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couleurs est indécise, et celles-ci semblent empiéter les unes sur les autres.
Dans la jeunesse, ces défauts peuvent être corrigés par l'accommodation, mais à mesure que les années ou les excès de fatigue enlèvent aux muscles leur énergie, le défaut visuel n'est plus corrigé et même il augmente. C'est sur ces faits que le D' Béritens appuie sa démonstration.
Greco était sans doute astigmate de naissance. Cette anomalie se trahit dans la conformation de l'œil et du crâne tels que nous les montre son portrait peint par lui-même dans V Enterrement du comte d'Orgaz. Pourtant il a dessiné avec une correction à peu près parfaite jusqu'à l'âge de trente-sept ans.
Si quelques figures ont un allongement anormal, leur étirement est léger,
et sans doute elles furent peintes à des moments de fatigue et de surmenage.
A partir de trente-sept ans, l'allongement des corps et l'étirement des figures s'accusent de plus en plus, le coloris demeurant d'abord normal. Plus tard, à mesure que Greco avance en âge, les objets formant des images diffuses sur sa rétine, les couleurs ne sont plus fondues entre elles, empiètent les unes sur les autres et forment ces « bavures » dont parle son historiographe contemporain Pacheco. A la fin de sa vie, il en arrive à ne voir que des taches, et il peint des figures disloquées et invraisemblables, telle ce Saint Siméon qui nous donne une idée de l'image qui devait se former sur sa rétine, une image semblable à celle que donne un appareil
photographique, s'il n'est pas mis au point. Et le D' Béritens conclut que Greco, loin d'être un exalté ou un fou, était un astigmate atteint de strabisme. S'il avait vécu de nos jours, il serait passé chez l'oculiste et, son infirmité corrigée, aurait ensuite peint ses tableaux normalement. La preuve : Prenez chez un opticien les verres de lunette que prescrivent les oculistes pour corriger l'astigmatisme et regardez une toile du Greco. Elle vous apparaîtra immédiatement normale, naturelle, totalement dépourvue de ces fautes de proportions déformantes. Allez voir au Louvre, la Crucifixion du Greco. Non seulement les bras du Christ sont anormalement allongés, mais les bras de la croix elle-même ne sont pas nditiiaux.
Prenez des verres correcteurs de l'astig-
inatisme, et le tableau vous apparaîtra parfaitement régulier.
Avant le D^ Béritens, Justi et les critiques allemands avaient pressenti cette explication scientifique de la manière du Greco. Le savant allemand Meïer- Graefe {Voyage d'Espagne, Berlin 1910) écrit à propos du maître de Tolède :
« L'ellipse paraît avoir été un de ses motifs préférés. Dans la Résurrection et le Baptême, à Tolède, elle est plus ou moins accusée. Mais dans la Vierge aç^ec les Saints, de la chapelle San José à Tolède, non seulement les têtes trahissent cette forme, mais les mouvements décisifs des membres et le contour des corps accusent énergiquement cette ellipse ».
Tout cela nous l'écoutons avec un agréable sentiment de curiosité pour
retourner, pour remonter rapidement aux plus hautes interprétations que nous proposent les Henri Collet, les Maurice Legendre. Et cependant pour toujours ces explications physiologiques nous demeureront dans l'esprit et contribueront à nous rendre mieux intelligible et plus émouvant, plus humain le bel artiste légendaire.