RÉCEPTION DE LA LIGUE DE L’EMPIRE BRITANNIQUE LONDRES, 5 JUILLET
Le "duc DEVONSHIRE, président de la Ligue :... J ’ai dit que nous avions des preuves abondantes du désir qui existe ici en faveur d’une unité nationale plus complète. Nous savons également que ce désir existe au même degré dans les portions de l’Empire qui sont au-delà des mers. Non-seulement nous avons entendu les discours prononcés par nos visiteurs des colonies, par des hommes que nous avons droit de considérer comme autorisés à exprimer, outre leurs opinions personnelles, le sentiment des populations et des pays qu’ils gouvernent et qu’ils représentent ici ; — non-seulement avons-nous constaté que toutes ces déclarations rendaient la même note ; — 'mais si elles avaient besoin il 'être confirmées, nous en verrions la justification dans les dépêches télégraphiques qui nous rendent compte chaque jourde la manière dont le soixantième anniversaire du règne
de Sa Majesté se célèbre dans toutes les parties du monde. Nous constatons ainsi qu’ils n 'ont nullement exagéré ni peint sous de fausses couleurs le sentiment qui se manifeste en faveur de l'unité impériale partout où la puissance britannique s’étend dans le monde... C’est une satisfaction, je crois, de constater que les dernières semaines, que le moment actuel même, ne sont pas entièrement consacrés, par nous-mêmes ni par nos visiteurs, à de grandes manifestations historiques ou à des fêtes et des démonstrations mutuelles de politesse. On a su profiter delà présence au milieu de nous de ces hommes distingués, venus des colonies;.... le ministre qui a la responsabilité de nos relations coloniales a su profiter de cette présence pour avoir avec chacun d’eux des entrevues d’un caractère nécessairement confidentiel sur les questions qui intéressent particulièrement leurs pays respectifs. De plus, le ministre a organisé des réunions collectives, qui sont également restées confidentielles jusqu’à ce jour, où l’on a étudié et discuté des questions plus générales affectant l’ensemble de nos relations....
. Je ne crois violer aucun secret en disant que les sujets que M. Chamberlain a
soumis à la discussion des hommes d’Etat coloniaux sont, dans une large mesure, semblables, sinon absolument identiques, à ceux qui forment la base de la constitution de la Ligue de P Empire Britannique : l’extension de notre commerce aux colonies ; l’effet des lois et des traités existants sur nos relations commerciales réciproques ; les communications entre la mère-patrie et les colonies, ou entre les colonies elles-mêmes, au moyen de lignes de navigation et de cables télégraphiques ; les communications postales ; — PAR-DESSUS TOUT, LA DÉFENSE NAVALE ET MILITAIRE DE L’EMPIRE. %
M. SEDDON, premier ministre de la Nouvelle-Zélande :... Tout impérialiste de bonne volonté peut apprécier à sa juste valeur le travail fructueux qu’accomplit la Ligue de l’Empire. J’irai plus loin et je dirai que la présence des Premiers Ministres des colonies sur le sol de la mère-patrie est due, dans une large mesure, aux efforts et au travail de la Ligue. Quant à leurs conversations avec M. Chamberlain, je ne suis pas libre d’en parler ouvertement. Les idées que la Ligue a proclamées et promues sont plus près de porter leurs fruits que beaucoup de ceux ici présents ne l’anticipent... L’attitude des colonies dans le passé a prouvé qu’elles étaient unies à la mère-patrie. On a prétendu que les sentiments comptent peu ; les sentiments, au contraire, doivent compter pour beaucoup ; et l’on ne doit pas évaluer la fidélité des colonies — de celles surtout qui sont aux confins de l’Empire — au chiffre des deniers qu’elles ont pu verser pour la défense de l 'empire ou pour toute autre œuvre impériale. La conférence qui réunit en ce moment les Premiers Ministres des colonies et les autorités impériales m’autorise amplement à dire que c’est une épreuve décisive des avantages qui résulteraient d’une union plus intime entre la mère-patrie et les colonies. Si j’allais plus loin, si je disais que plus tard les dix millions de citoyens qui n’ont aujourd’hui aucun droit de représentation, se feraient entendre au sein du Parlement britannique, — j'indiquerais simplement la limite qu’il faut atteindre et que nous atteindrons éventuellement...
Sir WILLIAM WIIITEWAY, premier ministre de Terreneuve :... Il serait très avantageux qu’on connût mieux les colons, au double point de vue social et politique. Ainsi, il y a quelques années, ayant accompagné en Angleterre quelques habitants de la colonie, un de mes amis me demanda si je mangeais avec eux et comment ils se vêtaient ; et nous venons de recevoir une dépêche nous invitant à visiter l’Irlande et nous priant de faire le voyage dans notre costume indigène (! !)... Vous pouvez difficilement vous rendre compte du travail qu’il nous faut accomplir aux colonies ; et lorsqu’on nous demande de verserdes sommes considérables pour la défense de l’Empire, nous désirons que l’on considère toutes les circonstances de notre situation. Si toutefois l’Angleterre se trouvait un jour en difficulté sérieuse, les colonies n'hésiteraient pas à verser leur sang pour elle...
M. G. H. REID, premier ministre de la Nouvelle Galles :... Il me semble que l’histoire des relations de la mère-patrie et des colonies nous prouve que moins on a resserré les liens entre elles, .que moins on a multiplié les liens officiels, plus nombreux, plus forts et plus étendus ont été ces autres liens que la race britannique trouve au fond même de sa nature...
Sir EDWARD BRADDON, premier ministre de la Tasmanie Je suis convaincu que la Tasmanie sera à la tête de toutes les colonies — bien loin en avant Je la colonie que Al. Reid représente — pour resserrer davantage les liens qui nous unissent à la mère-patrie. C’est très bien de parler de liens relâchés (loose bonds) : ces liens suffisent aujourd’hui, tant que les colonies sont particulièrement fidèles ; mais le temps doit venir nécessairement, — ce n’est pas aujourd’hui- — où l’une des deux alternatives devra se présenter : les colonies devront s’affranchir et former leurs propres nationalités — ou devenir membres du grand Empire britannique. Je quitterai ce pays sous le coup d ’un amer désappointement, si l’on ne tente aucune démarche pour unir davantage la mère-patrie et les colonies.
Le colonel GEORGE T. DENISON, président de la ] Ligue de l’Empire au Canada :...A l’heure actuelle, au Canada, le peuple tout entier est unanime (!) « vouloir, en thèse générale, l'unité permanente de l' Empire britannique... Le Canada possède une marine marchande qui en fait la cinquième puissance maritime du monde ; et nous avons une population d’environ 75,000 navigateurs. Je demande au peuple anglais de s’unir au Canada pour presser leurs gouvernements respectifs de prendre des mesures pour discipliner et instruire ces marins robustes et endurcis et leur donner des connaissances navales, afin qu’au cas de guerre ils puissent former une grande réserve navale et offrir leurs services au besoin. — ( Times , 6 juillet 1897).