‹ Grandeur et décadence de la guerreChapitre 19 sur 42 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Antres progrès résultant de la suppression du risque de guerre entre les peuples civilisés. — Limitation du droit souverain des gouvernements sur la vie et la proprit'-lé de leurs sujets. — Réforme devenue possible du système des impôts. — Rattachement des contributions à leur objet. — Suppression du régime de la sujétion. — Raison d'être historique de ce régime. — Pourquoi il a continué de subsister. — Conséquences de la levée des servitudes politiques qu'il impose. — Progrés moral résultant de la disparition des nécessités sur lesquelles se fondaient la raison d'Ktal et ses pratiques. — Obstacles à la solution du problème de la paix. — Opposition de l'intérêt particulier et immédiat des classes gouvernantes avec lintérèt général et permanent dos nations. — Analogie de leur situation avec celle des ouvriers en présence de l'invenlion d'une machine nouvelle. — Comment leur opposition peut être et sera finalement vaincue. — Les deux périodes d'existence de la guerre. — Sa grandeur et sa décadence.

C'est une observation qui a étV» faite souvent, que tout progrès réalisé dans une branche quelconque de l'activité humaine en engendre d'autres, en fournissant soit à une science, soit à une industrie, des

notions, des agents ou des matériaux indispensables à son développement ultérieur. Le jour où les nations civilisées substitueront au coûteux appareil de la garantie isolée de leur sécurité extérieure, un appareil économique de garantie collective, d'autres progrès, que l'on considère actuellement comme chimériques, pourront être réalisés dans leurs institutions politiques et dans leur régime fiscal.

Il deviendra possible, en premier lieu, de limiter le droit souverain que les gouvernements n'ont pas cessé de posséder sur la vie et la propriété de leurs sujets. Ce droit se fonde sur le risque dont la guerre menace l'existence des nations. Aussi longtemps que ce risque demeure flagrant et illimité, il est nécessaire que les gouvernements possèdent le droit illimité aussi d'imposer à leurs sujets toutes les charges et tous les sacrifices, y compris celui de la vie, qu'exige le salut commun. Mais du moment où le système de la garantie collective de la sécurité de la communauté civilisée viendra remplacer le système de la garantie isolée des États, où le risque de guerre ne consistera plus que dans l'éventualité des agressions des peuples deoieurés en dehors du domaine de la civilisalion, l'assurance de ce risque n'exigera plus qu'une prime non seulement réduite, mais à peu près fixe et réductible à mesure que s'étendra la domination des peuples civilisés. Dans ce nouvel état des choses, le droit illi-

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mité des gouvernements sur la vie et la propriété de leurs sujets cessera d'avoir sa raison d'être. La garantie de la sécurité extérieure qui peut exiger aujourd'hui des sacritices pour ainsi dire sans limites dans le cas d'une guerre entre peuples civilisés, ne demandant plus qu'une somme limitée, l'exercice du droit de taxer pourra être abaissé à cette limite. Alors, au système d'impôts sans rapport avec les services rendus, et dont ceux qui les établissent comme ceux qui les paient ignorent l'incidence, véritable masse noire où les gouvernements puisent jusqu'à l'extinction des facultés des imposés, on pourra substituer un système de contributions rattachées à chaque service, k commencer par le service de la sécurité extérieure, désormais susceptible d'évaluation et ne comportant plus que des réductions au lieu d'augmentations de dépenses. Si l'on songe que ce service absorbe actuellement la plus grosse part des revenus publics de la plupart des nations civilisées pour l'entretien de leur appareil défensif et offensif, lintérôl et l'amortissement des dettes causées par la guerre, on aura une idée de l'énorme économie qu'il leur sera possible de réaliser de ce chef. Kn outre, le rattachement des contributions à leur objet permettra aux contribuables de juger si la prime qu'ils paient pour la garantie de leur sécurité et pour les autres services collectifs que leur rond le gouvernemont est proportionnée ou non à

la valeur de ces services, comme il arrive pour les articles de leur consommation individuelle. Ce sera, selon toute apparence, la lin de létatisme et du protectionnisme.

