient-il avec succès l'emploi des traîtres.

Il iaisait partie de la troupe du Panorama Dramatique, et a commis sur le boulevard du Temple quelques crimes avec tout le talent du genre.

MONROSE. — Théâtre-Français.

On voit étinceler dans son regard mutin , Et l'amour de l'intrigue , et la soif du butin ; La trahison , l'adresse , et cette effronterie , Dont l'intrépidité sied à la fourberie.

Enfin c'est un valet presque parfait. h'Olive du Grondeur, le Cris pin du Légataire, les Figaro, Dcmazure, Sganarelle du Festin de Pierre, ont fixé la place que doit occuper Monrose. Il avait été pensionnaire du théâtre des Jeunes Artistes. Personne plus que lui n'eut à se plaindre des coteries du sénat comique de la rue de Richelieu, peu s'en fallut qu'il ne pût rester au théâtre où son talent l'appelait ; mais sa persévérance a triomphé ! Devenu sociétaire , il oublia les injustices dont on l'avait abreuvé , on assure même qu'il les oublia au point d'être injuste à son tour, et de ne pas employer toujours son crédit dans l'intérêt de l'art et de la prospérité du Théâtre-Français.

MONROSE.— Nomade.— A parcouru plusieurs premières villes des départemens , en roucoulant Popéra-comique : souvent accueilli d'une manière différente, applaudi ici, sifflé par là; toujours supérieur à la fortune et à la cabale , il cherche un engagement et mérite de l'obtenir. Le

rôle dans lequel on le voit avec le plus de plaisir est celui de Gullstan. Il est frère de Monrose du Théâtre-Français , qui pourrait le faire recevoir comme acteur tragique ; il ne serait pas le seul qui chantât rue de Richelieu.

MONROY ( Madame), — Dunkerque. — Demandez à madame Monroy si le talent l'emporte sur la beauté , elle répondra affirmativement ; — faites la même question à mademoiselle Flore , la réponse sera différente : quand on entend madame Monroy , on pense comme elle ; si mademoiselle Flore paraît en scène , adieu les argumens de madame Monroy. Ah ! si ces deux actrices pouvaient se prêter Tune sa beauté , l'autre son talent , Dunkerque serait trop heureux.

MONTANO ( Madame ).— On se demande comment avec une jolie bouche , une belle figure, une voix de cœur , comme disent les italiens , cette actrice qui obtint de brillans succès aux concerts de Garcia , de Morschèlès , qui chanta avec succès en Italie à côté de madame Pasta , et qui remplaça madame Pezaroni , n'est attachée à aucun de nos théâtres royaux ! Tours , Lyon , Bordeaux ont admiré , applaudi cette cantatrice ; serait-elle à jamais perdue pour les Parisiens ?

MONTESSU (M. et madame ).— Grand Opéra.

— -Monterai mérite de ramasser quelques-unes des

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feuilles de la couronne que Terpsichore laisse tomber aux coulisses de l'Opéra. Eu épousant la sœur de Paul l'aérien , il a formé avec elle une alliance chorégraphique qui influe souvent sur le» plaisirs des habitués de l'Opéra.

MOJNT-JOIE.— Opéra —L'ambition qui perd tant d'artistes a porté Mont-Joie à une place distinguée; il a toujours eu pour but de s'élever

et il n'y a que ses rivaux qui lui en fassent un

crime.

MOllEAU ( Madame ). — Marseille. — Le Biographe de Marseille dit : elle est bien sage et ne fait pas parler d'elle. Un aristarque donne un conseil à cette artiste dans le rûle de la Prêtresse, de la Vestale : c'est de bien vouloir envoyer sa démission , et se confondre dans la foule des vestales jusqu'à ce qu'elle chante juste. Madame Moreau a répondu au journaliste de suspendre sa feuille jusqu'à ce qu'il puisse y mettre de l'esprit. Nous ignorons laquelle des deux suspensions serait la plus courte.

MORI ( Mademoiselle ). — Artiste du théâtre des Italiens, où elle débuta par le rôle de Rosine, du Barbier de Sévit le , joué cent fois et toujours applaudi avec ivresse. C'est une jeune personne de vingt-deux à vingt-sept ans > d'une figure toute ro

manie , mais d'un excessif embonpoint. Sa voix a plus d'étendue que d'éclat ; son jeu ne manque pas de vérité ; mais placée près de la plus grande tragédienne qu'on ait jamais admirée à Louvois , elle paraît froide et sans âme. Elle est moins brillante que mademoiselle Demeri ; toutefois, on ne saurait le nier , mademoiselle Mori est actrice.

Nantes. — Par sa population , ses richesses , son sol , son commerce , et surtout par l'esprit vif et naturel de ses habitans , la ville de Nantes devrait . figurer au nombre des premières villes du royaume ; elle possède une des plus jolies salles de spectacle de la France; cette salle est donnée gratis à l'entreprise du théâtre ; le directeur reçoit de la commune une subvention de près de quinze mille francs par année. Tous ces avantages sembleraient assurer à cette grande ville un spectacle digne d'elle ; la bonne comédie y compte encore un grand nombre d'amateurs éclairés , la belle musique y paraît fort goûtée ; le mélodrame atroce et les farces ignobles ont toujours été éloignés de la scène. Tous les talens distingués de Paris y sont toujours accueillis avec une faveur particulière , et appréciés avec beaucoup de goût ; comment se fait-il donc que

toutes les entreprises de spectacle ne peuvent y réussir; que, pour s'y maintenir, les acteurs soient presque toujours forcis de se réunir en société, et qu'après tant d'épreuves diverses les comédiens n'y trouvent pas les avantages dont ils jouissent dans des villes moins considérables? S'il faut en croire notre correspondant, l'administration fait tous les sacrifices qui dépendent d'elle ; les directeurs ne manquent ni d'intelligence ni d'activité ; la troupe est aussi bien composée que les circonstances peuvent le permettre , et les causes du peu de succès des entreprises de spectacles se trouvent tout entières dans la parcimonie des habitans ; chacun voudrait posséder un théâtre qui fit honneur à sa ville, et peu de personnes sont disposées à faire les sacrifices nécessaires pour l'entretenir. Parmi les négocians et autres habitans très-riches , on en compte beaucoup qui ne contribuent en rien à la prospérité du théâtre de leur ville. Je sais , ajoute notre correspondant , qu'on ne peut reprocher à personne le peu de goût qu'il a pour le théâtre ; que les plaisirs de l'esprit ne sont point émargés au contrôle des impositions ; mais comme on ne conteste pas l'agrément et l'utilité d'un bon théâtre dans une grande ville , il me semble que les hommes riches ne peuvent se dispenser de quelques sacrifices nécessaires au maintien de ces établissement

^9 Pour mieux nous démontrer la vérité et l'importance de ses réflexions , notre correspondant nous apprend que M. Bouzigue , directeur de la ville de Nantes , pour faire cesser la solitude du spectacle , vient d'imaginer de délivrer gratis , moyen» nant soixante-quinze centimes , des billets de deux personnes. Cette distribution a lieu deux fois par semaine ; et pour engager encore les habitans à ce sacrifice , le spectacle commence à cinq heures et demie , et ne finit souvent que le lendemain. Dernièrement on a donné dans la même soirée : Valérie, petit drame en trois actes; le Muet, grande comédie en cinq actes ; Emma , opéra en îroisactes , et ies Rendez-vous bourgeois , en un acte. Douze actes dans la même soirée l Gela ne s'était jamais vu, pas même à Paris dans les représentations à bénéfice. (Communiqué. )

NESTOR. — Odéon. — On devrait s'étonner qu'ayant un Nestor dans leur troupe , messieurs du Second Théâtre-Français fissent tant de bévues ; si Nestor avait l'éloquence, ou plutôt le bavardage persuasif du héros d'Homère , la Discorde eût fui depuis long-temps du second temple de Melpomène ; mais Nestor n'a pas voix au chapitre dramatique. Il remplit ses fonctions avee zèle , persuadé que si le Second Théâtre Français fermait , il trouverait ailleurs un engagement. Nestor a fait

preuve au Gymnase d'une grande intelligence el souvent même d'un talent consommé. M. Bernard, qui pourrait, à cause de son talent à découvrir les bons artistes, être surnommé le Lynx, mettra Nestor eu évidence le plus possible. Une grande différence existe entre le béros grec et le comédien de l'Odéon : le premier aimait à donner des conseils, et le second aime à suivre ceux qu'on lui donne....

NOBLET ( Mademoiselle ). — Grand Opéra. — Courage, M. Maze,la France et l'Angleterre vous doivent une double couronne, comme créateur du talent de mademoiselle Noblet ; c'est vous qui l'avez lancée dans la carrière qu'elle parcourt avec tant de gloire et de profit. Mademoiselle Noblet peut .répondre victorieusement à ceux qui accusent les Anglais de parcimonie : si les babitans de la Tamise sont avares, ce n'est pas envers les danseuses ; ils récompensent le talent avec une générosité rare. Mademoiselle Noblet n'a pas cru pouvoir mieux s'acquitter envers une nation dont elle emportait les guinées, qu'en lui en laissant une petite partie , suffisante cependant pour doter un bûpital. On doit exciter l'envie quand on a tant de titres au bonbeur et à la gloire. Mademoiselle Noblet cherche tous les jours à accroître sa repu-

iafîon , et tous les jours elle devient plus digne dé la cour de Terpsichore.

NOURRIT fils. — Grand Opéra. — Ce jeune tjomme possède une voix charmante dont le timbre rappelle tout-à-fait l'organe de son père : il reçoit des leçons de Garcia. S'il se livre avec ardeur à toutes les études qu'exige maintenant l'art du chant ; s'il se persuade bien que , même au grand Opéra français , il ne faut pas crier , et qu'un son forcé n'est jamais agréable à entendre , il peut obtenir un jour de très-brillans succès. Nourrit fils a le génie de la composition musicale ; il est auteur de plusieurs conceptions fort distinguées, quoique faites sans la prétention de briller.

NUMA. — Gymnase. — Les administrateurs disent, sans le penser, qu'il marche sur les traces de Perlet et qu'il le surpasse dans quelques rôles : les auteurs qui lui confient des rôles pensent le contraire sans le dire.

NUMA (Mme). — Gymnase.— Femme étonnante qui à vingt-sept ans joue les tantes et les mères , ride sa jolie figure et cache sa taille sous d'épais vêtemens.

ODILE ( M"« ). — Porte-Saint Martin. — Ma-

demoiselle Odile, si connue par la manière dont elle fait l'Amour dans les petites Danaïdes , outre sa jolie figure et le talent qu'elle a comme actrice , possède encore une qualité qui la fait vivement rechercher; c'est le talent de raconter les anecdotes. Une de celles qu'elle rappelle avec le plus de charme est celle-ci :

« Un jeune musicien d'un théâtre de Paris devint vivement épris d'une actrice. L'actrice , dans un moment de gêne, désirait trouver un amant qui lui ofFrît à titre de prêt un billet de cinq cents francs. L'Amphion de l'orchestre promet cette somme; il est admis dans l'intimité de l'actrice. Le lendemain (car il paraît que la conversation s'étant prolongée le soir , le jeune homme avait élu domicile chez la dame J, le billet est remis. La jeune élève de Thalie n'ose le déployer ; mais elle le regarde attentivement et sourit. Le musicien sort, l'actrice ouvre le billet... c'était un de ceux que M. Desirabode , dentiste , a fait imprimer pour annoncer qu'un râtelier complet coûtait cinq cents francs, et auquel il donne la forme d'un billet de banque pour fixer les regards.»

