ARMURE GRECQUE PRIMITIVE
295 raisons les règles des mœurs et celles de la société. Pythagore,39 Thaïes, Anaxagore, Socrate, Archytas, Platon, Xénophon, Aristote40 et une infinité d'autres remplirent la Grèce de ces beaux préceptes. Il y eut des extravagants qui prirent le nom de philosophes,
300 mais ceux qui étaient suivis étaient ceux qui enseignaient à sacrifier l'intérêt particulier, et même la vie, à l'intérêt général et au salut de l'État ; et c'était la maxime la plus commune des philosophes, qu'il
fallait ou se retirer des affaires publiques, ou n'y regarder que le bien public. 3°5
Pourquoi parler des philosophes ? Les poètes mêmes, qui étaient dans les mains de tout le peuple, les instruisaient plus encore qu'ils ne les divertissaient. Le plus renommé des conquérants41 regardait Homère comme un maître qui lui apprenait à bien 310 régner. Ce grand poète n'apprenait pas moins à bien obéir, et à être bon citoyen. Lui et tant d'autres poètes, dont les ouvrages ne sont pas moins graves qu'ils sont agréables, ne célèbrent que les arts utiles à la vie humaine, ne respirent que le bien 315 public, la patrie, la société, et cette admirable civilité42 que nous avons expliquée.
Quand la Grèce ainsi élevée regardait les Asiatiques avec leur délicatesse, avec leur parure et leur beauté semblable à celle des femmes, elle n'avait 320 que du mépris pour eux. Mais leur forme de gouvernement, qui n'avait pour règle que la volonté du prince, maîtresse de toutes les lois, et même des plus sacrées, lui inspirait de l'horreur ; et l'objet le plus odieux qu'eût toute la Grèce étaient les Bar- 325 bares.43
Cette haine était venue aux Grecs dès les premiers temps, et leur était devenue comme naturelle. Une des choses qui faisait44 aimer la poésie d'Homère, est qu'il chantait les victoires et les avantages de la 330 Grèce sur l'Asie. Du côté de l'Asie était Vénus, c'est-à-dire les plaisirs, les folles amours et la mollesse ; du côté de la Grèce était Junon, c'est-à-dire la gravité avec l'amour conjugal, Mercure avec l'éloquence, Jupiter et la sagesse politique. Du 335 côté de l'Asie était Mars impétueux et brutal, c'est-
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à-dîre la gneiTe faite avec fureur; du côté de l.i Grèce était Pallas, c'est-à-dire l'art militaire et la valeur conduite par l'esprit. La Grèce, depuis ce
Bips, avait toujours cru que l'intelligence et le vrai courage était40 sou partage naturel. Elle ne pouvait
souffrir que l'Asie pensât à la subjuguer; et, subissant ce joug, eÙe eût cru assujettir la vertu à la volupté, l'esprit au corps, et le véritable courage
à une force inseï qui consistait seulement dans la multitude.
La Grèce était pleine de ces sentiments, quand elle fut attaquée par Darius, fils d'Hystaspe, et par Xerx avec des armées dont la grandeur paraît fabuleuse, tant elle est énorme. Aussitôt chacun se prépare à défendre sa liberté. Quoique toutes les villes de 360 Grèce fissent autant de républiques, l'intérêt commun les réunit, et il ne s'agissait entre elles que de voir qui ferait le plus pour le bien public. Il ne coûta rien aux Athéniens d'abandonner leur ville au pillage et à l'incendie; et, après qu'ils eurent 365 sauvé leurs vieillards et leurs femmes avec 1 enfants, ils mirent sur des vaisseaux tout ce qui était capable de porter les armes. Pour ai quelques jours l'armée persienne à un passade difficile, et pour lui faire sentir ce que c'était que la