SCENE I
LE ROI
La guerre n'est pas tout, mon compère. Le commerce, tu le gais, est aussi la force d'une nation. Or, j'ai de graves inlérôls à débattre avec ra«s amis les Flamands.
SIMON FOURNIEZ.
Boni
LE ROI, s'asseyant dans son fauteuil.
Et il m'est venu à l'esprit de faire de toi mon ambassadeur.
SIMON FOURNIEZ.
AmbassadeurI Moi! Votre Majesté a daigné songer à moi pour une telle mission! Mais c'est impossible; je ne saurais parler comme il faut à des seigneurs.
LE ROI
Ce n'est pas avec des nobles que tu vas négocier, maTs avec des chaussetiers et des batteurs de cuivre. Mieux que personne, tu fais mon affaire.
SIMON FOURNIEZ, avec embarrai.
Oui... mais ma boutique. Sire!
LE ROI
Bon ! Elle est la plus achalandée de toute la ville I Au besoin, tes draperies se vendraient toutes seules.
NICOLE
Sire, je devine bien la pensée de mon frère. Ce n'est pas son commerce qui l'inquiète; c'est Loyse, qu'il n'oserait confier à personne, pas même à vous, pas même à moi.
SIMON TOURNIEZ
Si encore Loyse était mariée!
LE ROI
Qu'à cela ne tienne. Marions-la-
SIMON FOURNIEZ.
Si Votre Majesté croit que c'est facile ! Je n'ai jamais formé
d'autre vœu que celui-là. Mais Loyse y met de l'entêtement; jusqu'à présent elle m'a résisté.
LE ROI
Peut-être aurai-je plus de crédit auprès d'elle.
SIMON TOURNIEZ
Mais encore faudrait-il trouver un épouseurl
OLIVIER-LE-DAIM, s'approchant.
Ce n'est pas là le difficile, maître Simon. Mademoiselle Loyse n'est-elle pas jolie comme une petite fée?
LE ROI, regardant Olivier,
Tu t'en es aperçu?
Qui ne s'en apercevrait, à moins d'être aveugle?
LE ROI
C'est juste. Et à ce charme de gentillesse et de beauté, Loyse en réunit d'autres encore. Elle a un père qui possède des prés...
SIMON FOURNIEZ.
Des prés superbes I
ZE ROI
Des vignobles...
SIMON FOURNIEZ.
Qui produisent le meilleur vin de Tours !
LE ROI
Et sur les coteaux voisins...
SIMON FOURNIEZ.
De beaux et nombreux moulins que le vent ne laisse pas dormir!
LE ROI
Puis Loyse est notre filleule. C'est un bon parti.
SIMON FOURNIEZ.
Uu parti superbe pour un riche bourgeois de notre bonne