Grande dénonciation contre Vadier le royaliste /
Par Marat , l’Ami du Peuple, Feuille de F Ami du Peuple, no. 523 , dujziardi 19 juillet
Vilain impéndere vero.
P A R yl LL È Tj E du Discours énergique
du Sieur Y a dier, et de -sa conduite pusillanime ( 1 J.
B ans les circorïstàncës actuelles ; dans un tnns où Paris
vient dé voir renouvéller sous ses murs les scènes atroces
( 1 ) Entre le.? 1 omrnes qui se .montrant, aujourd'hui SneXoVables , veulent se faire estimer de véritables rf'voïuîiormires , en s V'ü pressant de suivre la pôpi'pe de 1 Ami du Peuple, combien doivent craindre que son ombre, se ranimant , n p k désigne au miti ~njdu - cortège. Nous ne m 5Pmj*: r^gprès Vadîer , e Boor on < q i'Oise ce ^yjêourdon qui proposa solcrrmellemeiit aux Jacobins d'ea
chasser Marat.
UBRA&Ï
de Nancy , dans tm moment où Paris , dans le deuil et î@s larmes , déplore l,e sort de ses citoyens lâchement, égorgés; ïe morceau qui suit paraîtra peu intéressant au premier coup-d’oeil ; mais les grandes vérités qui le terminent sont faites 'peur frapper tous les esprits judicieux et découvrir l'abîme profond où la vénalité de nos infidèles représentai Va précipiter la patrie.
Parmi les orateurs qui se sont distingués à combattre le projet infâme et désastreux des sept comités, de réhabiliter Louis le fourbe ei le conspirateur , étoit le sieur Yadier 9 député de Pamiers. A fouie de son discours , plusieurs voix se sont écriées dans l’assemblée : c'est Marat , c est Marat* Bientôt ce discours a circulé dans le public, et les lecteurs de sens se demandoient comment un orateur de cette trempe s’étoit si loug-tems caché sous le boisseau? Comment a-t-il si iong-te ms privé la patrie de ses lumières et des ressources de son geùie?Si 1 on prend la peine d’examiner Cerneau discours , on verra qu’il est tissu de phrases pillées des feuilles patriotiques, sur-tout de Y Ami du peupla , dont on a sur-le-champ reconnu la, doctrine. Et puis, fût-il sorti tout entier de la tête de l'orateur , la matière qui en fait l'objet, n'étoit rien moins que difficile à traiter. Après ces remarques préliminaires , je dois informer mes lecteurs qu’avant quels décret fût passé, le sieur Yadier, emporté par un mouvement cU vanité , m'a fait adresser par l’un de mes anciens éditeurs, son discours pour être inséré dans ma feuille. Je me contentai de louer l’énergie qu’il y a déployée. Aujourd'hui qu’il i'a démentie par la plus lâcl:« adhésion au décret de réhabilitation , je me fais un devoir de faire ressortir toute la platitude de la de Pamiers , en publiant en entier son çhscours énergiqu^^ contraste fi appant dont je donnerai la clef.
Discours du S leur Vadier , prononcé dans ta séance du i£> juillet 1791
Messieurs , le décret que vous allez renarp va aecruer «lu salut ou de la. subversion de J’empire ; il faut donc recueillir tout ce que l'amour de la liberté peut inspirer à des âmes droites et, vertueuses , dans le calme de la sagesse et de la raison. Le vrai moyen de secouer la rouilla des préjugés et de triompher de l’intrigue est d’obéir au cri véridique de sa conscience , et dé n'avoir en vue que le salut du peuple qui vous a hoaOFé de sa confiance.
"Un grand crime a été commis, c’est sur de grands coupables que vous avez à prononcer; l’univers vous regard®
et la postérité vous attend En un instant vous allez
perdre ou consolider à jamais vos travaux et voir® renommée.
La grande question que vous agitez, ost de savoir si un roi peut être jugé, mais il en est une préliminaire à celle-là.
Un roi parjure et fugitif, un roi qui déserte lâchement son poste pour paralyser le gpu verenem en t , poi\r nous livrer à toutes les horreurs de la guerre civile et de l'anarchie; un roi qui amène dans sa fuite l’héririe» présomptif de sa couiomwe, qui v» se jetter da :s les, bras d’un traître , d’un parrickle, qui assassine à îa fois, sa patrie et son roi , d’un mo. stre qui Youloît abreuver d® sang la terre hospitalière qui la rassasié doses bienfaits..» Un roi qui, dams manifeste perfide , a osé déchirer la
qui a renoncé par conséquent au trône elle lui avoit déféré......... Un teï-roi peut-il encore
être qualifié du titre glorieux de roi des Français ?
