L'Evénement, sous la signature H. C., 15 oct
2. Comme on a vu plus haut, Sir Chs Fitzpatrick, né en 1852, ava ut que la paroisse de Sillery existât, ne peut l'avoir eu pour mère. “ Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né? ”
nant parvenu à la dignité de juge en chef de la Cour Suprême, le plus haut tribunal de notre pays.
“On connait le talent oratoire de l’ancien ministre de la Justice, et les succès brillants qu’il a remportés sont présents dans toutes les mémoires.
‘Samedi soir, il n’a voulu être que causeur, et se sentant chez lui il s’est borné à une conversation de famille. “ Mais en l’entendant, l'on se surprenait à regretter que ce beau talent parvenu à sa maturité et s'appuyant encore sur toute la force de l'âge, ait laissé les champs de bataille de la politique sur lesquels il luttait avec tant d'éclat, pour entrer dans l'atmosphère calme et sereine de la magistrature, où un homme de talent peut arriver plus tard, voire à cette époque de la vie où la science et le talent peuvent encore être mis au service du pays sans que l’on tienne rigueur au vétéran dont la voix s’use et l’ardeur s'éteint.
“M. Fitzpatrick a commencé par rappeler les grands souvenirs qui planent sur Sillery. Il a vanté l'entente cordiale et l’harmonie qui n’ont cessé de régner entre tous ses habiiants de toutes croyances et de toutes origines.
Puis il est entré sur un terrain plus familier et plus en harmonie avec la fête du jour.
“Ç'a été d’abord un hommage touchant à la mémoire de sa vieille mère dont toutes les 87 années d’une vie modeste ont été passées à l'ombre de la flèche gothique
de Saint-Colomb. Puis des souvenirs d'enfance, des
réminiscences d’école, où, comme l’a dit si agréablement l'hon. M. Sharples, c'était à qui jouerait les tours les plus malirs et les plus plaisants. Reconnaissance aux concitoyens qui l’ont porté sur le pavois des honneurs et l'ont constamment soutenu dans sa carrière publique. Rien n’a échappé à la mémoire de l’aimable causeur, car sa parole venait du cœur.
“ Souvenir reconnaissant à la mémoire des prêtres dévrués qui ont eu tour à tour charge d’âmes dans la paioicse.
“ Tribut délicat à l’un des plus illustres citoyens de l’époque contemporaine dans la personne de l’hon. R.-R. Dobell, qui toute sa vie s’est identifié avec les intérêts de Sillery, et dont l'esprit large et le cœur généreux ont tant contribué à faire revivre la mémoire des Jésuites d’autrefois, en aidant à élever au Père Massé un superbe monument et en conservant comme une relique leur ancienne résidence sur la grève.
“ Et au milieu de tout cela, une codence a été accueillie par une triple salve d’applaudissements. L'hon. M. Fitzpatrick, après avoir parlé des espérances de Sillery dans un meilleur avenir, après avoir salué comme une aurore bienfaisante les travaux du port et des raccorde-
ments de chemins de fer, ainsi que le grand pont, en voie
d'exécution, montrant à ces concitoyens l'honorable M. Sharples, assis au fauteuil de la présidence, leur révéla qu’à un moment critique de l’histoire de la compagnie et lors-
qu'on pouvait croire qu'elle était en péril, il sauva la situation. “ C’est lui, messieurs, dit-il, qui, en versant dans la caisse une somme de cinquante mille piastres de son avoir, assura l’existence et l'avenir de cette colcssale entreprise qui est d’un si grand prix pour Sillery.” :
“Un peu plus tard dans la soirée, l’hon. M. Fitzpatrick, rappelé par l'auditoire, a résumé en français sa causerie d’abord faite en anglais.
“ Mgr l’Archevêque de Québec a ensuite pris la parole pour féliciter les paroissiens de Sillery sur l’heureux événement qu’ils sont à commémorer.
“ En termes émus il a rappelé le nom et le souvenir de chacun des prêtres dévoués qui ont exercé le ministère à Sillery : le révérend H. Harkin, qui a bâti l’église, le révérend M. Drolet, le révérend M. Casgrain, et enfin le curé actuel, le révérend M. Maguire qui, arrivé dans le temps où la paroisse traversait une période de crise, amenée par le dépérissement de l’industrie du bois, a relevé tous les courages, acheté un nouveau et superbe cimetière, embelli et restauré l’église, le presbytère et les terrains de la fabrique, tout en réduisant la dette de $13,000 à $6,000.
“Mgr l’Archevêque a ensuite adressé la parole en anglais,
1. Rapp:lons encore — jusqu’à ce qu'on le croie — que le “ Pont de Québec ”, si important pour Sillery, est à Sainte-Foy. On ne prête qu'aux riches.
“ Puis est venu M. Power, député fédéral de Québec- Ouest, qui a appuyé le vote de remerciements proposé par l'honorable John Sharples à Son Honneur le lieutenant gouverneur, à Mgr l'Archevêèque, à tous les invités, à tous les paroissiens venus en si grand nombre.