ODRY. — Variétés. — En voyant Odry, le propriétaire reconnaît son fermier, le cultivateur croit entendre raisonner tantôt son garçon de labour , tantôt le maire de son village. Le naturel

avec lequel cet artiste porte le costume villageois, la vérité qu'il sait donner à sa démarche, à son accent , à ses gestes , lui assurent une place distinguée parmi les pensionnaires de Brunet. Il est digne de seconder Lepeintre et Tiercelin.

OLIVIER ( MUe ), Ambigu-Comique. — Organe flatteur et qui sait exprimer le sentiment, tenue décente mais peu de hardiesse ; elle a joué dans la haute tragédie avec un talent que le mélodrame ne lui a pas enlevé ; moins jolie que mademoiselle Aligniez elle est plus jeune qu'elle c voilà le signalement de mademoiselle Olivier, qui des bancs du Conservatoire est venue débuter à l'Ambigu -Comique. Elle donne des espérances aux amis de l'art dramatique.

OTZ ( M1Ie ). — Amiens. — C'est une jeune et jolie chanteuse, qui donne des espérances, mais qui , comme toutes les débutantes , force sa voix pour lui imprimer plus d'éclat, et crie souvent au lieu de chanter. Ce défaut, que l'habitude de la scène , la vue des grands modèles , une apparition dans la capitale, feront disparaître, est presque le seul qu'on reproche à cette actrice.

M. Colignon, directeur d'Amiens et de l'arrondissement dans lequel se trouvent comprises les

villes d"Ahbcvilh et Saint- Quentin , n trop heureux dans les représentation cette année par les acteurs nomades i I qui tiennent aux théâtres de Paris. M. Lag.i et sa femme, Aristippe , mademoiselle J« Vertpré , Laporte , du Vaudeville , n'ont pu réussir à réveiller la curiosité publique , et des connaisseurs en très-petit nombre se sont empressés <1< leê applaudir; Éric-Bernard, du théâtre de l'odéon , est le seul qui ;iit produit à hi direction d passables.

M. Colignon a cependant réuni cette année deux troupes, l'une de comédie, l'antre d'opéra. Les sujets les plus remarquables de < genre

sont Chevalier, qui joue les rôles dits Martin : c'est un comédien médiocre , mai> il (hante fort bien; Liez, dans remploi des trials, est un acteur fort gai. Le reste de la troupe est satisfaisant et remarquable surtout par l'ensemble. On trouve encore dans cette troupe un jeune homme nommé Damas, qui serait digne d'être placé sur l'un de nos grands théâtres français dans l'emploi des troisièmes rôles et confidens; il possède à un degré temarquable toutes les qualités nécessaires à ces sortes de rôles.

La- salle de spectacle d'Amiens a été restaurée ; les décorations sont admirablement soignées ; mais tel est le peu de goût que le public de cette ville

montre pour les jeux de la scène , que , malgré tous ses efforts, M. Colignon a cédé son privilège.

OZOUF ( Mlle ).— Marseille.— Est élève du Con. servatoire ; elle a surtout profité en grande partie des leçons de ses maîtres et des bons modèles qu'elle a eus sous les yeux. Toutefois, elle a beaucoup à apprendre et beaucoup à faire pour approcher des talens qu'elle se propose d'imiter, car tout en elle respire l'imitation : son jeu ne démontre aucune indépendance et a tout l'embarras de la servitude. Son âme est expansive ; aussi les rôles où il faut déployer de la sensibilité lui conviennent-ils mieux que tous les autres : elle les Joue ou paraît les jouer avec naturel, et trouve toujours moyeu de s'y faire applaudir ; mais elle manque généralement le trait comiqive , elle ne plaisante pas avec aisance ; ses yeux , qui pleurent avec tendresse , ne rient point avec malice. Toutefois , ces défauts peuvent être le résultat d'une étude trop précipitée : si le naturel est la base de l'art dramatique , l'application en développe les ressources. Les jeunes actrices qui se trouvent obligées de faire rapidement succéder l'étude d'un rôle à celle d'un autre , parce qu'elles ont indiqué un répertoire qu'elles ne savaient pas,

n< petm nr faire ressortit l« détails, et jouent tout I» urs rôles m comédiennes fjui sonpirenl ap dernière scène de Ih pièce. Communii*)

PALMYRE.— Ambigu. - Mademoiselle Pal m yrr joua jadis les amoureux - au théâtre <!<• l'Ambigu. V trmtc ans < lie jugea , on plutôt L'on jugea qu'il lui convenait d< dépose i la robe de satin et d'endosser !«• justaucorps dei duègnes, détenu sans propriétaire depuis Ja mort de madame noi. Elle se consola de De petit d< ut, en

pensant que les amours souriraient à la métamorphose , et qu'elle rencontrerait plus d'un jeune homme qui voudrait Être l'appui de sa vieillesse. Vain espoir i l'heure de la retraite était sonnée pour le plaisir. M. Volney, célèbre par ses voyages, se trouvait à l'avant-scène, à l'Ambigu, certain jour où l'affiche annonçait notre duègne. Le noble pair dit à son ami, le spectacle fini : avouons que j'ai été bien simple d'entreprendre mes voyages ! 11 m'a fallu des sommes considérables pour visiter l'antique cité de Tad-

mor (*) , tandis que je pouvais à l'Ambigu , pour un écu , voir les ruines de Palmyre.

PARADOL ("Madame). Je lis dans le Journal des Théâtres :

« Jamais on n'obtiendra de madame Paradol rien qui ressemble à de la sensibilité. Elle n'a pas même l'instinct de son art ; et qui la regarde ou l'écoute attentivement , lui voit , l'entend commettre des fautes dont la source est dans l'absence totale de la plus simple intelligence. Le public reconnaît enfin jusqu'à quel point on a voulu l'abuser sur le compte d'une actrice mauvaise à l'Opéra , et qui a encore moins de disposition pour la tragédie. Ensuite vient une petite boutade que je traduis par un vers de Boileau. On ne dira pas à cette actrice :

Pour me tirer des pleurs il faut que vous pleuriez ; mais

Voulez- vous faire rire ? il faut que vous pleuriez. » Voilà pourtant comment l'Aristarque juge madame Paradol Convenons que M. le rédacteur n'est pas galant Opposons à ce critique

un avocat muni de pièces , il plaidera en faveur de la princesse. C'est M. Aubry, poëte très-

(*) Autrement Palmyre.

connu dans VAnnutuvc (lramati<juc l< (l'Apollon s'écié d»0« h.» iDMin n; «!< d< I:

Justement tu sus nousséduin , Et ton succès fut mérité :

C'est le fruit qu<" devait produis Le talent joint à la b< i

Eh bien! monsieur te journaliste...

vous promptement , j. rotta !<• I 'imst -ill. M. Aubry est susceptible d< tire conséquente, qui aura des suites m que la premier* écrite pai An liiloque. .. ; i l'intérêt que fe porte à la i n d'un sj)i

rituel écrivain, dont l< | du goût, et

qnî de laisse pas effac< . ■■ ■ netitat

des demi-diemx et des d irons conjure di

déclarer la inère de Néron digne de 1 a universelle, de mander à tous vos lecteurs de lui trouver autant de talent que de beauté ; lâche/. lui même les larmes (fans la voix , accordez-lui d< l'âme , de la sensibilité , des gestes toujours d'accord avec la raison; soutenez que si quclqm foi Néron secoue vigoureusement madame sa m< ce n'est pas pour tâcher de l'animer, mais au contraire pour calmer le l'eu qui la dévore , la fièvre qui la consume ; élevez-vous contre un parterre ignorant qui ose bâiller, et même dormit aux accens de madame mère. M. Aubry, s'élan-

çant sur Pégase, vous enverra, franc de port, un quatrain à rimes croisées.

PASCAL. — Porte St.-Martin. — Grande utilité, père noble ; comme il a la figure un peu moutone , on l'a surnommé Y Agneau pascal.

PASTA (Madame).— Italiens. — M. de Stendhal a raison , rien au monde de plus difficile que d'essayer un portrait musical de madame Pasta I... Quel dilettante n'a passa phrase toute faite., et qui ne serait mécontent de ne pas la trouver ici? mais dans la juste admiration que cette grande cantatrice inspire au public, le lecteur le plus bienvenu lant trouvera ce portrait sans couleur et mille fois au-dessous de ce qu'il attendait.

Rossini n'a jamais écrit pour madame Pasta. Le hasard lui fit rencontrer l'aimable et gracieuse Marcolini ; il fit la Pieira det paragone; la magnifique Colbrand 3 et il composa YEllsabeth ; le passionné et terrible Galli, et nous eûmes à admirer des personnages tels que le Fernando , de la Gaza ladra , et le Mahomet, du Macmetto secondo.

Le hasard a offert depuis à Rossini une actrice jeune , belle , remplie d'âme et d'intelligence , ne s'écartant jamais dans ses gestes de la simplicité la-pkis vraie et la pins suave, et cependant ton

jours Gdtle aux formes du beau idéal 1« plu.-» pur) une voix qui. j chaque instant, reproduit h ▼issemeus que donnaient jadis les chintews d< la bonne écolo ; une voix qui sait rendre touchante la parole la plus simple d'un récitatif, on dont les necens poissa n s forcent les lus rebelles

à partager l'émotion qu'ils expriment dans un grand air. Sans doute il faut espérer qu'ayant étudie la voix d< madame Pasta, il écrira dans ses cordes .- Quel chef-d'œuvre 1 et quel triomphe pour l ai ti i< e I

Parmi tou> li . op< ra dans lesquels cette cantatrice a chanté a Paris, on ne \oit que Le second et le troisième acte de Roméo qui conviennent bien aux conditions d< sa voh et à m manière de U conduire, et cependanl madame Pasta charme les cœurs avec une musique qui contr; et demande des tours de force. Eigurons -nous maintenant Rossini composant pour cette actrice 1 c'est alors seulement qu'on pourra la juger.

La voix de madame Pasta a une étendue considérable; elle donne d'une manière sonore le la sous les lignes, et s'élève jusqu'à Y ut dièse et même au rc aigu. Madame Pasta a le rare avantage de pouvoir chanter la musique de contre-alto, comme celle de soprano. Par une particularité singulière , sa voix n'est pas d'un seul métallo , comme on dirait en Italie , et cette différence dans le-

dune paèhïë voix est un des plus puissans moyens d'expression dont sait se prévaloir l'habileté de cette grande cantatrice. Les Italiens disent de cette voix , qu'elle a plusieurs registres, c'est-àdire des physionomies différentes , suivant les diverses parties de l'échelle musicale où elle vient se placer. L'histoire de l'art tendrait à faire croire que ce n'est pas avec une voix également argentine et inaltérable que l'on obtient te chant passionné. Jamais une voix de cette sorte n'atteindra à ces sons voilés et en quelque sorte suffoqués, qui peignent avec tant de force et de vérité certains momens d'agitation profonde , d'angoisse passionnée. Il serait presque impossible d'indiquer uri ornement mis en usage par madame Pasta , qui n'ait pas toutes les grâces de la bonne école et qui ne puisse servir de modèle.

