‹ Grande-Bretagne et Canada, questions actuelles [microforme]Chapitre 78 sur 105 · RÉSERVE NAVALE AU CANADA · texte numérisé non relu

RÉSERVE NAVALE AU CANADA

On a vu, au cours de ces citations, qu’il était souvent question de pourparlers, de correspondances, d'offres et de demandes, etc., échangés entre le Canada et le gouvernement britannique. Lorsque Sir Louis DAVIES, ministre de la Marine, était à Londres en 1899, il eut évidemment des entrevues avec les autorités impériales au sujet de la participation du Canada à la réforme de la marine anglaise. Le 7 mars 1900, je posais au gouvernement la question

suivante : .

1. L’atiention du gouvernement a-t-elle été attirée sur la déclaration faite la semaine dernière dans la Chambre des Communes d’Angleterre par M. Goschen,

premier lord de l’Amirauté, et qui est rapportée dans les termes suivants par la presse associée : è

ee 060 >

‘’RÉSERVE NAVALÉ COLONIALE

** L'Amirauté s’est demandé comment une réserve navale pourrait être organisée ** dans les.colonies, Il a expliqué qu’au moyen d'une organisation convenable, le ** gouvernement pourrait obtenir un précieux contingent du Canada ou de l'Australie, ‘* Que les négociations avec le Canaïda étaient en bonne voie de rogrès ; que le ‘* Canada avait demandé que la période du service préparatoire fût réduite, mais ‘* qu’une décision finale n’a vait pas été prise à ce sujet.” ? .

2. Des négociations ont-elles été ouvertes, ou sont-elles actuellement en voie,

entre le gouvernement britannique et le gouvernement canadien, ou entre quelques-uns de leurs membres, sur la question mentionnée par M. Goschen ?

Le Premier-Ministre (Sir Wilfrid LAURIER) : On a signalé au gouvernement le rapport de la déclaration dite avoir été faite par M. Goschen ; mais le gouvernement ne croirait pas de prendre officiellement connaissance d’un rapport de cette nature sans avoir vu la déclaration même du ministre, En attendant, je puis dire qu'il n’y a eu ni arrangement ni négociations. Seulement 7/ Ja eu des communications non-offcielles entre le gouvernement et les autorités impériales.

(Débats Parlementaires, 1900 — version française — vol, I, page 1455).

Je dirai en passant, pour l'honneur de ma langue, que ceci est une traduction officielle, c'est-à-dire barbare. J'avais posé cette question en anglais.

Mais ce qui n’était pas officiel ni même connu au parlement canadien était bien connu à Londres. Le Globe, de Toronto, reproduisait, le 12 n'ai 1899, quelques lignes d’un article de la London Letter où je trouve ce qui suit :

L'Australie contribue dès longtemps en deniers à l'entretien d’une escadre de petits croiseurs ; la Colonie du Cap propose de payer l'intérêt du coût total d’un vaisseau de guerre ; le Natal offre du charbon gratuitement—et maintenant le Canada Propose de recruter des hommes disciplinés. En dépit des assurances optimistes de M. Goschen, nous devons considérer la contribution du Canada comme 1a Plus précieuse de toutes. Il est peut être aussi facile que l’assure le premier Lord de l’Amirauté d'obtenir autant d'hommes qu’il en faut pour la marine même. Il est assurément plus difficile de trouver le nombre voulu de recrues satisfaisantes pour la réserve de la marine royale (Royal! Navy Âeserve). A l'heure actuelle, si nous étions obligés de mobiliser à la hâte, tous les hommes disponibles de la marine rovale et de la réserve seraient également nécessaires pour équiper les vaisseaux que nous avons aujourd’hui. Nous n'avons pas de réserve réelle. De plus, nous augmentons chaque année le nombre de nos vaisseaux et nous ne pourrons pas les fournir d’équipages. Un autre argument en faveur de la proposition du Canada, c’est qu’il est désirable d’avoir à notre disposition des hommes disciplinés sur les lieux afin de remplir les vides faits dans les engagements. 4 fout prix, que l’Amirauté fasse tout en son ru soir non seulement pour aider le gouvernement du Canada à mettre ce Projet à exécu ;" mais pour induire les gouvernements des autres colonies autonomes à adopter des Lryets analoguss.

On verra plus loin, au chapitre VII, que sir Louis Davies reconnut lui-même, à une réunion de la Ligue de l’Empire britannique, tenue à Ottawa, en avril 1900, ‘‘gu’i/ avait eu l'honneur de discuter cette question avec M. Goschen et qu’elle avait fait les progrès satisfaisants.”’

Il est évident que certains hommes publics croient devoir répondre de leurs actes à la Ligue de l’Empire plutôt qu’au parlement de la nation.

Je tiens de source absolument certaine et très autorisée, bien que je ne puisse dévoiler de nom propre, qu'au cours de l’été de 1899, le général Hutton demanda à un officier Canadien-français de notre milice de lui préparer un rapport approximatif établissant le nombre de jeunes gens qu’on pourrait recruter pour la marine anglaise dans les comtés de la province de Québec qui bordent les deux rives du bas St-Laurent.

Union Commerciale : Ses lenteurs

On a vu que tout en admettant les difficultés qu’ils rencontrent sur la route de l'impérialisme militaire, les hommes d'Etat britanniques n’ont jamais fait la moindre tentative pour repousser les propositons favorables à la contribution des colonies au soutien de la marine et d': l’armée anglaises, Au contraire, ils ne perdent pas une seule occasion d’assurer au parlement et au peuple de la Grande- Bretagne qu'ils font de leur mieux pour faire müûrir ce projet. ‘‘ Soyons discrets, soyons prudents, disent-ils, et nous atteindrons le but.”’

Voyons comment les ministres de Sa Majesté ont accueilli les rares propositions faites au parlement britannique dans le but de favoriser le commerce des colonies.

Le 27 avril 1897 :

M. J. F. HOGAN, M.P.; Je demanderai au Secrétaire d’Etat pour les Colonies: (1) S’il a noté que le nouveau tarif canadien établit un commerce de faveur avec la mère-patrie ; (2) si le gouvernement de Sa Majesté saisira la première occasion tavorable pour reconnaitre cette action du gouvernement canadien, sur un sujet aussi important, et pour y répondre, si possible, par une action réciproque ?

Le Secrétaire d'Etat pour les Colonies, M. CHAMBERLAIN : La réponse à Ja première partie de la question de l'honorable député est affirmative, Le gouvernement de Sa Majesté ressent cordialement le bon esprit qui a inspiré l’action du gouvernement canadien ; mais je comj.ends que ces propositions ne dépendent nullement d'aucune modification du régime de libre-échange établit dans le Royaume-Uni. — (P, D., vol. 48, page 1138).

Nous allons voir maintenant le sort qu'ont subi trois propositions analogues dont Sir Howard Vincent était le père ou le parrain. Ces propositions furent faites respectivement en 1897, 1899 et 1901. On constatera de quelle façon progresse, dans la mère-patrie, cet amour réciproque que la guerre d'Afrique et ‘ le sang versé en commun ’” ont, au dire de tous les pan gyristes de cette horrible boucherie, fait germer avec tant de splendeur.

Page 1