“ A ce moment de la soirée, l’orchestre de la citadelle, dirigé par M. Vézina, a exécuté deux fantaisies musicales sur des airs connus empruntés aux mélodies irlandaises et à nos chansons populaires du Canada. Mis en air par ces accords entrafnants, l'auditoire n’a pas ménagé ses appleudissements, se délectant d'avance à la pensée d'entendre ensuite notre cantatrice populaire, madame Lavoie
+ Malheureusement, empêchée par la maladie, elle n'a pu venir cueillir nos applaudissements. Nous l'avons regretté d'autant plus que c'a été la seule ombre au tableau brillant de la fête jubilaire de Sillery.
“ La foule s’est ensuite portée sur les terrains de l’église, où on lançait des feux d'artifice.
“Un buffet richement garni de mille bonnes choses completait l'agrément de la fête.
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“ Dimanche, le 14, a été entièrement consacré à des
cérémonies religieuses. Messe pontificale chantée par Mur Bégin, assisté de Mgr Mathieu, des abbés Dupuis, Garneau, Laflamme, Cannon, avec discours anglais, par
le R. P. Mulhern, C. S. S. R,., et discours français, par l'abbé Scott, curé de Sainte-Foy.
“La partie musicale a été superbe.
“La célébration du jubilé se termine ce matin, per un service funèbre pour le repos des paroissiens décédés.
‘Somme toute, ces fêtes ont été brillantes et admirablement organisées. Ceux qui y ont assisté en garderont un agréable souvenir 11 Y 8 plus: (la population de Sillery nous a mis sous les Yeux un grand spectacle : celui d'une société mixte, composée d'éléments divers, parlant des langues différentes, appartenant à des dénominations religieuses variées, et vivant cependant tous ensemble dans une entente cordiale et une harmonie parfaite, pratiquent les uns envers les autres un admirable esprit de tolérance, d’estime et de respect mutuels ; un spectacle digne d’être offert à la sérieuse considération de tous ceux que tourmentent les grands problèmes de notre unité nationale et de notre avenir comme peuple homogène, de tous ceux dont le cerveau est hanté par l'utopie de l'absorption ou de l’anglification de l'élément français Pour arriver à l’unité de langue et d'aspirations nationales,
‘Samedi soir, les habitants de Sillery ne formaient qu'un cœur et qu’une âme.
“On voyait, confondus dans leurs rangs pressés, nos concitoyens anglais protestants côte à côte avec leurs voisins irlandais et canadiens-français. Et dans cette
réunion formée en grande majorité de représentants de la classe ouvrière, sur toutes les figures, réjouies, respirant le contentement, on pouvait lire le témoignage unanime des relations amicales qui unissent le riche et le pauvre, le patron et l'ouvrier, Je capital et le travail, fraternisant ensemble dans un milieu paisible, où la charité s'exerce au grand jour, où l’on ne connait pas la grève, ni le chômage, trop fréquents de nos jours dans les centres ouvriers.
“ Au seuil de l'ère nouvelle, les habitants de Sillery regardent l'avenir avec confiance. L'esprit de concorde qui les anime est une garantie de la prospérité et du développement qui feront régner l'abondance à tous les
foyers, sous les frais ombrages et dans les paysages riants sur lesquels planent toujours comme génies bienfaisants et comme anges tutélaires tant de grandes figures de notre
histoire.” H. C.
Le R. P. Mulhern, C.S.S. R., a rappelé dans son sermon le souvenir des anciens missionnaires jésuites de Sillery et de la célèbre résidence Saint-Joseph. Il a ensu te rendu hommage en termes touchants aux zélés pasteurs qui ont dirigé la paroisse de Sillery et en particulier à l’abbé Harkin, qui en a été le fondateur.
On reproduit ici le discours français.
SAINT-COLOMB-DE-SILLERY 121 Narrabiaque filio tuo in die illo dicens: Hoc est quod fecit mihi Dominus.
Ex. XIII, 8.
Vous le racontreres à votre fils en ce jour et vous lui direz.
Voilà ce qu'a fait pour moi ie Seigneur.
MonsEIaNEUR, !
Mes Fnrères,
Dieu, après avoir, par des miracles et des prodiges, avec une main forte et un bras étendu !, délivré son peuple de la servitude, commande à Moïse l'institution d'une fête qui soit le mémorial de cette délivrance. Mais ce ne doit pas être une fête stérile : ce que Dieu veut, c'est que son peuple se souvienne afin d'être reconnaissant ; qu'il soit fidèle à la loi qui lui a été donnée, et se garde de prostituer ses adorations aux idoles de bois ou de pierre, de s’abaisser aux mœurs des nations païennes.
Et quand le peuple s’oublie, combien souvent revient
dans les saints livres l'avertissement solennel : ‘ O peuple,
souviens-toi du Seigneur ! ” et sur la lyre inspirée des prophètes, et sur la harpe de David, et sous la plume des moralistes et des historiens.
