V. Lettre de M. Albin Body, de Spa, publiée dam le Guide
musical, 1880.
« Je reviens de Liège où j'ai procédé aux recherches concernant la naissance de Grétry. J'ai exposé le cas à quelques-uns des hommes les plus compétents, notamment au conservateur des archives, à M. Henrotte, etc., et je suis en mesure de vous renseigner sur la difficulté que vous m'aviez soumise. Non pas que nous soyons plus avancés qu'avant sur la date exacte de la naissance du célèbre Liégeois, mais du moins je suis complètement édifié sur l'assertion de M. Jal. Jusqu'à preuve irrécusable du contraire, il faut considérer l'acte de baptême qu'il cite comme un faux, ou, pour être parlementaire, comme étant une pièce apocryphe. Cet extrait de l'acte de baptême n'est pas libellé dans la forme^ ordinaire.
» habituelle, traditionnelle des actes de baptême, employée » dans toutes les paroisses et par les curés de l'ancien pays de » Liège. Les termes de patrinus et de matrina, pour désigner » le parrain et la marraine, ne sont jamais employés dans ces » inscriptions sur les registres des pures. C'est-à-dire que les x> ecclésiastiques chargés d'ondoyer l'enfant n'usaient pas de » cette forme avec le nominatif, mais mettaient après les mots : » baptisatus fuit N, fils de N. (le père) et de N. (la mère), l'ablatif » absolu : smcipientibîis, mot à mot, le tenant sur les fonts, » N. et N. (les noms du parrain et de la marraine à l'ablatif), sans » se servir aucunement des désignations patrinus et matrina. » Moi-même j'ai parcouru tous les actes de baptême de Spa sans y> rencontrer une seule fois ces expressions. Or, à Liège pas plus » qu'ici, l'archiviste n'a vu une seule fois cette forme employée» » J'ai moi-même vérifié sur le registre authentique et à l'hôtel » de ville de Liège l'acte dont vous m'aviez remis copie et qui » est ci-joint [voyez n*» IV]. Il est absolument identique à celui » qui figure sur le registre et se lit au long en complétant les » abréviations : Undecima februarii baptisatus fuit Ândreas- » Ernestus-Modestus filius Francisci Gretry et Mariae^oannae » Defossez con(jugum),susc(ipientibus) Domino Andrea-Ernesto » Falle vexillario in copiis S(uae) C(elsitudinis) Leodii, et Domi- » cella Maria-Catharinà Bodeur.
» Si l'enfant n'est pas né le onze, ce qui est presque certain, )} il n'a pu naître en tous cas que la veille, mais non trois jours » auparavant, comme l'affirme M. Jal. En effet, il était d'habi- » tude dans le peuple, à Liège, de faire baptiser l'enfant le » jour même où il était né. On ne faisait exception à cette » règle que pour les enfants des grandes familles, et encore » rarement. Or, les parents de Grétry étaient d'une condition » plus que modeste, quoiqu'ils aient eu pour parrain de leur » enfant un porte-étendard (vexillarius). En outre on regardait » comme devant porter bonheur au nouveau-né la particula- » rite de le faire baptiser le jour même de sa naissance. Ce » bonheur étail assuré si la naissance avait lieu un dimanche. » Or le H février 1741 était un samedi.
» Aucune des personnes que j'ai interrogées à Liège n'a pu » m'indiqUer la source où M. Jal aurait pu puiser l'acte de » baptême qu'il a produit. Il ne dit pas lui-même où il se l'est » procuré. Ce qui me le rend encore suspect ce sont ses expresy> sions. « Tels sont les termes de l'acte inscrit au registre de )) l'église S^-Marie de Liège. » Jamais on n'a désigné cette » paroisse de cette façon. Un Liégeois connaissant quelque y) peu son Liège ancien, sait bien qu'on appelait cette paroisse : » Notre-Dame aux Fonts. Bien que ce soit à peu près la même » chose, il y a là une nuance qui n'échappera pas à un homme » s'occupant de l'histoire de notre pays. Disons encore que )) lorsque la date du baptême était autre que celle de la nais- » sance, MM. les curés avaient pour habitude d'en faire meh- » tion, ce qui n'est pas le cas pour le baptistaire de Grétry. » J'ajouterai, pour terminer celte longue épître, que MM. les » archivistes de Liège attachent peu d'importance à cette diffe- » rence de deux ou trois jours, mais que l'un d'eux porte » plutôt son attention sur l'endroit où est né le grand compo- » siteur. Or, à l'en croire, l'on aurait fait erreur jusqu'ici et ce » n'est pas Outre-Meuse qu'il aurait ouvert pour la première » fois les yeux à la lumière. La contestation actuelle ne por- » tant pas sur ce point, je n'ai pas insisté moi-même pour en » savoir davantage. »