Quels termes pourrait-on employer pour parler des inspirations célestes que l'actrice révèle par son chant , et des aspects de passions sublimes ou singulières qu'elle sait nous faire apercevoir ! secrets sublimes, bien au-dessus de la portée de la poésie! On a demandé quel avait été le maître de madame Pasta comme actrice : elle n'en a jamais eu d'autres que son cœur. A Trieste , un pauvre enfant de trois ans qui s'approche d'elle et qui demande l'aumône pour sa mère aveugle, la

fait fondre en larmes sur le port où elle se promène ; elle lui donne tout ce qu'elle a. Les amis qui étaient avec elle , parlent de charité , de bonté. Quand elle a essuyé ses larmes: « Je n'accepte point vos louanges ; cet enfant m'a demandé l'aumône d'une manière sublime : j'ai vu en un clin-d'œil tous les malheurs de la mère, la misère de leur maison , le manque de vêtement, le froid qu'ils souffrent bien des fois. Je serais une grande actrice, si , dans l'occasion , je pouvais trouver «» geste exprimant le malheur avec cette vérité. t> Madame Pasta a trente-deux ans.

PAUL. — - Grand Opéra. — Il y a une vocation pour la danse comme pour les autres arts ; vous ne pourrez pas plus empêcher Talma d'être le premier tragédien de l'époque actuelle , que Paul de s'élancer dans l'espace et de conquérir le titre d'aérien à force de souplesse et de légèreté. Mais cette vocation se prononcera-t-elle tout-à-coup ? Que faut-il au talent pour s'emparer de la renommée , pour être averti de sa glorieuse mission ? Souvent le hasard , plus souvent le bruit ou la vue d'une réputation contemporaine. Duport, le fameux Duport, arrive à Marseille, toute la ville accourt au théâtre, et le jeune Paul avec elle. Paui né à Marseille , de parent qui jouissaient d'une"

iionnète aisance, avait reçu une éducation soignée ; mais l'étude de la danse n'y était entrée que comme agrément. C'en est fait, la vue de Duport a révélé à l'élève imberbe de Terpsychore qu'il doit un jour illustrer son art , et le maître accueille avec bonté cette brillante espérance.

Ed io sono pittore....

Et moi aussi je suis danseur , s'écrie Paul à la vue de Duport, et à douze ans il s'était déjà placé au-dessus de tous les dieux sautans de l'Olympe. Il grandit en faisant des pirouettes et des sauts périlleux; il saute d'abord à Marseille, puis à Lyon, puis enfin à l'Académie Royale des entrechats , et son succès fut pyramidal , pour me servir d'une expression du noble vicomte d'Arlineourt. C'est à la force de son jarret que ret acteur doit sa réputation européenne. C'est le danseur le plus extraordinaire de notre époque ; il bondit d'une manière desespérante pour ceux qui tenteraient de l'imiter.

PAUL. — Porte-St. -Martin. — Il était jadis aux Variétés, où il se faisait remarquer moins par son talent que par son ex«essive timidité. L'âge lui a donné de l'assurance. Paul a une jolie voix; il a trop de talent peut-être pour la porte St. Martin.

PAUL. — Ambigu-Comiques — Jeune corné-

dien qui remplit assez bien les rôles de niais « se travestit surtout avec beaucoup d'art.

PAUL-LOCH ( Madame ). - Madame Paul mérite un petit article dans la Biographie , non pour son talent comme cantatrice , mais pour une qualité plus rare que le talent. Elle a chanté à Aix-la-Chapelle devant la reine de Suède et le prince Oscar, sans accepter leurs présens. Aujourd'hui que tant de gens fredonnent devant des grands, on peut prendre note de ceux qui ne vendent pas leur gosier.

PAULIN. — Variétés. — Il double bien Tousez dans les amoureux ; il soupire avec grâce et chante juste.

PAULINE ( Mademoiselle ) . — Variétés. — Souveraine , qui se serait fort bien passée de voir mademoiselle Jenny partager le trône qu'elle occupait aux Variétés depuis la fondation de ce théâtre par cette artiste : sa tournure gentille , ses minauderies , sa jolie voix , son petit air , étaient pour les auteurs un charmant avocat qui plaidait leur cause avec succès. Que de pièces ont dû leur réussite au jeu de mademoiselle Pauline ! Il y a

quelques années, c'était l'actrice à la mode; l'étiquette du jour exigeait qu'on la connût, qu'on sût par cœur les couplets qu'elle chantait. C'est à cette époque qu'on voyait dans toutes les boutiques ce joli portrait de Pauline dont il reste encore un grand nombre d'exemplaires, parce que le Parisien aime mieux regarder les gravures que de les acheter. Le temps qui efface les souvenirs n'a point détruit celui de son ancien éclat. Aujourd'hui elle fait encore plaisir ; mais on remarque avec peine qu'elle lutte contre le vieillard inexorable qui dans sa course, aux coulisses comme aux salons, flétrit les roses, quand le printemps est passé. Née en mars 1784.

PELLEGRINI. — - Louvois. — Chanteur et comédien excellent. La nature ne lui a donné ni les formes d'un Hercule , ni les grâces d'Apollon ; mais en compensation elle lui accorda un masque original , une voix pleine de charme et de pureté, de la vivacité, de l'âme. Il doit à l'art une prononciation nette et pure , un jeu comique et entraînant, une pantomime expressive. Pellegrini , qui a longtemps habité l'Italie , qui a chanté sur tous les grands théâtres de cette terre classique , en a toutes les manières , la verve , la vivacité et le brio, pour parler comme en Italie. « Jamais, dit un dilettante ultramontain, Préville n'a joué Fi-

garo comme Pellegrini , dans le Barbier de Sèville. Cet acteur inimitable a toute la légèreté gracieuse , toute l'allure scélérate et prudente d'un jeune chat. Lorsque , plus tard , il est dans la maison de Bartholo , sur sa mine seule il est pendable. » A Paris , nous avons entendu plus d'une fois blâmer les bouffonneries que Pellegrini se permet sur la seèire ; assurément ceux qui accusent Facteur n'ont; jamais vu l'Italie : qu'auraient-ils dit de Paccini?

Voici Fune des mille folies de ce bouffe: Il jouait Geronimo du Turc en Italie, au théâtre de la Scala. Il faut savoir que ce soir-là la société était fort occupée d'un pauvre époux qui était loin de prendre avec philosophie les accidens de son état ; on ne parlait dans la plupart des loges de la Scala , que des circonstances de son malheur qu'il venait d'apercevoir le jour même. Paccini, contrarié de voir que personne ne faisait attention à l'opéra , se mit , au milieu de sa cavatine , à imiter les gestes fort connus et le désespoir du mari malheureux. Cette impertinence répréhensible eut un succès incroyable ; il y eut de la progression dans les plaisirs du publie. D'abord quelques personnes seulement s'aperçurent qu'il y avait un grand rapport entre le désespoir de Paccini et celui du duc de ***. Bientôt le public tout entier reconnut les gestes et le mouchoir du

pauvre duc , qu'il tenait sans cesse à la main lorsqu'il parlait de sa femme , pour essuyer les larmes du désespoir. Mais comment donner une idée de la joie universelle , lorsque le duc malheureux lui-même arriva au spectacle , et vint se placer en évidence dans la loge d'un de ses amis , fort peu élevée au-dessus du parterre ? Le public en masse se retourna pour mieux jouir de sa présence. Nonseulement ce mari infortuné ne s'aperçut point du grand effet qu'il produisait ; mais encore le publia reconnut bientôt à ses gestes, et surtout aux mouvemens piteux de son mouchoir, qu'il contait son malheur aux personnes de la loge où il venait d'arriver , et qu'il n'oubliait aucune des circonstances cruelles de la découverte qu'il avait faite la nuit précédente.

Il faut savoir combien les grandes villes d'Italie sont petites villes sous le rapport de la chronique scandaleuse et des aventures d'amour, pour pouvoir se figurer les accès de rire convulsif qui saisirent un public vif et malin, à la vue de l'époux malheureux dans la loge , et de Paccini sur la scène, qui, les yeux fixés sur lui en chantant sa cavatine , copiait à l'instant ses moindres gestes et les exagérait d'une manière grotesque. L'orchestre oubliait d'accompagner , la police oubliait de faire cesser le scandale. Heureusement quelque per-

s»nne sage entra dans la loge, et parvint, non sans peine , à en extraire le duc éploré.

PERLET. — Perlet erre de ville en ville , de province en province ; il porte dans les départemens un talent que nous admirions. Mais c'est par nécessité que cet artiste s'exile. Perlet étant au Gymnase , ne voilà-t-il pas que MM. de la Comédie française décrètent qu'il est plus honorable d'être membre de leur société que pensionnaire de M. Poirson ? ne voilà-t-il pas qu'ils somment, au nom de l'autorité, erlet d^ vouloir bien venir s'aggréger à la corporation ? ne voilà-t-il pas que Perlet, nouveau Cincinnatus, préfère la médiocrité de sa position à l'éclat qu'on lui offre ? ne voilà-t-il pas qu'on lui défend un plus long séjour au Gymnase ? L'artiste quitte le théâtre de sa gloire , et va faire applaudir à la province le premier de nos acteurs comiques victime d'une injustice et de l'absurdité d'une loi ( s'il est une loi qui puisse enlever un artiste à un théâtre inférieur ). C'est une question qu'il serait absurde de vouloir discuter, que celle de savoir si un artiste ne peut regarder son talent comme un bien à lui appartenant, insaisissable , tant qu'il n'y a point lui - même placé une hypothèque. Perlet reparaîtra quand l'autorité reviendra sur sa

décision ; en attendant , il cueille des lauriers et emporte de l'argent partout où il passe. Les comédiens français n'ont donc pu lui faire tort ; c'est nous seuls qui sommes victimes de leur ridicule prétention.

PERRIER. — Odéon.— Sans contredit un des comédiens qui tiennent avec le plus d'éclat les premiers rôles. Perrier , qu'un talent consommé avait appelé dans le temps à la Comédie française et que l'intrigue en avait écarté , est venu montrer à l'Odéon un des plus beaux ornemensde notre scène. La manière dont il a joué le Philînte de Molière , l'Amant bourru , Dorsan , de la Femme jalouse , leMenteur, don Juan, du Festin de pierre^ l'a fait accueillir avec enthousiasme. Perrier a trouvé dans l'intérêt qu'il inspire la consolation du malheur qui vient de le frapper. Ayant confié une forte somme, fruit de ses économies , à un agent de change, une faillite la lui enleva. Ses camarades, c'est-à-dire tous les artistes des théâtres de la capitale , lui offrirent une représentation à bénéfice. Le public s'y porta enfouie; c'est ainsi que dans ce siècle , où l'égoïsme semble un principe dominant de la société , on trouve dans une classe que le préjugé a longtemps abaissée, des sèntimens qu'on chercherait vainement ailleurs*

PERRIN. — Porte-St.-Martin, Un des amou-

reux qui font le plus de plaisir dans le vaude= ville ; jouant toujours avec décence et bon ton , ayant une jolie voix qui exécute même des morceaux extrêmement difficiles; doué d'un physique avantageux, quoiqu'il soit un peu trop chargé d'embonpoint. Tel est Perrin ; plus d'un théâtre l'envie à la porte Saint Martin. Les bons amoureux sont si rares , que ceux qui les ont les abandonnent difficilement.

PHILIPPE. — Vaudeville. —Colonne inébranlable du Vaudeville , Philippe a , dans des intervalles de mauvaise fortune pour ce théâtre , fixé le rire rue de Chartres. Il n'a jamais cessé de déployer du zèle ; c'est l'acteur le plus infatigable qui soit dans le monde dramatique : il brûle la planche avec une audace dont souvent la plus saine partie du public est dupe ; la volubilité de sa voix et de son jeu est telle, qu'il ne laisse pas le temps de réfléchir ; il enlève les suffrages sans qu'on puisse se rendre compte des sensations qu'on éprouve. Content du premier et souvent de l'unique apanage des artistes , la gloire , Philippe a passé une grande partie de la carrière que le ciel lui destine dans un esprit d'épicurisme : l'âge mûr a fait naître en lui le désir de desservir le temple de Plutus et de mêler aux grelots de Momus le son argentin quf frappe l'oreille des banquiers; il a

épousé mademoiselle Volnais. On assure qu'il est devenu propriétaire, et presque seigneur châtelain... 6 temporal ô mores ï... mais surtout ô temporel II!

