‹ Greuze, sa vie et son œuvreChapitre 24 sur 45 · THÉOPHILE THORÉ · texte numérisé non relu

THÉOPHILE THORÉ

* Écrit en 1 846. Aujourd’hui Greuze a été salué deux fois pour le prix de 100,000 fr., mais aussi les autres maîtres du dix-huitième siècle ont monté jusqu’à la folie.

GREUZE

GREUZE (Jean-Baptiste), né à Tournus , près de Mâcon, le 21 août 1723, mort au Louvre le 21 mars i8o5.

n peintre lyonnais nommé Gromdon, père de Mme Grétry, frappé des dispositions du jeune Greuze pour le dessin, l’emmena à Lyon et lui donna gratuitement des leçons qui le mirent bientôt à même de peindre des portraits. Il accompagna son maître à Paris, travailla assidûment à l’Académie d’après le modèle et se forma seul. Son premier tableau du Père de famille expliquant la Ldible à ses enfants , parut tellement au-dessus de ce qu'on pouvait attendre de son talent, qu’on hésita à l’en croire l’auteur. De nouvelles œuvres plus remarquables dissipèrent des soupçons injustes, établirent sa réputation et lui valurent la protection du célèbre amateur de La Live de Jully. Greuze, présenté par Pigale, fut agréé à l’Académie, le 28 juin 1755, sur son tableau de l’Aveugle trompé ; il partit pour l’Italie vers la fin de la même année avec l’abbé Louis Gougenot, conseiller au grand conseil, nommé le 10 janvier 1756 honoraire associé libre à l’Académie. De retour à Paris, Greuze n’exposa, en 1757, que des sujets italiens, et ce voyage, qui ne dura guère plus d’un an, loin de lui être utile, altéra son originalité, sans lui faire acquérir des qualités nouvelles. Il lui fallut quelque temps et des efforts pour secouer le joug de l’imitation, pour redevenir lui-même. Quoique agréé, Greuze, contre l’usage, ne se pressait pas d’exécuter le tableau exigé pour être reçu définitivement académicien. Après l’avoir averti à plusieurs reprises de se conformer aux statuts, l’Académie lui interdit son exposition, et l’on ne vit aucun ouvrage de lui au Salon de 1767. Enfin, il se décida à faire un tableau dans le genre historique, afin d’avoir droit à toutes les dignités du corps et d’obtenir promptement le grade de professeur. Il choisit pour sujet l’empereur Sévère reprochant à Caracalla, son fils, d’avoir voulu l’assassiner (n° 259). L’artiste, en sortant complètement de ses habitudes, resta au-dessous de sa tâche et donna prise aux nombreux ennemis que ses succès et son caractère orgueilleux lui avaient suscités. 11 fut reçu

académicien le >3 août 1769, mais comme peintre de genre seulement. Cette nomination, dont Diderot, l’ami du peintre, parle longuement, fit beaucoup de bruit; Greuze, irrité, ne voulut plus exposer et ne reparut au Salon que lorsque la Révolution eut ouvert à tous les artistes les portes du Louvre ; mais il était trop tard pour sa gloire et pour sa fortune; sa main et sa vue, affaiblies par l’âge, ne secondaient plus son imagination, toujours vive et jeune ; enfin, une révolution avait aussi éclaté dans les arts : les sujets héroïques, tirés des histoires grecque ou romaine, les dieux de l’Olympe, imités des statues antiques, avaient détrôné les scènes familières, les divinités de boudoirs. Greuze, après avoir gagné des sommes considérables, se trouva à soixante-quinze ans, ruiné par des faillites, sans ressources, implorant en vain des commandes, et mourut dans l’indigence. Greuze a emprunté tous les motifs de ses tableaux à la vie privée de la bourgeoisie et mis en pratique, dans ses peintures, les préceptes du drame que Diderot tenta d introduire au théâtre. Le sentiment mélodramatique qui prédomine dans ses compositions a contribué autant, si ce n’est plus, que son talent réel à ses succès. 11 a peint un grand nombre de fort beaux portraits, et des têtes de femmes d’une expression quelquefois un peu exagérée, mais pleines de vie, de grâce et de fraîcheur. Il eut pour élèves Ml,e Le Doux, qui a fait d’excellents pastiches de son maître, sa fille Anna et sa filleule Caroline; cette dernière épousa M. de Valory et publia, en i8i3, une comédie-vaudeville en un acte, intitulée : Greuze, ou /’ Accordée de village, précédée d’une notice sur l’artiste et ses ouvrages. Greuze a exposé aux Salons de 1733, 1757, 1759, 1761, 1763, 1765, 1769, 1800, 1801 et de 1804. Il s’était associé, pour la reproduction de ses tableaux, à quatre habiles graveurs, Massard, Gaillard, Flippart et Levasseur; mais presque tous les autres graveurs de l’époque ont reproduit aussi ses compositions peintes ou dessinées.

25g. v Sévère reproche à Caracalla, son fils , d'avoir voulu ï assassiner dans le défilé d’Ecosse , et lui dit : Si tu désires ma mort, ordonne à Papinien de me la donner avec cette épée. » (Livret du Salon de 1769.)

H. 1, 24. — L. 1, 60. — T. — Fig. de o, 65.

Sévère se relève sur son lit, étend les bras vers son fils, qui se tient debout à gauche, et lui montre une épée placée sur une table à côté de lui. A droite, au chevet du lit, deux conseillers de l’empereur.

Musée Napoléon. — Ce tableau fut peint par Greuze pour sa réception à l’Académie, le a3 août 1769, et exposé au Salon de la même année.

2G0. L’Accordée de village.

H. o, 90. — L. 1, 18. — T. — Fig. de o, 5o.

A droite, un vieux paysan assis accorde, en présence de sa famille, sa fille aînée à un jeune homme, et lui remet une bourse, dot de sa future. Derrière le fauteuil du père, une fille plus jeune, la tête appuyée sur sa main, regarde

d’un air d’envie la fiancée. Du même côté, au premier plan, le notaire, vu de dos et assis devant une table, vient de rédiger le contrat. A gauche, la mère tient la main de sa fille, sur l’épaule de laquelle se penche une de ses jeunes sœurs. Derrière la mère, trois autres enfants, et en avant, une petite fille donnant à manger à des poulets.

Filhol, t. ii, pl. 9.

Collection de Louis XVI. — Ce tableau, gravé par Flippart, fut exposé au Salon de 1761; il avait été fait pour M. Randonde Boisset, qui le céda au marquis de Marigny moyennant la somme de 9,000 livres. A la vente de sa collection, en 1782, il fut payé i6,65o livres par Joullain, pour le cabinet du roi.

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