C’est sur cotre question , messieurs , que j’invoque bord et la noblesse de votre aine $r. la délicatesse de
consp un ion
seutjmens ; c est ïa-aessus que j’appelle !é voeu de la na-* tiou entière et les su-ffrrge$ de rtmivèi-s.
Si •Louis XVI a transgressé la charte constitutionnelle 9 s'il a violé le serment qu'il a prêté"' a la face de la nation , n est bien su perdu de s' occuper- do- -la question à inviolabilité., puisqu'elle ne, repose plus sur ra tête , depuis 1 abdication volontaire er coupa bis qu'il vient de faite de sa couronne,
.Mais en supposant qu'il fut encore environné do cett© inviolabilité j aie seroi r-il pas d'une absurtuté. monstreiis© de donner a cette éionnautapréregitive la laukude qu'on s u . po.- e.
Votre constitution , messieurs , rend le roi irresponsable , comme f nictsonmire public cl e tous les actes adîninistratiL de la royauté;, et cette fiction, aussi ingénieuse que favorable ne. peut nuire à fa llbeité publique, parce que le remède, est dans la responsabilité des mini p es. .
. Mais aucun de nous a-t-il pu entendre, par exemple, qu'tiu Q’ igand couronné fut ennemie du aime, qu'il put imp un éii ent tuer , incendier , conspirer x appelerdes satellites éti angérs dans r»o,s foyers, et répandre pfirtout et la désolation et le carnage ? Une telle monstruosité dans nos ioix , seroit un véritable opprobre, un germe pestilentiel qui enfanteroit des litrons , ou des Saidanapâies.: ‘ '
,* Ce n’est donc pas là l'esprit de vos. . ^n’v a que
l'Ltre Suprême qui s >it impeccable et 'i m pas: ible, ua
roi est un homme connue les autres, et un ; min me. ne. pe&L être au desSrs ni plus que la lai.
Mais qu'il nie soit permis; de Lire une question à ceux, qui nous proposent eeUe. siugyhèi;^ ainnistieVAV Vi Iÿtrs-r.
qu'il s'agira de faire exécuter vos îoix contre les crimïjaels de lèze-nation, des conspirateurs et des traîtres à la patrie , au nom de qui pi étendez-vous qu'on applique la loi ? Sem-ce au nom de celui, qui les foule aux pieds et qui vouioit régner sur vous par la force des armes ? Sera-ce au nom d'un transfuge, d'un conspirateur, d'un parjure?.... Je m'arrête..... , Mais j’ose vous prédire qu'une nation Hère et généreuse rejettera ce renveisérrmrû monstreux de la liberté ; mais j'ose vous prédire qu’on ne réduira jamais le Peuple Français à ce genre d'igno^ minie.
N'est - ce pas assez d'avoir déployé sur cet être privilégié toute la mnnificenoa de la nation; d’avoir accumulé dans ses mains le tribut de dix à douze département, de l'avoir gorgé d’un or corrupteur qui peut pestiférer votre législation , et empoisonner les sources de votre liberté et de la prospérité politique ? N’est - ce pas asse& d’avoir accumulés dans ces mêmes mains les emplois honorables et lucratif dé l'armée de la marine et des finances, jusqu e's à ceux des tribunaux , d’avoir acquitté, avec une aveugle loyauté , les déprédations incroyables des courtisans , qui ont abusé de sa foiblesse , d’avoir sauvé son règne et sa renommée de la banqueroute in*faillible qui en eût déshonoré l’époque?
Eh bien , messieurs , on ose vous accuser encore da parcimonie ; ces tributs énormes qui suffi voient â tous les potentats réunis de l'Eürope, ces palais somptueux: “^r'noultipîiés qui insultent à la misère publique, et dont le faste asiatique contrasté avec 3© règne de l'égalité. Tous çer élémens de dépravation ne sauront suffire à un individu royal ; le sang et la sueur de trois ou quatre Hpilions d’fiommes peuvent à peine le substenter, et on
à 1® courage d'articuler un pareil motif pou* justice? sa coupable évasion.
