‹ Grandeur et décadences de Rome; (volume 3)Chapitre 9 sur 29 · IV · texte numérisé non relu

IV

mariniers et leurs jeunes esclaves qui équipaient le

bateau et chargeaient les bagages. Au ciel scintillaient les premières e'toiles. Le soir le bateau, tiré par une mule qui suivait le bord du canal, se mit en marche aux chants du marinier et des passagers; peu à peu les voix se turent, les passagers s'endormirent et le marinier continua seul à chanter, mais le sommeil à la fin le saisit, lui aussi. A l'aube un voyageur s'aperçoit que la barque est arrêtée et que le marinier dort; il le réveille de la bonne manière. Le troisième jour, à dix heures du matin, les deux voyageurs purent se laver le visage et les mains à Tauberge de la Fontaine Feronia, d'où ils partirent pour Terracine qui est à trois milles de là. Ils y trouvèrent Mécène, Coccéius et Capito; et Horace fit humecter de coll3Te ses yeux malades. Le quatrième jour ils reprirent tous ensemble la route de Capone; ils passèrent par Fundi où le praetor, le maire de l'époque, vint en grande pompe à leur rencontre et les divertit fort; ils arrivèrent à Formie où ils passèrent la nuit et furent dans sa villa les hôtes de Lucius Licinius Murèna. Le lendemain matin arrivèrent de Naples Plotius, Varius et Virgile; celui-ci venait peut-être des propriétés de Campanie qui lui avaient été données par Octave. La troupe ainsi grossie partit en voiture pour s'arrêter le soir du cinquième jour dans une petite auberge du pont de Campanie. Le jour suivant, ils s'arrêtèrent à Capone, où Mécène, qui avait la passion des exercices physiques, alla faire une partie de paume. Le septième jour ils arrivèrent aux Fourches caudines et se rendirent dans la magniuque villa de Coccéius, où le dîner se prolongea bien avant dans la nuit, égayé par une querelle fantaisiste de bouffons. Le jour suivant ils étaient à Bénévent, où le patron de Tauberge, pour leur faire rôtir des grives, faillit mettre

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le feu à la maison. Mécène et ses amis durent tous aider à éteindre l'incendie. Au delà deBénévent, le neuvième jour du voyage, Horace eut la joie d'apercevoir les montagnes de son pays natal : mais le soir il fallut passer la nuit à Trevico, dans une taverne fumeuse, où le poète tenta en vain de séduire une servante qui cependant n'était pas farouche. Deux jours plus tard ils étaient à Ganusium, où Varius les quitta; le douzième jour ils atteignirent Ruvo par des routes que la pluie avait rendues difficiles; et le treizième Bari, le temps étaitredevenu beau, mais les chemins étaient pires que jamais. Le quatorzième jour ils étaient à Gnatia, où ils virent dans le temple le miracle de l'encens qui brûlait sans être allumé, et le poète se divertit fort de cette superstition, bonne, dit-il, pour des Juifs. Il ne croit pas, quant à lui, que les dieux s'occupent de ces sottises. Le quinzième jour, après avoir fait depuis Rome et presque toujours en voiture 360 milles (530 kilomètres), ils arrivèrent à Brindes, où Mécène s'embarqua pour la Grèce.

Le récit de ce voyage est un document intéressant. n nous montre Mécène, c'est-à-dire un des grands personnages de ce temps-là, obligé plusieurs fois, pendant ce court voyage de Rome à Brindep, de descendre dans d'affreuses auberges. Cela prouve que sur cette grande route il se trouvait alors peu de riches propriétaires pouvant donner l'hospitalité à ces illustres voyageurs; et que sur cette antique voie d'Appius il y avait une quantité de villas désertes et abandonnées, qui n'étaient plus que les lugubres monuments funèbres de la ploutocratie détruite et de ce qui avait été l'aristocratie romaine.

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