L AVOCAT FABER
Voilà près d'un quart de siècle qu'on nousdonne l'avocat Fabcr pour un grand oraleuiv A la vérité, on ne songe pas à le comparer aux grands orateurs d'Athènes et de Rome, ni aux illustres du siècle dernier, Mirabeau^ les deux Pitt, Fox, Shéridan, ni à ceux denotre temps, un Robert Peei, un Berryer,, un Guizot, un Thiers, un Montalembert, un Rouher. Pourquoi donc l'appeler grand, ou ne pas appeler ceux-ci d'un autre nom? L'a-
vocat Faber est un grand orateur, soit : allez lui dire qu'il y a quelqu'un dans Paris qui n'en convient pas, un esprit chagrin, un jaloux, un pédant, qui ne goûte point le fiel distillé, ni la haine cadencée ; dites-lui que, pouvant un jour de grande séance l'entendre commodément d'une tribune réservée, sur le velours d'une banquette, ce délicat aima mieux rester chez lui, et lire au coin de son feu les pages où Quintilien commente la belle maxime de Caton : « L'orateur est un homme de bien, habile en l'art de parler* »; ou je connais bien mal le cœur humain, ou ce seul récalcitrant lui gâtera sa gloire.
Autrefois toute citation d'un auteur était précédée de la simple formule : « dit-il, disaitil. » La formule d'aujourd'hui est : « s'écrieil, s'écria-t-if. » Petit travers parmi tant de
d. Institution oratoire, liv. XII, i.
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gros travers de nos mœurs parlementaires et parlières. Tout auteur nous est un orateur, et il la façon dont nous citons, on dirait un propos de tribune.
Dans les Notes biographiques du feu duc de Broglie, je savoure le passage où, parlant des embarras du roi Louis-Philippe à son avènement, « il vivait, dit-il... tout à la disposition de la gent tapageuse et criarde des avocats et des légistes, dont chaque clique voulait mettre à son tour la main sur lui ^. Est-ce clair? pour emprunter au duc de Broglie un mot fameux qui mit fin h sa vie ministérielle.