En second lieu, un autre progrés, plus considérable encore, deviendra possible : nous voulons parler de la suppression du vieux régime de la sujétion, toujours subsistant môme chez les peuples qui se croient le plus libres. Ce régime d'appropriation politique était en effet, et n'a pas cessé d'être, dans les républiques aussi bien que dans les monarchies, une nécessité inhérente à l'état de guerre. Il remonte, comme nous l'avons vu, k l'époque où les progrès qui ont donné naissance à lagricullure et aux premiers métiers ont rendu l'exploitation régulière et permanente des populations incapables de se protéger ellesmêmes, plus avantageuse que le pillage. Les variétés les plus fortes de la race humaine s'assujettirent les plus faibles ; elles fondèrent des établissements ou des États, et vécurent du produit net du travail de la population appropriée, qu'ils percevaient sous forme de corvées et de redevances en nature ou en argent. Celte propriété que les plus forts avaient conquise et qui leur fournissait leurs moyens de subsistance, ils étaient intéressés au plus haut point à la défendre et à l'augmenter. Us se trouvèrent ainsi en concurrence, et nous avftn** vu aussi qno roWo concurronco a d(''ler-

miné, entre autres progrès, l'émancipation des classes assujetties. Celles-ci les ont dépossédées à leur tour, au moins dans les pays où leur puissance s'était particulièrement accrue, grâce au développement de leur industrie. Après avoir été la propriété d'une caste ou d'une maison, l'ÉUt est devenu la propriété de la nation, avec tous les droits de souveraineté qui y étaient afférents, y compris le droit de la guerre. Mais faute de pouvoir gouverner elle-même son Ëtat, la nation a constitué ou accepté un gouvernement, chargé de pourvoir à sa sécurité et de lui rendre divers autres services. Le droit de la guerre continuant de subsister sous ce nouveau régime et de demeurer illimité, les gouvernements ont dû s'assurer contre le risque de guerre demeuré illimité aussi. D'où la nécessité de conserver et d'accroitre autant que possible leur puissance offensive et défensive, et par conséquent de concentrer leurs forces et d'empêcher toute séparation, toute scission dune portion quelconque des populations qui les fournissent. C'était là une servitude imposée à chacune des parties constitutives de la nation dans l'intérêt de la généralité. Mais supposons que le droit de la guerre et avec lui le risque de guerre viennent à être limités, que la sécurité de la communauté civilisée soit garantie par une puissance collective, supérieure il n'importe quelle puissance isolée, aussitôt la situa-

tion change : la sécurité des nations les plus faibles se trouve assurée à l'égal de celle des nations les plus fortes ; en conséquence, aucun gouvernement ne peut plus invoquer la nécessité du salut commun pour interdire à l'une ou l'autre des parties de se séparer du tout en vue de constituer une nation autonome ou se réunir à quelque autre. On peut concevoir encore que sous ce régime de libre association politique, les nations adoptent un mode d'organisation de leurs services collectifs analogue à celui des industries qui pourvoient à la consommation individuelle de leurs membres, et que la concurrence agisse de même pour en améliorer la qualité et en abaisser le prix.

Entin, si la sécurité des États civilisés, petits ou grands, était également garantie par une puissance collective, s'ils n'avaient plus à se prémunir entre eux contre le risque de guerre, ils pourraient renoncer aux pratiques véreuses, telles que la corruption et l'espionnage auxquelles ils ont recours, soit pour assurer leur défense, soit pour préparer une agression. De môme, si la sécurité extérieure était assurée et si le régime de l'association libre venait à remplacer celui de l'association imposée et de la sujétion, la police politique perdrait sa raison d'être et la morale de TËtat cesserait d'être en opposition flagrante avec celle dont il est chargé d'imposer l'observation.

Cependant, on ne peut s'attendre à ce que la classe

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intéressée d'une manière ininiédiale, sinon permanente, à la conservation et à la perpétuité de Tétat de guerre, consente à accepter de plein gré des progrés qui portent atteinte à ses moyens d'existence. A cet égard, sa situation et ses dispositions ne diffèrent pas de celles des ouvriers auxquels l'introduction dune machine nouvelle cause un dommage actuel, bien qu'elle doive finalement contribuer à améliorer leur sort. Si les ouvriers fîleurs ou tisserands avaient eu le pouvoir d'empêcher la mise en œuvre des métiers mécaniques,nous en serions encore au rouet et aux métiers à la main. Si les propriétaires de diligences et les aubergistes avaient été lesmailres d'opposer leur veto aux progrès de la locomotion, nous attendrions encore les chemins de lor. Or, la classe gouvernante des Ëtats possède le pouvoir qui faisait défaut aux ouvriers fileurs et tisserands, aux propriétaires de diligences et aux auborgistes. Ello peut, ù son gré, enrayer des progrès qu'elle jugerait contraires à son intérêt et on ne doit pas se bercer de l'espoir qu'elle consente volontairement à faire prévaloir, sur cet intérêt particulier et immédiat, l'intérêt général et permanent de la nation, bien que le sien y soit compris. Si donc les multitudes qui supportent le poids écrasant de la vieille machinerie de l'état de guerre veulent en obtenir la réforme, il faut d'abord qu'elles aient conscience des maux et des charges qu'»'lle l«Mir

