SCENE IX
CITRON, GRIPHON.
GRIPHON.
Desa de retour ? As-tu bien prié. Voyons, sois honnête et rends-moi ma bague.
CITRON
Est-il possible que vous me croyiez encore coupable ? GRIPHON.
Ta conscience ne te reproche pas quelque chose ? Voyons, Citron, rends à César ce qui est à César, et à Griphon ce qui est à Griphon.
CITRON
Encore une fois. .....
GRIPHON.
Tu ne l’a pas prise, coquin ? Dis-moi qui l’a dans ce cas. (Prenant un paquet de cartes et le jetant sur une table.)
CITRON
Comment voulez-vous que je vous le dise ? Suis-je
sorcier ?
Devine-le par les cartes.
CITRON
Je vous jure que je n’y entends rien.
GRIPHON.
Maroufle ! Je t’ai vu. Tu sais bien t’y entendre pour Florette : Mets-toi là. (1Z fait asseoir Citron près de la table.)
CITRON
Que voulez-vous que je trouve dans ces cartes ? GRIPHON.
Ma bague, vilain pendard, ma bague. Si tu ne me dis qui l’a, ma canne est dans mes mains ;..,... tu sais que je sais m’en servir. Vîte.
u CITRON (prenant les cartes.)
Puisque vous le voulez. (IL regarde dans les
cartes.)
GRIPHON. infâm Eh bien ? soit b CITRON. d’essa Attendez un peu ; il faut que je voie, T'enez, voyez- Il em] vous cette carte ? souvel GRIPHON. homm Eh bien ? fille. | CITRON.
C’est un vieillard,...... Oui.... c’est un vieillard, GRIPHON. Ou Et puis ? :
CITRON. Eh Voyez-vous cette autre ?
GRIPHON. p ou La dame de cœur ?
CITRON
Oui. C’est une jeune demoiselle,
GRIPHON (à part.)
Ouf! (haut.) Après.
CITRON
En voici une autre. C’est le valet de carreau. Comme elles sont disposées là, les cartes me disent qu'un certain vieillard tout décrépit et dégoûtant s’est rendu aujourd’hui à un rendez-vous demandé par une jeune et belle personne. Vous voyez tous ces cœurs ? Eh bien, cela marque qu’elle aime le vieux penard à la folie.
GRIPHON.
Et tu n’y entendais rien, fripon.
CITRON
Oh! Oh! Ceciest affreux. Regardez-donc.
GRIPHON.
Eh ! Que veux-tu que je voie là-dedans, moi ? CITRON.
Tenez, ce valet, c’est la pensée du bon homme. Il m’apprend qu’il est un vieux libertin, qui, cachant ses défauts sous le voile de l'hypocrisie, est l’être le plus
y eZ
Ilard.
'rEAU, disent t s’est ir une eurs ?
dard à
infâme du monde. Il est rempli de vices. Quoiqu'il soit bien âgé de quatre-vingts ans, il ne laisse pas d’essayer chaque jour à séduire quelque jeune vierge. Il emploie pour cela tous les moyens ; mais le plus souvent des présens. Oh! Oh! Que vois-je? Un jeune homme entre et surprend le bon homme avec la jeune fille. Il le jette à terre, et le sort à coups de bâton, GRIPION, Ouf! (II lui donne un coup de canne.) CITRON.
Eh bien! Qu’avez-vous donc ?
GRIPHON.
Pourquoi me racontes-tu cette histoire-là ?
CITRON
Pourquoi me faites-vous donc tirer ?
GRIPHON.
Tout cela ne m’enseigne pas où est ma bague.
CITRON
Je ne suis pas encore rendu à cet article-là. C’est égal, je vais passer par-dessus le reste, GRIPHON.
Arrête, Arrête, Tu as raison. Tu ne pourrais peutêtre pas bien tirer, si tu ne lisais à la suite,
» CITRON
Eh ! C’est ce que j’allais vous dire.
GRIPHON.
Dis-moi si cet impoli de jeune homme doit revenir chez la jeune fille.
CITRON
Quand ?
GRIPHON:.
Eh bien ! Je ne sais...
ù CITRON:
Demain ?
GRIPHON.
Ou comme ce soir, par exemple.
CITRON
Demain il n’y sera pas. Ce soir ? Voyons. Je ne sais comment arranger cela. Je crois qu’il va y être. GRIPHON (lui donnant un coup de canne.) Il doit y être, coquin ?
CITRON
Aye ! Attendez-donc un peu. Non, il n’y sera pas. GRIPHON,
En es-tu sûr ?
CITRON
Aussi certain que je le suis que vous avez une canne
dans la main.
GRIPHON:
Eh! Maroufle, que m’importe à moi qu’il y soit ou qu’il n’y soit pas ? Cela ne trouve pas ma bague. Vous me l’avez demandé, Îl ne fallait pas m’écouter, rustaud. Dis-moi qui a ma bague. Ah! Tu pâlis. Les cartes parlent contre
toi.
CCITRON.
Un moment. Ayez la bonté de ne me pas troubler.
La voici, votre bague.
GRIPHON:
Où ?
Voyez-vous cet as ?
GRIPHON:
Eh bien ?
CITRON
C’est elle. Un valet l’a en sa possession.
GRIPHON, + sais bien. N’es-tu pas mon valet, fripon ?
CITRON
" * vag votre bague.
CITRON
Eh! Je le.
Je le suis ; mais je n’a,
soit ou
GRIPHON:.
Qui peut-ce donc être ? Vîte. Quelle personne sert-
il, ce valet ?
CITRON
La maison où il sert porte le numéro huit. Voilà tout ce que je peux trouver. (Griphon tire une lettre de sa poche et la regarde.)
GRIPIHON.
Comment se nomme-t-il ?
CITRON
Attendez. C’est bien difficile. Tenez. (Il présente les cartes à Griphon.) Choisissez huit cartes. (Griphon choisit huit cartes et les met sur la table. Citron les prend et les examine.) C’est bien difficile. Je ne trouve que quatre lettres. Je ne sais si le nom du voleur en demande plus.
GRIPHON,
Quelles sont-elles ces lettres ?
CITRON
Attendez. Voici toujours un B. Voici un O, et puis un U, et enfin un C.
GRIPHON.
B. O. U. C.? Cela fait Bouc.
Bouc.
GRIPHON.
Est-ce là son nom ?
CITRON
Il y a peut-être d’autres lettres ; mais les cartes n me le disent pas.
GRIPIHON.
Bouc. Et comment la bague se trouve-t-elle en sa possession ?
Il l’a volée.
CITRON
GRIPHON.
Ah! Le pendard ! Et comment s’y est-il pris ? CITRON:
Les cartes n’en disent pas plus long.
GRIPHONe
C’est bon ! Je suis content. Mets le cheval sur la voiture couverte ; je veux sortir. (Citron sort.)