PHILIPPE. — Porte- Saint- Martin. — Philippe!!.,, à ce nom les habitués du mélodrame frémissent, les acteurs secondaires pâlissent... jamais homme ne joua mieux le mélodrame que Philippe. Qui pourrait donner au vampirisme une teinte plus lugubre ? le masque de l'acteur surpasse tout ce que l'imagination peut se créer de chimères. Le Solitaire fut représenté par lui tel que l'avait conçu l'esprit quelquefois délirant du noble vicomte d'Arlincourt. Philippe, dit-on, va se lancer sur la scène du Second Théâtre-Français. 11 est à craindre que son début ne soit funeste à l'art dramatique. Philippe , qui jadis eût pu faire un bon tragédien classique, ne peut briller main tenant que par des défauts qu'il saura déguiser, et que ie public, ami du merveilleux , adoptera. Sa manière sera copiée; il deviendra chef d'école. Puissions-nous nous tromper!

PIERSON. — Porte- Saint-Martin. —Comédien charmant, danseur original, utile, indispensable au théâtre de la Porte-Saint-Martin. 11 a montré , lors de la retraite de Potier , qu'il pouvait lultei avec cet acteur original,

PIERSON ( Mme et M11' ). — Porte-Saint-Martin. — Madame Pierson , danseuse de ce théâtre, peut céder sa place à sa fille : c'est à ce petit bijou qu'est dû le succès de la Laitière suisse.

PITROT. — Vaudeville. — Longtemps il fit les délices de Rouen : c'était le Joly de la province. Original, habitué à la scène, ayant une intelligence profonde et beaucoup d'esprit de détail. Il a rendu de grands services rue de Chartres , quand Joly était éloigné du théâtre.. Depuis que ce dernier est rentré , il se trouve placé dans un rang secondaire ; mais son talent n'en brille pas d'un moindre éclat.

PINSON. — Nismes. — Froid. — Et comment? comme le marbre ? — Vous n'y êtes pas. - — Comme la glace ? — Pas encore. — Comme quoi donc ? — Créez des expressions nouvelles, et appelez à votre aide le génie de l'auteur d'Ipsiboë, du Solitaire 3 et peut-être exprimerez-vous ce qu'aucune langue humaine ne saurait exprimer.

PLANÇON. — Gaîté. — Ce jeune acteur, dont la taille est avantageuse et la figure agréable, se fait remarquer par beaucoup d'intelligence et de bonne volonté. Les essais qu'il a tentés dans plusieurs rôles importans ont été couronnés de succès , et les applaudissemcns qu'il reçoit prouvent que

le public sait reconnaître les efforts qu'il fait pour lui plaire.

PONCHARD. — Opéra-Comique. — Le mot perfection est le seul qui se présente toutes les fois qu'on veut parler de la voix de cet acteur. Si Ton croit à la métempsycose , Ponchard devait être jadis un rossignol. C'est Apollon tel que les anciens se le figuraient. Né à Lyon, il doit aux encouragemens des habitans de cette ville la rare perfection à laquelle son talent est parvenu. C'est surtout pour les aveugles que cet artiste semble avoir été formé. Quand on lui donne des éloges comme comédien , c'est par suite de l'engouement que cause son chant : il n'est rien moins qu'acteur. Mais il faudrait qu'il fût le plus ambitieux des hommes, pour ne pas se contenter du lot qu'il a reçu du ciel. Après l'avoir entendu dans la grande ariette du Jugement de Midas, on lui décerna le titre d'Apollon, et une couronne avec ces vers :

Le dieu dont la mythologie Nous vante les accords touchans , Eut-il la brillante magie Que l'on admire dans tes chants ?

On le dit , je veux bien le croire , x Je ne veux pas ternir sa gloire ;

Mais sois bien certain qu'ici-bas Le sot le plus incorrigible , A ta voix devenu sensible , N'eût pas jugé comme Midas,

POIRIER. — « Un Allemand peut-il avoir de l'esprit ?» demandait le P. Bouhours , qui résolvait négativement la question. Un acteur de province, voire de Saint-Malo, peut -il avoir du talent? Eh! oui, messieurs , et beaucoup de talent. Si vous passez jamais à Saint-Malo , à Rennes, au Mans, et que vous lisiez le nom de Poirier sur l'affiche de spectacle 9 prenez votre billet au bureau , et vous ferez part de ce que vous aurez vu à vos amis et à vos connaissances.

PONTEIL. — Toulouse. — D'où vient cet acteur? A-t-il prié sur la tombe de Paris? a-t-il dévotement avalé quelques parcelles de la terre du bienheureux diacre ? Il saute , s'agite , se démène comme un convulsionnaire ; dans d'autres temps on l'eût exorcisé comme un possédé. « Il faut avoir le diable au corps, disait Voltaire, pour faire et jouer une tragédie. Ponteil a pris le mot à la lettre.

POTIER, — Porte-Saint-Martin. ~~ Il se fît

d'abord connaître à Paris au théâtre des Victoires nationales. Il joua le personnage de Dasnières avec assez de comique pour faire plaisir dans un rôle qui était devenu si difficile, par la manière dont Baptiste avait coutume de le remplir. Potier chantait alors avec beaucoup de modestie la gloire de celui qu'il imitait : au moment où il se couchait , ii disait :

Mon bonnet, loin d'être élégant, N'est qu'une faible parodie De cet acteur dont le talent Fait aimer la moindre saiHïe.

Sans prétendre lui ressembler, En vain je le suis à la piste ; Ce chiffon peut-il égaler Le charmant bonnet de Batiste ?

On arracherait aujourd'hui avec peine un pareil aveu à Potier : c'est que , depuis ce temps , Potier a vu beaucoup de changemens dans sa destinée ; il a fait et fait encore l'engouement de la capitale ; aussi en moins de quatre ans a-t-il gagné plus de cent soixante mille francs. On ne trouve pas sa fortune injuste , car on ne saurait se lasser d'admirer son prodigieux talent. Pas un acteur qui possède comme lui l'art de varier les caricatures , d'exciter le rire par ses saillies heureuses , ses bons mots, ses a parte, son jeu muet, l'en-

semble de sa physionomie. Le théâtre des Variétés était le théâtre de Potier; il a senti la faute qu'il avait faite, et un moment il disparut et repassa chez Brunet ; mais le code français , plus fort que l'artiste , le ramena aux boulevards Saint- Martin. Au mois d'avril il rentrera dans son ancien domaine.

POUILLEY ( M*e ). — Marseille. — Encore une de ces actrices dont les débuts donnent toujours de belles espérances qui ne s'accomplissent jamais. A son âge, si l'on n'est pas une comédienne supportable , on ne le deviendra jamais. Il n'est pas possible de défigurer comme elle le fait madame Melval des Voitures versées. Son chant valait quelque chose il y a quelques années.

PRADHER ( M*»» ). — Opéra-Comique. — Véritable rose d'amour , madame Pradher , célèbre sous le nom de mademoiselle More , est une des plus jolies perles du théâtre Feydeau : elle a grâce parfaite, gaîté douce , air de candeur et de naïveté qui donne à tout^ sa personne un charme inexprimable Les auteurs aiment à lui confier leurs rôles; le public la voit chaque jour avec un nouveau plaisir. Nous ne parlerons pas de sa jolie figure, elle est passée en proverbe. (Vingt-huit ans.)

PREVAL. — Artiste. — A débuté au Gymnase

dans le rôle d'Ambroise iïJtexis: il a été accueilli, Ce n'est pas une raison pour être engagé , et c'en est souvent une pour ne l'être pas.

PREUX (St. ). — Lille. — Qui diable a inspiré à cet acteur estimable de jouer dans les pièces de M. Scribe? Quel rôle allait-il choisir que celui du Gastronome sans argent ! Cette figure , ce corps , n'appartiennent pas à un homme qui n'a rien mangé depuis vingt-quatre heures: point de souffrance dans ses traits ; quelle immobilité dans la physionomie i et tous ces jolis mots , ces riens spirituels, comme ils tombent pesamment de la bouche de Saint -Preux I... Aux carrières , aux carrières ! à l'ancien répertoire , M. Saint-Preux , où vous serez toujours , sinon très-bien , du moins convenablement placé.

PROVOST. — Odéon. — Provost , professeur et élève du Conservatoire , par son abord froid , son ton pédantesque et tranchant , était parvenu à imposer à ses camarades, et par suite à ses élèves. Avant ses débuts on le plaçait l'égal de Joanny, d'Eric-Rernard et du jeune Victor. Provost a paru , et le public le fait marcher de ligne avec Théodore.

PRUDENT. — Gymnase. — • C'est un amoureux qui ne soupire pas mal, chante avec grâce , mais qui était mieux à Lyon qu'à Paris, parce qu'il

n'avait point à redouter de comparaison. Il a du mérite, et il obtiendra du succès pendant les congés de Gonthier, si Gonthier permet qu'on porte ses habits quand il voyage.

PRUDHENT ( M»« ). — Gaîté. — C'est une des premières danseuses du boulevard du Temple. Elle eût pu espérer de paraître sur une scène plus élevée, si elle avait pu parvenir à tourner ses pieds en dehors.

QUERIAU ( Mme ). -— Danseuse qui ne peut rester en place. Madame Queriau a montré ses jambes sur plus de trente théâtres. Excellente mime , elle arrache souvent des larmes : son triomphe était le rôle d'Agnès dans le ballet de Fitz Henry. Elle a eu aussi l'honneur de faire courir Paris. Elle reçoit en province des couronnas qu'elle laisse et de l'argent qu'elle emporte. Un poète départemental, chez qui l'admiration produisit sans doute le délire , lui adressa un compliment dans la langue des dieux ; il disait à la danseuse :

Votre front paraît un trône...

Les jambes de madame Queriau sont sans doute,

pour continuer la métaphore, les colonnes qui servent 4e base au temple.

QUERIAUX. — Danseur du théâtre de Bordeaux. — a Donnez-moi du mouvement et de la matière, disait Descartes, et je ferai un monde. » Il serait plus aisé de trouver ce que Descartes demandait, que de donner de la grâce au danseur Quériaux.

QUINEY. — Grand-Opéra. — Ce nom est inconnu à presque tous ceux qui fréquentent ce théâtre de séduction et d'enchantement, et en vérité il devrait sortir de son obscurité. C'est un artiste qu'on prête à l'Opéra cinq ou six fois l'année , et qu'on se hâte de faire rentrer dans les coulisses , de peur que son éclat n'offusque certain regard envieux. Mademoiselle Quiney possède une voix forte et jeune , une bonne prononciation : ces dons-là sont-ils si communs ?

RAFFILE. — Ambigu -Comique. — Raflfïle partage avec Paul l'empire de la farce. Comme lui , il fait diversion aux horribles sensations des productions guilbéreennes.

RAVENOT ( M^c ). i première danseuse du

théâtre de Marseille. — Il y a un an , nous vîmes mademoiselle Ravenot dans le rôle de Fulbert , de V Heureux Naufrage ; sa pantomime nous parut animée, expressive, gracieuse... Quelques jours après, nous la revîmes dans le même rôle; elle était gauche , lourde , pesante : qui nous expliquera cette métamorphose ? — On dit qu'il s'élève en silence une jeune personne qui pourra lui enlever le sceptre de la danse qu'elle portait à Marseille : c'est mademoiselle Évelina.