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inflige et qu'elles sachent les rattacher à leur véritable cause, ensuite qu'elles acquièrent une puissance d'opinion capable de surmonter toutes les résistances. C'est pourquoi celte réforme sera peut-être attendue longtemps encore, mais elle n'en est pas moins inévitable, car la paix est la condition nécessaire d'existence des sociétés présentes et futures comme la guerre était celle des sociétés du passé.

Aussi longtemps que la guerre a été l'agent indispensable de la production de la sécurité et le véhicule du progrès, elle a été considérée, à bon droit, commo la manifestation la plus haute et la plus noble de l'activité humaine : les hommes de guerre ont été l'objet de l'admiration enthousiaste des peuples et, dans la lointaine antiquité, ils étaient rangés parmi les Dieux. La guerre était alors dans sa période de grandeur. Mais depuis que sa tâche de destruction des obstacles à l'établissement de la sécurité est achevée et qu'elle a été remplacée, comme véhicule du progrès, par une autre forme à la fois plus elTicace et moins onéreuse de la concurrence; depuis, en un mot, qu'elle a cessé d'être <« utile », elle a perdu son prestige, et tous les efforts que l'on a pu faire pour le lui rendre ont échoué. Après avoir eu sa période de grandeur, elle est entrée dans sa période de décadence et elle est destinée à disparaître pour faire place à la paix qu'elle a rendue possible.

▲ . p. 61. — Les zones dangereuses d'un champ de bataille.

Où commence aujourd'hui un champ de bataille et où finit-il? A ces questions, le colonel Cherfils répond de la manière suivante :

Le champ de bataille finit à la ligne même de l'ennemi et commence là où la mort commence, à la portée efficace du canon, à 3,000 mètres.

Le canon peut porter à 5,000 mètres, mais la vue a sa limite plus rapprochée; et le terrain avec ses couverts et ses accidents intervient, après la vue, pour rapprocher encore cette première lisière du champ de bataille.

A 3,000 mètres, les trois armes de destruction interviennent, successivement : le canon, le fusil, le moral; elles divisent ainsi le champ de bataille en trois zones successives :

i" La zone du canon, de 3,000 à 1,500 mètres. A 1,500 mètres, en effet, commence la portée utile du fusil d'infanterie. C'est donc au canon à travailler dans cette première zone et quand on entre dans la zone du fusil, il faut que le canon ait triomphé du canon ennemi pour préparer ainsi l'action de destruction du fusil.

2» La zone du fusil, de 1,500 à 700 mètres. Celle

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(ieuxiAme zone est limitée ainsi logiquement à la portée de'cisivedii fusil, qui est à 100 mètres. La ligne d'approche, d'usure sur tout le front de la bataille, s'arrête là.

Plus loin, on est mort si l'on y m!...

3« De "00 mètres à 0 mètre. Il faut pourtant bien y aller. II n'y a rien de fait sans cela. On ne peut logiquement franchir celte zone de la mort qu'après avoir désarmé l'ennemi. Pour cela il faut l'écraser sous une pluie de feu et ébranler à ce point son moral que, lors> qu'il verra s'avancer sur lui les masses serrées, silencieuses et menaçantes sur lesquelles luiront les éclairs des baïonnettes, il n'ait plus qu'à jeter ses armes et à fuir. Voilà pourquoi, après la préparation terrible qui est comme le dernier mot des armes de destruction, il n'y a plus place qu'à l'arme morale. C'est la zone de l'assaut, c'est la marche à la mort pour laquelle il faut des poitrines découvertes et des coeurs d'airain...

