‹ Grande-Bretagne et Canada, questions actuelles [microforme]Chapitre 17 sur 105 · IMPÉRIALISME DOCTRINAIRE : SON IMPUISSANCE · texte numérisé non relu

IMPÉRIALISME DOCTRINAIRE : SON IMPUISSANCE

Il est un point théorique sur lequel j’abonde dans le sens des impérialistes doctrinaires : c’est que l’empire anglais, comme toutes les institutions humaines, ne peut .ester stationnaire. Il doit marcher dans la voie que lui trace l’atavisine de Sa naissance et de son développement. Aux yeux de l’école libérale, la conséquence inévitable de ses prémisses est la disjonction naturelle et harmonieuse de ses parties composantes. Dans l'esprit de la nouvelle école, cette rupture désastreuse peut et doit être évitée à tout prix, dans l'intérêt général de l'Empire et pour ie plus grand bonäeur particulier de 1a métropole et de ses colonies.

Les impérialistes — ceux d'Angleterre au moins — savent d’ailleurs que le rapprochement n’est pas facile. En dépit des platitudes

officielles et des — Passagères d'enthousiasme servile qu’une

leur instinct les avertissent que des groupes d'hommes libres, habitués à se gouverner sans entraves, jouissant depuis un demi siècle de toutes les prérogatives nationales, ne renonceront pas facilement

Classe intellectuelle. C’est l’instinct non raisonné des masses, L’indifférence du peuple anglais à l'endroit des colonies est encore générale. Il entend dire que nous lui avons fourni des soldats et

merciaux (1). Et il Y Songe d'autant moins que nos représentants officiels ne cessent de lui répéter que nous n’attendons aucune com- Pensation à nos services. Cette froideur du peuple anglais sera peutêtre la meilleure Sauvegarde de nos libertés Contre les entreprises des. jingos et la faiblesse de nos hommes politiques.

Le groupe des impérialistes systématioues qui voudraieit réorganiser l’Empire au triple point de vue politique, commercial et militaire, ne représente donc qu’une faction infime du parlement britannique. Après avoir chauffé à blanc l'enthousiasme de ces fervents, M. Chamberlain, toujours pratique, les a lâchés. Ils ont fait quelques tentatives, au parlement, sur le terrain de l’impérialisme commercial. Encore à Ja dernière session, ils offrirent à la Chambre des Communes une proposition reconnaissant le principe d’un tarif de faveur réci- Proque entre l’Angleterre et ses colonies. M. Chamberlain, dont la santé était florissante la veille et qui se portait à merveille le lendemain, fut absent de la Chambre, Pour cause de maladie, le soir où sir Howard Vincent Proposa sa résolution : et il laissa à son collègue de l’Echiquier, sir Michael Hicks-Beach, le soin d’étouffer au berceau ce premier-né des théories qu’il avait lui-même fécondées, ( 2)

(:) Voir Pièces justificatives, chapitres V et VI.

(2) Voir pièces justificatives, Chapitre V: “/» rialisme commercial : ses lenteurs,—{[Tyv5. Sième proposition, 1901.]. me e ï "

Mais il en est de l'impérialisme comme de beaucoup d’autres doctrines, des hérésies surtout : il se répande plus facilement par l’action de forces indirectes que par la voix de ses apôtres autorisés. La situation commerciale et militaire de la Grande-Bretagne fournit à M. Chamberlain une base d'action, des collaborateurs intéressés et des arguments autrement redoutables que les homélies des adorateurs du glorieux Empire sur lequel le soleil n’a pas la permission de se coucher. (1)

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