‹ Grandeur et décadence de César BerotteauChapitre 20 sur 23 · BES LUPEAULX · texte numérisé non relu

BES LUPEAULX

Certes, la bureaucratie a des torts : je la trouve et lente ^•t iiiBokînle, 'elle e ns erre un peu trop Faction ministérielle, elle étouffe bien des projets, elle arrête le progrès; mais l'administration française est adrtiirablement utile...

«AUnOYER.

'Certes!

DES IJUPEAULÎ.

Ne flÉrt cequ'àsoutenii'la papeterie et le timbre. Si, comme tes cnreellentes ménagères, elle est un peu taquine, elle peut, A toute heure, rendre compte de sa dépense. Quel est le négociant habile qui ne jetterait pas joyeusement, dans le gonffire d'un» assurance quelconque, cinq pour cent de toute -sa, production, du capital qui sort ou rentre, pour ne pas

S56 SCÈNBS 01 LA VIE PARISIENNB

LE DÉPUTÉ (un manufacturier,) Les industriels des deux inondes souscriraient aree Jme I in pareil accord avec ce génie du mal appelé coulage.

DES LCPEAULX.

Eh bien t quoique la statistique soit Tenfantillage dei hommes d'État modernes, qui croient que les chiffres sont le calcul, on doit se servir de chiffres pour calculer. Galco- Ions donc I Le chiffre est d'ailleurs la raison probante des sociétés basées sur l'intérêt personnel et sur l'argent, et telle est la société que nous a faite la charte ! selon moi, du moins. Puis, rien ne convaincra mieux les masses intelligentes qu'un peu de chiffres. Tout, disent nos hommes d'État de la gauche, en définitif, se résout par des chiffires. Chiffrons. (Le ministre va causer à voix basse avec un député, dans un coin.) On compte environ quarante mille employés en France, déduction faite des salariés, car un cantonnier, un balayeur des rues, une rouleuse de cigares ne sont pas des employés. La moyenne des traitements est de quinze cents francs. Multipliez quarante mille par quinze cents, vous obtenez soixante millions. Et d'abord, un publiciste pourrait faire observer à la Chine, à la Russie, où tous les employés volent, à l'Autriche, aux républiques américaines, au monde, que, pour ce prix, la France obtient la plus fureteuse, la plus méticuleuse, la plus écrivassière, paperassière, inventorierez contrôleuse, vérifiante, soigneuse, enfin la plus femme de ménage des administrations connaesl Il ne se dépense pas , il ne s'encaisse pas un centime en France qui ne soit ordonné par une lettre, prouvé par une pièce, produit et reproduit sur des états -de situation, payé sur quittance ; puis la demande et la quittance sont enregistrées, contrAlées, vérifiées par des genss à lunettes. Au moindre défauc ae forme, l'employé s'effarouche, car il vit de ces scrupules. Enfin bien des pays seraient contents, mais Napoléon ne s'en est pas tenu là. Ce grand organisateur a rétabli les magistrats suprêmes d'une cour unique dans le monde. Ces magistrats passent leurs jours à vérifier tous les bons, paperasses, rôles, contrôles, acquits-à-caution, payements, contribution^ reçues, contributions dépea-

sées, etc., que les employés ont écrits. Ces juges sévères poussent le talent du scrupule, le génie de la recherche, la vue des Vfnx, la perspicacité des comptes jusqu'à refaire ioiLîes les additions pour chercher ^«s soustractions. Ces sublimes victimes des chiffres renvoient, deux ans après, à un intendant militaire, un état quelconque où il y a une erreur de deux centimes. Ainsi l'administration française, la plis pure de toutes celles qui paperassent sur ie globe, a rendu, comme vient de le dire Son Excellence, le vol imposable en France, la concussion est une chimère. Eh bien f que peut^n objecter? La France possède un revenu de douze cents millions, elle le dépense, voilà tout. Il entre douze cents millions dans ses caisses, et douze cents millions en sortent. Elle manie donc deux milliards quatre cents millions, et ne paye que soixante millions, deux et demi pour cent, pour avoir la certitude qu'il n'existe pas de coiûage. Notre livre de cuisine politique coûte soixante millions, mais la gendarmerie, les tribunaux, les bagnes et la police coûtent autant et ne nous font rien rendre. Et nous trouvons l'emploi des gens qui ne peuvent pas faire autre chose que ce qu'ils font, croyez-le bien. Le gaspillage, s'il y en a, ne peut plus être que moral et législatif, les chambres en sont alors les complices, le gaspillage devient légal. Le coulage consiste à faire faire des travaux qui ne sont pas urgents ou nécessaires, à dégalonner et regalonner les troupes, à commander des vaisseaux sans s'inquiéter s'il y a du bois et de payer alors le bois trop cher, à se préparer à la guerre sans la faire, à payer les dettes d'un État sans lui en demander le remboursement ou des garanties, etc., etc.

BAUOOYER.

Mais ce haut coulage ne regarde pas l'employé. Cette mauvaise gestion des affaires du pays concerne l'homme l'État qui conduit le vaisseau.

LE MINISTRE, qui a fini sa conversation.

Il y a du vrai dans ce que vient de dire des Lupeaulx; mais sachez {à Baudoyer), monsieur le directeur, que personne n'est au point de vue d'un homme d'Etat. Ordonner

toute e^^e de dépenses, mémeixratîlea^ nr «onalitae pm une mauv4Û8e geatiou* N'est-«8 pas toujours animer lernoorem^m de l'argent dont rimniobiUlé dâvieni, en Praon surtout, funeste par suite des habitiaées «v8rioieiitet> e^ profondihneQt illogiques 4e la provineequi enfouit des tâ& d'or^t Ut. DÉPUri, fui at écouté des^ Lupetndx. Maia il me aomble que si Votre Exeellenee a^ait rasaoi tout à rheure, et si notre apirtUse) ami Qt7 prend, dei 1j^ peaulx par le bms) n'a pas tort, que esDclure f

DBS tUPBAULX, aprês^ avoir regardé le mmutre Il y a sans doute quelque ehose à faire...

DE LABRIÈRE, timidement.

Monsieur Rabourdin a donc raison?

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