Eh bien, mes Frères, vous aussi vous devez vous sou-
venir.
Sa Gr. Mgr Bégin, archevêque de Québec.
2. Jérém. XXXII. 21, In signis et in portentis et in manu robusta et brachio extento.
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Et tel est bien l’objet de cette fête. Vous la célébrez pour contempler en quelque sorte en un tableau raccourci et impressionnant tous les bienfaits dont Dieu vous a comblés. Vous voulez que ce souvenir soit fécond et, après l'avoir rempli vous-mêmes, léguer à vos enfants le devoir de la reconnaissance.
Voilà ce qui me dicte mon rôle en cette circonstance mémorable. Je m'efforcerai de redire les bienfaits que
le ciel a répandus sur ce coin de terre privilégié, puis nous verrons quels hommages pratiques de gratitude il faut lui
rendre.
Ce sera la motière de ce discours. Daigne Notre-Dame de Foy, : pendant plus de deux siècles patronne de ces lieux, daignent saint Michel et saint Joseph, * qui en ont été les premiers protecteurs, bénir ma parole !
Hien qu'il s'agisse ici d’une fête religieuse, il serait cependant regrettable, mes Frères, et même impardonnable en parlant des bontés de Dieu à votre égard, de ne pas dire au moins un mot de ce qu'il a fait pour vous dans l’ordre purement matériel ou profane.
Sillery est une des plus belles paroisses qui ornent comme des joyaux les bords du Saint-Laurent. L'artiste
1. La paroisse de Sillery a été en grande partie formée de Sainte- Foy ou Notre-Dame de Foy.
2. La mission fondée par le P. Le Jeune portait le nom de S.-Joseph et la première église était dédiée à S. Michel.
éternel, source et type de toute beauté, a tracé ce panorama enchanteur, dessiné la courbe gracieuse de ces rivages. Il a planté ces bois seculaires où, sous les feuillages, se cachent les riches villas, il a posé les assises de ce promontoire d'où, comme une reine, votre belle église domine les alentours et attire au loin les regards.
Poètes et historiens, artistes et savants, à l'envi, ont célébré le charme sans rival de ces lieux. Un des peintres les plus remarquables qui aient habité ce pays, en a fait le sujet d’un de ces chefs-d'œuvres aujourd'hui trop rares et justement recherchés. Hommes d’État, gouverneurs, princes, ont visité et admiré ces bosquets, ces ombrages délicieux et plusieurs d’entre vous peuvent se souvenir qu’en 1860 - ‘tre illustre souverain ?, alors jeune homme de dix-neuf ans, n’a pas dédaigné d'y faire un séjour. C'est un honneur qui vaut d’être rappelé.
Mais ici, le charme du site n’a pas exclu, comme il arrive souvent, la prospérité matérielle, et Dieu, pour vous, a su vraiment unir l’utile à l’agréable.
1. Krieghof, V. à l'appendice, une description de ce tables: et une courte notice sur Krieghoff.
2. Edouard VII. Il ne faut pas oublier que ce discours se faisait en 1906. Le prince de Galles fut l'hôte de la villa Cataracoui, appartenant à la famille Lévy, aujourd’hui propriété de M. Rhodes, junior. La chambre du prince a été conservée jusqu'à ces derniers années telle qu'elle était lors de son voyage. Les Lévy étaient de race juive. Et néanmoins, à la tête du lit du prince, étaient deux petites peintures représentant, l’une la Sainte Vierge et l'autre l'Ecce Homo du Guide. Cette dernière, d'une expression extraordinaire, est maintenant au presbytère de Sainte-Foy.
Je me souviens encore de mon étonnement et de mon admiration lorsque dans mon enfance, passant en bateau, près de.ce rivage, je voyais les nombreux navires qui s’y pressaient. Quel mouvement, quelle activité ! J'entends encore les cris des matelots et des manœuvres, bruit des cabestans, je vois les énormes pièces de bois carré s’engouffrer dans la cale des vaisseaux. Ce tableau imprimé dans ma mémoire est la vivante image de l’industrie et du commerce, de la richesse qui a attiré dans l’anse de Sillery population si nombreuse et si active.
Vous comprenez toutefois, mes Frères, que cette solennité a un objet plus élevé que de célébrer de simples avantages temporels, si grands soient-ils. Nous allons voir que c’est à la religion que vous devez les plus beaux fleurons de votre couronne. Rendons hommage d’abord au prêtre énergique et zélé, l'abbé Harkin, qui a bâti cette superbe église, et à ses dignes successeurs, dont la sollicitude vigilante vous a guidés pendant ce demi-siècle avec tant de fermeté dans les voies du salut. Il faut rappeler que l’un deux a été plus tard élevé à l’éminente dignité de Cardinal de la Sainte Église romaine :, C’est encore la religion qui a doté. mes Frères, votre paroisse de ce vaste et beau couvent de Jésus-
Marie, maison-mère, en Amérique, d’un ordre qui donne
à des milliers de jeunes filles, en ce pays et aux États-Unis,