‹ Grandeur et décadences de Rome; (volume 5)Chapitre 4 sur 13 · C. I. L., XIV, 2240, V. H · texte numérisé non relu

C. I. L., XIV, 2240, V. H

(2) Strabon-, XVI, IV, 24; Dion, LUI, 29; Mon. anc, V, 22-23 (lat). L'Aduiis de Dion doit être une erreur et c'est de Mariba qu'il s'agit.

sait concurrence à celle d'Alexandrie, et qui, par Leucocome et Petra, arrivait en Phe'nicie (1).

L'an 23 commençait donc mal et il continua plus mal encore, bien que l'édile Marcellus cherchât à e'gayer la me'tropole, en donnant des fêtes magnifiques avec l'argent de son oncle (2). Une maladie à laquelle les anciens donnaient le nom de peste, et dans laquelle un écrivain moderne b. cru reconnaître une épidémie de typhus, rempUt de deuil l'Italie d'abord, et Rome ensuite, et elle fut sur le point d'amener une catastrophe politique quand, après tant de victimes, Auguste fut atteint à son tour. Ce fut sans doute au printemps^ et certainement avant le mois de juin, qu'il tomba malade pour la troisième fois, mais plus gravement qu'il ne l'avait été jusque-là (3). Rome apprit un jour qu'Auguste était mourant, et qu'il avait déjà pris ses dernières dispositions, fait son testament, remis à Pison^ qui était consul avec lui^ tous les papiers d'intérêt public^ y compris les comptes des fmances^ qu'il avait fait faire chez lui : il s'était enfm permis de recommander au sénat et au peuple^, comme son successeur, Agrippa, mais d'une façon discrète, qui ne pouvait blesser même les plus austères républicains. Il s'était contenté en effet de lui donner son anneau et son cachet (4).

(1) Strabon-, XYI, IV, 24.

(2) Dion, LUI, 31.

(3) Dion, LUI, 30. Au mois de juin il devait déjà être guéri, puisque, comme nous le verrons, il abdiqua le consulat. (ScÉTONE, Aug., 81.)

(4) Dion nous dit en deux endroits d'une façon très nette qu'Auguste ne désigna pas de successeur (LUI, 30) : oiàoo/ov [jL£v oOSéva àTreôet^^s... ; (LUI, 31) : oùôeva Tijc ào'/ri;, Siàoo/ov xaxaXs- )oiuà)<; rjv. La remise de l'anneau à Agrippa n'était qu'un acte de confiance personnelle, touchant ses affaires privées; ce pouvait être cependant une recommandation au sénat et au peuple de le choisir pour- son successeur. Il y a du moins deux choses de

On imagine facilement quelle e'motion produisit cette nouvelle. Qu'allait-il arriver si Auguste mourait tout à coup^ à quarante ans^ laissant tout en suspens, et la république encore si débile? Personne n'eût pu le prévoir. Mais on vit soudain apparaître pour sauver la république du danger imminent un affranchi oriental, un médecin. Auguste croyait à la vertu de la tradition, lorsqu'il s'agissait de soigner les maladies de l'État, mais non lorsqu'il s'agissait de sa santé; et il avait préféré aux recettes traditionnelles des grandes familles romaines la science grecque. 11 avait auprès de lui un célèbre médecin qui avait été celui de Juba II, roi de Mauritanie, et qui avait fondé une nouvelle école médicale, Antonius Musa. Antonius Musa, alors que tout le monde croyait Auguste déjà mort^ le guérit par une cure de bains froids (1). La joie fut très vive, et le médecin fut comblé d'honneurs. Par souscription publique on lui éleva une statue qui fut placée auprès de celle d'Esculape : le sénat lui attribua une récompense en argent et l'inscrivit sur le livre des chevaliers (2). Ce ne fut pas tout; l'admiration pour Musa rejaillit sur tous les médecins; dans un moment d'enthousiasme universel le sénat vota limmunité. c'est-à-dire l'exemption de tous les impôts et charges publiques, pour quiconque exercerait la médecine à Rome et en Italie (3).

certaines, c'est qu'il ne fit aucune recommandation en faveur de Marcellus (Voy. Dion, LUI, 31), et que l'indication d'Agrippa, que quelques-uns virent dans la remise de l'amieau, était si vague, que bien des gens crurent que sa volonté était que, lui mort, la charge de princeps fût abolie (Dion, LUI, 31). Il est donc bien évident qu'Auguste était très préoccupé de montrer au peuple que toute trace du principe dynastique et héréditaire était exclue du nouveau régime.

(1) ScÉTONE, Aug., 81; Dion, LUI, 30.

(2) Dion, XXXIII, 30; Suétone, 39.

(3) Dion, LUI, 30.

Ainsi en un instant, par le seul fait de la gudrison d'Auguste, tout le monde semblait s'être converti à l'admiration pour la médecine scientifique des Grecs, dont tant de Romains se de'fiaient encore si fort. C'était là une nouvelle preuve et une des plus curieuses que l'on n^était à cette époque fermement attaché à aucun sentiment : ni à l'admiration des choses anciennes, ni à la défiance pour les choses nouvelles, ni au désir de revenir aux traditions, ni aux tendances à introduire dans l'État la culture orientale. Ce n'était pas simplement par caprice ou par sottise que les grands défenseurs de la tradition romaine détestaient la médecine grecque comme un mélange impur de charlatanisme et de cupidité (1). Toute aristocratie militaire est naturellement portée à déprécier les professions intellectuelles, et surtout les médecins et les avocats qui forment toujours le noyau des classes moyennes le plus puissant par sa culture^ par ses relations, par ses influences et qui peuvent par suite, quand ils acquièrent de la puissance, contrecarrer dans la vie publique et dans la vie privée, dans la famille et dans l'État, l'influence d'une aristocratie militaire, répandre des idées et des sentiments en contradiction avec celles dans lesquelles une aristocratie militaire fait consister l'idéal de la vie. L'aristocratie romaine s'était depuis des siècles réservé le monopole du barreau, et, méprisant la médecine^ elle l'avait abandonnée aux Orientaux parce qu'ils n'étaient que des afl'ranchis. Mais l'aversion pour cette profession devait être d'autant plus vive à Rome à ce moment, que ces affranchis orientaux venaient d'écoles lointaines, et profes-

(1) Au sujet du mépris dans lequel la haute socictó romaine tenait encore la médecine grecque dans la seconde moitié du premier siècle, voy. Pline, N. H., XXIX, i, 11, 15-27.

saîent sur toutes choses des idées profondément différentes de celles qui étaient enracinées dans la tradition romaine. Quelle puissance eût été celle de ces gens-là, s'ils avaient pu faire croire aux Romains qu'ils possédaient le secret de la vie et de la mort? Aussi l'ancienne défiancje était-elle toujours là pour persuader que les vieilles prescriptions, transmises de père en fils, valaient mieux que toute la médecine grecque. Mais voici que soudain un de ces médecins^ devenu célèbre, recevait les honneurs réservés aux conquérants et aux grands diplomates, et que, d'un jour à l'autre, les législateurs se mettaient à protéger des hommes envers qui ils avaient été jusque-là défiants et hostiles.

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