‹ Griphon ou La vengeance d'un valet [microforme]Chapitre 9 sur 63 · SCENE XII, CITRON, GRIPHON · texte numérisé non relu

SCENE XII, CITRON, GRIPHON

ciTnon (s”’asseyant près de Griphon.)

Monwsreur Griphon, je suis donc heureuse, puisque je vous parle enfin. Vous n'avez pas, sans doute, trouvé ma démarche bien délicate ; mais, je vous l’avoue, je n’ai pu résister au feu ardent que vous avez su allumer dans mon cœur. Je voulais avoir avec vous un tête-àtête, et c’est en vain que j’ai cherché un autre moyen que celui que j'ai employé, Longtemps ce monstre qui nous fait craindre de passer pour ridicule a combattu en moi contre l’amour, Enfin J'ai cédé à mon penchant, et je ne m’en repents pas.

GRIPHON.

Oh! Chère Demoiselle Emilie, (1 lui prend la main.) serais-je assez heureux pour que, d’une bouche aussi mignonne que la vôtre, il ne sortît que des pa-

roles sincères.

CITRON

Ah! S’il en était autrement, aurais-je fait une démarche qui peut me couvrir de ridicule, si on la connaissait ? Oui, cher Monsieur Griphon, je vous aime plus......que...... Mon amour est tel que la parole ne peut l’exprimer. Celle-là seule qui l’éprouve connaît ce qu’ilest. Que je m’estimerais heureuse, si je pouvais me flatter que celui qui a su le faire naître condescendit à l’écouter !

GRIPHON. “

O aimable nymphe ! dès que je vous vis, mon cœur

n’était plus à moi.

CITRON

Qu’entends-je ? Est-ce sincèrement que vous parlez ?

Pouvez-vous en douter ?

CITRON (levant les yeux.)

O moment délicieux ! Mon bonheur est donc à son comble. (baissant la vue.) Mais que dis-je ? Non. Je suis contraint à demeurer avec un oncle impitoyable. .....

GRIPHON.

Un oncle impitoyable ? Qu’avez-vous dit ?

CITRON

Je ne devrais pas vous le dire ; mais je suis enfin forcée à le faire. Je ne suis pas douée d’une grande

beauté, ..,e GRIPHON.

Vous êtes une déesse.

CITRON

Cependant jai eu des amans. Il y en avait un qui se nommait Alexandre. Oh ! que je l’aimais ! Je n°’étais pourtant pas éprise pour lui de cet amour extrême

lt une déon la con-

ireuse, si ire naître

non cœur

s parlez ?

nc à son ? Non. le Impi-

is enfin grande

un qui Je n’é- Xtrême

que vous avez su m’inspirer. Mon cruel oncle entra, un jour, dans cette chambre, et nous surprit à converser ensemble. Il lui passa son épée à travers le corps. GRIPHON.

Ouf! A propos de quoi ?

CITRON

Mon oncle ne voulait souffrir aucun homme me

parler.

GRIPHON.

Et à présent ?

CITRON

Oh! Il est toujours le même. S’il vous surprenait ici, il serait capable de vous tuer sans merci.

GRIPHON (se levant.)

Cela est-il possible ? Ma vie n’est donc pas en sûreté dans ce lieu-ci ?

CITRON

Vous n’avez rien à craindre, Monsieur Griphon ; il

est absent.

Mais il peut entrer, sans qu’on s’en doute.

CITRON

Il ne doit être de retour qu’après-demain ; ainsi vous pouvez vous croire en sûreté. (11 le prend par le bras et le fait asseoir.)

GRIPHON.

Je vous assure que jai une certaine aversion pour

ces sortes de gens-là. G CITRON.

Avant-hier encore, il'en a maltraité un avec son bâton de fer, à un point que le pauvre jeune homme est peut-être mort à présent des blessures qu’il a reçues.

GRIPHON.

Mais, d’après votre aveu même, Mademoiselle, je

vois que je n° 1Lanque pas de rivaux.

CITRON

Ah! Cher: Monsieur. Griphon, il est vrai que plusieurs. voudraient me faire la cour ; je croyais même aimer avant que je vous vîsse ; mais que j'étais loin de connaître les charmes de l’amour ! Croyez-moi, tous les autres disparaîssent maintenant devant vous.

Hélas ! Comment une aussi aimable personne que vous peut-elle vivre avec un homme tel que Poncle infâme dont vous venez de me faire le portrait ?

CITRON

Ah ! Monsieur Griphon!...... (Il se cache les yeux avec son mouchoir, et fait semblant de pleurer.) GRIPHON (à purt.)

Chère mignonne ! Le cœur me crève. (11 s’essuye les yeux.)

CITRON (de même.) Je ne pourrais assez témoigner ma gratitude à ce-

lui........3 mais non, je n'ose le dire.

GRIPHON.

Parlez, chère Emilie. Vous trouverez en moi l’amant le plus dévoué. Puis-je vous servir en quelque

chose ?

CITRON (de même.)

Vous le pouvez.

GRIPHON.

Oh! Mademoiselle Emilie ! Mademoiselle Emilie ! Expliquez-vous, je vousen prie, Comment le puis-je ? (à part.) Je me sens tout agité.

CITRON

O ciel ! Laissez-moi reprendre un peu mes sens, (IE s’essuye les yeux.) Dès ce soir, si vous le voulez, je dis un éternel adieu à cette maison. Je ne puis y vivre plus longtemps.

GRIPHON (à part.)

Ouf! Un enlèvement. (haut.) O belle Emilie,

serais-je celui qui peut mettre fin à vos malheurs ? Je

is loin z-moi, ous.

e que ’oncle re les

urer.)

ssuye

\ a ce-

ni l’aelque

vous promets que, ce soir, je viens, avec une voiture couverte, vous enlever des griffes de votre tigre d’oncle.

CITRON

Je ne rêve pas? Vous me promettez. . ., +0?

GRIPHONe.

Je vous le jure.

CITRON

Oh! (S'appuyant la téte sur le bras de Griphon.) Cher Monsieur Griphon, je vous devrai ma vie.

Oh! Chère... (11 baise Citron, qui se lève et le regarde fixement.) Pardonnez, je n’ai pu résister ..0 00e

CITRON

Vous pardonner ? Et pourquoi ? (11 saisit Griphon par le cou, et le sert de toute ses forces, en feignant de l’embrasser.)

GRIPHON (après être débarrassé et à part.)

Ouf! Elle m’étouffait,

CITRON

Pardonnez, Monsieur Griphon, des transports d’a-

mour peut-être trop vifs. (Griphon se met à tousser el ne peul s’arréter.) Boucau !

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