B. P. H. — Les sociétés de la paix.

De tous temps la propagande de la paix a été faite par des apôtres éclairés et bienveillants de la religion et de la philosophie; mais c'est seulement à une époque récente que des associations ont été instituées spécialement pour cet objet. C'est à la lin de la guerre qui a désolé le monde au commencement de notre siècle, que la première Société de la paix a été fondée aux Ktats-Unis. L'idée en fut suggérée d'abord dans un pamphlet intitulé : « Solemn revietr of fhe custoin of irai- » i Revue solennelle île la pratique (le la i/uerre; 1H14). Ce pamphlet, qui parut sous le voile de l'anonyme, avait pour auteur le docteur Noah

Worcester. En août 1815, la « Société des Amis de la Paix de New- York » fut inslitu(''o par un petit nombre d'hommes bienveillants, appartenant à la secte des quakers. Dans le mois de décembre suivant, la société de la paix de l'Ohio et celle du Massachusetts virent successivement le jour. En 1810, le mouvement qui venait de prendre naissance chez les dignes quakers de l'Union américaine se propagea en Angleterre. Le 14 Juillet de cette année, la « Société pour l'établissement de la paix permanente et universelle » était fondée à Londres.

Ces diverses associations se proposèrent principalement pour objet « de répandre des petits livres {tracls) et des adresses démontrant que la guerre est inconciliable avec l'esprit du christianisme et les vrais intérêts de l'humanité, et indiquant les moyens les plus efficaces pour maintenir une paix permanente et universelle sur la base des principes chrétiens. » Nous citons les termes mêmes de leurs programmes. Les ressources de la Société de Londres s'élevèrent, pendant la première année de son existence, à 212 liv. st. Dans la même année, son comité lit répandre 32 mille tracts et 14 mille adresses; elle se mit aussi en communication régulière avec les Sociétés de New- York et du Massachusetts. L'année suivante, les imprimés répandus atteignirent le nombre de 100 mille, plusieurs de ces imprimés furent traduits en français, en espagnol et en allemand, et distribués sur le continent. La Société du .Massachusetts fit également pénétrer des milliers de tracls en France, en Hussie, dans l'Inde et aux îles Sandwich. En 1820, celle-ci ne comptait pas moins de 12 succursales, et 15 associations semblables fonctionnaient aux Étals-Unis. En 1821, la Sociétr de la tnoralc chrétienne fut instituée à Paris, en partie pour propager l'idée de la paix. En 1830, le comte de Sellon établit une société de la paix à (îenève, laquelle entreprit la publication d'un journal intitulé : les Archives de la société de la paix à

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Genève. Depuis plusieurs années déjà, l'association de Londres publiait le Herald of peace. La propagande de l'idée de la paix se faisait ainsi peu à peu, mais sans acquérir une grande notoriété, lorsqu'en 1843 les sociétés de la paix des deux inondes résolurent de tenir à Londres une convention universelle, pour donner plus d'unité au mouvement et lui procurer une publirilé plus étendue. Celte convention, formée des délégués des sociétés de la paix, se réunit au mois de juillet 1843, sous la présidence de M. Charles Hindiey; M. de La Uochefoucauld-Liancourt, président de la Société de la morale chrétienne, y assistait. Les membres de la convention décidèrent qu'une adresse serait envoyée à tous les gouvernements civilisés, pour leur persuader d'introduire dans leurs traités de paix ou d'alliance une clause par laquelle ils s'engageraient, en cas de dissentiment, à accepter la médiation d'un tiers désintéressé. Cette adresse fut présentée au roi Louis-Philippe, qui fit un excellent accueil aux délégués du congrès. « La paix, leur dit-il, est le besoin Je tous les peuples, et, grâce à Dieu, la guerre coûte beaucoup trop aujourd'hui pour qu'on s'y engage souvent, et je suis persuadé que le jour viendra où, dans le monde civilisé, on ne la fera plus. » Au mois de janvier 1848, la même adresse fut présentée au président des Etats-Unis par M. Beckevith, secrétaire de la société centrale de la paix d'Amérique. Le président lit remarquer aux délégués que la tendance naturelle des gouvernements populaires était de maintenir la paix. << Que le peuple soit instruit, dit-il, et qu'il jouisse de ses droits, et il demandera la paix, comme indispensable à sa prospérité. »

En 1848 (20, 21 et 22 septembre), une seconde convention, qui prit cette fois le nom de Congrès de la Paix, eut lieu à Bruxelles sous la présidence de M. Aug. Visschers, ï^iverses résolutions relatives à l'arbitrage, à l'élablissenient d'un congrès des nations, etc., furent adoptées par