REVELLE. — Régisseur du grand théâtre de Lyon. ~ Il n'y a peut-être pas deux Revelle dans toutes les troupes comiques de France; opéracomiques, ballets, comédies , on le voit partout , et il ne se passe pas de jours qu'il ne joue. Il a de la finesse, une grande habitude de la scène , beaucoup de verve ; malheureusement il est enrhumé ou enroué toute l'année : l'oreille éprouve autant de peine à l'écouter, que l'œil du plaisir à le voir.

RICHARD-MUTÉE ( M*e ). Marseille. — Elle s'est montrée à Paris, au Vaudeville : elle avait toutes les qualités requises pour être utile à ce théâtre ; mais , peu favorisée sous le rapport du physique, ceux des spectateurs , ou plutôt ceux des directeurs qui semblent voir sans écouter , l'ont jugée indigne d'une scène qu'elle eût honorée. Madame Richard-Mutée a porté vers les B<mi-

ches du Rhône un talent qu'on méconnaissait , et là, chaque soir , elle fixe les ris et la plus franche gaîté. Elle se travestit avec art; à l'exemple de certaine actrice de la rue de Chartres , elle ne change pas seulement de costume , l'illusion est telle quand elle se métamorphose , que l'invraisemblance cesse , et que le spectateur serait souvent trompé sans les aveux que l'actrice fait de ses déguisemens.

RICHEBOURG. — Marseille. — Il prête dans la Vestale , au vainqueur des Gaulois, l'allure d'un petit-maître d'opéra-comique,

RIGAUD ( Mme). — Méthode admirable, goût exquis, voix pure, flexible et légère, voilà ce qui distingue madame Rigaud , jadis mademoiselle Paiar : c'est le rossignol femelle de Feydeau. N'ayant plus rien à acquérir du côté de la voix , elle a tourné ses études vers l'art du comédien, et ses travaux sont tous les jours couronnés de succès ; elle sonde le terrain en comédienne prudente , elle ne s'égare jamais : quelquefois elle est timide, parce qu'on voit qu'elle ne connaît pas encore certain endroit du pays ; mais bientôt elle se rassure et marche d'un pas assuré. Encore quelque temps, et madame Rigaut sera au premier rang des élèves de ïhalie : Madame Gavaudan semble lui avoir laissé sa pi~

qjuante malignité, son aisance naïve et toutes les autres qualités que possédait cette actrice , dont on regretterait trop la retraite, si Mme Rigaut s'éloignait. (Née en 1798. )

RODELLE. — Artiste ambulant. — On assure que ses errantes destinées finiront bientôt , et que l'EUeviou nomade qui enchantait les rives de PIsère et de l'Orne, se produira sur un noble théâtre. Rodelle est jeune ; il a de la chaleur , une jolie voix, une bonne méthode de chant; avec tant d'avantages on doit avoir de l'ambition : on dit qu'il n'en manque pas.

•ROGET. — Metz.

In vitium duclt ctitpœ fuga.

En français:

« On échange quelquefois son cheval borgne contre un aveugle. »

Axiome qui prouve au directeur de Metz la nécessité de garder M. Roget.

ROLAND. — Voyez-vous cet appartement de dix pieds de haut, aux murs sales et humides, dont le plancher est vermoulu? c'est ce qu'à Lyon On appelle le foyer des Célestins ; le public n'y est pas admis... Quelquefois en sortant du spectacle, ï! entêta des ricanemens semblables à ceux du

Pandemonium de Milton, et il demande d'où par= tent ce» ris inextinguibles ; on lui répond : c'est le sanhédrin femelle du théâtre des Çélestins qu'Hippolyte Roland met en joie. Hippolyte est le loustic de la troupe , l'homme aux bons mots ; c'est un acteur qui ne manque pas d'esprit ni de talent comique.

ROSAMBEAU. — Grand théâtre de Lyon. — Gros et gras , organe ampoulé , de la chaleur , peu de tenue.

ROUGE ( M"« ). — Danseuse de la Gaîté. — Un pas de deux dans le ballet de la fausse Clef nous a révélé l'existence de cette jeune danseuse; il faut qu'elle travaille.

Labor improbus omnia vincit.

c'est-à-dire,

Qu'à force de sauter , elle apprendra à danser.

ROUSSEL. — Gymnase. — A débuté au Théâtre-Français avec succès. Il a été reçu au Gymnase. Il n'a pas jugé à propos d'accepter les conditions peu avantageuses que lui firent les matadores de la Comédie Française. Il pense un peu comme Petit-Jean, que

Sans argent l'honneur n'est qu'une maladie,

On regrette de ne le pas voir plus souvent : c'est un de ces artistes que l'administration peut et doit mettre en évidence ; elle en a tant qu'elle devrait cacher I

ROY. — Nantes. — Bon acteur de province. 11 fait un peu de tout , et tient le milieu entre le bon et le mauvais ; il est infatigable :

Ms triplex et,..

SAINVILLE. — Grand-Opéra. — On pourrait lui appliquer ces vers où le père Sanlecque nous peint un orateur qui

Pour ta moindre syllabe ouvre toute la bouche , Et craignant que sa voix n'avorte entre ses dents , Lance de ses poumons des mots toujours tonnans.

Telle est, en effet, Mademoiselle Sain ville : elle exagère les passions au lieu de les peindre , et remplace les gestes par des contorsions. Mademoiselle Sainville ne va donc jamais aux Italiens , elle n'a donc jamais vu madame Pastadans Mèdée? Voilà le modèle qu'elle doit étudier ; quelques heures passées en contemplant cette admirable actrice > lui révéleront des secrets demeurés cachés

.?.85 pour elle jusqu'à ce jour. C'est à Louvois qu'elle apprendra que la tragédienne lyrique et le fort de la Halle sentent ou expriment diversement la colère , la pitié , l'émotion, le délire et les autres passions de l'âme.

SALPÊTRE. — Marseille. — On Fa vu jadis à la Comédie française. Il a beaucoup de verve et de mordant. Satisfait de sa portion de gloire comme acteur, il a semblé, il y a quelque temps 7 chercher un autre genre de célébrité. Ne trouvant pas assez comique la prose de Molière , il s'est avisé de faire une plaisanterie qui lui a valu bon nombre de huées. Cet acteur jouait le rôle de Sganarelle du Médecin malgré lui. Il me semble , dit Géronte dans cette pièce , que le cœur est placé à gauche et le foie à droite. Oui , répondit Salpêtre Sganarelle ; mais nous avons changé tout cela depuis la révolution. Salpêtre , qui gâte si souvent Molière par la manière dont il joue , devrait bien s'abstenir de le rendre ridicule par les additions qu'il ose faire à ses chefs - d'œuvre. M. Salpêtre ressemble à ce prote d'imprimerie qui , par amitié pour Voltaire , changeait le sens des phrases. Dieu préserve les auteurs de pareils admirateurs !

SAI^T-AMAND. — Porte St-Martin. — Un«

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des premières duègnes de Paris : elle reste aux Boulevards , parce qu'elle préfère le repos aux coteries. Sa verve est très - comique , sa gaîté communicative. On aurait regret de la voir vieillir, si son talent ne semblait rajeunir chaque jour.

SAINT -ELME. — Rouen. — Longtemps il joua les petits-maîtres , les marquis , au grand théâtre de Lyon. Il était froid , maniéré , mais ne manquait pas d'une certaine aisance sous l'habit habillé. Il paraît qu'à Rouen , comme à Lyon , on lui reproche d'être dépourvu de sensibilité. Mademoiselle C haubert , jeune personne de 27 à 3a ans , à laquelle il donne des leçons depuis quinze aus à peu près , a les défauts et les qualités du maître. La ligure de l'actrice ne manque pas d'un certain charme ; mais il est quelques lettres de l'alphabet dont la prononciation imprime à sa physionomie je ne sais quel mouvement convulsif qui n'a rien d'agréable. Saint -Elme et Mademoiselle Chaubert sont , du reste , deux artistes aussi estimables sur la scène que dans la vie privée.

SAMSON. — Odéon. — Samson , justement surnommé l'infatigable , est un des plus fermes, soutiens de l'Odéon. Méprisant la routine des traditions , cet artiste s'est créé un genre dont lui

sétd a la clei. Honore de la laveur du public , encouragé par ses succès , enhardi par la connaissance de ses forces , Samson acquerra une juste célébrité. Monrose et lui marcheront sur la même ligne , bien que par des routes différentes ; ils parviendront ensemble au même but, et leurs deux noms , placés le même jour sur l'affiche , laisseront le public indécis dans l'embarras du choix.

SCRIWANEGK. — Rouen. — Nous aurions mauvaise grâce de tourmenter une actrice malade et souffrante une partie de l'année ; nous lui adresserions quelques conseils si , comme mademoiselle Fabre , du même théâtre , tous les jours se passaient pour elle sans rhume , sans migraine ou maux de cœur. On dit que des louanges ont rendu souvent la santé à de jeunes et jolies actrices qui dépérissaient à vue d'œil ; proclamons donc que Mademoiselle Scriwaneck est bonne comédienne et bonne chanteuse ; le parterre de Rouen ne nous contredira pas.

SIGNOL. — Porte'St.-Martin. — Premier trial de la province , il est venu remplacer Emile ; il est original ; quand le public se sera habitué à lui, peut-être fera-t-il recette.

SIMONIN ( Mademoiselle) .—Ses débuts au pre-

raierThéàtre-Fi ançais en i8a3 ont été assez heureux* Un journal assez ordinairement sévère lui trouve un organe agréable , mais peu timbré ; une bonne prononciation , une diction conforme à ses moyens et à son âge, point ampoulée, naturelle même ; une déclamation qui n'est point un rhythme fatigant , un débit accentué et qui ne ressemble pas à une mélopée traînante ; des gestes indécis et une pantomime qui n'est guère plus avancée.

STOKLEIT, — Théâtre-Français. — Stokleit , dont le nom est encore en honneur au Boulevard du Temple , s'est élancé sur la scène française et n'a point trompé l'espoir qu'on avait fondé sur lui : certes il est loin de Monrose; mais il occupe après lui une place distinguée. Depuis quelque temps son nom a disparu de l'affiche : on assure même que l'acteur est disparu du théâtre. On pourrait accuser de son enlèvement le directeur de l'Ambigu , ou cet intrépide M. Bernard , qui , dit-on , va chercher jusqu'à St.-Pétersbourg le personnel du nouvel Odéon , et qui a soudoyé un habitant de Pékin pour jouer Y Orphelin de la Chine.

STOKLEIT père. — Ambigu-Comique. — A Rome on saluait les vieillards quand ils avaient des fils illustres. Un coup de chapeau à M. Stokleft père.

^9 SOUVRAY. — Lyon. — Vous avez vu quelquefois , dans vos voyages , ces figures indécises et immobiles que l'imagination ne sait comment nommer ? Tel est cet acteur, roide comme un marbre , mais qui n'en a pas toujours la froideur. Organe use , entente de la scène.

STOPELLANTI ou SCAPELLANTI. — Va i iétés. — M. Scapellanti , qui s'est déclaré le rivai de Mazurier, a porté ses bosses aux Variétés. Il fait le grand éc?rt : c'est un moyen de fortune qui n'est plus employé que par les polichinelles.

