DIANE
Diane était la sœur d'Apollon. Ils étaient tous parents dans cette famille-là.
Frappée des affreux malheurs qui avaient assailli Latone, sa mère, Diane prit la résolution de ne jamais se marier et fit vœu de chasteté.
Elle se forma une suite de vingt jeunes nymphes ayant pris, comme elle, l'engagement d'honneur de n'accepter jamais des gommeux de l'Olympe aucun perdreau truffé en cabinet particulier.
Avec ses belles compagnes, Diane se mit à chasser dans les forêts sauvages.
Elle était bien résolue à résister à tous les hommes, mais elle comprenait que le plus sûr était encore d'aller dans les endroits où l'on n'en rencontrait jamais.
Diane avait reçu du roi de l'Olympe trois portefeuilles bien distincts.
Jupiter lui avait dit un jour, en lui prenant le menton :
— Dis donc... toi qui n'as pas d'amants, tu dois avoir beaucoup de temps de reste... .levais te donner trois postes.
Effectivement, Diane fut sur la terre la déesse de la chasse et de la chasteté.
Elle disait même à ce propos :
— Les affaires de la chasse me donnent pas mal d'occupation, les mortels s'adressant à moi à chaque instant ; mais, pour le reste, ils ne me dérangent presque jamais.
Dans le ciel, Diane s'appelait Phébé, et était la déesse de la lune.
Son grand bonheur était de se cacher la nuit derrière un gros nuage et d'apparaître tout à coup en inondant de clarté, dans les prairies, les amoureux qui s'en passaient très bien.
Dans les enfers, on la nommait Hécate.
Là, elle assistait aux expiations, et donnait au besoin un petit coup de main aux exécuteurs, soit en jetant un peu de charbon sous la broche où grillaient les propriétaires, soit en ficelant les photographes dans des stalles du Vaudeville, soit en aidant à frictionner les belles-mères avec des rognures de fer-blanc.
136 GRANDE MYTHOLOGIE TINTAMARUESQUE
Diane était adorée dans toutes les parties du monde. On lui sacrifiait de nombreuses victimes.
Dans la Tauride, les habitants avaient adopté une singulière manie, ils offraient à Diane le sang de tous les étrangers que le goût des voyages, le naufrage ou le hasard amenaient chez eux.
De là la coutume qui s'est transmise chez beaucoup de maîtres d'hôtels d'écorcher les voyageurs.
On racoute qu'un jour, la chaste Diane avait, sans le vouloir, louché le cœur d'Alphée, célèbre fleuve connu par ses nombreuses cascades.
Dans ses transports amoureux, Alphée sortit de son lit en chemise et se mit à poursuivre Diane à travers champs, sans s'inquiéter s'il inondait toutes les récoltes.
Diane, se voyant sur le point d'être atteinte par son bouillonnant adorateur, eut recours à un stratagème.
Elle s'arrêta net, se couvrit le visage de boue et ordonna à ses nymphes d'en faire autant afin qu' Alphée ne pût les reconnaître.
Effectivement, Alphée, à qui l'idée ne vint pas qu'une femme pût se couvrir de boue, passa à flot de train devant Diane et ses compagnes, les prenant pour vingt
et un tas de gadoue que les cultivateurs avaient posés là comme engrais.
Cependant, l'histoire prétend que Diane ne se roula pas toujours clans les tas d'ordures pour échapper aux poursuites de ses admirateurs.
Endymion fut aimé d'elle.
Mais voici comment on explique la chose :
Endymion était un berger de Carie qui s'occupait beaucoup d'astronomie et passait toutes ses nuits à suivre les évolutions de la lune.
La lune, on le sait, c'était Diane elle-même.
Or, par une nuit très-claire, Diane passait toute pleine au-dessus d'un petit ravin où veillait et étudiait Endymion.
A ce moment, Diane fut tout à coup piquée par une puce au-dessus du genou.
Pensant qu'à cette heure-là, tout le monde était couché sur la terre, elle releva sa jupe sans défiance et se gratta.
Tout à coup un petit bruit sec se fit entendre audessous d'elle : c'était Endymion qui braquait sa lorgnette dans la direction de l'astre de la nuit.
Diane crut que c'était un photographe qui opérait par le procédé instantané, et s'écria :
— Je suis compromise!...
Elle lit monter Endymion et lui acheta son silence.
Du reste, Endymion ne perdit pas son temps ce jourlà, car Jupiter lui accorda la faveur de ne point vieillir.
C'est lui qui, pendant des siècles, et sous le nom de Laferrière, a joué les rôles de jeunes premiers clans quelques-uns de nos drames.
Si l'on en croit les cancans de l'Olympe, Diane aurait encore eu quelques faiblesses.
Entre autres pour le dieu Pan et le nommé Orion.
Ce dernier, qui était un géant d'une force extraordinaire, défia un jour la Terre de produire un monstre capable de le vaincre.
La Terre ne fit aucun embarras ; elle lui envoya tout simplement un scorpion, qui le piqua et l'empoisonna.
Diane fut très affectée de la mort d'Orion, dont la vigueur physique avait souvent suffi à remplir les vides de son cœur.
Diane ne jouit pas d'une réputation de douceur ineffable. Elle avait des mouvements de colère fréquents qui se traduisaient par des acles d'une cruauté raffinée.
Un jour, elle métamorphosa en cerf et fit dévorer par une meute Actéon, le petit-fils de Cadmus, qui s'était
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permis d'approcher d'une fontaine où elle se baignait.
On suppose que l'eau ayant délayé son maquillage, Diane ne voulut pas qu'un mortel pût aller clabauder partout, le lendemain, qu'il l'avait vue en pleine détrempe.
Un dernier trait donnera la juste mesure du caractère hargneux de cette déesse.
Œnée, qui était roi de Calydon, avait eu la chance de voir ses Etats très fertiles pendant quelques années.
Ses sujets travaillaient beaucoup; mais ils gagnaient à peu près leur vie et payaient assez facilement leurs impôts, ce qui faisait la liste civile très-grasse.
Bref, c'était la prospérité.
Œnée, en vrai roi qu'il était, n'eut pas un seul instant l'idée d'attribuer ce bonheur aux labeurs incessants de son peuple, qui trimait quinze heures par jour pour défricher, planter, arroser, etc., etc.
Il s'imagina de remercier les dieux, qui lui faisaient la vie si douce.
Malheureusement on ne pense pas à tout ; il envoya
bien des cadeaux à tout l'Olympe, mais il oublia complètement d'offrir un sac de marrons glacés à Diane.
Celle-ci pinça les lèvres comme une vieille douairière du noble faubourg à qui on néglige de demander des nouvelles de son catarrhe, et se promit bien de tirer vengeance de cet acte impertinent.
Effectivement, elle envoya, dès le lendemain matin, dans les Etats du roi Œnée, un énorme sanglier qui se mit à piétiner sur les asperges et les petits pois, écrasant, broyant, arrachant et dévastant tout.
L'animal, qui, d'abord, était d'une force énorme, et ensuite avait reçu de Diane l'ordre d'abîmer le plus possible les récoltes, y allait avec frénésie.
Il courait dans les plates-bandes, coupait les pieds d'artichauts, se roulait dans les luzernes, arrachait les vignes, effrayait les bestiaux, faisait tourner le lait des vaches, etc., etc.
Pour avoir un gland tombé à terre, il déracinait les vingt arbres qui étaient autour.
Enfin, quand on parvint à tuer ce monstre, le royaume d'Œnée était clans un tel état de misère qu'il fallut, pour vivre, que le roi se privât pendant plusieurs années sur la nourriture... de son peuple.