Scène iv -^ La Saint-Martin
vous mouriez d'ennui le soir, quand vous n'aviez pas trouvé à faire une demi-douzaine de parties... Je vous ai demandé si cela ne vous fatiguerait pas de me lire tous les romans d'Alexandre Dumas, vous m'avez répondu que cela ne vous fatiguerait 5 pas du tout, et que vous y prendriez un plaisir extrême. Voilà comment, après avoir déclaré que je ne voulais pas vous voir, je suis arrivé à ne pouvoir me passer de vous, et comment vous êtes arrivée, vous, à faire de ces quinze derniers 10 jours les jours les plus heureux peut-être que j'aie passés de ma vie.
Adri. Est-ce vrai? je voudrais que ce fût absolument vrai...
Briq. C'est absolument vrai, mais pourquoi vou- 15 driez-vous ?
Adri. Parce qu'on pourrait alors supposer que cette grosse colère commence à se calmer...
Briq. Quelle grosse colère?
Adri. Contre votre neveu... 20
Briq. Ah ! quant à cela !
Adri. Quant à cela ?
Briq. Quant à cela, non ! Ma colère contre lui est toujours la même. {Allant se rasseoir et se renfonçant dans son fauteuil.) Ne parlons pas de 25 lui. {Adrienne va reprendre sa place près de la table. Briqueville la regarde e7i souriant et murmure :') "D'Artagnan resté seul avec madame Bonacieux..."
La Saint-Martin B^ Scène iv
Adrl, relevant la tête, après V avoir penchée co?nme si elle allait se remettre à lire. Vous êtes bon cependant?...
Briq. Oui, je suis bon, très bon, mais ma bonté ne va pas jusqu'à pardonner ce qui est indigne de 5 pardon.
Adri. Et ce que votre neveu a fait, il y a deux mois, est indigne de pardon?...
Briq. Oui...
Adri. Ah ! 10
Briq. Figurez- vous... ça ne vous ennuie pas, au moins, que je vous parle de mes chagrins...
Adri. Non, non, ça ne m'ennuie pas du tout...
Briq. Eh bien, figurez- vous... j'avais arrangé pour lui un mariage superbe, de vieux amis à nous, 15 une jeune personne charmante...
Adri. Elle était?...
Briq. Elle était charmante... pas mal d'argent, très grande famille... tout était bien convenu, on devait signer le contrat le lendemain... Je reçois 20 une lettre de mon neveu, il était désespéré, me disait-il dans cette lettre, mais pour rien au monde il ne consentirait à épouser Marguerite... elle se nommait Marguerite... Voilà ce qu'il m'écrivait... vingt-quatre heures avant la signature du 25 contrat !... Et si encore il m'avait donné une raison ; s'il m'avait dit qu'au dernier moment le mariage lui avait fait une telle peur... j'aurais compris, mais pas du tout, le nftiriage ne lui [77J