ARMÉE
Dès le 4 mars 1897, le capitaine Pirie, député d’ Aberdeen- Nord, demandait au sous-secrétaire d’Etat pour la Guerre s’il 11e songeait pas à établir des bureaux de recrutement pour l’armée anglaise dans les colonies de l’Empire ; “ surtout, disait-il, à cause du sentiment qui vient de se manifester au Canada en faveur de cette idée ; et aussi en mémoire du soixantième anniversaire du règne de Sa Majesté. ”
M. BRODRICK : Une proposition de la nature de celle que mentionne la question est venue du Canada et nous l’avons transmise au gouvernement canadien pour en obtenir une expression d’opinion. Le gouvernement de Sa Majesté comprend vivement combien il est désirable d' e mou rager cette tendance des colonies ; mais il est évident que toute démarche dans cette voie exige une attention soigneuse avant qu’on puisse exercer une action de ce genre. — (P. D., Vol. 46, page 1579.)^
On a vu au dossier du Jubilé que M. Chamberlain avait parlé d’un échange de troupes entre l’Angleterre et les colonies. Le 30 juillet 1897, Ie Star, de Montréal, publiait cette dépêche de son correspondant de Londres :
L’intérêt des cercles militaires est vivement éveillé par la déclaration que vient de faire M. Brodrick, le Secrétaire parlementaire du War office , disant qu’il devrait y avoir un mouvement d’échange entre les troupes de l’Empire et que plusieurs des bataillons coloniaux devraient devenir faire garnison en Angleterre tandis que les Réguliers anglais prendraient leur place aux colonies ; on attend les détails avec anxiété.
Le 24 février 1898, le même député, M. Pirie, demande si les autorités militaires avaient reçu l’opinion du gouvernement canadien à ce sujet et si elles feraient des démarches pour organiser des districts de recrutement dans plusieurs des grandes colonies.
M. BRODRICK : Le gouvernement canadien n’a pas encore communiqué son opinion au gouvernement de Sa Majesté à ce sujet. Il n’existe pas de projet, que je sache, de créer des districts de recrutement ( Regimental districts ) dans aucune autre colonie. — (P. D., vol. 53, page 521.)
Notons, en passant, une preuve additionnelle de la docilité du gouvernement canadien à l’endroit de M. Chamberlain. Le 29 juillet • 1898, le secrétaire colonial, répondant à une interpellation, déclara que sir Wilfrid Laurier, obéissant à ses instructions (éy ht s direction ), avait expulsé du Canada M. du Bosc, ancien chargé d’affaires d’Espagne à Washington (P. D., vol. 63, page 437). Ceci était au début de la guerre hispano-américaine.
Cet acte de complaisance n’a pas valu à nos gouvernants les bonnes grâces des autorités américaines.
session de 1899.
Le 9 février 1899, M. Hogan, M. P., demanda
...si on avait décidé de faire un échange entre des troupes impériales et des troupes de la Nouvelle-Galles du Sud ; et si l’on accorderait la même faveur à celles des autres colonies autonomes qui désiraient en profiter ?
M. WYNDHAM : Le gouvernement de la Nouvelle-Galles du Sud a accepté le principe de l’échange des troupes ; et les détails du projet subissent en ce moment une considération attentive. Le gouvernement discute en ce moment une démarche de même nature avec les gouvernements des principales colonies autonomes. — (P. D., Vol. 66, page 323).
Le 21 février 1899, on demanda s’il était question de recruter un nouveau bataillon au Canada pour remplacer le Royal Canadien et aussi si l'on, ne pourrait faire du recrutement au Canada même plutôt que de laisser les Canadiens dans l’obligation de parcourir une distance de 3,000 milles pour venir s’enrôler.
M. WVNDHAM, (Sous-Secrétaire parlementaire du IVar Office') : La question de recruter au Canada pour l’armée régulière est maintenant sous considération.
M. ARNOLD-FORSTER : L’honorable ministre veut-il bien dire si les obstacles se sont élevés ici ou au Canada ?
M. WYNDHAM : Je ne suis pas prêt à qualifier la considération nécessaire d’une question du nom d’obstacle soit d’un côté de l’Atlantique soit de l’autre. — (P. D., Vol. 67, page 45.)
Le 27 avril, M. Arnold Forster (Belfast, W.), aujourd’hui secrétaire de l’Amirauté (1901), s’exprimait comme suit :
Je désire savoir du secrétaire-financier du bureau de la guerre si on lui a signalé, dans le rapport adressé par le major général Hutton au gouvernement canadien, la partie, qui déclare que le gouvernement impérial a proposé que le recrutement du 100e régiment ( Royal Canadian) se fasse parmi les sujets britanniques au Canada et qu’on a pris toutes les mesures voulues dans ce but. Je désire savoir si cette déclaration a été faite avec l’autorisation du bureau de la guerre ; si l’on a déjà fait des démarches réelles dans le sens indiqué ; et si, en rappelant du Canada le 100e régiment (Royal Canadian), on se propose de le recruter de cette manière.
M. POWELL WILLIAMS : Le secrétaire d’Etat n’a pas encore reçu le rapport du major Hutton et le bureau de la guerre n’a nullement autorisé une déclaration dans le sens de celle signalée dans l’interpellation. Nous sommes en négociations avec le gouvernement canadien au sujet du recrutement au Canada ; mais les arrangements qui, je suis heureux de le dire, se poursuivent avec un progrès satisfaisant, ne sont pas encore
assez avancés pour me permettre de faire aucune déclaration . (P. D., Vol. 70,
Le 2 mai suivant, M. Arnold Forster fit une nouvelle interpellation :
Je désire demander au Secrétaire d’Etat pour les colonies si on lui a signalé le rapport officiel présenté au ministère de la milice du Canada par le major général Hutton, commandant la milice canadienne ; et surtout le passage de ce rapport qui traite de l’enrôlement pour le service impérial : ce passage déclaie que le recrutement du régiment du Prince de Galles ( Leinster Régiment, Royal Canadian), pourra se faire parmi les sujets britanniques au Canada ; que l’on a pris toutes les mesures voulues dans ce but, et que le tout sera livré à la publicité dès que l’on aura reçu les instructions définitives et les documents officiels de rigueur. Le major général Hutton est-il bien renseigné et a-t-il fait cette déclaration avec l’autorisation du bureau colonial?
Le Secrétaire d’Etat pour les Colonies (M. Jos.CIIAMBERLAIN) : J ’ai pris connaissance de la déclaration contenue dans le rapport du major général Hutton, à laquelle fait allusion l’auteur de l’interprélation. Une proposition de la nature de celle indiquée dans le rapport en question a été débattue entre le gouvernement impérial et le gouvernement canadien; et je suppose que le général Hutton a fait cette déclaration dans la conviction qu'une décision avait été prise, ce qui n’est pas le cas. — (P. D., Vol. 70, page 1130).
Le 21 juillet 1899, au cours du débat sur le budget de l’armée à la chambre des Communes, M. Pirie, M.P. (Aberdeen), dit :
Quand nous nous trouvons en présence d’aussi graves embarras que ceux que suscite actuellement le recrutement de P armée, c’est notre devoir impérieux d’émettre toutes les
propositions possibles, de nature à améliorer la situation . Les colonies nous offrent
un champ virtuellement inexploré jusqu'ici. Le bureau de la guerre, suivant son habitude, ajourne, temporise sans cesse et il n’y a pas encore de résultat pratique, tangible quant au recrutement dans les colonies. Ces trois années dernières, la question du recrutement au Canada est demeurée dans le statu quc.-*-(V. U., Vol. 74, page 1639).