IT LE FLEUVE SCAMANDRE
CONTE
La source de ce conte, qui a quelque analogie avec le précédent, pour le tour très peu excusable qui y est joué à la simplicité, à la candeur, est la dixième des lettres attribuées à Eschine, lettre que nous donnons à l’4ppendice de ce volume, La même aventure est racontée dans les Mille et ur Jours (Paris, 1838, in-8°, p. 155); dans les Dialogues des morts de Fontenelle, dialogue xx; et par François de Lantier, dans ses Voyages d'Anténor en Grèce et en Asie, 15° édition (Paris, 1821, in-8°, tome I, p. 365-375). Lantier la met dans la bouche du philosophe Bion, qui, dans des circonstances presque identiques, aurait sauvé une jeune fille nommée Théophanie, trompée, séduite de même par un galant sans scrupules : celui-ci s’est fait passer pour le fleuve Méandre, a rendu mère la naïve pucelle, l’a épousée à contre-cœur, puis a voulu tuer son enfant et elle-même (ibidem, p. 382-383).
On sait que le Scamandre (voyez notre tome IT, p. 170 et note 4), ce dieu-fleuve de la Troade, dont les eaux rendaient blondes, dit-on, la chevelure des femmes et la toison des brebis (de là aussi son nom de Xanthe), jouissait de ce qu’on a appelé plus tard le droit du seigneur. Les jeunes filles, la veille de leur mariage, venaient se baigner dans ses ondes et lui offrir leur virginité, et parfois le fleuve se soulevait pour les embrasser mieux, il les enlevait, les entraînait dans une grotte où il les initiait aux mystères de l’amour, puis les reportait lentement sur la rive. Plus d’un galant, on le devine, eut l'art de profiter de cette croyance populaire; plus d’une jeune ingénue voulut bien se laisser surprendre dans sa première innocence,
L’antiquité, il est vrai, est pleine de ces histoires d'hommes pris pour des dieux, ou, au contraire, de divinités prises pour des hommes. Nous avons eu plusieurs fois l’occasion de rappeler dans les Fables que les anciens mêlaient beaucoup les dieux aux