TALMA (François-Joseph) est né à Paris le i5 janvier 1766 ; son père , dentiste célèbre , avait été se fixer à Londres, l'avait laissé en France dans une pension pour y commencer une éducation élémentaire. Il n'avait encore que dix ans, lorsque l'invincible penchant qui l'entraînait au théâtre se manifesta de la façon la plus originale ; le préfet du collège où il étudiait avait composé une tragédie intitulée Tamerlan , dans laquelle le jeune Talma avait à rendre compte de la mort du héros de la pièce : il s'identifia tellement avec le personnage qu'il était chargé de représenter, qu'ai* rivé au passage le plus touchant de son récit , iî

fut suffoque par ses sanglots et ne put continuer. On le porta hors de la scène ; on s'efforça de lui démontrer que tout ce qui venait de se passer n'était qu'une illusion. Tout fut inutile ; il était inconsolable , et le temps seul put apaiser cette douleur. Lorsque ses premières études furent terminées, son père vint le chercher et l'emmena à Londres pour y achever son éducation. Quelques jeunes Français l'ayant invité à se réunir à eux pour jouer des comédies françaises , la nouveauté de ce spectacle leur attira un concours nouveau de spectateurs distingués, entre autres le prince de Galles, depuis roi d'Angleterre. Dès-lors Talma, quoique jeune , se faisait tellement remarquer par la piquante originalité de son jeu , que des personnages considérables, parmi lesquels on comptait lord Harcourt, insistèrent vivement auprès de son père, afin de déterminer celui-ci à destiner son fils à la scène anglaise ; cette proposition paraissait d'autant plus convenable, qu'ayant passé une partie de sa jeunesse en Angleterre, Talma parlait l'idiome anglais avec une extrême correction et avec le plus pur accent national. Cependant des intérêts de famille et des circonstances particulières Payant ramené à Paris , il y fit connaissance avec quelques personnes qui l'excitèrent à tirer parti de ses dispositions. Il suivit pendant quelque temps les classes de l'école de déclamation ,

sous la direction de Mole et de Dugazon , et ne tarda point à obtenir un ordre de début. Il parut pour la première fois sur le Théâtre-Français le 27 novembre 1787 , dans le rôle de Seïde ; encouragé par les justes et nombreux applaudissemens qui avaient accueilli ses débuts , Talma , devenu plus confiant en lui-même par ses premiers succès, résolut de les rendre durables par de nouvelles études et de se donner, en quelque sorte , une seconde éducation. Il rechercha avec empressement et cultiva avec fruit la société des gens de lettres, des peintres , des sculpteurs , et les connaissances qu'il y puisa le mirent à même de se créer une méthode toute nouvelle ; enfin, malgré les préventions d'un public à qui toutes les innovations déplaisent, qui est esclave de ses habitudes, et que la supériorité de son talent n'avait point subjugué encore, Talma réussit, au milieu de tous les genres d'obstacles qui lui étaient opposés, à opérer dans le costume la révolution qu'avaient essayée vainement Lekain , mademoiselle Clairon et madame St.-Huberti. Le premier il fit voir une véritable toge romaine , dans la tragédie de Brut us. Cette apparition excita , comme on devait s'y attendre , une surprise générale parmi des spectateurs accoutumés aux manteaux de satin , aux culottes jaretées , aux talons rouges , et aux tresses flottantes des héros de la Fable et même de l'his-

toire. Après les premières représentations de la tragédie de Charles IX , dans laquelle Talma était chargé du rôle de Charles , une députation d'évêques s'étant rendue chez le roi pour demander que, d'après le mouvement extraordinaire qu'avait produit cet ouvrage parmi le peuple , la représentation en fût défendue 9 Louis XVI avait accédé à cette réclamation ; mais Mirabeau dit à Talma : «Je ferai demander la pièce par mes Provençaux (*) , et nous verrons. En effet , les Provençaux, auxquels se réunit le public de Paris, indignés dès obstacles apportés par les évêques à ce que la tragédie de Chartes IX fût représentée , ré clamèrent avec une extrême chaleur pour que les représentations de cette pièce fussent continuées. Un acteur étant venu annoncer qu'elle ne pouvait l'être, faute d'acteurs, Talma, qui était en gcène en ce moment , prit la parole et dit qu'un seul rôle manquait ( celui de Catherine de Médicis) , et qu'il ne doutait pas que madame Vestris , quoique très-indisposée, ne fît tousses efforts pour satisfaire au désir du public. Toutefois cette circonstance avait mis le trouble et la division dans la Comédie , qui, ainsi que l'Assemblée et la nation elle-même , était partagée en factions. En

{*) Mirabeau était député de Provence \ un grand nombre de Prc vençaux étaient alors à Paris.

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peu de temps les querelles prirent un caractère beaucoup plus sérieux ; il n'y eut plus moyen de s'entendre. Les comédiens-français publièrent un mémoire contre Talma ; celui-ci se défendit dans une réponse imprimée. Bientôt les dissidens, à la tête desquels il avait été avec Monvel, Dugazon, madame Vestrîs et quelques autres , fondèrent sur le théâtre construit rue de Richelieu , sur l'emplacement de l'ancienne salle des Variétés , une seconde scène Française qui, par la supériorité de talens et la réputation de la colonie émigrée , prit bientôt le premier rang , et força plus tard celleci à se réunir à elle. A cette époque existait entre Talma et Mirabeau une liaison intime , dont une circonstance particulière avait encore resserré le lien. Le grand orateur qui reçut le nom de Démosthène français était logé rue de la Chausséed'Antin , dans une maison appartenant au Roscius moderne ; cette maison subsiste encore. C'est là que mourut Mirabeau le 2 avril 1791. Talma composa et fit placer sur la porte de la maison le distique suivant, surmonté des deux figures de la Nature et de la Liberté :

L'âme de Mirabeau s'exhala dans ces lieux : Hommes libres, pleurez ! tyrans , baissez les yeux I

Talma s'honora encore de l'amitié de Vergniaud, Guadet, les célèbres députés de la Gi

29-i ronde ; de Condorcet , de Gensonné, deClavière* Talma fut l'objet des dénonciations à la tribune des jacobins , de la part des feuilles dévouées à la faction de la Montagne , pour la fête qu'il donna vers la fin d'octobre 1792 au général Dumouriez, partant pour la conquête de la Belgique. On sait comment cette fête , à laquelle assistaient les députés de la Gironde , fut troublée par la présence et les menaces de Marat , se présentant inopinément à la tête d'une députation des jacobins , qui venait demander compte à Dumouriez victorieux de ce qu'un assez grand nombre d'émigrés étant tombés entre ses mains , il avait épargné leur vie, au mépris du décret qui ordonnait qu'ils fussent immédiatement mis à mort. Dès-lors Talma eut tout à craindre des ressentimens et de la vengeance de cette faction. Dénoncé un an après devant le tribunal révolutionnaire , pendant l'instruction de l'horrible procédure dirigée contre les vingt-un députés mis en accusation le 3 octobre 1793, il fut présenté comme leur complice, pour avoir fait de sa maison le lieu de réunion des conspirateurs , et n'échappa que par une sorte de prodige à Péchafaud. Lorsque Larive eut renoncé au théâtre > Talma qui , jusqu'à cette époque , avait joué les rôles tragiques et comiques, abandonna entièrement le brodequin , et se trouva sans partage en possession du premier emploi tragique.

a95 C'est surtout dès ce moment que date la brillante renommée qu'il s'y est acquise. Un amour passionné pour son art, des études et des observations tous les jours plus réfléchies, un sentiment exquis de toutes les convenances, élevèrent en peu de temps son talent à une telle hauteur , que dans l'état où était la scène tragique, que Monvel se disposait à quitter , il en soutint seul l'honneur au milieu de ceux qui avaient eu long-temps la prétention d'être ses rivaux, mais à qui la juste rigueur du public avait assigné leur véritable place. Bonaparte avait vu Talma avant son départ pour l'Egypte , et l'avait traité avec beaucoup de distinction.

A son retour, il suivit ses représentations avec une grande assiduité, l'appela chez lui, eut avec lui de fréquens entretiens , lui exprima la vive admiration qu'il avait conçue pour son talent, et ne tarda pas à l'admettre à son intimité. Bientôt s'établit entre ces deux hommes une sympathie , dont le résultat fut , jusqu'aux derniers instans du règne de Napoléon , une sorte de réaction continuelle du personnage idéal sur le personnage réel, et réciproquement. Ainsi, quoiqu'il ne soit pas ex.act de dire que Napoléon ail pris des leçons de Talma , il est certain que par l'habitude de voir et d'entendre ce grand acteur, il, avait adopté plusieur

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çle ses manières , de ses gestes , denses attitudes , et même des inflexions de sa voix, ainsi qu'il est souvent arrivé à Talma d'étudier profondément Napoléon , et d'appliquer le résultat de ses observations à ceux de ses rôles qui étaient en analogie avec son modèle , et dans lesquels il avoue que la pensée de Napoléon lui est toujours présente.

Atteint en i8o4 d'une effrayante maladie de nerfs, Talma, né avec une imagination mélancolique et un genre nerveux irritable au plus haut point, paraissait ne pouvoir résister à la violence du mal, lorsqu'une crise imprévue vint rétablir sa santé. A l'époque où le premier consul fut proclamé empereur , Talma avait cru devoir mettre de luimême un terme à l'ancienne familiarité qui avait régné jusques-là entre eux, et cesser de paraître au palais à l'heure du déjeûner. JLorsqu'en septembre 1808, les empereurs de France et de Russie durent se réunir à Erfurt , Talma ayant exprimé à Napoléon le plus vif désir de faire ce voyage à sa suite et d'y jouer devant lui, ce prince y consentit en disant : « Vous aurez là un beau parterre de rois.» À l'une des représentations à'OEdipe, donnée à Erfurt , quand ce vers fut prononcé par Philoctète ,

L'amitié d'un grand homme est un bienfait des dieux,

l'empereur de Russie , assis à la droite de Napoléon , se baissa vers ce prince et lui dit : « Voilà ,nn vers qui a été fait pour moi. ( Madame de Staël , De V Allemagne , tom. II , chap. 27.) Pendant son séjour à l'île (d'Elbe, Bonaparte avait lu attentive men|: tout ce qui avait été imprimé sur lui pendant son absence. « Eh bien ! dit-il à Talma lorsque celui-ci se présenta devant lui, on dit donc vque j'ai pris de vos leçons? Au reste, ajouta-t-il, si Talma a <éjté mon maître, c'est une preuve que j'ai bien rempli mon rôle. » Puis changeant de conversation : «Eh bien! Je Roi vous a bien reçu , il vous a bien jugé ; vous devez avoir été flatté de son suffrage : c'est un homme d'esprit qui doit s'y connaître , il a vu Lckain. »

On a dit et répété que Bonaparte se faisait donner des leçons de majesté par Talma. Voici une anecdote qui prouve ,, au contraire, que ce grand tragédien s'est fort bien trouvé des conseils de Napoléon*.

