‹ Grands écrivains français des origines aÌ€ nos joursChapitre 27 sur 232 · I. — Théâtre sérieux: Miracles et Mystères · texte numérisé non relu

I. — Théâtre sérieux: Miracles et Mystères

1. Origines et définitions. — Le théâtre sérieux au moyen , âge a des origines religieuses, c omme le théâtre grec. Dans les

cérémonies de l’Eglise, le clergé introduisait des scènes, accompagnées de chanbà liturgiques; telles que V Adoration des her- !fers, à Noël ; V Adoration des mages, à l’Epiphanie; la Passion du Christ, la Résurrection , etc. . . De plus, on jouait certaines paraboles, telles que lés Vierges sages et les Vierges folles. Peu à peu, ces spectacles ayant pris plus d’importance, et risquant de troubler l’ofijce proprement dit, le clergé les fit représenter sous le porche de l'église, et le latin lut abandonné pour la langue romane. Enfin on construisit des théâtres spéciaux, sur lesquels les drames religieux purent, sans perdre leur caractère édifiant, se développer davantage. — On appelle miracles les pièces tirées de la vie des saints ou de la légende delà sainte Vierge; et mystères (plus exactement mistères) les pièces dont le sujet est emprunté à l’Ancien et au Nouveau Testament, en particulier au récit de la Passion.

2. Les plus anciennes pièces connues sont : a) Le drame d'Adam (xii* siècle), histoire de la tentation et ile la chute d’Adam et d’Eve, de leur expulsion du Paradis terrestre, et du meurtre d’Abel par Caïn ; il y a dans ce drame un remarquable dialogue entre Eve et Satan ; — h) Le jeu de saint Nicolas ' \iiie siècle), dont l'action se passe en Palestine pendant les Croisades': un vieillard qui a seul échappé air massacre des chrétiens par les Sarrasins, est sauvé de la mort par l’intervention de son patron saint Nicolas qui oblige des brigands à restituer un trésor placé sous la surveillance de ce vieillard ;

.* — c) Le miracle de Théophile , de Rutcbeuf /■* (xm# siècle). Un clerc du nom de Théophile a, par ambition, fait un pacte avec Satan ; il est délivré grâce à la sainte Vierge.

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3. Les Miracles de Notre-Dame (xi s) siècle). — Gomme on vient de le voir par les exemptes précédents, le genre des miracles fut très répandu en France dès le xiii* siècle. Ces pièces devaient se jouer aux (êtes patronales, dans les puis (réunions à la fois académiques et religieuses). Mais on célébrait surtout dans les puis, le culte de Notre-Dame, à laquelle on consacrait d’innombrables miracles. Nous avons précisément conservé un recueil, composé au xive siècle, contenant quarante miracles de Notre-Dame , formant probablement le répertoire d’un même pui. Les sujets, très variés, souvent très hardis, sont empruntés les uns à Thîstoire (Berle, femme du roi Pépin , Robert leüiable), tantôt à des légendes qui figuraien t dans des recueils de contes du xm* siècle (le chevalier qui vendit sa femme au diable).

4. Les Mystères. — a) Le Mystère est un vaste drame, de 30 à 60.000 vers, en plusieurs journées, et dont le texte suit d’assez près celui de l’Ancien ou du Nouveau Testament. h) Le Mystère se joue sur un théâtre assez; ciblèrent de nos théâtres modernes : sur la scène, sont juxtaposées de petites constructions ( mansions , maisons) figurant en réduction les principaux lieux dans lesquels l’action doit se dérouler. Ainsi , on voyait (d’après une miniature de la Dassiün de Valenciennes» 1547) les lieux suivants : le ' paradis (un peu surélevé, sorte d'échafaud sur lequel trône Dieu, et où l’on monte par une échelle), une salle, Nazareth, je Temple, Jérnsalçm, un Palais , la maison des évêques, la mer , les limbes , 1 enfer (place souvent en sous-sol, et d’où s’échappaient les diables, par une porte qui figurait une gueule de dragon). Ainsi les décors étaient mis une fois pour toutes sous les veux des spectateurs, et les acteurs se déplaçaient en suivant 1 action. e) Il n y avait pas d’acteurs de profession. Des çlercs, des écoliers, des artisans, groupés en confréries (dont la plus célèbre fut celle des Confrères de la Passioy à Paris), se distribuaient les rôles et lés jouaient souvent avec talent, toujours avec conviction. d) Les Mystères atteignirent à la Un du xve et au début du xyie siècle leur apogée. Mais, en 1548, un arrêt du Par le nient en interdit la représentation. Les protestants, déjà nombreux en France, critiquèrent ces spectacles qui donnaient souvent lieu, il faut "l'avouer, à un singulier mélange du sacré et du prolane. On aurait pu croire que le genre se transformerait, et que, du miracle ou du mystère sortirait une forme de drame historique moderne. Il nen fut rien, et notre trayédie classique devait venir exclusivement de l’imitation des anciens.

5. « Lâ Passion »* d'Arnoul Gréban . — Parmi les innombrables mystères de la Passion, le plus célébré est celui qui fut

MOYEN AGP

écrit vers le milieu «.lu xv* siècle v14j2, par Arnoitl Gréban. 4Zc mystère comprend 35.000 vers, et 4Ô0 personnages. 11 y a d’abord un prologue : Adam, dans les limbes, invoque le Rédempteur promis, tandis que, dans l'Enfer, les diables chantent la perte du genre humain. Au ciel, devant Dieu, Miséricorde et Paix., entament un procès contre Justice et Vérité . la Rédemption est décidée ; elle provoque la joie des Justes dans les limbes, et la fureur des démons. Puis le mystère suit le texte de l'Evangile, depuis l’Annonciation et la naissance du Messie jusqu’à la Passion proprement dite et à la Résurrection. L'auteur, tout en restant fidèle à ce texte, sait habilement développer certaines scènes : ainsi l’entrée triomphale du Christ à Jérusalem le jour des Rameaux, le dialogue des soldats qui flagellent le Chri«t. le reniement de saint Pierre, le désespoir «le Judas, etc...

A la fin du xv* siècle (I486), Jean Michel reprit et développa une partie seulement du* précédent mystère, en 65.000 vers. 41 donna plus d’importance à certains rôles comme celui de Pilate, aux scènes de diableries, et il sut écrire en un style déjà presque classique un admirable dialogue entre Jéstie et la Vierge.

<f La Passion », de Jean Michel I486 .

Dialogue de Noire Dame et de Jésus.

Cette scène est presque célèbre. On veut bien reconnaître que le caractère Je la Vierge a été reconstitué d’une façon vraisemblable et pathétique, et que celui du Christ a une noble simplicité bien conforme à la tradition. — Nous citons seulement la fin d’un long dialogue entre la Mère et le Fils. A la prolixité qui e t le défaut habituel des poètes de ce temps, et de Jean Michel en particulier wse substitue ici une vive et énergique concision.

notre dame, — O mon fils, mon Dieu et mon sire.

Je te mercy très humblement Que tu n'as pas totalement Obéi à ma volonté.

Excuse ma fragilité 5

Si par humaines passions Ai fait telles pétitions Qui ne sont mie recevables.

Tés paroles sont raisonnables

3 Ûue. de ce que. — S. Mie(dn latin micam. miette) renforce la négation fcf. goutte. pa*y point).

J CSL S.

JESUS

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