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le congrès de Bruxelles. Ces résolutions furent présentées le 30 octobre suivant à lord John Hussell, alors premier ministre, lord John Hussell applaudit beaucoup à la pensée qui avait présidé à la formation du congrès de la paix, et il déclara que, dans le cas d'un différend avec une nation étrangère, si celle-ci proposait à la (Irande- Bretagne den référer à un arbitrage, le gouvernement croirait toujours de son devoir de prendre en considération une semblable demande. F.es membres du congrès de Bruxelles s'étaient donné rendez-vous Tannée suivante à Paris. Dans l'intervalle, M. Richard C.obden présenta au parlement britannique (séance du 12 juin 1849) une motion tendant à établir le principe de l'arbitrage dans les traités qui seraient conclus à l'avenir entre l'Angleterre et les autres nations. Cette motion obtint une minorité de79 voix sur 288. Le congrès qui eut lieu à Paris, au mois d'août suivant ['22, 2:\ et 24 août 1849), sous la présidence de M. Victor Hugo, et qui fut en grande partie organisé par les soins de M. Joseph ilarnier, l'un des secrétaires, fut des plus brillants; plus de 500 Anglais, une cinquantaine d'Américains, dont quelques-uns appartenaient aux Ktats les plus reculés de l'ouest, sans parler des autres étiangers et d'un nombreux public français, y assistaient. MM. Victor Hugo, Uichard Cobden, Km. de Cirardin, Henri Vincent de Londres et plusieurs autres orateurs d'élite s'y firent entendre. En 18."»0, les amis de la paix se réunirent de nouveau à Francfort sous la présidence de M. le conseiller Jaup. Enfin, le dernier congrès, organisé par deux apôtres infatigables de la paix, MM. Elihu Buriilt et Henri Uichard, a été tenu à Londres sous la présidence de l'illustre docteur Brewster. Ce congrès a eu lieu les 22, 23 et 24 juillet iS.'il, en même temps que l'exposition universelle, cet autre congres de la paix! Vingt-deux membres du parlement britannique, plusieurs membres de l'Assemblée législalivo cl du Conseil dElat de Franc* v'

figuraient, soit personnellement, soit par leurs adhésions; six corporations religieuses importantes et deux corporations municipales y étaient ofllcieliement représentées; trente et un délégués des sociétés de paix d'Amérique, sans parler des visiteurs, avaient traversé l'Océan pour y assister. Plus de trois mille auditeurs remplissaient, pendant ses séances, la vaste salle d'Kxeler-Hall. Nous reproduisons les résolutions qui furent adoptées dans ce dernier congrès des amis de la paix universelle; elles donneront une idée succincte du but qu'ils poursuivent, et des moyens qu'ils mettent en œuvre pour l'atteindre :

(' 1° H est du devoir de tous les ministres des cultes, des instituteurs de la jeunesse, des écrivains et des publicistes, d'employer toute leur influence à propager les principes de paix, et déraciner du cœur des hommes les haines héréditaires, les jalousies politiques et commerciales qui ont été la source de tant de guerres désastreuses;

« 2° En cas de différends que l'on ne parviendrait pas à terminer à l'amiable, il est du devoir des gouvernements de se soumettre à l'arbitrage de juges compétents et impartiaux ;

« 3° Les armées permanentes qui, au milieu des démonstrations de paix et d'amitié, placent les différents peuples en un état continuel d'inquiétude et d'irritation, ont été la cause de guerres injustes, de souffrances des populations, d'embarras dans les finances des États : le congrès insiste sur la nécessité d'entrer dans une voie de désarmement;

« 4° Le congrès réprouve les emprunts dont l'objet est de servir à faire la guerre ou à entretenir des armements militaires ruineux;

« 5° Le congrès désapprouve toute intervention par la force des armes ou par voie de menaces que des gouvernement tenteraient d'opérer dans les affaires intérieures

d'États étrangers, chaque peuple devant rester libre de régler ses propres affaires ;

« 6* Le congrès recommande à tous les amis de la paix de préparer l'opinion publique dans leurs pays respectifs, afin de parvenir au développement et à l'amélioration du droit public internai ional;

« 1° Le congrès réprouve le système d'agressions et de violences employ»'* par des peuples civilisés à l'égard des tribus à demi sauvages, ces actes de violence étant en même temps contraires à la religion, à la civilisation et aux intérêts du commerce;

« 80 Le meilleur moyen d'assurer la paix étant d'augmenter et de faciliter les relations d'amitié entre les peuples, le congrès exprime sa profonde sympathie pour la grande idée qui a donné naissance à l'exposition universelle des produits de l'industrie. »

G. DE M. Dictionnaire de l'économie politique.

Depuis que notre notice a été écrite (1832), les sociétés et les congrès de la paix se sont multipliés, en se proposant principalement la propagation de la pratique de l'arbitrage. On trouvera dans leurs publications annuelles un aperçu complet de leurs travaux de propagande.

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