Je ne retracerai point ici côs évènemens désastreux qui ont signalé en caractères de sang la pérfidi - des conseils qui le é urent , ni ce te séance royale , ni cette armée, ni cette artillerie foudroyante dont on avoir investi nos séances, ni ces accaparemens sinistres qui à voient pour but dV-jouîer la famine à la guerre. 11 faut jetter un voile épais sur toutes ces horreurs ; mais il faut en faire son profit pour les évènemens présens ; le fil d© ces machinations jette un grand jour sur les mystères qui vous restent à débrouiller.
Messieurs , je fréquente peu la tribune ; je ne vous enr.uqerai point par de longs discours , mon patriotisme est connu tomme ma franchise j et je n*ai d' autre éloquence que celle du cœur.
Mais dans une occasion où il s’agit du salut de fEtut , je dois mon opinion à mes commettons , à la nation entière ; je 1% prouverai , comme elle est au péril de ma vie rmon bonheur, ma conscience m’en font un® loi , et je vais le faire en deux mots :
La nation a mis sa confiance en vous , c*est en vous seuls que reposent ses espérances ; elle veut être ven« gée des ennemis qu'elie a daus sou sein ; vous connoissez son vœu , il vous parvient de toutes parts.
Si vous tergiversez , messieurs , si des considérations vous arrêtent , achevez constitution , rendez aux corps électoraux l'activité que vous avez suspendue, cédez mêla vite ves p aces à vos successeurs , mais gardez-vous de vous charger d’une absolution qui ne p>eut que -flétrir votre gloire; il est teins de rendre un dépôt que vos mains débiles et fatiguées ne pourront Jong-terns sbm*
tenir..».. . Ne perde?, pas par une clémence qui seroît
Criminelle, La gloire que des travaux immortels vous ont méritée : notre plus douce récompense sera de redeve nir les égaux de nos concitoyens , et de jouir an sein de nos familles des douceurs du repos et de l’égalité.
Je conclus donc â ce que les fauteurs , complices efc instigateurs dô l’attentat, commis le 21 juin* soient renvoyés a la haute cour provisoi. e , séante à Orléans , pour y être jugés, que l’activité soit rendue sur-le-champ aux corps électoraux , qu’il soit incessamme nommé par eux Une cor.ven ion nationale pour ro; ncet sur la déchéance de ia couronne, qce Louis X\I a encourue par son parjure et par sa fuite.
Le lendemain de ce discours véhément , le fatal .déeref ayant passé , le sieur Vadier s’empresse de faire amenda honorable en ces mots : c< J' ai combattu le projet des » comités avec céalcur - fai parlé contre .1 inviolabilité » absolue ; mais aujourd hui qnil est rendu , je proteste » de ma parfaite soumission , JE DETESTE LE RÉp PUBLICÀ N ISM E , J’ADORE LE ROYALISME et » vos decrets , et je suis prêt à verser pour leur maintien » jusqu à la dernière goutte de mon sang ».
C’est ainsi qu’au lieu de protester contre un décret atroce, ce lâche a mis genoux eri terre, et présenté la tête au joug , comme un esclave. A l’ouie de cette -rétractation , il n’est pas un lecteur honnête qui ne se soit écrié 9 ah l’infâme ! il falioit s'écrier, ah le Eipôn î Citoyens cr£r'Spprméz donc que Vadier n’a pas eu plutôt tonné contre Louis Je conspirateur , que Îe9 émissaires de la cour lui ont fait des propositions , et qtt’il s’est vendu connu 3
tm gueux i Voilà la raison de l’amende honorable qu’il vient de faire;
Apprenez aussi qu'un dés plus grands motifs des pères conscrits de suspendre les élections pour la seconde législature } et se perpétuer ; est l’envie que les opihéurs de la Culotte portent aux perroreùrs qui ont fait leurs orges* Jaloux de l'opulence des Chape- lier , des d’André , des Target , des Emery , des Barnave * assez gorgés d'or pour mettre dix mil'e écus sur une carte , et perdre cent mille livres dans une soirée , ens infâmes ne veulent pas désemparer qu'iîs ne soient gorgés de même. Or, lisseront gorgés, et ils ne désempareront pas que ta cour qui les achète ne soit au comble de se vœux j et qu’ils n’aient décrété 1© rétablissement du despotisme
M A II A T, F Ami du Peuple \
De l'imprimerie de Guffroy , rue Honoré n?- , eouï
des ci-devant Capucins*