Scène viii -^ La Saint-Martin
dans laquelle j'avais été sur le point d'entrer, je rompis brusquement, brutalement, reprenant ma parole... Je me rendis bien compte de l'énormité de ma conduite, de la colère dans laquelle j'allais vous mettre et de la peine que j'allais vous causer, 5 mais il me semblait que la femme que j'épousais n'aurait qu'à se montrer pour que tout le monde me pardonnât, qu'elle n'aurait qu'à vous dire un mot pour que votre tendresse me fût rendue... C'était là ma seule défense et la seule excuse que 10 j'invoquai, jamais je ne vous dis autre chose que ce que je viens vous dire aujourd'hui... Consentez à la voir... je ne vous demande que cela... Consentez à la voir ! le voulez- vous ?...
Briq. Non, je ne la verrai pas... 15
Noël. Mon oncle...
Adrt'enne, son assiette de fraises à la main, s'' approche très lentement de la table.
Briq., se levant. Je ne la verrai pas. Je te demande pardon, mon garçon, je n'ai pas très bien 20 écouté tout ce que tu m'as dit... j'aurais écouté que tu n'y aurais pas gagné grand'chose; mon parti était pris. Tu m'as cruellement offensé. Tu as offensé plus cruellement encore des gens que j'aimais... et la femme qu'il t'a plu de choisir, a 25 été de moitié dans l'offense. Jamais je ne pardonnerai... ni à elle ni à toi...
Noël. C'est votre dernier mot, mon oncle ?
Briq. Oui, c'est mon dernier mot.
La Saint-Martin 8«- Scène ix
Adri., qui est arrivée tout près de la table. Voici vos fraises, monsieur Noël.
Noël. Merci, ma pauvre enfant, mais je ne suis guère en train, je crains de ne pas faire grand honneur... 5
Adri. Bah ! mangez-les toujours.
Briq., avec un peu d''i77ipatience. Allons. C'est bien ! il les mangera, ou il ne les mangera pas. i^Adrienne s'en va à droite repretidre son chapeau et son panier. A Noël.) Nous nous sommes lo dit, je crois, tout ce que nous avions à nous dire... cette histoire de réclamations pour la chasse, ce n'était qu'un prétexte, je suppose ?
Noël. Pas du tout, c'était sérieux...
Briq. Ah ! je vais alors te faire donner les papiers. 15 (^Allant vers Adrienne gui allait sortir.) Je vous en prie, ayez la bonté de m'envoyer votre tante...
Adrl Oui, monsieur... oui... je vais vous l'envoyer. Elle sort par le fond. — Moment de silence. — Briqueville regarde Adrien?ie qui s'éloigne. — 20 Noël, du bout des doigts, machinalement, prend quelques fraises dans V assiette.