La première fois qu'il joua Néron à la cour (c'était à Saint-Gloud) , Bonaparte lui fit donner l'ordre de se présenter à son audience le lendemain matin. Talma s'y rendit. Les princes, les ministres, les grands officiers de la; couronne et les ambassadeurs de toutes les puissances attendaient dans la grande galerie. Les portes s'ouvrent , Napoléon paraît ; il fait avancer Talma ,

et devant toute la cour assemblée, mais sans être entendu : « Eh bien ! lui dit-il brusquement , vous croyez peut-être avoir bien joué Néron hier au soir?... vous y avez été détestable... Vous vous imaginez , vous autres , que parce qu'on est roi , empereur , on n'est jamais homme , jamais naturel ; qu'on est toujours guindé , toujours monté sur des échasses, qu'on ne se laisse jamais aller... Mais vous autres bourgeois , vous n'êtes pas vousmêmes , en famille , comme lorsque vous avez du monde chez vous. A plus forte raison , nous qui avons plus de gêne que vous, quand nous sommes dans notre ménage , nous nous ea dédommageons à proportion,

«Quand Néron est seul avec sa mère, croyezvous que c'est comme au second acte ? Lisez Suétonne... Nous faisons tous de Phistoire. J'en fais dans ce moment-ci avec vous. Eli bien ! que diront nos historiens? Ils diront qu'un jour, quand toute ma cour, mes ministres, mes maréchaux étaient dans mon antichambre , quand les ambassadeurs de tous les rois de l'Europe , quand des rois même attendaient mon heure, j'ai fait venir avant, j'ai pris à part un histrion (c'est le mot dont Bonaparte se servit, et Talma le conserve en racontant cette anecdote) , oui, un histrion pour lui donner des conseils sur sa manière de jouer. Ne me parlez pas de Roscius, ami de Gicéron ,

°-99 admis chez Sylla. Les comédiens n'étaient pas regardés autrefois à Rome comme vous aujourd'hui; vous êtes excommuniés.

« Voilà ce qu'on dira de moi , si Ton veut me peindre quelquefois avec vérité , et non pas toujours avec un manteau de velours sur les épaules*

« Néron avec sa mère n'est plus empereur ; c'est un fils ennuyé de sa tutelle et de ses sermens* Racine vous le dit lui-même :

« ....Néron commence à ne plus se contraindre. »

« Allez repasser le rôle ; je veux que vous le rejouiez demain. ( Talma voulait demander un peu plus de temps pour se raviser...) Allez; je le veux : cela m'est commode.

Talma alla vite reprendre son Racine , et le lendemain il joua le rôle , et surtout dans la scène avec sa mère , au quatrième acte , comme il le joue maintenant , avec cet air de familiarité et d'ennui, qui est moins majestueux , mais plusnaturel.

TAUTIN. — Reims. — Il n'est pas un habitant du quartier du Temple qui ne frémisse à ce nom. Jamais tyran ne poignarda plus de victimes. Tautin parut dans cet heureux temps où le mélodrame exigeait des crimes à la douzaine, et où la scène des boulevards ressemblait chaque soir à un

cimetière ou à un champ de bataille. Ce personnage sanguinaire s'éloigna de Paris et alla distribuer ses coups de poignard dans les départemens. Lors de l'ouverture du Panorama-Dramatique il reparut ; mais hélas ! le mélodrame avait subi de grandes révolutions, et Pacteur semblait ne pas s'en douter ; aussi parut-il jeté dans une sphère^ inconnue : on ne le reçut pas avec les honneurs que semblait réclamer son antique éclat. Il vit alors qu'il avait eu tort de laisser à l'admiration et à l'effroi le temps de se calmer.... Tautin fait maintenant partie de la troupe de Reims , où de temps en temps il poignarde mademoiselle Hugens et trame des complots avec le traître Monct.

TIERCELIN. — Variétés. — A parcouru une longue carrière de gloire , qui semble trop courte au directeur Brunet, et que celui-ci voudrait voir se continuer quelques années. Dans l'emploi de Tiercelin les rides de la vieillesse ne peuvent nuire. Nos joyeux vaudevillistes ne sont pas encore épuisés au point de ne pouvoir créer quelques rôles à Tiercelin : l'œiî de l'acteur n'est pas encore affaibli au point de ne pouvoir trouver dans la foule du peuple quelque original bon à copier. Qu'il aille encore prendre la nature sur le fait , personne mieux que lui ne connaît cet art. La perte de Tiercelin sera d'autant plus vivement

sentie, qu'il ne laisse pas après lui de successeur digne de porter sa dépouille. Brunet pourra dire de lui ce que madame Deshoulières disait de La Fontaine :

Il peignit la nature

Et garda ses pinceaux.

THÊN ARD. — Odéon. — Dans son enfance on le montrait comme un petit prodige , il promettait de devenir le phénix de la scène ; il imitait tous les acteurs de la Comédie française avec un talent semblable à celui d'Odry , représentant Damas. En grandissant, Thénard n'a conservé que le souvenir des défauts qu'il copiait , et Famour pour les contorsions et les jeux outrés de physionomie. Depuis long-temps on lui a donné la survivance du grimacier de Tivoli-

TILLY. — Nîmes. — Physique agréable, belle voix ; malheureusement il ne soigne point son chant , il n'étudie pas ; chaque jour il éprouve quelque nouvelle rigueur du parterre. Son horoscope n'est pas difficile à tirer : avant un an tout sera fini , il jouera dans la solitude ; sifflé , repoussé , il n'aura d'autre ressource que de se louer à tant par an à Tun de ces amateurs qui courent de foire en foire , jouant sur des tréteaux.

Toulouse* Ce théâtre était autrefois placé au premier rang ; fière du surnom de savante , cette ville ne négligeait rien pour le justifier ; ses jeux floraux, ses écoles de droit, sa population à la fois nombreuse et spirituelle ,les hommes célèbres qu'elle a fournis à toutes les époques , les poètes qu'elle expédiait chaque année à Paris, et dont le mérite faisait oublier l'accent , ou plutôt dont l'accent augmentait le mérite , en lui prêtant une teinte vive , originale ; tout semblait lui inspirer l'obligation de réunir les meilleurs comédiens et de n'applaudir que les ouvrages avoués par le goût et la raison. \

Les comédies d'élite et les tragédies des grands maîtres ne comptaient dans aucune autre ville un plus grand nombre d'amateurs éclairés , et les ouvrages nouveaux voyaient augmenter leur renommée par des suffrages sévères et toujours justes. Tandis que des villes plus populeuses , telles que Bordeaux et Marseille , montraient peut-être un goût trop exclusif pour le chant et pour la danse , Toulouse préférait les jeux de Thalie et les accens de Melpomène. C'est à ce goût bieH décidé que Ton peut attribuer l'espèce d'illustration du théâtre de cette cité. Des comédiens du premier mérite et dignes d'être placés à Paris , ont commencé et fini leur carrière dans cette ville . Il suffira, pour justifier cette remarque, de nom-

mer feu Molé-d'Allainville , frère du célèbre Mole de Paris , qui fut si longtemps premier rôle et directeur ; feu Dumege , dans l'emploi des pères nobles; Desbareaux, dans celui des comiques, et Madame Milord , dans les premiers rôles tragiques et comiques.

Le grand opéra et les comédies à ariettes ne tardèrent pas cependant à troubler le triomphe de Thalie et de Melpomène. Madame Clairville se fit remarquer dans la tragédie lyrique. Desperamon , natif de cette ville , et Madame Lalande , brillèrent long-temps sur le théâtre, et furent vivement applaudis dans le chant. Madame Arnaud , actrice vive et spirituelle , devint l'idole des Toulousains ; elle joua la première dans Adolphe et Clara et le Prisonnier. Cette charmante comédienne était l'épouse de M. Arnaud , premier comique, dont on appréciait le talent, et qui soutient sa réputation à l'Odéon , particulièrement dans Bernadille , de la Femme juge et partie.

Madame Arnaud , encore dans la force de Page, vient de mourir à Paris ; par ses talens et sa conduite elle avait acquis l'estime et l'affection de tous ceux quil'ont connue. Puisse le tribut mérité que nous payons à sa mémoire, porter quelque consolation dans l'âme de ses parens et de ses amis i

La salle de spectacle, dite du Capitole, a été

oo4 refaite depuis trois ans ; elle est assez vaste , assez belle même ; mais le public la trouve incommode ; les jolies femmes , et Toulouse en abonde , y sont inaperçues. M. Morère , directeur , a fait depuis trois ans de grands sacrifices pour soutenir le théâtre , et mille obstacles que nous ne pouvons indiquer dans cet ouvrage s'opposent au succès de son entreprise. Les artistes de la capitale excitent toujours la curiosité des habitans ; ils y sont accueillis : la troupe sédentaire est assez bien composée pour Topera; mais la comédie et la tragédie n'y tiennent qu'un rang très-secondaire. Parmi les sujets les plus remarquables , on cite M. Desperamon, l'un des chanteurs les plus habiles de l'époque , et que nous entendrons au mois d'avril prochain à l'opéra de l'Odéon. On cite encore M. Huard , basse-taille, et Mesdames Saint-Amand-Dufresne et Blonval. Cette ville possède encore un grand nombre de belles voix, dont le directeur tire un excellent parti en les plaçant dans les chœurs de l'opéra. Ce sont , la plupart , des artisans doués d'un instinct musical fort rare en France , mais qui n'en forment pas moins les meilleurs choristes de France. Cet usage, que l'on pratique dans toutes les villes de l'Allemagne , n'est imité que dans la seule ville de Toulouse ; il pourra nous fournir un jour des chanteurs distingués dont tous nos théâtres ont

un si grand besoin. Uiïê grande partie des professeurs de chant de la rue Bergère formeraient peutêtre à Toulouse de meilleurs élèves que ceux qui s'échappent tous les jours de Y Académie des menus plaisirs,

VALÈRE. — Lille. — Allez à Bordeaux , à Lyon , à Bruxelles , et vous ne trouverez peut-être pas un bailli qui ait plus de naturel que Valère , qui chante avec plus de goût , qui ait plus de vérité dans son jeu. Valère , adoré du public lillois , brillera , n'en doutons pas , sur un théâtre plus élevé. On dit que Paris l'envie à Lille , et que bientôt..... Ne disons pas les secrets des Dieux, ses camarades risqueraient de chanter faux pendant trois fois vingt-quatre heures.

VALMOY ( Madame ). — Lille. — Jamais actrice ne sut moins ensanglanter la scène , presque tous ses trépas font rire le parterre lillois. Morte , elle ressemble à cette femme d'humeur facile, qui demandait un miroir pour voir si l'approche du dernier moment l'enlaidirait.

VALMONZEY. — Nous entendons célébrer chaque jour l'intelligence et le rare talent d'administration de M. Bernard , le futur directeur de

FOdéon N'en serait-il pas de cette réputation

comme de celle qu'on a donnée à tous ces direc-

teurs qui ont passé ainsi que des ombres au théâtre de POdéon ? Il est en province une actrice telle que Tacite nous a peint une de ses héroïnes: Eximio cor porc, mira vcnustate , animo prœ grandi : belle de corps , de ligure , et d'une âme pleine de chaleur. Or , cette actrice que la province a tour à tour applaudie dans des rôles de fureur, de dignité , de sentiment , n'est point engagée à POdéon. La province possédera-t-elle longtemps encore cette tragédienne ? C'est une question que nous adressons dans l'intérêt de l'art à M. Bernard . VALMORE» — Bordeaux. — Il nous semble que quand on a le bonheur d'avoir donné son nom à l'une des muses de notre siècle , on devrait demander à cette muse de faire descendre le feu du ciel pour animer notre être d'un peu de chaleur. Mais peut «être serait-il plus facile à Madame Desbordes de répéter le miracle d'Elie , que d'embraser l'âme de son mari.... Valmore , placé sous toutes les latitudes , à Bordeaux comme à Lyon , au grand Caire même, resterait froid comme le marbre.

VAUTRAIN ( Madame ). — Variétés.

Femme vraiment étonnante , Je ne puis que t'admirer.

