Le Tiamayana, poème sacré de l’Inde
XIXe SIÈCLE
êtres à plaindre, à chérir et à consoler. lien créera s’il en manque. 11 n’y en a pas assez dans la nature ; il en cherche dans le passé, dans la cendre des tombes, dans la poudre des archives. Ces livres, ces papiers, ces pièces historiques qu'il a tant maniés, s il les a aimés, c’est que pour lui il en sortait des voix et des plaintes2. Ne vous y trompez pas, c'étaient des âmes, cl des âmes malheureuses, qui du fond du passé lui disaient : a Nous avons \ cinc, pâli ; nous avons été mourants, corvéables, serfs, brûlés comme sorciers, pendus comme misérables ; fais-nous revivre. » Et il en a été touché, et l'histoire a été pour lui « une résurrection ».
Son haut spiritualisme, invincible, vient de là. Poui qui aime, la mort n’existe pas. L’idée de l’immortalité est née sur une tombe. Elle n’est autre chose que lamour par delà la mort. Michelet croit à l’âme plus qu’à Dieu, encore que profondément déiste. Les théories philosophiques modernes lui étaient pénibles. Quand on lui pas lait de Darwin, il disait : « Ah! qu on me rende mon moi ! » qu’on me rende mon âme, et l'âme aufsi des autres, tous les cœurs du présent, du passé, de l’avenir que j’aime, que je veux pouvoir aimer. Il ne veut pas qu’on croie que l’histoire est le jeu naturel et fatal de forces aveugles. Comme il croit à l’âme, il croit à la volonté. Une force libre, homme, héros, femme inspirée, homme de génie, se dresse tout à coup, pense, parle : le cours des temps est changé, l’histoire dévie ; « Une âme pèse infiniment plus qu’un royaume, un empire, parfois plus que le genre humain. »
Mais surtout c’est aux âmes huinbles qu’il croi^ omme un homme chezqufla foi se fonde sur l’amour,
2. * Me voilà bientôt vieux. écrivait Michelet; j'ai par-dessus monâ^c deux on trois mille ans. *
LES GRANDS ÉCRIVAINS FRANÇAIS
et l'amour sur la pitié. Les souffrants et les frêles non seulement ont sa pitié, mais sa confiance et l’abandon de son cœur ; d’un transport de joie il communie avec eux : « Au tome troisième (de son Histoire) je n’étais pas en garde, quand la figure de Jacques dressé sur son sillon me barra le chemin, figure monstrueuse et terrible... Grand Dieu! cest là mon père, l’homme du moyen âge ? J3ui, voilà mille ans de douleurs ! Ces douleurs, à l’instant je les sentis qui remontaient en moi du fond des temps... C’ était lui , c était moi qui avions souffert tout cela... » Voilà ceux qu’il aime particulièrement, au milieu de son amour universel; et parce qu’il les aime, voilà ceux qui sont vraiment grands, bons, justes, et qui ont raison, toujours raison.
Voilà ceux dont il écrit le poème avec amour, dont il décrit la vie comme une pure et charmante idylle (le ménage d’ouvriers au xixe siècle dans le Peuple) ; voilà ceux qu’il croit plus clairvoyants et intelligents que les habiles, faisant de la simplicité je ne sais quelle surnaturelle lumière et seconde vue.
Enfant malheureux et triste, jeune homme laborieux et concentré, solitaire toujours, du fond de son cabinet et de sa bibliothèque, son âme aimante et naïve, aussi peu avertie et prévenue que possible, débordait sur ce monde qu’elle ignorait, l’aimait de toute la bonté qui était en elle, et, pour l’aimer mieux, le faisait bon. Nous aimons les êtres et même les choses pour toutes les qualités que nous leur prêtons.
( Études littéraires sur le XIXe siècle , Michelet, Société française d’imprimerie et de librairie.)
A la suite de ces principaux critiques, nous devons citer : Gaston Boissier (1823-1906), professeur au Collège de France, auteur de Cicéron et ses amis , la Religion romaine , les Promenades archéologiques, etc... ; Octave Gréard (1828-1907), recteur de l’Université de Paris, a étudié de préférence les questions pédagogiques, dans Mm^de Maintenon , V Éducation des femmes
XIXè SIECLE
par les femmes , etc...; — Gaston Paris (1839-1905) fut le maître des études romanes, par son remarquable enseignement au Collège de France et par ses ouvrages.
Parmi les critiques vivants: MM. RenéDoumic, Gustave Lanson, F. Strowski, etc.