LE MAITRE P. V
Rouville, etc., sans compter des bandeaux, des alphabets historiés et bon nombre de frontispices K »
C'est, à notre avis, attribuer beaucoup à ce maître et lui attribuer des ouvrages bien dissemblables. Nous ne serons pas aussi hardi. Qu'on compare les compositions sévères des Heures avec certaines petites vignettes si jolies de la Picta Poesisf
Toutefois il faut reconnaître que le maître P. V. est un dessinateur très ferme qui avait de grandes qualités. Il n'avait ni le style ni le goût de Bernard Salomon; il n'avait pas non plus le sentiment de l'élégance, mais il avait une habileté d'un autre ordre et parfois plus de sûreté dans le dessin. Il a introduit dans les livres qu'il a illustrés une ornementation particulière; cette ornementation a un caractère d'étraugeté marqué; elle est en général surchargée et un peu confuse. Elle est très diverse; elle présente des colonnes à l'antique, des cartouches à l'italienne, des figures parfois lourdes qu'on dirait de faire allemand, des cariatides, des sphinx et des chimères, des grotesques, des masques, des mufles de lion, des rinceaux, des entrelacs et des moresques. Les statures des personnages sont longues et exagérées, les têtes relativement petites; la musculature est très prononcée8. Les enfants qu'on voit assez souvent dans ces décors sont,
1 Note sur Pevrissin, Tortorel et quelques autres artistes lyonnais du xvr3 siècle (Revue du Lyonnais, 3e série, t. VI, 1868, p. 186).
2 Les encadrements qui ont quelque ressemblance avec ceux de P. V. sont ceux de Julio Bonasone dans la suite des planches des Amori Sdegni e Gielo&ie di Giunone.
nous l'avons dit plus haut, nus et trapus, avec la tête tout à fait chauve 4.
Les arbres ont un feuillage bien massé, cependant avec quelques branches effilées et pendantes. Cette disposition qui rend la frondaison plus légère était dans les habitudes des dessinateurs de ce temps.
C'est, nous le répétons, par les vignettes des Heures à l'usage de Rome qu'on peut se former une idée nette de la manière du maître P. V.
Ambroise-Firmin Didot avait eu la pensée que des ouvrages attribués à P. V. devaient être de Jean Moni. Mais on a vu plus haut que qui dit Jean Moni peut dire Pierre Eskrich, et certainement en tenant compte des inégalités qu'on observe dans la gravure, ces deux dessinateurs sont parfois très rapprochés l'un de l'autre.
Nous n'osons pas encore ne voir en eux qu'un même personnage, mais nous présenterons la remarque suivante :
C'est que les initiales du maître P. V. sont celles de Pierre Eskrich dans les premiers temps de sa vie.
Quand Eskrich, né à Paris, est venu à Genève, il y était connu sous le nom de Pierre Vase, et c'est sous ce nom qu'il a présenté à Genève, au baptême, huit de ses enfants nés de 1552 à 1564. C'est sous ce nom qu'il a été reçu bourgeois de Genève.
1 On serait tenté d'attribuer à P. V. plusieurs titres illustrés de livres lyonnais in-folio, datés de 1550 à 1554, où Ton remarque des personnages surélancés, des enfants nus et trapus, des ornements et des sujets à l'antique assez bizarres, mais la signature H. T. rend cette attribution très incertaine.