Chacun est de Pavis de Werther. La vue dç

Madame Vautrain est une des plus curieuses dont on puisse jouir. Elle est , quant à la taille , la digne rivale de la célèbre Madame Larens

VAUTREN. — Cirque-Olympique. — Trésor pour une telle administration et pour tous les théâtres de mélodrames. Sans emploi fixe, portant la livrée et le manteau des traîtres , cet artiste a heaucoup de verve , est comédien par goût ; s'il reste deux mois sans engagement, le spleen le gagne. Si les hauts seigneurs de nos premiers théâtres daignaient abaisser leurs regards sur un théâtre des Boulevards , ils trouveraient peut-être dans Vautren les qualités d'un premier comique , et le jugeraient digne de la livrée de Frontin ou de la veste de Figaro , qu'on porte si souvent si mal chez eux.

VERNET. — Variétés. — Vernet, du rang mo^ deste des utilités 3 s'est élancé de lui-même à la place des chefs d'emploi. Doué d'un physique agréable, qu'il sait défigurer à son gré , les amoureux et les bossus , les paysans niais et les jeunes militaires , les jeunes filles et les caricatures , il saisit tout avec une grande facilité. Il lutte sans désavantage avec Brunet dans Jocrisse grand-père et Jocrisse fils. Il a abordé avec une heureuse témérité le rôle de Pinson dans les Farces , auquel Potier a donné une couleur si originale. Le pu-

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blic a bien voulu ne pas le juger par comparaison, et lui a su gré de ce qui lui appartenait. Que Vernet s'étudie lui-même et ne cherche pas à copier les autres; il doit craindre de mettre le public dans la confidence de la mesure de son talent. Qu'il se souvienne qu'on est toujours bien fait quand on est habillé à sa taille ; les auteurs des Variétés sont d'habiles artistes dans ce genre. Les rôles qu'ils lui font sont calqués sur son talent ; il les joue bien : qu'il les joue encore mieux si cela lui est possible, et qu'il se rappelle ce précepte du bon Lafontaine , dans une fable dont je ne veux pas lui citer le titre :

Ne forçons point notre talent , Nous ne ferions rien avec grâce.

VERNEUJI/, jeune et jolie actrice qui, attachée d'abord comme pensionnaire au premier Théâtre - Français, justifiait de jour en jour les encouragemens du public. Eloignée de ce théâtre par de petites intrigues, elle est allée sur un théâtre secondaire porter ses grâces, son organe charmant , sa jolie figure et ses vingt-trois ans.

VERTEUIL (Elise). — Lyon. — Les années, en affaire comme au théâtre , donnent de l'assurance , de l'aplomb ; mais quand après quarante ans on manque de chaleur, on risque d'être mauvaise toute sa vie.

VICTOR. — Odéon. — Victor parut, il y a quatre ou cinq ans, au Théâtre-Français. Cet acteur se présenta à une époque favorable; depuis long-temps nul élève de Melpomène n'avait conçu le hardi projet de débuter dans les rôles de Talma et Lafon. Le public fut étonné , la curiosité l'entraîna, et les débuts de Victor furent suivis; le désir de voir sous d'autres traits que ceux de Talma , Oreste, Néron attira la foule. Une physionomie jeune, quelque chaleur et beaucoup d'audace séduisirent le public ; bref, il fut accueilli par le parterre et le comité. Sur ces entrefaites, Talma s'absenta , laissant un champ libre au jeune tragédien , qui parut successivement dans Oreste , Othello , Manlius. Enhardi par les bravos du parterre et les condescendances du comité , Victor demande gratification sur gratification ; quelque temps après , il sollicite un congé ; on le refuse : il insiste, on tient bon , et voilà la zizanie dans la petite république. L'acteur ne veut plus paraître ; nouvel Achille , il se retire dans sa loge ; le spectacle est annoncé , son nom est porté sur l'affiche; le public assemblé , le héros courroucé s'obstine, et M. Artaxerce-Victor va faire un tour à la Force. Grande rumeur dans Paris; on prend fait et cause pour l'incarcéré. Ce coup d'audace augmenta sa réputation et le rendit célèbre. Sorti de sa retraite grillée , il parcourut la province ,

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se plaignant hautement sur son passage des injustices et des vexations qu'il venait d'éprouver. Pour le consoler , on le chargea de lauriers, qu'il laissa dans son hôtel ; de vers, qu'il ne lut pas ; et d'écus, qu'il emporta. L'acteur revint à Paris ; mais il trouva ses juges plus sévères, et se convainquit de la vérité de ce vieux refrain :

Qui disparaît de leurs regards Est bientôt loin de leur mémoire.

Victor fait peu de sensation au second temple tragique. Un malin démon que l'acteur a confondu sans doute avec Apollon , lui a donné la pensée de faire une tragédie; sous tous les rapports, c'est la plus mauvaise qu'on ait encore joué à l'Odéon, et Dieu sait... C'est un de ces ouvrages comme on en voit dans les cartons de tous les écoliers.

VICTOR. — Gymnase. — On dit qu'il paie douze cents francs par an à la direction du Gymnase pour avoir l'honneur de paraître en public et de chanter faux un couplet. C'est le seul motif qui légitime l'admission d'un tel acteur au Gymnase.

VICTOR. — Long-temps à la Gaieté , où il se faisait remarquer par un jeu décent dans le mélodrame , et par une voix agréable dans le vau-

deville , Victor s'éclipsa un moment de la scène , séjourna ensuite au Cirque-Olympique , et enfin vint débuter au théâtre des Variétés. Il partagerait avec succès l'emploi de Tousez : c'est un amoureux du troisième ordre.

VICTOR. — Dunkerque. — Que le spirituel rédacteur de la Gazette de Dunkerque renonce à cette critique à l'eau de rose qui n'opéra jamais de conversion ; ou que nouveau Cicéron il crie à cet acteur... Jusques à quand abuserez- vous de notre patience !... En vain on vous a prodigué les conseils charitables; des grimaces, et toujours des grimaces ! Quoi ! parce que de bénévoles Dunkerquois vous appellent le phénix des Martins du département , vous vous croyez tout permis , charges, lazzis ignobles, travestissemens ridicules, mnlflHp.cri^ orosier... Voyez quelle funeste influence vous exercez ! Vous avez une sœur jeune, jolie , qui grimace déjà comme vous , qui vous copie comme un grand acteur, qui se perdra en voulant vous imiter.. . Au nom de l'art dramatique, Victor , du naturel... c'est la première qualité du comédien, même de celui qui joue sur des tréteaux... et vous que Dunkerque aime, vous travaillez à être ridicule... Allons, Victor... vous portez un beau nom.

VICTORINE (Mademoiselle).— Vaudeville —

Née en 1797. Actrice qui a eu de beaux jours , astre qui a brillé aux Variétés , et qui est venu s'éteindre au Vaudeville. Mademoiselle Victorine conçoit assez bien la théorie du sentiment , mais l'enjouement , la gaîté lui sont inconnus. Un talent qu'elle ne possède pas , c'est celui de rire : elle rit comme une allemande. Qu'elle imite Démosthènes;. Près de Ponthierry , village de Seineet-Marne , non loin du château d'un ancien ministre qui fait du sucre de betteraves , sont des rochers riches en échos ; que mademoiselle Victorine aille écouter les éclats de sa voix , elle pourra encore s'y convaincre qu'elle chante souvent faux.

VILLENEUVE.— Ambigu-Comique. — Le rôle de Galas a mis le sceau à sa réputation , depuis il n'en a créé aucun d'une manière satisfaisante.... Il vit sur ses épargnes.

VISSOT.— Porte-Saint-Martin.— Acteur qu'on est forcé de trouver bon, puisqu'il fait quelquefois rire dans des rôles créés par Emile.

VIGNERON. — Grand Opéra. — Dans ce séjour d'enchantement et d'ivresse , rendez-vous des diplomates européens ; dans ce bazar, où , trois *ois la semaine, des houris, telles que l'imagination de l'enfant de Mahomet en peuple son paradis, il y a, comme dans le ciel du prophète, comme dans les cours des rois de la terre, phi-

sieurs places , plusieurs demeures* Saus doute mademoiselle Vigneron n'a ni la plus belle , ni la plus éclatante ; mais quelle danseuse ne serait satisfaite du rôle de mademoiselle Vigneron? Sa danse n'a rien d'extraordinaire, mais elle est gracieuse , légère ; sa pantomime est expressive et dénote une grande intelligence. (32 ans.)

VIZENTINI.— Feydeau.— Acteur original , auteur heureux ; plus spirituel dans ses rôles que dans ses pièces , réussissant également dans les uns et les autres. Il représente les caricatures avec un talent remarquable ; il excite le rire ,. et c'est beaucoup. Après qu'on a entendu la musique de certains opéras-comiques , Vizentini est pour le public ce qu'était pour un sage de la Grèce la boule de fer qu'il laissait tomber dans un bassin de cuivre ,

afin de ne pas s'endormir...

WSANNAZ ( Madame ). — Ambigu-Comique»

— I«e rôle de Thérèse, dans le mélodrame de ce nom , a jeté les fondemens de la réputation de madame Wsannaz. Mademoiselle Alignier, qui semble aujourd'hui en faveur , est bien au-dessous de cette actrice. Madame Wsannaz a , dit-on, une jolie voix; mais les directeurs n'ont pas encore permis au public de la juger. C'est mademoiselle Constance qui est en possession des rôles de vaudevilles , et qui conspire contre les oreilles des

3i4 indulgens auditeurs de l'Ambigu. Madame Wsanhaz n'est plus dans Page où il est encore permis d'attendre longtemps , l'heure de la retraite sonnera bientôt pour elle. En l'essayant dans le vaudeville l'administration n'y gagnera peut-être pas , mais elle ne peut y perdre : il est impossible de chanter plus mal que mademoiselle Constance.

ZÉLIE MOLLARD ( M"* ). — Porte-Saint- Martin. -*- La manie de parler s'est emparée depuis quelque temps de nos danseuses. Mademoiselle Zélie Mollard , une des plus séduisantes élèves de Terpsychore , est venue frapper à la porte de Thalie : on a été étonné de voir celle qui pirouettait jadis, jouer avec talent une Agnès, une coquette vive et légère. Sa voix fut jugée assez agréable. Il fallait encore à mademoiselle Zélie Mollard un long travail; mais elle semble se reposer , assez riche d'un seul triomphe. Sa voix est devenue désagréable, son jeu se néglige; ajoutez à cela que presque toujours on la place sous le costume villageois , et que la cornette de paysanne lui donne une tête carrée peu gracieuse. Mademoiselle Zélie Mollard est dans une position critique : si elle continue de jouer le vaudeville, elle sera déclarée incapable ; onlaren $ra aux ballets; mais ses jambes seront rouillées

par un long repos , et elle ne saura plus sur quel pied danser...

En toute chose il faut considérer la fin.

ZUGHELLI. —Théâtre italien. — Zuchelli est arrivé parmi nous avec une grande réputation. Il succédait à un acteur, Galli, dont les dilettanti garderont long-temps la mémoire. Zuchelli, pour triompher, avait tout-à-la-fois contre lui, et les souvenirs , toujours sévères , et cette admiration lointaine qui grandit les objets. Il débuta dans le Moëse de Rossini, parut successivement dans plusieurs ouvrages de ce maestro , et les gens de goût trouvèrent qu'il avait une plus grande souplesse de voix , mais moins de force et de chaleur que Galli. Jamais acteur , du reste , n'eut une meilleure méthode de chant, un goût plus pur et plus sévère; o'est dommage qu'il tombe quelquefois dans la froideur , et donne à ses rôles une certaine monotonie qui fatigue le spectateur.

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