GRANDE MYTHOLOGIE T I X T A M A R K E S (J U E G
L'homme qu'a touché du bout cle sa griffe noire et venimeuse la déesse Envie est condamné à souffrir toujours.
Repu, il envie l'appétit de celui qui est à jeun.
Quel que soit le nombre des jouissances qu'il ait à sa disposition, rien ne le console de celles qui peuvent lui manquer, fussent-elles des plus minces.
Tout ce que ses voisins possèdent lui semble bien préférable à ce dont il jouit lui-même.
La femme de son ami lui parait plus parfaite tjuc! la sienne ;
Son appartement plus sain ;
Ses enfants plus beaux;
Son concierge plus poli;
Son encre plus noire;
Son calorifère plus économique ;
Sa belle-mère moins pointue.
Au restaurant, la table dont il n'a pas voulu lui fait l'effet d'être plus commode que celle qu'il a choisie.
Quand il joue au loto, les cartons de son voisin lui apparaissent comme des nids à quine.
La fumée du soutados, qu'il ne fume pas, lui semble moins acre et plus embaumée que celle du prinçadorès qu'il a payé soixante-quinze centimes au Grand-Hôtel.
Pour l'envieux, tout est peine, tout est souffrance, tout est supplice.
Si quelque, bon génie lui donnait à lui seul sur la terre l'immortalité/ l'éternelle jeunesse, la toute-puissance et tout l'or du monde, il mourrait encore de dépit en voyant le sourire sensuel d'un facteur rural retirant ses bottes après une tournée de vingt-huit kilomètres.
La déesse Envie, au physique, est bien la particulière que l'on peut se représenter quand on sait de quoi elle est capable.
Les mythologistes s'accordent tous à lui prêter l'agréable visage d'une vieille caissière d'établissement de bains qui enrage depuis quarante-cinq ans de ne plus en avoir vingt-deux.
Elle est osseuse comme un jeu de jonchets, maigre comme un dividende des Galions de Vigo.
Des serpents s'entrelacent autour de ses bras et de sa tête. Ses mains, d'une longueur affreuse, sont terminées par des doigts décharnés et crochus munis d'ongles si énormes qu'elle est obligée, quand elle veut se gratter le bout du nez avec, de passer son bras entre ses jambes.
Partout où passe l'Envie, elle dessèche et flétrit ce qui l'environne. Son souffle, imprégné des senteurs de l'huile à quinquet, du phosphore et de la benzine, fane, racornit et corrompt tout autour d'elle.
Indépendamment du mal qu'elle fait aux hommes,
elle joue de très vilaines farces aux femmes enceintes, en imprimant sur le corps des enfants qu'elles portent dans leurs flancs la trace des désirs qui ont traversé leur grossesse.
Elle se plaît, par exemple, en plein mois de janvier, à se faufiler clans le cœur d'une jeune mariée sous la forme d'une violente démangeaison de manger des fraises. ,
Et l'on est tout étonné, trois mois après, de voir la pauvre femme accoucher d'un bébé ayant sur le bout du nez une forte excroissance de chair rouge taillée en forme de cône.
A force de faire des remarques, les femmes ont fini par s'apercevoir que leurs envies ne laissaient pas de traces quand elles étaient satisfaites.
Aussi se sont-elles mises à exploiter la situation en se faisant offrir par leurs maris toutes les choses qui pouvaiont les tenter..
GRANDE MYTHOLOGIE TINTAJf ARHESQUE
La triste perspective de voir naître un enfant avec une asperge au menton, une oreille en forme d'écrevisse à la bordelaise, ou un nez en marrons glacés, met le père clans l'impossibilité absolue de refuser quoi que ce soit à sa femme.
Celle-ci en abuse le plus souvent, cela va sans dire, et nous connaissons de très honnêtes mères de famille qui se sont fait renouveler toutes leurs fourrures d'hiver en menaçant leur mari d'accoucher d'un enfant ayant des oreilles de lapin.