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Quand tout ce passé, illuminé, embelli par la distance, vient devant vous, combien plus touchante, et plus humaine Vous paraît la beauté de ces vers d’un grand poète qui a mêlé tant d’inepties et de blasphèmes à tant de choses belles et sublimes:
Que vous ai-je donc fait & mes jeunes années, Pour m'avoir fui si vite et vous être éloignées Me croyant satisfait ?
Hélas ! Pour revenir m'apparaître si belles Quand vous ne pouvez plus me prendre sur vos ailes, Que vous ai-je donc fait ? 1
Ce n’est pas que dans le passé tout soit joie et bonheur. Non, l’Esprit Saint ne peut mentir quand il dit que la vie de l’homme, pourtant si courte, est remplie de beaucoup de misères ?
Quel est celui qui a un peu vécu et n’a pas connu la douleur et le deuil ? Mais, tandis que nos joies passées semblent grandir par l'éloignement, le temps, au contraire, jette sur nos tristesses un voile qui les atténue, quelque chose d’indéfinissable qui fait que le souvenir même n’en est pas sans quelque douceur. Les êtres aimés disparus, amis, parents, revivent dans notre mémoire, et ce n’est Pas tant le vide cruel de leur perte que
1. Victor Hugo. Feutles d'automne, ch. XIV. ‘“Q primavera ! gioventu dell’anno ! O gioventu, primavera della vita ! © printemps, jeunesse de l’année ! O jeunesse, printemps de la vie ! ”
2. Job, XIV,1. Homo natus de muliere brevi vivens tempore. repletur multis miseriie.
nous sentons que la douce souvenance de leur affection et de leurs vertus dont nous sommes touchés.
Eh bien, mes Frères, nous sommes d’une race qui se souvient et qui s’en fait gloire. En ce cinquantenaire de la fondation de votre paroisse, vous voulez jeter un regard sur cette période si courte d’un demi-siècle, qui pourtant a vu se dérouler tant d'événements et passer sur la scène tant d'acteurs aujourd'hui disparus. Mais votre fête
des souvenirs est surtout une fête religieuse et l’Église
vient s’associer à vos sentiments joyeux dans la personne d’un de ses hauts dignitaires, Sa Grandeur Mgr l’évêque d’Eleutheroplis, qui comme autrefois S. Paul, son patron, sait se faire tout à tous pour gagner tout le monde à Jésus Christ.
Vous vous mettez à genoux, parce que vous savez que tous les événements heureux ou malheureux, dont votre paroisse a été le théâtre, tout ce qui s’y est fait de grand et de beau, a été l’œuvre de l’aimable Providence. Vous venez lui offrir l'hommage de votre gratitude. Dieu n’en a pas besoin et cependant il l'exige, il en est jaloux. Dans les livres saints, avec quelle insistance et quelle sévérité n’impose-t-il pas au peuple qu'il s’est choisi le souvenir de ses bienfaits ! Et quand ce peuple toujours ingrat, oublie le Seigneur, combien prompt et vigoureux est le châtiment ! Mais aussi combien prompte la miséricorde, au premier signe de repentir, combien complet le pardon ? Aujourd’hui comme alors, mes Frères, d’une
manière aussi certaine, sinon toujours aussi éclatante, pendant que la reconnaissance augmente le cours des libéralités divines, l'ingratitude en tarit la source. Le meilleur moyen d'attirer les bénédictions célestes, c'est de venir, comme vous en ce jour, rendre au Seigneur de filiales actions de grâces.
Mon devoir en cette fête, ce n’est donc pas d’exciter dans vos cœurs des sentiments dont ils débordent déjà ; c’est plutôt de rappeler le passé encore peu lointain qui les inspire.
Il s'y trouve des événements d’ordre matériel, et des événements d'ordre spirituel. Ils se compénètrent bien un peu parfois, mais non tellement que je je ne puisse en faire, pour plus de clarté, la division de ce discours.
Je mets mes paroles sous la garde de Notre-Dr de Foy, qui a été pendant deux siècles la patronne CU: ces lieux.
La paroisse de Saint-Félix du Cap-Rouge, mes Frères, est une gracieuse mosaïque formée d’une partie de Saint- Augustin, d’un coin de l’Ancienne-Lorette et d'un morceau de Sainte-Foy. Ce dernier est de beaucoup le plus considérable, tant au point de vue de la population que de l'importance.
Sainte-F ou plutôt Notre-Dame-de-Foy, comme il faudrait dire, si les décrets épiscopaux pouvaient prévaloir
sur la routine — , était pourtant déjà une bien petite paroisse, mesurant à peine, dans sa plus grande étendue, une lieue et demie de longueur, depuis la Pointe-à-Pizeau jusqu’à la rivière du Cap-Rouge, et une lieue environ de profondeur.
Mais dans cet étroit espace que de faits historiques,
mémorables ! Ici, sur ce Cap dont les schistes rouges ont valu à votre paroisse son nom populaire, Jacques Cartier, en 1541, avait établi son Charlesbourg-Royal, transformé ensuite par Roberval, en France-Roi. Sur le: bords de la jolie rivière, le hardi Maloin admire les plus beaux chênes qu'il ait vus de sa vie, et des vignes chargées de grappes et de belles aubépines blanches. Même il croit trouver daas les sables de la grève des diamants et de l'or! C'était un Eldorado, une autre Golconde. Plus loin sur les bords du grand fleuve, la célèbre mission Saint- Joseph de Sillery avait donné le spectacle des vertus chrétiennes des premiers temps. Et là-bas, dans la plaine, le chevalier de Lévis avait couronné d’un dernier reflet de gloire les armes françaises en ce pays.
N'était-ce pas trop d’honneur pour la même paroisse ?
En 1856, un premier joyau tombait de son diadème. Les immenses entrepôts de bois de construction établis sur ses rivages, les nombreux navires qui venaient y prendre chargement, avaient attiré une population ouvrière assez conside:-1ble. Pour ces braves gens, qui ne roulaient pas carrosse, l’église de Sainte-Foy, d’ailleurs bien
étroite, était d’un accès difficile. L'autorité diocésaine, soucieuse du bien des âmes, décida d'en ériger une autre en un site incomparable, C'est Sillery, la perle des bords de notre Saint-Laurent.
Trois ans plus tard, en 1859, une autre pierre précieuse tombait de notre front, une émeraude, cette fois, le verdoyant, le délicieux vallon du Cap-Rouge.
De sorte que la vieille Paroisse ainsi diminuée, amputée pouvait emprunter le mot de Cornélie, et montrant S.- Colomb de Sillery et S.-Félix-du-Cap-Rouge, dire avec la fille des Scipion : “ Voilà ma plus belle parure ! ”
Non seulement le bois de commerce, dont les vastes radeaux cherchaient refuge en cette anse spacieuse, mais une fabrique de poteries dont les fourneaux rouges ont
souvent intrigué mes Yeux d'enfant, et qui a eu son heure de vogue, avait attiré en ce lieu, par un travail abondant et rémunérateur, de nombreux ouvriers.
Il était urgent de pourvoir à leurs besoins religieux. Mgr Baillargeon accueillit favorablement le requête présentée par plusieurs citoyens aux fins d'obtenir ici la fondation d’une nouvelle paroisse.
Le site de l'église choisi, les Juchereau-Duchesnay, sei- &neurs de Gaudarville et de Fossembault, avec leur coutumière générosité, donnèrent le terrain nécessaire pour le cimetière et les édifices religieux. De riches particuliers, bien que n’appartenant pas à notre croyance, ! rendant